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Dès qu’il est devenu Premier ministre, Mitsotakis a construit des pouvoirs parallèles et, 7 ans plus tard, il nage dans des scandales marquant la privatisation de l’État à son profit et à celui de ses proches et du patronat.
Ainsi, les ministres aux faux diplômes, la liste Petsa visant à distribuer des subventions à la seule presse amie, même quasi inexistante, les subventions agricoles européennes versées sur la base de la fidélité à la Nouvelle Démocratie (ND, le parti de la famille Mitsotakis) : cette dernière affaire a alerté la procureure en chef de l’Union européenne, Laura Kövesi, aussitôt calomniée par la garde rapprochée de Mitsotakis…
Cette politique inquiète Amnesty International dans son rapport pour 2025 : scandale des écoutes (Predator), dont on sait qu’elles dépendent de Mitsotakis, détention illégale de réfugiéEs ou refoulements en mer, loi scélérate de la journée de travail de 13 heures, répression contre les manifs pour les victimes du crime ferroviaire de Tèmbi ou pour Gaza…
Des attaques incessantes, 2 cas symboliques
Ces dernières semaines, la droite se déchaîne pour être à la hauteur d’un Orbán : projet de loi visant à neutraliser totalement l’inspection du travail, qui passerait sous tutelle du ministère du Développement ; révélation de la cynique utilisation de groupes immigrés masqués pour repousser en Turquie des réfugiéEs à la frontière d’Evros ; et répression tous azimuts : police envoyée dans les facs pour empêcher toute protestation contre l’exclusion de milliers d’étudiantEs, procédures bâillons contre les mobilisations locales en défense de l’environnement…
Si on retient des priorités dans cette vague répressive, deux cas réclament une solidarité immédiate. D’abord Javed Aslam, président de l’association « Unité » des Pakistanais en Grèce. Connu pour son engagement contre le racisme et pour les droits des immigréEs, pour son rôle important dans la mise en cause de Chryssi Avgi (Aube Dorée) après le meurtre de Shehzad Luqman en 2013, il est menacé de ne pas voir renouveler son permis de séjour après 30 ans en Grèce, vengeance mesquine du ministre des migrations.
Et mercredi 29 passera à nouveau en conseil de discipline l’enseignante Chryssa Hotzoglou, qui, comme des milliers de ses collègues — désormais toustes menacéEs — avait refusé une procédure d’évaluation synonyme de caporalisation et de « délestage » des travailleurEs du secteur public. Malgré l’avis unanime négatif d’un premier conseil il y a un an, elle avait été suspendue ; elle risque désormais jusqu’au licenciement. La bataille contre l’évaluation est celle de la défense d’une école ouverte et critique contre une école d’obéissance à la hiérarchie, et l’acharnement du pouvoir prouve sa volonté d’interdire l’action syndicale et les mobilisations. Le licenciement de Chryssa serait le premier pour raisons syndicales dans le secteur public depuis la chute des colonels fascistes en 1974…
Contre l’Orbán grec, soutien international aux résistances !
Le Parquet européen (EPPO), chargé de l’enquête sur le scandale OPEKEPE relatif aux subventions agricoles, a officiellement demandé la levée de l’immunité de 11 parlementaires ainsi que de deux anciens ministres. La levée de cette immunité permettra d’engager des poursuites pénales contre les responsables politiques grecs.
Nouveaux développements dans l’enquête de l’EPPO sur la fraude massive aux subventions agricoles en Grèce :
🔹Demande de levée de l’immunité de 11 députés en exercice au Parlement hellénique ;
🔹Transmission d’informations concernant un ancien ministre et député au Parlement hellénique. Plus d’informations : https://t.co/d5iX3Oiyd6 pic.twitter.com/SEdwF45T37 — Parquet européen (EPPO) (@EUProsecutor) 1er avril 2026
OPEKEPE est l’agence nationale grecque chargée de la distribution des fonds agricoles de l’UE.
Le mercredi 1er avril, le Parquet européen a déposé un deuxième dossier majeur dans le cadre du scandale OPEKEPE auprès de la Cour suprême grecque (Areios Pagos), demandant sa transmission au Parlement.
Selon les médias, ce nouveau dossier vise 11 députés en exercice et deux anciens ministres : un ancien ministre du Développement agricole et un ancien vice-ministre du même ministère. Le Parquet européen a demandé l’ouverture d’une procédure fondée sur la responsabilité ministérielle des parlementaires et des anciens ministres. D’après les informations recueillies par le Parquet européen, les deux anciens ministres seraient impliqués dans ce scandale de subventions illégales.
La chaîne de télévision publique ERT a rapporté que le nouveau dossier concerne une enquête menée pour l’année 2021 et fait état d’accusations de délits et de crimes.
Le Parlement devrait recevoir le dossier dans les prochains jours, ce qui mettrait les chefs de parti sous pression pour décider s’ils protègent leurs membres ou laissent la procédure engagée par le Parquet européen suivre son cours, selon les médias.
Toutefois, si les chefs de parti protégeaient leurs membres, cela risquerait de provoquer un nouveau scandale.
« L’annonce faite aujourd’hui par le Parquet européen constitue un développement sérieux », a déclaré mercredi le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, ajoutant : « Nous attendons le transfert du dossier au Parlement hellénique afin d’examiner chaque cas. »
Cette deuxième phase d’enquête fait suite à des mois d’examen minutieux qui ont mis au jour des irrégularités généralisées, notamment des subventions versées pour des pâturages situés en altitude, des sites archéologiques et même des installations militaires.
Certains médias ont rapporté que des parlementaires appelaient les ministres pour demander des subventions pour leurs électeurs.
La première partie de l’enquête OPEKEPE a révélé que des millions d’euros ont été distribués pour de faux enregistrements de bétail et pour l’élevage dans des zones inaccessibles, comme des lacs ou des sommets montagneux où l’herbe ne pousse même pas.
Sur l’île de Crète, quelque 8 millions de faux moutons et chèvres auraient été enregistrés dans le but de percevoir des subventions. Source https://www.keeptalkinggreece.com
En 2023, la collision a fait 57 morts et traumatisé le pays. Lundi 23 mars, un procès hors norme s’ouvre. Mais après une instruction minée par les ingérences du gouvernement, les proches des victimes déplorent que les vrais responsables manquent à l’appel.
AthènesAthènes (Grèce).– Deux ans et demi d’enquête, 36 accusé·es, 55 familles, 250 avocat·es, plus de 360 témoins et quelque 60 000 pages d’instruction… C’est un procès hors norme qui s’ouvre lundi 23 mars à Larissa, dans le centre de la Grèce. Trois ans après la catastrophe ferroviaire de Tempé, le pays s’apprête à juger la tragédie la plus marquante de son histoire récente : la collision de deux trains, qui a fait 57 mort·es le 28 février 2023.
Dans la société grecque, pourtant, plus personne ou presque ne s’attend à ce que ce procès accomplisse sa fonction : rendre justice. Si le premier ministre, Kyriákos Mitsotákis, affirme que « l’une des instructions les plus vastes et complexes du pays a été menée, avec une enquête complète sur les preuves et les responsabilités », les familles de victimes – et les Grec·ques en général – n’en croient pas un mot.
« En tant que citoyen grec, j’ai honte, vraiment honte de ce que j’ai vu et de ce que j’ai eu à affronter », expliquait début mars Antónis Psarópoulos, lors d’un rendez-vous fixé à la sortie d’une audience du tribunal d’Athènes. Avocat de profession, ce quadragénaire écume les salles d’audience depuis la tragédie pour représenter les proches de victimes, dont il fait lui-même partie. Sa fille, Mártha, a perdu la vie dans la collision.
L’homme a acquis une certitude : les autorités judiciaires « ont reçu des pressions du gouvernement » pour minimiser les responsabilités d’alliés politiques et de grandes entreprises, alors que le « crime » de Tempé a révélé l’état dramatique du réseau ferroviaire grec. Laissé à l’abandon après des décennies de sous-investissement, il était à la merci d’une catastrophe, comme l’ont martelé à de multiples reprises les cheminots grecs.
«Rien ne fonctionnait »
Ce soir du 28 février 2023, un train de voyageurs reliant Athènes à Thessalonique entre donc en collision avec un train de marchandises, peu après avoir quitté la gare de Larissa, à 350 kilomètres au nord de la capitale grecque. Le choc, d’une violence inouïe, est suivi d’une immense boule de feu de 80 mètres de hauteur et de plusieurs incendies secondaires. Les wagons de tête sont totalement écrasés, d’autres carbonisés. Cinquante-sept personnes meurent, en majorité des étudiant·es, et 180 autres sont blessées.
Trois ans après les faits, la chaîne des événements qui ont conduit à la collision ne fait plus guère de doute. Le chef de gare de Larissa, seul et inexpérimenté, a commis une erreur d’aiguillage qu’aucun système automatisé n’a pu corriger. Deux trains ont circulé sur la même voie en sens inverse pendant douze minutes sans que le système ferroviaire, rendu aveugle par des années de coupes budgétaires et de choix politiques désastreux, s’en aperçoive.
« En clair, rien ne fonctionnait au moment de Tempé », rappelait récemment Kóstas Genidoúnias, président du syndicat des conducteurs et conductrices de train grec. Depuis, trente-six personnes (dont le chef de gare et deux de ses collègues, le président de l’Autorité grecque de régulation ferroviaire et des cadres moyens et supérieurs d’OSE, la compagnie nationale ferroviaire grecque) ont été accusées de « mise en danger de la sécurité des transports ». Un chef d’inculpation puni d’une peine d’emprisonnement allant de dix ans à la perpétuité.
Mais l’acte d’accusation est loin de satisfaire les proches des victimes. « Il manque des hommes politiques et des entreprises qui ont des responsabilités immenses », explique Vassílis Chatzicharalámbous, qui a perdu son fils, Panagiótis, dans le drame.
Alstom, impliqué mais pas inculpé
La décision des juges grecs de ne pas inculper Alstom dans l’affaire Tempé a fait beaucoup réagir. Prestataire d’un contrat public visant à rétablir la signalisation et la commande à distance sur l’axe Athènes-Thessalonique, où s’est produite la collision, le géant français et son associé grec n’avaient toujours pas livré le chantier en 2023, presque dix ans après la signature.
L’achèvement du contrat 717 aurait pourtant empêché à coup sûr l’accident, a affirmé le juge d’instruction. Les prestataires n’ont cependant pas été inculpés pénalement. « Cela nous enlève le droit de lancer des poursuites civiles aux entreprises et de réclamer des indemnités », déplore l’avocat Antónis Psarópoulos.
Kóstas Karamanlís, l’ancien ministre des transports qui affirmait que le réseau ferroviaire était « sûr » quelques semaines avant l’accident, échappe notamment à toute responsabilité pénale. En vertu de la Constitution grecque, seul·es les député·es peuvent lever par un vote l’immunité des ministres. La majorité conservatrice s’y est toujours refusée, malgré une enquête du Parquet européen à son sujet.
Nettoyage du site
Surtout, « il n’y a aucun accusé pour presque la moitié des victimes qui, elles, n’auront jamais justice», rappelle Vassílis Chatzicharalámbous. Selon un rapport financé par les familles, jusqu’à 27 des 57 passagers et passagères tué·es ont en effet survécu à la collision initiale, et sont morts par la suite d’asphyxie ou de brûlures.
« Sans les incendies, les secours auraient peut-être eu le temps de les désincarcérer, de les emmener à l’hôpital, et certains auraient pu vivre », précise Antónis Psarópoulos. Mais l’acte d’accusation ne répond à aucune de ces questions cruciales.
Depuis le drame, pourtant, plusieurs expertises indépendantes ont établi la présence d’hydrocarbures sur les lieux de l’accident, et avancent l’hypothèse d’un chargement illégal de carburant dans le train de marchandises pour expliquer la boule de feu. Le trafic d’essence de contrebande étant en pleine expansion en Grèce.
De même, la responsabilité de Hellenic Train, une filiale de l’italienne Ferrovie dello Stato qui a racheté l’exploitation des lignes en 2017, semble bien plus lourde que les simples délits retenus contre elle. Selon les analyses d’un laboratoire allemand, les sièges du train de voyageurs ne répondaient à aucune norme de sécurité incendie et étaient composés d’un matériau particulièrement inflammable. Ceux-ci ont précipité l’embrasement de l’une des voitures.
300 à 400 tonnes de terre, de débris et de restes humains ont été excavées par des bulldozers et déplacées vers un lieu inconnu – ils seront retrouvés des mois plus tard.
Malgré les nombreuses plaintes et notifications extrajudiciaires des avocat·es des proches, les magistrats instructeurs n’ont pas tenu compte de ces éléments. De manière générale, les investigations semblent avoir été menées dans le chaos le plus complet, dès les premières heures qui ont suivi la tragédie. « On a tout de suite vu que quelque chose n’allait pas », se remémore Kóstas Lakafósis, l’un des experts privés engagés par les familles pour enquêter sur les circonstances du drame (une procédure légale en Grèce).
Moins de six jours après la collision, les autorités grecques ont ordonné le nettoyage du site de l’accident et détruit de précieux éléments de preuve. 300 à 400 tonnes de terre, de débris et de restes humains ont été excavées par des bulldozers et déplacées vers un lieu inconnu – ils seront retrouvés des mois plus tard, dans deux décharges situées à plusieurs kilomètres du lieu de l’accident. L’opération a été coordonnée par Chrístos Triantópoulos, alors vice-ministre auprès du premier ministre. Il a depuis démissionné et risque une procédure disciplinaire.
La justice «pas indépendante »
En l’espace de trois ans, de nombreuses preuves ont ainsi été perdues ou détruites, alimentant le sentiment d’un effort concerté pour entraver l’enquête. Alors que quarante caméras ont enregistré le passage des deux trains, les images de surveillance de la nuit du 28 février 2023 ont été « accidentellement » effacées par le prestataire de sécurité d’OSE avant de réapparaître deux ans plus tard. De forts soupçons pèsent sur leur authenticité.
Moins de quarante jours après le début des investigations et contre toute logique, le juge d’instruction a, lui, ordonné la destruction des échantillons de sang et des tissus des victimes, rendant impossibles des analyses toxicologiques pour déterminer la cause de leur mort. « On ne commet pas une telle erreur. Cela a été fait sciemment », insiste l’avocat de proches Antónis Psarópoulos.
Pour reconstituer les faits, les familles des victimes ont dû enquêter par leurs propres moyens, pendant des mois, et malgré les innombrables réticences, oublis et négligences des autorités judiciaires. « L’État ne sait même pas où a été trouvé chaque corps […] Cela représente des mois de travail. Personne ne l’a fait à part nous », constate Kóstas Lakafósis, en tirant d’un épais dossier une chronologie détaillée de la soirée du drame et une cartographie précise des wagons.
La difficulté à juger les hauts responsables n’est pas une nouveauté en Grèce, un pays où le président et les vice-président·es de la Cour suprême sont directement nommé·es par le Conseil des ministres. « La justice grecque n’est pas indépendante », tranche Leftéris Papagiannákis, le président de la Ligue hellénique des droits humains, qui s’inquiète régulièrement des atteintes à l’État de droit dans le pays méditerranéen.
Le « crime de Tempé » a toutefois soulevé une vague d’indignation inédite, rassemblant certaines des manifestations les plus importantes d’après-guerre. Le 23 mars, pour l’ouverture du procès, l’association des proches des victimes appelle « ceux qui refusent de laisser étouffer ce crime » à un nouveau rassemblement. La procédure doit durer au moins deux ans.
L’un des moments les plus sombres de l’histoire grecque moderne est en train de s’écrire sous le gouvernement Mitsotakis, qui s’est empressé de soutenir l’invasion du Venezuela ainsi que l’enlèvement du chef d’État légitime, Nicolas Maduro.
Dans un message publié sur Facebook, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis affirme que ce n’est « pas le moment de commenter la légalité des actions récentes » des États-Unis, tout en évoquant un « nouvel espoir » pour le Venezuela.
La dynastie Mitsotakis a soutenu à maintes reprises, au cours de l’histoire, des régimes dictatoriaux et la violation de la souveraineté nationale d’États indépendants, y compris la Grèce. Cependant, elle n’est jamais allée jusqu’à applaudir l’enlèvement d’un dirigeant par les forces armées d’un pays étranger.
Il est frappant de constater que le Premier ministre invoque l’ONU alors même qu’au cours des dernières semaines, il a déchaîné les éléments les plus d’extrême droite et pro-junte de son parti (Georgiadis, Plevri) pour mener des attaques continues contre les piliers fondamentaux du droit international, ciblant des organes spécifiques de l’ONU, tels que la Cour internationale de Justice de La Haye.
Traduction intégrale de la déclaration de Mitsotakis sur Facebook.
« Nicolas Maduro a dirigé une dictature violente et oppressive qui a infligé des souffrances inimaginables au peuple vénézuélien. La fin de son régime offre un nouvel espoir au pays. Ce n’est pas le moment de commenter la légalité des actions récentes. La priorité doit désormais être d’assurer une transition pacifique et rapide vers un nouveau gouvernement inclusif jouissant d’une pleine légitimité démocratique. La Grèce se coordonnera avec ses partenaires de l’Union européenne et du Conseil de sécurité des Nations Unies sur cette question. Nous restons déterminés à garantir la sécurité des citoyens grecs dans le pays. »
Les données de l’Autorité statistique de l’UE EUROSTAT pour 2024 montrent que la Grèce a enregistré le taux le plus élevé de l’Union européenne en matière de besoins médicaux non satisfaits en 2024. 21,9 % des Grecs âgés de 16 ans et plus ont déclaré avoir besoin d’un examen ou d’un traitement médical mais n’ont pas pu l’obtenir en raison de contraintes financières, de longues listes d’attente ou de l’éloignement des services de santé. En comparaison, la moyenne de l’UE était de 3,6 %. La Finlande (12,4 %) et l’Estonie (11,2 %). Chypre (0,1 %), Malte (0,5 %) et la République tchèque (0,6 %) ont enregistré les pourcentages les plus bas. La disparité la plus prononcée entre les personnes à risque de pauvreté et celles qui ne l’étaient pas se trouvait en Grèce : 32,3 % contre 19,6 %, soit un écart de 12,7 points de pourcentage.
Evolution de 2021 à 2024 En comparaison, en Grèce, de 2021 à 2024, le nombre de personnes qui n’ont pas pu satisfaire leurs besoins médicaux en raison de contraintes financières, de longues listes d’attente ou de l’éloignement a augmenté de 69 % via @jodigraphics15
La Cour d’appel mixte de Lamia a demandé que la peine de prison à perpétuité prononcée contre l’ancien garde spécial Epaminondas Korkoneas pour le meurtre d’Alexandros Grigoropoulos, un lycéen de 15 ans, dans le quartier d’Exarchia à Athènes en décembre 2008, soit appliquée.
La Cour a rejeté à l’unanimité l’octroi de la circonstance atténuante qui l’avait fait sortir de prison en 2019, conformément à la proposition du procureur du siège qui aurait demandé que le principe de proportionnalité soit appliqué dans l’administration de la justice.
Ο πρώην ειδικός φρουρός Επαμεινώνδας Κορκονέας
L’annonce de la sentence, qui était la prison à perpétuité – par décision unanime – a suivi, ce qui signifie que selon l’ancien Code pénal, il est obligé de purger une peine de 16 ans avant de pouvoir déposer une demande de libération conditionnelle.
Korkoneas avait purgé 11 ans jusqu’en 2019 pour le meurtre de l’adolescent Alexandros Grigoropoulos et après les appels répétés des décisions de la Cour d’appel qui l’avaient libéré de prison, il a purgé 16 mois supplémentaires.
En octobre 2010, un tribunal mixte a déclaré Korkoneas et son collègue accompagnateur, Vassilis Saraliotis, coupables d’« homicide avec intention directe de causer des dommages », et son collègue accompagnateur, Vassilis Saraliotis, coupable en tant que complice.
Korkoneas a été condamné à la prison à perpétuité et à 15 mois supplémentaires, tandis que Saraliotis a été condamné à dix ans de prison.
En juillet 2019, la peine de prison à perpétuité a été annulée et réduite à 13 ans de prison. Kokoneas a été libéré de prison.
Si je ne me trompe pas, Saraliotis a également été libéré plus tôt pour des raisons de « soutien à sa famille ».
PS : depuis 17 ans, la mère de Grigoropoulos se bat pour la justice pour son enfant assassiné. Depuis 7 ans, les familles des victimes et les survivants du feu de forêt mortel de Mati (120 morts – juillet 2018) se battent pour que quelqu’un aille en prison pour la plus grande tragédie en Grèce en temps de paix. Depuis deux ans et demi, les familles et les survivants de la tragédie ferroviaire mortelle de Tempi avec 57 morts (février 2023) se battent pour voir un procès et la justice pour leurs proches.
Si vous cherchez la justice en Grèce, vous avez probablement besoin de nerfs d’acier, de poches pleines d’argent, d’une patience infinie et d’une très longue espérance de vie.
L’UE devrait agir pour défendre la démocratie et l’état de droit
Les contraintes omniprésentes et délibérées qui pèsent sur le journalisme en Grèce créent un environnement où l’information critique est étouffée, et l’autocensure devient la norme.
Les journalistes sont exposés à la surveillance de l’État, au harcèlement et à l’intimidation de la part d’acteurs pro-gouvernementaux, ainsi qu’à des poursuites judiciaires abusives de la part de politiciens ; ces pratiques menacent la démocratie et l’état de droit.
La Commission européenne et l’UE dans son ensemble devraient suivre la situation de près et veiller à ce que de véritables progrès soient réalisés en matière de liberté des médias en Grèce, et à ce que les valeurs démocratiques fondamentales soient respectées.
Athènes, 8 mai 2025) – La Grèce traverse une crise de la liberté des médias en raison d’agissements et d’échecs du gouvernement grec qui menacent la démocratie et l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
Le rapport de 101 pages, intitulé «From Bad to Worse : The Deterioration of Media Freedom in Greece » («De mal en pis : La détérioration de la liberté des médias en Grèce »), documente l’environnement hostile pour les médias et les journalistes indépendants depuis l’entrée en fonction du gouvernement du parti Nouvelle Démocratie en juillet 2019 ; le harcèlement, l’intimidation, la surveillance et les poursuites judiciaires abusives à leur encontre contribuent à l’autocensure et à l’affaiblissement de la liberté des médias. Human Rights Watch a également constaté le recours à des fonds publics pour influencer la couverture d’événements, ainsi que les pressions éditoriales qui sont exercées sur les médias publics, qui contribuent à exacerber encore ce climat. Ces conditions portent atteinte à la liberté d’expression et au droit du public à l’information.
« Les contraintes omniprésentes et délibérées qui pèsent sur le journalisme en Grèce créent un environnement où les reportages critiques sont entravés et où l’autocensure devient la norme », a déclaré Hugh Williamson, Directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « L’UE devrait reconnaître qu’il s’agit d’une menace sérieuse pour les valeurs démocratiques et l’état de droit, et faire pression sur Athènes pour que le gouvernement change de cap ».
L’étude s’appuie sur des entretiens avec 26 journalistes issus de divers médias, ainsi qu’avec des universitaires, des juristes et des experts des médias. Human Rights Watch a mené des entretiens avec des journalistes travaillant dans la presse écrite, les médias en ligne, la télévision et la radio, pour des organismes publics, privés et indépendants, ainsi qu’avec des correspondants étrangers et des pigistes. Peu de journalistes ont accepté d’être identifiés par crainte de représailles. Nous avons également analysé plusieurs rapports et d’autres documents, et consulté les parties prenantes intéressées.
Le paysage médiatique grec est caractérisé par une forte concentration des médias, où quelques individus puissants contrôlent un grand nombre d’organes de presse. Plusieurs d’entre eux ont des liens avec le parti au pouvoir.
Vingt-deux journalistes ont décrit un environnement de plus en plus hostile à leur travail, tandis que six ont rapporté des cas spécifiques de harcèlement de la part de hauts fonctionnaires en rapport avec leurs activités.
Une correspondante étrangère indépendante a déclaré : « J’envisage désormais de quitter le pays. Pour de vrai. Je ne vois tout simplement pas l’intérêt de m’infliger un tel niveau d’anxiété. Les sujets que nous traitons sont importants, mais le niveau de violence semble s’être aggravé ».
Une journaliste avec plus de 25 ans d’expérience dans une grande chaîne de télévision privée grecque a déclaré : « Ce que vous racontez à la télévision est tellement contrôlé que vous n’avez aucune liberté. Le contrôle est effectué par ceux qui sont haut placés…. Tout est contrôlé. Ce que vous allez dire, comment vous allez le dire ».
En 2022, le gouvernement a été fortement soupçonné d’avoir utilisé le logiciel espion Predator pour cibler entre autres des journalistes, provoquant un scandale majeur en matière de surveillance. Sept des journalistes interrogés ont indiqué avoir des preuves ou de forts soupçons d’une surveillance de l’État, que ce soit par des moyens « traditionnels » comme les écoutes téléphoniques, ou en étant ciblés par des logiciels espions à usage commercial. Cette situation pose de graves questions en matière de respect de la vie privée et de liberté d’expression, et risque d’entraver le travail journalistique, car les sources comme les journalistes craignent pour leur sécurité.
Stavros Malichudis, un journaliste indépendant qui a découvert en 2021 que les services de renseignement grecs l’avaient espionné, a déclaré : « Pendant plusieurs mois, j’ai eu peur. J’avais peur de rencontrer des gens, mes sources, et de les exposer. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me détacher de ce qui s’était passé et recommencer à faire mon travail de journaliste ».
Human Rights Watch a également constaté que le gouvernement avait exercé une influence indue sur les médias publics tels que l’ERT et l’Agence de presse Athènes-Macédoine (AMNA), et porté atteinte à leur indépendance. Le gouvernement a également utilisé les fonds publicitaires de l’État pour favoriser les médias pro-gouvernementaux.
Une autre source de préoccupation est la banalisation de l’utilisation du système juridique contre les journalistes, principalement par le biais de poursuites abusives connues sous le nom de procédures-bâillon (procédures SLAPP : « Strategic Lawsuits Against Public Participation », soit « poursuites stratégiques contre la participation publique »). Les poursuites en diffamation intentées par Grigoris Dimitriadis, neveu du Premier ministre grec et ancien haut fonctionnaire, contre des journalistes qui avaient parlé du scandale de la surveillance, illustrent cette tendance.
En outre, alors que de récents amendements ont décriminalisé la « simple diffamation » (soit la diffusion d’un fait, même s’il est vrai, qui peut être offensant), les lois prévoient toujours une responsabilité pénale pour « insultes » et « diffamation calomnieuse ».
Human Rights Watch a également constaté que le gouvernement et d’autres autorités s’efforçaient de faire obstacle à l’obligation de rendre des comptes. Ces efforts consistent notamment à invoquer la sécurité nationale pour empêcher la divulgation d’informations liées au scandale de la surveillance, à enquêter sur les lanceurs d’alerte et à se montrer réticent à divulguer des détails sur la distribution aux médias de fonds publics destinés à la publicité.
La question de la liberté des médias en Grèce suscite de plus en plus d’inquiétudes au niveau international ; dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), où la Grèce est classée systématiquement vers le bas de la liste des États membres de l’Union européenne. En février 2024, le Parlement européen a adopté une résolutionfaisant part de vives inquiétudes concernant la liberté des médias et l’état de droit en Grèce. Les rapports de la Commission européenne sur l’état de droit ont également fait part de ses préoccupations concernant la liberté des médias en Grèce, bien que jusqu’à présent, ces rapports n’aient pas reconnu la gravité de la suppression de la liberté de la presse et sa nature systémique dans ce pays.
Human Rights Watch a partagé les résultats de ses recherches avec le gouvernement, les autorités et les médias concernés. Leurs réponses sont récapitulées dans le rapport et peuvent être consultées en ligne dans leur intégralité (en anglais). Bien que le gouvernement ait fait part de certaines initiatives visant à améliorer la liberté des médias, il n’est pas certain que ces mesures se traduisent par des changements significatifs. De manière générale, la réponse du gouvernement défend largement le statu quo et minimise la gravité des problèmes documentés par Human Rights Watch.
En réponse aux critiques sur le bilan de son gouvernement en matière de droits humains, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a ainsi rejeté la résolution du Parlement européen, affirmant que l’état de droit dans le pays est « plus fort que jamais» et que « la Grèce, ces dernières années, a souvent été au centre de calomnies ».
La Grèce a des obligations internationales claires en matière de respect de la liberté des médias et de l’état de droit, ces principes étant inscrits dans sa propre constitution ainsi que dans les valeurs fondamentales de l’Union européenne qui figurent dans les traités de l’UE. L’Union européenne a la responsabilité de veiller à ce que la Grèce, en tant qu’État membre, respecte ces engagements et mette fin aux atteintes à la liberté des médias.
« La réponse dédaigneuse du gouvernement grec aux critiques légitimes du Parlement européen suggère qu’une action plus forte de la part de la Commission européenne est nécessaire », a conclu Hugh Williamson. « La Commission et l’UE dans son ensemble devraient notamment suivre la situation avec attention, et veiller à ce que de véritables progrès soient réalisés en matière de liberté des médias en Grèce et à ce que les valeurs démocratiques fondamentales soient respectées. »
Les contraintes omniprésentes et délibérées qui pèsent sur le journalisme en Grèce créent un environnement où l’information critique est étouffée, et l’autocensure devient la norme.
Les journalistes sont exposés à la surveillance de l’État, au harcèlement et à l’intimidation de la part d’acteurs pro-gouvernementaux, ainsi qu’à des poursuites judiciaires abusives de la part de politiciens ; ces pratiques menacent la démocratie et l’état de droit.
La Commission européenne et l’UE dans son ensemble devraient suivre la situation de près et veiller à ce que de véritables progrès soient réalisés en matière de liberté des médias en Grèce, et à ce que les valeurs démocratiques fondamentales soient respectées.
(Athènes, 8 mai 2025) – La Grèce traverse une crise de la liberté des médias en raison d’agissements et d’échecs du gouvernement grec qui menacent la démocratie et l’état de droit, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.
Le rapport de 101 pages, intitulé «From Bad to Worse : The Deterioration of Media Freedom in Greece » («De mal en pis : La détérioration de la liberté des médias en Grèce »), documente l’environnement hostile pour les médias et les journalistes indépendants depuis l’entrée en fonction du gouvernement du parti Nouvelle Démocratie en juillet 2019 ; le harcèlement, l’intimidation, la surveillance et les poursuites judiciaires abusives à leur encontre contribuent à l’autocensure et à l’affaiblissement de la liberté des médias. Human Rights Watch a également constaté le recours à des fonds publics pour influencer la couverture d’événements, ainsi que les pressions éditoriales qui sont exercées sur les médias publics, qui contribuent à exacerber encore ce climat. Ces conditions portent atteinte à la liberté d’expression et au droit du public à l’information.
« Les contraintes omniprésentes et délibérées qui pèsent sur le journalisme en Grèce créent un environnement où les reportages critiques sont entravés et où l’autocensure devient la norme », a déclaré Hugh Williamson, Directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « L’UE devrait reconnaître qu’il s’agit d’une menace sérieuse pour les valeurs démocratiques et l’état de droit, et faire pression sur Athènes pour que le gouvernement change de cap ».
L’étude s’appuie sur des entretiens avec 26 journalistes issus de divers médias, ainsi qu’avec des universitaires, des juristes et des experts des médias. Human Rights Watch a mené des entretiens avec des journalistes travaillant dans la presse écrite, les médias en ligne, la télévision et la radio, pour des organismes publics, privés et indépendants, ainsi qu’avec des correspondants étrangers et des pigistes. Peu de journalistes ont accepté d’être identifiés par crainte de représailles. Nous avons également analysé plusieurs rapports et d’autres documents, et consulté les parties prenantes intéressées.
Le paysage médiatique grec est caractérisé par une forte concentration des médias, où quelques individus puissants contrôlent un grand nombre d’organes de presse. Plusieurs d’entre eux ont des liens avec le parti au pouvoir.
Vingt-deux journalistes ont décrit un environnement de plus en plus hostile à leur travail, tandis que six ont rapporté des cas spécifiques de harcèlement de la part de hauts fonctionnaires en rapport avec leurs activités.
Une correspondante étrangère indépendante a déclaré : « J’envisage désormais de quitter le pays. Pour de vrai. Je ne vois tout simplement pas l’intérêt de m’infliger un tel niveau d’anxiété. Les sujets que nous traitons sont importants, mais le niveau de violence semble s’être aggravé ».
Une journaliste avec plus de 25 ans d’expérience dans une grande chaîne de télévision privée grecque a déclaré : « Ce que vous racontez à la télévision est tellement contrôlé que vous n’avez aucune liberté. Le contrôle est effectué par ceux qui sont haut placés…. Tout est contrôlé. Ce que vous allez dire, comment vous allez le dire ».
En 2022, le gouvernement a été fortement soupçonné d’avoir utilisé le logiciel espion Predator pour cibler entre autres des journalistes, provoquant un scandale majeur en matière de surveillance. Sept des journalistes interrogés ont indiqué avoir des preuves ou de forts soupçons d’une surveillance de l’État, que ce soit par des moyens « traditionnels » comme les écoutes téléphoniques, ou en étant ciblés par des logiciels espions à usage commercial. Cette situation pose de graves questions en matière de respect de la vie privée et de liberté d’expression, et risque d’entraver le travail journalistique, car les sources comme les journalistes craignent pour leur sécurité.
Stavros Malichudis, un journaliste indépendant qui a découvert en 2021 que les services de renseignement grecs l’avaient espionné, a déclaré : « Pendant plusieurs mois, j’ai eu peur. J’avais peur de rencontrer des gens, mes sources, et de les exposer. Il m’a fallu beaucoup de temps pour me détacher de ce qui s’était passé et recommencer à faire mon travail de journaliste ».
Human Rights Watch a également constaté que le gouvernement avait exercé une influence indue sur les médias publics tels que l’ERT et l’Agence de presse Athènes-Macédoine (AMNA), et porté atteinte à leur indépendance. Le gouvernement a également utilisé les fonds publicitaires de l’État pour favoriser les médias pro-gouvernementaux.
Une autre source de préoccupation est la banalisation de l’utilisation du système juridique contre les journalistes, principalement par le biais de poursuites abusives connues sous le nom de procédures-bâillon (procédures SLAPP : « Strategic Lawsuits Against Public Participation », soit « poursuites stratégiques contre la participation publique »). Les poursuites en diffamation intentées par Grigoris Dimitriadis, neveu du Premier ministre grec et ancien haut fonctionnaire, contre des journalistes qui avaient parlé du scandale de la surveillance, illustrent cette tendance.
En outre, alors que de récents amendements ont décriminalisé la « simple diffamation » (soit la diffusion d’un fait, même s’il est vrai, qui peut être offensant), les lois prévoient toujours une responsabilité pénale pour « insultes » et « diffamation calomnieuse ».
Human Rights Watch a également constaté que le gouvernement et d’autres autorités s’efforçaient de faire obstacle à l’obligation de rendre des comptes. Ces efforts consistent notamment à invoquer la sécurité nationale pour empêcher la divulgation d’informations liées au scandale de la surveillance, à enquêter sur les lanceurs d’alerte et à se montrer réticent à divulguer des détails sur la distribution aux médias de fonds publics destinés à la publicité.
La question de la liberté des médias en Grèce suscite de plus en plus d’inquiétudes au niveau international ; dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), où la Grèce est classée systématiquement vers le bas de la liste des États membres de l’Union européenne. En février 2024, le Parlement européen a adopté une résolutionfaisant part de vives inquiétudes concernant la liberté des médias et l’état de droit en Grèce. Les rapports de la Commission européenne sur l’état de droit ont également fait part de ses préoccupations concernant la liberté des médias en Grèce, bien que jusqu’à présent, ces rapports n’aient pas reconnu la gravité de la suppression de la liberté de la presse et sa nature systémique dans ce pays.
Human Rights Watch a partagé les résultats de ses recherches avec le gouvernement, les autorités et les médias concernés. Leurs réponses sont récapitulées dans le rapport et peuvent être consultées en ligne dans leur intégralité (en anglais). Bien que le gouvernement ait fait part de certaines initiatives visant à améliorer la liberté des médias, il n’est pas certain que ces mesures se traduisent par des changements significatifs. De manière générale, la réponse du gouvernement défend largement le statu quo et minimise la gravité des problèmes documentés par Human Rights Watch.
En réponse aux critiques sur le bilan de son gouvernement en matière de droits humains, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a ainsi rejeté la résolution du Parlement européen, affirmant que l’état de droit dans le pays est « plus fort que jamais» et que « la Grèce, ces dernières années, a souvent été au centre de calomnies ».
La Grèce a des obligations internationales claires en matière de respect de la liberté des médias et de l’état de droit, ces principes étant inscrits dans sa propre constitution ainsi que dans les valeurs fondamentales de l’Union européenne qui figurent dans les traités de l’UE. L’Union européenne a la responsabilité de veiller à ce que la Grèce, en tant qu’État membre, respecte ces engagements et mette fin aux atteintes à la liberté des médias.
« La réponse dédaigneuse du gouvernement grec aux critiques légitimes du Parlement européen suggère qu’une action plus forte de la part de la Commission européenne est nécessaire », a conclu Hugh Williamson. « La Commission et l’UE dans son ensemble devraient notamment suivre la situation avec attention, et veiller à ce que de véritables progrès soient réalisés en matière de liberté des médias en Grèce et à ce que les valeurs démocratiques fondamentales soient respectées. »
Un rapport commun des organisations indépendantes révèle des violations croissantes de l’État de droit en Grèce
Un État qui ne respecte pas ses propres lois, des institutions qui agissent en toute impunité, une justice qui enterre des affaires sensibles ou les traite à la légère, des journalistes, des responsables politiques et des citoyens mis sous surveillance, des poursuites-bâillons (SLAPP), des atteintes généralisées aux droits fondamentaux, des citoyens et des groupes vulnérables ciblés et criminalisés, des violences policières, des autorités indépendantes sous influence politique et en perte de crédibilité, une dépendance toxique entre l’État, les médias et les grandes entreprises. Voilà le sombre tableau dressé, une année de plus, sur l’État de droit et la démocratie en Grèce
Par Nektaria Psaraki
Un rapport alarmant
Ce rapport est le fruit du travail d’une coalition d’organisations indépendantes qui, pour la troisième année consécutive, a soumis ses conclusions à la Commission européenne dans le cadre de son examen annuel du système juridique national. Publié le 4 février, il a été présenté lors d’une conférence de presse organisée au Barreau d’Athènes sous le titre “Une démocratie à bout de souffle : l’État de droit en Grèce aujourd’hui”.
Un gouvernement qui légifère, mais qui n’applique pas ses propres lois
Nikos Loukopoulos, directeur de l’ONG de surveillance démocratique Vouliwatch, a mis en lumière plusieurs problèmes majeurs :
Réglementation du lobbying : Bien que la loi 4829/21 a été adoptée pour encadrer le lobbying, le registre de transparence mis en place reste inefficace. D’après les recherches de Vouliwatch, les interactions entre les élus et les groupes d’intérêts restent opaques.
Politique sur les cadeaux : Le Code de déontologie du Parlement prévoit, depuis 2016, l’établissement d’un registre nominatif et détaillé des cadeaux reçus par nos députés. Après des pressions de Vouliwatch, une liste a bien été publiée, mais elle était anonyme, non signée, non tamponnée et difficilement accessible. Seuls 25 cadeaux ont été recensés pour quelques députés, alors que la présidente du Parlement en a déclaré 85 à elle seule.
Déclarations de patrimoine : Les déclarations de patrimoine sont systématiquement retardées. Résultat : en 2025, les dernières déclarations disponibles remontent à 2021.
Protection des lanceurs d’alerte : Une loi adoptée en 2022 devait aligner la Grèce sur la directive européenne, mais l’Organisation de coopération et de développement économiques (OOSA) révèle que 71 % des employés ignorent son existence. De plus, le retrait de la protection des lanceurs d’alerte dans l’affaire Novartis décourage toute nouvelle dénonciation.
Droit d’accès à l’information publique : Les autorités refusent systématiquement de communiquer des documents officiels et ignorent les demandes d’accès à l’information. Même lorsque ces cas sont portés devant la justice, ils restent souvent sans suite.
Processus législatif : En 2024, 42 % des projets de loi ont été mis en consultation publique pendant moins de 14 jours, bafouant les règles de transparence. Sur 48 projets de loi, 46 ont été amendés à la dernière minute avec des ajouts souvent sans rapport avec le texte initial.
« Le problème n’est pas un manque de lois, mais leur non-application systématique. Lorsque l’État dégrade les institutions et fonctionne avec autoritarisme, il renforce encore plus le mépris du système politique aux yeux des citoyens. » – Nikos Loukopoulos
Des affaires sensibles systématiquement enterrées
Minos Mouzourakis, avocat de l’association Refugee Support Aegean (RSA), a mis en évidence un schéma récurrent dans plusieurs affaires marquantes :
Scandale des écoutes téléphoniques : L’enquête du procureur de la Cour suprême a été clôturée sans identifier un seul suspect au sein de l’État.
Refoulements illégaux de migrants : Plus de 200 plaintes déposées. Pas une seule poursuite judiciaire engagée.
Naufrage de Pylos : Aucun membre de la Garde côtière n’a été inquiété malgré des preuves accablantes.
Catastrophe ferroviaire de Tempe : Des preuves cruciales ont disparu (vidéos de surveillance, données des boîtes noires, documents essentiels).
« Dès qu’un organe d’État est impliqué, la justice ne fonctionne plus.” – Minos Mouzourakis
Nier, attaquer, et enterrer les procédures
Alexandros Konstantinou, avocat du Conseil grec pour les réfugiés, a décrit une méthode en trois étapes utilisée par les autorités face aux violations des droits humains :
Nier l’existence du problème.
S’attaquer à ceux qui le dénoncent.
Lancer des procédures judiciaires sans aboutissement.
Ce schéma a été illustré par la condamnation de la Grèce en janvier 2025 par la Cour européenne des droits de l’homme pour refoulements illégaux. Malgré ce jugement, la justice grecque refuse d’ouvrir des enquêtes similaires.
Criminalisation des ONG et des migrants
L’organisation HIAS Greece a dénoncé une tendance inquiétante :
Des migrants poursuivis pour avoir conduit leur propre embarcation.
Des ONG accusées de “trafic d’êtres humains” simplement pour avoir signalé l’arrivée de réfugiés.
Un avocat poursuivi pour avoir aidé un migrant à déposer une demande d’asile.
« Les autorités annoncent des arrestations en grande pompe, mais elles ne communiquent jamais les résultats ; car la plupart des dossiers s’effondrent.” – Elli Kriona-Saranti (HIAS)
Surveillance de masse : une normalisation inquiétante
Le journaliste Thodoris Chondrogiannos (Reporters United) a dénoncé la légalisation progressive de l’espionnage d’État :
L’affaire des écoutes téléphoniques classée sans suite.
Le logiciel espion Predator toujours utilisé sans contrôle.
L’autorité de régulation (ADAE) attaquée par le gouvernement.
Collusion entre médias, grandes entreprises et État
Danae Maragoudaki (Solomon) a révélé l’imbrication toxique entre les médias, les affaires et la politique :
Les magnats des médias possèdent aussi des clubs de football et des compagnies maritimes.
Les subventions publicitaires du gouvernement servent à récompenser les médias “dociles”.
« Sans véritable contrôle des médias, nous faisons face à une crise majeure de transparence. » – Danae Maragoudaki
Violences policières : l’impunité règne
L’Union hellénique des droits humains a dénoncé l’absence de sanctions contre les violences policières :
Condamnation de la Grèce par la CEDH pour violences contre des citoyens rom.
Attaque au flash-ball contre un photojournaliste lors d’une manifestation.
Condamnation rare de trois policiers pour avoir battu violemment un manifestant qui a succombé à ses blessures un mois plus tard.
« La violence policière ne menace pas seulement les citoyens, elle menace la démocratie elle-même. » – Katerina Pournara
Conclusion : “La justice n’est perdue que si l’on cesse de se battre”
L’ancien vice-président du Barreau d’Athènes, Alexandros Mantzoutsos, a conclu avec un appel à la mobilisation :
« Le système judiciaire grec est en crise, mais la justice n’est perdue que si nous cessons de nous battre pour elle. »
-Que la crucifixion des enfants de Tempe soit le prologue de la résurrection de notre pays.
Par Dimitris Konstantakopoulos – 28 janvier 2025
Face au soulèvement de plus d’un million, voire de millions de citoyens grecs, qui ont participé spontanément, sans infrastructure organisationnelle digne de ce nom, aux immenses rassemblements qui ont eu lieu à Athènes, dans toutes les villes grecques, et même dans des villes étrangères, de nombreux commentaires sont superflus. Ils sont superflus parce qu’ils risquent de diminuer la grandeur de l’événement. C’est pourquoi nous serons aussi parcimonieux que possible. Après tout, les foules gigantesques qui se sont rassemblées des quatre coins de la Grèce et d’ailleurs sont si éloquentes qu’elles n’ont pas besoin de nous pour les interpréter. Elles parlent d’elles-mêmes.
Voici comment mon collègue Pantelis Savvidis a décrit le rassemblement de Thessalonique sur Facebook. La taille du rassemblement était énorme. Il couvrait toute l’Egnatia. Il rappelait les rassemblements post-opposition. Il y avait une différence. Il y avait quelques slogans, mais ils étaient discrets et éloignés de la partie principale du rassemblement. Les gens étaient unis par un désespoir muet que le volume de participation essayait de briser. Les gens essayaient de faire naître l’espoir qu’après que tant de personnes soient descendues dans la rue en l’absence retentissante de ce qui était considéré comme les principaux médias, quelque chose pourrait changer ».
Photo : Konstantinos Zilo
Et plus loin : « J’ai vu des gens de tout le spectre politique, constitutionnel ou non. De tout le spectre social et de tous les âges. Des jeunes enfants aux personnes âgées marchant avec l’aide d’un parent ou d’une canne. Et ce n’est pas peu dire. Des enfants avec des slogans écrits à la main sur des petits bouts de carton demandant justice. Même des personnes conservatrices et d’autres qui se déclarent de droite. Même les factions gauchistes familières qui respectaient les personnes qui avaient appelé au rassemblement et au moment. Pendant que je restais, le respect était absolu. Et je l’ai vu pour la première fois. Quelque chose a ébranlé l’âme grecque. Quelque chose l’a ébranlé. Tout m’a rappelé ces moments historiques où ils ont poussé un cri silencieux : plus jamais ça ».
Dès le premier instant, l’accident, que l’on qualifie à juste titre de crime, survenu à Tempe a semblé refléter tous les aspects de la profonde crise grecque. Au cours des (non) interrogatoires, la profondeur criminelle du problème, à savoir le système qui gouverne, détruit et aspire la Grèce, est devenue évidente. Derrière les limousines rutilantes des ministres, des agents de l’État et de l’oligarchie, on peut voir un régime que mon collègue Spyros Goutzanis décrit à juste titre dans un article comme un régime de « méthodes mafieuses ». Ils s’obstinent à dissimuler le crime et, en le dissimulant, ils révèlent non seulement les énormes responsabilités des détenteurs du pouvoir, mais aussi la pourriture de la corruption qui a érodé toutes les institutions de l’État.
De la « kleptocratie douce » à la « kleptocratie » mafieuse
Il y a 25 ans, avec l’entrée de Siemens en Grèce, qui a soudoyé tout le monde dans le pays, et l’achèvement parallèle de la dégénérescence du PASOK sous Simitis, la Grèce a connu une première vague de corruption criminelle qui a tout englouti. Ceux qui ont bénéficié des cadeaux de l’Allemagne et de bien d’autres entreprises ont eu raison d’écrire et de crier l’éloge funèbre de Costas Simitis, injustement appelé le « grand prêtre de la corruption ».
Sauf que les gouvernements suivants n’ont rien fait pour arrêter le sport ; au contraire, ils l’ont accéléré et approfondi. Dans le même temps, le PASOK de Georges Papandréou nous livrait au hachoir des premier et deuxième mémorandums et SYRIZA à celui du troisième. Vaincu et résigné, le peuple grec, témoin abasourdi de la trahison (ou, au mieux, de l’insuffisance désastreuse) des partis et des dirigeants en qui il avait confiance, a cessé d’opposer une quelconque résistance aux forces de l’oligarchie nationale et des étrangers qui s’étaient abattus sur son pays, le pillant et l’humiliant. Traditionnellement parti de l’oligarchie et de la dépendance étrangère, à de rares et brillantes exceptions près, la Nouvelle Démocratie s’est laissée dominer par ce qu’elle a de pire.
De la « criminalité en col blanc », des pots-de-vin de Siemens et de tant d’autres, de la « corruption et de l’interconnexion », nous en sommes arrivés à d’autres types de crimes tels que le meurtre de feu Karayvaz, un meurtre qui, étonnamment, n’a pas été élucidé alors que le gouvernement, avec ses services et sa surveillance, devrait de toute évidence connaître les meurtriers. Les choses étonnantes qui se sont produites dans le cadre des enquêtes présumées sur Tempi ont ébranlé la confiance des citoyens grecs et leur confiance dans le système judiciaire.
De plus, et comme le note Goutzanis dans son article : « Le gouvernement devient plus responsable au fur et à mesure que l’on découvre des preuves de morts suspectes et de disparitions de personnes qui pourraient indirectement être liées à l’affaire (Tempe). Il ne s’agit plus d’un cas normal de minimisation d’un problème avec les procédures habituelles pour réduire les coûts politiques, mais d’une dissimulation utilisant des méthodes mafieuses orchestrées par le régime. Comme dans le cas du scandale des écoutes, qui n’a pas eu le même impact social.
Non seulement nous sautons les statistiques économiques et sociales des pays balkaniques en descendant, mais nous nous nivelons aussi par le haut dans le domaine de la criminalité ! De l’« Erglavistan, Lamogistan, Rousfetistan » du « capitalisme kleptocratique » grec, nous risquons de nous retrouver dans des situations colombiennes.
Photo : Konstantinos Zilos
Nous avons besoin d’un mouvement organisé
On espère que les mobilisations populaires reprendront pour que la pression sur le gouvernement ne diminue pas, pour que celui-ci, comme le pouvoir judiciaire, n’échappe pas à ses responsabilités. On espère qu’un mouvement national organisé de soutien aux proches des victimes et de demande de justice pourra voir le jour. Compte tenu du retentissement de l’affaire, des associations de solidarité pourraient être créées dans chaque commune pour exiger la catharsis.
Il ne fait aucun doute que, compte tenu de la faillite des partis d’opposition, la Grèce a aujourd’hui désespérément besoin, même s’il est et sera difficile d’en sortir, d’un mouvement social large, de masse, démocratique et sérieux pour son salut et sa réforme. Il faudrait un mouvement qui transcende les identités de parti et qui soit peut-être basé sur l’auto-organisation, comme l’a imaginé Spitha, le Mouvement des citoyens indépendants, Mikis Theodorakis. Puisse la crucifixion des enfants de Tempe devenir le prologue de la résurrection de notre pays.
PS. Dans notre prochain article, nous traiterons de l’opposition existante et de ses partis.