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Rappel A Grenoble commande groupée 2024 pour soutenir les VioMe

Solidarité concrète avec les travailleurs
de l’usine VIOME autogérée
à Thessalonique en Grèce

Après que leur usine ait été mise en faillite et abandonnée par les employeurs, les salariés depuis maintenant 11 ans l’ont reprise en coopérative ouvrière.

Ils fabriquent des produits d’entretien ménager écologiques qu’ils distribuent de manière militante. Le terrain a été vendu aux enchères électroniques (la dernière invention de la commission européenne pour pallier aux manifestations citoyennes qui s’opposaient aux expulsions de particuliers) et ils ont été expulsés par la police. Même si les conditions sont plus difficiles la production continue sur une petite parcelle non comprise dans la vente.

Ils en appellent à la solidarité internationale. Il est plus que jamais nécessaire de les soutenir en participant à cette commande.

Voir notre tract d’information

Depuis 2016 et la visite de Makis Anagnostou à Grenoble et afin de les soutenir, le comité de Grenoble organise chaque année une commande groupée de leurs produits.

Pour celle de 2024 vous trouverez :

– le bon de commande avec tous les renseignements utiles :

Attention : la date limite de réception des commandes est fixée

au lundi 29 avril 2024

Contribuons par nos achats à soutenir cette lutte exemplaire !

A noter que le comité grenoblois soutenu par Attac 38 a évoqué la situation des VioMe devant 150 personnes lors de projection  » Nous n’avons pas peur des ruines  » le 04 avril 2024 au club en présence du réalisateur Yannis Youlountas .

Grèce : la deuxième mort de Syriza, ou de la tragédie à la farce

Par Stathis Kouvélakis

Syriza traverse actuellement ce qui pourrait bien être sa crise finale après l’élection à sa tête d’un ancien trader : Stefanos Kasselakis. Celui-ci a pris la succession d’Alexis Tsipras après la déroute électorale récente du parti, en bénéficiant d’un large soutien des médias dominants et d’un système de « primaire interne » qui permet à toute personne s’inscrivant en ligne et payant la somme de deux euros de participer à l’élection du chef du parti.

Stathis Kouvélakis analyse dans cet article ce qui apparaît d’ores et déjà comme la « deuxième mort » de Syriza, la première renvoyant à la capitulation en rase campagne de l’été 2015 face à la Troïka (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne). Celle-ci conduisit Tsipras à mener une politique d’une extrême brutalité pour les classes populaires et, ainsi, à transformer Syriza de parti de la gauche radicale en parti de l’austérité néolibérale.

***

On connait sans doute les phrases par lesquelles commence le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte de Marx : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire surgissent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ».

Ce « quelque part » fait référence à un passage des Leçons sur la philosophie de l’histoire qui établit un parallèle, d’une part, entre le passage de Rome de la république à l’empire et celui de la France de la monarchie à la république, et, de l’autre, entre le destin de César, celui de Napoléon et celui de la dynastie des Bourbons. Selon Hegel, le meurtre de César est censé ramener la république, en mettant fin au pouvoir personnel, mais il aboutit à sa fin irrévocable et à l’instauration du régime impérial, d’un césarisme sans César que le meurtre de celui-ci a rendu possible. Napoléon et les Bourbons sont chassés deux fois du pouvoir, et ce n’est qu’au terme de cette réitération que l’irréversibilité de la fin du pouvoir qu’ils ont incarné est véritablement actée.

Hegel en tire une sorte de loi de l’histoire selon laquelle « la répétition réalise et confirme ce qui au début paraissait seulement contingent et possible »[1]. Un événement n’est définitivement enregistré que lorsque, par sa répétition, sa nécessité, c’est-à-dire son caractère irréversible, est reconnue. Cette répétition n’est en fait jamais une répétition à l’identique, elle s’effectue toujours sous une forme déplacée.

Toutefois, l’idée d’un passage de la tragédie à la farce est, pace Marx, déjà bien présente chez Hegel, qui caractérise la « Restauration » des Bourbons de « farce qui a duré 15 ans »[2]. La normalité propre à l’ère bourgeoise tend à refouler les moments troubles qui ont scandé son émergence. Pour autant, si toute idée de retour en arrière s’avère illusoire, cette illusion fait elle-même partie du processus qui, par le jeu de la répétition, enregistre la césure de l’événement.  

Le désastre que vit la Grèce, et en particulier la gauche grecque, depuis le terrible été 2015 apparaît comme un cas d’école de cette « ruse de la raison historique ».

Entre les deux morts, la séquence 2015-2023 

La dernière en date des tragédies d’un pays qui en a connu bien d’autres est donc survenue en ce terrible été 2015,  lorsqu’Alexis Tsipras capitule en rase campagne face à la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, Fond Monétaire International), et accepte un plan néolibéral de choc (connu en tant que « 3e Mémorandum ») bien pire que celui que l’électorat grec venait de rejeter quelques jours auparavant, lors du référendum du 5 juillet. Mais l’ampleur de la catastrophe était telle qu’elle fit l’objet d’un déni, habilement cultivé par Tsipras et ceux qui l’ont suivi au sein de son parti, avec l’appui enthousiaste des classes dominantes grecque et européennes.

Syriza a pu ainsi remporter le scrutin anticipé de septembre 2015 en laissant croire que l’acceptation du 3e Mémorandum n’était qu’un recul tactique et en promettant de mettre en œuvre un « programme parallèle », censé neutraliser ses retombées négatives. Les quatre ans qui ont suivi ont toutefois été marqués par l’application à la lettre des recettes néolibérales draconiennes gravées dans le marbre de cet accord, sans la moindre mesure compensatoire, transformant la Grèce en pays modèle du néolibéralisme au sein de l’UE.

L’électorat sanctionne lourdement Syriza au scrutin européen de mai 2019, en le plaçant (à 23,7% contre 35,6% en septembre 2015), dix points derrière une droite revigorée, assurée de revenir au pouvoir. Sentant le vent du boulet, Tsipras bouscule de quelques mois le calendrier électoral et appelle à un scrutin législatif anticipé pour juillet. La manœuvre porte ses fruits, ou du moins quelques-uns.

Certes, Syriza sort perdant, à près de neuf points derrière Nouvelle Démocratie. Mais il progresse de près de huit points par rapport aux européennes, atteignant un score inespéré de 31,5%. La perspective d’un retour de la droite au pouvoir a suscité un ultime réflexe de vote-barrage. Ce réflexe s’était nourri de la réaction suscitée par les manifestations nationalistes du printemps précédent contre l’accord signé avec la République de Macédoine du Nord, qui avaient vu se constituer un front commun entre l’extrême droite et les secteurs les plus radicaux de Nouvelle Démocratie.

Ce score a créé l’illusion, propagée conjointement par Syriza et le système politico-médiatique, selon laquelle on assisterait au retour à un système bipartisan comme celui que le pays avait connu des années 1970 à la crise de 2010. A la seule différence que c’était désormais le parti d’Alexis Tsipras qui était censé occuper la place qui fut naguère celle du Pasok, celle d’une force d’alternance gouvernementale face à la droite. 

Cette illusion renvoyait de fait à une autre, plus profonde : celle qui refusait d’admettre le caractère irréversible de ce qui s’était passé l’été 2015, et qui s’était prolongé lors des quatre années qui avaient suivi, à savoir la mutation de Syriza d’un parti de la gauche radicale en véhicule d’une forme particulièrement dévastatrice de néolibéralisme, assortie d’une mise sous tutelle du pays pendant plusieurs décennies[3].  

Mai-juin 2023 : le naufrage électoral

L’effondrement électoral de Syriza au scrutin de mai 2023, confirmé et aggravé dans celui qui a suivi (de 31,5% en 2019 à 20% en mai puis à 17,8% en juin), a mis fin à cette illusion. Au cours des quatre années précédentes, Syriza s’était contenté de mener une opposition superficielle, ne contestant aucune orientation de fond de la droite.

Au parlement, ses députés ont voté 45% des lois proposées par le gouvernement de Mitsotakis, y compris les plus emblématiques comme celle autorisant la vente à un prix symbolique du terrain de l’ancien aéroport d’Elliniko à l’oligarque Yanis Latsis, associé à des capitaux qataris, ou les pharaoniques contrats d’armement, d’un montant de près de 15 milliards à ce jour, qui ont conduit au doublement du budget de la défense entre 2020 et 2022. Syriza s’est chargé lui-même de rappeler quotidiennement que la capitulation de 2015 et son mandat gouvernemental ne constituaient en rien une « parenthèse » forcée mais bien une rupture qui n’admettait aucun retour en arrière. 

Par ailleurs, Tsipras a engagé une mutation de la structure organisationnelle de Syriza en ouvrant largement le parti à des personnalités « centristes », en général issues du Pasok, qui avaient approuvé tous les Mémorandums signés avec la Troïka lors de la période 2010-2015. Le nom du parti a été modifié en 2020 en « Syriza-Alliance progressiste », avec l’ambition d’en faire une force capable de couvrir l’espace du « centre-gauche » et d’apparaître comme une force d’alternance stable. Et, surtout, Tsipras a instauré en 2022 un système de « primaire interne », ouverte à toute personne s’inscrivant en ligne et payant la somme de deux euros.

Seul candidat, Tsipras est élu président du parti par une « base » fictive de 170 mille personnes – jusqu’à l’été 2015 Syriza comptabilisait 35 000 membres, mais il s’agissait alors de vrais membres affiliés à une section locale ou d’entreprise. A la tête d’un parti vidé de toute substance militante et transformé en machine électorale au service du leader, Tsipras pensait aborder avec une relative sérénité les scrutins de 2023. L’objectif était sinon de gagner une majorité, du moins être en mesure de constituer une coalition gouvernementale « progressiste » avec le Pasok et accoucher ainsi d’un pôle de centre-gauche sur le modèle du PD italien. 

Dans ce contexte, la double déroute de mai et juin 2023, la seconde amplifiant la première, a provoqué un séisme interne. Dans une ambiance lugubre, Tsipras démissionne quelques jours après la gifle électorale de juin. Il laisse un parti démoralisé et, surtout, dépourvu d’identité et de repères autres que le culte du leader et l’obsession de revenir au pouvoir.

De nouvelles « primaires » sont convoquées pour septembre, et une proche de Tsipras, Efi Achtsioglou, se présente comme la successeure désignée, bénéficiant de l’appui de l’appareil. Elle fait partie du groupe de quadras qui ont accédé à la notoriété en occupant d’importants portefeuilles ministériels entre 2015 et 2019. Elle-même, en tant que ministre du travail, a lié son nom à deux lois qui restreignent drastiquement le droit de grève (désormais soumis à un vote préalable des membres du syndicat, sur le modèle des lois Thatcher) et suppriment les négociations tripartites (syndicats-patronat-Etat) sur le SMIG, désormais fixé par décret. 

Tout paraissait joué, jusqu’à ce qu’un outsider absolu, Stefanos Kasselakis se déclare candidat à la fin août et remporte aisément le scrutin (qui s’est déroulé en deux tours, selon les règles fixées en 2022). Que s’est-il passé ?

Qui est Stefanos Kasselakis ?

Dans les conditions actuelles d’affaiblissement au niveau mondial des partis politiques, le succès d’un outsider comme Kasselakis pourrait paraître trivial. Il l’est toutefois moins si on prend en compte ce qui fait la singularité du personnage et de son ascension éclair sur la scène politique. L’originalité du cas consiste en ce que l’outsider en question ne fonde pas une nouvelle formation, par-delà les clivages établis du champ politique, mais, défiant toute prévision, parvient à s’imposer à la tête d’un parti héritier d’un courant historique de la gauche et qui, malgré son affaiblissement, reste la principale force d’opposition au parlement grec. 

A première vue, le succès de Kasselakis se présente comme une simple combinaison des techniques de com qui font l’essence de la « post-politique » actuelle. Jeune, riche, sportif, ouvertement gay (mais sans promouvoir d’agenda LGBT+ particulier), Kasselakis paraît incarner lui-même l’« image » de nouveauté, celle du « rêve grec » qu’il promet à ses partisans.  La campagne-éclair qui l’amène à la présidence de Syriza est entièrement basée sur des petites vidéos (six, soit un total 43 minutes), de rares interviews (il arrête rapidement un exercice qui le met en difficulté), et, avant tout, sur le recours intensif aux réseaux sociaux.

Le candidat-surprise est aussitôt adoubé par les médias audiovisuels, qui lui assurent une visibilité extraordinaire, entièrement basée sur l’étalage complaisant de son style de vie (son chien, son mari, sa salle de fitness, ses sorties etc.). Son discours est à l’image de sa campagne : il se présente comme un visage neuf, « l’homme capable de battre Mitsotakis », dégagé de tout « boulet idéologique » à l’opposé des « hommes (et femmes) d’appareil » qu’il affronte dans le cadre des primaires de Syriza.  

Lors des interviews, son ignorance des sujets les plus élémentaires de la politique grecque est flagrante. Malgré son succès supposé dans le monde des affaires, il semble ignorer le montant du taux d’imposition des sociétés en Grèce et, nonobstant les saillies « patriotiques » dont il parsème ses discours, il n’a qu’une vague idée des problèmes qu’affronte le pays dans ses rapports avec la Turquie. Ses propositions sont aussi floues que sommaires, mais toutes s’insèrent dans la grammaire néolibérale : moins d’impôts, suppression du service militaire obligatoire et promotion d’une armée de métier, « égalité des chances » et « rêve grec pour tous ».

Peu après son élection à la présidence du parti, il prononce devant l’assemblée générale annuelle du patronat grec un discours remarqué, qui dissipe le nuage de fumée qui a entouré sa campagne. Il y défend une vision qui « ne diabolise pas le capital et le voit comme un outil pour la prospérité, pour la réduction des inégalités à travers une croissance forte ». Selon cette version de la « théorie du ruissellement », le « mot travail doit être un appel à la ‘collaboration’, pour un nouveau contrat social par lequel les travailleurs participent activement à la croissance de l’entreprise ». 

La clé du succès de Kasselakis se trouve sans doute dans cette adéquation entre un discours à peu près vide de contenu, au sens où il se contente de surfer sur les clichés (au sens imagé) du néolibéralisme, et son incarnation dans un visage juvénile, dépourvu de toute épaisseur, donc entièrement modelable (et modelé) par les techniques de la com. Il apparaît comme la transposition dans le champ de la politique de la figure de l’« ambianceur », pour reprendre une catégorie de Nicolas Vieillescazes : quelqu’un qui diffuse une certaine vision, en l’occurrence néolibérale, mais de façon vague, quasiment subreptice, qui évite toute affirmation et propos « clivant » et se fond ainsi dans l’ « ambiance » régnante, puissamment aidé en cela par son (apparente) absence de passé. Davantage qu’une véritable singularité, Kasselakis apparaît comme un produit d’algorithmes, simple figuration de la logique anonyme du système politique et de l’ordre social dont il est l’expression. 

Si Kasselakis a pu s’en tenir pendant sa courte campagne pour la présidence de Syriza (à peine plus de deux semaines) à un discours infra-politique, c’est qu’il est lui-même un inconnu à peu près complet non seulement sur la scène politique mais aussi dans la vie publique du pays. Sa désignation par Alexis Tsipras sur les listes de Syriza (dans une position non-éligible) aux scrutins de mai et juin 2023 au titre de personnalité de la diaspora[4] est passée à peu près inaperçue.

Ayant quitté la Grèce à l’âge de 14 ans, il est résident permanent aux Etats-Unis jusqu’au début de l’année dernière. C’est dans ce pays que s’est déroulée la totalité de sa carrière professionnelle, qui l’a vu passer du statut de trader de la Goldman Sachs à celui d’armateur, une trajectoire qui lui donne l’aura du self-made man dont il ne cesse de se prévaloir. Pourtant, un voile d’opacité entoure la nature exacte de ses activités entrepreneuriales.

De récents reportages de la presse grecque pointent une structure labyrinthique de sociétés au statut juridique complexe, dont les principales sont basées au Delaware, un  Etat de la côte Est des Etats-Unis connu pour son statut de paradis fiscal et pour la règle de confidentialité qu’il applique quant à la propriété des sociétés qui y sont enregistrées. Tout cela au mépris de la législation grecque qui interdit aux élu.es et aux dirigeant.es de partis représentés au parlement d’être propriétaires de sociétés dont le siège se trouve hors du pays.

Même le passage par la Goldman Sachs est controversé : Kasselakis aurait été licencié pour « performance insuffisante », alors que lui-même assure l’avoir quittée de son propre gré pour reprendre des études supérieures. De même, il apparaît que, loin d’être le self-made man qu’il prétend, son entrée dans le monde des affaires s’est effectuée grâce à l’appui de la société de son père et à celui du puissant armateur Marcos Nomikos.

Que sa trajectoire ait été celle d’un capitaine ou, plus vraisemblablement, celle d’un chevalier d’industrie, Kasselakis n’est pas un inconnu au sein de la communauté gréco-étatsunienne. Il a tenu pendant des années une chronique consacrée à l’économie dans son organe emblématique, The National Herald, un quotidien ultra-conservateur (et soutien notoire de la dictature des colonels qui a sévi de 1967 à 1974) mais qui entretient de puissants liens « bipartisans » avec l’establishment politique et économique étatsunien. Kasselakis y publie ses chroniques parfois sous son nom, parfois sous le pseudo d’Aristotelis Oikonomou, en hommage à l’armateur mythique Aristotelis Onassis

La presse grecque a abondamment fait état de ses publications passées, qui ne laissent aucun doute sur son positionnement idéologique et politique – même si l’effet de ces révélations a été habilement neutralisé par le tapage communicationnel qui a entouré sa campagne. Tout au long de la crise des années 2010-2015, Kasselakis a vigoureusement défendu la thérapie de choc de la Troïka, jugeant que les salaires grecs sont trop élevés (y compris le salaire minimum), et que les licenciements de fonctionnaires et les coupes dans les services publics imposés par la thérapie de choc étaient « insuffisants ».

Il proposait comme modèle la politique économique de Reagan et la création d’universités privées. Il considérait Syriza, et en particulier Alexis Tsipras, comme un « danger » pour le pays comparable à celui que Trump représentait pour les Etats-Unis (lui-même était pourtant enregistré comme électeur républicain à New York de 2013 à 2019). Il avait affiché, en 2015, son soutien à l’actuel premier ministre Konstantinos Mitsotakis lors des primaires de la droite et salué, en 2019, la victoire de Nouvelle Démocratie (dirigée par Mitsotakis), lorsqu’elle succède au pouvoir à Syriza.

Dans un entretien accordé en juillet 2023 à l’édition en langue anglaise du quotidien athénien Kathimerini, alors qu’il s’était déjà présenté comme candidat sur les listes de Syriza, il se targue de « son excellente relation avec Mitsotakis, qui date de 2012, quand il était simplement député ». Dans le même entretien, il déclare avoir accepté la proposition de Tsipras de figurer sur les listes de son parti car il « pense qu’avec lui (Tsipras) nous pourrions créer l’équivalent grec du Parti Démocrate [étatsunien], qui pourrait mettre en œuvre un ensemble de changements politiques allant de projets de loi bipartisans sur l’économie et la réforme de la justice à des protections progressistes sur les droits de l’homme, le logement, la pauvreté, etc. ».

L’aboutissement d’un long délitement

L’élection d’une telle personnalité à la tête d’un parti comme Syriza, qui compte 20 ans d’existence et plonge ses racines dans l’histoire mouvementée de la gauche communiste grecque, a bien quelque chose de vertigineux. De la tragédie on est effectivement passé à la farce, mais le spectacle a continué à attirer des spectateurs. Il s’est en effet trouvé 70 mille personnes pour soutenir Kasselakis lors du second tour des primaires (56% du total) contre 56 mille à sa rivale, Efi Achtsioglou. Comment expliquer cette adhésion ?

Il faut tout d’abord mentionner la déstructuration idéologique profonde induite par le cynisme impudent d’une formation de la « gauche radicale » qui renie ses engagements fondamentaux, bafoue le résultat d’un référendum qu’elle a elle-même organisé, et s’accroche au pouvoir pour poursuivre la politique néolibérale d’une grande brutalité engagée par ses prédécesseurs. La perte de repères qui s’ensuit nourrit le nihilisme et les mues les plus improbables, y compris au sein de ce qui restait de l’électorat de Syriza.

Vient ensuite l’impact de la procédure de la primaire qui substitue au principe d’un parti constitué de militants souverains celui d’un agrégat anonyme et atomisé, constitué de membres fantômes à deux euros, aisément manipulable par les médias et le buzz des réseaux sociaux. Sans la figure de Tsipras, qui maintenait l’apparence d’une continuité, le parti centré autour de son leader est apparu pour ce qu’il était devenu : une coquille vide.  

Avec ce mélange d’inconscience et de sincérité qui caractérise les outsiders, Kasselakis a déclaré  que « si Syriza fonctionnait correctement, s’il avait une base sociale, une réserve de cadres et de jeunes, il y aurait évidemment quelqu’un d’autre qui aurait pris la place que j’occupe aujourd’hui. Le fait que j’aie été élu n’est pas un signe de bon fonctionnement. Je l’admets. Si j’ai été élu, c’est parce que les gens voulaient quelque chose de différent ».

Toutefois, la victoire d’un candidat aussi improbable n’a été possible que du fait du discrédit de ses concurrents. Usés par un exercice du pouvoir impopulaire, ayant appliqué sans broncher des politiques néolibérales aux antipodes complets des engagements de Syriza, ils et elles en ont payé le prix lorsque le désastre électoral est survenu. Incarnant la continuité et une forme de légitimité « partidaire », Efi Achtsioglou en particulier pensait que les primaires seraient une promenade et menait une campagne routinière et « centriste ».

C’est précisément ce qui l’a conduit à la défaite : brocardée en tant que représentante d’une ligne et d’une équipe qui avait échoué, elle n’avait pas grand-chose à opposer à la « guerre-éclair » communicationnelle d’un Kasselakis, avec son profil d’« homme neuf », vierge de tout lien avec le Syriza de gouvernement, adossé au système médiatique mais bénéficiant également de la bienveillance implicite de Tsipras. Sa défense de « l’identité de gauche » du parti ne pouvait qu’apparaître que comme le reliquat démonétisé d’une époque révolue.

La force de Kasselakis a été précisément d’affirmer la rupture avec une identité devenue sans objet. Une fois de plus, l’injonction que le « révisionniste » Eduard Bernstein lançait à la socialdémocratie allemande à la fin du 19e siècle – « qu’elle ose paraître ce qu’elle est » – a fait la preuve de son efficacité. Profitant du désarroi créé par la déroute électorale, le candidat surprise a su mobiliser les procédures mises en place par Tsipras pour construire une base de supporters à partir des technologies qu’appellent ces mêmes procédures : le buzz des réseaux sociaux et le tapage médiatique.

Son succès illustre ce que Gramsci appelait un processus déjà bien avancé de « transformisme » et dont la racine n’est pas à chercher ailleurs que dans la capitulation de l’été 2015. C’est aussi la raison pour laquelle son OPA sur Syriza a bénéficié, dans un premier temps (mais qui était le plus crucial), de la bienveillance de Tsipras et du soutien de ses plus proches collaborateurs au sein du cercle dirigeant.

Syriza sous le leadership de Kasselakis  

Si l’on appliquait à Kasselakis les critères dont il se réclame lui-même, le bilan de ses six premiers mois à la présidence du parti est pour le moins décevant, si ce n’est catastrophique. Les élections régionales et municipales d’octobre dernier ont été une humiliation pour le parti, qui a perdu le peu de bases municipales qui lui restaient.

Presque partout il a été dépassé par le Pasok, qui a remporté un succès spectaculaire et inattendu en délogeant (au second tour) la droite de la municipalité d’Athènes, l’ex-maire n’étant autre que le neveu du premier ministre Mitsotakis. Pire, Syriza est talonné au niveau national par le Parti communiste, qui connaît un redressement sensible et contrôle actuellement cinq municipalités importantes, dont celle de Patras, 3e ville du pays (conquise en 2014). Suite à ce premier test électoral, Syriza est relégué en 3e position (autour du 12%) dans la quasi-totalité des sondages, à deux points en moyenne derrière le Pasok. 

Ce qui a fait la une des médias au cours des mois qui ont suivi, ce ne sont plus tant les opérations de com’ de son président (malgré la publicité accordée à l’anniversaire de son chien Farly…) mais les déboires internes du parti et les révélations sur ses activités professionnelles aux Etats-Unis. Son élection a été suivie de vagues de départ de Syriza (pendant plusieurs semaines, la presse publiait quasi-quotidiennement des lettres collectives de départ signées par des dizaines, parfois des centaines de membres), des exclusions de députés, et rapidement, par le départ des principaux courants « historiques » : « Parapluie », qui se voulait l’aile gauche du parti (son candidat, Euclide Tsakalotos, ancien ministre de l’économie et des finances, avait recueilli 8,3% des voix lors du 1er tour des primaires), et le groupe dit « 6+6 », qui regroupe les quadras de l’ancienne direction autour de Tsipras, dont la candidate, Efi Achtsioglou, a affronté Kasselakis lors du second tour des primaires (elle avait obtenu 36% lors du premier).

Ces deux courants ont d’abord créé un groupe parlementaire, avec 11 députés sur les 47 élus sous l’étiquette Syriza en juin 2023, puis un parti nommé « Nouvelle Gauche ». Celui-ci a tenu sa première conférence nationale début mars et élu à sa tête Alexis Charitsis (47 ans), qui a détenu divers portefeuilles dans les gouvernements Tsipras.

Bien que se voulant garante de l’« identité de gauche », qu’elle accuse Kasselakis d’avoir abandonnée, Nouvelle Gauche se veut également la meilleure défenseure du bilan gouvernemental de Syriza, auquel ses principaux dirigeants restent associés. L’argument est que la cause de la crise du parti remonte à 2019. Seraient en cause l’incapacité à mener une opposition crédible et la politique d’« ouverture vers le centre » impulsée par Tsipras, ainsi que la transformation de l’organisation en machine au service du leader. La capitulation de 2015 et les quatre années de politiques néolibérales drastiques qui ont suivies font l’objet d’un non-dit, si ce n’est d’un déni. La proposition politique de Nouvelle Gauche revient en fin de compte à entretenir l’illusion d’un possible « tsiprisme sans Tsipras », dans la continuité du « Syriza de gouvernement » des années 2015-2019.

Par contraste, le Syriza de l’ère Kasselakis joue une carte de distanciation partielle avec le bilan du Syriza au pouvoir. Flirtant avec une rhétorique populiste, il dénonce certains aspects de la politique de la période 2015-2019 qui ont particulièrement affecté les couches moyennes (surtaxation des professions libérales et des indépendants) ou les retraités. Naviguant au gré des sondages et des trouvailles des communicants, le « progressisme » du « nouveau » Syriza offre une combinaison de platitudes néolibérales agrémentées d’une pincée de populisme.

Parmi les principaux appuis de l’actuel président issus de l’ancien Syriza, on trouve Pavlos Polakis, ancien ministre de la santé. Personnage histrionesque maniant constamment l’insulte sur les réseaux sociaux , il y relaie l’argumentation des antivax ainsi que des propos nationalistes et xénophobes, frisant parfois le racisme. De son côté, Kasselakis ne manque jamais une occasion de mettre en avant son « patriotisme » et d’affirmer son soutien aux montants astronomiques des dépenses militaires engagées par le gouvernement actuel (que Syriza a par ailleurs toujours soutenues au parlement). 

Le 4e congrès de Syriza, qui s’est tenu fin février, a été marqué par l’intervention de dernière minute de Tsipras au moyen d’une lettre rendue publique la veille de son ouverture. Quelques jours auparavant, Kasselakis avait adressé aux « membres » un « questionnaire en ligne » qui remettait en cause l’ensemble des « fondamentaux » de Syriza : nom et emblème du parti, positionnement dans l’axe droite-gauche, nécessité de « changements radicaux » dans sa structure.

Ce questionnaire a suscité la réaction de la quasi-totalité des anciens « barons » du parti et forcé Tsipras à intervenir. Dans une ultime tentative d’affirmer son influence au sein du parti, Tsipras dénonce à la fois ceux qui l’ont quitté pour créer Nouvelle Gauche et le leadership de Kasselakis, à qui il reproche d’avoir été élu sans avoir ouvert ses cartes. Il lui demande en conséquence de procéder à des nouvelles élections pour la présidence du parti, faisant ainsi monter d’un cran le niveau, déjà très élevé, de tension interne.

Le congrès lui-même a donné une image de chaos indescriptible, la plupart des participant.es n’étant pas des délégué.es élu.es (les sections se trouvant dans l’incapacité de tenir des réunions) mais une masse de supporters du nouveau leader, huant systématiquement les opposant.es dans une ambiance digne des jeux de cirque romain. Malgré l’annonce d’une candidature opposée à Kasselakis (celle d’Olga Gerovassili, un profil comparable à celui d’Achtsioglou en plus âgé), le congrès a repoussé in fine la proposition de tenue de nouvelles élections dans une caricature de délibération. Les médias ont abondamment parlé de farce, et comparé le congrès aux spectacles satiriques kitsch de la scène populaire du Pirée Delphinario.

Pourtant, que ce soit en termes d’image personnelle ou de stratégie, Kasselakis sort incontestablement renforcé de l’épreuve : débarrassé de toute opposition interne, il a rompu le lien symbolique avec Tsipras et mis un terme à toute velléité de son ancien leader d’interférer dans les affaires du parti. Il a désormais carte blanche pour mener au bout sa transformation de Syriza en parti libéral à l’américaine. Ses premières décisions ont consisté à mettre en place un schéma d’organisation d’inspiration explicitement entrepreneuriale : le parti est géré par son président, entouré de son staff et de plusieurs « think tank » thématiques.

Le projet de changement de nom n’est que reporté, sans doute pour le lendemain du scrutin de juin prochain. Reste à savoir si cette opération est en mesure d’améliorer la performance électorale, qui s’annonce calamiteuse, aux élections européennes. Les derniers sondages indiquent certes un léger redressement, et redonne à Syriza la deuxième place, légèrement devant le Pasok, mais à plus de vingt points derrière Nouvelle Démocratie et toujours sensiblement en-deçà du score de  juin 2013.

Même si lui-même s’en défend, et réclame à être jugé en fonction du résultat lors du prochain scrutin législatif (prévu pour 2027), le leadership de Kasselakis apparaît fragile. Mais on peut d’ores et déjà affirmer que sa mission historique est accomplie : la deuxième mort de Syriza est maintenant un fait accompli. Le passage de la tragédie à la farce laisse derrière lui une gauche exsangue et une société déboussolée, à la merci de démagogues sans scrupules, qui ne cachent même plus leurs liens avec les puissances d’argent. 

*

Notes

[1] G. W. F. Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Paris, Vrin, 1979, p. 242.

[2] Ibid., p. 343.

[3] Les engagements en matière d’excédents budgétaires, de remboursement de la dette et de mise sous hypothèque du patrimoine public de la Grèce contractés en 2018 par le gouvernement Tsipras, lors de l’accord de « sortie » du 3e Mémorandum, courent jusqu’en 2060. Par ailleurs, le Trésor public de la Grèce, tout comme l’Institut de statistiques, sont devenus des autorités « indépendantes », placées sous le contrôle indirect de l’Union européenne. 

[4] Les partis grecs sont tenus d’inclure un quota de candidat.e.s de la diaspora depuis que le vote a été accordé, sous des conditions très restrictives, aux résident.e.s à l’étranger.

Source https://www.contretemps.

Niveau de vie : les Grecs tout en bas de l’échelle européenne

Un coût de la vie élevé, des revenus faibles : en termes de niveau de vie, les Grecs figurent parmi les moins bien lotis de l’Union européenne, selon Eurostat. Seule la Bulgarie fait pire.

Le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n'est pas encore une réalité pour une large partie de la population.
Le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n’est pas encore une réalité pour une large partie de la population. (Nurphoto Via AFP)

Par Basile Dekonink

Une inflation alimentaire à deux chiffres, des salaires qui peinent à suivre, des loyers qui flambent, l’essence à plus de deux euros le litre… et un constat : au sein de l’Union européenne (UE), les Grecs figurent parmi les plus démunis en termes de niveau de vie, selon la dernière étude d’Eurostat.

D’après l’institut statistique européen, la Grèce disposait en 2023 d’un PIB par habitant exprimé en standard de pouvoir d’achat équivalent à 67 % de la moyenne européenne, soit la 26e place des 27 Etats membres – seule la Bulgarie fait pire.

Immenses disparités

Cet outil statistique est fréquemment utilisé par Eurostat pour évaluer la richesse réelle des citoyens européens, en gommant les différences de prix entre les pays. De quoi mettre en évidence d’immenses disparités parmi les Vingt-Sept : les Luxembourgeois, en tête de classement, ont par exemple un niveau de richesses 2,4 fois plus important que la moyenne européenne.

Les Français se situent presque exactement dans la moyenne, tandis que les Grecs ont un PIB réel par habitant un tiers inférieur, à l’avant-dernière position. Pour le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis, dont le bilan économique est le premier actif, la statistique est cruelle.

Lire aussi :

ENQUÊTE – Comment la Grèce est sortie du purgatoire financier

En Grèce, un « miracle économique » à deux vitesses

Forte d’une croissance supérieure à la moyenne européenne (2,2 % en 2023), sur la voie du désendettement, la Grèce regagne en effet la confiance des investisseurs, et le Premier ministre hellène n’hésite pas à en faire un argument électoral. « La Grèce a passé la dernière décennie à s’éloigner de l’Europe, elle passera la prochaine à converger avec elle », confiait il y a quelques semaines aux « Echos » Alexis Patelis, le conseiller économique du dirigeant.

L’embellie est telle que le pays est sorti de la catégorie des « obligations pourries » de deux des trois grandes agences de notation (S&P et Fitch) et a été sacré « économie la plus performante de 2023 » par le magazine « The Economist ».

Mais le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n’est pas encore une réalité pour une large partie de la population, qui souffre d’une décennie de dépression historique et d’austérité. En 2009, avant la crise, le PIB réel par habitant des Grecs mesuré par Eurostat s’élevait encore à 95 % de la moyenne européenne.

Coût de la vie élevé

En 2024, le salaire minimum vient tout juste d’être rehaussé de 780 à 830 euros brut (la deuxième augmentation en deux ans), mais le salaire annuel moyen est toujours 25 % au-dessous du niveau d’avant-crise. Les retraites, elles, souffrent encore des onze plans de baisse successifs.

Le coût de la vie est par ailleurs élevé : si les Grecs figurent parmi les plus pauvres de l’Union européenne, la Grèce est en revanche en 18e position en termes de niveau des prix parmi les Vingt-Sept, toujours selon Eurostat.

Le gouvernement ne parvient notamment pas à endiguer l’inflation des denrées alimentaires, en hausse de 6,7 % sur un an en février. Le prix des carburants est également en hausse tandis que les loyers ont flambé de 20 % depuis 2018, selon la Banque de Grèce. Conséquence : 26,3 % de la population, soit 2,7 millions de personnes, est exposée au risque de pauvreté. Un chiffre stable depuis 2010.

Basile Dekonink (Correspondant à Athènes)

Source https://www.lesechos.fr

Grenoble : Convoi solidaire pour les lieux autogérés en Grèce

A l’occasion de la tournée du film « Nous n’avons pas peur des ruines » en présence du réalisateur Yannis Youlountas le jeudi 04 avril 2024 à 20h15 au club à Grenoble Voir l’annonce une collecte est organisée à destination des lieux autogérés en Grèce. Le camion se tiendra à partir de 18h30 à proximité du cinéma le club.

Voici la liste des besoins

 » Nous n’avons pas peur des ruines » en présence de Yannis Youlountas à Grenoble le 04 avril 2024

Attac Isère et son comité grenoblois Grèce – Austérité – Europe

vous propose une projection-débat
jeudi 4 avril 2024 à 20h15
cinéma Le Club
9 bis rue du Phalanstère Grenoble

      « Nous n’avons pas peur des ruines »

Nous portons un monde nouveau dans nos cœurs

En présence du réalisateur Yannis Youlountas

Voir la bande annonce du film

Les tickets de la séance sont désormais réservables en ligne : Site du cinéma Le club Grenoble

A l’occasion de cette tournée sur chaque lieu de projection une collecte est organisée à destination des lieux autogérés solidaires en Grèce . Le point collecte se trouvera à proximité du cinéma à partir de 18h30.

Voici la liste des besoins

A Grenoble, lancement de la commande groupée 2024 pour soutenir les VioMe

Solidarité concrète avec les travailleurs
de l’usine VIOME autogérée
à Thessalonique en Grèce

Après que leur usine ait été mise en faillite et abandonnée par les employeurs, les salariés depuis maintenant 11 ans l’ont reprise en coopérative ouvrière.

Ils fabriquent des produits d’entretien ménager écologiques qu’ils distribuent de manière militante. Le terrain a été vendu aux enchères électroniques (la dernière invention de la commission européenne pour pallier aux manifestations citoyennes qui s’opposaient aux expulsions de particuliers) et ils ont été expulsés par la police. Même si les conditions sont plus difficiles la production continue sur une petite parcelle non comprise dans la vente.

Ils en appellent à la solidarité internationale. Il est plus que jamais nécessaire de les soutenir en participant à cette commande.

Voir notre tract d’information

Depuis 2016 et la visite de Makis Anagnostou à Grenoble et afin de les soutenir, le comité de Grenoble organise chaque année une commande groupée de leurs produits.

Pour celle de 2024 vous trouverez :

– le bon de commande avec tous les renseignements utiles :

Attention : la date limite de réception des commandes est fixée

au lundi 29 avril 2024

Contribuons par nos achats à soutenir cette lutte exemplaire !

A noter que le comité grenoblois soutenu par Attac 38 évoquera la situation des VioMe le 04 avril lors de la projection du film  » Nous n’avons pas peur des ruines  » à 20h15 au club en présence du réalisateur Yannis Youlountas Voir l’annonce

Les travailleurs des centres d’appel grecs montrent au monde entier comment faire grève

Les travailleurs des centres d’appel grecs se sont mis en grève le mercredi 13 mars, rejoignant ainsi leurs collègues français. Cette grève portait sur les salaires, les conditions de travail et, surtout, sur le traitement raciste et discriminatoire des travailleurs immigrés dans les centres d’appel grecs.

Avec une nouvelle grève massive, les travailleurs des centres d’appel en Grèce ont exigé des augmentations de salaire, des contrats collectifs et la fin des pratiques esclavagistes avec le « visa à usage spécial » pour les travailleurs migrants dans les centres d’appel, où des milliers de migrants travaillent aux côtés de collègues grecs :
Les travailleurs migrants des centres d’appel grecs sont moins bien payés que leurs homologues, ce qui a suscité des pancartes de colère lors des grèves.

En fait, après la création officielle de deux nouveaux syndicats représentant les travailleurs des entreprises Teleperformance et Webhelp, les grévistes d’hier étaient encore plus déterminés dans la bataille qu’ils mènent, surmontant les menaces et les chantages exercés par les employeurs.

Il est significatif que nombre d’entre eux aient fait grève alors même qu’ils sont soumis à une « évaluation » de leurs performances, c’est-à-dire qu’ils sont « pris en otage » par l’employeur. De plus, de jeunes travailleurs qui n’avaient pas franchi le pas lors des deux grèves précédentes ont également participé, envoyant un message aux employeurs pour leur montrer que leur lutte n’est pas désamorcée, mais qu’elle s’intensifie au contraire.

Le slogan « Trop c’est trop » a été entendu à maintes reprises.

Les travailleurs grecs et les travailleurs migrants l’ont exprimé d’une seule voix, que ce soit lors des rassemblements organisés devant les bureaux des entreprises à Athènes ou devant le Parlement.

Trop c’est trop.

C’est là que les grévistes des centres d’appel grecs se sont retrouvés, répondant à l’appel à la grève lancé conjointement par le syndicat sectoriel des télécommunications et des technologies de l’information (SETIP) de l’Attique et par les syndicats nouvellement créés de Teleperformance (SETEP) et de Webhelp (WUW) :

Ferhat Tum, président du syndicat grec des travailleurs des centres d’appel de Teleperformance, a déclaré

Nous avons mené une nouvelle bataille malgré le chantage des employeurs à l’arrêt de la grève. Aujourd’hui, nous leur avons donné une autre réponse. Qu’ils viennent maintenant discuter du contrat collectif.
En même temps que leurs collègues grecs, les travailleurs de Teleperformance et de Webhelp en France se sont mis en grève :
Ils ont été rejoints par les travailleurs de Majorel, avec une lutte qui a donné un nouvel et important élan aux luttes du secteur.

Source https://www.thecanary

Communiqué des VioMe

Traduction automatique de leur message du 15 mars 2024 sur leur page Facebook (texte original en grec)

BIO.ME. Coopérative
Les travailleurs de BIO.ME, en lutte et libres des patrons, nous résistons, malgré toutes les pressions et les procédures « secrètes » qui ont lieu. Nous insistons sur le fait d’être des travailleurs, et à l’intérieur de l’usine avec notre revendication de base « les usines et la gestion des richesses, à ceux qui produisent ».
Avec toutes les propositions, mais aussi avec des actions dans la participation quotidienne, et avec une information constante selon ce que nous avons co-décidé avec la société qui nous entoure, nous continuons. Notre drapeau est notre liberté absolue, car nous n’attendons pas les jours meilleurs qui nous sont promis, mais nous avons décidé ensemble de rendre nos jours meilleurs nous-mêmes. Aujourd’hui, pour nous, mais aussi en tant que proposition à la société concernée.
Nous avons décidé de ne pas céder la partie de l’usine qui nous appartient à quiconque tenterait de porter atteinte à ce que nous avons décidé et proposé à la société, aux partis politiques et aux ministères.
Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour trouver une solution globale à la question du fonctionnement de l’usine, avec des propositions dans toutes les directions, sans entendre  aucune  ojectionopposition ou contre-proposition.
Ainsi, quoi qu’il arrive à partir de maintenant, la responsabilité absolue incombe aux autorités et à nos représentants « démocratiques ».
Nous persistons à nous battre pour le droit au travail et à la dignité.
Nous insistons sur la lutte pour le droit au travail et à la dignité.
Les produits que nous, les travailleurs de cette usine, fabriquons sont porteurs d’un message… Le message d’une vie différente, de la façon dont nous travaillons à notre relation avec l’environnement.
C’est pour cette raison que nous avons choisi de produire des produits d’entretien et des produits d’hygiène entièrement et exclusivement naturels et écologiques, en soutenant les voix qui affirment que pour nettoyer nos maisons ou nos lieux de travail, nous n’avons pas besoin de nuire à l’environnement, ni de nuire à notre santé ou à celle de nos enfants.
Nos grands-mères et leurs grands-mères savaient comment combiner les différents matériaux qu’elles avaient dans leur cuisine pour nettoyer efficacement. Face aux grandes industries et à leurs campagnes publicitaires, qui tentent de nous convaincre que le plus important est la longévité du parfum de l’églantine, nous répondons que le plus important est de ne pas souffrir de maladies cutanées ou respiratoires ou de problèmes de santé résultant de l’utilisation chronique de produits chimiques, ne pas avoir à rincer un e vaisselle pendant 10 minutes en gaspillant des litres d’eau précieuse, ne pas avoir à abuser de la machine à laver pour nettoyer ses vêtements et, surtout, ne pas avoir à s’affamer pour faire la lessive,  donnant un salaire quotidien pour acheter des détergents.
Plus important encore, le message que véhiculent nos produits est que les travailleurs et les chômeurs doivent prendre leur vie en main, lutter résolument contre la brutalité de la réalité moderne, se libérer de siècles d’exploitation et d’oppression.
Dans le VIOME coopératif, nous méprisons ces parfums lourds qui sont généralement nécessaires pour couvrir la puanteur de l’exploitation et de la misère du travail. Nous choisissons la solidarité, le contrôle de la production par les travailleurs, l’autogestion par le biais d’assemblées de travailleurs et la démocratie directe dans les décisions, en montrant un chemin difficile mais nécessaire.
Le temps est venu, le lieu est là et la lutte est en train de changer nos vies.

Le texte original en grec :

ΒΙΟ.ΜΕ. Συνεργατική

Οι εργαζόμενοι/ες της ΒΙΟ.ΜΕ. αγωνιζόμενοι/ες και ελεύθεροι/ες από αφεντικά, αντιστεκόμαστε, παρ’ όλες τις πιέσεις και τις «μυστικές» διαδικασίες που γίνονται. Εμείς επιμένουμε να είμαστε εργαζόμενοι/ες, και μέσα στο εργοστάσιο με βασικό μας αίτημα «τα εργοστάσια και η διαχείριση του πλούτου, σε αυτούς που παράγουν».

Με όλες τις προτάσεις μα και τις πράξεις στην καθημερινή συμμετοχή, και με διαρκή ενημέρωση σύμφωνα με ότι έχουμε συναποφασίσει μαζί με την κοινωνία που μας περιβάλλει, συνεχίζουμε. Έχουμε σημαία την απόλυτη ελευθερία μας μιας και δεν περιμένουμε τις καλύτερες μέρες που μας υπόσχονται, αλλά αντ΄αυτού αποφασίσαμε όλοι μαζί να κάνουμε εμείς οι ίδιοι τις μέρες μας καλύτερες. Σήμερα για μας, αλλά και ως μια πρόταση προς την πληττόμενη κοινωνία.

Αποφασίσαμε να μην παραδώσουμε το τμήμα του εργοστασίου που κατέχουμε σε όποιον και αν δοκιμάσει να κάνει ζημιά σε ότι έχουμε αποφασίσει και προτείνει προς την κοινωνία και προς πολιτικές παρατάξεις και υπουργεία.

Εμείς κάναμε ότι περνούσε από το χέρι μας για μια λύση συνολική προκειμένου να λυθεί το θέμα της λειτουργίας του εργοστασίου με προτάσεις προς κάθε κατεύθυνση χωρίς να ακούσουμε κάποιον αντίλογο ή αντιπρόταση.

Άρα ότι και αν συμβεί από εδώ και πέρα την απόλυτη ευθύνη την έχουν οι αρχές και οι «δημοκρατικοί» εκπρόσωποί μας.

Επιμένουμε αγωνιζόμενοι/ες για δικαίωμα στην εργασία και την αξιοπρέπεια.

Τα προϊόντα που παράγουμε εμείς, οι εργαζόμενοι/ες σε αυτό το εργοστάσιο, κουβαλάνε ένα μήνυμα… Το μήνυμα μιας συνολικά διαφορετικής ζωής, από τον τρόπο που δουλεύουμε, μέχρι τη σχέση μας με το περιβάλλον.

Για το λόγο αυτό, επιλέξαμε την παραγωγή εξ ολοκλήρου και αποκλειστικά φυσικών – οικολογικών καθαριστικών και φυσικών πρϊόντων προσωπικής περιποίησης, στηρίζοντας τις φωνές εκείνες που δηλώνουν πως για να καθαρίσουμε τα σπίτια μας ή τους χώρους εργασίας μας δε χρειάζεται να επιβαρύνουμε το περιβάλλον, δε χρειάζεται να επιβαρύνουμε την υγεία μας ή αυτή των παιδιών μας.

Οι γιαγιάδες μας και οι δικές τους γιαγιάδες γνώριζαν καλά πώς να συνδυάζουν διάφορα υλικά που είχαν στην κουζίνα τους, καθαρίζοντας αποτελεσματικά. Απέναντι στις μεγάλες βιομηχανίες και τις διαφημιστικές τους εκστρατείες, που προσπαθούν να μας πείσουν πως το σημαντικότερο είναι η διάρκεια στο άρωμα αγριοτριαντάφυλλου, εμείς απαντάμε πως σημαντικότερα είναι να μην υποφέρεις από δερματικές ή αναπνευστικές παθήσεις ή προβλήματα υγείας που προκύπτουν από τη χρόνια χρήση χημικών, να μην χρειάζεται να ξεπλένεις ένα πιάτο 10 λεπτά σπαταλώντας λίτρα πολύτιμου νερού, να μη χρειάζεται να κακοποιείς το πλυντήριο για να καθαρίσεις τα ρούχα σου και, κυρίως, να μη χρειάζεται να πεινάσεις για να πλυθείς, δίνοντας ένα μεροκάματο προκειμένου να αγοράσεις απορρυπαντικά.

Κυρίως, όμως, το μήνυμα που φέρουν τα προϊόντα μας είναι πως οι εργαζόμενοι/ες και οι άνεργοι/ες πρέπει να πάρουμε τη ζωή μας στα χέρια μας, να παλέψουμε αποφασιστικά ενάντια στη βαρβαρότητα της σύγχρονης πραγματικότητας, για να απαλλαγούμε από την εκμετάλλευση και την καταπίεση αιώνων.

Στη Συνεργατική ΒΙΟΜΕ περιφρονούμε τα βαριά εκείνα αρώματα, που συνήθως χρειάζονται για να καλύψουν τη δυσωδία της εργατικής εκμετάλλευσης και εξαθλίωσης. Επιλέγουμε την αλληλεγγύη, τον εργατικό έλεγχο στην παραγωγή, την αυτοδιεύθυνση μέσω της συνέλευσης των εργαζομένων και την άμεση δημοκρατία στις αποφάσεις, δείχνοντας ένα δρόμο δύσκολο μα συνάμα αναγκαίο.

Ο χρόνος είναι τώρα, ο τόπος είναι εδώ και ο αγώνας γυρίζει το γρανάζι για να αλλάξουμε τη ζωή μας.

Source https://www.facebook.com/SEVIOME

Malgré le vote de la loi sur les facs privés la lutte continue

« Chaque semaine à Thessalonique, se déroule depuis plusieurs mois une manif de l’éducation, assez massive »

Comme on pouvait s’y attendre, le projet de loi sur les facs privées une fois déposé au Parlement a été voté le 8 mars par la droite, qui détient la majorité absolue des sièges (pour 41 % des voix exprimées aux législatives, soit 20 % du corps électoral).

Lors des débats, on a pu entendre des choses aberrantes de la part des bradeurs de la richesse publique (la vente des biens publics aux entreprises privées continue, comme désormais pour le port de Thessalonique), et cela pour justifier le fait que la droite grecque vote une loi contraire à la Constitution (l’article 16 interdit la création d’universités privée…) : Mitsotakis a osé dire que la réglementation européenne est supérieure à la Constitution. On a beau savoir que ce politicien ultralibéral n’a aucun autre principe que celui des profits, on ne peut que trouver indécente une telle affirmation de la part de ce Premier ministre : il y a quelques semaines, le même, mettant en avant ses fameux 41 % de voix aux élections grecques, disait tout son mépris de la condamnation de ses pratiques anti-démocratiques « orbanesques » par une large majorité du Parlement européen (seuls une petite partie du PPE, parti de la droite européenne, et les députés fascistes ont voté contre !)…

Le premier bilan qu’on peut tirer d’une séquence qui n’est certainement pas achevée, c’est que la formidable mobilisation universitaire, reposant avant tout sur le mouvement étudiant, a non seulement fait de la victoire espérée par la droite un bien maigre succès, aucun autre groupe ne la suivant, mais a créé un véritable sursaut démocratique. En effet, la fermeté de la mobilisation sur la gratuité des études et le caractère exclusivement public de l’université a non seulement entraîné une foule de prises de positions du monde politique et des expertEs, mais elle a aussi fortement pesé dans la société, qui sous le poids d’une propagande effrénée des médias ultralibéraux, ne voyait pas jusqu’alors que la fac privée, c’est la sélection et l’exclusion renforcées et la suppression accentuée des moyens pour le service public…

Ce qui a rendu cette mobilisation exemplaire, c’est sa lucidité sur la nécessité vitale de refuser les facs privées, mais ce sont aussi ses formes d’organisation, avec AG et occupations.

Pour nous donner une idée concrète de cette organisation, une camarade militante d’AREN (Unité de Gauche), un des groupes les plus unitaires de la gauche anticapitaliste, nous explique ci-dessous la mobilisation dans sa section universitaire, à Thessalonique. Ce qu’elle nous dit ne peut que nous engager à être solidaire de leur lutte pour le service public d’éducation, aujourd’hui comme demain car, quelle que soit la forme qui sera décidée, la lutte contre les facs privées continue !

« Depuis des semaines, notre faculté est occupée à la suite des décisions de l’assemblée générale de l’Association des étudiantEs en droit. L’assemblée générale est l’organe syndical suprême de la section universitaire. Chaque étudiantE en droit peut venir, discuter, prendre position et ensuite voter. En tant qu’AREN (= Unité de Gauche), nous considérons l’assemblée générale comme un espace vivant de fermentation politique fondé sur le dialogue et l’échange de points de vue. Les tensions et les confrontations sont une réalité de ces processus. Certes, il est arrivé que la confrontation entre les différentes forces politiques parte en vrille, parce que l’enjeu est fort et qu’il existe une tendance au repli organisationnel. Cependant, le jour où la fraction étudiante gouvernementale s’est pointée à une Assemblée Générale, nous avons pu formuler une proposition politique et répondre dans l’unité. Mais ce qu’on constate chaque semaine, c’est qu’au lieu de tenter une formulation commune, des propositions politiques différentes sont proposées lors des assemblées générales, l’Association est appelée à choisir celle qu’elle juge préférable. Du coup, il me semble qu’au fil du temps, le fossé entre les diverses forces se creuse, alors qu’en réalité les vrais désaccords politiques ne sont pas si nombreux.

Après l’irruption des forces de police et l’évacuation de notre section universitaire, on aurait pu s’attendre à ce que les diverses forces se rassemblent davantage autour de notre objectif commun. Il y a actuellement 6 à 7 forces politiques de gauche sur notre campus et pour notre part, nous avons réussi à travailler de manière cohérente avec 2 d’entre elles. Mais en dernier lieu, ce qui est encourageant, c’est de constater que dans la section, la plupart comprennent la nécessité de l’unité et de la lutte commune : on a bien remarqué que les actions unies reçoivent un plus large soutien.

Une fois prise la décision d’occuper la section, un comité de coordination de l’occupation est formé avec pour tâches de surveiller le lieu, de décider des questions concernant la section et d’organiser des actions dans le cadre de l’occupation, afin que la lutte soit massive et l’école bien vivante. Vu que nous sommes étudiantEs en droit, nous avons jusqu’à présent organisé des débats avec des professeurs sur l’inconstitutionnalité du projet de loi sur les universités privées, mais aussi sur d’autres questions telles que le nouveau code pénal, qui est encore plus sévère, et le récent projet de loi sur l’égalité dans le mariage (il y a encore quelques jours, le mariage entre personnes du même sexe n’était pas autorisé en Grèce). En plus de ces débats, nous mettons au point nos banderoles, nous jouons à des jeux de société, discutons et réfléchissons ensemble. Nous voulons que l’espace de l’occupation soit un espace de politisation et de socialisation.

Par ailleurs, il est évident que les étudiantEs que nous sommes ne restent pas enfermés dans leurs sections ! Chaque semaine à Thessalonique, se déroule depuis plusieurs mois une manif de l’éducation, assez massive. Et le 28 février, les associations d’étudiantEs ont participé en masse à la grève panhellénique déclenchée pour le premier anniversaire de la collision ferroviaire à Tèmbi, qui a entraîné la mort d’au moins 57 personnes. Quant au projet de loi, il va être voté cette semaine. Le 8 mars, une manif panhellénique de l’éducation est prévue à Athènes. Les Associations étudiantes de toute la Grèce marcheront jusque devant le Parlement, pour montrer concrètement que la société s’oppose et s’opposera à ce projet de loi. »

Propos recueillis par A. Sartzekis

Source NPA

Communiqué de SOS MEDITERRANEE

En faisant obstruction aux activités de recherche et de sauvetage, l’Italie met des vies en danger

Déclaration commune des organisations non gouvernementales (ONG) impliquées dans les activités de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale.

L’adoption en 2023 d’une nouvelle loi par les autorités italiennes et l’assignation systématique de ports éloignés aux navires de sauvetage humanitaires ont conduit à l’augmentation du nombre de morts en Méditerranée centrale. Face à cette situation, nous demandons au gouvernement italien de mettre fin immédiatement à l’obstruction de nos activités de sauvetage en mer. 

Au cours de l’année passée, les ONG de recherche et de sauvetage ont à plusieurs reprises alerté sur le risque d’une augmentation du nombre de morts en Méditerranée centrale à la suite de la mise en place d’une nouvelle série de règles par les autorités italiennes qui ciblent et entravent spécifiquement leurs activités de recherche et de sauvetage en mer. Avec plus de 2 500 hommes, femmes et enfants morts ou disparus sur cette route migratoire en 2023 – l’année la plus meurtrière depuis 2017 – et déjà 155 décès cette année1, toutes les ressources de sauvetage sont urgemment nécessaires. 

Il y a un an, le 24 février 2023, le parlement italien faisait passer le Décret-Loi 01/2023 en loi 15/2023. Cette loi traduit clairement une stratégie des autorités italiennes pour restreindre la présence des navires des ONG en mer, limiter leur capacité à opérer des sauvetages et réduire à tout prix les arrivées sur les côtes italiennes. 

Cette obstruction délibérée aux activités de secours des ONG intervient dans un contexte où les capacités de recherche et de sauvetage en mer sont déjà largement insuffisantes. En plus de violer les lois internationales et européennes, ce jeu politique aggrave le déficit de sauvetage et a des conséquences désastreuses, rendant la Méditerranée centrale – qui est déjà l’une des routes migratoires les plus meurtrières au monde – encore plus périlleuse. Le premier anniversaire du naufrage du 26 février près de la ville calabraise de Cutro, dans lequel au moins 94 personnes ont perdu la vie à quelques centaines de mètres des côtes italiennes, est un sombre rappel de cette tragique réalité. 

Dilemmes inhumains 

La loi stipule, entre autres règles, que les navires de sauvetage des ONG doivent se diriger immédiatement vers un port après un sauvetage, ce qui les contraint à ignorer les autres embarcations en détresse dans la zone. Cela entre en contradiction avec le devoir du capitaine de secourir les personnes en danger en mer, comme le stipule le droit maritime international. Les ONG qui désobéissent aux règles italiennes s’exposent à une amende pouvant aller jusqu’à 10 000 euros et à la perspective de voir leur navire immobilisé pendant au moins 20 jours, voire confisqué par les autorités. 

« Dans de nombreux cas, nous devons choisir entre nous conformer à la réglementation italienne tout en sachant que nous risquons de laisser derrière nous des personnes en danger de mort, ou remplir notre devoir légal de sauvetage et risquer par la suite des amendes, la détention et l’éventuelle confiscation de nos navires. La détention des navires de sauvetage ne fait qu’exacerber le vide en Méditerranée centrale et les risques pour les personnes qui tentent la traversée » alertent les signataires.

Des centaines de jours perdus en mer 

Depuis février 2023, neuf navires de sauvetage d’ONG ont été retenus par les autorités italiennes à 16 reprises2, ce qui représente plus de 300 jours sans naviguer et sans pouvoir porter assistance aux personnes en détresse. 

L’impact négatif de la loi est encore aggravé par la pratique du gouvernement italien qui consiste à assigner des ports éloignés, dans le nord de l’Italie, aux plus grands navires des ONG pour le débarquement des personnes secourues. Ces ports peuvent être situés à 1 600 km de distance et cinq jours de navigation du lieu de sauvetage. Là encore, cette pratique est contraire au droit maritime international qui exige que les personnes soient débarquées dans un lieu sûr « dès que cela est raisonnablement possible ». 

En 2023, les navires de sauvetage des ONG ont dû parcourir plus de 150 500 km supplémentaires pour atteindre des ports éloignés, soit l’équivalent de plus de trois fois et demie le tour du monde et au moins 374 jours de navigation inutiles, par rapport à un débarquement dans des ports accessibles plus proches en Sicile et à Lampedusa3

« Cela représente des centaines de jours passés loin de la zone de recherche et de sauvetage durant lesquels la vie des personnes est en danger », dénoncent les organisations signataires.4 « En plus d’éloigner les navires des ONG, cette pratique entraîne des délais injustifiés pour les personnes secourues qui ont besoin d’accéder à des soins urgents et des services de protection à terre. » 

Un lourd tribut 

D’année en année, nous assistons à l’augmentation des entraves aux activités de sauvetage en mer des ONG, et ce sont les personnes qui cherchent à se mettre en sécurité en Europe qui en paient le prix fort. Dans le même temps, les garde-côtes libyens continuent de procéder à des interceptions illégales et à des renvois forcés vers la Libye, avec le soutien de l’UE et de ses États membres, notamment l’Italie et Malte. 

« L’exploitation et la violence à grande échelle auxquelles sont confrontées les personnes retenues en Libye ont été largement documentées et pourraient constituer des « crimes contre l’humanité » selon les Nations Unies5. En coopérant avec la Libye pour organiser ces interceptions en mer, l’Italie et l’UE se rendent complices de nouveaux abus contre les personnes migrantes, demandeuses d’asile ou réfugiées6 . Il y a quelques jours, la Cour suprême italienne a confirmé que la Libye ne pouvait être considérée comme un lieu sûr et que le renvoi de personnes dans ce pays constituait un crime7 », affirment les signataires.

Pour éviter que la Méditerranée centrale ne devienne un cimetière plus grand encore, nous demandons :  

  • Aux autorités italiennes de cesser immédiatement d’entraver les activités de recherche et de sauvetage des ONG et de protéger les droits fondamentaux des personnes naufragée en mer en veillant à ce que les navires des ONG puissent porter assistance aux embarcations en détresse sans restriction, et que les personnes secourues en mer puissent débarquer dans le port sûr le plus proche, comme le prévoit le droit maritime international ; 
  • Aux autorités italiennes et européennes de favoriser une coopération efficace avec les navires de sauvetage des ONG et de déployer des navires dédiés à la recherche et au sauvetage en Méditerranée centrale afin d’éviter de nouvelles pertes de vies humaines en mer ; 
  • À l’UE et ses États membres de cesser tout soutien matériel et financier aux garde-côtes libyens et aux gouvernements responsables de graves violations des droits de l’homme. 


1 Source : Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) 
2 Aurora (deux fois), Geo Barents (une fois), Louise Michel (une fois), Mare*Go (une fois), Mare Jonio (une fois), Ocean Viking (trois fois), Open Arms (trois fois), Sea-Eye (trois fois), SOS Humanity 1 (une fois). 
3 Détail des calculs : sos-humanity.org/en/our-mission/change/over-a-year-of-operation-time-lost/ 
4 En juillet 2023, cinq ONG (ASGI, Emergency, Oxfam Italie, MSF et SOS Humanity) ont déposé une plainte auprès de la Commission européenne, demandant d’examiner la loi italienne 15/2023 et la pratique d’attribution des ports éloignés des autorités italiennes. 
5 Libya: Crimes against humanity committed since 2016 – rights probe  
6 L’ONG European Center for Constitutional and Human Rights (ECCHR) a déposé une communication auprès de la Cour pénale internationale, démontrant que de hauts fonctionnaires de l’UE et des États membres de l’UE contribuent à des crimes contre l’humanité en coopérant avec la Libye pour permettre des interceptions en mer. 
7 Reuters : Returning sea migrants to Libya is illegal, Italy’s top court says – 18 février 2024 

Organisations signataires :

Alarm Phone
Borderline Europe
Captain Support Network
CompassCollective
Emergency
Iuventa Crew
Maldusa
Mare*Go 
Médecins Sans Frontières/Doctors Without Borders (MSF)
MEDITERRANEA Saving Humans
Louise Michel
OpenArms
RESQSHIP
r42 – SailAndRescue
Salvamento Marítimo Humanitario
Seebrücke
Sea-Eye
Sea Punks
Sea-Watch
SOS Humanity
SOS MEDITERRANEE
United4Rescue

Source https://sosmediterranee.fr

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