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Archives de catégorie Les réfugiés-migrants Les exilés

Ballon gonflable pour surveiller les migrants

Zeppelin sur l’île de Samos pour surveiller le trafic de migrants

Les autorités grecques et le Frontex vont lancer un énorme Zeppelin au-dessus de l’île de Samos afin de surveiller les migrants qui tentent illégalement d’atteindre la Grèce et l’Europe. L’installation du ballon menaçant sera certainement une attraction grotesque pour les touristes qui visitent l’île dans l’est de la mer Égée.

Le vice-ministre des Politiques migratoires, Giorgos Koumoutsakos, a déclaré à la télévision privée ANT1 que le Zeppelin entrerait en service la semaine prochaine.

«À Samos, je pense que dans quelques jours ou une semaine, un ballon Zeppelin sera installé en coopération avec FRONTEX, qui prendra une photo d’un vaste espace. Qu’est-ce que ça veut dire? Tout d’abord, vous savez à quelle heure le bateau s’éloigne des trafiquants, vous informez la partie turque, vous vous approchez, c’est un ensemble d’actions », a déclaré Koumoutsakos.

Le Zeppelin sera surveillé par l’unité radar GNR du Frontext située dans le port de Karlovasi, note Samiakienimerosi , ajoutant: «Cela donnera une image des mouvements de la côte turque à Samos pour une protection plus efficace de nos frontières maritimes. »

Le vice-ministre n’a pas précisé ce que l’autorité portuaire grecque pouvait faire exactement quand elle « s’approchait » des bateaux de réfugiés et de migrants.

Selon le quotidien efimerida ton syntakton, l’ONG norvégienne Aegean Boat Report a révélé une vidéo tournée le 17 juillet. Cette vidéo montre comment un navire des garde-côtes grecs s’approche d’un bateau avec 34 personnes à bord et les laisse au grand large  » recueillies »par les autorités turques, tandis que les passagers, dont 14 enfants, criaient désespérément » Pas en Turquie! « 

Vidéo: tourné le 17 juillet 2019 – sud-est de l’îlot Agathonissi – les migrants sont arrêtés par les garde-côtes turques

Il est difficile de savoir si le navire des garde-côtes grecs se trouve dans les eaux internationales, car il ne pénètre pas dans les eaux territoriales turques. Selon le droit international, les passagers doivent être sauvés. Les garde-côtes grecs ne se sont pas encore prononcés sur la question, affirmant qu’ils devront d’abord évaluer la vidéo, note Efsyn .

«Il n’y a pas de refoulement. Tout se fera conformément au droit international. La Grèce ne fera rien au-delà du droit international », a souligné Koumoutsakos.

PS Je suppose que les touristes seront encouragés à faire surveiller leurs activités de vacances par un Big Brother en plastique. N ‘est-ce pas?

La Grèce utilisait pour la première fois un Zeppelin pour des raisons de sécurité lors des Jeux olympiques de 2004.

Source https://www.keeptalkinggreece.com/2019/07/26/zeppelin-samos-migrants-refugees/

 

Entretien avec le Président de La cimade

Aide aux étrangers: pourquoi la Cimade a claqué la porte du plus gros centre de rétention de France Par Mathilde Mathieu

Chargés d’aider les étrangers enfermés près de Roissy, les salariés de la Cimade viennent de se retirer du centre de rétention. Trop de violences. « Le climat est devenu terrible », explique le président de l’association Christophe Deltombe à Mediapart, qui dénonce « une politique du tout enfermement » généralisée. Entretien

 

La Cimade a claqué la porte du plus gros centre de rétention de France, près de l’aéroport de Roissy. Trop de violences. Alors que l’association (sous contrat avec le ministère de l’intérieur) est chargée d’accompagner juridiquement les étrangers enfermés en vue de leur expulsion, ses salariés exercent leur droit de retrait depuis déjà deux semaines.

Pour comprendre, Mediapart a interrogé le président de la Cimade, Christophe Deltombe, qui dénonce « une politique du tout enfermement » généralisée. Entretien.

Nguipinidji, un Centrafricain, rencontré en avril 2019 au centre du Mesnil-Amelot alors qu'il alignait déjà 87 jours de rétention. © MM Nguipinidji, un Centrafricain, rencontré en avril 2019 au centre du Mesnil-Amelot alors qu’il alignait déjà 87 jours de rétention. © MM

Que se passe-t-il au centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot, de si grave que vos salariés se sont retirés ?

Christophe Deltombe : Le climat est devenu très difficile. La Cimade s’est retirée après trois tentatives de suicide depuis le toit, dont une personne qui menaçait de se pendre avec un barbelé.

Après avoir avalé des médicaments, une autre avait été placée en cellule d’isolement, menottée et casquée, en guise de « prévention ». Dans ce climat de stress, nos personnels n’étaient plus en situation de continuer à remplir leur mission : accompagner juridiquement cette population en détresse, aider les personnes à faire valoir leurs droits, d’abord celui de savoir si leur enfermement est légitime ou non.

Je rappelle qu’au niveau national, 4 personnes sur 10 sont libérées par un juge : ça donne la mesure du travail accompli par les associations présentes en rétention [la Cimade dans 8 CRA sur 25, mais aussi Forum-Réfugiés Cosi, France Terre d’asile, etc.]. On peut comprendre que la PAF [la police aux frontières], qui a vocation à organiser les expulsions, puisse en être irritée.

Il faut essayer de travailler « harmonieusement ». Mais nos relations se sont dégradées en raison de la politique du « tout enfermement » menée par le gouvernement : nous voyons passer des personnes qui n’ont pas vocation à être expulsées, beaucoup de malades psychiatriques que les préfets n’hésitent pas à placer, nombre de personnes qui ne devraient pas être enfermées, d’une manière générale, en raison de leur état de santé.

Il y a une défaillance du contrôle médical, pour ne pas dire une absence. Les dispositions organisant l’accès aux soins en rétention remontent à 1999, à une époque où la durée d’enfermement était plafonnée à 9 jours. Contre 90 jours aujourd’hui [depuis la loi « asile et immigration » de Gérard Collomb promulguée en septembre dernier] ! Le dispositif est dépassé, le personnel et les horaires de présence complètement insuffisants.

Et puis au Mesnil, les tensions avec la PAF sont renforcées par le comportement de certains policiers : hostilité, brimades, manque de « zèle » à fournir des pièces contenues dans les dossiers des personnes qui viennent consulter, filtrage à l’entrée du couloir qui mène à nos bureaux, etc.

Nos salariés étaient réellement épuisés, la direction de l’association a approuvé ce retrait.

Les retenus ont accès à des consultations juridiques dans les bureaux de la Cimade, présente dans plusieurs CRA au titre d'un marché public passé avec le ministère de l'intérieur (de même que Forum Réfugiés-Cosi, France Terre d'asile ou encore l’ordre de Malte). Les retenus ont accès à des consultations juridiques dans les bureaux de la Cimade, présente dans plusieurs CRA au titre d’un marché public passé avec le ministère de l’intérieur (de même que Forum Réfugiés-Cosi, France Terre d’asile ou encore l’ordre de Malte).

Comment réagit le ministre ?

Des discussions se sont engagées avec l’administration – mais pas le cabinet du ministre, que nous avons pourtant sollicité. On nous promet de réviser la circulaire de 1999 sur les unités médicales, on nous répond que des psychologues vont être prochainement déployés en rétention. Alors qu’il faudrait des psychiatres. Et qu’il ne s’agit pas tant de mettre des « psys » que d’éviter de placer des personnes malades !

La situation est-elle la même dans les autres CRA de France ?

La spécificité du centre du Mesnil, c’est sa taille : 240 places. Le législateur avait bien fixé un plafond à 140 places, mais le ministère a collé deux CRA l’un à côté de l’autre… Sinon, on retrouve les mêmes problèmes partout : des malades « psys », toujours des mineurs (alors que ça ne devrait plus exister !), un désœuvrement anxiogène, etc.

Mais y a-t-il du nouveau par rapport aux « années Sarkozy » notamment ? Une ligne rouge est-elle franchie ?

Elle se franchit d’année en année, la politique se fait de plus en plus répressive. Il suffit de regarder la durée légale de rétention, sans cesse allongée. À quoi servent 90 jours ? Alors que le temps moyen à l’issue duquel les gens sont réellement expulsés varie entre 12 et 15 jours selon les années. Au-delà, les « chances » sont maigres pour l’administration d’obtenir les fameux « laissez-passer consulaires » [ces pièces sans lesquelles la France ne peut renvoyer, que les consulats des pays d’origine sont censés délivrer]. Tous les autres sont remis en liberté. Mais parfois au bout de 90 jours désormais… Quelle est la pertinence ?

La loi « asile et immigration » est en fait une loi d’affichage : elle s’est inscrite dans une stratégie électoraliste visant à satisfaire une partie de l’opinion très hostile, en tout cas rétive, à l’accueil des étrangers. Avec ces mesures répressives, il s’agit de donner l’impression que le gouvernement maîtrise les choses.

Le gouvernement revendique toutefois des résultats. Devant les députés, Christophe Castaner, le ministre de l’intérieur, s’est réjoui, le 16 juillet, d’une hausse de 10 % des « éloignements forcés » en 2018…

En chiffres bruts, on est à moins de 20 000. Franchement, pousser des cocoricos pour 2 000 ou 3 000 expulsions de plus, c’est dérisoire.

Prenez le cas des « dublinés » [des demandeurs d’asile que la France a le droit de transférer sans examiner leur dossier vers le premier pays de l’Union européenne où ils ont laissé leurs empreintes, d’après le règlement de Dublin] : en 2018, 3 500 transferts ont été effectués de la France vers un autre État de l’UE ; et dans le même temps, 1 800 personnes ont été transférées depuis un pays de l’UE vers la France. On s’échange des personnes ! Et pour ça, on les enferme en CRA. Voilà la cohérence de la politique migratoire européenne.

Au fond, on utilise « Dublin » contre le droit d’asile. On fait même du ping-pong avec l’Italie : la France y renvoie certains demandeurs trois ou quatre fois de suite, que l’Italie juge avoir le droit de nous re-transférer ensuite… Récemment, j’ai ainsi croisé plusieurs Soudanais à Ouistreham (Calvados), qui devraient pouvoir obtenir l’asile dans l’UE compte tenu de la situation dans leur pays (c’était avant le renversement de la dictature), mais qui avaient ainsi plusieurs « allers-retours » derrière eux et voulaient maintenant passer en Grande-Bretagne.

Au centre de rétention du Mesnil-Amelot, en avril 2019. © MM Au centre de rétention du Mesnil-Amelot, en avril 2019. © MM

D’une manière générale, le gouvernement utilise surtout les CRA pour une politique de soi-disant « dissuasion » contre des « appels d’air ». On place en rétention des gens dont on sait qu’ils ne seront pas expulsés, faute de « laissez-passer », etc. Outre que c’est détestable, pas conforme à l’esprit de la loi, ça n’a aucune pertinence : quand les gens veulent venir, ils viennent.

Alors, oui, il y a des phénomènes de « rebond » entre pays d’Europe, de « vases communicants », c’est-à-dire des demandeurs d’asile qui viennent en France après avoir tenté leur chance en Allemagne par exemple. Ça existe, mais ce n’est pas significatif. Je voudrais rappeler que les arrivées « illégales » en Europe, c’est 36 000 personnes sur les six premiers mois de l’année 2019, à rapporter à 1,2 ou 1,3 million en 2015. Alors que la « pression » migratoire a considérablement baissé, on est toujours confronté à un discours hystérique.Vos équipes envisagent-elles de retourner au Mesnil ? Surtout, dans ces conditions, allez-vous renouveler le contrat de la Cimade avec le ministère de l’intérieur, qui arrive à échéance à la fin de l’année ?

La direction du CRA dit aujourd’hui comprendre le stress de nos équipes – une partie de son personnel y est confrontée aussi. Elle doit surtout saisir le fonctionnement de la Cimade : celui d’un contre-pouvoir. C’est institué ainsi. Mais on va réussir à s’entendre, oui ; on y est obligé.

Et l’assemblée générale de l’association a déjà voté la reconduction – nous allons en tout cas répondre au nouvel appel d’offres. C’est l’histoire de la Cimade que d’être présente dans les lieux d’enfermement : l’association est entrée dans les camps dès 1939-1940. C’est sa vocation d’être en solidarité active auprès de personnes retenues ou détenues. Il y a des moments où l’on est obligés de monter le ton, mais il faut trouver des solutions pour que cette mission soit exercée.

Quel regard portez-vous sur des actions plus radicales comme celles menées récemment par le collectif de sans-papiers des « gilets noirs », qui a occupé le Panthéon ? D’une stratégie de confrontation ?

La stratégie de la Cimade, c’est d’être auprès des personnes, d’être en capacité de témoigner, d’interpeller. On peut avoir un discours musclé sans être dans une politique de rupture. La rupture, c’est oublier les personnes concernées.

Source https://www.mediapart.fr/journal/france/250719/aide-aux-etrangers-pourquoi-la-cimade-claque-la-porte-du-plus-gros-centre-de-retention-de-france

 

City Plaza c’est terminé

[Migreurop] City Plaza, Athènes : la fin de l’occupation

Après 39 mois de fonctionnement  l’occupation City Plaza, un hôtel athénien transformé en lieu de vie et d’hébergement pour réfugiés a fermé. City Plaza avait accueilli 2.500 réfugiés dans un espace exemplaire, géré collectivement par les solidaires et par les réfugiés eux-mêmes.  L’évacuation a été programmée par le collectif Solidarity 2 refugees qui a été à l’origine de l’occupation. La décision de ne plus continuer l’occupation fut prise en mai 2018 et depuis juin de la même année City Plaza n’acceptait plus de nouveaux arrivants. D’après le communiqué mise en ligne sur FB, la décision fut prise pour trois raisons :

A) le refus de normaliser/légaliser une occupation qui s’est voulue un acte militant tandis que deux ordres successives d’évacuation du procureur restaient en attente.

B) Un manque grandissant des moyens et de forces vives ; il fallait que chaque nuit un service de sécurité de huit personnes soit de garde afin d’assurer la sécurité des réfugiés qui pouvaient à n’importe quel moment devenir la cible d’une attaque de l’Aube Dorée ou d’autres groupuscules d’extrême droite, la possibilité d’une intrusion de la propriétaire accompagnée de ses sbires étant toujours en ligne de mire.

C) Les élections et la formation d’un gouvernent de droite qui a déjà annoncé son intention d’y envoyer les CRS pour évacuer de force l’hôtel et en finir avec la soi-disant « anomie » de l’occupation ; ont  précipité l’évacuation : il fallait protéger les migrants sans-papiers d’une arrestation qui pourrait être suivi d’un internement et d’une expulsion.

Tous les résidents de City Plaza ont été relogés dans des bonnes conditions, soit à d’autres occupations, soit à des appartements.

Le collectif remercie tous ceux et celles ont soutenu d’une façon ou d’une autre et leur donne rendez-vous pour des nouveaux combats en commun

Voir leur communiqué en anglais

https://www.facebook.com/sol2refugeesen/posts/2117692658523066?__tn__=K-R

 

SOS Méditerranée de retour en mer

Chers amis,

A l’heure où nous vous écrivons, nous annonçons notre retour en mer avec un nouveau bateau. C’est une nouvelle importante que nous souhaitions, sans plus attendre, partager avec vous.

Ce navire est déjà en mer et il fait route vers la Méditerranée.

Pour des raisons de sécurité, nous avons été contraints de garder la plus grande confidentialité autour de nos préparatifs afin de ne pas courir le risque de blocages administratifs avant même de repartir en Méditerranée où l’urgence reste entière.

Cette année encore, des hommes, des femmes et des enfants continuent à prendre la mer, « entassés » sur des embarcations de fortune pour fuir la Libye où règnent les exactions, la torture et une guerre civile qui s’intensifie ces derniers mois. Ces personnes en détresse sont le plus souvent interceptées par les garde-côtes libyens et ramenées vers l’enfer qu’elles cherchent justement à fuir ou – en l’absence de moyens de sauvetage suffisants – disparaissent en mer, sans témoin. En 2019, le taux de mortalité n’a jamais été aussi élevé en Méditerranée centrale. Selon l’OIM, au moins 20 000 personnes sont mortes noyées en Méditerranée ces cinq dernières années.

Il est donc primordial que ce navire soit en mer pour tendre la main à ceux qui se noient.

Ce nouveau bateau s’appelle Ocean Viking. Il est rouge et blanc, c’est un bateau conçu pour le sauvetage en mer, et qui bat pavillon norvégien. Il fait 69m de long, est robuste, plus rapide et plus récent que l’Aquarius. Il peut accueillir les rescapés dans de bonnes conditions. Nous l’avons aménagé pendant plusieurs semaines pour y installer plusieurs abris pour les rescapés, la clinique de notre partenaire médical, Médecins Sans Frontières et nos équipements de sauvetage.

Alors qu’il n’existe plus, depuis juin 2018, de mécanisme de débarquement en Méditerranée centrale, nous sommes bien conscients que chaque sauvetage peut être suivi de journées éprouvantes de recherche d’un port sûr et de négociations avant de pouvoir débarquer les rescapés. Ce navire a donc été spécialement équipé pour affronter de plus longs séjours en mer.

Ce nouveau bateau, c’est le vôtre.

C’est grâce à votre soutien et à celui de milliers de citoyens européens que nous sommes en mer aujourd’hui et que nous pourrons poursuivre notre mission en toute indépendance.

Ensemble nous pouvons agir pour sauver des vies en mer !

http://www.sosmediterranee.fr/

« L’Europe préfère laisser mourir les migrants et ne l’assume pas »

Entretien avec Patrick Chaumette Professeur émérite de droit à l’Université de Nantes.

« L’Europe préfère laisser mourir les migrants et ne l’assume pas »

Patrick Chaumette Professeur émérite de droit à l’Université de Nantes.

Pia Klemp, Carola Rackete : ces deux noms symbolisent aujourd’hui le courage et la solidarité avec les migrants en Méditerranée. La première, ancienne capitaine du navire Sea-Watch 3 puis du Luventa, est actuellement poursuivie par la justice italienne pour « suspicion d’aide et de complicité à l’immigration illégale ». Elle encourt vingt ans de prison et 15 000 euros d’amende par personne sauvée. La deuxième, arrêtée après avoir forcé le blocus italien pour débarquer les 43 passagers qu’elle transportait sur le Sea-Watch 3, dont elle était la capitaine, a vu son assignation à résidence levée par une juge italienne mardi soir. L’été dernier déjà, l’Italie refusait à l’Aquarius de débarquer dans ses ports, obligeant le navire, aujourd’hui à quai, à se rendre à Valence, en Espagne. Le droit de la mer et les conventions que l’Italie a signées et ratifiées sont pourtant clairs et, en agissant ainsi, le gouvernement italien y contrevient. Entretien avec Patrick Chaumette, professeur émérite de droit à l’université de Nantes.

La capitaine Carola Rackete a été libérée par une juge italienne. Le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, est-il dans l’illégalité en refusant l’accostage et le débarquement des navires des ONG ?

En vertu de la coutume internationale et de conventions signées dès 1914, il y a une obligation de solidarité et de sauvetage des vies humaines en mer. Cette obligation s’impose à tous les navires, qu’il s’agisse de bateaux de pêcheurs, de navires marchands, de voiliers, de marine militaire ou de bateaux d’ONG. Le premier opérateur mondial de containers, l’entreprise d’origine danoise Maersk, a plusieurs fois affirmé que cela faisait partie des obligations de ses capitaines. Alors même que pour ce type de navire, avec des francs-bords extrêmement hauts, et pas de grue en mer, aller chercher 60 naufragés est très compliqué.

l’Italie est signataire de la convention Search and Rescue de 1969 ainsi que des amendements introduits en 2004 qui imposent l’obligation de débarquement dans le port sûr le plus proche

Les Etats côtiers ont eux aussi des obligations, dans le cadre d’une convention de 1969, la convention SAR, pour Search and Rescue, qui leur impose d’organiser la recherche et le sauvetage de naufragés dans un certain périmètre – les zones SAR – au large de leurs côtes. Cette convention impose d’avoir des centres de coordination des secours, une surveillance radar et aérienne, et des moyens matériels de sauvetage (navires, hélitreuillage, etc.).

L’Italie est signataire de la convention SAR de 1969 ainsi que des amendements introduits en 2004 qui imposent l’obligation de débarquement dans le port sûr le plus proche. Elle est à cet égard dans une situation distincte de Malte qui, elle, a été prudente et n’a pas ratifié les amendements de 2004. Juridiquement, Malte peut dire aux autres Etats : « J’accueille un navire avec des naufragés à condition que vous me promettiez une répartition. » Le but était d’éviter un camp de regroupement de 5 000-10 000 personnes sur une petite île. La position politique de Malte est juridiquement très solide. Ce n’est pas le cas de l’Italie, en dépit du décret signé par Matteo Salvini qui ordonne aux forces de l’ordre italiennes de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher l’entrée ou le transit du Sea-Watch 3 dans les eaux territoriales italiennes.

La convention SAR impose des obligations. Mais les Etats sont aussi souverains sur leurs côtes et aux abords immédiats de ces côtes. Avec quelles implications ?

Une convention des Nations unies de 1982 organise différents statuts pour les espaces marins et prévoit les prérogatives et obligations des Etats côtiers : elle distingue, à partir de la côte, les eaux intérieures et la mer territoriale sur lesquelles l’Etat côtier dispose d’une souveraineté et peut exercer des contrôles, par exemple en matière de lutte contre les trafics illicites. Les navires étrangers ne peuvent entrer dans la mer territoriale d’un Etat côtier qu’à condition d’effectuer un passage inoffensif.

Vient ensuite la zone économique exclusive où l’Etat côtier a une obligation de protection de l’environnement marin et des prérogatives en matière de pêche. Mais dans cet espace prévaut la liberté de navigation. Enfin, à un troisième niveau plus au large, on trouve la haute mer : elle est régie par un principe de liberté de navigation, et le navire est rattaché juridiquement à l’Etat dont il bat pavillon.

La question qui se pose pour le débarquement des migrants sur les côtes italiennes est celle du passage inoffensif dans la mer territoriale

Précisons que les zones SAR ne recoupent pas ces délimitations. En général, une zone SAR s’étend sur la mer territoriale et tout ou partie de la zone économique exclusive, parfois sur une partie de la haute

La question qui se pose pour le débarquement des migrants sur les côtes italiennes est celle du passage inoffensif dans la mer territoriale. Car même dans la mer territoriale, il y a une liberté de navigation à condition d’avoir un passage inoffensif : pêcheurs, voiliers, navires marchands, bateaux de croisière ont a priori une navigation inoffensive. Seuls les navires militaires d’un autre Etat doivent demander l’autorisation. La question est donc : à partir de quand un passage cesse-t-il d’être inoffensif ?

A partir de quand justement ?

Deux hypothèses existent. Dans la première, il y a une instrumentalisation du droit de la mer et des obligations de sauvetage. On prend un navire marchand, on le remplit de passagers qu’on fait payer si on est un passeur, et l’objectif est que ce cargo aille s’échouer sur une plage (on ne cherche pas à entrer dans un port), l’équipage s’empressant de fuir sur un zodiac pour échapper aux poursuites. Le but de la manœuvre est de contraindre l’Etat côtier à accueillir les gens au motif que ce sont des naufragés. C’est ce qui s’est passé au début des migrations maritimes entre la Turquie et la Grèce, ce que les Canadiens ont connu dans les années 1980 avec des navires venus du Sri Lanka. Il y a également eu des cas de navires avec des Sri Lankais arrivés à la Réunion. Ce n’est pas l’exercice d’un droit de passage inoffensif. L’Etat concerné peut bloquer le navire à proximité des côtes et interdire l’accès au port.

On est aujourd’hui proche de 35 % de noyades pour cause de chavirement à partir du moment où il n’y a plus d’essence ou d’eau

Ce cas de figure ne correspond pas aux esquifs qui quittent aujourd’hui la Libye. Les gens naviguent 48 heures avec des réserves pour trois jours d’eau au plus, et meurent ensuite de soif. S’ils paniquent, l’esquif se renverse et ils se noient. Il y a proportionnellement aux passages en Méditerranée plus de morts en mer par noyade qu’il y a quelques années : selon SOS Méditerranée, qui fait un travail remarquable sur le sujet, la proportion de noyades était de 15-18 % lorsqu’on comptait beaucoup de navires de sauvetage en mer, dans les années 2015-2016. On est aujourd’hui proche de 35 % de noyades pour cause de chavirement à partir du moment où il n’y a plus d’essence ou d’eau. Autrement dit, on arrive à sauver et à transborder les deux tiers des passagers, le tiers restant est des cadavres qui arriveront un jour ou l’autre sur les plages méditerranéennes.

Quel est le rôle des bateaux des ONG ?

L’obligation de sauvetage s’impose à tous les navires. La partie qui a longtemps été invisible et pourtant essentielle est celle du transbordement. Pour un navire cargo, recueillir une soixantaine de migrants déshydratés peut rapidement conduire à consommer des rations de nourriture prévues pour quatre jours ou les réserves d’eau potable. De même, les bateaux de pêcheurs ne sont pas équipés pour faire face à l’accueil d’une cinquantaine de passagers supplémentaires. Pour ces bateaux, secourir un voilier de quatre personnes ou un esquif de 40 naufragés en détresse est très différent. C’est pourquoi ils doivent le plus rapidement possible transborder ces passagers. C’est là qu’interviennent les navires des ONG.

La partie qui a longtemps été invisible et pourtant essentielle est celle du transbordement

Ce sont elles qui sont aujourd’hui la cible de responsables politiques comme Matteo Salvini. L’Italie a également par le passé condamné des pêcheurs tunisiens ayant accosté dans ses ports après avoir secouru des migrants. Au moment où Carola Rackete était arrêtée, un navire militaire débarquait à Lampedusa avec une cinquantaine de migrants à bord.

Qu’est-ce que cela signifie ?

D’une part, que Matteo Salvini criminalise les ONG et bafoue ses obligations internationales en matière de droit de la mer et de droit des réfugiés en leur interdisant de débarquer. Mais l’Italie n’a pas complètement renoncé à respecter ses obligations. La justice italienne reste jusqu’à présent indépendante. Les navires sont détenus, mais personne n’a été condamné pour complicité de trafic d’êtres humains.

Les pays européens n’assument pas le fait qu’ils préfèrent laisser mourir les migrants, mais en refusant l’accostage, en engageant des poursuites, en refusant de donner un pavillon, ils sont hypocrites

La pression mise au niveau politique sur les pêcheurs tunisiens et les ONG est néanmoins problématique. Il n’y a presque plus de navire de sauvetage en Méditerranée : les pays européens n’assument pas le fait qu’ils préfèrent laisser mourir les migrants, mais dans les faits, en refusant l’accostage, en engageant des poursuites, en refusant de donner un pavillon comme dans le cas de l’Aquarius, à qui la France ne l’a jamais accordé, ils sont hypocrites.

L’hypocrisie ne consiste-t-elle pas aussi à équiper la Libye en prétendant qu’elle va secourir des naufragés qui sont justement des personnes qui fuient ce pays ?

La convention SAR découpe les zones en mer selon des obligations de surveillance et d’opérations de sauvetage. Ce sont des obligations qui s’imposent aux Etats côtiers. En Méditerranée, Malte a une zone SAR importante. L’Italie aussi, ainsi que la Tunisie, dont la zone SAR est plus petite. Historiquement, il y avait un ventre mou au large des côtes libyennes [voir la carte].

Le colonel Kadhafi ne voyait pas l’intérêt d’avoir des obligations internationales, il n’avait pas déclaré de zone SAR à l’ONU ni mis en place de MRCC (pour maritime rescue coordination centres), de centre de coordination et de sauvetage en mer. Il ne mettait pas non plus ses moyens militaires au service d’une zone SAR.

L’Italie et l’Union européenne ont choisi d’équiper, de former et de renforcer les garde-côtes libyens pour qu’ils ramènent en Libye les gens qui voudraient s’échapper

L’Italie, avant l’arrivée de Salvini au pouvoir, et l’Union européenne ont choisi d’équiper, de former et de renforcer les garde-côtes libyens pour qu’ils surveillent leurs zones et ramènent en Libye les gens qui voudraient s’échapper. C’est cela qui a conduit depuis 2017 à une très forte diminution des flux. La France a participé à l’équipement des garde-côtes avec de navires rapides de surveillance.

Mais il y a deux problèmes au moins : la Libye a déclaré un MRCC à l’Organisation maritime internationale à Londres, mais personne ne répond lorsqu’on appelle. C’est un MRCC qui n’est pas opérationnel. Deuxième point : le conseil de sécurité des Nations unies a publié en 2015 au terme d’une enquête une liste de passeurs en Méditerranée. Parmi eux se trouvaient deux Libyens responsables des garde-côtes de ce pays. On est dans l’ambiguïté absolue.

Dès que les 12 miles qui séparent la mer territoriale de la zone économique exclusive sont franchis, on quitte le droit de la mer et la sauvegarde de la vie humaine en mer pour le droit des étrangers et d’asile

Sans compter que l’ensemble des institutions des Nations unies affirment que la Libye n’est pas un pays sûr. Or la Libye – et les Etats européens laissent faire – confond le découpage des espaces maritimes en trois niveaux aux abords des Etats côtiers, et la convention SAR, une zone où l’Etat côtier a des obligations. Or, on ne peut pas déduire de cette convention que les garde-côtes doivent ramener les gens en Libye. Dès que les 12 miles qui séparent la mer territoriale de la zone économique exclusive sont franchis, la question du statut des personnes se pose. L’Etat n’est plus souverain. On quitte le droit de la mer et la sauvegarde de la vie humaine en mer pour le droit des étrangers et d’asile (dans le cas des migrants).

L’Union européenne a-t-elle des obligations de sauvetage en mer ?

Au niveau européen, le sauvetage en mer ne fait pas partie des priorités. Frontex est une force de surveillance et de protection des frontières.

En 2016, l’Union européenne a bien mis en place une opération EuroNavFor Med (dite aussi Sophia), qui prolongeait l’opération italienne Mare Nostrum, avec une surveillance aérienne et des forces navales. Mais depuis avril dernier, il n’y a plus de force navale. L’opération Sophia a de fait été progressivement démantelée : devant la diminution des flux migratoires, les pays ont repris leurs navires. Seule subsiste la surveillance aérienne.

Quels recours sont possibles contre l’Italie ?

Il faudra bien un jour qu’elle soit condamnée devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour non-respect de la convention de Genève sur le statut des réfugiés et de la Convention européenne des droits de l’homme pour le droit à la vie. Elle l’avait déjà été en 2012 après avoir refoulé massivement des personnes sans examen individuel de leurs demandes d’asile.

La situation actuelle est beaucoup plus grave. L’association Sea-Watch a déposé un référé devant la CEDH, qui a rendu une décision très molle : elle a refusé d’imposer à l’Italie le débarquement au motif que les passagers les plus vulnérables avaient déjà été transbordés, tout en rappelant à l’Italie qu’il était de son devoir de fournir assistance à toute personne en situation de vulnérabilité sur le Sea-Watch 3. C’est à la suite de cette décision que Carola Rackete a pris la décision de forcer le blocus italien.

Une condamnation de l’Italie par la CEDH aurait pourtant une portée symbolique forte et obligerait peut-être la Commission européenne à se positionner. Les autres recours sont le Tribunal international du droit de la mer et la Cour internationale de justice. Mais là, il faudrait que ce soit d’autres Etats qui poursuivent l’Italie.

Que faire alors ?

Il faut des mobilisations de l’opinion publique et des relais médiatiques. Les voies de recours en justice, même si elles sont symboliques et soumises à la lenteur des procédures, sont utiles. Cela veut dire : « Quand on est un Etat membre de l’Union européenne, on n’a pas le droit de pratiquer cela. »

Les juristes savent que lorsqu’on laisse un pays ne plus respecter ses obligations internationales, cela se termine par des conflits ouverts

Les juristes savent que lorsqu’on laisse un pays ne plus respecter ses obligations internationales, cela signifie que les tensions internationales augmentent considérablement et que cela se termine par des conflits ouverts. Si on laisse faire, on terminera avec un petit caporal Adolf. L’actuelle décision de la juge italienne qui a estimé que Carola Rackete n’avait fait « qu’accomplir son devoir de sauver des vies en mer » est, à cet égard, une excellente nouvelle.

Amère Méditerranée

Il y a tout juste un an, le premier navire de sauvetage à avoir été bloqué en mer, l’Aquarius, accostait à Valence, flanqué de deux navires de la marine italienne, pour débarquer 630 rescapés après dix jours en mer. Que reste-t-il de la solidarité alors exprimée en ce 17 juin 2018 ?

Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE, était à bord de l’Aquarius en juin 2018. Il a vécu heure par heure les sauvetages critiques de la nuit du 9 au 10 juin, les transbordements, la fermeture des ports italiens, le ballet diplomatique à terre et la longue odyssée vers Valence en Espagne.

Le 9 juin 2018, toute la nuit durant, au milieu de nulle part et dans des conditions critiques et dangereuses, 630 hommes, femmes et enfants étaient secourus en haute mer par les efforts conjoints des marins et sauveteurs de SOS MEDITERRANEE, des garde-côtes et de la Marine italienne. A l’issue de longues heures d’opération, les naufragés étaient transférés et pris en charge à bord de l’Aquarius, en mer pour sa 40ième mission en Méditerranée.

La suite est connue de tous et les images ont fait le tour du monde : une annonce brutale de la fermeture des ports italiens, un navire orange à l’arrêt au milieu d’une mer d’huile, des rescapés bannis sous un soleil de plomb, puis une lente odyssée, des tempêtes, et pour finir une impressionnante mobilisation citoyenne et solidaire au débarquement le 17 juin en Espagne.

Dans le sillage de l’Aquarius, des kilomètres de tweets, des émissions spéciales, des débats, des déclarations, de la colère, de l’émotion, des réunions au sommet, de la solidarité. Quels que soient les points de vue, cette situation était inacceptable pour tous, incompréhensible, des solutions devaient être trouvées pour qu’elle ne se reproduise pas. Paradoxalement, cette odyssée indigne, parce qu’elle symbolisait une certaine faillite des Etats européens, faisait naitre un espoir.

Parce qu’il y avait eu l’Aquarius, plus personne ne pouvait ignorer en Europe le drame qui se jouait à notre frontière sud. Parce qu’il y avait eu l’Aquarius, les gouvernements avaient peut-être enfin réalisé le prix de leur inaction, ils allaient sortir de leur torpeur et de leur indifférence, une certaine solidarité européenne allait enfin se reconstruire, on avait enfin compris qu’ici il ne s’agissait pas de politique mais de valeurs, de principes, du respect du droit, des mesures allaient être prises, une solution serait trouvée.

Juin 2019. Un an plus tard, ces espoirs ont été trahis.

La situation était dramatique, elle est désormais chaotique. Les gouvernements sont sortis de leur inaction, mais pour tisser un peu plus le piège autour de cette zone de non droit qu’est devenue la mer entre l’Italie, Malte et la Libye. Les conventions internationales sur la recherche et le sauvetage en mer ont été manipulées pour faire naître une zone de recherche libyenne, artifice incohérent au regard de la situation en Libye.

Les navires gouvernementaux en capacité d’effectuer des sauvetages se sont alors retirés de la zone, garde-côtes italiens puis navires de l’opération européenne Sophia. Les garde-côtes libyens ont été renforcés, financés, équipés et entrainés à mener des interceptions et refoulements illégaux, alors même que le pays sombrait un peu plus dans l’instabilité et que les rapports sur les conditions effroyables des centres de détention se multipliaient.

Comme si ça n’était pas suffisant, les navires de sauvetage des organisations non gouvernementales ont en parallèle été pris pour cible, bloqués au port par un harcèlement administratif inique, privés de pavillon, sujets de poursuites judiciaires prétexte, tandis que la diffamation se systématisait et que les fake news à leur encontre se développaient.

Enfin, la solidarité européenne promise il y a un an n’a toujours pas vu le jour. Si des solutions de débarquement ad-hoc ont été parfois trouvées, péniblement, aucune solution pérenne n’a été réellement envisagée.

Le bilan de cette année tient en un simple chiffre : 1245 personnes sont décédées depuis juin 2018 en Méditerranée centrale. Une personne toutes les sept heures.

La Méditerranée a offert à l’Europe une partie de son histoire, de ses langues, de sa culture mais aussi ses valeurs, son respect pour le droit. Aujourd’hui, l’Europe la trahit en lui offrant en retour déshonneur, lâcheté et manipulations.

Si les Etats ont failli, il appartient aux citoyens de ne pas renoncer et de ne pas à leur tour sombrer dans l’indifférence. Le sursaut des Etats viendra tard, mais il viendra, tant que les navires continueront à porter assistance malgré les difficultés, tant qu’aux côtés de marins citoyens déterminés, se rassemblera la majorité, nous tous qui refusons qu’avec nos semblables, ce soit notre humanité qui se noie en Méditerranée.

N’oublions pas, restons mobilisés.

CREDITS PHOTO : Karpov / SOS MEDITERRANEE

Source http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/tribune-frederic-penard

Pour soutenir SOS Méditerranée http://www.sosmediterranee.fr/

Retour illégal de réfugiés à Evros

« Rapport au procureur de la Cour suprême sur le retour illégal des réfugiés à Evros par le Conseil hellénique des réfugiés »

Le Conseil hellénique pour les réfugiés a adressé au procureur de la Cour suprême une requête, accompagnée d’un dossier contenant toutes les informations dont il disposait, concernant des plaintes concernant le refoulement illégal, informel et violent de réfugiés de la région d’Evros.

Dans une déclaration, il indique que les plaintes concernent des citoyens turcs et se réfèrent en particulier à la période du 27 avril 2019 à aujourd’hui.

Parallèlement, comme il a été noté, il a soumis au bureau du procureur de la première instance d’Athènes trois plaintes à renvoyer au bureau du procureur d’Orestiada, avec cinq réfugiés turcs et leur enfant mineur. Les six réfugiés représentés par le Conseil hellénique pour les réfugiés ont fait appel à la justice grecque pour obtenir des réponses aux actes dont ils se sont plaints d’avoir été commis.

Parmi les concernés se trouve une jeune réfugiée, détenue dans des prisons turques à la suite de son prétendu retour illégal de Grèce en Turquie. Le procès en cause comprend de nombreuses preuves et le témoignage de son frère, qui vit à Athènes.

Le Conseil grec pour les réfugiés appelle les autorités judiciaires compétentes à enquêter efficacement sur ces plaintes. Comme il l’a souligné, il a demandé à plusieurs reprises l’ouverture d’une enquête sur les violations des droits de l’homme dans la région d’Evros, se déclarant profondément préoccupé par des plaintes similaires. « Cependant, aucune réaction officielle n’a été enregistrée à ce jour et les plaintes concernant la pratique illégale de refoulement continuent à augmenter », a-t-il ajouté. »

Criminalisation italienne des sauvetages en mer ?

Sauvetages de migrants en Méditerranée : la capitaine Pia Klemp risque 20 ans de prison en Italie

Pia Klemp, l’ancienne capitaine allemande des navires de sauvetage de migrants Iuventa, puis Sea Watch-3, est accusée par la justice italienne de « suspicion d’aide et de complicité à l’immigration illégale ». Alors que son procès a lieu en ce moment en Italie, se pose la question de la judiciarisation du sauvetage des migrants.

Pia Klemp, ancienne capitaine des navires Iuventa et Sea Watch-3 est jugée en Italie pour des soupçons d’aide et complicité d’immigration illégale. Cette ancienne « matelot de pont » a commencé sa carrière il y a six ans à bord du navire Iuventa (appartenant à une autre ONG humanitaire de sauvetage de migrants, Jugend Rettet), et gravi les échelons pour en devenir capitaine.

C’est d’ailleurs en août 2017 que les autorités italiennes confisquent le navire Iuventa commandé par cette humanitaire de 35 ans, au large de Lampedusa. Les ordinateurs et les téléphones portables qui étaient à bord sont saisis. Une enquête était en cours depuis 2016. 

Les droits de l’homme ne sont pas seulement pour notre bénéfice personnel. C’est une obligation. Si les droits de l’homme ne s’appliquent pas à tous, ils ne s’appliquent à personne.Déclaration de Pia Klemp, capitaine du Iuventa et du Sea Watch, humanitaire allemande jugée en Italie, sur le journal en ligne ze.tt

La décision de justice de pouvoir lire les contenus des appareils du Iuventa — repoussée plusieurs fois — est finalement prise en mai 2018 par le procureur sicilien ayant ordonné la saisie, Ambrogio Cartosio.

D’après les dossiers auxquels Pia Klemp a eu accès par son avocat (comme le relate le journal en ligne ze.tt le 30 mars 2019), ce sont au moins quatre autorités d’enquête italiennes différentes qui ont travaillé contre elle et son équipage, dont les services secrets italiens. Le plus inquiétant reste que son navire a été mis sur écoute, tout comme les téléphones et les ordinateurs portables de l’équipage, le tout doublé d’une surveillance opérée par des informateurs présents sur d’autres navires.

Le gouvernement ayant autorisé ces surveillances est celui de Paolo Gentiloni, le successeur de Matteo Renzi du Parti démocrate, deux ans avant l’arrivée au pouvoir de l’alliance entre la Ligue et le parti 5 étoiles.

L’enquête qui a mené au procès actuel doit donc déterminer si la capitaine Pia Klemp aurait « collaboré » avec des passeurs libyens afin de sauver les migrants perdus en mer grâce à son bateau : cette « complicité », si elle était démontrée par la justice italienne, transformerait le statut de l’ex-capitaine du Sea Watch « d’humanitaire sauveteuse de milliers de personnes en mer » à « complice d’immigration illégale ». L’avocat italien de Pia Klemp a prévenu sa cliente qu’elle risquait 20 ans de prison. Les soutiens à Pia Klemp fleurissent sur les réseaux, à l’instar de ce tweet : 

Criminalisation italienne des sauvetages en mer ?

Le Sea Watch-3 — que Pia Klemp ne peut plus commander par crainte d’une arrestation préventive — a été immobilisé en Italie  le 20 mai dernier pour avoir secouru des migrants au large de la Libye.

Il a pu néanmoins repartir une nouvelle fois en mer, sur ordre de la justice italienne ce 1er juin 2019. L’ONG allemande qui possède le navire a tweeté sa satisfaction à propos de cette décision, plus qu’inattendue dans le contexte actuel : 

« Le Sea-Watch 3 est libre ! Nous avons reçu une notification formelle sur la libération du navire saisi et son retour aux opérations.« 

Ce nouveau « blocage » puis « déblocage » judiciaire du Sea Watch-3 est la continuation d’une politique italienne tendant à criminaliser les sauvetages de migrants par les ONG au large de la Libye, en les accusant de complicité avec les passeurs et dont Pia Klemp fait les frais aujourd’hui.

Cette dernière opération du Sea Watch-3 a permis de sauver 67 migrants en détresse, ramenés par le navire sur l’île de Lampedusa, contournant ainsi la politique de Matteo Salvini de « fermeture des ports ». Le ministre de l’Intérieur italien n’a d’ailleurs pas mâché ses mots sur cette opération au moment du débarquement des migrants, après avoir demandé la saisie du navire et l’arrestation du capitaine :  

Salvini : « Un navire a été saisi, alors j’avais peut-être raison. Ils ont aidé des trafiquants d’êtres humains et j’espère que le capitaine de ce navire sera arrêté.« 

Les propos de Matteo Salvini souhaitant l’arrestation du capitaine du Sea Watch-3, font écho à ceux sur la complicité des ONG avec les passeurs « dans certains cas » de Christophe Castaner qui avaient fait polémique en France, et dont il s’était expliqué sur Twitter :  

Dix jours avant le blocage du Sea Watch-3, Matteo Salvini avait quant à lui présenté un nouveau projet de loi anti-immigration . Parmi les mesures de cette loi, la possibilité de sanctionner financièrement les navires qui portent assistance aux migrants par une amende de 3 500 à 5 500 euros avait été mise en avant.

Que dit le droit en matière de secours en mer ?

Le droit maritime international est très précis : La Convention internationale de 1974 pour la sauvegarde de la vie humaine en mer prévoit qu’un capitaine de navire qui reçoit un message de détresse doit porter secours aux personnes concernées. « Par personne en détresse, on entend toute personne qui risque la noyade et nécessite en urgence un sauvetage en mer », explique Patrick Chaumette, professeur de droit à l’Université de Nantes.

Europe : renvoyer les migrant(e)s au viol et à la torture en Libye

La bataille judiciaire à l’encontre de Pia Klemp est parallèle au changement de politique européenne face au drame des traversées clandestines de Libye vers l’Italie, faites d’embarcations pleines à craquer de femmes, d’enfants et d’hommes en détresse. Désormais le Conseil de l’Europe prône une collaboration avec les autorités libyennes. L’Union européenne a annoncé il y a trois mois qu’elle mènerait désormais l’opération navale « Sophia » (EUNAVFOR Med, lancée en 2015)… sans navires et qu’elle « n’observerait la mer que depuis les airs ». L’Allemagne a d’ailleurs stoppé la mise à disposition de navires pour cette opération.

L’objectif affiché de l’UE en 2019 est de « démanteler le modèle économique des passeurs et des trafiquants d’êtres humains dans la partie sud de la Méditerranée centrale. L’opération remplit également des tâches de soutien. Elle forme la marine et les garde-côtes libyens et contrôle l’efficacité de la formation sur le long terme; elle contribue à la mise en œuvre, en haute mer, au large des côtes libyennes, de l’embargo des Nations unies sur les armes. » 

Aujourd’hui, les gardes-côtes libyens patrouillent donc en Méditerranée et ramènent les bateaux de migrants en Libye, soutenus dans cette action par l’opération « Sophia », ce que dénonce Pia Klemp, qui n’accepte pas que les droits de l’Homme soient devenus des droits « à sens unique ». « Les droits de l’Homme ne sont pas seulement pour notre bénéfice personnel. C’est une obligation. Si les droits de l’Homme ne s’appliquent pas à tous, ils ne s’appliquent à personne.« 

Il est en effet avéré que s’il y a moins de traversées depuis la mise en place de cette nouvelle politique de retour en Libye, les agressions brutales, la torture et les violences sexuelles contre les migrants ont augmenté dans une proportion dramatique dans ce pays, comme le souligne une étude publiée par une ONG basée à New York, la Women’s Refugee Commission (WRC, Commission des femmes réfugiées).

L’étude a révélé que les violences sexuelles perpétrées contre des migrants et des réfugiés le long de la route méditerranéenne incluent la torture sexuelle, la violence génitale et la castration, et contraignent des hommes et des garçons à violer autrui – y compris des membres de la famille et des cadavres – ainsi que des violences sexuelles meurtrières.

Humanitaires contre politique migratoire

Pia Klemp a témoigné il y a peu à une réunion d’ONG au Parlement européen. L’humanitaire a alors raconté une expérience en mer où elle a dû naviguer pendant des jours dans les eaux internationales avec un petit garçon de deux ans, mort et « entreposé » dans la chambre froide du navire, parce qu’aucun pays européen n’avait accepté de laisser entrer son bateau.
La mère du garçon était aussi à bord, vivante. Pia Klemp a alors posé cette question à la fin de son témoignage : « Que dois-je dire à une femme traumatisée dont l’enfant mort gît dans mon réfrigérateur, au sujet de l’UE, lauréate du prix Nobel de la paix ? ». Cette question pourrait être reposée par l’humanitaire, lors de son procès en Italie.

Les accusations de « trafic humain » à l’encontre des ONG en Méditerranée ont débuté avant même la judiciarisation du cas de Pia Klemp, par la voix d’un autre magistrat, le procureur italien Carmelo Zuccaro. Celui-ci avait en effet lancé le premier dans le quotidien La Stampa début 2017 des interrogations sur une « concentration anormale de navires en Méditerranée » et soupçonné certaines ONG de nouer des contacts avec des « trafiquants d’êtres humains », après avoir ouvert une enquête sur les activités des ONG en mer « pour comprendre comment elles se financent et dans quel but. »

Le procureur Ambrogio Cartosi,  à l’époque de la saisie du Iuventa, avait quant à lui expliqué que des membres d’équipage du Iuventa étaient soupçonnés d’avoir « pris à bord à plusieurs reprises des migrants sur des canots pneumatiques amenés directement par des trafiquants« , et que « dans un cas, les passeurs étaient même arrivés à la rencontre du Iuventa avec une vedette des gardes-côtes libyens« . Mais il avait confessé ensuite que cette pratique, bien que « fréquente », l’était pour « des motifs purement humanitaires ».  L’ONG avait malgré tout nié ces accusations

Une pétition pour soutenir Pia Klemp a été ouverte en ligne il y a une semaine, des récoltes de fonds sont en cours pour l’aider à payer des frais de justice pour son procès, qui pourrait durer des années et coûter des centaines de milliers d’euros.
Des accusations aux preuves, le pas n’est pas encore franchi, mais si Pia Klemp est condamnée, une question importante se pose : quelle image donnerait alors l’Europe au reste du monde dans le cadre de sa politique de défense des droits de l’Homme ? 

Publication vidéo de Pia Klemp pour la promotion de l’ONG Iuventa le 24 mai 2019 :

https://www.facebook.com/iuventa10/videos/597284144079176/

Source https://information.tv5monde.com/info/sauvetages-de-migrants-en-mediterranee-la-capitaine-pia-klemp-risque-20-ans-de-prison-en-italie

Editeurs avec les sans-papiers de Chronopost

Nous, éditeurs et éditrices, sommes des usagers réguliers de la Poste, et notamment de Chronopost. Nous envoyons de nombreux livres par la voie postale. Depuis plusieurs années, nous avons constaté et subi la dégradation de la qualité de ce service public. Cette régression s’est notamment manifestée, et nous en sommes témoins, par la détérioration des conditions de travail des employé.es de tous les services de la Poste, ce qui a aussi pour conséquence de nuire à la qualité des services rendus.

Aujourd’hui, nous voyons que la Poste sous-traite une partie de ses activités à des entreprises qui « emploient » des sans-papiers, exploité.es et méprisé.es ; c’est une pratique courante, et l’État actionnaire principal de la Poste – couvre cette forme de travail indigne.

Nous nous rangeons résolument aux côtés des travailleurs et travailleuses sans papiers qui se battent pour leur régularisation. Ces travailleurs et travailleuses qui, tous les jours, transportent nos livres ont le droit à notre respect et à notre solidarité.

Nous exigeons que la Poste réinternalise toute la sous-traitance en son sein et qu’elle remplisse les documents de régularisation des travailleurs et travailleuses sans papiers.

Paris, le 31 mai 2019

Éditions Acratie

Éditions Alternative libertaire

Éditions Arcane 17

Éditions Atelier de création libertaire

Éditions Chant d’orties

Éditions de l’Asymétrie

Éditions Divergences

Éditions du Coquelicot

Éditions du Croquant

Éditions du Monde libertaire

Éditions du Sextant

Éditions Entremonde

Éditions La Brèche

Éditions La Découverte

Éditions La fabrique

Éditions Les Nuits rouges

Éditions Nada

Éditions Noir et Rouge

Éditions Recherches 36

Éditions Sociales

Éditions Syllepse

Éditions Syndicalistes

Source https://entreleslignesentrelesmots.blog/2019/06/01/editeurs-avec-les-sans-papiers-de-chronopost/

Message de SOS Méditerranée

3 QUESTIONS À Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE

Frédéric Penard revient sur la situation plus qu’alarmante en Méditerranée centrale aujourd’hui et sur l’urgence de trouver un navire au plus vite. Pour autant, chercher et trouver un navire adapté aux activités de recherche et de sauvetage de SOS MEDITERRANEE prend du temps. Le cahier des charges est conséquent. Pour y parvenir, il rappelle que le soutien de tous les citoyens mobilisés contre cette tragédie est indispensable.

Soutenir SOS Méditerranée  http://www.sosmediterranee.fr/

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