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Archives de catégorie Les réfugiés-migrants Les exilés

Le traitement par l’UE des réfugiés

Intervention d’Omar Slaouti, militant antiraciste, lors d’une rencontre le  3 février 2018 à la Cité Internationale des Arts de Paris sur le traitement par l’UE des réfugiés. (Intervention faite à partir de travaux de cartographes, migreurop…sur l’assassinat des réfugiés par l’UE).

Il traite de  » la dépossession des corps », « l’invisibilité » qui se traduit par 2 termes l’injonction à l’assimilation ou l’intégration  » qui cache l’idée qu’on ne peut pas être différent et en même temps égal ».

Il met l’accent sur les images de réfugiés ( sans leur donner la parole) véhiculées par certains médias qui sont là pour provoquer la peur de l’invasion, de l’envahissement.

Il revient sur le terme de  » crise »  » la crise des réfugiés  » est ce qu’on parle de « la crise des actionnaires » la  » crise des banquiers » « la crise des capitalistes » le mot « crise » rend responsables ceux qui sont cités… »on écarte tout le processus temporel qui est à l’origine de mouvements de population ».

Ceux qui migrent ne font pas que franchir des frontières géographiques ils franchisent la frontière symbolique de la dignité. Cette » frontière de la dignité qui sépare un nous : occidental plutôt blanc moderne et civilisé d’un eux : plutôt africain, latino américain, barbare, et loin de notre modernité ».

« Le racisme n’est pas du tout un problème de relation interindividuelle, le racisme est d’abord et seulement un rapport social de domination construit entre celles et ceux qui ont de part leur statut politique qui lui même construit se situe à un certain niveau de la hiérarchie de l’échelle qui a été construite.

Il développe sur les politiques qui affament : une instrumentalisation politique de la famine.

Sur la question des réfugiés : Il relativise le nombre et les pays d’accueil. 83 % des réfugiés à l’échelle mondiale vont se retrouver dans les pays limitrophes du pays qu’ils quittent. Ce sont les pays les plus pauvres ( une dizaine) qui accueillent le plus.

Durée de l’intervention 30mn. Vidéo de 60mn avec les questions de la salle.

Voir l’intervention complète https://www.facebook.com/parolesdhonneurtv/videos/1898631100194282/

Le tribunal permanent des peuples condamne l’UE et la France

Gus Masiah ( Économiste, Ingénieur, spécialiste de l’urbanisme, altermondialiste) était l’invité de Noël Mamere sur le Media ce mardi 6 février 18 .

Dans cet entretien de 16 mn il évoque le rôle mais aussi le poids du Tribunal permanent des peuples qui est un tribunal d’opinion saisi par des mouvements ou des associations . Fondé en 1979 par Lelio Basso

Le dernier en date s’est tenu les 4 et 5 janvier à Paris, au Centre International de Culture Populaire (CICP), pour une session consacrée aux violations des droits humains des personnes migrantes et réfugiées.

Il a rendu un jugement accablant sur l’UE et la France en les condamnant symboliquement de complicité de crime contre l’humanité au sujet du droit des exilés. (le terme d’exilés étant plus approprié que celui de migrants ou réfugiés).

voir l’entretien complet  https://www.lemediatv.fr/video/l-invite-de-noel-gus-massiah-060218-02072018-1137

Lire également sur le même sujet le billet de Benjamin joyeux https://blogs.mediapart.fr/benjamin-joyeux/blog/050118/les-politiques-migratoires-au-tribunal-des-peuples

L’État d’abjection

L’État d’abjection, par Jean-François Bayart, CNRS

Partagé avec l’aimable autorisation de l’auteur

L’État d’abjection

A peine sortis de l’état d’exception, nous nous installons dans l’état d’abjection. La bouche mielleuse, nous parlons de l’impérieux devoir d’asile, mais dans les faits nous traquons les migrants et les réfugiés autour de nos gares, dans les centres d’hébergement, à nos frontières, et jusqu’en mer. En Libye, au Soudan, en Érythrée, nous sommes prêts à signer des accords infâmes avec des régimes infâmes. Nous imposons à nos alliés africains de faire le sale travail de refoulement à notre place. Nous stigmatisons l’immigration clandestine, mais rendons impossible l’immigration légale dont l’Europe a besoin, économiquement et démographiquement, et ce pour le plus grand bénéfice des passeurs contre lesquels nous prétendons lutter, et le plus grand danger des émigrés que nous assurons vouloir défendre de ces derniers. Nous nous alarmons du flot des réfugiés que nos bombardements et nos interventions militaires en Afghanistan, en Irak et en Syrie ont fait grossir. Dans nos villes, nous détruisons de pauvres biens de pauvres hères, nous assoiffons, nous privons d’hygiène et de sommeil, nous condamnons au froid et à l’errance, nous enfermons. Calais est devenu le visage hideux de la République.

De même que l’état d’exception a institué l’État d’exception, par l’inscription dans le domaine de la loi ordinaire de plusieurs de ses dispositions temporaires, l’état d’abjection nous conduira à l’État d’abjection, par acceptation générale de l’inhumanité sur laquelle il repose. Auréolé de son commerce estudiantin avec Paul Ricoeur, le fringant Emmanuel Macron en sera le parfait fondé de pouvoir, dont le ministre de l’Intérieur, hagard et patibulaire, accomplira les basses œuvres. D’ores et déjà, il s’emploie à faire taire le malaise qui sourd dans les rangs de son parti. Un consensus honteux se met en place entre la plupart des formations représentées au Parlement, un consensus dont les mots puent le mensonge et l’hypocrisie. Dans la droite ligne d’un Manuel Valls affirmant qu’expliquer c’est excuser, le président de la République entend « se garder des faux bons sentiments » et enfourche le cheval du populisme en opposant les « intellectuels » au « peuple » : « Quand il y a des désaccords entre le peuple et les intellectuels, c’est qu’il y a beaucoup de confusion chez les intellectuels », a-t-il déclaré à Rome le 11 janvier. A quand les jurys populaires pour recruter ou évaluer les universitaires ?

Or, cette politique est dangereuse en même temps qu’elle est abjecte. Elle met en dissidence un nombre croissant de personnes. Les migrants eux-mêmes, bien sûr, qu’elle accule à une clandestinité publique. Mais aussi les militants associatifs ou les simples citoyens qui leur portent assistance, et que pourchassent les forces de l’ordre ou qu’incriminent les juges pour crimes d’humanité. Les organisations mafieuses d’Europe du Sud ou d’Afrique saharo-sahélienne prospèrent grâce à la rente artificielle que leur procure la prohibition de l’immigration, et elles développent un savoir-faire dans le franchissement illégal des frontières que les djihadistes n’ont pas manqué d’exploiter à leur tour. En Libye, voire dans le Sahel, elles tendent à se militariser, sur le modèle du Mexique, où les cartels tirent parti tout à la fois du convoyage des migrants et du trafic de narcotiques. Le blocage des routes sahariennes désorganise l’économie du nord du Niger, au risque d’y favoriser une reprise de la rébellion touarègue, laquelle se grefferait sur les mouvements djihadistes du Mali. La misère et l’exclusion sociale auxquelles on astreint les réfugiés ou les migrants dans nos villes constituent une menace pour la santé publique en les privant de suivi et de soins médicaux, alors même que ces populations en provenance des zones de guerre d’Irak, de Syrie et de Libye sont potentiellement porteuses de maladies graves et de formes de résistance aux antibiotiques qu’a engendrées leur exposition aux métaux lourds et à toutes sortes de pollution, dans les ruines des villes bombardées – l’une des conséquences des guerres de l’Occident que leurs thuriféraires néoconservateurs préfèrent passer sous silence, mais qui est la hantise des hôpitaux. Pis encore, la République, son administration, sa police, sa classe politique, perd son âme et son honneur.

Face à l’état d’abjection qui tourne au crime contre l’humanité et à la violation systémique des droits de l’Homme, et en attendant la saisine de la Cour pénale internationale, désormais inévitable à terme, le fonctionnaire doit faire valoir son devoir de désobéissance à des ordres anticonstitutionnels de nature à compromettre un intérêt public, et le citoyen son droit à la désobéissance civile. La complicité, même passive, n’est plus de mise. C’est en toute clarté intellectuelle qu’il convient de résister à la confusion morale qui entache notre politique migratoire depuis près de cinquante ans.

 Par Jean-François Bayart

Source http://movida.hypotheses.org/1943

Grèce : Pris au piège

Pour les réfugiés syriens ou irakiens, la Grèce constitue la principale porte d’entrée en Europe. L’accord conclu par l’Union européenne avec la Turquie en mars 2016, qui prévoit le renvoi des migrants sur le sol turc, n’a pas stoppé les traversées : 30 000 personnes l’an dernier, dont 40% d’enfants.

Une partie des arrivants clandestins s’entasse sur l’île de Lesbos. Une équipe du magazine « Avenue de l’Europe » a pu se rendre dans le camp de Moria, interdit aux journalistes comme aux associations de défense des droits de l’homme, et y tourner ce reportage en caméra cachée.

Le camp de Moria, une décharge à ciel ouvert

C’est une décharge à ciel ouvert que découvrent les journalistes. Installé sur les hauteurs de l’île, le « hot spot » est prévu pour 2 000 personnes et en accueille près de 5 000. Totalement insalubre, dangereux, il pousse certains migrants au suicide.

D’autres, au bout de l’espoir, n’ont plus qu’à tenter un retour au pays. Un nouveau business pour les passeurs, qui font payer la sortie d’Europe 1 500 euros par personne.

Un reportage de Frédérique Maillard et Salah Agrabi, diffusé dans « Avenue de l’Europe » le 24 janvier 2018.

https://www.francetvinfo.fr/monde/europe/migrants/video-grece-pris-au-piege_2565009.html

 25/1/18  Durée 14 mn 16

SOS Méditerranée : la plus longue journée au large de la Libye

COMMUNIQUE

  Mardi 16 janvier : la plus longue journée de l’hiver au large de la Libye  
505 personnes en sécurité sur l’Aquarius /1400 personnes secourues en une journée

« C’est une véritable flotte de sauvetage européenne qu’il faut mettre en place »

SOS MEDITERRANEE / Medicins sans frontieres; Search and Rescue Mission on the medieterranean Sea offshore the libyan coast; MV Aquarius; January 2018; Photo: Laurin Schmid/SOS MEDITERRANEE

Les équipes de l’Aquarius, affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), ont connu une journée particulièrement intense ce mardi 16 janvier : cinq opérations de sauvetage d’affilée ont permis de secourir 505 personnes qui sont désormais saines et sauves à bord. Selon les garde-côtes italiens, qui ont coordonné un total de 11 opérations de sauvetage en Méditerranée, 1400 personnes ont été secourues ce mardi au large de la Libye. SOS MEDITERRANEE renouvelle son appel au déploiement urgent d’un dispositif de sauvetage à la mesure de la crise humanitaire qui se déroule aux portes de l’Europe.

Après avoir navigué toute la nuit sur une mer très agitée, avec des vagues atteignant les 4 à 5 mètres, l’Aquarius était attendu jeudi matin dans le port de Catane pour le débarquement de 505 femmes, hommes et enfants de plus de 25 différentes nationalités secourues lundi et mardi au large de la Libye. Nombre d’entre eux souffrant de différentes pathologies et blessures liées aux conditions de détention et violences subies en Libye, étaient pris en charge dans la clinique de l’Aquarius par les équipes de Médecins Sans Frontières.

« Mardi, nous avons porté secours à cinq embarcations en détresse à nous seuls, en moins de 12 heures ! Tous les vaisseaux présents sur zone ont dû être appelés à la rescousse pour répondre aux appels à l’aide : l’Aquarius, mais aussi un bateau de la marine française et un cargo, le CPO Italy, qui est resté en vigilance active toute la journée autour des opérations de sauvetage. Avant-hier, pas moins de 1400 personnes ont été secourues au large des côtes libyennes. Les navires de sauvetage ont atteint les limites de leur capacité, des cargos sont déroutés vers le sud pour prêter assistance. C’est toute l’organisation du sauvetage en mer au large des côtes libyennes qui est dépassée par l’affluence des embarcations en détresse. Au vu des conditions météo favorables aux départs, cette situation extrêmement périlleuse risque de continuer dans les jours à venir, ce sont à nouveau des centaines ou des milliers de vie qui sont en jeu. Dès que les rescapés seront débarqués de l’Aquarius dans un port sûr, nous remettrons immédiatement le cap vers le sud pour retourner au plus vite dans la zone de sauvetage » a témoigné Klaus Merkle, le coordinateur des sauvetages de SOS MEDITERRANEE.

Retour sur une journée très chargée 

Dans la nuit de lundi à mardi 16 janvier, l’Aquarius a reçu l’instruction de chercher un canot en bois dans la zone de sauvetage à l’ouest de Tripoli, repéré aux alentours de 6h00 du matin à 15 milles nautiques des côtes libyennes. Les 121 personnes entassées à bord ont été secourues, tandis qu’au même moment une autre embarcation en bois était signalée aux sauveteurs de SOS MEDITERRANEE. Une fois le premier sauvetage terminé les canots de SOS MEDITERRANEE se sont immédiatement dirigés vers ce deuxième bateau en détresse à bord duquel se trouvaient 87 personnes.

Pendant ce deuxième sauvetage, un canot pneumatique gris était repéré à l’horizon. Après la distribution des gilets de sauvetage aux 109 personnes, en état de choc, une personne a glissé dans l’eau entraînant dans sa chute une dizaine de personnes à la mer, immédiatement récupérées par les équipes de sauveteurs.

Tandis que sur le pont de l’Aquarius les équipes distribuaient eau, nourriture et vêtements secs, et que l’équipe médicale prodiguait les premiers soins les plus urgents, les canots de sauvetage étaient dépêchés vers une quatrième embarcation en détresse – un bateau pneumatique vert – et retrouvaient à mi-course un cinquième petit bateau de plaisance, avec 15 personnes à bord, perdu dans les eaux internationales. Les passagers du canot pneumatique et du petit bateau de plaisance ont tous été secourus et accompagnés en sécurité à bord de l’Aquarius, qui est ensuite resté en stand-by pendant quelques heures dans la zone de sauvetage suivant les instructions du MRCC (Centre de coordination des sauvetages en mer, à Rome).

Une épave fantôme

La veille des cinq sauvetages, alors que l’Aquarius procédait à la recherche active d’une embarcation en détresse dans les eaux internationales à l’Est de Tripoli, les sauveteurs de SOS MEDITERRANEE ont repéré aux jumelles à 37 milles nautiques de la côte l’épave d’un bateau pneumatique vide, autour de laquelle flottaient des vêtements. Après avoir lancé un canot de sauvetage et poursuivi un examen attentif de la zone attenante, ils n’ont trouvé aucune trace des passagers du canot autour de l’épave dépourvue de moteur.

« Où sont les passagers de ce canot ? Que sont-ils devenus ? » s’est interrogé l’équipage de SOS MEDITERRANEE, alors que le MRCC de Rome – qui n’avait reçu aucun signalement de naufrage – instruisait l’Aquarius de poursuivre vers l’ouest pour le transbordement de 67 personnes secourues quelques heures plus tôt par le navire militaire espagnol Santa Maria.

« Tant que l’Europe n’y mettra pas les moyens, d’autres morts seront à déplorer ! »

Suite à cette journée particulièrement difficile en mer, Francis Vallat, le président de SOS MEDITERRANEE France, s’est alarmé des conséquences de l’absence de dispositif concerté pour le sauvetage en Méditerranée : « Il est impossible de couvrir l’intégralité de la zone de sauvetage avec les trois bateaux d’ONG qui restent sur zone. Les Etats européens peuvent éviter ces milliers de morts annoncées, c’est une question de volonté politique : tant que l’Europe n’y mettra pas les moyens, d’autres morts seront à déplorer ! Prétendre que les garde-côtes libyens peuvent assumer cette tâche est un leurre dans les conditions actuelles. Nous ne cessons de le répéter : c’est une véritable flotte de sauvetage européenne qu’il faut mettre en place, dans le respect absolu des conventions maritimes et du droit international. Face à l’absence de réponses adéquates, l’Aquarius continuera sa mission sans interruption pendant tout l’hiver et en 2018, pour la troisième année consécutive ».

Source http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/sauvetages-18-01-2018

Pour soutenir SOS Méditerranée http://www.sosmediterranee.fr/

Crise migratoire : “L’Europe continue d’être dans une forme de déni”

Juliette Bénabent  publié sur Telerama le 12/01/2018.

En 2017, 118 000 personnes sont arrivées par la Méditerranée sur les côtes italiennes (elles étaient 180 000 en 2016), essentiellement en provenance d’Afrique subsaharienne. Malgré cette baisse, « les raisons de départ des migrants et réfugiés n’ont pas du tout disparu », prévient Vincent Cochetel, envoyé spécial du HCR (Haut-Commissariat aux réfugiés) de l’ONU pour la Méditerranée centrale.

En Libye, les images tournées par CNN montrant des Africains esclavagisés ont ému le monde (bien que cette situation soit connue et dénoncée depuis des mois par les acteurs humanitaires et onusiens). En octobre, Emmanuel Macron annonçait que la France accueillerait bientôt 10 000 réfugiés « réinstallés » depuis des pays de transit (Turquie, Liban Jordanie…), dont 3 000 depuis le Niger et le Tchad.

Le HCR, présent en Libye et dans les quinze pays de la route migratoire des Africains, sélectionne au préalable ces candidats à la réinstallation, pour qui il réclamait au monde, en septembre, 40 000 places. En marge d’un colloque organisé le 9 janvier 2018 par France Terre d’asile à Paris sur le Sahel et la Libye, Vincent Cochetel explique la difficile action du HCR sur place, rappelle l’ampleur de l’effort encore à fournir par les pays européens et souligne le rôle moteur de l’Europe en matière d’asile.

L’« enfer libyen » indigne le monde entier. Combien de migrants sont présents en Libye, et quelles sont leurs différentes situations ?

Il faut d’abord rappeler que l’emprisonnement des migrants illégaux en Libye n’est pas nouveau : les centres de détention existaient, comme les mauvais traitements et tortures, à l’époque de Kadhafi. D’ailleurs, à sa chute, en 2011, un million d’étrangers ont fui vers la Tunisie et l’Egypte voisines, où il a fallu ouvrir des camps. Seulement, les migrants ne partaient pas alors pour l’Europe, qui ne s’en souciait donc pas…

La présence étrangère en Libye est ancienne et importante. Aujourd’hui, l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) recense 700 000 étrangers en Libye, dont les situations sont très diverses. Il y a des migrants économiques qui travaillent et n’ont pas l’intention de quitter le pays : 64 % des personnes arrivant en Libye ont atteint leur destination finale, tous ne veulent pas venir en Europe, loin de là ! Le HCR – qui n’a pas accès à tous les réfugiés – identifie aujourd’hui 45 000 personnes relevant de la Convention de Genève de 1951, c’est-à-dire éligibles au statut de réfugié – qui n’existe pas en Libye.

Beaucoup ne sont pas enfermés, notamment des Palestiniens, Irakiens ou Syriens, qui ont parfois un travail, un logement, et des conditions de vie supportables. La situation la pire concerne les pesonnes originaires d’Afrique subsharienne, victimes de racisme et de xénophobie, et soumises à d’épouvantables violations des droits de l’homme lorsqu’elles sont retenues en captivité. Parmi les femmes évacuées au Niger, surtout érythréennes et éthiopiennes, je n’en ai pas rencontré une seule qui ne raconte pas avoir subi des violences sexuelles. Pas une seule. Et, selon un rapport récent de l’Oxfam, 74 % des personnes détenues en Libye ont été témoins de meurtre ou de torture…

“Les gens ramenés en Libye sont exposés à des conditions abominables de détention”

Comment jugez-vous les accords aux termes desquels l’Union européenne finance et équipe les garde-côtes libyens afin d’intercepter les migrants en mer et de les ramener en Libye ?

Il est normal qu’un Etat cherche à contrôler les sorties de son territoire. Mais dans ce cas précis, les gens ramenés en Libye y sont exposés à des conditions abominables de détention, en l’absence de tout contrôle judiciaire et de tout recours légal. L’Union affirme qu’elle cherche à influencer les autorités libyennes et à obtenir des alternatives à la détention pour les migrants, mais, sur le terrain, on n’observe pour l’instant aucune évolution de la situation à cet égard…

Quel travail parvient à effectuer le HCR en Libye ?

Le HCR est présent en Libye depuis longtemps. Sous Kadhafi, une quarantaine d’agents y intervenaient, ils sont aujourd’hui une centaine. Mais il faut démystifier notre action : nous ne pouvons pas faire grand-chose. Quand je vais en Libye, j’ai des gardes du corps avec moi en permanence, et je ne peux me déplacer que dans un rayon de 20 kilomètres autour de Tripoli.  Nos agents visitent une trentaine de centres de détention sous compétence gouvernementale, mais l’accès est irrégulier, les entretiens se déroulent en présence d’hommes armés, sans aucune confidentialité ni garantie sur les conséquences que peuvent avoir nos discussions.

Nous avons souvent des états d’âme : nos interventions renforcent-elles le régime libyen de détention illimitée pour tout migrant illégal ? Sur place, les gens que nous rencontrons nous disent de continuer à venir pour leur porter assistance, et parce que nous sommes témoins de ce qui leur arrive… Dans ces trente centres, nous accédons à entre 16 000 et 18 000 personnes, mais de nombreuses autres sont enfermées dans des lieux de détention informels, répertoriés ou non.

De plus, les autorités libyennes ne nous autorisent à parler qu’à certains ressortissants : Somaliens, Soudanais s’ils viennent du Darfour, Ethiopiens s’ils sont des Oromos, Erythréens, Palestiniens, Irakiens, Syriens. Nous n’avons pas le droit de parler avec des Maliens, des Nigérians ou des Sud-Soudanais… Nous réclamons un accès non discriminatoire, qui nous est pour l’instant refusé.

Mais nous sommes aussi présents dans tous les pays de la région, où nous assistons les autorités dans la gestion des camps de réfugiés, l’accès aux procédures, la favorisation de l’intégration locale… Dans les pays limitrophes de la Libye, l’asile existe : il faut l’organiser, le consolider, le soutenir. Le dialogue doit être rétabli et renforcé entre les Etats membres de l’Union et ces pays africains, et il faut aussi appliquer entièrement l’accord de La Valette de 2015, qui prévoyait des retours des demandeurs d’asile déboutés et des migrants illégaux, « en échange » d’ouverture sur les voies légales de migration.

Les engagements de réinstallation de réfugiés promis par M. Macron sont-ils encourageants ?

Oui. Le HCR réclame 40 000 places de réinstallation pour les réfugiés présents autour de la Libye, notamment au Niger et au Tchad. La France s’est engagée pour 3 000 personnes et cela a incité d’autres pays à réfléchir à ces alternatives légales aux migrations clandestines [notamment la Suisse, la Norvège, le Canada, NDLR]. En ce sens, c’est une étape importante : dissuader les réfugiés de risquer leur vie en mer n’est possible que si de réelles alternatives, crédibles, sont mises en place.

Mais il est désormais urgent que davantage de pays se mobilisent et s’engagent sur des nombres plus importants de réinstallations. Sinon, nous ne pourrons plus procéder à des évacuations depuis la Libye : si les personnes évacuées restent coincées au Niger, les autorités ne les accepteront plus. Or, en Libye, chaque jour, des gens meurent et disparaissent en détention.

“Il faudrait agir comme dans la lutte contre le trafic de drogue ou le terrorisme”

Vous évoquez un « décalage entre les discours officiels de lutte contre les passeurs et la réalité des actions » : pourrait-on faire davantage ?

Sans aucun doute. Je vous donne quelques exemples : certains dinghys (canots pneumatiques utilisés par les passeurs) viennent de Chine – l’exportateur est tout à fait connu – et sont expédiés en Libye à partir de pays d’Europe [il s’agit de Malte et de la Turquie, NDLR]. Il existe des documents de douane, l’argent est parfaitement traçable, mais personne n’est poursuivi alors que les dinghys ont tué plus de monde en Libye que la guerre civile depuis 2012 !

De même, les demandes de rançon adressées par les trafiquants aux familles des migrants circulent sur les réseaux sociaux, avec des comptes bancaires qui se trouvent en Europe ou dans les pays du Golfe… Ou encore chaque jour des ports libyens accueillent des bateaux venus se ravitailler en pétrole illégalement. Les pays dont ils battent pavillon les laissent faire, alors que le trafic de pétrole est intimement connecté à celui des migrations. Cet argent alimente les réseaux criminels et renforce le pouvoir des milices que l’on prétend par ailleurs combattre pour renforcer le gouvernement libyen et protéger les ressources dont il a tant besoin…

Incontestablement, il y a un travail de police qui n’est pas fait systématiquement, alors qu’il faudrait agir comme dans la lutte contre le trafic de drogue ou le terrorisme : qu’attend-on pour arraisonner ces bateaux, remonter les filières bancaires, geler les avoirs des personnes impliquées ? Il faut une volonté politique et une coopération interétatique entre les forces de police des divers pays concernés, et ces efforts ne sont pas faits. Pas encore…

Historiquement, le droit d’asile doit beaucoup à l’Europe. Quelle est l’ampleur de la responsabilité de l’Union, et singulièrement de la France ?

J’ai toujours pensé que la manière dont un Etat traite les étrangers – surtout ceux qui sont vulnérables car ils ne peuvent compter sur la protection de leur propre pays – est un bon indicateur de mesure de la protection des droits de l’homme. La conduite de l’Europe a, et aura, des répercussions sur le comportement du reste du monde. Elle peut être un moteur.

Il est évident que la question des retours est cruciale : nous ne sommes pas naïfs, nous sommes conscients que le droit d’asile ne peut exister que s’il s’accompagne de retours effectifs et efficaces pour ceux qui n’ont pas droit à l’asile. Le système perdrait, sinon, sa crédibilité. Néanmoins, l’Europe continue d’être dans une forme de déni, alors que des efforts suplémentaires sont nécessaires, et qu’une action coordonnée, organisée, efficace est possible : la Suède, lors de la crise de 2015, a débloqué 160 000 places d’accueil, les demandeurs étaient enregistrés en un jour, dans des centres d’accueil ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Pas un ne dormait dehors, et un programme de réinstallation a été ouvert, à hauteur de 3 000 places par an.

On peut agir, c’est possible ! C’est le moment d’avoir du courage, et aussi de se montrer modeste : on n’accueille pas « toute la misère du monde », on en est même très loin : l’écrasante majorité des réfugiés du monde se trouve dans les pays en développement. C’est l’intérêt de l’Europe, et son honneur, de passer la vitesse supérieure, tout en soutenant l’asile dans les pays voisins de la Libye.

http://www.telerama.fr/monde/reinstallation-des-refugies-la-conduite-de-leurope-a-des-repercussions-sur-le-reste-du-monde%2Cn5435790.php

A Vaulx en Velin une soirée en soutien au City Plazza

Dans le prolongement de cet article https://www.grece-austerite.ovh/soutenir-le-city-plazza/ le représentant emblématique de City Plazza Giorgos Athanassakis sera présent en France pour alerter sur la situation de cet espace d’accueil pour réfugiés et de la nécessité de les soutenir.

Une soirée est organisée ce mardi 16 janvier 2018 à 19h30 à Vaulx en Velin par : On Vaulx mieux que ça (OVMQC), Éclaireuses Éclaireurs de France, groupe Jean Bart, Comité de solidarité avec le peuple grec (CSPG) Lyonnais.

Projection du film
City Babel. Il faut pas croire
L’histoire d’une famille réfugiée et bloquée en Grèce

Le film la suit dans son quotidien et nous présente sa vie au City Plaza (28 min)
et débat
Avec une présentation par Camille Schnéegans, bénévole au City Plaza,
et Giorgos Athanassakis,
des témoignages d’Éclaireuses et d’Éclaireurs de France
bénévoles en août 201 7,
et des chants improvisés par Émilie Souillot

TRACT SOIREE CITY PLAZA

Écouter son intervention en français lors de la soirée du 26 mai 2016 organisée par Mediapart au Théâtre de la Ville, à Paris https://www.youtube.com/watch?v=Xv03q9Q2NFQ

De l’interprétation des chiffres de la crise migratoire

La «crise migratoire» n’a pas eu lieu

Par Carine Fouteau Mediapart

Le nombre d’arrivées de migrants ayant traversé la Méditerranée pour rejoindre l’UE a été divisé par deux en 2017 par rapport à 2016 et par cinq par rapport à 2015. La « crise » est terminée. A-t-elle jamais eu lieu ?

La « crise migratoire » est terminée mais les États membres de l’Union européenne n’en finissent pas d’agiter les peurs et de durcir leurs politiques pour empêcher les migrants de débarquer sur leurs côtes. Lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre 2017, Emmanuel Macron, après avoir affirmé qu’« accueillir les femmes et les hommes qui fuient leur pays parce qu’ils y sont menacés » était un « devoir moral, politique », s’est empressé d’ajouter que « nous ne pouvons accueillir tout le monde », afin de justifier les mesures de « contrôle d’identité » prévues par une circulaire du 12 décembre dans les foyers d’hébergement d’urgence, mettant en cause l’accueil inconditionnel.

Les statistiques disponibles auprès de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), rattachée à l’ONU, montrent pourtant que les arrivées de migrants par la Méditerranée ont drastiquement chuté en 2017 : leur nombre a été divisé par deux par rapport à 2016 et par cinq par rapport à 2015. En 2017, 170 249 personnes ont traversé la mer au péril de leur vie, contre 363 401 en 2016 et 1 012 169 en 2015 !

Les arrivées de migrants par la mer en Europe, de janvier 2015 à janvier 2018 © UNHCR
Les arrivées de migrants par la mer en Europe, de janvier 2015 à janvier 2018 © UNHCR

Ce que l’ONU a désigné comme étant l’exode le plus important qu’ait connu l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale n’aura duré que quelques mois, du printemps 2015 au printemps 2016, avec un pic à l’automne 2015. Le record a été atteint avec 220 579 arrivées au cours du seul mois d’octobre 2015. À titre de comparaison, elles n’auront pas dépassé 14 000 deux ans plus tard durant la même période.

L’« exode » de 2015-2016 a concerné principalement des Syriens et des Afghans fuyant leur pays et ayant traversé la Méditerranée via la mer Égée, au départ de la Turquie. Les images de cohortes de familles réfugiées remontant la route des Balkans à pieds, bagages et bébés sous le bras, ont marqué les esprits, ainsi que celle du petit Aylan Kurdi, dont le corps a été retrouvé étendu sur une plage turque, après le naufrage de l’embarcation qui devait le conduire en Europe. Associé au blocage successif des frontières en Europe centrale, l’accord politique et financier signé entre l’UE et la Turquie en mars 2016 et autorisant le renvoi massif des demandeurs d’asile débarqués en Grèce a provoqué un ralentissement net des tentatives de passage, au risque de laisser sans protection des personnes menacées dans leur pays d’origine.

Les arrivées en Italie au départ de la Libye ont ensuite pris le relais, mais dans des proportions (en moyenne 20 000 par mois) qui n’ont jamais concurrencé les 200 000 du mois d’octobre 2015 entre la Turquie et la Grèce. Les pays d’origine ont logiquement changé, les Nigérians, en 2017, arrivant en tête, devant les Guinéens, les Gambiens et les Ivoiriens.

Les arrivées de migrants par la mer, mois par mois, au cours des trois dernières années © OIM
Les arrivées de migrants par la mer, mois par mois, au cours des trois dernières années © OIM

 

Lors de la dernière période, les départs depuis la Libye ont à leur tour diminué, à la suite des très contestables alliances plus ou moins secrètes conclues entre Rome et diverses milices de trafiquants libyens. Et c’est l’Espagne, tout en restant en troisième position derrière l’Italie et la Grèce, qui a enregistré la hausse la plus importante des arrivées : leur nombre a plus que doublé en un an, pour atteindre 26 941 en 2017 (contre 118 914 en Italie et 33 986 en Grèce par voie de mer et de terre). Après avoir atteint un niveau record en 2006 (39 180), elles avaient pourtant ensuite nettement diminué, jusqu’à devenir marginales, en raison des patrouilles des bateaux de Frontex, l’agence de surveillance européenne des frontières extérieures, dans le détroit de Gibraltar. Nouveauté, l’Algérie rejoindrait le Maroc comme pays de départ. La diversification des routes est une constante dans l’histoire des mouvements migratoires : qu’une voix d’accès se ferme, son remplacement par une autre est immédiat.

L’examen approfondi de l’« exode » de 2015-2016 permet d’aller encore plus loin. Terminée, la « crise » a-t-elle même eu lieu ? Dans l’ouvrage collectif publié, fin 2017, par le réseau européen et africain de militants et de chercheurs Migreurop, Atlas des migrations en Europe, approches critiques des politiques migratoires (Armand Colin), l’instrumentalisation des chiffres des migrations par les gouvernants et les médias fait l’objet d’une vive critique. Ses auteurs expliquent que les statistiques sont généralement diffusées en valeur absolue, sans comparer les années les unes par rapport aux autres, et de manière décontextualisée et partielle. « Cette utilisation des chiffres est l’un des rouages classiques de la construction de l’idée d’envahissement », soulignent-ils.

L'Union européenne est-elle confrontée à un nombre important de réfugiés ? © «Atlas des migrants en Europe», Migreurop, 2017.
L’Union européenne est-elle confrontée à un nombre important de réfugiés ? © «Atlas des migrants en Europe», Migreurop, 2017.

 

Pour déconstruire leur usage, ils rappellent leur face cachée. Ainsi, les données fournies par Frontex sont peu fiables : certains « franchissements illégaux » de frontières sont comptés plusieurs fois, par exemple lorsque les personnes, entrées une première fois dans l’UE par la frontière turco-grecque, en ressortent ensuite par la Macédoine, avant d’y entrer de nouveau via la Croatie ou la Hongrie. Ces chiffres reflètent en outre l’augmentation du budget de cette agence et donc l’accroissement de l’activité de ses gardes-frontières.

Les auteurs du livre notent par ailleurs que le durcissement des politiques migratoires européennes a pour conséquence de considérer davantage de migrants comme étant en situation irrégulière. Préférant parler de « crise de la politique migratoire » que de « crise des migrants », ils font remarquer que si les arrivées des demandeurs d’asile au sein de l’UE en 2015 (1 257 030) et 2016 (1 204 280) sont effectivement supérieures à celles de l’année 2014 (562 700), elles sont réparties de manière très inégale entre les États membres, 60 % des demandes ayant été déposées en Allemagne en 2016. Le nombre total d’entrées de ces personnes en Europe, ajoutent-ils, ne représente que 0,24 % de ses 508,2 millions d’habitants. « Plus encore : la totalité des demandes d’asile déposées dans l’UE ces dix dernières années représente moins de 1 % de sa population en 2016 », écrivent-ils, observant que des hausses similaires ont existé au début des années 1990 et que l’augmentation de 2015-2016 est également à mettre en relation avec l’élargissement de l’UE de 15 à 28 depuis 2004. « L’usage des chiffres, couplé aux images diffusées par les médias et aux déclarations politiques, participe à faire croire que ce qui se déroule à une échelle locale, par exemple sur l’île grecque de Lesbos, est représentatif de la situation à l’échelle nationale, voire européenne », indiquent-ils.

Au bout du compte, le nombre des arrivées est systématiquement perçu comme trop élevé, par rapport à une situation supposée normale qui serait fixée à zéro. « L’immigration apparaît dès lors non seulement comme surnuméraire, mais aussi comme une anomalie », concluent les auteurs de l’Atlas des migrants en Europe. Et le tour est joué : l’ennemi imaginaire sert à cristalliser les peurs des opinions publiques, qui se développent pour tout un tas d’autres raisons, notamment économiques et sociales, et à justifier la mise en œuvre de politiques toujours plus dures à l’égard des migrants.

France : Immigration inquiétude sur la loi en préparation

Immigration : « Aucun gouvernement depuis la Seconde Guerre mondiale n’avait osé aller jusque-là »
Patrick Weil, historien et politologue, spécialiste de l’immigration, s’inquiète de la posture adoptée par le gouvernement vis-à-vis des migrants, alors qu’une loi immigration est en préparation pour le début 2018.

INTERVIEW : ouvrir le lien ci-dessus pour écouter Patrick Weil qui dénonce  plus de choses (pas tout) que celles transcrites ci-dessous.
La nouvelle loi sur l’immigration agite l’opposition et les associatifs. Alors qu’une concertation doit démarrer en janvier, une circulaire validée par le ministère de l’Intérieur, permettant de contrôler les populations accueillies dans les centres d’hébergement, notamment pour identifier les migrants, a provoqué une levée de boucliers. « Aucun gouvernement depuis la Seconde Guerre mondiale n’avait osé aller jusque-là », s’indigne mercredi au micro de la matinale d’Europe 1 Patrick Weil, historien et politologue, spécialiste de l’immigration.

Un principe sacré. « On a un principe, qui nous vient peut-être de nos traditions chrétiennes : un enfant, on ne lui demande pas ses papiers quand on l’accueil à l’école, un malade, on ne lui demande pas ses papiers quand il a besoin d’être soigné à l’entrée de l’hôpital, et quelqu’un qui n’a pas de quoi se loger, on ne lui demande pas ses papiers à l’entrée d’un centre d’hébergement d’urgence. Monsieur Macron et monsieur Collomb ont violé ce principe », relève le chercheur. « Si le projet [de loi, ndlr] s’inscrit dans cette lignée, ce sera une régression dramatique », alerte-t-il.

Un président doux dans ses déclarations et violent dans ses actes ? « Monsieur Macron, c’est l’inverse de monsieur Sarkozy. Monsieur Sarkozy était violent verbalement, mais sur le terrain il était pragmatique. Monsieur Macron est doucereux verbalement, et sur le terrain c’est la dague. Il est un peu comme un chasseur à cour qui ferait des messages d’amour, le soir, pour les animaux. C’est ce qu’il fait pour les migrants : il leur souhaite des vœux, il dit bienvenue aux réfugiés et il signe la nuit des ordres qui les mettent dans la rue et les empêchent de se nourrir », estime Patrick Weil.

« On ne touche pas à ça ». Tant que les gens ne sont pas reconduits, notre devoir est de bien les traiter sur des points fondamentaux : l’accueil des enfants à l’école, la santé et l’hébergement d’urgence. On ne touche pas à ça. Après, s’ils sont en situation irrégulière, il faut les reconduire, mais on n’y arrivera pas de cette façon-là », conclut le politologue.

http://www.europe1.fr/politique/immigration-aucun-gouvernement-depuis-la-seconde-guerre-mondiale-navait-ose-aller-jusque-la-3531317

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Migrants: le médecin Raphaël Pitti a rendu sa Légion d’honneur

par la rédaction de Médiapart

Le spécialiste de la médecine de guerre proteste contre les « conditions indignes » dans lesquelles les migrants sont accueillis en France.

Le célèbre spécialiste de la médecine de guerre, et soutien d’Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle, Raphaël Pitti, a annoncé vendredi 29 décembre à l’AFP avoir rendu la Légion d’honneur que le président de la République lui avait remise l’été dernier pour protester contre le traitement des migrants en France.

Le médecin met ainsi à exécution sa décision, annoncée il y a une semaine dans une tribune publiée par Libération. Dans ce texte, intitulé « Pour un bon Noël, monsieur le Président », il expliquait qu’il entendait ainsi dénoncer les « conditions indignes de la République » dans lesquelles les migrants étaient accueillis en France.

« Votre accession cette année aux plus hautes responsabilités se fit à l’aune d’une situation sociale et politique imprévisible et unique », écrivait Raphaël Pitti. « Toutefois, poursuivait-il, huit mois après, la réponse de l’État n’est pas à la hauteur des enjeux. 60 000 migrants ont été accueillis en 2016 dans des conditions indignes de notre République. »

Dans sa lettre, le médecin dénonçait le traitement « dégradant » réservé aux migrants. « J’appelle “dégradant”, en cette fin d’année dans notre République française, les agressions que subissent des gens en transit sur notre sol et auxquels on ne permet pas de satisfaire les besoins les plus fondamentaux tels que l’accès à l’eau, à la protection et à la sécurité, aux toilettes, au chauffage, à un couchage », écrivait-il. « On préfère les reléguer au statut d’ombre, dans les jungles, les forêts, les montagnes, allant jusqu’à condamner ceux qui auraient la bienveillante idée de les secourir. »

Raphaël Pitti s’inquiétait également de la place prise par le ministère de l’intérieur dans la politique migratoire. « Le versant sécuritaire de ce ministère a aujourd’hui pris le pas sur l’accueil et l’intégration, ce qui va à l’encontre de nos valeurs et de notre histoire », estimait-il. « Des maires – ils vous l’ont rappelé récemment –, des autorités – comme le Défenseur des droits –, des associations et des bénévoles pourraient témoigner du mauvais sort fait aujourd’hui aux migrants sur notre sol. Recevez-les, monsieur le Président, écoutez-les : une simple tape dans le dos ou une accolade ne leur suffira pas. »

En annonçant sa décision de rendre la Légion d’honneur qui lui a été remise en juillet dernier, Raphaël Pitti demandait au chef de l’État « de décider durant cette période de grand froid de suspendre toute mesure coercitive et de prendre les mesures urgentes de mise à l’abri de toutes les personnes en situation de fragilité ».Une semaine plus tard, le médecin est donc passé à l’acte. « J’ai été en Belgique et en Allemagne, j’ai vu les conditions d’accueil et j’ai honte de mon pays », réaffirme-t-il à cette occasion à l’AFP. Raphaël Pitti, qui avait rejoint en septembre 2016 les soutiens d’Emmanuel Macron, explique aujourd’hui avoir constaté un virage dans la politique gouvernementale. Le chef de l’État « avait un discours très humaniste, tout ça allait dans le bon sens et voilà que tout a changé mi-décembre », estime le médecin.

Il explique avoir été particulièrement choqué par la circulaire prévoyant, dans le cadre du projet de loi sur l’immigration et l’asile, de recenser les migrants dans les centres d’hébergement d’urgence. « D’entendre le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, dire qu’un Érythréen ou un Syrien peut demander l’asile, mais pas un Sénégalais… ce n’est pas à lui de décider qui a le droit de demander l’asile », fustige Raphaël Pitti.

« Le mouvement migratoire s’est amorcé et va s’amplifier, il faut en faire une cause nationale », plaide le médecin qui demande l’organisation « d’assises nationales de l’émigration et de l’intégration ». Le médecin précise également qu’il doit être reçu le 3 janvier par des conseillers du président.

Raphaël Pitti est un médecin humanitaire qui a travaillé sur nombre de conflits armés, en Yougoslavie ou au Liban. Depuis 2012, il forme du personnel soignant en Syrie. Il est également élu au conseil municipal de Metz.

SOS Méditerranée reportage envoyé spécial

Vous pouvez encore visionner en replay ce documentaire à bord de l’Aquarius. https://www.france.tv/france-2/envoye-special/355153-emission-du-jeudi-21-decembre-2017.html  ( voir à 1h28s)

Message de SOS Méditerranée

Cher(e) ami(e),

Ce jeudi 21 décembre, le documentaire d’Envoyé Spécial, l’Odyssée de l’Espoir sera diffusé à 20h55 sur France 2.

Réalisé par Hélène Eckmann, journaliste embarquée pendant 5 semaines à bord de l’Aquarius, il met en lumière le quotidien des équipes de SOS MEDITERRANEE, les opérations de sauvetage souvent complexes, mais également les témoignages poignants des rescapés qui fuient pour sauver leur vie.

Il nous tenait à coeur de partager avec vous ce moment, car c’est bien grâce à vous, et au soutien de milliers de citoyens que notre action est possible.

Toute l’équipe de SOS MEDITERRANEE vous remercie d’être là, et vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année !

Pour soutenir l’association https://don.sosmediterranee.org/b/mon-don

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