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Appel SOS MEDITERRANEE Naufragés bloqués en mer

Naufragés bloqués en mer : SOS MEDITERRANEE sollicite l’assistance de la France, de l’Espagne et de la Grèce 

Malgré de multiples demandes d’assignation d’un port sûr envoyées aux centres de coordination de sauvetage de Malte et d’Italie, l’Ocean Viking reste confronté à une impasse. Conformément au droit de la mer, SOS MEDITERRANEE demande aux autorités maritimes de la France, de l’Espagne et de la Grèce, qui sont les plus à même d’apporter leur assistance, de faciliter la désignation d’un port sûr pour le débarquement des 234 rescapés bloqués à bord de l’Ocean Viking. Une solution doit être trouvée sans délai.

Entre le 22 et le 29 octobre, plusieurs navires humanitaires, l’Ocean Viking, le Humanity 1 et le Geo Barents, ont respectivement secouru 234, 179 et 572 femmes, enfants et hommes à bord d’embarcations impropres à la navigation, trouvées en détresse en Méditerranée centrale. Les sauvetages effectués par ces navires ont été menés dans les zones de recherche et de sauvetage libyenne et maltaise. Conformément aux conventions maritimes, les trois navires ont informé les autorités maritimes compétentes à toutes les étapes des opérations de recherche et de sauvetage. Toutefois, les centres de coordination de sauvetage (RCC) libyen et maltais n’ont pas répondu aux demandes de coordination, de partage d’information et de désignation d’un lieu sûr, ce qui ne nous a laissé d’autre choix que de nous tourner vers l’autre RCC le plus à même de porter assistance, à savoir celui de l’Italie, comme le prescrit le droit maritime.

Cependant, le 25 octobre, le nouveau gouvernement italien a pris une position radicale contre les ONG de recherche et de sauvetage. Le nouveau ministre italien de l’Intérieur annonce avoir émis une directive avertissant les forces de police et les autorités portuaires que son ministère évaluait la « conduite » de nos navires de sauvetage afin d’adopter une interdiction d’entrée dans les eaux territoriales. À ce jour, ni le navire de SOS MEDITERRANEE, ni celui de SOS Humanity, ni celui de MSF, n’ont reçu de communication officielle sur une telle décision. Ils sont néanmoins confrontés à un blocage total en haute mer et à une interdiction implicite d’entrer dans les ports italiens.

La situation à bord de l’Ocean Viking se détériore gravement. Les prévisions météorologiques annoncent un vent fort, de hautes vagues et une baisse de température d’ici la fin de la semaine. Et les provisions commencent à manquer.

234 vies sont en danger. De nombreux rescapés présentent des signes de torture, de violence sexuelle et d’abus dus à leur séjour en Libye. Ces temps prolongés en mer ont de graves répercussions sur le bien-être physique et psychique des personnes à bord qui ont échappé de peu à la mort en mer. Et ils mettent en péril la sécurité de vies humaines en mer.

« SOS MEDITERRANEE demande instamment aux autorités maritimes françaises, espagnoles et grecques, ainsi qu’aux autres centres de coordination de sauvetage en mer les plus à même d’apporter leur assistance, de faciliter un débarquement immédiat dans un lieu sûr. Ce blocus en mer n’est pas seulement une honte mais aussi une violation flagrante du droit maritime international et du droit humanitaire. Les rescapés doivent toucher terre sans plus tarder. Nous sommes face à une urgence absolue et toute journée d’attente supplémentaire pourrait avoir des conséquences fatales », déclare Nicola Stalla, coordinateur des opérations de recherche et de sauvetage de SOS MEDITERRANEE à bord de l’Ocean Viking.

Alors que les autorités italiennes et maltaises ferment les yeux sur le sort de ces personnes, SOS MEDITERRANEE a sollicité officiellement les autorités maritimes les plus à même de porter assistance pour qu’elles interviennent auprès de leurs homologues italiens et maltais afin de coopérer, coordonner et faciliter le débarquement des rescapés bloqués en mer depuis 13 jours sur l’Ocean Viking.

La désignation d’un lieu sûr avec un minimum de déviation par rapport au voyage prévu du navire n’est pas seulement une obligation morale mais c’est aussi une obligation légale. Elle incombe à l’État responsable de la zone de recherche et de sauvetage où le sauvetage a eu lieu mais aussi à toute autre autorité gouvernementale qui peut être en mesure de porter assistance lorsque l’État responsable ne répond pas.

L’actuel blocage en mer de 985 personnes est illégal et inhumain. SOS MEDITERRANEE demande une fois de plus aux membres de l’Union européenne et aux États associés de respecter leurs obligations en mettant en place un mécanisme de débarquement prévisible afin d’alléger la pression sur les États côtiers européens. Un tel mécanisme doit garantir la possibilité de débarquer les rescapés dans le lieu sûr le plus proche d’où sont menées les opérations de recherche et de sauvetage, comme l’exige le droit maritime.

Les personnes ayant échappé à la mort en mer ne doivent plus être instrumentalisées dans des débats politiques.

Notes aux rédactions

– En 2018, après la fermeture des ports italiens, le taux de mortalité en Méditerranée centrale a doublé (5,6%) par rapport au taux de mortalité de 2017 (2,4%). En 2019, le taux de mortalité a été multiplié par quatre (9%). (Source : OIM- Projet Migrants disparus)

Extraits des conventions et résolutions maritimes internationales 

– Obligation de coopération et d’assistance de tous les États en vertu du principe de solidarité avec l’État SAR – Convention SAR chapitre 3 § 3.1.9 :
« Les Parties doivent coordonner et coopérer pour faire en sorte que les capitaines de navires qui fournissent une assistance en embarquant des personnes en détresse en mer soient libérés de leurs obligations avec un minimum de déviation supplémentaire par rapport au voyage prévu du navire, à condition que la libération du capitaine du navire de ces obligations ne compromette pas davantage la sauvegarde de la vie en mer ».

– « dans le cas où le RCC responsable de la zone où les survivants sont recueillis ne peut être contacté, tenter de contacter un autre RCC ou, si cela n’est pas possible, toute autre autorité gouvernementale qui pourrait être en mesure d’aider, tout en reconnaissant que la responsabilité incombe toujours au RCC de la zone où les survivants sont recueillis » [Rés. OMI MSC.167(78) de 2004].

– « Toute Partie devrait autoriser ses centres de coordination de sauvetage à prendre les dispositions nécessaires en coopération avec d’autres RCC pour identifier le ou les lieux les plus appropriés pour débarquer les personnes trouvées en détresse en mer. » [Annexe à la Convention SAR, chapitre 3 – 3.1.6]

Obligation de non-discrimination

« L’obligation de prêter assistance s’applique quels que soient la nationalité ou le statut de ces personnes ou les circonstances dans lesquelles elles se trouvent. » Convention SOLAS Chapitre V, Règle 33.1, 1974 (telle que modifiée en 2006)

– « 6.20 Toutes les opérations et procédures telles que le filtrage et l’évaluation de l’état des personnes secourues qui vont au-delà de la fourniture d’une assistance aux personnes en détresse ne devraient pas être autorisées à entraver la fourniture de cette assistance ou à retarder indûment le débarquement des survivants du ou des navires qui prêtent assistance. » RÉSOLUTION MSC.167(78) de l’OMI (adoptée le 20 mai 2004)

Source https://sosmediterranee.fr/communiques-et-declarations/naufrages-bloques-demande-assistance-france-espagne-grece/

Condamnation pour les agresseurs de SOS MEDITERRANEE

Nous revenons vers vous pour partager les dernières informations concernant le procès des 23 militant.e.s ex-membres de Génération identitaire pour l’irruption violente dans les locaux de SOS MEDITERRANEE à Marseille le 5 octobre 2018, alors que sept salarié.e.s étaient présent.e.s.

Le tribunal correctionnel de Marseille a rendu son jugement hier jeudi 20 octobre.

L’audience ayant démontré l’ampleur des préjudices subis, notre association et les sept salarié.e.s ont été reconnu.e.s victimes de cette attaque. Les 23 prévenu.e.s ont été condamné.e.s pour ces faits de violence.

Pour François Thomas, président de l’association, « Nous sommes soulagé.e.s que justice soit faite. Ce n’est ni une victoire, ni une vengeance, mais il était crucial que les assaillant.e.s soient reconnu.e.s coupables de ces violences. Quatre ans plus tard, les victimes sont toujours profondément choquées. Elles vont désormais pouvoir entamer un processus de reconstruction ».

« Cette opération a porté une atteinte grave à la réputation de l’association et à sa mission », a déclaré Maître Sébastien Mabile, avocat de SOS MEDITERRANEE. À la suite de l’attaque, nous avons dû déménager et mettre en place une série de mesures de sécurité.

« La justice a fait preuve d’une grande fermeté. […] On ne peut pas tirer sur une ambulance », a conclu Maître François de Cambiaire, également avocat de l’association.

Tout au long de cette épreuve, vos nombreux messages de soutien nous ont donné la force de poursuivre malgré tout notre mission. Grâce à vous, l’Ocean Viking patrouille en ce moment même en Méditerranée centrale à la recherche d’embarcations en détresse.

Merci d’être à nos côtés,

L’équipe de SOS MEDITERRANEE
#TogetherForRescue

Source https://sosmediterranee.fr

Alarm Phone 8 ans de lutte!

Il y a huit ans, le 11 octobre 2014, nous inaugurions le lancement de l’Alarm Phone, une ligne d’assistance pour les personnes se trouvant en détresse en mer. Nous avons choisi cette date car elle marquait l’anniversaire d’une catastrophe qui s’était produite le 11 octobre 2013, lorsque les autorités italiennes et maltaises avaient retardé le sauvetage d’un bateau en train de couler. Plus de 200 personnes sont mortes dans le naufrage. Au cours des huit dernières années, nos équipes ont été disponibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et ont aidé plus de 5 000 bateaux en détresse le long des différentes routes maritimes vers l’Europe – la mer Méditerranée, l’Atlantique jusqu’aux îles Canaries et, depuis 2022, également la Manche, de la France au Royaume-Uni. Ces 5 000 bateaux ne transportaient parfois que cinq ou dix personnes, pour la plupart entre 30 et 80 individus, mais aussi fréquemment plus de 100 personnes, parfois même plus de 500 personnes.

Par téléphone, nous avons été témoins de la disparition ou de la noyade de milliers de personnes au cours des huit dernières années. Nous avons écouté leurs parents et amis désespérés, à la recherche de leurs proches ou en quête de réponses. Nous avons également été témoins de refoulements violents, de la manière dont des personnes sont abandonnées à leur sort en pleine mer, ou bien capturées et renvoyées de force vers le pays qu’elles avaient cherché à fuir.

Dans le même temps, nous avons vécu d’innombrables moments de joie, de résistance et de solidarité, avec des personnes ayant pu atteindre l’Europe, ou ayant été secourues à temps. Nous avons été témoins de la façon dont les personnes qui font la traversée se sont organisées de manière collective pour contourner les frontières de l’UE, et comment celles-ci ont construit des structures de soutien tout au long de leur voyage. Et nous avons fait partie de réseaux de solidarité de plus en plus grands, avec une flotte et des avions civils qui sillonnent la mer et le ciel, des équipages de navires marchands, ainsi que des mouvements militants qui se sont rassemblés pour lutter contre la violence des frontières.

En Méditerranée occidentale, entre le Maroc et l’Espagne, nous pouvons encore observer des opérations de sauvetage menées par le Salvamento Maritimo espagnol, souvent le long de la route vers les Canaries. Malgré tout, l’Espagne, et l’UE dans son ensemble, continuent de financer le Maroc pour qu’il joue son rôle de gardien des frontières européennes et nous avons assisté à de terribles brutalités dans cette région, notamment près de Melilla. Le 24 juin 2022, au moins 40 personnes ont été tuées lors d’un massacre à caractère raciste au niveau de la clôture de l’enclave espagnole – une scène insoutenable de violence néocoloniale, menée par les forces marocaines, mais soutenue par les politiques migratoires et frontalières de l’UE. Ces victimes font partie des milliers de personnes qui meurent aux frontières espagnoles chaque année, notamment le long de la route de l’Atlantique.

La guerre contre les personnes qui se déplacent est également une réalité quotidienne en mer Égée, ainsi qu’à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce. Les gouvernements grec et turc utilisent les personnes qui voyagent comme des pions dans leurs jeux de pouvoir militaristes et nationalistes. Si les refoulements grecs existent depuis longtemps, ils sont devenus systématiques à partir de mars 2020. Même les personnes ayant déjà mis le pied sur les îles grecques sont forcées de monter sur de petits radeaux de sauvetage et abandonnées dans les eaux turques. Ce sont clairement des cas de tentatives de meurtre. Ces crimes qui se déroulent aux frontières sont devenus monnaie courante en mer Égée et dans la région de l’Évros. En mars dernier, la petite Maria, âgée de 5 ans, faisait partie des personnes qui ont perdu la vie à cause de ce régime de refoulement.

En Méditerranée centrale, un régime de refoulement inversé a été mis en place, notamment grâce à une collaboration entre les drones de Frontex, les avions de l’UE, et les soi-disant « garde-côtes libyens ». La flotte civile étant souvent présente dans cette zone frontalière, de nombreux cas de non-assistance et d’interception ont pu être contrés, des personnes secourues, et les crimes frontaliers documentés et dénoncés publiquement. Néanmoins, la route de la Méditerranée centrale reste l’une des plus meurtrières au monde, notamment parce que les États membres de l’UE ne viennent pas secourir les bateaux en détresse dans les zones les plus dangereuses au large des côtes libyennes et tunisiennes.

De plus en plus de personnes ayant survécu à la traversée de l’UE doivent à nouveau utiliser des embarcations précaires pour tenter de rejoindre le Royaume-Uni. Les arrivées par la Manche ont considérablement augmenté ces dernières années. En constatant ce phénomène, nous avons décidé, en 2022, d’intégrer la route de la Manche dans le travail de l’Alarm Phone. Notre équipe WatchTheChannel a effectué des recherches et préparé un manuel de détresse en collaboration avec d’autres réseaux locaux en France et au Royaume-Uni.

Toutes les voies maritimes sont, et restent, des espaces contestés sur le plan politique. Les personnes qui se lancent dans la traversée exercent leur liberté de circulation, tandis que nous, en tant que réseau Alarm Phone, essayons d’instaurer de la solidarité le long des différentes routes. La circulation et la ténacité des personnes migrantes restent les forces motrices de la lutte contre les régimes d’apartheid européens et mondiaux. Des milliers d’arrivées continuent de défier l’étanchéité et l’externalisation des frontières de l’UE. Dans le même temps, les luttes auto-organisées pour le droit de rester et contre l’exploitation raciste à l’intérieur de l’UE se poursuivent. Les parents et les amis des personnes disparues ou mortes continuent d’organiser des actions de commémoration pour se souvenir et rechercher leurs proches, tout en protestant contre la violence aux frontières qui sont la cause de la disparition ou de la mort de ces derniers.

Nous nous sommes battus pendant huit ans.
Nous continuerons.
Nous n’abandonnerons jamais.

Alarm Phone
Octobre 2022

Source alarmphone.org/en/2022/10/11/8-years-of-struggle/

Un dilemme entre une violence inouïe et la mort

Des récits détaillés de survivants mettent en lumière les pratiques brutales et l’infrastructure de la violence contre les personnes en déplacement dans la région d’Evros/Meric.

Ces derniers temps, le téléphone d’alarme a reçu de nombreux appels de détresse de personnes bloquées dans les bois de la région d’Evros. Ces personnes sont souvent en mauvaise condition physique et nécessitent une aide médicale immédiate. Cependant, elles sont souvent refoulées par les unités des gardes-frontières grecs. Cela confirme ce que nous avons dit dans notre rapport sur les crimes frontaliers : Appeler les autorités grecques aujourd’hui signifie mettre la vie des gens en danger. Cependant, dans la région d’Evros, il n’y a souvent pas d’autre choix. Comme le montrent ces témoignages très détaillés, les personnes se trouvent souvent dans des zones reculées et sont soit empoisonnées, soit immobilisées. N’appeler personne, c’est souvent mourir. Appeler quelqu’un, signifie toujours que les autorités frontalières seront informées. C’est un dilemme entre une violence inouïe et la mort.

Le fait que les gens se retrouvent dans ces situations au premier abord est une conséquence directe du régime brutal de refoulement. Il oblige les gens à voyager en groupes toujours plus petits et à être invisibles. Les gens marchent la nuit dans les régions montagneuses, avec toujours la crainte d’être découverts et refoulés illégalement. Les situations décrites par ces personnes sont difficiles à imaginer : non seulement elles sont trouvées et refoulées, mais elles sont volées, dépouillées de leurs vêtements, humiliées et brutalement battues. Si l’on frappe une personne sur un genou blessé ou si l’on s’amuse à déshabiller les gens devant les autres, ce n’est rien d’autre que de la torture.

Le témoignage suivant a été donné par une survivante d’un refoulement brutal. Alarm Phone a été informé de cette détresse le 10 août et a informé sur demande diverses autorités, mais aussi le HCR, Frontex et différentes ONG. Comme le montre le témoignage en complément, même un avocat local a été impliqué et s’est rendu au commissariat d’Alexandroupolis. Mais malgré toutes ces mesures, le refoulement brutal décrit par Majed* dans les lignes qui suivent, n’a pu être évité.

Tout d’abord, je suis désolé, je ne peux pas beaucoup parler car je ressens toujours une douleur dans mon genou.

    Nous avons atteint la frontière grecque de nuit et avons traversé la rivière avec un bateau en caoutchouc. L’armée grecque ne nous a pas remarqués. Nous avons marché 5 km dans les montagnes pendant la nuit, puis nous nous sommes cachés toute la journée et avons marché à nouveau pendant la nuit pour 5 km supplémentaires. Le troisième jour, je suis tombé sur ma jambe, exactement sur le genou droit. Au début, la douleur n’était pas trop intense. Le même jour, nous avons rencontré un autre groupe de 7 personnes, que nous ne connaissions pas. Leur téléphone était cassé et ils n’avaient pas de carte. Ils ont demandé à marcher avec nous parce que nous avions un téléphone – nous avons accepté et nous sommes devenus 14 personnes. La nuit, nous avons fait 10 km. La marche a exacerbé et augmenté la douleur que je ressentais au genou. J’avais vraiment très mal et c’était devenu très fort. La nuit suivante, nous avons marché 14 km. La douleur était très forte, j’ai pris des antidouleurs, et la nuit suivante, nous avons encore marché 19 km. Cette journée a été très épuisante car la route de montagne était dure, c’était un voyage difficile. J’ai terminé le chemin en étant porté par mes amis. Je savais que c’était la fin de mon voyage. La cinquième nuit, j’ai essayé de marcher mais je n’ai pas pu faire un seul pas. Il y a eu un désaccord dans le groupe, mais finalement ils se sont mis d’accord pour me laisser me reposer un jour de plus – ensuite je pourrais continuer à marcher, peut-être avec un autre groupe. Ils m’ont laissé de la nourriture et de l’eau en plus.

    Pendant la journée, j’ai appelé mon cousin. Il m’a donné le numéro d’un avocat. Je l’ai contactée, je lui ai donné les coordonnées de mon emplacement et je lui ai parlé de ma blessure au genou. L’avocate s’est rendue au poste de police d’Alexandropulis. Elle m’a informé que la police allait venir me chercher pour m’emmener au poste de police, puis à l’hôpital, afin que je puisse être enregistré dans le camp en fonction de mon état de santé. Elle m’a dit d’aller près de la route principale et que lorsque vous verriez la police, vous vous rendriez sans problème.

    À sept heures, près de l’autoroute, une personne masquée et cagoulée en uniforme militaire vert avec l’inscription « Police des frontières » est venue me voir. Il a pris le téléphone pendant que je parlais à ma femme. Il l’a cassé et m’a demandé quel genou était blessé, j’ai répondu le droit. Il m’a frappé sur tout le corps, surtout sur le genou blessé. Il m’a demandé de sortir ce qu’il y avait dans mes poches. J’avais des euros et de l’argent turc. Il a tout pris, il m’a volé. Il a vérifié mon sac et n’a rien trouvé de valeur, mais il ne m’a pas laissé prendre quoi que ce soit. Il m’a frappé à plusieurs reprises sur les genoux avec un bâton et sur le dos de manière brutale. Sur la route principale, il y avait une voiture de police et une autre personne dans la voiture, masquée et portant la même tenue. Il a ouvert le coffre de la voiture et m’a mis à l’intérieur. C’était très étroit et je ne pouvais pas respirer. Ils m’ont emmené dans une autre zone. C’était comme une route forestière, une route de campagne. Ils m’ont demandé de descendre et il y avait deux policiers en uniformes noirs normaux. Ils ne faisaient que regarder.C’est là qu’a commencé une séance de torture d’une demi-heure de bastonnades sévères sur tout le corps, avec de nombreux propos racistes et des humiliations sexuelles telles que « Je veux te tuer » ou « Je veux te baiser ».

    Puis un échange de voitures a eu lieu. Les policiers ont pris leur voiture et j’ai été emmené dans un véhicule militaire fermé. On a roulé un peu, puis ils ont installé un poste de contrôle près des deux personnes masquées. La police des frontières fouillait les voitures. Ils ont arrêté trois Afghans, dont l’un ne pouvait pas marcher, et un Syrien dont l’état de santé était critique. Je pense qu’il a été empoisonné par l’eau du marais.

Un autre petit véhicule militaire est arrivé sans aucun orifice d’aération, contenant au moins 30 personnes dans un espace très réduit. Nous mourions de chaleur et d’odeurs. Nous sommes arrivés à une prison près de la frontière. Je ne connais pas l’endroit, mais parmi les Syriens, elle est connue sous le nom de « prison d’Abu Riha », qui a une mauvaise et effrayante réputation. C’est une prison sale. Ils nous ont demandé d’enlever tous nos vêtements et nous ont laissé tout nus et ont mis tous nos vêtements sur une seule pile. Il y avait des enfants et des femmes dans l’autre pièce qui nous regardaient. Puis ils nous ont donné 30 secondes pour nous habiller et les gens ont commencé à prendre les vêtements des autres. Puis ils nous ont mis dans un très petit camion militaire. Nous étions au moins 70 personnes dans un très petit espace de 2/3 mètres maximum.

    Il y avait beaucoup d’autres cas d’évanouissement et de nausée.  

    Une demi-heure plus tard, nous avons atteint la frontière turque. Nous sommes montés dans le bateau en caoutchouc et ils nous ont laissés de l’autre côté. Il y avait une petite rivière après la grande. J’avais très mal à la jambe et il y avait beaucoup d’autres blessés et soudain, les habitants d’un village voisin sont arrivés avec des voitures. Ils transportaient les gens contre rémunération. J’ai pris la voiture en direction d’Istanbul. Je suis allé directement à l’hôpital d’urgence. Maintenant, je prends des analgésiques et j’utilise des béquilles, j’ai les ligaments déchirés et une pression sur l’artère. J’ai aussi du liquide dans le genou.

Je suis resté une semaine sans pouvoir dormir, et maintenant les médecins m’ont dit que j’avais besoin d’au moins 6 mois de repos et que je ne pouvais pas travailler. À la fin, j’ai appelé l’avocate grecque et elle était en colère contre moi parce qu’elle m’avait attendu au poste de police et que la police lui avait dit que je n’étais pas sur les lieux et que je m’étais enfui. Je lui ai dit que je n’avais pas changé mes coordonnées et que je ne m’étais pas enfui, je lui ai raconté l’histoire et elle était choquée. De plus, le soldat encapuchonné / masqué m’a demandé directement si j’étais blessé au genou, ce qui signifie qu’il sait que mon genou est blessé.

***

Le témoignage suivant a été transmis au téléphone d’alarme par une personne qui a été refoulée de Grèce en Turquie fin juillet 2022. Le 30 juillet, le téléphone d’alarme a été informé qu’une personne avait besoin d’une aide médicale urgente près du village grec de Mikro Dereio. Comme cette personne aurait été empoisonnée et aurait demandé une aide immédiate, les autorités régionales ainsi que le HCR, Frontex et diverses ONG ont été informés. Lorsque nous avons appelé le poste de garde-frontières de Metadaxes, ils ont confirmé être au courant de l’affaire, mais ont affirmé n’avoir « trouvé personne ». Comme le prouve le témoignage de Mohanat*, c’était un mensonge. Son histoire montre clairement que les personnes ne sont pas simplement abandonnées, mais souvent transportées avec le groupe pendant des heures ou des jours. Cependant, à un moment donné, les personnes se retrouvent dans un état tel qu’elles ne peuvent plus être transportées. Alors, à la lumière du risque de refoulement et d’attaques par les unités grecques, ils sont laissés sur la route avec l’espoir qu’ils seront trouvés et pris en charge. En outre, son histoire montre le problème des refoulements en chaîne, c’est-à-dire que les gens sont ramassés en Bulgarie, dépouillés de leurs vêtements, volés et battus, puis refoulés vers la Turquie via la Grèce. Il montre également qu’après avoir été refoulées vers la Turquie, les personnes sont poursuivies par les forces turques et craignent d’être expulsées vers la Syrie.

Nous avons traversé la rivière dans un bateau en caoutchouc, et l’armée grecque ne nous a pas remarqués. Nous avons choisi de marcher pendant la journée car la route était très montagneuse et difficile avec des vallées dangereuses. Le premier jour, nous avons marché pendant 7 heures. Le deuxième jour, il n’y avait plus d’eau. Nous n’avions pas d’autre choix que de boire SEULEMENT de l’eau de source sèche. Elle n’était pas potable. Elle était pleine de vers de grenouille et d’insectes. Nous avons tous eu des vomissements après avoir bu cette eau, et j’étais celui qui était dans la situation la plus critique avec beaucoup de fièvre vomitive et de nausées.

    Le troisième jour, je ne pouvais rien manger et les vomissements nauséeux continuaient. Le quatrième jour, nous avons atteint une rivière venant de Bulgarie et passant par la Grèce, dont je ne connais pas le nom. En raison d’une soif extrême, j’ai bu l’eau de cette rivière, ce qui a intensifié mon empoisonnement et j’ai presque perdu connaissance. Je ne pouvais plus me tenir sur mes pieds. Mes amis ne m’ont pas abandonné, ils m’ont porté et ont porté mes affaires. Le cinquième jour, la situation s’est aggravée et je n’ai pas pu continuer le voyage. Les amis ont continué leur voyage, j’ai pris le téléphone, j’ai cherché sur la carte le village le plus proche et j’y suis allé.

    Très épuisé, j’ai atteint une maison et trouvé une famille grecque qui m’a donné de l’eau. En fait, ils étaient gentils avec moi, mais j’ai remarqué que leur voisine passait un appel téléphonique et me regardait beaucoup. J’ai compris qu’elle appelait la police. J’ai décidé d’aller à l’église voisine du village pour me reposer et me cacher un peu, car j’étais vraiment épuisée et gravement malade et sans électricité. Je suis arrivé à l’église et soudain la voiture de police est arrivée. C’était une grande voiture fermée. Un policier et une policière en sont sortis. Je ne me souviens pas bien de la couleur de leurs vêtements car j’étais presque inconsciente. Ils étaient peut-être bleu foncé. Le policier s’est approché de moi et m’a demandé ce que je faisais ici. Je lui ai dit que j’étais dans un état critique et que j’avais besoin de soins urgents. Ils m’ont dit qu’il n’y avait pas de problème, nous allons vous emmener au camp. Ils ont ouvert la porte arrière et là, j’ai trouvé au moins 30 personnes, toutes nues, avec seulement des caleçons sur elles. C’étaient des réfugiés afghans et marocains. J’ai parlé avec l’un d’eux et il m’a dit qu’ils étaient en Bulgarie et que la police bulgare avait pris leur argent et leurs vêtements et les avait ramenés de force en Grèce. La voiture était très chaude et il n’y avait pas de bouches d’aération. Nous ne pouvions pas respirer dans cet espace surpeuplé. Nous sommes arrivés à la prison, nous sommes sortis de la voiture. Ils nous ont déshabillés, ont enlevé tous nos vêtements et les ont posés sur le sol. On nous a complètement fouillés. Puis la police m’a rendu mes vêtements, mais sans la lacets de mes chaussures. Ils m’ont emmené dans une petite cellule surpeuplée sans me donner d’analgésiques, de nourriture ou d’eau.

    Je suis resté dans cette cellule de deux heures de l’après-midi à huit heures du soir. Ils nous ont fait sortir de la prison et nous ont mis dans une voiture fermée sans aucun orifice de ventilation et nous nous sommes dirigés vers la frontière turque. Nous sommes arrivés à un endroit où environ 40 personnes se trouvaient devant nous sur le sol, toutes nues. Il y avait des gens masqués qui les battaient sévèrement. Il faisait si sombre que je ne pouvais pas voir les uniformes des personnes masquées. Ils nous ont rendu de l’argent et ont commencé à nous frapper avec des bâtons pendant un long moment. Ils ont amené les bateaux pour traverser la rivière et m’ont volé même mes chaussures. Ils nous ont escortés dans le bateau vers la Turquie. J’ai atteint la rive turque du fleuve. Nous sommes entrés dans la forêt. La route était très cahoteuse et pleine de pierres, surtout sans chaussures. Nous étions environ 100 personnes, puis nous nous sommes séparés en groupes. Soudain, nous avons entendu le bruit de moteurs, mais des moteurs militaires. Puis nous avons entendu des gens crier derrière nous – ils étaient clairement battus. Je marchais avec des gens du Maroc, mais comme j’étais très malade, je marchais lentement alors qu’ils allaient vite. Puis une voiture militaire blindée est arrivée et les a embarqués après les avoir battus. J’ai réussi à me cacher et ils ne m’ont pas vu. Cette nuit-là, l’armée turque est devenue folle. Il y avait beaucoup de véhicules et de véhicules militaires, et la forêt s’est transformée en champ de bataille. Il y avait beaucoup de soldats et des ratissages continus, et j’ai entendu beaucoup de cris pendant toute la nuit.  Je me suis caché de dix heures du soir à sept heures du matin sans nourriture ni eau et avec une jambe enflée qui m’a rendu très déshydraté. À sept heures, j’ai rassemblé toutes les forces qu’il me restait pour survivre et j’ai couru vers un village voisin. Je suis arrivé dans le village et j’ai demandé de l’aide et de l’eau. J’étais tellement déshydraté. Je ne pouvais pas boire d’eau. J’ai demandé un taxi pour Istanbul. Maintenant, je me soigne tout seul car à l’hôpital, la police turque peut m’arrêter et m’expulser vers la Syrie, ce qui arrive trop souvent ces derniers temps à Istanbul.

***

Et ce dernier témoignage fait référence à une attaque survenue en juin. Il fait référence à des crimes commis par la police grecque avec l’aide de mercenaires à la frontière terrestre Evros/Meriç entre la Grèce et la Turquie. L’incident s’est produit au début du mois de juin 2022. À nouveau, les personnes ont été poursuivies, battues, refoulées, agressées et harcelées. De retour en Turquie, le harcèlement a continué, comme l’explique en détail Parzan* :

Nous étions assis dans la forêt à attendre que la nuit passe, quand avant le coucher du soleil, quatre personnes (trois jeunes d’environ 25 ans et un homme d’environ 40 ans) sont sorties de derrière les arbres sans le moindre bruit. Avec des pistolets pointés sur nos visages et des matraques dans leur autre main
L’un d’eux nous a dit à voix basse de nous asseoir, puis a demandé des téléphones et des GPS. Quand ils ont pris nos téléphones et les ont mis dans un sac, ils ont dit : « Comment êtes-vous venus ici ? Avec un passeur ? » Quand nous avons répondu non, ils ont demandé « Avez-vous vu d’autres groupes ? ». Nous avons répondu non. Ensuite, ils nous ont forcés à ouvrir nos téléphones (ils avaient toujours le pistolet dans les mains), ils ont consulté Google Maps, Google Earth et Telegram et ont cherché des points spécifiques sur la carte. Quand ils n’ont pas trouvé ce qu’ils cherchaient, ils nous ont dit de bouger.

    Ils nous ont emmenés à environ 100 mètres de cet endroit, dans un espace plus ouvert, et nous avons dû enlever nos chaussures et nos vêtements. Ils ont pris tous les euros de nos portefeuilles mais ont laissé les lires turques. Ils ont ouvert nos sacs, pris les outils tels que les scies, les couteaux, le gaz de camping et les batteries et les ont mis dans leur voiture. C’était une camionnette Nissan Navara blanche avec des lignes bleues.

Ils nous ont redonné nos chaussures à ce moment-là et nous ont dit de prendre notre sac. Leur patron a alors informé le fourgon de police de venir. La police a dit : « Pas de problème, on va vous emmener au camp de Thessalonique et vous donner des papiers pour quitter le pays. » – Bien que plus tard, quand nous avons vu la rivière Maritsa**, nous avons su qu’ils nous avaient menti.

Un de nos amis avait déjà été refoulé auparavant, alors il nous a dit de manger tout ce que nous avions car ils ne vous donneront pas de nourriture au centre de déportation. Alors, pendant que nous attendions l’arrivée du fourgon, nous avons ouvert nos gâteaux et nos biscuits et nous avons commencé à manger. Quand un policier nous a vus, il a pris notre nourriture et l’a écrasée avec son pied. Et il m’a donné un coup de pied dans la jambe.

Cela ne m’est pas arrivé, mais d’autres réfugiés m’ont dit qu’il y avait quelque chose appelé « tunnel de la mort » : ils obligent les gens à passer entre deux lignes de policiers et tous les frappent en riant.

Finalement, un grand van noir Mercedes Benz est arrivé et ils nous ont dit de monter dedans. Il n’y avait pas de lumière à l’intérieur du fourgon, toutes les fenêtres étaient recouvertes de feuilles de fer et il n’y avait aucune ouverture pour que l’oxygène puisse entrer. Il n’y avait pas de sièges, le van avait été transformé en boîte de fer. Nous sommes restés dans le fourgon pendant trois à quatre heures, après la première demi-heure, tout le monde était étourdi, effrayé et nauséeux. Mon rythme cardiaque s’est accéléré de façon étrange, si bien que je pouvais sentir mon cœur battre dans mes yeux et ma tête, et j’avais très chaud. Nous étions tous les uns sur les autres, personne ne parlait à personne. Soudain, la camionnette s’est arrêtée, la porte s’est ouverte et une autre personne a été poussée à l’intérieur. La porte est restée ouverte pendant environ 5 secondes et c’est le seul moment où l’air est entré.

La police lui avait cassé la mâchoire et il ne pouvait plus parler. Nous avons eu de la chance car nous ne sommes pas allés au centre de déportation parce qu’il était plein, ils nous ont emmenés directement à la rivière et nous ont battus quand nous sommes sortis de la voiture. Il y avait environ 80 personnes là-bas : Syriens, Iraniens, Afghans, Pakistanais. Une voiture est arrivée et a amené encore plus de gens. Ils nous ont tous alignés, les mercenaires avec leurs visages couverts et la police grecque leur parlant en anglais. Ils ont commencé à nous fouiller, ils ont pris les sacs, ils ont pris les chaussures et les chaussettes, ils cherchaient de l’argent dans les vêtements et ils ont déchiré les vêtements avec des couteaux jusqu’à ce qu’ils trouvent de l’argent, des bracelets, des bagues, des boucles d’oreilles et d’autres objets de valeur à l’intérieur. À ce moment-là, ils ont également pris les lires turques.

Puis les mercenaires ont commencé à nous emmener sur un bateau par groupes de quinze personnes, sans aucun bruit ni lumière, et ils nous ont amenés silencieusement sur les rives de la Turquie, nous ont jetés à l’eau et sont repartis pour amener le groupe suivant. Le bateau était l’Intex Excursion 5. En voici une photo. Je suis sûr que c’était ce bateau.

    Nous avons ensuite marché sans chaussures et sans savoir dans quelle partie de la Turquie nous nous trouvions, ni même quelle heure il était. Finalement, nous avons trouvé la police turque et certaines personnes étaient déjà là avec eux. La police a battu certains d’entre eux aussi. Puis la police turque a dit : « Nous ne donnerons des chaussures qu’aux personnes qui veulent retourner en Grèce maintenant, et les autres seront déportées dans leur pays. » Mais finalement, ils ont donné des chaussures à tout le monde (personne ne se souciait de la taille de vos chaussures, donc si vous aviez de la chance, vous preniez de grosses chaussures, il y avait des gens qui attrapaient des chaussures de filles de 9 ans). Ensuite, la police turque nous a dit de descendre cette route et que nous trouverions un village, mais ils ont menti. Nous y sommes allés et la route s’est terminée au milieu d’une jungle. Nous avons marché jusqu’à ce que nous trouvions un bâtiment d’entreprise et le garde nous a guidés vers un village appelé Meriç.

Après avoir trouvé le village, il y avait des taxis qui attendaient les migrants pour les emmener à Istanbul contre de l’argent, environ 1000 Lires par personne. Lorsque vous arrivez à Istanbul, la police ne vous verra pas si vous avez de la chance, mais si la police vous attrape et que vous n’avez pas de papiers pour rester, alors elle vous emmène dans un camp de déportation. La situation y est terrible : pas de toilettes propres ni de douche pendant des semaines, peu de nourriture, les gens ne peuvent que s’asseoir car il n’y a pas assez d’espace pour marcher ou dormir. Après deux ou trois semaines, ils envoient les gens dans leur pays et ne se soucient pas de savoir si c’est sans danger pour vous ou non.

Une fois de plus, ces histoires détaillées partagées par les gens montrent l’infrastructure de la violence dans la région frontalière d’Evros/Meric. Des personnes, y compris des enfants, sont placées en détention arbitraire ; des personnes sont volées, battues et harcelées par les gardes-frontières grecs, la vie de personnes blessées est mise en danger. Si ce n’est pas cela, quels sont les crimes contre l’humanité ? Il y a une écriture et un système clairs dans ces pratiques violentes. Ils se produisent de manière coordonnée et bien organisée et nécessitent une coopération directe entre les différentes unités et institutions impliquées. Ces crimes frontaliers sont le résultat de processus politiques – pratiquement appliqués par l’État grec, délibérément soutenus et légitimés par son principal partenaire, l’Union européenne. 

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* Les noms ont été changés pour des raisons de sécurité.
** Fleuve Evros en grec

 Source alarmphone.org

 

Migrants empêchés d’entrer en Grèce

Plus de 150 000 migrants empêchés d’entrer en Grèce depuis janvier, selon les autorités

La Grèce a bloqué l’entrée de plus de 150 000 migrants à ses frontières maritimes et terrestres depuis le début de l’année, a déclaré dimanche le ministre grec des Migrations. Rien que pour le mois d’août, ce chiffre s’élève à 50 000.

« L’entrée de 154 102 migrants en situation irrégulière a été évitée depuis le début de l’année », a déclaré dimanche 4 septembre Notis Mitarachi, ministre grec des Migrations, au quotidien Eleftheros Typos. « Environ 50 000 ont tenté d’entrer en Grèce rien qu’au moins d’août », a-t-il ajouté.

Le 24 août, le ministre de la Protection civile avait avancé le chiffre de 25 000 interceptions depuis le début du mois. Chaque jour, « 1 500 à 1 700 tentatives [de franchissement] sont effectuées », avait précisé Notis Mitarachi.

>> À (re)voir : Pour le ministre grec des Migrations, « les migrants n’ont pas besoin d’entrer en Grèce car la Turquie est un pays sûr »

Des chiffres difficiles à vérifier en l’absence de données indépendantes. Les méthodes de calcul de ces tentatives de franchissement soulèvent elles-mêmes des questions. « Une possibilité est que ces chiffres proviennent des alertes générées par le système automatisé de surveillance de la frontière, ou bien qu’ils aient été élaborés par les départements locaux de garde-frontières », expliquait il y a 10 jours Lena Karamanidou, chercheuse spécialiste de la région de l’Evros, contactée par InfoMigrants.

Arsenal anti-migrants

Le contrôle des frontières est présenté comme une des grandes priorités du gouvernement conservateur grec arrivé au pouvoir en 2019 et qui vise sa réélection l’année prochaine. Le gouvernement multiplie les annonces ces dernières semaines.

Le 19 août, le ministre des Migrations avait fait part de son intention d’étendre de 80 km supplémentaires un mur de 40 km le long de la frontière gréco-turque matérialisée par le fleuve Evros. Quelques jours plus tard, le Conseil gouvernement de sécurité nationale grec (KYSEA) avait approuvé cette extension. À terme, l’objectif serait de clôturer l’ensemble des 220 km de frontière, afin de la rendre totalement hermétique.

>> À (re)lire : Frontière Turquie-Grèce : arsenal anti-migrants ultra-moderne le long du fleuve Evros

En outre, le gouvernement va installer de nouvelles caméras thermiques et déployer 250 garde-frontières supplémentaires.

Un ensemble de mesures qui viennent renforcer celles déjà existantes. La Grèce a investi ces dernières années dans un arsenal ultra-moderne : caméras thermiques et radars high-tech accrochés sur les pylônes le long de la frontière, et même deux canons sonores positionnés au sud et au nord de l’Evros.

Une centaine de personnes refoulées quotidiennement en mer

La Grèce est régulièrement pointée du doigt pour sa gestion des frontières. Elle a été accusée à plusieurs reprises de refoulements illégaux sur terre et sur mer par des ONG et des médias.

InfoMigrants a recueilli plusieurs témoignages de migrants affirmant avoir été renvoyés violemment en mer Égée vers les eaux turques. À l’été 2021, une Congolaise avait expliqué à la rédaction comment les garde-côtes grecs avaient refoulé son embarcation en mer, mettant les passagers en danger. « Ils nous ont menacé avec leur armes (…) Ils ont tourné autour de nous, ce qui a fait de grandes vagues et du courant », avait-elle rapporté.

>> À (re)lire : « Ils nous ont jetés à la mer » : deux disparus après un « pushback » de la Grèce vers la Turquie

Fin 2020, un Guinéen avait raconté comment des hommes en uniforme avaient percé le canot dans lequel il se trouvait pour l’empêcher d’atteindre les îles grecques.

Dans un rapport accablant, dont des extraits ont été publiés fin juillet, l’Office européen de la lutte contre la fraude (Olaf) a démontré que l’ancienne direction de l’agence de surveillance des frontières Frontex avait connaissance des renvois illégaux de migrants menés en Grèce vers la Turquie entre 2020 et 2021. Frontex, qui a toujours nié être au courant de ces pratiques, en aurait même co-financé certains. La Grèce, elle, dément tout refoulement illégal à ses frontières.

Selon le dernier rapport de l’ONG norvégienne Aegean Boat Report, qui recense les « pushbacks » en mer Égée, jamais autant de migrants n’avaient été refoulés cet été. En moyenne, « 100 personnes ont été retrouvées à la dérive dans des radeaux de sauvetage et des canots pneumatiques, chaque jour du mois d’août, à la suite de refoulements effectués par les autorités grecques », peut-on lire dans le document. « Seulement 10% de toutes les personnes qui tentent de traverser en bateau vers les îles grecques réussissent et se retrouvent dans un camp », rapporte l’ONG.

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Source Infomigrants

SOS MEDITERRANEE Un été chaud et meurtrier

Pendant qu’en France et dans de nombreux pays européens, les pompiers à terre combattaient les incendies, en Méditerranée, les ONG de sauvetage luttaient pour sauver des vies sans répit, alors que les traversées s’intensifiaient à la faveur des conditions météo estivales. Retour sur un été intense en Méditerranée centrale.

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Un mois d’août surchargé à l’image de cet été 2022 

Onze jours d’attente en mer par des températures qui ont frôlé les 40°C sur l’Ocean Viking. Dix sauvetages en moins de trois jours, dont huit en zone de recherche et de sauvetage maltaise. 466 femmes, hommes et enfants exténué.e.s ayant passé jusqu’à trois jours à la dérive sur des embarcations de fortune sans eau ni nourriture, dont 81 mineur.e.s, des femmes enceintes, des bébés et même une petite fille de trois semaines. 19 nationalités représentées. Une affluence inédite de patient.e.s à la clinique du navire. Trois femmes enceintes évacuées d’urgence… En ce début septembre, les conditions estivales les plus extrêmes perdurent en mer, alors que les dernières personnes secourues fin août par l’Ocean Viking ont enfin été débarquées la nuit du 4 au 5 septembre, à Taranto.

Déshydratation, brûlures, infections cutanées, blessures infectées, maladies chroniques… Sage-femme à bord de l’Ocean Viking, Rebecca n’avait jamais vu autant de personnes rescapées nécessitant des soins affluer à la clinique. (Vidéo tournée le 31 août 2022, alors que 460 personnes secourues attendaient d’être débarquées.)

Dans le communiqué de presse conjoint de SOS MEDITERRANEE et de la FICR* du 2 septembre dernier, Xavier Lauth, le directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE, appelait à la désignation immédiate d’un lieu sûr où débarquer alors que les personnes rescapées étaient bloquées en mer depuis des jours : « ces personnes secourues ont été retrouvées en haute mer dans des situations inimaginables. Dans une tentative désespérée de trouver la sécurité, elles ont failli mourir en mer, soit par noyade, soit par déshydratation. Conformément au droit maritime, leur sauvetage ne sera terminé que lorsqu’elles auront atteint un lieu sûr. »

« Dans une tentative désespérée de trouver la sécurité, elles ont failli mourir en mer, soit par noyade, soit par déshydratation. » Xavier Lauth, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE

Parties de Syracuse le 21 août sous un soleil de plomb, les équipes de l’Ocean Viking ont fait face à des situations extrêmes lors de sauvetages rapprochés. Le premier de cette mission a eu lieu la nuit du 24 au 25 août et a été suivi d’un second sauvetage d’une embarcation qui était en mer depuis trois jours, puis de deux autres le vendredi 25 août, alors que la houle atteignait deux mètres. Le rythme s’est encore accéléré durant le week end, avec six autres sauvetages d’affilée.

Lire le récapitulatif de la mission 

Photo : Jour et nuit les marins-sauveteurs sont à pied d’œuvre et multiplient les opérations. Ici, le sauvetage de la nuit du 24 au 25 aout 2022 où 41 personnes ont été secourues dans une obscurité complète lors d’une opération à haut risque. Crédit : Tara Lambourne / SOS MEDITERRANEE

Capacités de sauvetage insuffisantes et absence de coordination

Ce rythme effréné perdure depuis le mois de mai. Dès l’arrivée des beaux jours en effet, il n’est pas rare que les navires humanitaires enchaînent plusieurs sauvetages en seulement quelques heures. Ce fut encore le cas pour l’Ocean Viking les 24 et 25 juillet derniers, quand cinq sauvetages se sont succédé en une trentaine d’heures, permettant de secourir 387 personnes en détresse.

Déjà au début de l’été, notre navire avait parcouru des centaines de kilomètres dans les zones de recherche et de sauvetage libyenne et maltaise afin de secourir huit embarcations entre le 24 juin et le 4 juillet. « Des heures angoissantes et épuisantes, à chercher des embarcations sans que les autorités maritimes ne fournissent la moindre coordination pour nous aider à les retrouver », rappelait Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS MEDITERRANEE.

« À l’époque, un port nous était assigné dans les heures qui suivaient les sauvetages, comme le prévoit le droit maritime. » Sophie Beau, directrice et fondatrice de SOS MEDITERRANEE

Jusqu’en juin 2018, la coordination des sauvetages était dévolue aux autorités italiennes, plutôt qu’à Tripoli ; les garde-côtes italiens coordonnaient les opérations de sauvetage des ONG et menaient eux-mêmes des sauvetages. « À l’époque, un port nous était assigné dans les heures qui suivaient les sauvetages, comme le prévoit le droit maritime. » se souvient Sophie Beau. « Aujourd’hui, l’attente en mer peut atteindre plus de 10 jours, et les autorités maritimes compétentes n’assument pas leurs responsabilités. »

En 2016, les équipes de l’Aquarius – ancien navire affrété par SOS MEDITERRANEE – et les garde-côtes italiens collaboraient aux sauvetages de manière régulière. Ici, 112 personnes rescapées secourues par nos équipes étaient transférées vers une navette italienne pour les ramener en lieu sûr, alors que l’Aquarius retournait sur zone de sauvetage en ce 24 décembre 2016.
Crédits : Kevin McElvaney / SOS MEDITERRANEE

Alors que fin juillet/début août 2022, près de 1 500 personnes avaient été secourues par les navires humanitaires de SOS MEDITERRANEE, Médecins Sans Frontières (MSF) et Sea Watch, nos trois associations ont uni leurs voix pour demander, dans un communiqué de presse conjoint, que des moyens de sauvetage étatiques européens soient enfin remis en place, à la mesure de cette situation humanitaire insoutenable.

Lire les récapitulatifs de nos missions dans la rubrique Sauvetage de notre site

Morts en Méditerranée

Le seuil des 1 000 personnes disparues en Méditerranée centrale en 2022 a été franchi en ce début septembre, selon l’Organisation mondiale pour les migrations[1]. Au-delà du manque criant de moyens de sauvetage – seuls quelques navires d’ONG sont présents, en l’absence totale de moyens de sauvetage étatiques européens – doublé du manque de coordination effective des opérations de secours en mer, en été, les risques sont importants, notamment en raison dela déshydratation lorsque les personnes dérivent plusieurs jours sans eau, en plein soleil.  Tous les navires humanitaires, dont celui de SOS MEDITERRANEE, ont fait la tragique expérience par le passé de retrouver des corps sans vie sur les embarcations secourues.

Parfois aussi, les rares secours civils ne pouvant répondre à tous les appels de détresse à temps, il nous arrive de faire face à une embarcation en détresse avec plusieurs personnes tombées à la mer. Ainsi le 27 juin dernier, Médecins Sans Frontières a indiqué être parvenue à secourir 71 naufragé.e.s mais 30 personnes, dont cinq femmes et huit enfants, étaient porté.e.s disparu.e.s. Une femme enceinte est par ailleurs décédée sur le pont de son navire peu de temps après avoir été secourue.  En outre, lors de plusieurs sauvetages opérés par nos équipes, des rescapé.e.s ont déclaré que des personnes étaient tombées à l’eau lors de la traversée avant de pouvoir être secourues.

Et combien d’autres ont sombré sans témoins alors que les États européens détournent le regard ?

L’une des quatre embarcations vides repérées en ce 24 août à proximité d’une position de détresse communiquée à l’Ocean Viking par Alarm Phone dans la zone de recherche et de sauvetage libyenne dans les eaux internationales. Sans coordination ni la moindre communication des autorités maritimes en charge, le sort des personnes qui étaient à bord reste inconnu.
Crédits : Tara Lambourne / SOS MEDITERRANEE

Lire les derniers numéros de Regards sur le Méditerranée centrale pour les détails du contexte en mer.

Longs blocages avant les débarquements

Loin de remplir leur devoir légal de coordination pour préserver la vie des personnes en détresse en mer, les autorités continuent d’imposer de longs blocages en mer aux navires de sauvetage civils, en l’absence d’un mécanisme systématique de débarquement. « Ces personnes dorment sur le pont, elles dorment sur du bois, elles dorment sur des plaques de métal. Certaines souffrent de déshydratation, beaucoup souffrent d’insomnie, certaines ont été blessées pendant leur voyage et ne peuvent pas dormir du tout. Il y a aussi des enfants qui pleurent constamment parce qu’ils ont été séparés de leurs parents » expliquait Xavier Lauth, dans un énième appel aux autorités pour obtenir un lieu sûr où les débarquer. Il aura fallu sept jours avant que ces rescapé.e.s puissent enfin poser le pied à terre.

Alors que le mois d’août vient de prendre fin, rien ne semble indiquer que les tentatives de traversées vont se réduire en cette rentrée.

* FICR : Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge

[1]https://missingmigrants.iom.int/region/mediterranean?region_incident=All&route=All&year%5B%5D=10121&month=All&incident_date%5Bmin%5D=&incident_date%5Bmax%5D=

Photo en haut de la page: Tara Lambourne / SOS MEDITERRANEE

Source https://sosmediterranee.fr/sauvetages/ete-chaud-meurtrier/

Entrées d’exilés en Grèce

Environ 25 000 tentatives d’entrée en Grèce pour le seul mois d’août, selon les autorités

Des policiers patrouillent le long du mur construit à la frontière gréco-turque, dans la région de l’Evros, le 22 août 2021.Crédit : EPA

Le ministre grec de la Protection civile a déclaré mercredi qu’environ 25 000 migrants ont essayé de traverser la frontière depuis la Turquie en moins d’un mois. Le triple du nombre d’arrivées comptabilisées sur toute l’année par le Haut-commissariat aux réfugiés.

« Rien qu’au cours du mois d’août, jusqu’à présent, environ 25 000 migrants irréguliers ont tenté d’entrer illégalement par les frontières gréco-turques », a déclaré mercredi 24 août Takis Theodorikakos, le ministre de la Protection civile, dans une interview à la télévision grecque. La veille, son homologue en charge des Migrations, Notis Mitarachi, a affirmé à InfoMigrants que « 1 500 à 1 700 tentatives [de franchissement] sont effectuées quotidiennement ».

Ce chiffre est plus de trois fois supérieur au nombre d’arrivées comptabilisées sur toute l’année 2022. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), 7 375 migrants sont entrés dans le pays depuis le 1er janvier. Le Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) dénombre quant à lui 7 936 arrivées à la même période.

Le ministre grec n’a pas donné plus de détails sur le nombre de migrants parvenus à entrer sur le territoire grec, laissant entendre que la grande majorité ont été empêchés de traverser la frontière.

« Il ne s’agit pas de statistiques officielles, nous ne savons donc pas comment elles ont été recueillies, » explique Lena Karamanidou, chercheuse spécialiste de la région de l’Evros, contactée par InfoMigrants. « Une possibilité est qu’elles proviennent des alertes générées par le système automatisé de surveillance de la frontière, ou bien qu’elles aient été élaborées par les départements locaux de garde-frontières. Il n’y a pas d’explication quant à ce qui y est inclus : les individus qui ont tenté de franchir la frontière, ou bien toutes les tentatives, probablement répétées par les mêmes personnes. »

Par ailleurs, des ONG de défense des droits humains et les autorités turques ont à de nombreuses reprises accusé la Grèce de renvoyer illégalement les demandeurs d’asile qui arrivent sur le territoire. Athènes a toujours démenti ces accusations.

Tensions avec la Turquie

L’annonce du ministre intervient alors que le gouvernement grec dénonce une pression renforcée du côté turc. Mardi 23 août, le Conseil gouvernemental de sécurité nationale grec a approuvé une extension du mur anti-migrants à la frontière terrestre dans la région de l’Evros.

Une nouvelle fois, Athènes accuse Ankara « d’instrumentaliser de manière systématique et méthodique ces malheureuses personnes ». « Un grand nombre d’entre eux viennent de Syrie et sont contraints [d’essayer d’entrer en Grèce] car les Turcs les placent face à un dilemme : soit retourner en Syrie, soit passer en Grèce », a déclaré Takis Theodorikakos.

La Grèce accuse régulièrement la Turquie d’ouvrir sciemment ses frontières et d' »instrumentaliser » la migration pour en faire un moyen de pression sur l’Union européenne (UE). Une affirmation démentie par Ankara, qui dit assumer un « fardeau » énorme en accueillant quelque 4 millions de réfugiés sur son sol, dont la plupart ont fui la guerre civile en Syrie.

Le 28 mai, Athènes avait annoncé avoir empêché quelque 40 000 migrants d’entrer dans le pays illégalement depuis le début de l’année. De son côté, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a déclaré lundi 22 août que, sur les deux dernières années, ses garde-côtes avaient « sauvé la vie de 41 000 personnes que la Grèce avait laissées mourir », rapporte le journal Daily Sabah.

Pour Hope Barker, analyste au sein du collectif d’associations Border violence monitoring, qui recense les cas de violences policières aux frontières de l’UE, les autorités grecques utilisent les statistiques de tentatives de traversées pour soutenir leur politique. « Ce genre de discours guerriers sur l’instrumentalisation des migrants est utilisé pour légitimer les actions du gouvernement grec et ses arguments de surveillance, et justifier les violations des droits humains qui ont lieu. »

De nombreux témoignages de refoulements illégaux

Les ONG et les médias dénoncent régulièrement les violences aux frontières grecques, notamment en mer Égée.

Le 20 juillet, la plateforme d’aide aux migrants Alarm Phone avait alerté sur la disparition de deux exilés après un refoulement opéré par les garde-côtes grecs. Les deux jeunes hommes étaient membres d’un groupe qui était parvenu à atteindre l’île de Rhodes, mais avaient été interpellés par la police, qui les avait remis à la mer et laissés à la dérive. Au troisième jour de dérive, sans eau ni nourriture, les deux hommes avaient décidé de quitter l’embarcation pour aller chercher du secours, et avaient disparu. Le reste du groupe avait finalement été secouru par les garde-côtes turcs.

InfoMigrants reçoit aussi des témoignages de « pushbacks ». À l’été 2021, une Congolaise avait expliqué comment les garde-côtes grecs avaient refoulé son embarcation en mer, mettant les passagers en danger. « Ils nous ont menacé avec leur armes (…) Ils ont tourné autour de nous, ce qui a fait de grandes vagues et du courant », avait-elle rapporté.

À la frontière terrestre, de nombreux groupes se sont également retrouvés bloqués sur des îlots au milieu du fleuve Evros, victimes d’un “jeu de ping-pong” entre les deux pays. Les autorités grecques, appelées à secourir ces groupes, ont à plusieurs reprises déclaré qu’elles ne parvenaient pas à les localiser.

“Ces déclarations du gouvernement sont contradictoires, dénonce Hope Barker : ils sont capables de détecter des dizaines de milliers de personnes, mais ils ne peuvent soi-disant pas trouver ces petits groupes, même quand on leur envoie les coordonnées GPS exactes. »

Source http://www.infomigrants.net/fr/post/42876/environ-25-000-tentatives-dentree-en-grece-pour-le-seul-mois-daout-selon-les-autorites

Suisse,Frontex : la vérité «après» le vote

Par Guy Zurkinden

La publication d’un rapport confirme la participation active de l’agence européenne de garde-côtes à des refoulements illégaux d’exilé·e·s. Tout indique que le Conseil fédéral était au courant, mais a caché ces informations lors de la votation populaire sur le financement de Frontex.

Le 15 mai dernier, la conseillère fédérale (PLR) Karin Keller-Sutter (KKR), épaulée du ministre UDC Ueli Maurer, affichaient leur satisfaction. Le renforcement du financement de l’agence de garde-côtes européenne Frontex, qu’ils avaient soutenu bec et ongles, était accepté par 71,5% des votant·e·s. Tout au long de la campagne, Karin Keller-Sutter et Ueli Maurer avaient minimisé les violations des droits humains perpétrés par Frontex, dénoncées par le collectif Migrant Solidarity Network, à l’origine du référendum.

Le «sérieux» de Frontex

Au début de la campagne, le Département fédéral de justice et police, chapeauté par la libérale-radicale Karin Keller-Sutter, ex-membre du comité de direction de l’Union patronale suisse, évoquait de «prétendues violations des droits humains». Karin Keller-Sutter faisait ainsi sienne l’argumentation du directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, qui niait toute responsabilité dans des «pushback», ces refoulements illégaux de migrant·e·s dénoncés par de nombreuses ONG [1]. Fin avril, Fabrice Leggeri devait pourtant annoncer sa démission de Frontex, acculé par les scandales à répétition ainsi qu’un rapport dévastateur sur sa gestion, réalisé par l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). Mis sous pression par la démission de Fabrice Leggeri ainsi que par la publication de plusieurs enquêtes sur la question des «pushback» par des médias européens de référence, le tandem Keller-Sutter/Maurer devait ensuite ajuster le tir. Ueli Maurer affirmait que de tels cas seraient «l’exception et non la règle»[2]. De son côté, Karin Keller Sutter affirmait que ces illégalités ne seraient pas le fait de Frontex mais de certains Etats, et réitérait son plein soutien à l’agence [3]. Quant à Marco Benz, un des deux membres suisses siégeant au conseil d’administration de Frontex, il indiquait que «Frontex prend la protection des droits fondamentaux très au sérieux»[4].

Mouillée jusqu’au cou

Fin juillet, plusieurs quotidiens regroupés au sein de la plateforme de journalisme d’investigation Lighthouse reports publiaient des extraits du rapport de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF). Jusque-là tenu secret, ce document se penchait notamment sur la complicité de Frontex dans les refoulements illégaux de migrant·e·s aux frontières de l’Union européenne (UE). Bilan des courses: le rapport «confirme l’utilisation massive de la technique illégale du “pushback” par les autorités grecques pour décourager les migrants de pénétrer sur le sol européen» [5].

Or, selon les enquêteurs de l’OLAF, ces faits «étaient largement connus, et même dénoncés au sein de Frontex». Au moins six bateaux grecs, cofinancés par l’agence, auraient même été impliqués dans plus d’une dizaine de refoulements entre avril et décembre 2020. Au sein même de l’agence, plusieurs voix, dont celles de sa «tour de contrôle», le centre de situation de Frontex, avaient suggéré l’ouverture d’une enquête interne sur la question. La réponse de la direction? Une «interdiction formelle d’enquêter en interne», fruit d’une volonté ferme de «couvrir» la Grèce «en raison du contexte international». En 2020, l’agence décidait même de retirer ses avions survolant les eaux grecques pour éviter d’être témoins des «pushback» perpétrés par les garde-côtes grecs! Loin des yeux, loin du cœur.

Une position proche de l’extrême-droite

Le rapport de l’OLAF confirme ainsi que «Frontex n’a pas respecté les lois ou les droits fondamentaux, et encore moins la transparence, au cours des dernières années. Et que la structure de l’organisation est donc conçue de manière à permettre des délits aussi drastiques – parce qu’elle n’est pas soumise à un contrôle démocratique»[6]. «Partisans d’une ligne dure en matière de gestion des frontières extérieures de l’Union européenne», les dirigeants de Frontex ont ainsi «enfermé l’agence dans un mensonge: les refoulements de migrants en mer Egée n’existent pas. Ils seraient une invention d’ONG «soutenues par les Turcs». Une position proche de celle défendue par l’exécutif grec, mais aussi par l’extrême droite européenne», résume Le Monde [7].

Les mensonges de la «Berne fédérale»

Que savaient les autorités fédérales de ce constat accablant, au moment où elles menaient une campagne véhémente pour blanchir Frontex? Interpellée sur la question par la Woz, l’administration fédérale des douanes, chapeautée par le Département des finances d’Ueli Maurer, répond que les représentant·e·s helvétiques au conseil d’administration de Frontex – y compris Marco Benz – avaient pris connaissance du rapport réalisé par l’OLAF, et ce dès le 7 mars! Le ministre UDC des Finances a donc vraisemblablement aussi eu connaissance des conclusions désastreuses de l’enquête à la même période. Il serait extrêmement étonnant que KKR n’en ait pas eu vent.

Tout indique donc que le Conseil fédéral a délibérément soustrait des informations capitales à la population durant la campagne de votation, tout en tenant délibérément un discours mensonger sur Frontex afin d’assurer son orientation lors de la votation.

On connaît aujourd’hui la vérité. Mais le scrutin est déjà passé, de même que l’intérêt médiatique sur la question. Conclusion: dès 2027, la Suisse financera à hauteur de 61 millions de francs par an (contre 24 millions aujourd’hui) une agence qui refoule hommes, femmes et enfants au large de la mer Egée. Au mépris des droits humains les plus fondamentaux – et notamment celui à la vie. (17 août 2022)

Source https://alencontre.org/europe/suisse-frontex-la-verite-apres-le-vote.html

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[1] Lire le décryptage de Sophie Malka sur la question, sur le site asile.ch: https://asile.ch/2022/04/12/frontex-de-pretendues-violations-des-droits-fondamentaux

[2] NZZ, 3 mai 2022.

[3] Idem.

[4] Wochenzeitung, 3 août 2022.

[5] Le Monde, 28 juillet 2022.

[6] Wochenzeitung, idem.

[7] Le Monde, 28 juillet 2022.

La double peine ne s’assume pas, elle se supprime.

Depuis plusieurs jours, le ministre de l’Intérieur assène des accusations hâtives, des affirmations approximatives et des contre-vérités, probablement dans le seul but de flatter une certaine partie de l’opinion. Pourtant, c’est bel et bien la double peine qui doit être abolie, et non ses faibles remparts.

Après plusieurs jours de polémique, le ministre de l’Intérieur a finalement fini par indiquer « assumer une forme de double peine ».

La double peine est cette peine d’un autre âge qui consiste à asséner à une personne de nationalité étrangère une mesure d’expulsion, en plus de sa peine de prison. Chaque année, elle brise durablement des milliers de vie, le plus souvent pour des décennies.

La double peine est discriminatoire, car elle est fondée sur la seule nationalité. Elle est injustifiable, car elle empêche toute forme de réinsertion. Elle est criminogène, car elle favorise la récidive, en écartant les personnes de la grande majorité de leurs droits. Elle est inhumaine, car elle fait fi des désastres humains qu’elle produit sur les personnes comme sur leurs proches. Ces différents constats sont documentés et partagés depuis des décennies, au gré des nombreux rapports, mobilisations, témoignages et grèves de la faim menés depuis plus de trente ans.

Les propos tenus par le ministre de l’intérieur contribuent à entretenir un flou inacceptable entre immigration et délinquance. Des personnes sont qualifiées de délinquantes, alors qu’elles ont purgé leur peine, ou pire, qu’elles sont seulement mises en accusation. Toutes les personnes étrangères sont visées sans distinction, sans prendre la peine de considérer autre chose que le parcours pénal (ou la seule accusation) dont elles sont l’objet, au mépris de toute autres considérations tenant à la vie privée et familiale par exemple.

Ces propos laissent aussi entendre que la sauvegarde de l’ordre public serait l’éternelle oubliée des politiques migratoires, alors que la France créé sur ce seul fondement des dizaines de milliers de fantômes administratifs : retrait de titre, perte du statut de réfugié∙e, non-renouvellement sont légion depuis 2020 et la pandémie.

Les catégories de personnes protégées contre la double peine sont certes  insuffisantes mais leur abolition entraînerait des désastres humains sans précédents. C’est bel et bien la double peine qui doit être abolie, non les faibles barrières qui l’empêchent parfois.

Auteur : Service communication

Source https://www.lacimade.org/la-double-peine-ne-sassume-pas-elle-se-supprime/?utm_source=NL072022&utm_medium=NL&utm_campaign=NL2022&utm_content=contenu

Appel urgent Grèce

! ! ! APPEL URGENT ! ! !

La situation devient très compliquée en Grèce, au cœur des initiatives solidaires autogérées, comme vous l’a montré le compte-rendu du convoi qui s’est déroulé en quatre phases au début de l’année. Par rapport aux périodes passées, nous avons fortement manqué de moyens de janvier à avril. Nous n’avons pas réussi à atteindre 50% de ce que nous faisons d’habitude. Pire : depuis deux mois, nous n’avons absolument plus aucun moyen d’agir ni aucun fond d’urgence, alors que nous sommes très sollicités et que les besoins se multiplient. Nous sommes donc dans la nécessité de faire un appel, exactement six mois, jour pour jour, après celui du premier janvier 2022.
Si vous connaissez des individus ou des collectifs qui peuvent épauler les initiatives solidaires autogérées en Grèce, merci de le faire savoir. Cette aide peut également être ciblée sur une lutte en particulier, parmi toutes celles que nous avons évoquées durant ces 11 épisodes et toutes ces années, ou même sur un seul lieu (ou groupe) qui vous tient à cœur. Pas de problème. Nous pouvons aussi payer directement un fournisseur sur place par votre intermédiaire, si vous le souhaitez et si le montant le permet (livraisons alimentaires, urgences sanitaires, puériculture, premiers secours, travaux dans les lieux, etc.). Si vous avez d’autres suggestions, n’hésitez pas à nous contacter.
Toutes ces actions ne sont peut-être pas grand-chose face à l’ampleur du désastre, mais elles encouragent à poursuivre nos luttes qui convergent toutes vers un même but : prendre nos vies en mains et montrer ce dont nous sommes capables ensemble, par-delà nos différences.
Nous vivons à une époque si complexe et confuse que les mots ne suffisent plus. Des mots que nous vole souvent le pouvoir. Des paroles qui s’envolent. Des discussions qui s’éternisent. Des débats insignifiants pour des virgules qui éloignent de l’action et de sa capacité à créer du lien, à se rassembler contre ce qui nous frappe à tour de rôles, à s’unir dans des projets. Pourtant, c’est dans l’action qu’on se rencontre vraiment, qu’on apprend à se connaître, à se comprendre, à s’aimer. La lutte est une histoire d’amour. L’amour de l’utopie en chemin. L’amour de tout ce que nous voulons sauver et libérer. L’amour de la vie.
Encore merci à toutes celles et ceux qui ont participé, en janvier dernier, à la préparation du convoi, d’une façon ou d’une autre. Et d’avance, un grand  merci de votre soutien pour tenir bon jusqu’à la prochaine fois.
L’appel précédent, lancé 1er janvier 2022, nous a tout de même permis de réaliser ce convoi en quatre phases, principalement de février à avril (compte-rendu sur ce même blog durant les semaines passés). Mais, pour la première fois, nous n’avons pas été en mesure de soutenir tous les lieux et collectifs que nous épaulons habituellement depuis des années. Nous n’avons même plus de fond d’urgence depuis deux mois (quelques dizaines d’euros au lieu de plusieurs milliers). Autrement dit, plus rien. Nous sommes donc dans la nécessité absolue de lancer ce nouvel appel, six mois après le précédent. Un appel particulièrement urgent, comme vous l’aurez compris.
Si vous le pouvez, merci de participer. Toutefois, si la situation est extrêmement difficile pour vous aussi, surtout ne vous mettez pas en danger. Partager l’info, c’est déjà nous soutenir.

1- Pour effectuer un virement à ANEPOS
IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU
Objet : « Action Solidarité Grèce »
3- Pour envoyer un chèque à l’ordre de ANEPOS
Adresse postale : ANEPOS – Action Solidarité Grèce – 6 allée Hernando – 13500 Martigues
Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net
Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80
ANNEXE 1 – LIEUX ET COLLECTIFS RÉCEMMENT AIDÉS

Liste des lieux et collectifs aidés matériellement et/ou financièrement ces derniers temps, malgré un contexte particulièrement difficile :
– soutien à l’initiative contre les forages pétroliers en Crète (que tente encore de déployer Exxon-Mobil, alors que la firme française Total vient de renoncer).
– Collectif Livas dans le département de Réthymnon en Crète (soutien aux actions solidaires, notamment à la cuisine populaire fondé par ce club de sport sans hiérarchie).
– Centre social autogéré Alimoura à Ioannina (nous avons financé la réparation du local qui avait été saccagé par une attaque fasciste) ;
– Usine autogérée Bio.Me à Thessalonique (soutien et achat de savons et produits fabriqués par les ouvriers, alors que l’électricité venait de leur être coupée) ;
– Mikropolis à Thessalonique, renommé Respiro (soutien au plus grand espace social libre de Grèce qui vient de déménager) ;
– Initiative antifasciste d’aide aux réfugiés près d’Évros (au moment où ces derniers étaient pris au piège entre les deux états grecs et turcs, et où des identitaires européens étaient venus pour tenter de pratiquer la chasse à l’homme, ainsi qu’à Lesbos) ;
– Réseau Solidaire de Crète (et soutien à la création de nouveaux lieux dans l’île)
– Initiative de Kastelli en Crète contre le nouvel aéroport (nous participons au financement de la procédure de Justice contre l’aéroport qui est en train de basculer à l’échelle européenne, alors que 150.000 des 200.000 oliviers ont déjà été coupés et que l’opinion est de plus en plus opposée au projet, nous avons également participé à plusieurs réunions et actions sur place, et soutenu les paysans en lutte contre ce projet)
– Centre Social autogéré Favela au Pirée (soutien financier et achat de tee-shirts pour épauler ce lieu situé dans une zone où les fascistes rôdent souvent et où l’un d’entre nous, a été agressé violemment en juin 2019 par un groupe de néo-nazis qui lui avait tendu un guet-apens avant que les passagers d’une rame de tramway ne parviennent à le sauver) ;
– K*Vox à Athènes (base d’un des groupes les plus actifs en Grèce) ;
– Aide aux frais de Justice de plusieurs compagnons de luttes, notamment pour leur éviter d’aller en prison suite à des actions pourtant exemplaires ;
– squat Notara 26 à Athènes (le plus ancien lieu d’accueil des réfugiés dans le quartier d’Exarcheia) ;
– Maison des migrants à Chania en Crète (soutien financier et livraison de produits alimentaires) ;
– Plusieurs cuisines sociales (soutien financier et livraison de produits alimentaires) ;
– Réseau solidaire SODAA en Attique ;
– Structure autogérée de santé d’Exarcheia (soutien financier et livraison de matériel médical) ;
– Caravane de soutien aux victimes précaires d’un séisme en Crète ;
– Nombreuses actions aux côtés d’ouvriers et de syndicalistes en lutte, comme les dockers du Pirée actuellement en grève contre la firme chinoise Cosco (participation à la caisse de grève, etc.).
– Réseau École Buissonnière-Pédagogie Freinet à Athènes et en Crète (soutien financier et livraison de fournitures en aide aux enfants précaires) ;
– Actions solidaires à Lesbos (nombreuses initiatives, surtout, après l’incendie du sinistre camp de Moria et l’errance de nombreuses familles en difficultés).
– Réparations et bricolage dans de nombreux lieux : peinture, menuiserie, plomberie, électricité, sécurité anti-incendie, jardinage, participation aux récoltes…
Source http://blogyy.net/2022/07/03/appel-urgent/
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