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Rencontre Mitsotakis Macron

Mitsotakis et Macron : deux hontes côte à côte par ·

Nouvelle rencontre entre le premier ministre grec et le président français, aujourd’hui à Paris, tous deux fiers d’annoncer un rapprochement qui ne promet rien de bon.

MITSOTAKIS ET MACRON : DEUX HONTES CÔTE À CÔTE

La première de ces hontes, c’est celle qui repose sur les épaules des dirigeants français successifs pour leur influence particulièrement nuisible sur ce qui se trame dans la péninsule hellénique. La France a joué un rôle majeur sur ce qui s’est passé de pire depuis dix ans en Grèce :
— ventes d’armes avec rétro-commissions ;
— nombreuses magouilles des banques françaises avec divers prêts pourris ;
— rôle déterminant de Hollande dans la capitulation de Tsipras ;
— nombreux investissements des firmes tricolores dans le dépeçage du bien commun (Suez, Véolia, EDF, Vinci et maintenant Total qui s’apprête à ravager les rivages de Crète avec des forages pétroliers au large de l’île) ;
— dumping social accéléré depuis l’arrivée de sociétés comme Leroy Merlin (au centre de nombreuses polémiques pour son comportement brutal envers les travailleurs à Athènes) ;
— création des premiers hot-spots de la mer Égée, notamment le camp de Moria à Lesbos par Cazeneuve et des fonctionnaires français, avec des conséquences humaines désastreuses ;
— supplément d’équipement de la police grecque made in France pour une bonne partie (et courses à Eurosatory) ;
— surveillance accrue des opposants politiques et des solidaires internationaux, pressions diverses (on en sait quelque chose).

La seconde des hontes dans ce tableau parisien ridicule, c’est bien sûr la fin du discours de Mitsotakis, deux minutes avant la fin de la conférence de presse. Ce n’est pas un hasard si, en guise de conclusion, le premier ministre grec rend subitement hommage aux victimes d’Auschwitz. En réalité, ce n’est pas du tout pour saluer la mémoire des malheureux déportés, mais tout simplement parce qu’il sait parfaitement ce que pensent de plus en plus d’Européens sur l’horreur des camps en Grèce. En effet, de plus en plus de voix s’élèvent contre ce qui se passe à Lesbos et ailleurs :
https://www.illustre.ch/magazine/jean-ziegler-avons-recree-camps-concentration?

Même si nous sommes encore loin des terribles génocides du passé, la situation se détériore et se durcit sans cesse, mois après mois, de façon très inquiétante. C’est pourquoi Mitsotakis tente de désamorcer les critiques, à côté du chef de l’État français (co-responsable de ce drame), mais ça ne marchera pas. Les camps de la mer Égée sont odieux et de plus en plus d’enfants et d’adultes y souffent et y meurent. Chaque semaine, des dizaines d’adolescents tentent de s’y suicider. Chaque semaine, en été comme en hiver :

Honte à l’État grec, honte à l’État français, honte à l’Union européenne, honte à tous ceux qui prétendent nous gouverner.

En France comme en Grèce et dans beaucoup d’autres régions du monde, la révolte gronde. Le pouvoir devient sans cesse plus arrogant, plus violent, plus oppressant. Partout, le pouvoir est un voleur de vies.

Ce réseau international de nuisibles assure le maintien de la domination et de l’exploitation qui nous écrase et nous épuise, et établit des partenariats entre états contre la plupart d’entre nous : opposants, révoltés, précaires, travailleurs, retraités, étudiants, migrants…

N’attendons plus. Prenons nos affaires en main, débarrassons-nous des chaînes qui nous étranglent, unissons-nous par-delà les frontières pour faire tomber tous les murs, de Paris à Athènes et de Santiago à Hong-Kong.

Tournons la page du vieux monde et de ses gardiens zélés.

Yannis Youlountas

Source http://blogyy.net/2020/01/29/mitsotakis-et-macron-deux-hontes-cote-a-cote/

Lesbos : la honte de l’Europe

Jean Ziegler: «Nous avons recréé des camps de concentration»

Il est rentré bouleversé d’une mission pour l’ONU sur l’île grecque de Lesbos, où se trouve le tristement célèbre camp de réfugiés de Moria. Jean Ziegler accuse l’Europe de bafouer les droits de l’homme et publie «Lesbos, la honte de l’Europe». Rencontre avec un rebelle dont la colère ne faiblira jamais.

– Jean Ziegler, vous qui avez beaucoup voyagé et été témoin de crises humanitaires majeures, pourquoi écrire un livre sur Lesbos aujourd’hui ?

– Dans ma fonction de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, j’ai vu des choses horribles, c’est vrai. J’ai vu des enfants mourir de faim dans la Sierra de Chocotan au Guatemala ou dans les bidonvilles de Dacca au Bangladesh. Des choses absolument terribles. Mais lorsque je suis allé à Lesbos, dans le camp de réfugiés de Moria, j’ai été terrifié de comprendre que ce genre de choses se passait aussi en Europe et, pire, au nom de l’Europe. En tant qu’Européen, je me suis tout d’un coup senti complice de la stratégie de terreur, de ce refus du réfugié et de la chasse à l’homme qui règne sur les îles grecques.

– Que se passe-t-il sur ces îles grecques justement? Qu’avez-vous vu dans le camp de réfugiés de Moria?
– Des barbelés, de la nourriture avariée, des conditions d’hygiène absolument affreuses. A Moria, les toilettes sont insalubres et ne ferment pas. Il y en a une pour plus de 100 personnes. Les douches sont à l’eau froide. Le camp se divise en deux. A l’intérieur du camp officiel, plusieurs familles se partagent un seul container, ce qui ne leur laisse que 6 m2 pour vivre. A l’extérieur, ce que les officiels appellent poétiquement «l’oliveraie», c’est un bidonville à l’image de ceux de Manille ou de Dacca. Les enfants jouent dans les immondices entre les serpents et les rats, et lorsqu’il neige, les tentes s’effondrent. Ces camps de réfugiés qu’on appelle des «hot spots» sont de véritables camps de concentration. Les suicides s’y multiplient, les enfants s’y automutilent. C’est le seul endroit, dans le monde entier, où Médecins sans frontières a une mission spécifiquement pédopsychiatrique pour essayer de détourner la volonté de suicide des enfants et adolescents.

– Mais pourquoi donc ces camps ne ferment-ils pas?
– L’Europe crée ces conditions dans un seul but: décourager les réfugiés de quitter leur enfer. Les «hot spots» sont donc un repoussoir, mais c’est complètement inefficace, parce que si vous vivez sous les bombes à Idlib ou dans les attentats quotidiens de Kaboul, vous partez de toute façon, quelles que soient les nouvelles qui vous viennent de Moria. D’ailleurs, les gens continuent d’arriver par centaines à Lesbos.

– Vous parlez beaucoup de responsabilité personnelle. Comment nous, simples citoyens, sommes-nous responsables de ce qui arrive aujourd’hui aux réfugiés de Moria?
– Notre responsabilité est totale. Nous refoulons les réfugiés vers l’enfer auquel ils ont essayé d’échapper avec une stratégie de la terreur. Nous créons de véritables camps de concentration avec des conditions totalement inhumaines. Voyez ce qui se passe aujourd’hui en Syrie, à Idlib: ces bombardements sont affreux mais on ne peut pas dire que nous en sommes responsables. En Grèce, ni vous ni moi ne sommes à l’origine des crimes qui se commettent à Moria, mais nous sommes Européens et donc complices. Ce silence qui couvre ce crime-là est effrayant, intolérable. Mon livre est un appel, un livre d’intervention, une arme pour provoquer le réveil de la conscience collective européenne.

– Vous accusez l’Europe de violer les droits de l’homme mais aussi le droit d’asile et la Convention des droits de l’enfant quotidiennement à Moria. De quelle façon?
– L’hypocrisie des Etats européens est renversante. Nous fêtons cette année le 30e anniversaire de la Convention des droits de l’enfant. Savez-vous que dans le camp de Moria, 35% des 18 000 occupants sont des femmes et des enfants qui ont moins de 10 ans? Pourtant, il n’y a pas la trace d’une école, d’une crèche. Rien du tout. Les gouvernements des pays européens, qui fêtent aujourd’hui cette convention qu’ils ont signée et ratifiée avec des cérémonies un peu partout, créent des conditions qui sont la négation des droits de l’enfant et qui assurent son dépérissement et sa souffrance. Le droit à l’alimentation est aussi violé. Le camp de Moria est une ancienne caserne. C’est donc le Département de la défense qui est en charge de la nourriture distribuée aux réfugiés et qui vient du continent. Très souvent, le poulet, le poisson sont avariés. J’ai assisté à une dizaine de distributions de nourriture. Les gens attendent trois à quatre heures dans la queue, il y a souvent des bagarres et, quatre fois sur dix, j’ai vu des gens jeter directement leur nourriture et ne garder que les pommes de terre, le riz ou les spaghettis qui l’accompagnent. L’Union européenne paie mais les généraux grecs, souvent corrompus, s’accordent avec des sociétés de traiteurs et détournent une partie de l’argent envoyé par l’UE. Ce que les réfugiés reçoivent comme nourriture est scandaleusement insuffisant et personne ne peut rien y faire car l’armée grecque est souveraine.

– On peut imaginer qu’il n’est pas toujours facile d’organiser des distributions de nourriture pour autant de personnes. Surtout quand tout cela doit venir du continent, à plus d’une dizaine d’heures de bateau, non?
– N’allez pas me dire que faire parvenir de la nourriture sur des îles depuis le continent est difficile! Ces mêmes sociétés de traiteurs alimentent des milliers de complexes hôteliers des îles et du continent. La Grèce est un pays touristique hautement développé.

– Et donc, le droit d’asile est lui aussi violé?
– Il est liquidé. Nombre de réfugiés sont repoussés en pleine mer par les bateaux de guerre de l’agence européenne Frontex*, de l’OTAN, des gardes-côtes grecs et turcs sans avoir eu la possibilité de déposer leur demande d’asile. Je cite le droit d’asile: «Quiconque est persécuté pour des raisons ethniques, religieuses ou politiques dans son pays a le droit de chercher protection dans un Etat voisin.» Il n’y a donc pas de traversée illégale d’une frontière dans ce cas. Bien entendu, l’Etat qui reçoit le réfugié est en droit de l’accepter ou de le refuser, mais il a comme devoir d’examiner la demande du réfugié. Les droits fondamentaux, des valeurs sur lesquelles l’Europe est fondée, sont violés et c’est très dangereux.

– Mais que doit-on faire? D’après le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, basé à Genève, jamais autant d’êtres humains, 60 millions, ne se sont trouvés au même moment en fuite. Les pays européens semblent incapables de trouver une solution à une telle situation.
– Il faut fermer immédiatement les «hot spots». La stratégie de la terreur ne fonctionne pas. Elle crée des situations totalement inhumaines et détruit les valeurs fondatrices de l’Europe. La seule manière de créer des conditions d’accueil conformes au droit est d’organiser un plan de répartition de ces réfugiés, ce que l’Union avait fait en 2016. Chaque pays européen doit accepter un nombre de réfugiés selon son PIB.

– La Suisse avait respecté son quota de réfugiés en 2016, mais beaucoup d’autres pays avaient refusé de se plier aux exigences de la Commission européenne et cette solution s’était avérée être un échec total…
– Le gros problème, ce sont les pays de l’Est qui refusent toute relocalisation des réfugiés. Le premier ministre polonais ne souhaite pas accueillir de réfugiés pour, je cite, «sauvegarder la pureté ethnique de la Pologne». Il évoque la pureté ethnique comme l’avaient fait les nazis en Allemagne. Viktor Orban, premier ministre hongrois, a dit que celui qui passait illégalement la frontière se rendait coupable d’une peine de 3 ans de prison. Ces pays, je les appelle des Etats mendiants: ils vivent presque uniquement des subventions de l’aide régionale européenne qui vise à rééquilibrer les situations économiques entre les Etats membres. L’année dernière, cette aide s’élevait à 63 milliards d’euros. Je propose donc de suspendre ces versements pour forcer ces pays à accepter la répartition des réfugiés.

– Dans ces pays, les partis populistes et eurosceptiques continuent leur ascension. Leur couper les vivres ne pourrait-il pas créer une crise diplomatique?
– La population est déjà braquée. C’est la seule solution, car nous sommes dans un rapport de force. Mais la Suisse est aussi fautive. Notre parlement a voté une participation au fonds régional. C’est- à-dire que 1,3 milliard de francs suisses ont été envoyés, sans aucune condition, à ces Etats mendiants. Tout ça, c’est l’argent du contribuable suisse! Mes impôts, les vôtres financent donc des gouvernements fascistes qui sont les vrais responsables de la concentration des réfugiés dans ces zones. Nous, Suisses, donnons de l’argent à Viktor Orban pour qu’il installe des barbelés, construise des prisons pour réfugiés, forme des brigades d’intervention spéciales, dresse des chiens contre des humains sans défense. C’est inadmissible et moi, contribuable suisse, je ne veux pas participer à ça.

– En Suisse, les nouvelles demandes d’asile baissent considérablement et les centres d’accueil ferment leurs portes. Peut-on imaginer que notre pays fasse un geste pour les habitants de Moria?
– La Suisse devrait accepter les réfugiés par contingents. C’est ce qui avait été mis en place à la fin des années 1990 avec la population kosovare. Les gens n’ont pas à prouver qu’ils ont été individuellement victimes de torture ou autre, ils ont juste à prouver leur provenance géographique et le processus n’est pas individuel. C’est ce que nous devrions faire pour ceux venant d’Idlib, de Kandahar ou de Kaboul. Des régions où la vie humaine est mise en danger en permanence par des bombardements ou des attaques.

– Croyez-vous que cela soit réaliste alors que le thème de la migration n’a même pas été abordé lors de la campagne pour les élections fédérales? Les Suisses n’en ont-ils pas assez d’entendre parler de ça?
– Je trouve honteux et scandaleux qu’aucun parti ne se soit penché sur ce sujet alors que c’est l’un des drames les plus effroyables de notre époque. Si le Secrétariat d’Etat aux migrations fait un travail remarquable, le Conseil fédéral manque cruellement de courage et a peur de l’UDC comme le lapin face au serpent. Quant à l’opinion suisse, vous avez raison, elle ne veut pas savoir, elle refoule. Dans une lettre à Oskar Pollak, Franz Kafka écrivait ceci: «Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous.» Si seulement le mien pouvait aider à briser ce mur d’indifférence, ce serait déjà beaucoup.

– La Suisse est-elle toujours un pays à tradition humanitaire?
– Non, il faudrait une insurrection des consciences. D’ailleurs, vous regardez le téléjournal, les journaux, le drame des réfugiés est complètement absent. Cette tragédie se déroule tous les jours dans une normalité glacée en Europe. Et c’est cela qui est incroyable. Cela ne se déroule pas dans un sultanat lointain. C’est sur notre sol. Et la situation est entretenue par des Européens, au nom d’une Europe qui devait être l’incarnation des valeurs des droits de l’homme. Et moi, je suis Européen, merde!

– Votre capacité d’indignation reste intacte. A votre âge, 85 ans, comment expliquer que vous ne soyez pas blasé ou amer?
– Ce qui nous sépare des victimes n’est que le hasard de la naissance. J’ai eu cette chance d’être né dans un pays libre et, du fait de ma carrière universitaire et de mes livres, d’avoir un droit d’expression considérable, un pouvoir d’analyse et de persuasion. J’ai occupé des positions qui m’ont donné une tribune. Aujourd’hui, si j’arrêtais de me battre, aussi puissant que soit l’adversaire, je ne pourrais pas me regarder dans un miroir. C’est très banal, finalement, je veux mourir vivant.

* Frontex est l’agence européenne de gardes-frontières des Etats membres de l’UE et de l’espace Schengen. Si elle dispose d’une réserve de 1500 agents aujourd’hui, son déploiement est progressif et devrait atteindre le nombre de 10 000 agents en 2027. La Suisse vient d’ailleurs d’accroître le montant de sa participation, à 75 millions de francs en 2024 contre 14 millions en 2019.

Source https://www.illustre.ch/magazine/jean-ziegler-avons-recree-camps-concentration?utm_source=Newsletter+L%27illustr%C3%A9&utm_campaign=2176895fae-NEWSLETTER_ACTU&utm_medium=email&utm_term=0_2df58ceca6-2176895fae-118489717&fbclid=IwAR2ozTPep0gDwDkxvpE3lAlh3mvSMsEwRT3J_jJYK_5mxem0wjkkZJm4988

Répression, expulsion et dépossession dans la Grèce de nouvelle démocratie

Auteur  : Theodoros Karyotis

La dernière attaque contre le mouvement de squats en Grèce est le préambule d’une opération massive de dépossession de logements par le gouvernement de droite.

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Dimitris Indares était encore en pyjama lorsque la police a frappé à sa porte dans le quartier de Koukaki, à Athènes, aux premières heures du mercredi 18 décembre. Peu de temps après, il était allongé sur le sol de la terrasse de sa maison, avec la botte d’un policier des opérations spéciales sur la tête. Lui et ses deux fils adultes ont été battus, menottés, les yeux bandés et placés en garde à vue. Quel était le crime d’Indares ? Il avait refusé de laisser passer la police à son domicile sans mandat dans le cadre de son opération d’expulsion du squat qui se trouvait juste à côté.

Le profil d’Indares n’est pas celui d’un squatteur. Un réalisateur de 55 ans et professeur d’école de cinéma, un propriétaire d’une maison, politiquement modéré avec des vues conservatrices, travaillant dur pour que ses fils aillent à l’université. On pourrait dire qu’il est un membre typique de la classe moyenne grecque instruite et un électeur typique du parti au pouvoir Nouvelle Démocratie. Ce fait n’a pas empêché la police de porter des accusations criminelles fabriquées contre lui, accompagnées d’une opération de diffamation.

Le ministre de la Protection des citoyens lui-même a menti sans honte en disant  que la police avait un mandat, que Indares avait résisté à son arrestation et tenté d’arracher l’arme à un policier, que ses deux fils se trouvaient à l’intérieur du squat voisin et qu’ils avaient attaqué la police. Malgré de nombreux témoignages du contraire et la fuite d’un enregistrement audio du moment où Indares a été détenu qui réfute les accusations, les mensonges du ministre ont été répétés avec force par la machine de propagande du gouvernement : les médias de masse appartenant à une poignée d’oligarques alliés au parti au pouvoir.

Même lorsque Nikos Alivizatos, le Médiateur pour les violences policières nommé quelques mois plus tôt par le ministre lui-même, a menacé de démissionner au vu des preuves de brutalité policière, la presse grand public n’a pas tardé à qualifier le professeur de droit constitutionnel de gauchiste qui se range du côté des squatters.

Le cas de Indares a fait l’objet d’une  grande publicité, beaucoup dénonçant les mensonges. Cependant,  le gouvernement et ses faiseurs d’opinion ont refusé de faire marche arrière. Ce qui est préoccupant ici, c’est que cette vague massive de soutien n’est venue que lorsqu’un « père de famille moyen » a vu ses libertés civiles violées.

Depuis que  Nouvelle Démocratie a été élue avec un programme « loi et ordre » en juillet dernier, la police agit comme une armée d’occupation dans les villes grecques, violant régulièrement les droits de l’homme et la dignité. Les détentions arbitraires, la torture,les passages à tabac, les attaques au gaz lacrymogène, les descentes dans les cinémas et les boîtes de nuit,l’humiliation publique,les insultes verbales ont été à l’ordre du jour.

Malgré tout, tant que la violence arbitraire de la police était dirigée contre les manifestants,les jeunes, les étudiants, les squatters,les homosexuels,les immigrants ou les marginaux,  la réaction de l’opinion publique  face aux violations flagrantes et quotidiennes des droits de l’homme était au mieux timide. Malheureusement, de telles pratiques odieuses sont rendues possibles par le soutien actif ou passif d’une partie de la société grecque qui a été convaincue que dans la lutte contre l’ennemi intérieur, tous les moyens sont légitimes, même la violation des droits constitutionnels et de la dignité humaine.

Indares lui-même, dans des déclarations à la presse après sa libération en attente de son procès, semblait confus quant à ce qui l’a vraiment frappé. Il est évidemment consterné par la campagne de diffamation menée contre lui, mais il semble se considérer comme la victime innocente d’une guerre juste. Dans l’enregistrement audio divulgué du moment de son arrestation, on l’entend reprocher à la police d’« agir comme des anarchistes », alors que la possibilité que des anarchistes entrent par effraction chez lui, le battent et le kidnappent est inexistante. Dans son désir de rester modéré, Indares ne reconnaît pas le caractère arbitraire de la répression policière ni la fonction de distorsion de la réalité des médias, tant que les gens pacifiques et travailleurs comme lui, restent à l’abri de cette violence.

Mais ce sont précisément les citoyens  épris de paix comme lui qui ont le plus à perdre dans ce nouveau cycle de dépossession en Grèce.

LA DOCTRINE  « LOI ET ORDRE »

Aujourd’hui en Grèce, plus rien ne rappelle les mobilisations massives et diverses de 2010-2015 contre le programme d’ajustement structurel. Cependant, les conditions matérielles ne se sont pas améliorées pour la majorité de la population, et les politiques d’austérité n’ont pas été inversées. Au contraire, l’austérité a été « naturalisée » : elle n’est plus vue pour ce qu’elle est — une opération massive de transfert de richesse des classes populaires vers le capital national et international — mais comme une catastrophe naturelle, un peu comme une inondation qui balaie tout et vous laisse devoir  reconstruire à partir de zéro.

Le mandat de Syriza au gouvernement a grandement contribué à cette situation. Malgré ses réformes socialement progressistes en matière de droits individuels, l’incapacité de Syriza à contester l’austérité et la poursuite de politiques prédatrices ont eu un « effet TINA » — convaincre la population qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité. La seule ligne de conduite possible, leur fait-on croire, est d’élire la force politique qui peut le mieux la gérer; et les médias de masse, mettant à  l’ordre du jour les sujets de la  sécurité, de l’immigration et du nationalisme, ont convaincu la plupart des électeurs que le meilleur gestionnaire de l’austérité est Nouvelle Démocratie  de Kyriakos Mitsotakis, de droite qui a remporté les élections de juillet.

Mitsotakis, issu d’une longue lignée de politiciens, est né avec une cuillère d’argent dans la bouche. En 1999, tout juste sorti de ses études à Harvard et Stanford, il a obtenu un emploi de gestionnaire de fonds d’investissement à Athènes en utilisant les relations de son père, gagnant l’équivalent de 10 000 euros par mois. Au cours de la dernière décennie, il  s’est forgé l’image de l’héritier qui vient revigorer  l’ancien régime discrédité. Ce que d’autres appelleraient privilège et  népotisme, il  l’a vendu comme « excellence » : c’était le cri de ralliement de sa campagne électorale, avec la promesse d’appliquer la loi et l’ordre.

L’incarnation actuelle du parti Nouvelle Démocratie est une alliance entre ses courants néolibéraux et d’extrême droite, marginalisant le courant de centre-droit qui était dominant dans les années 2000. Mitsotakis et sa troupe de technocrates aristocratiques  se sont entourés de personnalités de la télévision ultra-conservatrices, alarmistes, moralisatrices et nationalistes

Il convient de noter qu’il ne s’agit pas d’une alliance temporaire autour du partage du pouvoir, mais d’une alliance fondée sur un projet commun solide. Le point commun des deux factions est une sorte de darwinisme social, dans lequel les appels à la rationalité économique sont alternés dans le discours du gouvernement avec des truismes racistes et sexistes pour justifier et naturaliser ses politiques répressives et d’exclusion. De plus, les deux factions s’accordent sur le renforcement des valeurs conservatrices et de la structure familiale traditionnelle en tant qu’institution qui absorbera les chocs sociaux permanents de l’ère post-mémorandum.

Outre son discours technocratique et sa promesse de croissance économique, Nouvelle Démocratie a utilisé une rhétorique anticommuniste qui rappelle la guerre froide, ainsi qu’un révisionnisme historique qui cherche à éliminer la résistance populaire de l’histoire récente du pays. Grâce à des récits nationalistes, xénophobes et homophobes, elle a réussi à débaucher les électeurs du parti néo-nazi Aube dorée, qui, acculé par les actions du mouvement antifasciste, un procès en cours, une division interne et la montée de nouvelles formations politiques d’extrême droite, n’a pas réussi à entrer au parlement en Juillet, pour la première fois depuis 2012.

À cet égard, la doctrine « loi et ordre » est un élément essentiel de la stratégie du gouvernement. Comme pour les gouvernements précédents, sa capacité d’exercer sa propre politique est extrêmement limitée, car, malgré la fin formelle des « mémorandums » de sauvetage, les politiques économiques et étrangères sont toujours dictées par les « partenaires » et les « alliés » du pays, et il y a une surveillance et évaluation constantes de la législation et des résultats budgétaires par des organes étrangers nommés de l’extérieur. La « sécurité intérieure » est donc le seul domaine où le gouvernement peut réellement mettre son énergie et légitimer son pouvoir aux yeux de sa clientèle électorale de plus en plus conservatrice.

Le déploiement des forces de police dans les zones urbaines s’est donc  transformé en un grand spectacle, le mouvement anarchiste étant identifié comme le principal adversaire. Le ministre de la Protection des citoyens, Michalis Chrisohoidis, notoirement autoritaire, a lancé un ultimatum de 15 jours à tous les squatteurs pour qu’ils quittent volontairement leurs bâtiments sous peine d’expulsion forcée.

L’ultimatum devait expirer le 6 décembre, date anniversaire de l’assassinat d’Alexis Grigoropoulos par la police en 2008, date qui attire régulièrement des foules de manifestants dans les centres-villes. Cependant, le plan s’est retourné contre lui après les expulsions de Koukaki ; face à une mobilisation accrue et à des critiques généralisées de la violence policière, le ministre a dû mettre le plan en attente pour redéfinir ses tactiques répressives.

Squatter sur le terrain de la petite propriété

Incidemment, ce sont les émeutes de 2008 qui ont incubé le mouvement des squatters en Grèce; squatter a persisté comme une pratique d’auto-organisation populaire dans les années de mobilisation qui ont suivi.  Aujourd’hui, il y a des centaines de squats en Grèce, parmi lesquels des logements pour les habitants et les immigrants, des centres sociaux, des fermes urbaines et des usines.

Les squats sont une partie importante de l’infrastructure sociale mise en place par les mouvements contestataires qui cherchent à libérer l’activité humaine et la  vie en société de la marchandisation et du consumérisme, et à expérimenter des structures de prise de décision et de coexistence plurielles. Malgré leur caractère expérimental et incomplet, les squats sont un rappel vivant qu’il peut exister des espaces sociaux et des relations en dehors de la règle du capital, en dehors du cycle travail-consommation-sommeil

Les squats sont également  des lieux où les habitants et les immigrants coexistent et où les demandeurs d’asile créent leurs propres structures d’autogestion, en réponse aux conditions inhumaines imposées aux nouveaux arrivants dans les camps de réfugiés. Tous les gouvernements de l’ère des mémorandums s’entendent pour dire que les alternatives sociales doivent être réprimées. La présente campagne d’expulsions est donc une intensification des tactiques des gouvernements précédents, y compris celle de Syriza.

Même si la grande majorité des espaces squattés sont des bâtiments  abandonnés, non entretenus,  appartenant à l’État, à des fondations privées, de riches héritiers ou l’église, les  petits propriétaires en sont venus à voir le squat comme une menace à leurs propres intérêts. Cela peut être dû au fait que la petite propriété immobilière est fondamentale dans la société grecque. Après la Seconde Guerre mondiale, contrairement aux politiques de logement social de l’Europe du Nord, l’État grec a activement promu l’auto-construction, considérant la propriété immobilière comme le facteur de compensation  qui garantirait la réconciliation nationale d’un peuple profondément divisé et marqué par la guerre civile.

En conséquence, la Grèce se caractérise par la dispersion de la petite propriété et l’un des taux les plus élevés de propriétaires en Europe, même si un quart de la population est sans propriété et condamné à un secteur locatif très volatile sans politique de logement en place comme  filet de sécurité. Bien que les mesures d’austérité aient transformé la propriété immobilière d’un actif en un passif par la surtaxation et la baisse des prix de l’immobilier, la propriété  reste toujours un signe majeur  dans l’imaginaire du progrès pour une majorité de Grecs.

La propriété immobilière signifie donc beaucoup plus qu’un logement. C’est la mesure de la réussite d’une famille, son moyen de mobilité sociale, l’atout à transmettre à la génération suivante et, en l’absence de politiques adéquates de protection sociale de l’État, la couverture contre un avenir incertain. Cela peut  expliquer en grande partie  l’opposition de principe de la plupart des Grecs à la pratique du squat, malgré le fait que la petite propriété familiale n’est jamais la cible des squatteurs. Mais cela peut aussi aider à expliquer le fait que depuis le début de la crise, une loi spéciale sur l’insolvabilité protège la résidence principale hypothéquée des débiteurs à faible revenu en retard de paiement contre  la saisie  et la liquidation par les banques.

Bien que, dans de nombreux cas, des saisies aient encore eu lieu, cet arrangement a contribué à maintenir la paix sociale en empêchant les expulsions massives de familles  des classes ouvrière et moyenne. Étant donné que la famille occupe une place prépondérante en Grèce et qu’elle a supporté le poids de l’ajustement structurel, tous les gouvernements jusqu’à présent, quelle que soit leur orientation politique, ont respecté cet arrangement. Toutefois les choses sont sur le point de changer.

PROBLÈMES FAMILIAUX

La prééminence de la famille sur le plan socio-économique grec n’est pas due à une « psyché » grecque prétendument centrée sur la famille, mais elle est le produit d’un mode de développement économique historique « familial », dans lequel l’unité familiale élargie a été rendue responsable de la protection et du bien-être de ses membres et a assumé des tâches de reproduction qui, dans les pays d’Europe du Nord, étaient assurées par l’État providence.

Dans la seconde moitié du 20e siècle, ce modèle de développement soigneusement conçu et mis en œuvre a permis à la Grèce d’atteindre des taux élevés de croissance économique basés sur une main-d’œuvre bon marché avec un coût minimal pour l’État et les employeurs. Dans ce contexte, le clientélisme, l’évasion fiscale, la corruption, le laxisme dans l’application des règlements et autres  » particularités  » grecques n’étaient pas des comportements pathologiques, comme les manuels économiques voudraient nous le faire croire, mais des comportements adaptatifs parfaitement rationnels, sanctionnés par l’État, de la famille qui cherchait à rivaliser et à maximiser sa richesse afin de fournir du bien-être à ses membres, en l’absence de tout autre mécanisme de redistribution.
Les effets secondaires malsains d’un tel arrangement sont apparus à la fin des années 2000, avec un grand nombre de travaux théoriques et artistiques critiquant la structure patriarcale oppressive de la famille grecque. L’incarnation de cette critique se trouve dans le mouvement cinématographique connu sous le nom de  » Greek weird wave « , lancé par le film primé de Giorgos Lanthimos, Dogtooth, une parabole sur les complications claustrophobes et de distorsion de la réalité de la famille patriarcale co-dépendante. La volonté de critiquer et de dépasser la formation familiale traditionnelle et de célébrer les nouvelles identités et les nouveaux arrangements sociaux s’est manifestée dans la mobilisation et l’expérimentation des mouvements sociaux au cours de la décennie suivante.

Cette critique a cependant été de courte durée. Pour l’alliance des néolibéraux et de l’extrême droite qui dirige actuellement le pays, la recomposition de la famille traditionnelle est une pièce centrale.

Les raisons de l’extrême droite sont claires : la famille patriarcale est le laboratoire biopolitique de base de la nation, renforçant les tâches reproductives des femmes, contrôlant les aspirations et les comportements de ses membres, imposant le genre et l’orientation sexuelle  » corrects « , la langue et la religion uniques.

Pour les néolibéraux, les raisons sont un peu plus profondes : malgré l’accent discursif mis par le néolibéralisme sur l’individu rationnel qui s’est fait tout seul, la famille reste la structure chargée de faciliter ses projets de privatisation et d’éradication de toutes les prestations sociales. En plus du travail  non rémunéré, la famille, par l’investissement, l’endettement et la redistribution interne, absorbera une fois de plus les chocs de l’ajustement structurel et protégera ses membres dans la guerre totale qu’est l’économie privatisée, atténuant ainsi la crise de la reproduction sociale qui est synonyme d’expansion néolibérale. Dans la société d’individus isolés et égoïstes envisagée par le néolibéralisme, la famille traditionnelle est le filet de sécurité ultime ; son autorité sur ses membres est donc activement renforcée.

L’austérité a déjà ouvert la voie à une telle renaissance des valeurs familiales conservatrices. La baisse des revenus et les taux de chômage élevés ont condamné toute une génération de jeunes à rester économiquement dépendants de leurs parents ; ils sont souvent contraints de vivre avec eux jusqu’à une trentaine d’années. Cela renforce l’autorité morale de la famille patriarcale sur les membres dépendants de la famille.

Cependant, la renaissance des valeurs familiales traditionnelles a également nécessité un renforcement externe : tout au long des périodes de crise, les médias ont maintenu le peuple grec dans un régime constant de nationalisme, de religion et de panique morale. Des récits réactionnaires homophobes, anti-avortement ou misogynes ont fait leur chemin dans tous  les recoins de la culture de masse et des hordes de personnes influentes d’extrême droite ont promu la fable selon laquelle la culture patriarcale traditionnelle est l’objet de persécutions politiques de la part de la gauche.

Ce fut le substrat d’un processus continu de construction de  » l’ennemi intérieur  » :  toute personne qui ne contribue pas à la reproduction culturelle et physique de la nation : les mouvements sociaux, les immigrants, les anarchistes, les personnes LGBTQ, les personnes aux prises avec des maladies mentales, les toxicomanes et les Roms. A côté de la biopolitique de la cellule familiale traditionnelle, il y a la thanatopolitique – une politique de mort – de l’État et des néo-nazis. Aux meurtres très médiatisés du rappeur antifasciste Pavlos Fyssas et du militant des droits des homosexuels Zak/Zackie Kostopoulos, il faut ajouter les milliers d’habitants et d’immigrants qui sont jugés indignes de vivre et à qui on refuse les droits et l’aide de base, souvent avec des conséquences fatales.

Comme dans beaucoup d’autres pays, l’austérité en Grèce n’a pas conduit à des solutions positives tournées vers l’avenir, mais à une régression conservatrice accélérée. Malgré l’apparition d’un large consensus social autour des valeurs conservatrices, la classe dirigeante sait que ce nouvel équilibre est très délicat, car la politique de dépossession de la majorité sociale par le capital local et international est loin d’être terminée. Et le prochain cycle de dépossession en Grèce se concentre sur ce qui est le plus cher aux Grecs : le logement.

INTENSIFICATION DE LA DÉPOSSESSION DU LOGEMENT…

L’effet net des politiques d’austérité en Grèce a été une vaste redistribution des richesses vers le haut. Selon les données de l’ONU, entre 2007 et 2017, malgré des taux de croissance du PIB essentiellement négatifs, le 1 % de la population ayant les revenus les plus élevés a vu ses revenus augmenter de 6 %, tandis que les 40 % ayant les revenus les plus faibles ont perdu 44 %.

En raison de la baisse des revenus, ainsi que des pratiques de prêt  inconsidérées des banques en temps de pré-crise, les Grecs ont commencé à ne plus pouvoir effectuer des paiements. Les prêts hypothécaires non performants ont explosé, passant de 5 % de tous les prêts hypothécaires en 2008 à 45 % en 2019. La tragédie sociale a été évitée grâce au cadre juridique de protection de la résidence principale mentionné ci-dessus, qui a permis une décote modérée, une renégociation et une subvention des prêts hypothécaires pour les propriétaires à faible revenu surendettés. Malgré cette mesure, à la fin de 2019, 350 000 prêts hypothécaires, d’une valeur de 25 milliards d’euros, étaient toujours en souffrance, ce qui compromettait la sécurité du logement pour une grande partie de la population.

Toutefois, la protection des propriétaires n’était pas la seule motivation derrière le cadre de protection de la résidence principale ; cet arrangement a également servi à protéger les intérêts du secteur bancaire. Au plus fort de la crise de la dette, les prix de l’immobilier avaient chuté et la liquidation des actifs hypothéqués aurait donc été très dommageable. Les banques ont dû gagner du temps jusqu’à ce que les prix de l’immobilier remontent. Et cette condition a été remplie en 2018, lorsque, malgré la faible demande intérieure, les prix ont été poussés à la hausse par les pressions croissantes sur le marché immobilier : le déploiement des Real Estate Investment Trusts à la suite d’importantes réductions d’impôts, un programme de  » Visa d’or  » offrant une résidence aux citoyens non européens qui investissent plus de 250 000 € dans l’immobilier, et, surtout, une forte augmentation des locations à court terme, notamment par le biais d’Airbnb.

Avec la remontée rapide des prix, les banques ont travaillé dur pour accélérer les saisies et les ventes aux enchères de logements hypothéqués, ainsi que pour vendre des  » paquets  » d’actifs déjà saisis à des fonds étrangers. Sous la pression des  » partenaires  » internationaux de la Grèce, le gouvernement abolit le premier cadre de protection des résidences en mai. Jusqu’à 200.000 maisons sont menacées de saisie au cours de l’année prochaine.

Cela représente une intensification de la tendance à la dépossession de logements qui a déjà changé le visage des villes grecques au cours des dernières années. Koukaki, le quartier de Dimitris Indares, est un exemple de cette tendance. En l’absence de protection des locataires, Koukaki a vu de nombreux locataires jetés dehors, leurs maisons achetées par des investisseurs étrangers ou locaux et transformées en appartements touristiques. Les loyers exorbitants – souvent supérieurs au salaire moyen – chassent les habitants du quartier, aspirant ainsi la vie d’un quartier autrefois animé, désormais de plus en plus orienté vers le service aux touristes à la recherche de  » l’expérience athénienne authentique « .

Lors d’une manifestation anti-Airbnb en juillet 2019, des voisins pacifiques ont été confrontés à des violences policières non justifiées. L’expulsion de trois squats au petit matin du 18 décembre à l’aide de balles en caoutchouc – l’opération qui s’est terminée par le raid au domicile d’Indares – a fait partie intégrante de l’effort du gouvernement pour réprimer toute résistance au violent développement touristique. D’autres quartiers, tels que le centre du mouvement social Exarchia, ont des histoires similaires à raconter.

…ET LE RENFLOUEMENT DES BANQUES, ENCORE

En décembre dernier, le Parlement a approuvé le plan « Hercule » de vente de 30 milliards d’euros de prêts non performants à des fonds, l’État se portant garant. Les prêts seront vendus à une fraction du prix nominal, et les fonds auront toute latitude pour en exiger le remboursement intégral, ce qui entraînera des saisies et des ventes aux enchères de biens immobiliers en garantie, y compris des propriétés commerciales et résidentielles.

Le symbolisme du nom est clair : comme le mythique Hercule a détourné deux rivières pour nettoyer les écuries  d’Augeas de tonnes de fumier, de même le gouvernement détourne jusqu’à 12 milliards d’euros de ses réserves pour garantir ces  prêts toxiques et nettoyer les comptes des banques. Ce n’est pas simplement « l’argent du contribuable » : c’est l’argent du sang extrait du peuple grec par des mesures d’extrême austérité.

Le paradoxe est que, alors que la loi interdit aux banques d’offrir de généreuses  et des renégociations aux débiteurs, elles sont maintenant autorisées à vendre les créances douteuses même à 7 ou 10 pour cent de la valeur nominale pour les sortir de leurs livres, et l’État utilise ses réserves pour garantir ce transfert de richesse à taux réduit vers des fonds étrangers spécialisés dans les « actifs en difficulté ». Le plan « Hercule » constitue donc une recapitalisation indirecte des banques grecques, la quatrième depuis le début de la crise, toujours avec l’argent du contribuable.

Ce plan – avec l’abolition imminente de la protection de la résidence principale, la grande vague de saisies immobilières qui est déjà en cours, et la vente  de  » paquets  » de biens immobiliers déjà saisis par les banques à des fonds – constitue une opération bien orchestrée de dépossession de logements en Grèce. Des milliers de familles sont menacées d’expulsion, leurs maisons étant finalement détenues par des sociétés étrangères à des prix bien inférieurs à leur valeur marchande.

Alors que les acteurs immobiliers se préparent à attaquer, le modèle de logement grec – caractérisé par une petite propriété généralisée et un pourcentage élevé d’occupation par les propriétaires – va commencer à vaciller. Cela ne manquera pas de générer des souffrances humaines, car le contexte est celui d’une montée en flèche des prix des loyers et d’une absence totale de politiques de logement efficaces pour absorber le choc.

Partout dans le monde, là où le néolibéralisme s’installe, les solidarités sociales s’effondrent, les inégalités s’intensifient et les gouvernements déploient une force de police militarisée, brutale et sans obligation de rendre des comptes pour contenir le mécontentement populaire. L’année 2019 a été riche en exemples de ce genre, du Chili et de l’Équateur au Liban et à la France. Dans le contexte grec, l’attaque permanente du gouvernement contre le mouvement des squats a une double fonction : d’une part, elle vise à neutraliser  » l’ennemi intérieur  » et à éliminer l’un des rares bastions  de critique et de résistance à la dépossession, à l’embourgeoisement et à la  » rénovation urbaine « . D’autre part, ils essaient  les tactiques répressives qu’ils vont employer dans la vague imminente de saisies de logements, testant les réflexes de la société à la violence extrême et arbitraire, et envoyant un message positif aux  » investisseurs  » potentiels qu’aucun effort ne sera épargné pour protéger leur  » investissement « .

Paradoxalement, si la tendance actuelle à la dépossession des logements se poursuit, Dimitris Indares et de nombreux citoyens pacifiques comme lui vont se rendre compte que, malgré leurs désirs et leurs aspirations, leur sort est davantage lié à celui des squatters d’à côté qu’à celui du gouvernement grec et des organisations financières internationales qu’il sert.

Theodoros Karyotis

Theodoros Karyotis est un sociologue, traducteur et activiste qui participe à des mouvements de base. Il mène actuellement des recherches sur la propriété et le logement à Thessalonique, en Grèce.

Source https://popularresistance.org/repression-eviction-and-dispossession-in-new-democracys-greece/

Grèce : 19.000 personnes entassées dans le plus grand camp d’Europe !

Cette semaine à Lesbos, le nombre d’adultes et d’enfants confinés dans des conditions épouvantables vient d’atteindre un nouveau record.

GRÈCE : 19.000 PERSONNES ENTASSÉES DANS LE PLUS GRAND CAMP D’EUROPE !

Le camp de Moria, conçu par l’Union Européenne avec un rôle prédominant de la France (à l’époque de Bernard Cazeneuve), était prévu au départ pour accueillir moins de 3000 personnes. Depuis 2016, les souffrances, violences et décès se sont succédés sans qu’un terme ne soit réellement donné à cette honte.

Parallèlement, depuis l’été passé, le nouveau gouvernement grec a amplifié les représailles contre les squats qui accueillent réfugiés et migrants dans l’autogestion*, notamment au sein du quartier rebelle et solidaire d’Exarcheia qui rassemble environ la moitié des squats d’Athènes.

Pour le pouvoir, en Grèce comme ailleurs, nous ne sommes que des chiffres, des machines à produire, des corps à torturer ou à éliminer. Libérons-nous, entraidons-nous, prenons nos vies en mains, par-delà les frontières.

Yannis Youlountas

Source http://blogyy.net/2020/01/18/grece-19-000-personnes-entassees-dans-le-plus-grand-camp-deurope/

* Exemple du squat Notara 26 qui résiste encore à Exarcheia, malgré les agressions, les menaces et les ultimatums :

Mettre fin à l’Europe des murs

19 décembre 2019 par Mamadou Bah 

Drapeau symbole de l’Europe forteresse (CC – Wikimedia)

La migration étant un phénomène naturel, en effet, tout être humain doit jouir du droit de se mouvoir sans se justifier, ni être inquiété. Malheureusement, trente ans après la chute du mur de Berlin, l’Europe continue à produire au cours de cette dernière décennie, une pratique honteuse similaire à celle de l’Union soviétique qu’elle avait condamné à l’époque, c’est-à-dire, qu’elle érige des frontières tangibles comme marqueur de différence « le nous et le eux ». Aussi barricadée que l’Europe soit, elle ne sera jamais « hermétique » !

  Sommaire  
  • Contexte
  • Inefficacité et échec de la fermeture des frontières dans tous ses aspects
  • Que peut-on faire pour s’opposer à cette politique d’Europe forteresse ?
  • Nouvelle approche de partenariat Nord-Sud
  • Conclusion

 Contexte

L’Union européenne (UE), dans son hystérie institutionnelle de protection de ses frontières extérieures et de garantir la sécurité intérieure, proposait en 2018 de tripler le budget alloué à Frontex (agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes), à hauteur de presque 35 milliards, pour la période de 2021-2027.

En se centrant sur la problématique des frontières, l’Europe se focalise sur ses dérivés, alors que, le cœur du problème se situe dans le fait que, de trop nombreuses personnes de pays d’Afrique, se sentent obligées de migrer. En effet, les populations sont poussées par la violence des politiques néolibérales, portées par ceux mêmes qui érigent ses clôtures, au détriment de la logique émancipatrice qui, pourtant est universelle.

Depuis quelques années, face au constat de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations) que la Mer Égée est devenue la frontière la plus meurtrière des migrants au monde, l’UE fuit ses responsabilités en lieu et place de mettre en œuvre une politique migratoire européenne efficace, humaine et sûre. En effet, en 2015, lors du sommet de la Valette qui regroupait les chefs d’États et gouvernements européens et africains, l’UE a lancé un plan de sous-traitance de sa politique migratoire. Celui-ci consistait à faire « collaborer » les pays du Sud, sous la forme d’un chantage, à accepter d’accueillir les migrants sans titre de séjour, refoulés de force par les pays européens.

C’était une des conditions imposées par l’UE pour poursuivre sa coopération avec le continent sur le plan économique, commercial et d’aide au développement. Un autre accord avait été signé avec la Turquie en 2016, sous forme d’un pacte migratoire, qui, malgré son coût exorbitant pour l’UE, avait comme contrepartie implicite, de garder le silence sur les violations quotidiennes des droits humains dans le pays.

Comme une pathologie, l’idéologie sécuritaire et la volonté à tout prix de stopper l’immigration clandestine à la source ont poussé l’UE, par la voix de sa chargée des Affaires étrangères (Federica Mogherini), à lancer un plan dont l’objectif était de « déplacer » le contrôle de sa frontière vers l’Afrique subsaharienne.

Le Niger, à l’instar de la Turquie, étant considéré par l’UE comme un laboratoire, principal point de passage au Sahel, de par sa situation géographique, pour entrer en Europe, a été contraint par le chantage d’être l’État tampon (contrôle à la source) de l’UE et de collaborer avec Frontex. Des instructeurs de Frontex ont été dépêchés sur place pour former et équiper les militaires et les policiers nigériens sur les techniques de détection d’un ou des individus en chemin pour l’Europe. Une autorisation qui ouvrait la porte aux pires abus de la police et l’armée, et une traque basée sur les contrôles au faciès.

Cette externalisation de la frontière européenne jusqu’au Niger a en plus un effet au niveau de la région, car elle viole le droit des personnes à se mouvoir librement au sein de l’Afrique de l’Ouest, consacré par le traité de la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) pour la libre circulation des personnes et des biens, signé en 1979 à Dakar.

 Inefficacité et échec de la fermeture des frontières dans tous ses aspects

L’idéologie des frontières qui est vendue ces derniers temps par l’élite européenne comme la seule alternative pour étouffer la migration clandestine, montre malheureusement ses limites, face à des personnes fuyant un danger, une guerre, une famine ou qui cherchent une vie meilleure, notamment la possibilité d’entreprendre des études (comme le destin tragique de Yaguine et Fodé l’a tristement rappelé [1]). Cette politique, faisant écho à l’expérience américaine (clôture entre l’Amérique et le Mexique), est inefficace et contre-productive. Elle porte fortement atteinte aux droits fondamentaux et aux traités internationaux dont l’Europe est signataire. Elle nourrit, entretient le trafic des êtres humains et est à l’origine de milliers de morts dans la Méditerranée.

En effet, ces dernières années, la prétendue « crise migratoire » a créé des vifs débats, et provoqué des tensions sur notre continent. Elle a servi de support à l’extrême-droite européenne dans sa construction du discours anti-migrants et a imposé, avec des arguments très pauvres en contenu, son agenda qui prône la fermeture des frontières comme la seule alternative qui permettra aux citoyens européens de retrouver leur pouvoir d’achat, de conserver leurs droits sociaux… Cette démarche insidieuse se traduit entre autres par une intoxication de l’opinion publique, visant à convaincre les couches sociales victimes du système que tous leurs maux viennent de l’afflux d’étrangers dans leur pays. En exemple la carte blanche de Bart De Wever du 24 janvier 2018 qui disait : « la gauche doit choisir entre les frontières ouvertes et l’État de providence ». C’est l’habituel récital « Diviser pour régner », qui permet aux gouvernants de se gagner la faveur d’une partie de la population.

Un exemple éclairant nous est donné par la fameuse clôture entre les USA et le Mexique. Dans une optique de contrer la crise migratoire (qu’elle a même provoqué par le biais du traité Tafta-Alena NBP Trans Atlantic Free Trade, Accord de Libre-Echange Nord-américain 1992), les États-Unis ont fermé leur frontière avec le Mexique. Or, cela n’a pas pu freiner une population forcée de migrer par le biais des politiques néolibérales créées par l’impérialisme. Comme promis lors de sa campagne, Trump revient avec sa politique stérile de remplacer la clôture par un mur qui, une fois budgétisé, coûtera des milliards aux contribuables américains, et aura des conséquences sur le peu de contrat social existant aux USA. On retrouve malheureusement ce même type de clôture aujourd’hui en Europe telles que celles de Melilla en Espagne et en Hongrie de Viktor Orban.

Concernant l’efficacité de ces murs, on peut parler d’une réussite en trompe-l’œil. Certes, les défenseurs de cette politique se vantent de freiner l’immigration clandestine, alors qu’elle ne fait que déplacer les voies d’accès vers d’autres endroits beaucoup plus dangereux. Cette politique d’une « Europe forteresse » alimente indirectement les entreprises criminelles des passeurs et encouragent le trafic d’êtres humains…

 Que peut-on faire pour s’opposer à cette politique d’Europe forteresse ?

L’éducation populaire reste en effet incontournable. Elle doit davantage agir de manière pro-active :

  • reconquérir le terrain, aller à la rencontre des personnes pour expliquer les conséquences de ces frontières sur notre quotidien et notre démocratie ;
  • expliquer aux citoyens, de manière pédagogique que les 35 milliards alloués à l’armée Belge, pour l’achat des F-35 qui, dans une coalition des puissants, vont bombarder d’autres pays, est une des conséquences de la migration contre laquelle l’Europe se barricade ;
  • déconstruire et dénoncer ces pratiques présentées comme soi-disant « la seule alternative » ;
  • dénoncer les coûts exorbitants qu’elles engendrent sur le plan matériel (barbelés, caméras de vision nocturne dernière génération, etc.) et humain (personnel policier, voire recours à des sociétés privées), jusqu’au Traité anti-démocratique avec la Turquie (deux fois trois milliards offerts au régime autocratique de Recep Tayip Erdogan Président de la Turquie).

 Nouvelle approche de partenariat Nord-Sud

La complémentarité des deux continents fait que l’Afrique a besoin de l’Europe pour se développer et l’Europe a aussi besoin de l’Afrique pour continuer son développement. Cependant, il est nécessaire de sortir du cadre de référence à savoir l’aide au développement, qui est d’une part humiliante, rabaissante et d’autre part qui présente un risque énorme d’entraîner le continent dans une dépendance installée. Par ailleurs, il est fondamental de redéfinir de nouvelles approches de coopération (partenariats, traités…) et de relation (échange équitable et mutuellement profitable à tous, collaboration, ouverture et respect), qui pourraient être une des solutions, peut-être moins coûteuse au contribuable, sur la migration « clandestine » car, aussi barricadée que l’Europe soit, elle ne sera jamais « hermétique ».

Voici un exemple pour illustrer cette théorie. Le Botswana, ancienne colonie anglaise, indépendant depuis 1966, était parmi le top cinq des pays les plus pauvres d’Afrique, malgré son palmarès de deuxième producteur mondial de diamant. Cette manne qui était exploitée par De Beers (multinationale anglaise), échappait aux autorités, à cause des traités coloniaux existants entre ces deux pays, et était exportée à l’état brut. A cette époque, les botswanais migraient beaucoup pour des raisons économiques.

Au cours des années 90, le pays a pris la décision courageuse de suspendre le contrat avec De Beers, afin de le renégocier dans le cadre d’un processus de nationalisation, concernant tant l’extraction que la transformation et le commerce des diamants. Dans ce cadre, a émergé un nouvel accord de partenariat (dans lequel une nouvelle dénomination a été attribuée à l’entreprise la « Debswana »), au sein duquel l’entreprise et l’État, s’engagent à moderniser les méthodes d’extraction, la construction des usines de transformation et des centres de négoce.

Cela a permis au pays de devenir un des leaders du négoce du diamant et a entraîné la relocalisation de nombreuses entreprises du secteur issues des quatre coins du monde pour le Botswana notamment le géant britannique De Beers qui a relocalisé de Londres à Gaborone, une partie importante de son négoce de pierres précieuses. Suite à cela, la valeur de la matière a subi une augmentation de 3 à 4 fois le prix à l’état brut. Par sa pugnacité, après plusieurs batailles, ce nouvel accord de partenariat économique (APE) entre les deux parties a généré des richesses et beaucoup d’emplois directs et indirects. Le pays est actuellement l’un des plus prospères d’Afrique, avec un véritable système de redistribution des richesses via la gratuité à tous des soins de santé primaires, un investissement important dans l’enseignement, les centres de formation, la création d’emploi et un soutien alloué aux associations pour faire un travail de terrain car, les autorités ont fait le choix politique de la logique émancipatrice. C’est l’aboutissement d’un travail politique qui favorise l’épanouissement des jeunes à la base.

Ces dix dernières années, plusieurs ONG notamment le PNUD mentionne un changement de sens de la migration, par ailleurs, Transparency International, classe le pays au 26e rang des pays les moins corrompus au monde (indice 2001).

Ce changement s’est opéré indépendamment de l’aide au développement de l’UE, en revanche, la détermination, l’éthique et le courage des femmes et hommes politiques du pays, de s’attaquer au lobby des multinationales, que les traités de partenariat favorisent le plus souvent en termes de puissance, de pouvoir et d’influence ont été décisifs. Cela n’a coûté aucun centime aux contribuables européens sur le plan sécuritaire, logistique, humain !

 Conclusion

Mr Jean-Claude Juncker a terminé son mandat à la tête de la Commission européenne avec un palmarès épouvantable : sous sa présidence, des milliers de migrants sont morts noyés dans la mer Égée. Un sinistre bilan incarné par l’épave du chalutier dans lequel 800 personnes ont péri en 2015 entre la Libye et l’Europe, dont l’épave sera bientôt exposée à Venise, à l’initiative d’association de défense des droits des migrants. Il est temps d’arrêter ce massacre, tant aux frontières qu’au Sud globale, et laissé les pays d’Afrique et d’ailleurs en dehors des rapports de domination du capitalisme mondiale qui les étouffe.


Article initialement publié dans le magazine trimestriel le CHOU (MOC), n°108 d’avril-mai-juin 2019″ : https://mocbxl.be/wp-content/uploads/chou_108-1.pdf

Notes

[1Le 28 juillet 1999, Yaguine Koita, 15 ans, et Fodé Tounkara, 14 ans, perdaient la vie dans le train d’atterrissage du vol 520 de la compagnie Sabena, qui assurait la liaison Conakry-Bruxelles.

Des conséquences de la coordination du sauvetage en mer confiée à la Libye.

Le manque de coordination dans la région de recherche et de sauvetage libyenne, dans les eaux internationales, dure depuis un an et demi maintenant, soit depuis que la responsabilité a été confiée aux autorités maritimes libyennes .

DÉCLARATION de SOS MEDITERRANEE :   « Il est inacceptable de n’avoir pas pu compter, cette fois encore, sur un centre de coordination de sauvetage efficace »

Nicola Stalla, coordinateur des sauvetages à bord de l’Ocean Viking, commente le sauvetage de ce vendredi 20 décembre, au cours duquel 112 personnes ont été mises en sécurité à bord de l’Ocean Viking dans le cadre d’une opération qui s’est avérée difficile.

« Au petit matin, d’abord dans l’obscurité la plus totale, une opération de sauvetage difficile a été menée par l’Ocean Viking à environ 35 milles nautiques des côtes libyennes. Après avoir reçu une alerte à l’effet qu’une embarcation se trouvait en détresse dans le secteur, notre navire s’est dirigé à toute vitesse dans sa direction pour s’enquérir de la situation. Environ une heure et demie plus tard, nous avons finalement repéré un bateau pneumatique blanc. Il était vraiment surchargé et l’avant était complètement dégonflé.

L’Ocean Viking a immédiatement essayé de contacter le Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage (JRCC) libyen afin de les informer de l’urgence de la situation et d’obtenir des instructions. Bien qu’il ait également reçu ce même message de détresse, le JRCC n’a cependant pas partagé l’information avec tous les navires dans la zone, comme le prévoient les conventions maritimes. En outre, sur les huit appels que nous avons adressés au JRCC libyen, sept sont restés sans réponse. Un seul de nos appels a reçu une réponse, mais aucune personne ne parlant anglais n’a été en mesure de coordonner cette opération de sauvetage, pourtant urgente.  

Conformément au droit maritime international, l’Ocean Viking a alors informé le JRCC libyen par courrier électronique que ses équipes allaient procéder au sauvetage, en mettant en copie les MRCC maltais et italien ainsi que EUNAVFORMED.

L’opération s’est avérée particulièrement difficile pour l’équipe de marins-sauveteurs de SOS MEDITERRANEE. Manœuvrant dans l’obscurité totale, nous avons dû agir rapidement et anticiper un scénario où le bateau pneumatique, surchargé et partiellement dégonflé, risquait de se détériorer davantage. Nous avons donc déployé deux rafts et utilisé l’un d’entre eux pour y transférer une partie des occupants du bateau en détresse afin de le délester. Dans le cas où la situation serait devenue critique, nous avions aussi positionné un second raft.

Les équipes de sauvetage pouvaient entendre les pleurs des bébés. La plupart des naufragés étaient très agités. Heureusement, les sauveteurs ont réussi à les calmer et personne n’est tombé à l’eau. Enfin, toutes les personnes en détresse ont été ramenées en toute sécurité à bord de l’Ocean Viking.

Notre navire compte donc désormais 112 rescapés à son bord. Parmi eux, on compte 24 femmes dont trois enceintes et sept bébés. Le plus jeune n’a que trois mois. Pas moins de 27% des personnes secourues sont des mineurs non accompagnés. D’après les premiers témoignages que nous avons pu recueillir, le bateau avait quitté Zawiyah, en Libye, en fin de soirée hier.

Les conditions météorologiques, qui étaient assez calmes ce matin, se sont ensuite rapidement détériorées. Si nous n’avions pas été présents dans le secteur et que nous n’avions pas réussi à localiser le bateau en détresse, tous ces hommes, ces femmes et ces enfants étaient voués à un naufrage certain en raison de cette météo épouvantable.

Nous le répétons : il est inacceptable de n’avoir pas pu compter, cette fois encore, sur un centre de coordination de sauvetage efficace pour nous guider durant cette opération de secours délicate. Le manque de coordination dans la région de recherche et de sauvetage libyenne, dans les eaux internationales, dure depuis un an et demi maintenant, soit depuis que la responsabilité a été confiée aux autorités maritimes libyennes. Une solution pour restaurer la coordination adéquate des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale doit être trouvée sans tarder, incluant un mécanisme stable et systématique de débarquement des rescapés.

A 14 heures cet après-midi, nous avons demandé un lieu sûr pour débarquer les naufragés au JRCC libyen, avec copie aux MRCC maltais et italiens. Notre État du pavillon en a également été informé. Comme le prescrit le droit maritime, toutes les personnes secourues doivent être débarquées en lieu sûr dès que possible.

Source http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/declaration-20122019

Pour soutenir SOS et sauver des vies http://www.sosmediterranee.fr/

Enfants réfugiés en Grèce

Des personnes réfugiées près du camp de Moria, en Grèce, le 29 novembre 2019 (ARIS MESSINIS / AFP)

Réfugiés en Grèce : “Les enfants ont le regard de ceux qui ont perdu tout intérêt pour la vie”

Médecins sans frontières (MSF) alerte depuis des années sur les conditions de vies inhumaines dans les camps de réfugié.e.s des îles grecques. Enfants aux pensées suicidaires, politiques européennes délétères… Le président international de l’ONG, le docteur Christos Christou, revient pour “Les Inrocks” sur cette situation, tout en enjoignant l’UE d’agir.

A priori, il n’y a pas plus oxymorique que les mots “enfant” et “suicide”. Et pourtant, d’après le témoignage du président international de Médecins sans frontières (MSF) Christos Christou, sur les îles grecques, des petits garçons et des petites filles réfugié.e.s sont de nos jours confronté.e.s à des pensées suicidaires – trois enfants ont même tenté de mettre fin à leurs jours cet été d’après l’ONG. En cause : les conditions de vie inhumaines sur les camps installés sur les îles de Lesbos ou encore de Samos, où, selon MSF, près de 40 000 personnes vivent. En effet, la Grèce est redevenue, depuis 2019, le pays par où arrivent le plus de migrants tentant de se réfugier dans d’autres pays européens.

Si les autorités grecques ont annoncé mi-novembre qu’elles comptaient évacuer d’ici la fin 2019 les trois camps les plus surpeuplés en les remplaçant par des structures fermées, Christos Christou, chirurgien de profession, appelle de son côté à une “évacuation immédiate” de ces endroits dont il est revenu “profondément choqué”. Mineur.e.s s’auto-mutilant, crise humanitaire, “faillite collective des états européens”… Dans un entretien aux Inrocks, le docteur Christou fait le point sur la situation tout en appelant l’Union européenne a, enfin, “traiter ces personnes comme des humains plutôt que comme un fardeau”.

Dans une lettre ouverte aux dirigeants européens, vous écrivez avoir été “choqué” par ce que vous avez vu lors de votre séjour sur les îles grecques. Pourquoi ?

Christos Christou – Quand j’ai visité les îles grecques de Lesbos et Samos, j’ai été profondément choqué de constater l’étendue de l’urgence sur place, sans compter les témoignages livrés par mes collègues. C’est la raison principale pour laquelle j’ai souhaité envoyer cette lettre aux dirigeants européens.

Au-delà des conditions de vie inhumaines dans lesquelles 40 000 personnes vivent, et l’état d’urgence chronique auquel elles sont confrontées, j’ai été également choqué de voir notre staff médical se sentir si impuissant. Chaque membre de nos équipes ressent de la frustration mais aussi du désespoir : ils et elles doivent soigner des patients atteints de maladies physiques ou psychologiques complexes, mais, au lieu de les orienter vers des centres spécialisés afin que ces personnes puissent recevoir les soins adéquats, ils et elles n’ont d’autre choix que de les raccompagner dans leurs tentes en plastique, sous les arbres.

Ce que j’ai vu est comparable à ce que MSF constate ailleurs dans le monde dans des zones de guerre, ou après des catastrophes naturelles. C’est inacceptable de voir de telles conditions de vie en Europe, un continent censé être sûr. Et c’est par ailleurs scandaleux de réaliser que tout cela est le résultat de choix politiques délibérés.

Quelle est la situation des personnes réfugiées actuellement en Grèce ? Particulièrement pour les enfants ? Dans votre lettre, vous évoquez des cas d’auto-mutilation ou des pensées suicidaires chez des jeunes garçons et filles, quand vos collègues basés sur place, eux, évoquent même des tentatives de suicide…

C’est très difficile de trouver les mots pour décrire la situation. Dans certaines sections du centre d’accueil pour réfugiés du camp de Moria (Lesbos), il y a par exemple une latrine pour 200 personnes. Sur l’île de Samos, c’est une pour 300 personnes, alors que les standards internationaux du HCR prévoient une latrine pour 20 personnes. A Samos, certaines personnes n’ont même pas accès à suffisamment d’eau potable, MSF a donc dû installer un système de camions citernes – soit des dispositifs que nous mettons habituellement en place dans les pays en voie de développement, lors de graves situations d’urgence.

J’ai eu l’occasion de visiter une tente utilisée pour les personnes en attente d’enregistrement dans le camp de Moria. Plus de 50 personnes dormaient là, à même le sol, sur des cartons, sans même que les femmes et les hommes n’aient leurs espaces propres. La majorité de nos patients vivent dans ce camp depuis plusieurs mois, voire depuis plus d’un an et demi pour certains. A Samos, j’ai rencontré des personnes qui vivent depuis trois ans sous des bâches en plastique.

Concernant les enfants, nos équipes sont les témoins des dommages de long terme qui leur sont infligés. Un des psychologues m’a parlé d’un garçon de 12 ans qui, ayant perdu toute forme d’espoir, avait commencé à se couper le visage avec un couteau : à travers ces souffrances auto-infligées, il essayait de trouver un sens à sa situation, qui n’en a justement aucun. Ce n’est qu’un exemple parmi les nombreuses situations désespérées d’enfants, qui en viennent à s’automutiler ou à avoir des pensées suicidaires.

En tant que chirurgien impliqué auprès de MSF, je me suis rendu dans des pays marqués par des conflits, et j’ai déjà été exposé à de nombreuses situations très dangereuses. J’ai été confronté à énormément de souffrance humaine. Et le plus difficile est toujours de regarder les yeux des petits enfants. Dans leur regard, vous pouvez voir la peur, la souffrance, ou encore le dénuement. Mais ce que j’ai vu en Grèce est pire : chez les enfants, là-bas, j’ai vu des regards vides. Le regard d’enfants qui ont perdu tout intérêt pour la vie, un regard sans espoir. Ce qui me rend dingue, c’est que ces enfants ont fui des zones de guerre, mais que c’est en Europe qu’ils ont perdu leur enfance.

Selon l’UNICEF, 23 000 enfants (réfugiés ou demandeurs d’asile) sont arrivés en Grève, en Italie et en Espagne en 2018. Et selon la Convention internationale des droits de l’enfant, tout enfant a le droit à une protection jusqu’à sa majorité. En Grèce actuellement, c’est donc loin d’être le cas…

Les enfants demandeurs d’asile qui arrivent en Grèce sont confrontés à un système de négligence, qui ne leur garantit ni un endroit sûr pour dormir, ni de la nourriture, ni un accès aux services médicaux. En tant que docteur, c’est de ma responsabilité de protéger les enfants abusés ou maltraités, de même que de rapporter de telles situations. Cependant, pour de nombreux enfants à Athènes, mais aussi pour ceux retenus sur les îles grecques, le système étant censé les protéger les met plutôt en danger.

Le camp de Moria est d’après MSF particulièrement problématique, avec un taux de surpopulation extrêmement élevé [environ 13 000 personnes pour une capacité de 3 000 places, ndlr]. Sur votre site web, il est écrit ceci : “En créant une nouvelle crise humanitaire, en Grèce cette fois-ci, il semblerait que l’Europe essaie de décourager les arrivées dans le pays.” Que voulez-vous dire par là ?

Depuis des années, les équipes de MSF traitent les conséquences extrêmement néfastes de cette situation, où la santé des personnes les plus vulnérables est affectée par les politiques européennes, sans aucune considération pour leurs besoins. Nous sommes obligés de faire le travail que les autorités européennes, et particulièrement grecques, refusent tout simplement de faire.

Plutôt que de s’occuper de ces énormes besoins en termes médicaux, hommes, femmes et enfants sont de plus en plus confrontés à des murs, que ce soit pour accéder à des services médicaux ou à des médicaments basiques. Ils et elles demandent l’asile, mais se retrouvent finalement coincé.e.s dans un labyrinthe fait de restrictions légales toujours plus importantes, sans compter les obstacles liés à l’argent, le langage ou la culture. Les autorités grecques et européennes devraient mettre ces besoins au coeur même de leur agenda politique, plutôt que d’essayer de trouver tous les moyens possible pour réduire la protection de ces personnes et les renvoyer d’où elles viennent.

Que demandez-vous à l’Union européenne ? Vous dénoncez notamment l’accord controversé passé entre l’Union européenne et la Turquie en 2016 [lequel prévoit qu’en échange du renvoi d’un migrant arrivant en Grèce depuis la Turquie, un autre migrant basé en Turquie soit envoyé dans un pays de l’UE, ndlr]

En 2016, MSF avait déjà alerté sur le fait que l’accord entre l’Union européenne et la Turquie allait avoir de graves conséquences humanitaires, tout en mettant le statut de réfugié ou de demandeur d’asile en grand danger. A l’époque, en guise de protestation, nous avions même refusé des financements européens. Malheureusement, nos peurs sont devenues réalité.

Ce qui se passe en Grèce est le symbole d’une faillite collective des états européens concernant l’accueil de demandeurs d’asile sur le continent. Nous avons demandé à la nouvelle Commission européenne de reconnaître le caractère nuisible et attentatoire des politiques visant à tenir ces personnes éloignées. Nous avons demandé à l’Union européenne et au gouvernement grec d’évacuer immédiatement les îles grecques, en apportant aux personnes concernées un logement sûr sur le continent, et en augmentant la solidarité des autres Etats européens, de façon à ce qu’ils accueillent plus de personnes [jeudi 12 décembre, après cette interview, la France a annoncé l’accueil prochain de 400 demandeurs d’asile, ndlr].

Ce n’est pas en niant le problème et en essayant de dissuader par tous les moyens les réfugiés et demandeurs d’asile de venir que se réglera l’enjeu actuel du déplacement de populations. C’est complètement irréaliste, tout en menant à des politiques et des mesures inhumaines. Nous demandons donc aux dirigeants européens de changer de paradigme, de changer complètement leur approche globale concernant les migrations. Ils doivent cesser de traiter ces gens comme des envahisseurs, comme une menace, un problème à régler, un fardeau à porter. Ils doivent enfin commencer à les traiter comme des humains : hommes, femmes, enfants, qui doivent pouvoir recevoir assistance et protection. Le tout en respectant leur dignité, comme n’importe quel être humain.

Propos recueillis par Amélie Quentel

Source https://www.lesinrocks.com/2019/12/13/actualite/monde/refugies-en-grece-les-enfants-ont-le-regard-de-ceux-qui-ont-perdu-tout-interet-pour-la-vie/

Avocats exclus des auditions en zone d’attente

« Longue vie à l’arbitraire ! » Les avocats exclus des auditions en zone (…)

Par une décision du 6 décembre, le Conseil constitutionnel a refusé de reconnaître le droit d’être assistées d’un avocat aux personnes étrangères qui font l’objet d’auditions par la police à leur arrivée aux frontières. Encore une preuve du régime dérogatoire réservé aux personnes étrangères aux frontières !

Saisi par une ressortissante nicaraguayenne qui avait subi ces auditions et par nos organisations, le Conseil constitutionnel n’a pas saisi l’opportunité qui lui était ainsi donnée de consacrer l’application du principe fondamental des droits de la défense pendant les auditions de personnes étrangères précédant ou suivant la notification d’une décision de refus d’entrée sur le territoire et de maintien en zone d’attente.

En déclarant les articles L.213-2 et L.221-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile conformes à la Constitution, il a fait de la zone d’attente le seul lieu où la contrainte et la privation de liberté peuvent s’exercer sans la présence d’un avocat.

Or, ces auditions en zone d’attente – autrement dit ces interrogatoires, parfois musclés – sont lourdes de conséquences pour les personnes étrangères, qui risquent non seulement d’être refoulées avant même d’avoir pu entrer en France mais aussi d’être préalablement enfermées pour une durée qui peut aller jusqu’à vingt-six jours. En dépit de la gravité de ces enjeux, la zone d’attente restera hors d’atteinte des droits de la défense.

«  Dis que tu viens travailler ! Avoue ! » : ceci n’est pas un témoignage isolé de pressions policières fréquemment subies par les personnes qui se présentent aux frontières pour leur faire déclarer les raisons présupposées – voire fantasmées – de leur venue sur le territoire Schengen. En refusant que ces auditions soient menées sous le regard des avocats le Conseil constitutionnel permet que de tels comportements perdurent.

Les « sages » du Conseil constitutionnel ne sont-ils pas, pourtant, les garants des libertés constitutionnellement protégées ? Il faut croire que – pas plus que les droits de la défense – la sagesse n’a sa place en zone d’attente.

Dénonçant un inquiétant déni des droits des personnes retenues aux frontières, nos organisations continueront d’exiger la mise en place d’une permanence gratuite d’avocats en zone d’attente, seule garantie d’un véritable accès aux droits pour les personnes qui y sont enfermées.

Organisations signataires
Conseil National des Barreaux
ADDE
Anafé
Gisti
SAF

Source http://www.anafe.org/spip.php?article548

Pour une commission d’enquête parlementaire pour le respect des droits des exilées

Nous demandons une commission d’enquête parlementaire pour le respect des droits des personnes exilées à nos frontières

Amnesty, La Cimade, Médecins du Monde, Médecins sans frontières et le Secours catholique se mobilisent dans plusieurs villes et demandent la création d’une commission d’enquête parlementaire pour le respect des droits des personnes exilées à nos frontières.

Aujourd’hui, des mobilisations vont avoir lieu dans plusieurs villes-frontières afin d’appeler les député·e·s à l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire pour que soient respectés les droits fondamentaux des personnes migrantes et réfugiées aux frontières intérieures. À midi, au moment où les sirènes des pompiers retentissent partout en France comme autant de symboles de nos alertes, des centaines de personnes seront rassemblées aux frontières à Briançon, à Calais, à Dunkerque ou encore à Hendaye et à Menton mais aussi à Londres, devant l’ambassade de France.

De Grande Synthe à Menton, en passant par la vallée de la Roya et par Hendaye, les frontières françaises sont les lieux d’atteintes inacceptables aux droits fondamentaux des personnes exilées. Absence de tout dispositif sanitaire et social, destruction d’abris, obstacles à la demande d’asile, non-protection des mineur·e·s isolé·e·s, refoulements systématiques, comportements brutaux, harcèlement des personnes qui, par solidarité, tentent d’apporter une aide aux exilé·e·s… La liste d’atteintes aux droits humains est longue.

Malgré les dizaines de rapports venant d’autorités publiques indépendantes et d’ONG qui documentent ces violations, le gouvernement reste sourd à ces alertes. Pourtant, la protection des droits et libertés fondamentales de toute personne constitue un impératif commun sur lequel nous ne pouvons transiger et dont nous appelons la représentation nationale à s’emparer.

Nos associations s’adressent aujourd’hui aux député·e·s pour demander la création d’une commission d’enquête parlementaire afin de procéder à des investigations aux frontières et surtout de proposer des mesures pour que les droits des personnes migrantes et réfugiées soient enfin respectés.

Partout sur les territoires frontaliers, des dizaines d’associations agissant en soutien aux personnes exilées se joignent à cet appel.

Les constats de nos cinq associations et de tous les acteurs locaux sont alarmants. L’état de santé physique et/ou psychologique de ces personnes est dramatique, que ce soit, comme à la frontière italienne, en raison de leurs arrestations, refoulements et privations de liberté dans des conditions indignes, ou en raison du harcèlement et de la destruction de leurs abris, notamment à la frontière britannique.

Rares sont les obligations, prévues par la loi française et le droit international, qui sont respectées aux frontières italienne et espagnole : les personnes ne sont pas informées de leurs droits, ne peuvent pas demander l’asile et certaines sont même détenues pendant des heures sans fondement légal. Ces frontières sont devenues des zones de non-droit, à l’image du lieu d’enfermement situé à Menton, où même des élu·e·s de la République se sont vues refuser l’accès, en octobre et novembre dernier. Sur le littoral nord, les personnes exilées se font expulser de leurs campements précaires sans solution digne d’hébergement.

Tous les jours, les acteurs de terrain recueillent des témoignages de mineurs isolés : leur minorité est rarement prise en compte par les forces de l’ordre aux frontières, qui les refoulent, au mépris des lois françaises et des conventions internationales, aggravant leur précarité et leurs traumatismes. Une fois sur le territoire, leur situation n’est pas meilleure, comme le dénoncent les associations de terrain, notamment à Calais et à Grande Synthe, où ces jeunes survivent en attendant d’essayer d’aller au Royaume-Uni.

Face aux manquements de l’État, de nombreux citoyens, des collectifs et des associations viennent en aide aux personnes exilées. Mais, au lieu de voir leurs missions encouragées, ils doivent faire face à des pratiques d’intimidation, de harcèlement, des poursuites et, dans certains cas, à des condamnations en justice. Le droit international est pourtant très clair : aider des personnes réfugiées et migrantes n’est pas une infraction et aucune poursuite pénale ne devrait avoir lieu.

Source https://www.lacimade.org/presse/nous-demandons-une-commission-denquete-parlementaire-pour-le-respect-des-droits-des-personnes-exilees-a-nos-frontieres/

Télécharger le dossier de presse ici.

Signataires :
Amnesty International France
La Cimade
Médecins du Monde
Médecins sans Frontières
Secours Catholique-Caritas France
Anafé
MRAP
Syndicat des avocats de France

Frontière franco-espagnole
Diakité
Collectif Etorkinekin – solidarité migrants
Ongi Etorri Errefuxiatuak – Pais Vasco
SOS Racismo – Bizkaiko SOS Arrazakerria

Frontière franco-italienne
Adn Association pour la démocratie à Nice
Collectif Kesha Niya
Diaconia Valdese
Emmaüs Roya
Ligue des droits de l’homme – Nice
OdV Caritas Intemelia
Pastorale des migrants du diocèse de Nice
Roya Citoyenne
Tous Migrants
WeWorld

Frontière franco-britannique
ADRA France antenne de Dunkerque
AMIS (Aide Migrants Solidarité Téteghem)
ASR adhérents
Auberge des Migrants
Bethlehem
Cabane Juridique
Cercle de Silence Hazebrouck
Collectif Cambresis pour l’Aide aux Migrants
ECNOU
Emmaüs Dunkerque
Flandre Terre Solidaire
Fraternité Migrants Bassin Minier 62
Help Refugees
Ligue des droits de l’Homme – Dunkerque
Refugee Women’s Centre
Refugee Youth Service
Salam Nord /Pas-de-Calais
SAVE
Solidarity Border
Terre d’Errance Steenvoorde
Terre d’Errance Norrent-Fontes
Utupia56 Calais

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