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SOS MEDITERRANEE inquiète des évolutions du contexte d’intervention en Méditerranée centrale

Depuis fin décembre, les navires humanitaires se voient attribuer des ports de débarquement très rapidement après avoir secouru une embarcation en détresse mais dans des ports extrêmement éloignés. En ce début 2023, alors que l’Italie adopte un décret visant les ONG de sauvetage, les autorités maritimes semblent se conformer à un nouveau modus operandi qui fait craindre de graves conséquences pour les personnes naufragées.

Sauvetage à risque de 95 personnes, dont 20 femmes et 38 mineurs, ce mercredi 26 janvier, en présence des garde-côtes libyens qui ont effectué des manœuvres dangereuses pour la sécurité des équipes et des rescapé.e.s. Crédits Photo : Nissim Gasteli / SOS MEDITERRANEE

95 personnes secourues le 25 janvier, quatre disparues

Ce mercredi 25 janvier, l’Ocean Viking a secouru 95 personnes d’une embarcation pneumatique surchargée dans les eaux internationales au large de la Libye, à la suite d’une alerte de détresse relayée par l’avion Seabird 2. Arrivés sur les lieux pendant le sauvetage, les garde-côtes libyens ont alors effectué diverses manœuvres dangereuses, mettant en péril la sécurité des équipes et des personnes rescapées. Heureusement, elles ont toutes pu être évacuées vers notre navire ; cependant certaines d’entre elles ont ensuite signalé qu’au moins quatre personnes étaient tombées à l’eau avant notre arrivée. Les équipes de l’Ocean Viking ont procédé à leur recherche durant de longues heures, en vain. Les deux patrouilleurs libyens présents sur zone sont de leur côté repartis sans répondre à nos demandes de soutien pour retrouver les personnes disparues. Parmi les personnes survivantes, on compte 20 femmes (15 adultes, 5 mineures) et 38 mineurs dont 33 non accompagnés.

Le port de Carrare, à plusieurs jours de navigation de la zone de sauvetage, a par la suite été désigné à l’Ocean Viking qui fait route vers cette destination.

Un décret de la présidence italienne visant les ONG

Le 2 janvier 2023, un nouveau décret sur les « dispositions urgentes pour la gestion des flux migratoires » a été signé par la présidence italienne afin de fixer les conditions selon lesquelles les navires de recherche et de sauvetage des ONG peuvent être considérés « conformes » aux conventions maritimes internationales et de réglementer encore davantage leur entrée dans les eaux territoriales italiennes.

Le plus jeune des rescapé.e.s secouru.e.s le 27 décembre dernier avait à peine deux semaines. Il a été débarqué le 31 décembre à Ravenne, à 1500 km du lieu de son sauvetage. Photo : Michael Bunel / SOS MEDITERRANEE

En parallèle de ce décret, les autorités maritimes italiennes ont changé leurs pratiques d’attribution de ports pour débarquer les rescapé.e.s. Depuis la fin décembre 2022, les navires humanitaires, habituellement soumis à de longues attentes avant qu’un centre de coordination des sauvetages ne leur désigne un port sûr, se sont vu assigner un port de débarquement immédiatement après leur premier sauvetage. Du jamais vu depuis 2018.

Cette rapidité représente une avancée par rapport à des semaines d’angoisse sans aucune perspective de débarquement pour les rescapé.e.s, mais elle pose le problème de la distance des ports attribués, dans les deux derniers cas, à plus de 1 500 kilomètres de la zone de sauvetage. Ainsi lors des sauvetages de l’Ocean Viking les 27 décembre 2022 et 7 janvier 2023, le port désigné se trouvait aux confins de la mer Adriatique : Ravenne pour le premier et Ancône pour le second. Les autres navires humanitaires opérant ces dernières semaines ont vu un scénario semblable se répéter.

Illustration des trois allers-retours depuis la zone de sauvetage nécessaires à l’Ocean Viking pour se rendre au port de Ravenne pour débarquer 113 personnes secourues le 27 décembre 2022 (trajet orange), celui d’Ancône pour débarquer 37 personnes secourues le 7 janvier (trajet blanc) et au port de Carrare pour débarquer 96 personnes secourues le 25 janvier 2023 (trajet marine). Note : Trajets approximatifs pour fin d’illustration

Risques de naufrages mortels en l’absence de navires humanitaires 

« En 2022, l’Ocean Viking a effectué en moyenne cinq à six opérations de sauvetage par mission, secourant près de 300 personnes à chaque fois. Lors des deux dernières missions, où les autorités italiennes ont instruit immédiatement l’Ocean Viking d’aller débarquer les personnes secourues dès le premier sauvetage, SOS MEDITERRANEE n’a effectué qu’un seul sauvetage par mission, avec une moyenne de 75 personnes à bord » relate Sophie Beau, co-fondatrice et directrice de SOS MEDITERRANEE.

Les navires d’ONG sont ainsi éloignés de la zone d’opération en Méditerranée centrale, alors même que les moyens de sauvetage y font cruellement défaut.

Plus de trente-cinq personnes sont décédées en mer Méditerranée centrale lors de différents naufrages depuis le début de l’année 2023, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Hausse des coûts d’opération et conséquences sur la protection des personnes rescapées à bord 

Dans ces conditions, alors que les navires comme l’Ocean Viking sont déjà durement impactés par la hausse du prix du fioul qui a presque doublé en 2022, l’augmentation des distances parcourues aggrave encore la situation financière des ONG.

Par ailleurs, ces longs trajets exposent les hommes, les femmes et les enfants secouru.e.s par les navires des ONG à des risques accrus liés aux conditions météorologiques défavorables. Cela dégrade encore leur état de santé après des traversées éprouvantes, avant de pouvoir enfin débarquer sur la terre ferme.

Ainsi, les 37 personnes secourues le 7 janvier par l’Ocean Viking, dont certains souffraient déjà de brûlures cutanées graves, d’intoxications au fuel et des traumatismes du séjour en Libye et de la traversée, ont en plus dû affronter une tempête avec des vents de 40 nœuds et des vagues de six mètres. La passerelle avait pourtant alerté les autorités maritimes italiennes de la situation et demandé la désignation d’un lieu sûr plus proche, sans succès. Durant plusieurs jours sur le trajet vers Ancône, équipages et rescapé.e.s ont alors été soumis à des éléments déchaînés et malgré la prise de médication, la quasi-totalité a souffert du mal de mer, affaiblissant encore les plus vulnérables.

Alors que les moyens de sauvetage européens font toujours défaut en Méditerranée centrale, SOS MEDITERRANEE s’inquiète de l’impact de ces dernières évolutions sur les risques de naufrage et la santé des personnes secourues.

Photo d ’illustration : Kevin Mc Elvaney / SOS MEDITERRANEE

Source https://sosmediterranee.fr

La solidarité  à géométrie variable n’en est pas  vraiment une

par Vicky Skoumbi

Depuis quelques semaines, nous découvrons  que l’accueil tant redouté des réfugiés est bien possible en Europe. Accueillir, accueillir dans  de conditions qui respectent la dignité des personnes, accueillir en ouvrant grand les portes à ceux et celles qui viennent serait alors faisable, même si les arrivants dépassent les quatre millions.  Jusqu’à il y a un mois, une telle perspective était perçue comme annonciatrice de catastrophe majeure voire comme une menace existentielle pour l’Europe : on nous assenait de tous les côtés qu’un accueil digne de ce nom constituerait un appel d’air exposant nos sociétés européennes à un risque d’implosion. Tout geste d’accueil était suspect et pourrait être puni  comme un  délit voire un crime. Les solidaires étaient stigmatisés comme les idiots utiles au service de trafiquants, les sauveteurs comme faisant partie de bandes de passeurs, voire comme des espions coupables d’intelligence avec l’ennemi.  

Avec la guerre en Ukraine, changement complet de cap, les réfugiés- à vrai dire certains d’entre eux- sont reconnus comme tels, leurs droits sont respectés, leurs souffrances et leurs traumatismes pris en compte. Même en Grèce, le retournement complet de pratiques et de discours fut impressionnant. En deux semaines, ce pays dont le gouvernement déclarait qu’il ne pouvait plus recevoir un seul réfugié de plus, a su accueillir 15.000 Ukrainiens  en leur accordant des documents temporaires,  ainsi qu’un numéro de Sécurité Sociale, un numéro fiscal et le droit de travailler.

Or nous savons que cette réception digne ne concerne point tous les réfugiés, mais quelques-uns, choisis en fonction des affinités ethniques et religieuses, peu importe si celles-ci sont réelles ou imaginaires. Elle ne concerne même pas tous les réfugiés fuyant la guerre en Ukraine mais uniquement les ressortissants ukrainiens. En  fait, non seulement la protection temporaire accordée par les pays européens aux Ukrainiens est refusée à la grande majorité d’étrangers résidant en Ukraine, mais plusieurs d’entre eux sont placés  en  détention pour entrée irrégulière au territoire polonais.  Ce n’est qu’en fonction de leurs  nationalités et de leur couleur de peau que les réfugiés d’Ukraine seront accueillis ou rejetés. Quant aux Kurdes, Irakiens, Syriens et Afghans qui se présentent non pas à la frontière polonaise avec l’Ukraine, mais à celle avec la Biélorussie, ils sont traqué et violemment refoulés, après avoir été tabassés et dépouillés de leurs biens ; certains d’entre eux peuvent même être laissés pieds nus par températures négatives à errer sur un sol glacial – au moins 20 personnes sont morts ainsi d’hypothermie à la frontière avec la Biélorussie. Quant à ceux et celles qui oseraient offrir l’hospitalité à ces hommes, femmes et enfants affamés et frigorifiés, ils risquent huit ans d’ans de prison ferme. Les mêmes scènes d’une guerre qui ne dit pas son nom, celle contre les migrants, se passent à la frontière gréco-turque d’Evros où il y a une quinzaine de jours un petit garçon syrien  de 4 ans est mort noyé sous les yeux impassibles d’un commando grec, victime d’un refoulement trop violent.  L’incident, loin d’être un cas isolé, fait partie d’une nouvelle stratégie adoptée pars les garde-frontières de la région d’Evros qui consiste à refouler ceux qui arrivent en les abandonnant sur des îlots du fleuve Evros sans vivres ni eaux  avec l’injonction de retourner en Turquie.  En janvier dernier, cette tactique avait déjà coûté la vie à un syrien souffrant d’une grave insuffisance rénale.

C’est cette face hideuse du visage de l’Europe que celle-ci tourne vers tout un chacun dont l’image s’écarte de la figure-type du ‘bon’ réfugié –chrétien, blanc aux yeux bleus. D’un côté, on accueille à bras ouvert les «nôtres», ceux qui ne menaceraient pas le vénéré mode de vie européen, et de l’autre on violente, on torture, on refoule avec des véritables opérations militaires qui exposent délibérément ceux qui se présentent à nos portes à des risques mortels.

Cependant il ne suffit pas de dénoncer cette solidarité à géométrie variable, il faudrait essayer d’aller au-delà du registre d’une condamnation morale. En effet, si la solidarité dépend de la tête du client, est-ce vraiment de la solidarité ? Ou bien plutôt une défense atavique de nôtres contre les autres, une réaction identitaire qui présuppose une bipartition de l’humanité entre ceux à notre image, et les autres, ces aliens qui, à nos yeux étriqués, portent les stigmates d’une altérité qui les exclurait du domaine d’exercice de l’hospitalité ?  Ainsi, ce qui est présenté comme un retour du sens de l’accueil en Europe, pourrait s’avérer  le symptôme d’un  racisme meurtrier qui ne dit pas son nom. 

Cette année, nous avons ‘célébré’ les cinq ans d’accords de coopération entre UE et la Libye : selon Amnesty International , plus de 82 000 réfugié·e·s et migrant·e·s  ont été renvoyés à l’enfer libyen depuis que les accords ont été conclus. La plupart « se sont retrouvés dans des centres de détention sordides, où sévit la torture, tandis que beaucoup d’autres ont été victimes de disparitions forcées ». Cette politique européenne qui ne se contente pas de refouler en renvoyant aux centres de tortures et aux marchés aux esclaves libyens mais criminalise systématiquement le secours en mer, a bien porté ses fruits : elle  a transformé la mer Méditerranée en une fosse commune qui a englouti pas moins de 23.500 personnes morts ou disparus de 2014 jusqu’à aujourd’hui. En Grèce, un écart significatif entre le chiffre officiel des personnes secourues en mer et celui de nouveaux arrivants enregistrés dans les îles révèle au moins 25.000 cas de refoulement en mer Egée pendant la seule année 2021. Ces refoulements sont non seulement systématiques mais de plus en plus violents ; les commandos qui s’en chargent, recourent à des méthodes  d’une brutalité paroxystique qui mettent délibérément en danger la vie ceux qui en sont les victimes. Cette escalade des violences contre les arrivants comporte  des actes criminels comme ceux des garde-côtes qui en septembre dernier n’ont pas hésité à jeter en pleine mer trois hommes qui ne savaient pas nager et dont deux sont morts noyés,  ou ceux de garde-frontières d’Evros qui avaient dépouillés des exilés de leur vêtement en les laissant pieds nus par températures négatives –19 personnes en sont morts ainsi début février.  Ces crimes ne constituent point des bavures  ou des  dérapages isolés, mais font partie intégrante d’une politique concertée de dissuasion réglée sur le principe « rendons les la vie infernale ». En les exposant délibérément à des dangers mortels,  les garde-frontières qui assurent la protection de l’Europe, s’attendent à ce que les candidats à l’exil  finirons par comprendre non seulement qu’ils sont indésirables sur le sol européen mais que leurs propre vies n’y comptent pour rien.   

La situation dramatique des réfugiés ukrainiens pourrait-elle sensibiliser les sociétés européennes au drame de tous les réfugiés indépendamment de leur origine ?  Si nous tenons compte ce qui continue à se passer à nos frontières loin de projecteurs médiatiques, nous aurons du mal à y croire. Force est de constater que l’accueil des  Ukrainiens va de pair avec notre indifférence, en tout cas avec notre inaction blasée, face à ces crimes commis contre les ‘mauvais’ réfugiés aux confins de l’Europe et/ ou à ses frontières externalisés.

La question est  ‘sommes-nous disposés de vivre au sein  d’une société  régie par la croyance « en une hiérarchie des êtres humains et par la production d’un rapport de domination pour tenter de rendre opérante cette hiérarchisation » (communiqué de Migreurop du 22 mars 2022) ? Car, la solidarité à deux vitesses revient à une bipartition de l’humanité entre ceux dont la vie serait digne d’être sauvés, et les autres, ceux dont les vies en seraient indignes. Ce qui fait inévitablement penser à la doctrine abjecte de Lebensunwertes Leben, de vies indignes d’être vécues, notion clé de la politique eugéniste et raciale nazie. Certes nous n’en sommes là, mais en sommes-nous vraiment loin ? D’un côté, vous avez des vies dignes d’être sauvées, secourues, accueillies, et de l’autre, les vies  de ceux qui, n’appartenant pas à la ‘grande famille européenne’, seraient non seulement indignes d’être sauvés mais qui pourraient dans l’indifférence générale être conduits à la noyade ou à la mort par hypothermie.   La pente est plus que glissante.

Que cela soit clair : tous ceux et celles qui fuient la guerre en Ukraine doivent être accueillis dans les meilleures conditions possibles non seulement à court mais aussi à  moyen voire long terme. Ce qui reste insoutenable, est cette politique de deux poids et deux mesures, qui présuppose une bipartition pernicieuse de l’humanité. Qu’une partie d’êtres humains soit traitée comme si elle n’appartenait plus à l’humanité, comme si elle pourrait en être retranchée et exclue, cela ne saurait ne pas affecter nous autres européens des stigmates d’inhumanité.

La guerre en Ukraine serait-elle d’autant plus la ‘nôtre’ qu’elle est une guerre européenne ? Tout compréhensible que puisse être ce point de vue, on pourrait y objecter que la guerre en Syrie ne nous concernait pas moins, et que la résistance de Kurdes à l’avancée fulgurante de Daech n’a pas été moins décisive pour l’avenir de l’Europe que l’issue de la guerre actuelle en Ukraine. Si, comme le dit Michel Agier, penser l’Europe devrait être une méthode pour penser notre commune humanité, nous ne saurions nous affirmer en tant qu’européens qu’en pensant et agissant en tant que citoyens du monde. Contre les politiques du tri sélectif, de l’exclusion et de criminalisations des arrivants, il nous faudra construire un monde Un, un monde commun où il y aura une place pour toutes et tous.

Paris, 31 mars 2022

[1] Vicky Skoumbi est rédactrice en chef de la revue grecque de philosophie, psychanalyse et art αληthεια et directrice de programme au Collège International de Philosophie, Paris.

Source : blogs.mediapart.fr/vicky-skoumbi/blog/010422/la-solidarite-geometrie-variable-n-en-est-pas-vraiment-une

 

Conflit Russie-Union Européenne :  Quel impact pour la Grèce ?

Les ingérences russes dans la politique des pays occidentaux ont encore refroidi les liens entre l’Europe et la Russie. Le tableau européen des relations avec l’État fédéral est très complexe à peindre mais certains pays comme la Grèce ont un rapport plus amical avec la Russie.

Russie Grèce contre l'Europe
Sergueï Lavrov et Nikos Dendias – Ministère des Affaires étrangères 

 

Les deux pays partagent un élément commun : le poids dominant de la religion chrétienne orthodoxe. Pour certains, il n’en fallait pas plus pour que soit mise en avant la notion d’« axe orthodoxe ».

La présence historique d’un grand nombre de Russes d’origine grecque, installés notamment au sud de la Fédération de Russie autour de la Mer Noire, constitue un facteur important du développement des relations entre les deux pays. Les relations diplomatiques entre la Grèce et la Russie durent depuis 182 ans et se développent de manière dynamique. Les deux pays sont unis par des liens historiques et d’amitiés étroits, reposant à la fois sur des valeurs spirituelles et culturelles communes.

Un comité inter-ministériel mixte est également mis en place entre les deux pays sur des questions de coopération économique, industrielle, scientifique et technologique.

Prise de position de la diplomatie grecque

En février-mars 2014, en réponse à l’annexion de la Crimée, une première vague de sanctions européennes visant des personnalités russes a été adoptée malgré le scepticisme exprimé par un groupe d’États-membres de l’Europe du sud, (Espagne, Portugal, Grèce, Italie). Mais après la destruction de l’avion de la Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine le 17 juillet 2014, l’éventualité d’un durcissement des sanctions, qui auraient visé des sociétés russes de premier plan, s’est visiblement heurtée à l’opposition de la Grèce.

Par la suite, la Grèce a pris sa part, avec d’autres pays, pour empêcher que la Russie soit sanctionnée pour son soutien aux frappes de Bachar El Assad sur Alep, comme cela était envisagé à l’occasion du sommet européen des 20-21 en octobre 2016.

Russie Grèce contre l'Europe
Crédit photo : Ministère des Affaires Etrangères

Enfin, la Grèce a refusé en 2018 de condamner ouvertement le pouvoir russe après la présomption d’empoisonnement de l’espion russe Skripal sur le sol britannique, ses représentants disant vouloir « attendre le résultat définitif de l’enquête »

À partir de janvier 2015, un fait nouveau met au-devant de la scène européenne un petit pays-membre : la Grèce, jusque-là simplement sceptique, tombe dans une opposition franche à la politique des sanctions.

Sanctions Européennes

La présidente de la Commission Ursula Von Der Layen a souligné que la solidarité de l’UE en Grèce est claire et complète. Cette dernière a déclaré que la Commission présenterait une proposition afin de « geler » les avoirs de ceux qui sont soupçonnés d’être responsables de violations des droits de l’homme.

Un nouveau régime de sanctions permettrait à l’UE d’imposer des sanctions plus rapides à certains individus partout dans le monde, de «geler» leurs avoirs dans l’Union et de leur interdire d’entrer.

Von der Leyen a également accusé la Russie d’essayer systématiquement d’exterminer ses opposants démocratiques à la fois à l’intérieur et dans la région. Elle a déclaré qu’il était faux de penser que le gazoduc Nord Stream 2 entre l’Allemagne et la Russie contribuerait à améliorer les relations tendues entre l’UE et la Russie.

« Il n’y aura pas de sanctions Européennes »

Selon José Garson expert en géopolitique et cadres des Nations Unis à New York, un blocus de l’Union Européenne envers la Russie est inenvisageable. Emmanuel Macron et Angela Merkel ne compte pas soutenir le combat du Vice-Président de la Commission Européenne, Josep Borrell. « Il n’y aura pas de sanctions Européennes ; ils ne sont pas bêtes, ils préfèrent apaiser les tensions, par peur que la Russie ferme la porte à tout jamais à l’Union Européenne et se tourne définitivement vers la Chine ».

« Les Russes sont extrêmement bien vus par les Grecs, indépendamment de la fraternité religieuse et en sens inverse pour les Russes, la Grèce est un pays de rêve. C’est un pays de l’OTAN, c’est un pays de l’Union Européenne. S’ils sont implicitement chargés de la protection du pays, c’est un rêve. »

De son côté la Grèce ne compte pas entacher son amitié avec la Russie et attend déjà l’arrivée massive de touristes Russes pour sauver son économie. Connus pour être dépensiers, les touristes russes manquent à l’Europe et surtout à la Grèce.

Cet article a été réalisé pour le petitjournal.com/athenes par Pedro Machado

Source https://lepetitjournal.com/athenes/conflit-russie-union-europeenne-impact-grece-305897?fbclid=IwAR3pHsNoNnksugZhEeLY0weP4mQrzOvF5U8HOQDdb_3CfJDnUjMJjBFe7YA

Grèce après la décision inacceptable du Conseil européen

Ce que devraient être les prochaines étapes de la Grèce après la décision inacceptable du Conseil européen
Par Leonidas Chrysanthopoulos Ambassadeur ad honorem

Nous n’analyserons pas la décision inacceptable du Conseil européen car il ne vaut pas la peine de perdre notre temps avec des décisions qui n’ont aucun sens et qui conduisent l’UE à la dissolution puisqu’elle est incapable de fonctionner de manière efficace.

Il convient de rappeler une fois de plus que lorsque l’Argentine a envahi les îles Malouines en 1982, trois semaines seulement ont été nécessaires pour que des sanctions soient imposées le 15 avril 1982. La Grèce a alors soutenu l’imposition de sanctions comprenant un embargo sur les armes et l’interruption des relations commerciales avec l’Argentine. Cette décision n’a aucun rapport avec la décision d’aujourd’hui qui traite la Grèce et la République de Chypre comme des pays tiers et non comme des États membres de l’UE.

La Grèce devrait maintenant prendre les mesures suivantes :

1. Elle devrait dénoncer le mémorandum de 2010 sur la base des procédures du traité de Vienne sur les traités, qui prévoit la possibilité de dénoncer un traité pour des erreurs commises (article 48), pour fraude (article 49), pour corruption d’un représentant d’un État (article 50), pour coercition à l’encontre d’un représentant d’un État (article 51), pour un changement fondamental de circonstances (article 62 b).

2. Elle devrait soulever la question de l’arrêt des paiements de la dette en raison de la pandémie car d’ici 2028, elle doit payer 66,7 milliards d’euros à ses prêteurs.

3. Elle devrait soulever avec insistance auprès de Berlin le paiement du prêt que l’Allemagne avait imposé à la Grèce pendant l’occupation, dont la valeur en prix courants est estimée entre 13 et 422 milliards d’euros, même en menaçant de confisquer les avoirs allemands en Grèce.

4. Elle devrait annoncer officiellement qu’elle n’acceptera pas la prolongation des sanctions contre la Russie lorsqu’elles seront renouvelées et elle devrait maintenir une position négative sur les questions de sanctions contre les pays tiers.

5.  La Grèce devrait prendre ces mesures en même temps avec l’UE et Berlin, ce qui permettrait à Athènes d’exercer une forte pression qui pourrait se traduire par l’imposition de sanctions substantielles à la Turquie, faute de quoi la Grèce n’aurait plus aucune raison de rester dans l’UE.

Traduit avec www.DeepL.com/Translator (version gratuite)

Source http://www.defenddemocracy.press/which-should-be-the-next-steps-of-greece-after-the-unacceptable-decision-of-the-european-council/

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Olivier Delorme : « L’Allemagne est l’allié du régime islamo-impérialiste d’Erdogan »

ENTRETIEN. Historien et romancier, Olivier Delorme est notamment l’auteur de La Grèce et les Balkans (3 tomes Gallimard, 2013) et de 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe (H&O, 2017). Il fait le point avec nous sur la politique européenne d’Erdogan et sur le jeu trouble de l’Allemagne de Merkel.

Front Populaire : Fin octobre, le gouvernement grec a adressé une lettre à Berlin pour demander l’arrêt des exportations militaires vers la Turquie en raison des menaces d’Erdogan. Or nous avons appris il y a quelques jours que Berlin semble continuer à livrer Ankara en sous-marins (214T). Les Verts allemands s’en offusquent d’ailleurs. L’Allemagne serait prête à mettre en danger la Grèce pour sauvegarder ses intérêts ?

Olivier Delorme : Sans aucun doute ! Depuis dix ans, l’UE à direction allemande a imposé une déflation sans fin dont la principale conséquence est d’alourdir le poids de la dette par rapport au PIB, qui a été le prétexte de cette politique. En dépit des déclarations mensongères répercutées par les médias, la Grèce ne va pas mieux. Son économie n’a cessé de s’affaiblir, 500 000 Grecs parmi les plus jeunes et les mieux formés ont dû partir en exil, le budget de la Défense a subi des coupes désastreuses comme tous les autres, les biens communs du peuple grec ont été mis à l‘encan – les entreprises allemandes se taillant la part du lion dans cette grande braderie. Tandis que l’UE arrosait avec l’argent des contribuables européens le régime islamo-impérialiste d’Ankara qui déversait un flot de migrants – pas de réfugiés – sur les îles grecques et la frontière terrestre. Àfonds perdus et sans jamais exiger de contrepartie sur la cessation des provocations à l’égard de la Grèce et de Chypre.

Quant à la réponse de Berlin à la lettre du ministre des Affaires étrangères grec, elle est un monument de cynisme puisqu’elle mentionne que l’Allemagne vend très peu d’armes à la Turquie, que ces ventes sont soumises à autorisation gouvernementale et qu’il n’y a donc aucune raison de modifier quoi que ce soit. Or si les sous-marins grecs disposent aujourd’hui d’une supériorité technologique qui leur permet d’assurer la sécurité de l’espace égéen, vendre de nouveaux sous-marins à la Turquie, c’est obliger la Grèce à passer un marché équivalent pour maintenir l’équilibre actuel !

FP : Les ambitions de la Turquie dans l’espace méditerranéen interrogent. Pourriez-vous résumer à grands traits le comportement de la Turquie en Méditerranée orientale depuis août ? A quoi joue Erdogan ?

OD : Erdogan est porteur d’un projet à la fois islamiste et impérialiste. Mais l’économie est en récession depuis la fin de 2018 et le système de clientélisme islamique sur lequel reposait la fortune électorale de son parti, l’AKP, manque de carburant. Les milliards déversés par l’Union européenne au titre de la préadhésion, de la réalisation de l’union douanière et du chantage aux migrants ne suffisent plus à financer ce système, notamment par les commissions que génèrent des travaux pharaoniques et souvent inutiles. La monnaie s’effondre (-40 % face au dollar en un an), les prix des importations flambent, l’inflation s’emballe et le déficit de la balance commerciale se creuse car la Turquie exporte des produits à faible valeur ajoutée alors qu’elle importe des produits à forte valeur ajoutée et la quasi-totalité de son énergie. Erdogan interdit à la Banque centrale de relever des taux d’intérêt déjà supérieurs à 10 % afin de ne pas ralentir davantage l’activité : les réserves de change s’épuisent à soutenir la monnaie et ne couvriraient plus que deux mois d’importations. Quant aux recettes touristiques, elles sont en chute libre du fait de la crise sanitaire dont la gestion a été catastrophique.

Du coup, comme tout régime despotique dans une impasse intérieure, celui d’Erdogan cherche à ressouder l’opinion derrière lui dans des aventures extérieures : la deuxième orientation du régime – renouer avec le passé impérial ottoman – se trouve ainsi suractivée par les circonstances. Mis en échec en Syrie par la Russie, bloqué en Libye par l’Égypte (sans doute avec le concours des Émirats arabes unis, de la France et encore de la Russie), Erdogan s’est retourné durant l’été contre deux membres de l’Union européenne – la Grèce et Chypre, dont la Turquie occupe et colonise 37 % du territoire depuis 1974 –, puis il a poussé le despote d’Azerbaïdjan à rallumer en Artsakh (Haut-Karabagh) une guerre contre les Arméniens en réalité dirigée par Ankara.

Depuis 1973, la Turquie prétend s’arroger le droit d’exploiter les ressources de toute la moitié orientale de la mer Égée, au mépris du droit international qui reconnaît à la Grèce une zone économique exclusive (ZEE) autour de ses îles. Cette prétention a généré plusieurs « épisodes chauds » – ainsi que les Grecs les nomment. Puis, dans les années 1990, la Turquie élabora la « doctrine des zones grises » qui, par une interprétation insoutenable des traités de 1923 et 1947 fixant les frontières gréco-turques, nie la souveraineté grecque sur des centaines d’îlots en Égée. Et en 1995, l’Assemblée nationale d’Ankara a donné à l’exécutif une autorisation permanente de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procédait à l’extension à 12 milles de ses eaux territoriales prévue par la convention internationale de Montego Bay (1982) – bien que la Grèce se fût engagée à ne pas y procéder unilatéralement et que la Turquie, non signataire de cette convention, l’ait fait en mer Noire comme en Méditerranée. Enfin, l’actuel pouvoir a adopté le concept de « Patrie bleue » qui permet d’étendre de manière quasi illimitée les prétentions turques dans l’espace maritime.

Et Erdogan est passé aux actes, au début d’août, envoyant des navires de prospection d’hydrocarbures, escortés par des flottilles de guerre, dans les ZEE grecque et chypriote, notamment autour de Kastellorizo, la plus orientale des îles grecques. La Grèce a répliqué en dépêchant sur zone sa marine afin d’entraver ces actions illégales et le face-à-face a failli à plusieurs reprises dégénérer en affrontement, tandis que la Turquie multipliait partout en Égée les violations des eaux territoriales et de l’espace aérien grecs (qui ne cessent jamais), des sous-marins turcs étant débusqués à proximité immédiate des côtes de la Grèce continentale.

FP : L’attitude de l’Allemagne est plus qu’ambiguë depuis août. Merkel cherche clairement à ne pas faire de vague avec la Turquie et refuse de condamner Erdogan avec le reste de l’UE. Quelles sont les raisons d’un tel positionnement de l’Allemagne par rapport à la Turquie ?

OD : Vous êtes charitable en parlant de position ambiguë ! En réalité, depuis le début de la crise, Merkel s’est alignée sur Erdogan, au mépris du droit international, de la position du Conseil de sécurité de l’ONU, des principes de bon voisinage et de règlement pacifique des différends affichés par l’Union européenne ainsi que des intérêts vitaux de deux de ses membres !

En 1975, les Premiers ministres grec et turc avaient convenu de recourir à l’arbitrage de la Cour de justice internationale de La Haye, seule instance compétente pour régler les différends de ce type. Mais le Turc s’est rétracté sous la pression des Loups gris, un groupe ultra violent d’extrême droite dont le gouvernement français vient d’interdire l’activité dans notre pays et dont le chef était alors vice-président du gouvernement. En 1976, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est prononcé en faveur de cet arbitrage et la Cour s’est affirmée compétente, mais seulement dans la mesure où les deux parties la saisiraient. On sait approximativement ce que serait sa décision au vu des arrêts qu’elle a déjà rendus dans des situations comparables de mer semi-fermée. Et tous les gouvernements grecs, quelle que soit leur orientation politique, ont depuis demandé à la Turquie d’aller à La Haye.

Pourquoi l’UE, si prompte à brandir le droit – y compris là où elle n’a rien à faire –, n’a pas plus conditionné l’ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’acceptation de cet arbitrage qu’à la cessation de l’occupation et de la colonisation illégales du nord de Chypre, alors que deux États de l’Union sont en cause ? Pourquoi Merkel n’exige-t-elle pas aujourd’hui de la Turquie qu’elle accepte cet arbitrage ? Pourquoi Merkel tente-t-elle d’obtenir une négociation bilatérale entre un pays de moins de 11 millions d’habitants et un pays de plus de 80 millions dont les responsables ne cessent de menacer et d’imposer leur volonté par la force, contre le droit, alors que cette négociation bilatérale est, depuis 1975, l’exigence… d’Ankara ?

Il faut donc cesser de se voiler la face. L’Allemagne bloque les sanctions contre la Turquie qui pourraient contribuer à ramener le calme et contraindre le tyran turc à revenir à un peu de raison. Elle n’est pas un arbitre ; elle est l’allié objectif du régime islamo-impérialiste turc.

À cause de ses 2,5 milliards d’excédent commercial ? Ou des 3 millions de Turcs d’Allemagne, dont certains sont électeurs dans les deux pays, alors que, comme en France, en Belgique, aux Pays-Bas ou en Autriche, les politiciens locaux ont favorisé le contrôle de cette communauté par l’AKP d’Erdogan et son allié le MHP – émanation politique des Loups gris – en échange de services électoraux.

FP : L’UE sera-t-elle un jour capable de parler d’une seule voix ? N’est-ce pas un nouvel exemple que les intérêts stratégiques des différents pays de l’UE divergent inexorablement ? A cette aune, que dire du « couple » franco-allemand ?

OD : Quelle voix ? L’UE n’est pas et ne peut pas être une addition de volontés ; elle n’est et ne sera jamais qu’une soustraction d’objections. Ce mantra de nos « élites » – « on est plus forts à plusieurs » – est grotesque. Les États n’ont ni le même passé, ni les mêmes intérêts, ni la même vision du monde, ni les mêmes moyens d’action. Par quel miracle voudrait-on que cela fasse une volonté d’agir ?

Toute décision au sein de l’UE n’est jamais que le plus petit dénominateur commun entre 27 positions divergentes ; avec un plus petit dénominateur commun, on ne fait pas l’histoire, on regarde passer les trains !

Quant au couple franco-allemand, c’est une autre fantasmagorie des mêmes « élites » ! L’ancien directeur des Études et recherches de l’Institut Charles de Gaulle que je suis vous dira que sitôt que le Bundestag ratifia le traité de l’Élysée (1963) en y ajoutant un préambule unilatéral le vidant de tout contenu politique, tandis que la CDU congédiait le chancelier Adenauer, qui l’avait signé, au profit du francophobe Ehrard, le général de Gaulle n’a plus eu la moindre illusion sur une entente politique avec l’Allemagne ! Pour la suite, mon amie Coralie Delaume l’a parfaitement analysée dans son magistral Le Couple franco-allemand n’existe pas (Michalon, 2018).

Et à l’égard de la situation actuelle, je fais l’hypothèse que le président Macron a pensé que son éclatant génie suffirait à faire bouger une Allemagne dont la politique est conditionnée par le rapport pathologique à la monnaie qu’elle a hérité de l’histoire. Mais le sommet des marchands de tapis sur les conséquences économiques de la crise sanitaire l’a sans doute ulcéré. Car tout en affichant son soutien à Macron, Merkel n’a cessé de pousser ceux qui lui étaient opposés et a promu un compromis typiquement européen, c’est-à-dire insignifiant au regard des nécessités du moment et impraticable dans les faits parce que l’usine à gaz qui en résulte ne fonctionnera pas.

Aussi le soutien salutaire – et que je salue ! en espérant que des actes suivront les paroles – de Macron à la Grèce me semble-t-il en partie motivé (outre les intérêts de Total dans le gisement de gaz découvert entre Chypre, le Liban, Israël et l’Égypte, dont les prétentions turques menacent l’acheminement vers l’Europe occidentale) par le désir de prendre sa revanche sur cette humiliation que lui infligée la chancelière, en faisant usage du seul atout, avec le siège permanent au Conseil de sécurité, dont les « élites » françaises n’ont pas encore dépouillé la nation : la force armée. La force armée que l’Allemagne a sacrifiée à ses stupides dogmes budgétaires.

FP : Si l’on ajoute à ce climat les accusations d’islamophobie qu’Erdogan profère à l’encontre de la France en général et de Macron en particulier, sommes-nous face à un choc des civilisations aux portes de l’Europe ?

OD : Le projet d’Erdogan est la diffusion de l’islam radical par tous les moyens. Il a fait tirer dans le dos des Kurdes en lutte contre Daesh qu’il a soutenu en important et revendant son pétrole. Il a recyclé comme supplétifs de son armée les restes d’al Qaida et Daesh et dissémine ces terroristes de la Libye à l’Artsakh. Il finance la réislamisation sur un mode radical des minorités musulmanes des Balkans. Il envoie des prêcheurs radicaux en Autriche, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Belgique, en France. Les consulats turcs en Europe occidentale organisent dès l’enfance l’endoctrinement des communautés émigrées dans la haine des valeurs occidentales. Aujourd’hui, des Turcs descendent dans les rues de France pour appeler au meurtre de nos concitoyens d’origine arménienne et achever le génocide de 1915… dont ils nient l’existence et vandalisent les mémoriaux. Comment voulez-vous appeler ça autrement ?

Nous devrions comprendre que les Arméniens, les Grecs, les Chypriotes victimes de cet islamo-impérialisme turc mènent un combat qui est le nôtre et qu’il est dans notre intérêt de les aider. Alors que l’UE continue à financer ce régime devenu l’un des plus dangereux du monde. Mais Erdogan n’a pas d’ennemi plus résolu que le maréchal Sissi qui a réuni les chefs d’État jordanien et irakien pour élaborer avec eux une position commune hostile à l’impérialisme turc ; Al Azhar, la plus grande autorité intellectuelle sunnite, a condamné la réislamisation de Sainte-Sophie ; et l’Égypte a signé avec la Grèce un accord sur leurs ZEE respectives déniant les exorbitantes prétentions turques. L’Arabie Saoudite est outrée par la prétention turque de prendre la tête du monde sunnite et on y boycotte les produits turcs. Les Émirats arabes unis ont envoyé des avions de chasse en Crète. Il est quand même paradoxal de constater que la Grèce et Chypre ont aujourd’hui bien davantage d’appuis de la part d’Israël, de l’Égypte et des Émirats que de la part de l’Union européenne !

FP : Dans ce contexte, quelle est encore la crédibilité d’une défense collective comme l’OTAN, quand un pays comme la Turquie en fait partie ?

OD : Si Macron a dit un jour une chose juste, c’est que l’OTAN est en état de mort cérébrale. Reste à en tirer les conséquences ! Même lorsqu’une frégate turque accompagnant un navire qui viole l’embargo de l’ONU sur les armes à destination de la Libye « illumine » la frégate française Courbet chargée de veiller au respect de cet embargo, l’OTAN apparaît aussi paralysée devant la Turquie que l’UE !

Pour autant, la relation turco-américaine, longtemps si étroite, ne cesse de se dégrader. La Turquie a été exclue du programme d’avions F-35 en raison de l’achat de systèmes d’armes russes, et les activités de la base OTAN d’Incirlik, autrefois essentielle au dispositif américain dans la région, continuent de se réduire, tandis que la présence américaine ne cesse de se renforcer sur la base de Souda en Crète ainsi que, au nord de la Grèce, à Alexandroupoli près de la frontière turque.

Les responsables américains se sont succédé à Athènes ces dernières semaines, affirmant l’excellence des relations gréco-américaines et le rôle essentiel de la Grèce pour la stabilité régionale. Les exercices militaires conjoints se multiplient et le Département d’État a plusieurs fois réaffirmé son soutien à la position de la Grèce comme la responsabilité de la Turquie dans les tensions actuelles. Des sénateurs influents, démocrates ou républicains, demandent désormais des sanctions contre la Turquie et l’on voit mal comment Washington pourrait être étranger à la chute de la livre turque.

Une victoire de Biden à la présidentielle changerait-elle quelque chose ? Un think tank proche des démocrates recommandait récemment de durcir significativement la position américaine à l’égard de la Turquie et d’évacuer au plus vite les armes nucléaires entreposées à Incirlik.

Source https://frontpopulaire.fr/o/Content/co294612/olivier-delorme-l-allemagne-est-l-allie-objectif-du-regime-islamo-imperiali?fbclid=IwAR2zPOLTs6Xy9XfjKs3f7qGOSeruO5P0y-1leLtwSW-RDphruDMmbIT5TZo

SOS MEDITERRANEE Regards sur la Méditerranée centrale

Traversées mortelles, la liste des naufrages en Méditerranée centrale s’allonge sans que les sauveteurs puissent intervenir

Les naufrages se succèdent. En cet automne, la terrifiante liste des morts et des disparus en Méditerranée, dans l’Atlantique et dans la Manche s’allonge, avec la mort confirmée de 4 personnes dont 2 enfants cette semaine.  

Cette publication de SOS MEDITERRANEE a pour but de faire le point sur les évènements qui se sont déroulés en Méditerranée centrale au cours des deux dernières semaines. Il ne s’agit pas de livrer une revue exhaustive des faits, mais plutôt de fournir des informations sur l’actualité de la recherche et du sauvetage dans la zone où nous opérons depuis 2016, sur la base de rapports publiés par différentes ONG et organisations internationales ainsi que par la presse internationale.

Semaine meurtrière en Méditerranée centrale : près de 40 personnes présumées mortes suite à 4 incidents différents au large de la Libye et de l’Italie

Les annonces tragiques de naufrages successifs ne font plus la une des journaux. Pourtant, ces deux dernières semaines, au moins 36 personnes sont disparues lors de 4 naufrages au large de la Libye et de l’Italie, alors que les navires d’ONG de recherche et de sauvetage (SAR) disponibles ne peuvent prendre la mer, la plupart étant empêchés de sauver des vies.

Dimanche 18 octobre, six personnes ont été secourues d’un bateau à la dérive par les garde-côtes italiens, après avoir passé près de dix jours en mer, sans nourriture ni eau. Selon les témoignages livrés par les rescapés aux garde-côtes italiens,  cinq personnes sont décédées au cours de leur tentative désespérée de traversée.  Leur bateau avait quitté l’Algérie en même temps que deux autres embarcations qui sont arrivées en Sardaigne.

La semaine dernière a commencé par l’annonce d’un naufrage au large de la Libye. Un autre était signalé jeudi, suivi d’un troisième dimanche. En une semaine, 31 personnes ont disparu ou sont présumées mortes, parmi lesquelles au moins deux enfants.

  • Lundi 19, l’OIM a fait état d’un naufrage au large des côtes de Sabratha, en Libye. Au moins 15 personnes sont portées disparues, et cinq rescapés ont été ramenés à terre par des pêcheurs.
  • Jeudi 22, un bateau a chaviré au large de Lampedusa, en Italie. Quinze survivants ont été secourus par des pêcheurs et ramenés à terre. Cinq personnes sont toujours portées disparues.
  • Dimanche 25 octobre, Safa Msehli, porte-parole de l’OIM, a annoncé qu’au minimum onze personnes s’étaient noyées après le naufrage de leur bateau, selon le témoignage de dix rescapés, secourus par des pêcheurs et la sécurité côtière.

Les départs se sont poursuivis au cours de ces deux dernières semaines en Méditerranée centrale – démontrant, une fois de plus, l’absence de corrélation entre la présence de bateaux d’ONG et le nombre de personnes tentant la traversée. Entre le 12 et le 25 octobre, selon l’UNHCR, près de 1 000 personnes sont arrivées en Italie par la mer. Pour la seule journée du 20 octobre, sept bateaux transportant un total de 253 personnes ont accosté à Lampedusa. 116 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées en Libye, comme le rapportent les Actualités Maritimes de l’OIM Libye.

A ce jour, au moins 506 personnes ont trouvé la mort cette année en Méditerranée centrale. Dans un  communiqué de presse daté du 23 octobre, l’Organisation Internationale des Migrations (OIM) exprime ses craintes que « en raison du manque de structures dédiées à la recherche et au sauvetage et d’opérations de surveillance, le nombre de décès ne soit beaucoup plus élevé, et que ‘des naufrages invisibles’ continuent à se produire à l’abri des regards de la communauté internationale ».

Autre question importante soulevée par l’OIM, la situation qui se détériore en Libye pour les citoyens Libyens eux-mêmes : « plus de 430 Libyens ont tenté la traversée vers l’Italie cette année, contre 240 au cours de la même période l’an dernier ».

Le point sur les équipements des ONG SAR : un septième navire bloqué par l’administration ; le Moonbird de nouveau autorisé à voler

Le Louise Michel, bateau de sauvetage financé par l’artiste de rue Banksy, a annoncé le 22 octobre qu’il était dans l’incapacité de prendre la mer, en raison d’un blocage administratif. C’est le septième navire d’ONG SAR empêché de sauver des vies ou bloqué en Méditerranée centrale depuis le 5 mai (voir les deux dernières éditions de nos « Regards sur la Méditerranée centrale »).

Après presque deux mois d’immobilisation, le Moonbird, l’un des avions de reconnaissance de Sea Watch, a été autorisé à voler de nouveau. Le 23 octobre, Sea Watch et son partenaire médical Médecins Sans Frontières (MSF) ont annoncé qu’ils avaient saisi la justice concernant la rétention de leur navire , le Sea Watch 4, et  formé un  recours  auprès du tribunal administratif de Palerme.

En Libye 

A Genève, vendredi 23 octobre, les deux parties du conflit libyen ont signé un accord permanent de cessez-le-feu dans tout le pays. En tant que représentante spéciale du  secrétaire  général de l’ONU en Libye,  Stéphanie Williams  a exhorté toutes les parties concernées à se mettre le plus rapidement possible au travail pour appliquer les engagements de l’accord, afin d’alléger les souffrances de la population libyenne.

Mi-octobre, le commandant principal des garde-côtes libyens, connu sous le nom de Bija, a été arrêté pour trafic d’êtres humains par le gouvernement libyen soutenu par l’ONU. Selon  un rapport de sécurité des Nations Unies publié en juin 2017, Bija était un facilitateur pour la traite d’êtres humains et faisait partie d’un réseau criminel opérant à Zawiyah, en Libye.

Citant des sources proches de l’OIM et de l’UNHCR, l’ANSA indique que près de 3 200 personnes sont détenues   dans onze centres de détention administrés par la Direction de lutte contre la migration illégale (DCIM) en Libye.

Gros plan sur la crise humanitaire touchant l’océan Atlantique : l’un des axes maritimes migratoires les plus meurtriers et de plus en plus fréquentés

Ces deux dernières semaines, la route périlleuse de l’océan Atlantique entre l’Afrique de l’Ouest et les îles Canaries a elle aussi connu des naufrages tragiques et des décès. Vendredi 23 octobre, un nombre indéterminé de personnes venant du Sénégal sont mortes dans le naufrage de leur bateau, dont le moteur a explosé au large de la ville sénégalaise de Mbour.  Selon le témoignage des rescapés, près de 200 personnes se trouvaient à bord. 51 ont été secourues par l’armée sénégalaise, et un nombre indéterminé sauvées par des pêcheurs.

En une seule semaine, du 14 au 21 octobre, plus de 2 600 personnes sont arrivées aux Canaries en bateau, soit autant que toute l’année 2019. L’axe migratoire de l’océan Atlantique est considéré comme l’un des plus meurtriers : une personne sur deux trouve la mort avant d’atteindre les iles espagnoles des Canaries, selon l’OIM citée dans cet article de RFI.

Hara Kaminara / SOS MEDITERRANEE

Source https://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/regards-sur-la-mediterranee-centrale-28-octobre

Grèce-Turquie : mise en garde Européenne pour Ankara…

At summit, EU leaders talk tough on Turkey
The accord on Turkey came shortly before 1 a.m. | Johanna Geron/AFP via Getty Images

Le Conseil européen met en garde Ankara contre des sanctions, impose des pénalités au Belarus.

Par David M. Herszenhorn, Jacopo Barigazzi et Rym Momtaz

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Les dirigeants européens sont parvenus à un accord *sur la manière de s’attaquer à la Turquie, en convenant tôt vendredi d’avertir tacitement Ankara de sanctions si elle ne parvient pas à résoudre ses différends de longue date avec la Grèce et Chypre, notamment en ce qui concerne les forages énergétiques en Méditerranée.

Mais les dirigeants ont également fait miroiter quelques prunes alléchantes si la Turquie parvenait à apaiser les tensions avec ses voisins de l’UE, notamment en renforçant les liens commerciaux dans le cadre d’une union douanière modernisée et en approfondissant la coopération sur les questions de migration et de réfugiés.

Les dirigeants ont également adopté un langage délibérément ambigu sur les « contacts interpersonnels » qu’Ankara peut interpréter comme un assouplissement potentiel des exigences de visa pour les voyageurs turcs vers l’UE. Certains fonctionnaires de l’UE ont toutefois déclaré qu’une telle analyse serait trop optimiste. Et les diplomates de l’UE se sont vus forcés de réagir négativement à certaines formulations du texte.

La menace de sanctions n’a pas manqué. « En cas de nouvelles actions unilatérales ou de provocations en violation du droit international, l’UE utilisera tous les instruments et les options à sa disposition », ont averti les dirigeants dans leurs conclusions, en citant également les dispositions du traité de l’UE relatives aux sanctions.

« Nous souhaitons vivement avoir une voix plus forte sur la scène internationale », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, lors d’une conférence de presse. « Nous sommes prêts à nous engager dans un programme plus positif avec la Turquie, à condition qu’elle s’engage également dans une direction plus positive avec nous, et mette fin à ces actions unilatérales, qui vont à l’encontre du droit international ».

L’UE s’est fermement rangée du côté de la Grèce et de Chypre dans la lutte pour le forage, mais Bruxelles a également essayé de gérer toute une série d’autres tensions avec la Turquie.

L’accord sur la Turquie est intervenu peu avant 1 heure du matin vendredi, après la première journée d’un sommet des dirigeants européens consacré presque entièrement aux affaires étrangères.

L’accord s’est avéré suffisant pour que Chypre cesse de bloquer l’imposition de sanctions dans un autre point chaud de la politique étrangère, le Belarus, en raison de son élection présidentielle contestée – largement condamnée comme frauduleuse – et de la répression violente des manifestants.

*La Grèce et Chypre ont rejeté deux avant-projets de conclusions, estimant qu’ils étaient «trop souples» vis-à-vis de la Turquie, et il a fallu une réunion entre lePremier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, le Président chypriote Nikos Anastasiades, le président duConseil européen, Charles Michel, la chancelière allemande Angela Merkel et le Président françaisEmmanuel Macron, avant de pouvoir finalement aboutir à un texte de compromis.

La vente des rafales français à la Grèce

Ventes de Rafale : une triple saloperie

Rédaction l’Anticapitaliste hebdo

Samedi 12 septembre, Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre grec, a annoncé son intention d’acquérir 18 Rafale français pour équiper son armée de l’air. Il a aussi affiché sa volonté de commander quatre frégates : une commande pour laquelle Naval Group (ex-arsenaux de la marine dans lesquels l’État français est toujours majoritaire) est sur les rangs.
Cette vente est une triple saloperie.

Tout d’abord, elle intervient alors que la tension monte en Méditerranée entre la Grèce et la Turquie. Des deux côtés, les nationalismes se déchaînent et sont utilisés par les gouvernements face aux problèmes économiques et sociaux comme le dénoncent les anticapitalistes grecs et turcs, contrairement à la direction de Syriza et au PC. Certes, il n’est pas question de nier la responsabilité immédiate du régime turc mais alors qu’il serait urgent de calmer le jeu, Macron a choisi de s’engager totalement du côté de la Grèce pour vendre des armes et sans doute préserver les intérêts de Total dans la délimitation des eaux territoriales en Méditerranée (sous lesquelles se trouvent des gisements importants d’hydrocarbures). Macron se situe bien dans la continuité de Chirac qui, lors de la guerre Iran-Irak (1980-1988), choisit d’armer le régime irakien agresseur de Saddam Hussein (le bilan fut d’un million de morts).

Cette livraison est une deuxième saloperie. Pendant des années et encore aujourd’hui, les dirigeants de l’Union européenne (UE) avec le soutien de la France ont imposé à la Grèce une politique de baisse des salaires et des retraites, de privatisation et de réduction de toutes les dépenses sociales et de service public. Pendant ce temps, la part des dépenses militaires grecques dans la richesse nationale s’est maintenue à un des niveaux les plus élevés parmi les pays de l’Otan. Et aujourd’hui, Macron pousse les Grecs à la dépense militaire alors que les autres crédits budgétaires demeurent sous la surveillance de l’UE.

Enfin, la troisième saloperie : depuis des années, les grands pays de l’UE laissent la Grèce gérer les migrantsE qui, du fait de sa position géographique, arrivent dans le pays. La situation dans les camps de réfugiéEs est devenue inhumaine. Que les Grecs se débrouillent avec quelques crédits et policiers européens ! Par contre, dans le conflit actuel, Macron envoie des navires militaires français en Méditerranée orientale et se positionne pour des juteuses affaires ! L’achat grec arrive en effet à point nommé pour les profits de Dassault (qui se préparait à faire un chantage à l’emploi pour l’usine de Mérignac et les sous-traitants). Le « monde d’après » demeure celui des marchands de canon et pas la moindre reconversion ne se dessine pour préserver l’emploi et engager les usines vers des productions réellement utiles.

https://npa2009.org/actualite/international/ventes-de-rafale-une-triple-saloperie-0

L’incendie de Moria sur l’île de Lesbos

L’incendie de Moria ou la condamnation des politiques gouvernementales face aux migrations et au droit d’asile
Après l’incendie, les réfugiés au bord des routes

Le mercredi 9 septembre au petit matin, le plus grand camp de réfugié·e·s de Grèce, Morio, sur l’île de Lesbos, a été ravagé par un incendie. Ce n’était pas le premier incendie qui s’est déclenché dans ce camp surpeuplé. Deux incendies avaient déjà eu lieu depuis le début de l’année 2020 et aussi bien le délabrement d’un système électrique minimaliste que les conditions de survie en étaient la cause. Le gouvernement grec s’est aventuré à affirmer que l’incendie avait été provoqué par une rébellion de réfugiés qui voulaient échapper à un vaste contrôle sanitaire lié à l’expansion récente de la pandémie du Covid-19. L’hypocrisie de ce discours voisine l’extrême car depuis des années les conditions sanitaires horrifiantes et les maladies diverses ravagent ce camp dans lequel des réfugiés, en grande partie syriens et afghans, avec leurs familles, sont enfermés. En effet, les procédures de reconnaissance du droit d’asile n’aboutissent quasiment jamais. La destruction d’une grande partie des dossiers lors de l’incendie risque d’accentuer encore plus l’arbitraire et le désespoir de milliers de réfugiés qui sont dispersés sur les routes de Lesbos, sans aucune ressource.

Avec la même duplicité, des pays de l’Union européenne se sont mis d’accord pour «accueillir» 400 mineurs non accompagnés: 100 à 150 pour la France et pour l’Allemagne. Et l’Helvétie s’est réveillée et a assuré l’envoi d’une aide humanitaire, au moment où les ONG présentes à Lesbos font face à la plus grande difficulté d’apporter leur aide concrète, suite aux barrages de la police et aux réactions locales de l’extrême droite, dans un contexte marqué par l’exacerbation d’une population qui est à sa façon délaissée depuis des années.

Cet incendie impose encore une fois l’urgence d’un large débat public sur une des dimensions de la crise civilisationnelle qui tend à être refoulée, parfois par dépit. Or, cette dimension est étroitement intriquée à la permanence de guerres, aux diverses facettes de la crise climatique et à la fonction d’une armée de réserve mondialisée de travailleurs et travailleuses.

La rédaction d’Alencontre reproduit ci-dessous les termes de l’intervention de François Gemenne, chercheur à l’Université de Liège, enseignant à Sciences-Po et membre du GIEC, faite ce vendredi 11 septembre sur France Culture. François Gemenne est l’auteur de On a tous un ami noir: Pour en finir avec les polémiques stériles sur les migrations, qui paraîtra aux Ed. Fayard le 30 septembre. Cet ouvrage développe des thèmes exposés dans de nombreux articles antérieurs et esquissés dans cette transcription de son intervention, avec les raccourcis propres à un exercice oral soumis aux contraintes de temps. Prendre connaissance des thèmes développés par François Gemenne devrait encourager nos lectrices et lecteurs à s’approprier le contenu de son ouvrage. (Rédaction A l’Encontre) 

***

«Ce qui s’est passé à Lesbos, dans le camp de Moria, est le résultat inévitable de cinq ans et même davantage d’inaction complète en matière d’asile et d’immigration de la part de l’Union européenne. Un drame devait forcément arriver dans des camps laissés quasiment à l’abandon, surpeuplés, où les gens se trouvent dans des conditions sanitaires indignes. Il faut rappeler qu’il y avait à Moria près de 13’000 personnes, soit quatre fois la capacité «d’accueil» du camp [en mars 2020, quelque 22’000 personnes y étaient concentrées; les personnes pouvaient attendre durant des heures chaque jour pour obtenir une barquette d’alimentation; des dizaines et parfois des centaines se partageaient toilettes et douches]. C’est une situation que les autorités grecques et européennes laissent pourrir depuis des années et des années.

Face à une telle situation, il y a un impératif humanitaire qui consiste à reloger ces personnes potentiellement au sein des pays de l’UE, à commencer par les enfants. Or, il y a toute une série d’initiatives qui sont prises à l’échelle locale ou régionale (par exemple certains Länder en Allemagne) qui affirment qu’elles disposent des moyens pour mettre en place un accueil, dans l’immédiat des enfants. A moyen terme, il faut d’urgence avoir une vraie politique européenne en matière d’immigration et d’asile pour éviter précisément que les gens soient parqués dans des camps aux frontières de l’Europe parce que l’on ne veut ni les voir, ni les accueillir. Cela fait aussi peser un poids déraisonnable sur ces îles, qui sont des portes d’entrée de l’UE, que ce soit le cas de Lesbos, de Lampedusa, de Malte, pour donner quelques exemples. Ce sont des situations qui ne sont pas tenables dans un continent qui veut être à la hauteur de son projet politique proclamé.

Je dirai que c’est une situation relativement similaire, à Lesbos, à celle que l’on a connue en France avec la «jungle» de Calais. On préfère fermer les yeux sur ce qui s’y passe plutôt que de prendre le problème à bras-le-corps. Il y a des gouvernements tétanisés qui craignent aujourd’hui d’offrir un accueil digne à ces gens. Cela paraît surréaliste d’affirmer qu’il y a des gouvernements qui se refusent à offrir un accueil digne car ils sont contaminés par les thèses et le vocabulaire de l’extrême droite notamment autour du prétendu appel d’air. Ils s’imaginent que s’ils fournissent un accueil digne, cela attirerait davantage de migrant·e·s. Mais c’est méconnaître profondément la réalité des migrations que d’imaginer que des gens vont risquer leur vie et «donner» des milliers d’euros à des passeurs, tout cela pour prendre une douche dans de bonnes conditions, pour avoir accès à des toilettes qui ne soient pas surpeuplées, tout cela pour pouvoir vivre décemment.

Existe encore la théorie très prégnante chez les gouvernements et dans l’esprit des gens que les frontières sont la variable d’ajustement des flux migratoires mondiaux. En gros, si vous ouvrez les frontières, tout le monde va venir. A l’inverse, si vous les fermez, vous allez empêcher les migrations. Mais en réalité cela ne marche pas de cette façon. Les gens ne vont pas décider de partir parce qu’au loin une frontière s’est ouverte. Et jamais les gens ne vont rester dans leur pays parce qu’au loin une frontière est fermée. On le voit bien en Europe. Les frontières extérieures sont hermétiquement fermées. C’est le seul point d’accord entre les gouvernements européens et pourtant les gens arrivent quand même. Jamais une frontière fermée ne va empêcher un migrant de passer. Le seul effet des frontières fermées est de rendre les migrations plus dangereuses, plus coûteuses et malheureusement plus meurtrières, avec déjà quelque 600 morts en Méditerranée depuis le début de l’année.

La lutte contre les passeurs semble être la priorité absolue de tous les gouvernements européens. Mais le paradoxe est que lorsque l’on ferme les frontières, on se rend complice des passeurs. Ce qui va faire prospérer le business des passeurs c’est le fait que les frontières sont fermées avec des gens qui ont absolument besoin de les franchir. Ils se trouvent donc à la merci des passeurs, qui peuvent faire monter les prix jusqu’à plusieurs milliers d’euros. Et désormais ce sont, de facto, les passeurs qui décident de la politique migratoire des pays de l’UE. Ce sont eux qui décident qui arrive où et quand, et dans quelles conditions. En quelque sorte, la politique de fermeture des frontières est en réalité la meilleure chose qui puisse arriver au business des passeurs, business qui est devenu aujourd’hui le troisième trafic illégal rentable au monde, après le trafic d’armes et de drogue. Il a cette particularité cynique qui le rend si attirant : quand vous perdez la «marchandise» – contrairement aux armes et à la drogue –, il n’y a personne qui viendra vous la réclamer. Les gouvernements sont dès lors complices de ces passeurs.

Il y a au sein de l’UE, et au sein des gouvernements, un refus absolu de regarder les choses «pragmatiquement» et rationnellement. Ils vont préférer mener des politiques absurdes et meurtrières au nom de considérations idéologiques de peur de faire progresser l’extrême droite, de peur d’attiser certaines tensions politiques, de faire peur à l’électorat, sans que cela freine l’extrême droite, la droite extrême, y compris sous sa forme gouvernementale. Cela les conduit à rester sans cesse dans ce narratif de crise. Toutes les images de l’immigration qui sont renvoyées par les médias sont toujours des images de crises. Or, ces crises ne peuvent profiter qu’aux extrêmes qui vont chercher à imposer ce narratif dans le débat public en espérant en retirer des dividendes électoraux. Dans l’ouvrage qui va être publié, j’essaie de proposer des solutions qui rompent avec ce narratif de crise.

L’Etat français a pris la décision d’interdire la distribution de repas aux migrant·e·s dans la région de Calais. Cela fait des mois, sinon des années que l’Etat essaie de mettre des bâtons dans les roues des associations et des volontaires qui essaient vaille que vaille Calais d’aider les migrants. L’Etat non seulement refuse de fournir à ces migrants des conditions de vie décentes – des sanitaires, des repas – mais en plus il tente d’empêcher ceux qui essaient, malgré tout, de fournir une aide alimentaire à ces migrants de le faire. Calais, comme Moria, renvoie à une situation qu’on laisse pourrir. Et au même titre où Moria existe parce que Lesbos se trouve à quelques kilomètres de la côte turque, Calais existera toujours en tant que point de départ des migrants car se situant à 35 km des côtes anglaises. Emmanuel Macron fait des projets de loi sur le «séparatisme», alors que le véritable séparatisme est dans le fait de refuser que les gens à Calais ou à Moria font aussi partie de notre société.

Dès lors, quand on doit tirer le bilan de la politique européenne, il est nul. Rien n’a bougé, ni les relocalisations de migrants, ni les questions de port de débarquement [comme l’illustrent les tragédies des bateaux de sauvetage de diverses ONG, ce qui revient à nier complètement le droit concernant la sauvegarde la vie humaine en mer], ni la réforme des conventions de Dublin [Dublin III date de 2013, la Suisse y adhère: le règlement délègue la responsabilité de l’examen de la demande d’asile d’un réfugié au premier pays dans lequel il est arrivé, ce qui implique son renvoi dans le pays d’entrée s’il dépose sa demande ailleurs; le réfugié est «dubliné»]. Tout cela est au point mort. La Commission européenne doit présenter à la fin du mois de septembre un nouveau pacte en matière d’asile et d’immigration. Cette proposition risque bien d’être refusée par les gouvernements. Souvent, certains ont tendance à blâmer l’UE pour ce qui arrive, mais il faut rappeler que ce sont les gouvernements qui s’opposent en premier lieu aux propositions assez constructives de l’UE. Pour exemple, on peut prendre le plan de relocalisation qui avait été proposé à la fin de l’année 2015. Il y a un accord sur l’impasse des conventions de Dublin, mais s’affirme le paradoxe suivant: personne n’est d’accord sur la mise en place d’un système alternatif. Car tout le monde tente d’accueillir le moins possible de migrants, de réfugiés, de demandeurs d’asile.

Par ailleurs, les propositions d’externalisation de l’asile sont catastrophiques. L’UE et les gouvernements confient de plus en plus à des pays tiers et à des régimes plus que douteux le soin de mener à leur place les politiques d’asile [et y compris de collaborer à la répression des réfugiés, comme le concrétisent, par exemple, les relations entre le gouvernement italien et le pouvoir en Libye].

La crise humanitaire s’exprime aussi dans la modification des routes de l’émigration. Au fur et à mesure où des frontières se ferment de manière policière et militaire, les routes migratoires se modifient. Les passeurs et les migrants vont en créer de nouvelles, en réactiver d’anciennes. Ces routes sont souvent plus longues et plus dangereuses. Et les flux d’arrivées changent. Ainsi l’Espagne actuellement est la première porte d’entrée en Europe, après la Grèce, après l’Italie. Une constante s’affirme: ce sont toujours les pays du sud de l’Europe qui constituent les principales portes d’entrée et cela renvoie au problème du contenu des conventions de Dublin. Cela nourrit les courants de droite extrême et d’extrême droite dans ces pays.

Le débat sur l’accueil et sur l’intégration est d’ailleurs confisqué – par rapport à des réactions d’accueil de la part de secteurs de la société qui existent effectivement – par les gouvernements où les voix d’autorités locales, de communes, de regroupements de personnes ne sont pas entendues. Mon expérience me montre qu’il existe une disponibilité d’accueil qui est bien plus grande que celle que nous décrivent à longueur de journée les responsables politiques qui défilent au micro des radios et des télévisions.»

Source http://alencontre.org/europe/lincendie-de-moria-ou-la-condamnation-des-politiques-gouvernementales-face-aux-migrations-et-au-droit-dasile.html

SOS Méditerranée : soulagé mais en colère

180 rescapés débarqués cette nuit après 11 jours d’attente insupportable

Les 180 rescapés qui se trouvaient à bord de l’Ocean Viking ont enfin pu débarquer la nuit dernière à Porto Empedocle, en Sicile, après 11 jours d’une attente inutile qui a mis des vies en danger. Ils se trouvent désormais en quarantaine à bord du Moby Zazà, un ferry affrété par les autorités italiennes. Retour sur ces événements et sur 11 jours d’attente insupportable.

Quatre sauvetages, aucune réponse positive pour un port sûr

  • 22 juin – l’Ocean Viking quitte Marseille après une préparation rigoureuse pour opérer en temps de COVID-19 avec une nouvelle équipe médicale à bord.
  • 25 juin – Deux embarcations en détresse avec respectivement 51 et 67 personnes à leur bord sont secourues par les équipes de SOS MEDITERRANEE dans les eaux internationales en zones de recherche et de sauvetage maltaise et italienne.
  • 26 juin – Une première demande d’assignation d’un port de débarquement « sans délai » – comme le prévoit le droit maritime international – est adressée aux autorités maritimes compétentes. Il y aura sept demandes au total par la suite et seules deux réponses, négatives, seront reçues par nos équipes.
  • 27 juin – Pendant ce temps, les départs de Libye continuent. L’Ocean Viking est alerté d’une embarcation en détresse et la cherche durant 12 heures. L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) annoncera finalement que les garde-côtes libyens l’ont interceptée : 93 personnes ont été ramenées de force en Libye, dont une femme ayant accouché à bord du canot. Six personnes auraient perdu la vie.
  • 29 juin – La tension monte à bord. Certains rescapés menacent de se jeter à l’eau . Un rescapé – mis en isolement depuis son sauvetage en raison d’une forte fièvre – est évacué par voie maritime vers l’Italie car son état de santé se dégrade. Les analyses faites en Italie indiqueront un résultat négatif au test COVID-19.
  • 30 juin – L’Ocean Viking porte secours à deux autres embarcations en péril, portant à 180 le nombre de rescapés à son bord. La première, un bateau en bois où prennent place 47 personnes particulièrement déshydratées et affaiblies, dérive depuis environ cinq jours sous un soleil de plomb. Puis dans la nuit, 16 personnes perdues en mer depuis trois jours sont secourues d’une minuscule barque en fibre de verre.

L’anxiété et le désespoir gagnent le navire

  • 1er juillet – Pour la cinquième fois depuis le 25 juin, nos équipes à bord de l’Ocean Viking sollicitent un lieu sûr de débarquement. Selon le droit maritime, un sauvetage prend fin lorsque les rescapés débarquent en lieu sûr. Certains patientent sur le navire depuis déjà sept jours.
  • 2 juillet – Deux rescapés désespérés sautent par-dessus bord. Les marins-sauveteurs les ramènent sains et saufs. Cinq autres rescapés évoquent des intentions de suicide. « Non seulement le manque de capacité de recherche et de sauvetage pour sauver des vies en mer est toujours criant, mais l’Union européenne ne parvient pas à assurer la sécurité des quelques personnes qui ont été secourues par un navire humanitaire qui tente de combler le vide en matière de recherche et de sauvetage. » déclare Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE dans une déclaration publiée le matin même.
  • 3 juillet – A bord, la situation se dégrade rapidement. Un homme passe à l’acte en tentant de se pendre. Deux rescapés entament une grève de la faim. Des bagarres, une agitation anormale et des menaces sont signalées. La sécurité des rescapés et de l’équipage n’étant plus garantie, l’Ocean Viking décrète l’état d’urgence à bord.  L’évacuation médicale immédiate de 44 rescapés en état de détresse psychologique aiguë est demandée. SOS MEDITERRANEE publie une nouvelle déclaration.
  • 4 juillet – Les autorités maritimes italiennes dépêchent une équipe médicale constituée d’un psychiatre et d’un médiateur culturel pour évaluer la situation à bord. Ils concluent à un important « inconfort psychologique et à une situation quasi incontrôlable » à bord mais aucune solution de débarquement n’est proposée. « Y’a-t-il quelqu’un en Europe qui entend notre appel et le prend au sérieux ? […] Faut-il attendre que quelqu’un meure pour être autorisé à débarquer ?” questionne Frédéric Penard dans une nouvelle déclaration.
  • 5 juillet – A la demande des autorités maritimes italiennes, huit membres du personnel  médical italien se rendent à bord pour mener un dépistage de la COVID-19 auprès des rescapés. Ils s’entretiennent aussi avec l’équipe médicale de SOS MEDITERRANEE qui leur explique avoir contrôlé la température des occupants du navire et leur taux d’oxygénation dans le sang deux fois par jour en plus des protocoles Covid mis en place à bord.  En parallèle, l’Ocean Viking reçoit enfin instruction de la part des autorités italiennes de se rendre à Porto Empedocle, en Sicile, après sept demandes pour un port sûr « sans délai ». A bord, le soulagement est manifeste.
  • 6 juillet – Alors ancré à l’extérieur du port de la petite ville sicilienne dans l’attente de directives précises, l’Ocean Viking reçoit instruction de la capitainerie de Porto Empedocle d’accoster et de s’amarrer à côté du Moby Zazà, le ferry de Moby lines affrété par l’Italie pour isoler les personnes secourues durant plusieurs jours dans le cadre des mesures de prévention de la COVID-19. Vers 23h40, le premier rescapé pose le pied sur le sol italien et est escorté vers le Moby Zazà.
  • 7 juillet. Vers 3h15 du matin, soit trois heures et demie après le début du débarquement, les 180 rescapés de l’Ocean Viking sont tous à bord du Moby Zazà et, selon la presse italienne, entament leur isolement préventif qui devrait durer 14 jours. Les médias italiens ont cependant annoncé que les résultats des tests Covid-19 réalisés par une équipe médicale à bord de l’Ocean Viking se sont avérés négatifs. L’Ocean Viking n’a reçu aucune information de la part des autorités à ce sujet, mais a reçu l’instruction de commencer une quarantaine pour l’équipage à bord. Les équipes de l’Ocean Viking devront à nouveau attendre au moins 14 jours au mouillage au large de Porto Empedocle avant de repartir sauver des vies en mer Méditerranée.

Le retard inutile de ce débarquement a mis des vies en danger. Au cours des derniers jours, l’Union européenne a gardé le silence : aucune initiative visant à relancer l’accord de Malte pour la relocalisation des rescapés n’a été annoncée. Il n’y a eu aucun signe de solidarité avec les États côtiers de la part des autres États membres. Une fois de plus, l’Union Européenne ne s’est pas montrée à la hauteur de la situation dramatique en Méditerranée et des valeurs d’humanité et de solidarité qui l’ont fondée. Depuis plusieurs années, nous demandons un système de débarquement coordonné, solidaire et pérenne en Méditerranée, car c’est précisément ce type de système qui aurait évité la séquence dramatique que nous venons de traverser.

Crédit photo : Flavio Gasperini / SOS MEDITERRANEE

Source https://www.sosmediterranee.fr/

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