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Grèce: Faire front contre l’aventurisme militaire du pétrole

Par Panos Petrou Publié par Alencontre

Le gouvernement grec joue avec le feu dans la Méditerranée orientale inflammable. La tension a de nouveau augmenté dangereusement en Méditerranée orientale, «saturée» encore par des navires de guerre qui évoluent cette fois autour du bateau turc de recherche Barbaros. Celui-ci, escorté par la flotte militaire turque, est étroitement suivi par deux vaisseaux militaires grecs, assistés de quatre destroyers de première ligne des Etats-Unis.

Un incident militaire ­ évité de justesse lorsque la frégate grecque Nikiforos Fokas a tenté d’intercepter la progression du navire de recherche ­ –indique que le gouvernement SYRIZ-ANEL s’est embarqué dans un jeu dangereux, jouant avec le feu… sur la mer.

Nous ne sommes plus impressionnés par la présentation unilatérale – mettant plus d’une fois la réalité cul par-dessus tête – opérée par les médias grecs sur l’évolution de la situation. Ainsi titrent-ils: «De nouvelles provocations turques!» Un problème autrement important émerge lorsque de tels schémas de lecture sont adoptés par la majorité de la Gauche grecque. Comment cependant avons-nous atteint cette nouvelle escalade?

Fin septembre 2018, le climat était différent. En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, eut lieu la rencontre Tsipras-Erdogan, considérée comme un pas vers la normalisation, suite aussi à la libération des deux militaires grecs entrés dans le territoire turc [1]. Il y a eu aussi des rencontres entre le Royaume-Uni, la Grèce, la Turquie et Chypre dans la perspective d’une éventuelle reprise des discussions sur la question de Chypre.

Qui est celui qui provoque?

Alors que l’on était supposé discuter le rétablissement de la confiance, et explorer une réouverture des négociations «depuis le point où elles s’étaient arrêtées à Crans-Montana» [2], il a été annoncé de manière fracassante, à la mi-octobre 2017, qu’une réunion tripartite entre la Grèce, Chypre et l’Égypte avait lieu à Elounda, en Crète. Depuis cette localité, Alexis Tsipras a annoncé qu’il s’était mis d’accord avec le dictateur égyptien Abdel Fattah al-Sissi sur «la grande importance de la délimitation de la zone économique exclusive entre nos pays» et sur la nécessité de «parvenir le plus rapidement possible à un accord sur cette question». Dans le même temps, Tsipras a fermement soutenu l’exploitation de la ZEE de Chypre par le gouvernement Anastasiadis [3], «contre toute menace émanant d’un pays tiers».

Des analystes politiques proches du gouvernement grec se disent optimistes et se félicitent de «l’excellente alliance» qui a été «construite depuis l’arrivée au pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi». C’est vraiment un grand honneur pour le gouvernement grec, que ses relations s’améliorent rapidement avec un pays après qu’il y ait eu là un coup d’État sanglant et que le pouvoir de Sissi se traduise par une répression sans rivages. En effet, Tsipras n’était point avare en compliments, ni en promesses de soutien, évoquant même «la nécessité d’ouvrir la discussion sur une relation stratégique UE-Égypte», envers l’homme surnommé «le Pinochet égyptien».

Le climat de cette rencontre tripartite préfigure la perspective d’un accord entre la Grèce, Chypre et l’Égypte qui prévoirait des dispositions pour les îles grecques de Castellorizo ??et Strongyli [4]. Ce n’est pas sans raison qu’une partie des courants politiques grecs «patriotique» ait parlé de «nouvelle formidable qui a causé un effondrement nerveux à Ankara». Parmi les réactions suscitées en Turquie par la rencontre d’Elounda, le terme «invasion» étant une exagération nationaliste, le terme «étranglement» renvoie à une description plus exacte.

Les préoccupations de la Turquie évoluent dans un contexte plus large. L’escalade des intentions de Tsipras a coïncidé avec le climat de «renforcement de la relation américano-chypriote au niveau de la défense» par des visites bilatérales de ministres, la répétition programmée de l’exercice militaire «Medusa» avec participation de forces navales grecques et égyptiennes dans les prochaines semaines, les contacts denses et fréquents du chef de l’État-Major grec, le général Evangelos Apostolakis, et du général Dunford, chef de l’État-Major des forces armées des États-Unis, à Washington, très peu de temps après leur rencontre en Grèce. Tout cela à l’approche d’un premier tournant décisif: le début des travaux de la compagnie pétrolière Exxon Mobile sur un terrain maritime chypriote d’extraction pétrolière et gazière.

Dans un tel contexte, le navire de recherches Barbaros a été missionné dans une région fortement symbolique, la zone où se touchent les ZEE (zones économiques exclusives) présumées de la Grèce, de Chypre et de l’Égypte. C’est un premier signal d’Ankara manifestant sa volonté de «rester présente» et de ne pas accepter «tranquillement» les faits accomplis en rapport avec une question qu’elle considère comme toujours ouverte.

S’en est suivie l’escalade: le gouvernement grec a envoyé la frégate Nikiforos Fokas pour faire obstacle au navire Barbaros. Le gouvernement turc a envoyé une escorte militaire (trois bateaux supplémentaires et deux sous-marins) et Athènes (avec Washington…) a riposté pour que l’on arrive ainsi au dangereux «surpeuplement» actuel en mer.

Des «droits nationaux justes»?

Ces événements sont présentés comme relatifs à «la défense du plateau continental grec» alors qu’il s’agit bien d’aventurisme politique et militaire. Nous reproduisons ici les mots non d’un quelconque national-nihiliste» mais d’un analyste issu de l’espace politique dit « patriotique » qui toutefois fait preuve d’une élémentaire reconnaissance de la réalité par rapport au sujet que nous traitons.

«Les vaisseaux Nikiforos Fokas et Salamis n’ont pas été envoyés pour protéger les îles de Chios ou de Castellorizo, mais ont été littéralement envoyés au diable Vauvert… Le site à l’origine de la crise actuelle se trouve très loin de la Grèce et il est totalement douteux qu’une quelconque Cour internationale de Justice reconnaisse l’existence d’un plateau continental grec à cet endroit… Dans cette région il n’y a pas de plateau continental grec ou turc. Tout simplement parce que, conformément à la Convention internationale de Montego Bay de 1982 sur le droit de la mer, pour qu’il y ait de plateau continental légalement reconnu il faut que précédemment les Etats limitrophes aient procédé à sa délimitation soit par un accord bilatéral, soit par recours à l’arbitrage international, ou au jugement d’une Cour internationale. La même règle vaut aussi pour la validation légale des Zones économiques exclusives».

Les experts ont averti qu’en cas de recours au tribunal de La Haye rien ne garantirait la confirmation des positions grecques, le droit de la mer énonçant un certain nombre de critères tenant compte de la différence entre une petite île comme Castellorizo ??et un grand pays continental doté d’une grande côte comme la Turquie. La Cour internationale de Justice a également rendu des arrêts qui nient le plein effet pour des îles (par exemple en mer Noire), dans des affaires similaires.

Ce sont bien ces complications qu’Athènes tente de contourner, en créant des états de «faits accomplis», avec le soutien de gouvernements impérialistes et usant de la diplomatie des canonnières, en l’occurrence étrangères. Confrontée à son isolement international, la Turquie répond par la diplomatie de ses propres canonnières, en s’efforçant d’imposer un retour à la négociation dans la perspective d’une co-exploitation des ressources maritimes souhaitée par elle.

Dans cette guerre de nerfs et d’usure, le rôle des États-Unis sera crucial. Ils aimeraient bien inclure la Turquie dans le jeu, mais ils semblent opter pour la méthode du chantage, en soutenant l’axe Grèce-Chypre-Israël-Égypte jusqu’à ce qu’Ankara se conforme pleinement. C’est là-dessus que s’appuie l’arrogance grecque.

En Turquie, l’ambiance (actuelle) est plus «anti-américaine» que «anti-grecque». Le conseiller d’Erdogan, Yigit Bulut, dans un article qui, tout parsemé qu’il soit de pantalonnades sur les moyens d’une victoire turque en cas d’éventuel conflit, indique au fond la voie de la raison en écrivant: «J’espère que la Grèce ne s’embarquera pas dans ce sale jeu, qu’elle ne se laissera pas instrumentaliser… J’espère que la raison et l’amitié vont prévaloir».

La Gauche

Sur quelles voies cette situation conduit la Gauche grecque? Tout point de vue ou analyse qui flirte avec l’idée de «droits nationaux justes» ou de «droits souverains», en lien avec l’exploitation des hydrocarbures en Méditerranée orientale, ne fait que nuire à l’effort commun (de toute la Gauche et de la classe ouvrière) pour construire un mouvement contre les guerres avec des traits forts anti-impérialiste.

Cette contradiction doit être résolue. Pour deux raisons. 1° Dans le capitalisme impérialiste, les « droits souverains » sur les ressources productrices de richesse sont l’affaire des firmes capitalistes et des forces impérialistes. Il ne s’agit pas d’une «dot nationale» d’un futur «pouvoir populaire» dont nous sommes encore très éloignés. Entre-temps il y a tout intérêt à éviter de jouer avec le feu des conflits nationalistes dans une zone inflammable. Car le point de vue opposé est encore plus rétrograde que celui d’un cosmopolitisme bourgeois raisonnable optant pour la co-exploitation des ressources de la mer Egée face au danger d’une guerre. 2° Mais il y a aussi une deuxième raison pour une telle prise de position: face au changement climatique, où l’ONU même est obligée de sonner l’alarme, alors que les militants de Gauche à juste titre nous mettent en garde que «nous devons laisser le pétrole tranquille dans le sous-sol» et saisir d’une chance pour empêcher la catastrophe imminente, la dernière chose que même un futur pouvoir populaire» devrait faire serait de réclamer des parts dans l’extraction des hydrocarbures…

Pour sauvegarder le bien souverain et commun de la paix, pour intensifier la lutte contre l’impérialisme, pour prévenir un désastre écologique, la Gauche doit s’opposer fermement au «grand jeu» autour des hydrocarbures. Nous terminons en revenant vers l’analyste réaliste de l’espace patriotique: «Il n’y aura pas de gagnants ni de perdants… il n’y aura que des perdants… La dernière chose dont nous avons actuellement besoin c’est de nouveaux généraux Ioannidis [4].»(Article paru dans le numéro 419 du bimensuel grec Ergatiki Aristera (Gauche Ouvrière); traduction par Emmanuel Kosadinos pour alencontre.org)

Notes

[1] Les deux soldats grecs libérés d’une prison turque après plus de cinq mois de détention ont atterri dans la nuit du mardi 14 août au mercredi 15 août à l’aéroport de Thessalonique, selon l’AFP. Dans la foulée de l’annonce, mardi après-midi, de la décision de leur libération par un tribunal à Edirne, ville turque où ils étaient détenus depuis mars dernier, le ministre adjoint des Affaires étrangères, Georges Katrougalos, et le chef adjoint de l’état-major Konstantinos Floros s’y sont rendus à bord d’un avion officiel pour les transférer en Grèce. Les deux soldats sont sortis de l’appareil en tenue militaire et ont été accueillis vers 03h30 heure locale (00h30 GMT) à l’aéroport par le ministre grec de la Défense, Panos Kammenos (le patron de l’ANEL, «Grecs indépendants»), et le chef de l’état-major Alkiviadis Stephanis, une garde d’honneur et leurs parents, selon la même source et des images diffusées en direct par la télévision publique grecque ERT. (Réd. A l’Encontre)

[2] Négociations de Crans-Montana: négociations entre les dirigeants chypriotes grecs et turcs et les représentants des puissances garantes (Grèce, Turquie, Royaume-Uni) qui ont eu lieu à partir de fin juin 2017, dans la station de ski de Crans-Montana, en Suisse, dans le but de parvenir à une réunification de l’île, divisée depuis plus de quarante ans. Elles se sont conclues sans accord le 7 juillet 2018 (Note du traducteur).

[3] Nikos Anastasiadis : président de la République chypriote depuis 2013, ancien leader (1997-2013) du parti conservateur «Rassemblement démocrate». (Note du traducteur)

[4] Castellorizo ??et Strongyli sont des îles grecques: la première d’un diamètre maximal de 5,5 kilomètres et la seconde, de diamètre maximal de 1,6 kilomètre. Elles sont situées, la première à 2 kilomètres de la côte sud-ouest de la Turquie et la seconde à 3,2 kilomètres. Elles sont séparées entre elles d’une distance de 9 kilomètres. (Note du traducteur)

[4] Dimítrios Ioannídis: Un parfait exemple d’aventurier irresponsable réactionnaire, le général de brigade Ioannídis, fut le chef de la police militaire pendant la dictature des colonels (1967-1974) dont il a été un des piliers, ayant activement pris part au coup d’Etat militaire qui l’a installée. En novembre 1973, il organisa un «coup d’Etat dans le coup d’Etat» pour diriger pendant quelques mois la Grèce depuis les coulisses. En juillet 1974, Ioannídis, aidé par des éléments extrémistes nationalistes chypriotes grecs, organisa à Chypre un coup d’Etat pour renverser le pouvoir légal de l’archevêque Makarios, président de la République chypriote. Cette intervention brutale du gouvernement grec dans affaires internes de la République chypriote, jadis unifiée, a servi de justification à l’intervention militaire de la Turquie, puissance garante selon les traités, et la partition de facto de l’île. (Note du traducteur)

Source Grèce. «Faire front contre l’aventurisme militaire pour du pétrole»

Comme un air de Grèce qui flotte sur la France

Par Yannis Youlountas

En voyageant quotidiennement dans les coins les plus reculés de l’hexagone, au fil des mois, j’assiste non seulement aux difficultés croissantes des plus précaires, particulièrement touchés, mais j’observe aussi l’appauvrissement brutal d’une classe moyenne qui se croyait à l’abri.

COMME UN AIR DE GRÈCE QUI FLOTTE SUR LA FRANCE

Un ami, pourtant légèrement endetté, vient de perdre brutalement sa maison, un autre dort depuis des semaines dans sa voiture, un troisième s’est construit une petite cabane en palettes au fond du jardin de ses parents âgés et modestes. Une amie quadragénaire m’a raconté ses nouvelles contraintes professionnelles consternantes, une autre a dû arrêter ses études faute de moyens, et une troisième, licenciée six ans avant la retraite, s’est finalement résolue à faire le plus vieux métier du monde pour tenir et rester dans son appart.

Jour après jour, au pays de Fernand Pelloutier et Ambroise Croizat, les conquêtes sociales d’antan fondent comme neige au soleil et les inégalités se creusent comme les tranchées d’une guerre qui ne dit pas son nom. Alors que le pouvoir arrogant promet la lune et le ruissellement de la richesse amassée, les campagnes et les cités se meurent et se murent dans l’angoisse du lendemain.

En France comme en Grèce, le capitalisme se durcit et la pyramide des revenus s’étire et retrécit plus particulièrement en son centre. Après des décennies de collaboration de classe, la petite bourgeoisie française commence à comprendre qu’elle risque à son tour le déclassement, comme son homologue grecque avant elle.

Mauvaise idée que d’avoir avalé la propagande des plus riches, pseudo « forces vives de la nation », en réalité sangsues tyranniques et obscènes. Ces voraces n’en ont jamais assez et vendraient jusqu’à leur mère pour satisfaire leur folie des grandeurs.

Pendant que le pouvoir économique et politique montre son vrai visage de serial killer, une enseignante à la retraite vient d’être expulsée de son logement dans une cité HLM de Vannes par un huissier et des policiers, résultat de la baisse des APL, des nouvelles ponctions sur les retraites et de la hausse d’à peu près tout.

Bienvenue dans le monde d’après. Celui du capitalisme tout puissant qui va ravager l’Europe comme il l’a fait jusqu’ici avec le reste de la planète.

Bienvenue dans le monde que vous annonçait Dora, la pharmacienne grecque d’un dispensaire social autogéré qui vous alertait il y a 5 ans :
« — Si je devais prévenir un ami français, ou d’un autre pays, de cette menace qui le guette aussi, je lui dirais qu’il y a une étape psychologique durant laquelle on a tendance à fermer les yeux, à ne pas vouloir voir ce qui arrive de terrible. C’est ce que nous avons tous fait ici. C’est ce que j’ai fait, de même que ma famille et mes amis avant de perdre leur emploi. En résumé, nous n’arrivions pas à y croire ! Vraiment, nous n’imaginions pas, il y a trois ans, avoir des élèves qui ont faim, des familles qui vivent dans des caves… »

(extrait)

Au prétexte de la dette qui vient d’atteindre 100% du PIB en France, la grande braderie du bien commun va s’amplifier, ce qui reste de droit du travail va finir à la poubelle, les retraites seront sponsorisées par Whiskas et le droit de grève sera interdit.Sauf si…

Yannis Youlountas

source http://blogyy.net/2018/11/02/comme-un-air-de-grece-qui-flotte-sur-la-france/

Délitement La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Délitement

Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri. C’est vrai que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras, ne les ont pas encore interdites, comme c’est aussi dans l’air du temps. En attendant, au pays si secoué les séismes ne manquent pas. Une secousse de magnitude 6,4 a été enregistrée ce même vendredi sur l’île de Zákynthos, d’après les médias les dégâts ne sont que matériels. Mer belle aux îles secoués, souvenirs et incarnations, pour à peine paraphraser Claude Debussy. Oui, comme il est bien loin le siècle dernier, et en quelque sorte ultime.
Garde Evzone. Athènes, octobre 2018

Les politiciens du jour, de la semaine comme tu temps acosmique qui est surtout le leur, s’entredéchirent au sujet des déclarations de la semaine dernière sur les magouilles du spéculateur Sóros en Grèce et plus généralement dans les Balkans. Entre Kamménos à la Défense puis Kotziás, le démissionnaire des Affaires Étrangères et pour tout dire, étranges, c’est la guerre des mots, confirmations, démentis, allégations, et apostrophes. Toute la presse évoque Sóros cette semaine, les sujets… grecs tombent, autant que les tabous !

Pays secoué, pays embourbé. Devant cette morgue de la Démocratie dénommée encore “Parlement” pour les besoins théâtraux du totalitarisme techno-féodal en gestation, on discerne parfois et heureusement, un peu de cette autre présence de l’existence et de la vie, digne gardienne du sens des mots comme des choses. Après, il y a notre vieille Garde Evzone, celle que les touristes photographient d’ailleurs depuis même la préhistoire du Tourisme en Grèce. “Ma guarda e passa”, à la manière du célèbre vers de la Divine Comédie de Dante. Au pays secoué, les clichés ne manqueront pas comme devant certaines petites enseignes on peut alors lire ce message “Jamais le dimanche”, en signe de résistance aux dictas amplifiés depuis la Troïka, imposant entre autres mesures d’occupation, l’ouverture des commerces le dimanche. Nos visiteurs ne lisent pas vraiment le grec.

Toujours près du “Parlement”, et bien au-delà de l’existence exoplanétaire des politiciens, les instantanés habituels sont toujours là à l’image des sans-abris nouveaux, c’est-à-dire depuis la dite crise, huit ans déjà et très exactement en cet octobre 2018 sept années de blog Greek Crisis. Une période apocalyptique pour le pays, bientôt plus longue que le temps de la Deuxième Guerre mondiale et la guerre civile alors réunies entre 1940 et 1949. En 1949, la Grèce était en piteux état, elle avait perdu environ 8 % de ses et les destructions furent importantes.

Tombe du Soldat Inconnu devant le ‘Parlement’. Athènes, octobre 2018

On dénombrait alors plus d’un million de sans-abris, la majeure partie de la flotte marchande était détruite, les infrastructures réduites à néant, tout comme les capacités agricoles et industrielles. Pays sans cesse secoué. En dépits des apparences, la situation grecque est bien pire actuellement, car l’implosion en interne, les menaces extérieures, le remplacement partiel de la population, la fuite des dernières forces vives et surtout la politique de destruction du pays et de la culture si cyniquement affichée de la part des politiciens SYRIZA en tête, n’a pas de précédent on dirait.

“Notre pays est un Protectorat, Sóros en toute illégalité, finance et contrôle les cliques des politiciens, des universitaires, des artistes déconstructeurs de notre pays, et autant, les auteurs des nouveaux manuels scolaires d’histoire pour que toute idée de la nation et de la culture grecques soient ainsi gommées, sans parler de la Constitution qui est sans cesse violée, y compris lorsque les nouveaux manuels scolaires s’opposent ouvertement aux buts fixés à l’école grecque par la Constitution. Voilà où nous en sommes,” comme le remarque alors Státhis, journaliste et dessinateur de presse et de la trop vielle gauche cette semaine, dans “To Pontíki”.

Jamais le dimanche. Athènes, octobre 2018
Sans-abri. Athènes, octobre 2018
Kolokotronis, héros national de la Révolution grecque. Athènes, octobre 2018

Siècles d’avant comme surtout siècle d’après, comme devant la statue Theódoros Kolokotrónis (1770-1843), Général et homme d’État, héros de la Guerre d’indépendance grecque (1821), surnommé le “Vieux de Morée”. Notons qu’après l’indépendance, ses choix politiques et notamment son soutien du Gouverneur Kapodístrias puis du parti russe, lui valurent dans un premier temps la rivalité des Bavarois autour du roi Othon. Et qui se souvient même de Lázaros Sóchos, sculpteur de l’œuvre, élève à École des Arts Décoratifs et ensuite à École des Beaux Arts à Paris. D’ailleurs, son Kolokotronis il avait été conçu à Paris, avant d’être installé devant le bâtiment dit aujourd’hui Vieux Parlement.

Et comme à l’époque s’y trouvèrent alors juste en face les écuries du Roi, ce n’est pas sans parfois se tromper que les Athéniens d’il y a un siècle, aimaient se raconter que le Vieux de Morée montrait ainsi la place qui devait être réservée aux politiciens… pays ainsi très historiquement secoué !

Pourtant en 2018, l’oubli n’est pas encore généralisé en dépit des efforts méta modernes des ministres de la dite Éducation, dont bien naturellement ceux de SYRIZA. Cette semaine, nos touristes ont ainsi assisté sans le savoir à une messe en commémoration des combattants grecs morts lors des combats très macédoniens il y a un siècle, d’où aussi cette volonté toujours exprimée massivement pas les Grecs que de ne pas voir les frontières de leur pays se déplacer au moment où certaines Puissances instrumentalisent l’irrédentisme et le nationalisme des voisins Macédoniens Slaves, voilà ce qui n’est pas tout à fait perçu à travers ce que les médias très internationaux et surtout pas balkaniques et qui n’apparait pas au gré des analyses.

Et même bien près des églises, toujours cette allusion renforcée et singulièrement dystopique des graffitis, comme de tant d’autres devises de notre siècle. “Ce n’est plus notre monde, je vais mourir ici, entouré de mon troupeau”, m’avait dit il y a pas si longtemps un berger, dans les campagnes non loin de la ville de Tríkala. Toujours et encore, cette autre présence de la vie, digne gardienne du sens des mots et des choses, Thessalie alors profonde.

Messe à la mémoire des combattants en Macédoine. Athènes, octobre 2018
Dystopie exprimée. Athènes, octobre 2018
Bergerie en Thessalie. Octobre 2018
Tríkala, ville en Thessalie. Octobre 2018

Et au pays encore réel, on arbore alors très volontiers le drapeau national, comme un peu partout entre les balcons et les façades des immeubles, ceci, à l’approche de la fête nationale du 28 octobre. Les Grecs commémorent le NON du Général Metaxás et du peuple grec devant l’ultimatum adressé par le régime et l’armée de Mussolini le 28 octobre 1940, ce n’est pas d’un sentiment anti-italien qu’il s’agit, mais d’un souvenir de volonté de résistance lorsque les circonstances l’imposent.

Un sentiment d’ailleurs que les SYRIZISTES comme autant les tenants de l’européisme germano-compatible veulent ouvertement effacer en supprimant dans le futur cette fête nationale. C’est autant dans l’air du temps, sauf que pour l’instant en tout cas, ces excitations de la part des marionnettes politiques et des historiens compatibles Sóros œuvrant pour l’effacement de la mémoire historique des Grecs, ne peuvent que renfoncer ce sentiment général de dégout et de rejet aux yeux des Grecs. Pays certes secoué, mais qui n’a pas encore perdu toute sa mémoire historique ni son même parfois sens de la musique populaire.

Sauf que les criminels de SYRIZA au gouvernement des marionnettes suivent un agenda géopolitique précis imposé depuis l’étranger, et que le processus alors s’accélère. Fait autant inhabituel, comme le remarque aussi mon ami Olivier Delorme, “en quittant le ministère des Affaires étrangères, Kotziás annonce une décision extrêmement grave: celle d’étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d’exploitation économique exclusive… sauf dans la moitié orientale de l’Égée. Or, jusqu’ici, les gouvernements grecs n’avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.”

Vassílis Tsitsánis du chat Rebétiko en soldat. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018
Le sens de la musique. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018
L’autre… sens de la musique. Athènes, octobre 2018

“Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque – et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsípras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l’Égée, puisqu’elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.”

“En outre, si cette politique est mise en œuvre, nul doute que SYRIZA va perdre des voix – et pas qu’un peu – dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd’hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n’a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !”, Olivier Delorme sur son blog.

Oui, je le confirme si ce n’est que par intuition et par le déroulement des faits déjà observables, SYRIZA et ANEL (le parti du fanfaron Kamménos) auraient signé un nombre alors inconnu d’accords non dévoilés, ce qui d’ailleurs participe à la reculade grecque qui ne se résume pas qu’à son volet prétendument économique et financier vis-à-vis des dits créancier et de l’UE. Non, non et encore non, c’est un agenda géopolitique visant même à l’effacement, culturel, démographique, voire existentiel de la Grèce contemporaine, les Grecs le savent désormais car c’est alors bien palpable dans l’air du temps, même si sur cette dernière affaire des eaux territoriales passant de 6 à 12 milles, Tsípras a reculé, précisant que ce n’est pas par décret mais une fois n’est pas coutume… au “Parlement” que cette décisions sera discutée, au risque de ne pas être entérinée comme on sait.

On observe tout cela d’en bas et du pays réel sans pouvoir trop réagir… “Que faire sinon, pendre ces politiciens traîtres, mais alors comment ?”, entend-on ici ou là. En attendant, on se baignera une ultime dois dans la saison dans les ports antiques, comme par exemple dans celui des Kehrées près de Corinthe, comme on reviendra de la pêche au large du Péloponnèse, région que nos touristes considèrent toujours comme uniquement mythique. Accessoirement, on est invité à apprendre la langue chinoise… par les temps géopolitiques qui courent, c’est peut-être aussi de cela notre nouveau siècle sera fait.

Baignade à Kehrees. Octobre 2018
Après la pêche. Péloponnèse, octobre 2018
Cours de langue chinoise. Athènes, octobre 2018

Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri, pendant que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras ne les interdisent pas, comme c’est autant dans l’air du temps. Pays et paysages. Au pays secoué, le soleil se couche toujours derrière Épidaure.

Le soleil se couche derrière Épidaure. Octobre 2018

Saint Dimitri et fête nationale. Pays fragile, mer belle aux îles secoués, souvenirs, et surtout incarnations !

Surtout incarnations. Athènes, octobre 2018
* Photo de couverture: L’autre vie devant le Parlement. Athènes, octobre 2018

Grèce : mourir à Moria

par Théodore Zeis

Théodore Zeis travaille dans l’assistance juridique aux réfugiéEs. Il revient du « hotspot » de Mytilène, un camp aux conditions épouvantables, symbole de l’Europe forteresse.

Le point de départ des nouvelles politiques migratoires en Europe, en tant que politiques de sécurité nationale et humaine, en tant que mise en place de contrôle biopolitique, peut être fixé au Conseil européen de Tampere en 1999. C’est alors qu’a été décidée, entre autres, l’intensification de la coopération policière et douanière en matière pénale. Bien entendu, la convention de Schengen (1985) avait de semblables préoccupations. Mais ce qui a été décisif au niveau mondial s’est joué en 2000 : avec le Protocole de Palerme (Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée), la migration a été immédiatement liée à la criminalité, ce qui a conduit à la mise en place de cadres juridiques axés sur la limitation de l’immigration et le contrôle des entrées « illégales ». Ce protocole a mis en place un nouveau système d’exclusion, associé à une nouvelle représentation de « l’ennemi », qui stigmatisait les ressortissantEs des pays « tiers » comme vecteurs du crime organisé, du fondamentalisme islamique et du terrorisme. Il a légitimé le développement des mécanismes de sécurité de l’État, l’extension des pouvoirs de la police et la création de nouveaux systèmes d’information, mais aussi et surtout une forme de conscience collective contre les non-EuropéenEs.

Construction de la « crise des réfugiéEs » 

Du coup, ce qui s’est passé dans l’Union Européenne en 2015 n’est pas le fruit du hasard : avec l’arrivée d’un million de personnes environ, la plupart à la frontière orientale de l’Europe, dans les îles grecques de la mer Égée près des frontières turques, les pouvoirs nationaux et européens et les medias ont parlé de la « crise des réfugiéEs ». La « panique morale » artificiellement créée a débouché sur la fermeture de la route vers le nord, sur l’accord UE -Turquie visant à un contrôle efficace des flux provenant de Turquie avec un système à 2 vitesses en vigueur dès le 20 mars 2015. Tout cela a transformé les îles de la mer Égée orientale en une zone tampon, piégeant dans les camps de ces îles dans des conditions désespérées les immigrant-e-s arrivés le lendemain du 20 mars 2015.

À cet égard, le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, constitue un exemple tragique du développement de ce qu’on appelle aujourd’hui « Europe Forteresse ». C’est est un récit écrit dans les corps d’environ 10 000 personnes qui y vivent aujourd’hui le drame de l’attente vaine d’une inclusion dans le « premier monde » du marché et des droits humains.

10 000 personnes pour 3 000 places

Environ 10 000 demandeurEs d’asile – un tiers de la population totale de Mytilène, capitale de l’île – vivent dans un espace dont l’infrastructure peut accueillir 3 000 personnes. 52 % vivent dans des tentes à l’intérieur et autour du camp. Il y a 30 % de mineurEs et 22 % de femmes. La moitié de la population est composée de familles, 406 mineurEs sont non accompagnés et, au total, 47 % des migrantEs sont considérés comme « vulnérables ». Les autorités régionales de santé, après une récente inspection du site, ont constaté une considérable détérioration des conditions de vie, à la fois dans le camp en raison de la surpopulation dans des conteneurs et des tentes, mais aussi dans les environs (eaux usagées). La santé devient chaque jour plus précaire, en particulier pour les enfants mineurs, et on signale chaque semaine des tentatives de suicide et des actes auto-infligés par des adolescentEs. Récemment, le dernier médecin est parti, laissant des milliers de cas urgents sans surveillance.

L’état de tension avec la communauté locale conduit à de graves incidents racistes. Les autorités régionales, considérant la menace pour la santé publique, ont fixé un délai d’un mois pour améliorer les conditions de vie du camp, menaçant autrement de le fermer. Le ministère de l’Immigration envisage de transférer 2 000 personnes, considérées comme « vulnérables », du camp de Moria vers d’autres structures en cours de préparation dans diverses régions du pays. Par ailleurs, les procédures d’examen des demandes d’asile et de regroupement familial auprès de parents en Europe ne fonctionnent pas, car les services compétents ne sont pas en mesure de réagir dans des délais raisonnables, tandis que le cadre juridique tend à limiter le droit d’être entendu, en particulier au deuxième niveau d’examen et pour la soumission de nouvelles demandes à la suite d’une décision de rejet. Le nouveau ministre de l’Immigration est lui-même embarrassé : « Nous dépendons des flux… »

Reconstruire les réseaux de solidarité ! 

Au niveau européen, on ne voit apparaitre dans aucun pays la moindre perspective de changement de ce modèle de politique concernant l’asile, ni d’amélioration de la législation en vigueur. Dans le même temps on observe une stratégie de l’extrême droite pour détruire ce qui reste de solidarité sociale, c’est-à-dire de ce qui n’a pas été ravagé par l’austérité incessante et la crise économique.

Au contraire, on observe qu’au plan législatif, même ce qui a été voté par l’UE et a force de loi dans les procédures n’est pas respecté, en usant de « deals » bilatéraux semi-offciels, comme on le voit entre la Grèce et l’Allemagne : pour les cas en suspens de regroupements familiaux, on procède sous forme de « règlement bilatéral administratif semi-officiel » ! Ce choix signifie concrètement que sont préférés des traités internationaux « bâclés » (« fast track ») qui sont conclus par les deux parties par le biais d’échange de lettres, sans que cela exige la ratification par la voie parlementaire.

Face à toutes les politiques de retrait au niveau européen, nous avons besoin de toute urgence d’intensifier la reconstruction des réseaux de solidarité indépendants, d’abord dans l’Europe du Sud (Grèce, Italie, États espagnol), mais aussi dans tous les pays européens, comme est urgente l’élaboration de nouvelles propositions d’action politique contre le racisme et l’extrême droite !

Théodore Zeis

Rappel soirée SCOP le 7 nov et commande groupée en soutien aux VioMe de Thessalonique

Le collectif Grèce-austérité vous invite pour une soirée 

La scop : De Thessalonique à Grenoble, une autre manière de gérer une  entreprise

Mercredi 7 novembre à 20h Maison des associations

6 rue Berthe de Boissieux à Grenoble

De plus en plus de salariés s’organisent en SCOP (Sociétés Coopératives de Production) une forme d’entreprise où les travailleurs ont la maitrise de leur outil de travail et de leur production.

C’est ce qu’ont fait les travailleurs de l’entreprise VIOME de Thessalonique en Grèce. Ils ont repris leur entreprise en coopérative ouvrière. Une vidéo expliquera leur combat et un point d’actualité sera fait sur leur lutte. Cette soirée sera l’occasion de les soutenir en commandant les produits qu’ils fabriquent (voir les modalités pour la commande groupée de Grenoble https://www.grece-austerite.ovh/soutenons-les-viome-le-collectif-lance-la-commande-groupee/ )

En France un modèle qui se développe

Meryem Yilmaz de l’union régionale des Scop, Hervé Charmettant universitaire et Cyril Zorman de la société Probesys à Grenoble, exposeront les divers aspects de ce mode d’organisation. Ces interventions seront suivies d’un débat avec la salle.

Pour nous aider à diffuser cette annonce Soirée Scop_Viome_affiche_A4

Cette soirée est organisée dans le cadre du festival des solidarités qui se tiendra à Grenoble du 7 novembre au 2 décembre 2018 et le mois de l’Économie sociale et solidaire qui se tiendra du 1er au 30 novembre

Tsipras dans le champ de mines de la crise prolongée

Publié par Alencontre le 18/10/18 Par Antonis Ntavanellos

Dans des conditions normales, les semaines en cours devraient être un temps politique marqué par le triomphe pour le gouvernement Tsipras – qui prétend avoir conduit le pays vers «la sortie des mémorandums»  – et, pour le parti SYRIZA, une étape de reconstruction et de contre-offensive politique visant la récupération de son influence sociale et électorale.

Mais ce qui se passe, c’est que ce gouvernement semble perdre le contrôle politique des questions importantes, l’une après l’autre, alors qu’au sein de SYRIZA règne un état de mort-vivant en tant qu’organisme politique. Et cela s’aggrave. Les polémiques désormais publiques devenant de plus en plus aiguës, une situation qui incite à réfléchir sur le «lendemain» et sur la question du rapport de force à l’intérieur du parti, suite à la lourde défaite politique et électorale qui se profile

Cela se passe ainsi parce que, justement, les conditions en Grèce ne sont guère normales. En dépit des affirmations de Tsipras, le capitalisme grec est toujours plongé dans la crise et les références publiques à un scénario argentin» [1] sont le meilleur révélateur des pensées et sentiments intimes des personnalités de l’establishment grec.

Une autre raison pour laquelle cela se passe ainsi c’est parce que, selon l’expression grecque, le mensonge a toujours les pattes courtes. Les déclarations de Tsipras à la Foire Internationale de Thessalonique (septembre 2018) étaient totalement mensongères: l’engagement ferme du gouvernement grec sur le caractère pérenne et non modifiable de toutes les lois et dispositifs découlant des mémorandums et l’acceptation d’une «surveillance renforcée» par les instances représentant les créanciers jusqu’en 2060, conformément à l’esprit et la lettre des mémorandums, ne peuvent en aucun cas être présentées de manière crédible comme «une sortie des mémorandums» la surveillance de la Grèce, quasi quotidienne, est maintenue.

Cette dure réalité se manifeste tous les jours et à chaque moment politique, annulant les effets de la politique de communication du gouvernement, faisant émerger de nouveaux fronts de conflits et conduisant le gouvernement et le parti SYRIZA vers une situation politique désespérée.

Que se passe-t-il avec les banques grecques?

Au moment où Tsipras assurait que «l’économie se portait bien», le 3 octobre s’est révélé être un «mercredi noir» pour les 4 banques dites systémiques [2] et la Bourse d’Athènes. La chute incontrôlée du cours de leurs actions, continuant pendant les jours qui ont suivi, a entraîné une chute de leur capitalisation boursière qui se situe actuellement à moins de 5 milliards d’euros, contre 26,9 milliards d’euros en 2013 et 11,6 milliards d’euros fin 2015.

Cet effondrement ne peut être interprété par des facteurs conjoncturels (par exemple, les conséquences du «conflit» italien avec l’UE portant sur le déficit budgétaire).

Il est notoire qu’une grande partie des prêts accordés par les banques – estimés à plus de 88 milliards d’euros – sont désormais classés dans la catégorie «rouge ou la catégorie de «non performants».

Le «mercredi noir» a été précédé par la publication d’estimations selon lesquelles les tests de résistance étaient trop « souples » par rapport à la situation réelle des banques grecques, trop « favorables » pour le gouvernement Tsipras. Cet effondrement a été également précédé par la publication des estimations que les banques grecques ne parviennent pas à réduire les «Non performing exposures» (NPE) [3] au rythme et dans les délais fixés dans l’accord avec la Troïka (qui veut un pourcentage à un seul chiffre de prêts créance douteur d’ici fin 2021, estimés actuellement à 50% des actifs). Ces résultats ont déclenché la chute des actions.

Pour faire face à cela, le gouvernement propose la mise en place d’un Fonds commun de créances (Special Purpose Vehicle – SPV) [4], voire de plusieurs FCC/SPV spécialisés par domaines d’activité, pour débarrasser les banques des créances douteuses, dites «rouges», un plan qui paraît d’emblée boiteux pour plusieurs raisons:

 La mise place de tels Fonds communs de créances (SPV) a été conçue pour contourner la restriction de «l’intervention de l’Etat » imposées par la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne (DG COMP). Ces montages doivent donc inclure des «investisseurs privés». L’invitation faite aux fonds spéculatifs internationaux à acheter des «emprunts rouges» grecs (dans le but de les revendre ensuite avec des profits) pour trouver du répondant dans les conditions actuelles nécessite des garanties et des financements publics. Ces garanties ne peuvent être assurées qu’en puisant dans le «coussin amortisseur» [5] mis en place par l’accord entre Tsipras et l’Eurogroupe, sauf que le but de l’existence de ce «coussin» serait de garantir le remboursement des futures dettes de la Grèce.

 L’utilisation de la totalité ou d’une partie importante de ce «coussin amortisseur» (estimée à plus de 10 milliards d’euros) pour sauver les banques, fera émerger un nouveau «piège de la dette» lorsqu’il faudra payer les versements échelonnés à partir de 2020. Et cela signifierait une obligation réelle pour le capitalisme grec de contracter des emprunts «sur les marchés». Au moment de la rédaction de ces lignes, le taux d’intérêt de l’obligation grecque à 10 ans a atteint un taux prohibitif de 4,65% (avec une pointe à 4,667% le mercredi 10 octobre 2018; taux des obligations à 10 ans de l’Etat allemand, la référence européenne, se situaient à 0,464%). Ces estimations appuient le scénario de la faillite, le scénario dit «de l’Argentine», au moment culminant d’une longue période de contre-réformes néolibérales et d’austérité violente pour les travailleurs et les classes populaires en Grèce.

3° Cette voie aura également des conséquences politiques sérieuses. Cela signifie que les ventes aux enchères de logements des ménages populaires vont se multiplier de façon spectaculaire pour soulager les banques des prêts hypothécaires «rouges» (les «créances douteuses hypothécaires qui constituent une part importante de l’actif vacillant des banques). Il s’agit aussi de convaincre les fonds spéculatifs internationaux que leur implication dans ce pillage ne va pas devoir s’affronter à la résistance populaire organisée. Voilà pourquoi Tsipras et ses amis dans le gouvernement, de manière éhontée, n’ont pas hésité à franchir le pas d’engager des poursuites pénales contre Panayiotis Lafazanis dans le but de porter un coup, non seulement à Unité Populaire (LaE), mais à l’ensemble des forces militantes qui résistent à leur politique [voir à ce sujet l’article publié sur ce site en date du 15 octobre 2018]

En réalité, il s’agit d’un transfert colossal des titres de propriété de biens immobiliers urbains, transfert des propriétaires vers les banques et de ces dernières vers les professionnels de la spéculation. Le fait que bon nombre de ces biens soient les uniques logements de foyers populaires (la «résidence principale et unique) ne diminue en rien l’avidité de ceux du haut de la pyramide des richesses et du pouvoir. De surcroît, le fait que la Banque du Pirée [6] – qui avait les années précédentes «phagocyté» la Banque Agricole [7] – se retrouve, elle aussi, dans l’œil du cyclone de la crise bancaire indique que la prochaine étape du pillage sera celle des terres agricoles.

Une crise au sein du tissu des entreprises grecques

Peu à peu, Tsipras et ses amis découvriront encore d’autres formes de complications politiques. Il est bien connu qu’une grande partie des prêts non performants sont des prêts bancaires aux grandes, petites et moyennes entreprises. La vente de ces prêts sur le «marché» est associée à l’éventualité de changement de propriété dans de nombreuses entreprises, modifiant ainsi radicalement la carte du «monde des affaires» dans le pays. Une telle opération ne pourra en aucun cas avoir lieu pacifiquement, sur la base des prétendues règles du marché. Elle sera associée à des conflits, des coups bas, des changements violents dans les rapports politiques à l’intérieur de la classe capitaliste, etc. La lune de miel du gouvernement avec les grandes familles du capital grec et les groupes d’entreprises peut rapidement se transformer en un paysage fait de sables mouvants.

Ce tableau d’impasse ne se limite pas au secteur bancaire. La publication des données financières de la Compagnie Publique d’Électricité (DEI/DEH) [8] démontre que le démantèlement néolibéral que SYRIZA a accepté en signant le 3e mémorandum a littéralement amené la Compagnie publique d’électricité à la limite de sa survie. Il faut souligner que DEI n’est pas un quelconque «véhicule boursier», comme, par exemple, l’était l’entreprise Folli-Follie [9]. En vendant continuellement au privé des parts de DEI (DEH), en favorisant l’entrée de «fournisseurs» privés dans tous les domaines de son activité, en garantissant des accords de financement scandaleux pour les grandes entreprises et leur octroyant de l’électricité à très bon marché, le gouvernement Tsipras risque de devenir un gouvernement qui, au XXIe siècle, ne pourrait plus garantir la fourniture publique d’électricité dans son pays.

Qu’aurait-il au bout de cette route? Quelle serait la perspective de la politique communément acceptée par les créanciers et Tsipras lors de l’Eurogroupe de juin dernier? Alekos Papadopoulos, ex-ministre des Finances des gouvernements du PASOK et social-libéral convaincu, en analysant les données budgétaires présentées au Parlement grec, a conclu en juillet 2018 que la Grèce chemine vers une deuxième faillite et à un second appel à la «protection»  du FMI, aux conséquences encore plus douloureuses que celles du premier «mémorandum» en 2010. Alekos Papadopoulos titre son article: «Le pays glisse sur la voie de l’Argentine».

Le conflit politique

Il a toujours été constaté que ceux qui appliquent dans le domaine de l’économie des politiques néolibérales réactionnaires, inexorablement dérivent vers des politiques également réactionnaires et liberticides dans le domaine des droits civiques et des rapports sociaux.

Le rejet par le peuple de la République de Macédoine (quels que soient les motifs et «l’argumentation» de l’abstention lors du récent référendum) [10] de l’accord de Prespa [région «partagée» entre l’Albanie, la Grèce, la République de Macédoine] est un camouflet pour la démagogie de Tsipras. Il dénude tous ses soi-disant arguments «internationalistes» et pacifistes et le laisse à découvert face à des accusations politiques réellement graves: avec ses homologues du gouvernement Zaev [11]. Ils ont sans hésitation privilégié le plan d’expansion de l’OTAN dans les Balkans occidentaux, en négligeant complètement les sensibilités nationales des peuples de la région et leur droit à l’autodétermination. Il est aujourd’hui bien établi que cette politique ne peut être poursuivie qu’avec des méthodes autoritaires profondément antidémocratiques.

Il en est de même pour la question brûlante des réfugié·e·s. La situation à Moria [un camp de rétentions de migrant·e·s, le plus important et le plus surpeuplé, se trouvant sur l’île de Lesbos] et dans d’autres camps de concentration de réfugié·e·s est une grave insulte à l’histoire de la Gauche de ce pays, une provocation aux sentiments de toute personne démocrate.

Le fait que les actes et omissions de SYRIZA permettent au parti de Nouvelle démocratie de Kyriakos Mitsotakis de demander une enquête sur l’utilisation des fonds européens destinés aux aides spécifiques pour les réfugié·e·s constitue, de surcroît, un vrai forfait politique.

A l’intérieur de ce paysage, apparaît une convergence fondamentale entre Alexis Tsipras et Kyriakos Mitsotakis. Tous deux conviennent que dans les mois à venir, la priorité sera donnée au renforcement de «l’esprit d’entreprise», et cela toujours au nom de la «croissance». Tous deux conviennent de réduire l’impôt sur les bénéfices des entreprises et les cotisations des employeurs, et d’apporter des modifications au droit du travail encore plus favorables au capital.

Kyriakos Mitsotakis est cyniquement honnête: il promet de mettre en œuvre cette politique par un «assaut» politique néolibéral massif [12] dans le but de transformer la défaite de SYRIZA en une défaite stratégique des idées et des politiques auxquelles se référaient et se réfèrent pour une partie de ce qui en reste le mouvement ouvrier et la Gauche. Il ne cache pas sa conviction en faveur du «modèle» de Margaret Thatcher.

Alexis Tsipras affirme qu’il soutiendra ces mêmes politiques, mais avec un certain «visage humain». D’après l’expérience des années 2015-2018, nous savons qu’il ment de manière indigne. Mentionnons une note de bas de page: les uniques avantages concrets et substantiels (en termes de salaire et de budget) que Tsipras a annoncés à la Foire Internationale de Thessalonique concernent les juges, les officiers de police et le personnel militaire. Cela signifie que la direction de SYRIZA sait que la continuité de sa politique s’appuiera de plus en plus sur ces secteurs spécifiques, sur le noyau dur de l’État et les mécanismes de répression.

La Gauche anticapitaliste radicale n’a plus le luxe du temps. Le dilemme répugnant «Tsipras ou Mitsotakis» s’approche rapidement. Nous serons sommés de présenter nos possibles réponses dans quelques mois. La question concerne essentiellement l’Unité Populaire (LaE), ainsi que les autres forces de la Gauche radicale exclues de SYRIZA lors l’été 2015 et ANTARSYA. Toute analyse, toute ligne politique évitant les responsabilités politiques résultant de ce constat, indépendamment des intentions et des arguments, risquent d’être entendue comme une incompréhension de la lutte politique frontale, avec toutes les conséquences pour le monde du travail et les forces de la Gauche radicale qui seront sur le champ de bataille le lendemain de l’affrontement électoral. (Traduction du grec par Manolis Kosadinos de l’article paru dans la publication bimensuelle de DEA, Ergatiki Aristera)

Notes du traducteur

[1] «Scénario argentin»: référence est faite, ici, comme ailleurs dans le texte, à la crise économique qui a culminé en Argentine en 2001-2002 et qui risque aujourd’hui de se répéter. La crise en Argentine fut le résultat de l’application de plusieurs années de politiques néolibérales et d’ancrage du peso au dollar (sous Carlos Menem et son ministre des Finances Domingo Cavallo) et de l’intervention du FMI.

La phase qui s’ouvre depuis deux mois suite à la dévaluation du peso et à l’accord passé avec le FMI, pur un montant de 57 milliards de dollars, non seulement abouti à des atteintes graves contre contres revenus des salarié·e·s avec un taux d’inflation qui atteint déjà 32,6% depuis le début de l’année.

En Grèce, sous la gouvernance de SYRIZA-ANEL (Grecs indépendants) qui prolonge et amplifie les politiques des précédents gouvernements de droite et sociaux-libéraux, la dérégulation du travail, les privatisations massives, la casse des politiques sociales et l’austérité conduisent la société et l’économie vers l’impasse et risqueraient de produire une nouvelle crise majeure. Cette estimation n’est pas seulement celle de la Gauche Radicale, mais elle est également partagée par certains porte-parole de l’establishment politique.

[2] Les quatre banques dites systémiques, dont la faillite aurait des effets dominos, sont: Banque de Grèce (BG), Alpha, Eurobank et la Banque du Pirée

[3] Expositions non performantes (Non- performing exposures, NPE): terme utilisé pour désigner collectivement les actifs saisis à la suite du défaut du débiteur, ainsi que les prêts «performant » dont le risque de devenir non performants (au-delà de l’échéance de 90 jours) est élevé, notamment les prêts sous surveillance et les prêts restructurés performants.

[4] Fonds commun de créances : un fonds commun de créances qui permet la titrisation de créances bancaires, autrement dit la transformation de créances en titres, matérialisée par des parts du FCC. Il aussi connu, dans le langage financier anglo-saxon, sous le nom de Special purpose vehicle (SPV) ou Special purpose entities (SPE) qui sont des entités légales créées par une autre entité le «Sponsor» qui transfère un ou plusieurs actifs dans le SPV.

[5] Parmi les clauses de l’accord de juin 2018 entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec, il y a l’autorisation octroyée à la Grèce de mettre de côté des fonds à hauteur de 24,1 milliards d’euros, somme appelée familièrement «coussin amortisseur», qui permet de disposer à tout moment de liquidités pour subvenir aux besoins de remboursement de dettes, présentes et futures. Selon l’accord, cette somme n’est pas censée être utilisée dans un autre but.

[6] Banque du Pirée (Trapeza Piraeos): une des 4 banques grecques dites systématiques. La Banque du Pirée a été privatisée en 1991, passant sous propriété du grand capital grec. Depuis cette banque ne cesse de croître en achetant plusieurs autres banques, tant en Grèce qu’à l’étranger. Son acquisition des succursales grecques de la Banque de Chypre en 2013, garantie et encouragée par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a donné lieu à des soupçons de corruption et à une controverse juridique. Des hauts responsables ont été convoqués par la justice de Chypre. En 2012, la banque a fait l’acquisition de la Banque Agricole (Agrotiki Trapeza). Comme les autres banques grecques systémiques, elle a été recapitalisée par des fonds publics, puis une grande partie de ses actifs a été cédée à prix dérisoire à des fonds spéculatifs étrangers. La Banque du Pirée détient aujourd’hui 30% des prêts bancaires en Grèce.

[7] Banque Agricole (Agrotiki Trapeza – ATEbank): initialement banque publique, fondée en 1929 dans le but de soutenir le développement agricole en Grèce, sous toutes ses formes. Elle a accédé au statut de Société Anonyme (SA) en 1991, introduite en Bourse en l’an 2000. Lors de la restructuration de la dette publique grecque en 2012 (PSI-Private sector involvement), la banque a souffert la dévalorisation massive de ses actifs, ce qui a inexorablement conduit à sa faillite. Elle a été acquise alors par la Banque du Pirée pour intégrer le groupe dirigé par celle-ci et ensuite fusionner. La Banque Agricole détenait au moment de sa fusion des dettes d’environ 21’500 paysans grecs.

[8] Compagnie Publique grecque d’Électricité (DEI/DEH): créée en août 1950 DEI (DEH), compagnie issue de la nationalisation de la production et distribution d’électricité, avait la prérogative exclusive de la construction, de l’exploitation de centrales hydroélectriques et thermiques, de l’utilisation (préférentielle) de combustibles nationaux et de l’obligation de construire un réseau national de transport et de distribution d’électricité, ainsi que du monopole de la distribution et vente de l’électricité produite. Depuis fin 2000 DEI (DEH) est une Société Anonyme (SA), cotée sur les Bourses d’Athènes et de Londres. Aujourd’hui la transmission de la haute tension et de l’ultra haute tension incombe à ADMIE/ADMHE (un holding, opérateur indépendant de transport d’électricité), avec une participation de l’Etat à hauteur de 51%. Le transport et la distribution de la moyenne tension incombent à DEDDIE/DEDDHE (Opérateur du réseau de distribution d’électricité), détenu à 100% par DEI (DEH), mais fonctionnant de manière autonome. Aujourd’hui la compagnie ne possède plus l’ensemble du réseau national de transport et de distribution, d’une longueur totale d’environ 208’000 km. Le dépeçage et la privatisation larvée de la Compagnie d’Électricité correspondent aux directives de l’UE «sur la libre concurrence et l’abolition des marchés monopolistiques». Les gouvernements fidèles aux mémorandums, notamment le dernier de SYRIZA-ANEL, ont accéléré le processus de privatisation de la compagnie avec pour résultats l’augmentation des factures et la baisse de la qualité des services. Le processus de privatisation était censé s’achever octobre 2018.

[9] Folli-Follie: société internationale basée en Grèce – dont l’actionnaire principal (35.1%) est le milliardaire Dimitris Koutsolioutsos – qui fabrique et distribue des bijoux de luxe, des montres et des accessoires de mode. Cotée à la Bourse d’Athènes depuis 1997, elle est active dans 25 pays et dispose de 380 points de vente. En mai 2018, il a été découvert que la société gonflait son chiffre d’affaires, notamment par le biais de ses succursales en Chine et en Asie. Cette révélation a conduit à l’effondrement du cours de son action en bourse et à l’enregistrement d’incidents de paiement (rejet d’un ordre de paiement par une banque suite à un défaut d’approvisionnement).

[10] Référendum en République de Macédoine : un référendum a eu lieu le 30 septembre 2018 en République de Macédoine, ou Ancienne république yougoslave de Macédoine. La population était amenée à se prononcer sur l’accord conclu avec la Grèce, entraînant notamment un changement du nom du pays en Macédoine du Nord. Plus de 90 % des votants se prononcent favorablement. Néanmoins, sur un peu plus de 1,8 million d’inscrits, un peu moins de 667’000 se sont déplacés, soit un peu plus de 36% de participation, bien en deçà du quorum de 50%. Le résultat est ainsi constitutionnellement invalide faute d’une participation suffisante.

/Le Parlement de Macédoine a voté vendredi le lancement du processus en vue de changer le nom du pays en «République de Macédoine du nord»,/

[11] Zoran Zaev: président du gouvernement de Macédoine, en fonction depuis le 31 mai 2017, issu du parti social-démocrate. Il a soutenu le «oui au référendum.

[12] Voir le Blitzkrieg annoncé par François Fillon en 2017.

Source http://alencontre.org/europe/grece/grece-tsipras-dans-le-champ-de-mines-de-la-crise-prolongee.html#more-52396

CR réunion collectif du 15 octobre 2018

Réunion du collectif « Citoyens de Grenoble contre l’austérité en Grèce et en Europe »
du 15/10/2018

Présents : Lucienne, Christine, Georges, Liliane, Béatrice, Isabelle, Max

– Retour sur la projection débat du film « L’amour et la révolution » de Yannis Youlountas du lundi 8 octobre 2018
La salle était pleine, 130 personnes, 20 à 30 personnes n’ont pas pu rentrer, Yannis est resté discuter avec eux et leur a offert des affiches de ses films.
Le film a été actualisé et a semblé plus abouti que lors de la projection du mois d’avril à l’Espace Aragon.
Le débat entre les spectateurs et Yannis a été très intéressant
Cette soirée a permis aussi de lancer la campagne de commandes des produits Viome. Le catalogue, le bon de commande et un tract appelant à la soirée du 7 novembre ont été distribués à chaque spectateur.
Une prochaine diffusion du film, en présence de Yannis, aura lieu le 10 décembre à La Mure. Christine proposera au contact de La mure le soutien du collectif par la communication et le prêt des panneaux sur la Grèce du CADTM ( accord du CADTM).

– Soirée SCOP + VIOME du 7 novembre à Maison des associations de Grenoble
La soirée est calée et les intervenants confirmés.
Déroulement de la soirée :
– 18h30 : mise en place de la salle et installation du buffet fourni par chacun
– 19h : mange-mange avec les intervenants (Liliane les avertit)
– 20 h : début de la soirée (début réel sans doute 20h15)
présentation du collectif, de la soirée et des intervenants (10 mn)
un petit film (6 mn) sur les Viome : « la démocratie comme patron » du site #datagueule
les Viome : petit historique + situation actuelle + information sur la commande groupée (10 mn)
(Mattheos est chargé de contacter les VioMe pour actualiser leur situation).
interventions de Meryem Yilmaz, Hervé Charmettant et Cyril Zorman (45 mn)
restera environ 60 mn
débat
prise des commandes
fin de la soirée 22h30
A noter que cette soirée s’inscrira à la fois dans le cadre du festival des solidarités et dans le mois de l’économie sociale et solidaire.
Des catalogues, des bons de commande et des produits Viome (en exposition, pas à la vente) seront sur une table.

– Commande des produits VIOME
Date limite de réception des commandes inscrite sur le bon de commande : vendredi 16 novembre.
Récupération des derniers courriers dans la boite aux lettres d’Attac lundi 19/11 par Béatrice,  
Fin de traitement des commandes par Béatrice : 22 23 novembre
Dernier contrôle de la commande par Christine : 24 novembre
Envoi de la commande groupée par Christine : 25 novembre

Calendrier probable de la suite :
Départ de Grèce des produits vendredi 30 novembre
Arrivée à Grenoble le mardi 4 ou le mercredi 5 décembre
Distribution des produits les jeudi 6 et vendredi 7 décembre.
Toujours une inconnue (et de taille), le lieu de réception et de distribution de la commande groupée. Incertitude sur la disponibilité du local du PG38 rue St Laurent. Tout le monde doit mobiliser ses réseaux pour trouver un local en rez-de chaussée entre le 3 et 8/12 .

– Prochaine réunion du collectif
Lundi 3 décembre 2018 de 17h à 19h salle 210 de la Maison des associations de Grenoble .

Construire un mouvement démocratique mondial pour contrer l’autoritarisme

  Appel salutaire de Bernie Sanders

 

  “Construire un mouvement démocratique mondial pour contrer l’autoritarisme”

 Par Yorgos Mitralias

L’appel lancé par Bernie Sanders le 9 octobre en faveur de la construction “d’un mouvement démocratique mondial pour contrer l’autoritarisme” met chacun et chacune de nous devant ses responsabilités: Oui ou non sommes-nous disposés à unir urgemment nos forces pour nous battre contre la peste autoritaire, raciste et d’extrême droite avant qu’il ne soit trop tard?

Évidemment, loin de Bernie Sanders l’idée de lancer un simple appel qui se contente de demi-mots ou de généralités confuses et sans objectifs clairs et précis. Au contraire, son long appel est appuyé sur une description détaillée et très bien argumentée d’abord de la menace mortifère qui pèse sur l’humanité et la planète et ensuite du mouvement mondial qui devra assumer la mission salutaire d’affronter cette menace dans un combat à mort. C’est ainsi qu’après avoir déploré le “trop peu d’attention” portée actuellement sur “une tendance inquiétante dans les affaires mondiales”, il commence par constater qu’on assiste aujourd’hui aux États Unis et au monde entier à “une lutte aux énormes conséquences” entre “deux visions concurrentes. D’un côté, nous voyons un mouvement mondial croissant vers l’autoritarisme, l’oligarchie et la kleptocratie. De l’autre côté, nous voyons un mouvement vers le renforcement de la démocratie, l’égalitarisme et la justice économique, sociale, raciale et environnementale”.

Ayant dessiné les contours du problème, Bernie Sanders peut maintenant balayer l’approche souvent anecdotique du “phénomène” Trump en constatant que “Donald Trump et le mouvement de droite qui le soutient ne sont pas un phénomène unique aux États-Unis. Partout dans le monde, en Europe, en Russie, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique latine et ailleurs, nous voyons des mouvements dirigés par des démagogues qui exploitent les craintes, les préjugés et les plaintes des gens pour conquérir le pouvoir et s’y accrocher”. Et Bernie de nommer les plus illustres de ces dirigeants autoritaires (Trump, Poutine, Erdogan, Duterte aux Philippines, Orban en Hongrie, Kim Jung Un en Corée du Nord, Netanyahu en Israël, Bolsonaro au Brésil) avant de préciser que “bien que les dirigeants qui composent cet axe puissent différer sur certaines questions, ils partagent des attributs essentiels : intolérance des minorités ethniques et religieuses, hostilité aux normes démocratiques, opposition à une presse libre, paranoïa constante à l’égard de complots étrangers et conviction que les chefs du gouvernement devrait pouvoir utiliser leurs postes de pouvoir pour servir leurs propres intérêts financiers égoïstes”. Sans oublier que “plusieurs de ces dirigeants sont également profondément liés à un réseau d’oligarques multimilliardaires qui considèrent le monde comme leur jouet économique”.

Tirant la leçon de cette profonde liaison entre ces dirigeants autoritaires et le réseau d’oligarques milliardaires, Bernie Sanders arrive à la conclusion que “jamais auparavant nous n’avions vu aussi clairement le pouvoir de l’argent sur la politique gouvernementale. Qu’il s’agisse des frères Koch, qui dépensent des centaines de millions de dollars pour démanteler les réglementations environnementales protégeant la santé des Américains, ou des monarchies autoritaires comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Qatar, qui dépensent à Washington des millions de dollars de leur richesse en énergie fossile pour promouvoir les intérêts de leurs régimes antidémocratiques, ou des entreprises géantes soutenant les groupes de réflexion afin de produire des recommandations politiques qui servent leurs propres intérêts financiers, il s’agit de la même chose : des puissants intérêts particuliers utilisent leur richesse pour influencer le gouvernement pour leurs propres avantages égoïstes”.

Mais, la menace devient encore plus importante du moment que “ces autoritaristes font partie d’un front commun. Ils sont en contact étroit les uns avec les autres, partagent des tactiques et, comme dans le cas des mouvements de droite européens et américains, partagent même certains des bailleurs de fonds. Par exemple, la famille Mercer, qui finance la tristement célèbre Cambridge Analytica Ltd, a également apporté son soutien à Donald Trump et à Breitbart News, qui opère en Europe, aux États-Unis et en Israël pour faire avancer le même programme anti-immigrés et antimusulman. Sheldon Adelson donne généreusement au Parti républicain et aux causes de droite aux États-Unis et en Israël, en promouvant un programme commun d’intolérance et de fanatisme dans les deux pays”. Alors, que faire face à ce « front commun » de l’autoritarisme et du grand capital qui menace directement nos libertés et nos droits démocratiques ?

La réponse de Bernie Sanders est on ne peut plus claire : « Pour lutter efficacement contre l’autoritarisme de droite, nous ne pouvons pas simplement être sur la défensive. Nous devons être proactifs et comprendre que défendre le statu quo qui a échoué au cours des dernières décennies n’est pas suffisant. En fait, nous devons reconnaître que les défis auxquels nous sommes confrontés sont le produit de ce statu quo ». Et Bernie de continuer en expliquant en détail ce qu’est ce « statu quo » contre lequel on doit se battre si on veut que notre combat contre l’autoritarisme ne soit condamné d’avance à l’échec : « Notre travail consiste donc à ne pas accepter le statu quo, ni à accepter des niveaux colossaux de richesse et d’inégalité de revenus, où 1 % les plus riches de la population mondiale possède la moitié de la richesse de la planète, tandis que les 70 % les plus pauvres de la population en âge de travailler ne représentent que 2,7 % de la richesse mondiale. Il ne faut pas accepter le déclin du niveau de vie de nombreux travailleurs dans le monde, ni accepter la réalité de 1,4 milliard de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, alors que des millions d’enfants meurent de maladies facilement guérissables ». Et aussi : « Notre travail consiste à mobiliser l’ensemble de la planète pour qu’elle résiste à l’industrie des combustibles fossiles, qui continue à générer des profits énormes, tandis que leurs émissions de carbone détruisent la planète pour nos enfants et nos petits-enfants”.

L’énumération par Bernie des maux que génère ce “statu quo” est longue et instructive. Tout y passe, de la corruption généralisée à la catastrophe climatique, et de la folie des dépenses militaires au sort inhumain réservé aux migrants et réfugiés. Mais, Sanders ne se limite pas à dresser le tableau des méfaits du néolibéralisme. Pour lui, l’important est de résister, de se battre contre chacun de ces maux, d’ouvrir des fronts de lutte, et surtout d’unifier tous ces combats dans un énorme mouvement planétaire! La conclusion de son appel est plus qu’éloquente et nous interpelle tous et toutes de par le monde:

Pour terminer, permettez-moi simplement de dire que pour lutter efficacement contre les forces mondiales de l’oligarchie et de l’autoritarisme, nous avons besoin d’un mouvement international qui se mobilise avec une vision commune de prospérité partagée, de sécurité et de dignité pour tous, et qui s’attaque à l’énorme inégalité mondiale qui existe, non seulement sur le plan de la richesse mais aussi du pouvoir politique.

Un tel mouvement doit être prêt à penser de manière créative et audacieuse le monde que nous aimerions voir. Alors que l’axe autoritaire s’est engagé à démonter l’ordre mondial postérieur à la Seconde Guerre mondiale qu’il considère comme limitant son accès au pouvoir et à la richesse, il ne suffit pas que nous défendions  simplement cet ordre tel qu’il existe.

Nous devons examiner honnêtement comment cet ordre n’a pas tenu bon nombre de ses promesses et comment les autoritaires ont exploité ces échecs avec habileté afin d’obtenir un soutien pour leur programme. Nous devons saisir cette occasion pour reconceptualiser un ordre mondial fondé sur la solidarité humaine, un ordre qui reconnaît que chaque personne sur cette planète partage une humanité commune, que nous voulons tous que nos enfants grandissent en bonne santé, aient une bonne éducation et occupent un emploi décent, boivent de l’eau potable, respirent de l’air pur et vivent en paix. Notre travail consiste à rejoindre ceux qui, partout dans le monde, partagent ces valeurs et luttent pour un monde meilleur.

Les autoritaires cherchent le pouvoir en promouvant la division et la haine. Nous allons promouvoir l’unité et l’inclusion.

À une époque où la richesse et la technologie explosent, nous avons le potentiel de créer une vie décente pour tous. Notre travail consiste à bâtir sur notre humanité commune et à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour nous opposer à toutes les forces, qu’il s’agisse d’un pouvoir gouvernemental irresponsable ou d’un pouvoir entrepreneurial déraisonnable, qui tentent de nous diviser et de nous opposer. Nous savons que ces forces travaillent ensemble à travers les frontières. Nous devons faire la même chose”.

Naturellement, on peut ne pas être d’accord avec tout ce que professe et propose Bernie Sanders. Mais, force est de reconnaitre que cet appel vient du politicien le plus populaire des États Unis, qui fait ce qu’il dit et dont l’honnêteté -chose très rare par les temps qui courent- est généralement reconnue et appréciée. Que son appel va droit au cœur de l’ensemble des impasses et des malheurs de ce début du 21e siècle, sans oublier les plus terribles des problèmes existentiels qui tourmentent l’humanité. Qu’il se distingue par son réalisme, qu’il refuse tout fatalisme et passe à l’acte en faisant des propositions concrètes intéressant l’écrasante majorité des populations sans rien perdre de sa radicalité. Qu’il arrive au moment peut être le plus critique des temps modernes quand l’avenir du genre humain et de la planète tient à un fil. Et enfin, qu’on pas le choix car il n’y a personne d’autre qui ose adresser à l’humanité et aux exploités une proposition d’action digne de son nom, capable de (ré)donner confiance, espoir et surtout envie de lutter aux laissés-pour-compte de la barbarie néolibérale.

Alors, à chacun et à chacune de décider quelle suite donner à l’appel de Bernie Sanders. L’extrême urgence de la situation actuelle et ses terribles enjeux feront sans doute réfléchir…

* Pour lire le texte complet (en anglais) et visionner la vidéo de l’appel de Bernie Sanders, cliquez sur: https://www.contra-xreos.gr/ksenoglossa-arthra/1337-bernie-sanders-building-a-global-democratic-movement-to-counter-authoritarianism.html

L’épouvantail de la dette

Par Pierre Khalfa Coprésident de la Fondation Copernic, membre du Conseil scientifique d’Attac

La question de la dette publique semble revenir dans l’actualité en France avec l’intervention d’économistes orthodoxes comme C. Wyplotz dans Les Échos ou J. Pisani-Ferry dans Le Monde. Tous s’inquiètent du niveau de la dette publique française : « 100 % du PIB, c’est dangereux ». Ils reconnaissent pourtant à juste titre que le risque est faible. Alors, où est le problème ?

Le président Macron poursuit son offensive contre les droits sociaux. Après le Code du travail et la formation professionnelle, c’est le tour de l’assurance chômage et bientôt des retraites de faire les frais de l’ajustement structurel néolibéral. Cela, au nom de la réduction des dépenses publiques et sociales, avec un leitmotiv sur le niveau trop élevé de la dette publique. Ce dernier est un marronnier au sein de la profession des économistes orthodoxes[1].

Tous s’inquiètent du niveau de la dette publique française : 100 % du PIB, c’est dangereux. Ils reconnaissent pourtant à juste titre que le risque est faible, car l’État français emprunte sur dix ans à un taux nettement inférieur à 1 %, un taux bien en dessous de celui de l’inflation. Bref, la France s’enrichit en empruntant et la remontée des taux par la BCE, même si elle était brutale, ce qui est peu probable, ne changerait pas grand-chose à la situation actuelle parce que l’augmentation de la charge annuelle des intérêts ne sera que très progressive.

Alors où est le problème ? Une raison principale est avancée pour justifier l’inquiétude répandue dans l’opinion publique. Nous nous endetterions pour consommer et non pas pour investir. Dette serait donc synonyme de gabegie et de mauvaise gestion. Il n’est que trop facile d’ironiser sur cette supposée frénésie de consommation, qui fait fi des millions de nos concitoyen.nes qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, soumis au chômage, à la précarité, à des salaires de misère ou aux petites retraites. Mais surtout, il faut se demander ce qui permet à nos économistes d’être si catégoriques. Ces économistes devraient savoir qu’une partie des dépenses de fonctionnement correspondent en réalité à un investissement pour l’avenir, c’est le cas en particulier des dépenses d’éducation. De plus, on doit s’interroger sur l’indicateur retenu par les contempteurs de la dette : la dette au sens de Maastricht, une « dette brute », qui ne permet pas de réellement comprendre la situation financière réelle du pays. Les différentes administrations publiques possèdent en effet des actifs, physiques et financiers,  qui ne sont pas pris en compte dans le calcul de la dette brute, l’indicateur de référence dans la vision maastrichtienne de la dette. Or, contrairement à ce que dit la doxa néolibérale, nous ne laissons pas à nos enfants une dette : selon la comptabilité nationale, les actifs des administrations publiques sont de 3 200 milliards d’euros, soit presque une fois et demie le montant de leur dette. Que laissons-nous donc en héritage ? Un patrimoine précieux : des hôpitaux pour être soignés, des crèches, des maternelles, des lycées et des universités pour se former, des bibliothèques et des musées pour se cultiver, des rails pour circuler s’ils sont entretenus !

La seconde raison de l’inquiétude de nos économistes est que la trajectoire de la dette serait « répétitive et malsaine ». Elle augmente lors des périodes de récession. Ces économistes, prévoyant réalistement un nouveau choc économique ou financier, proposent de réduire aujourd’hui la dette afin de retrouver des marges de manœuvre, demain. Il ne s’agit donc pas d’agir en amont pour prévenir ces chocs en mettant la finance sous contrôle et en menant une politique macroéconomique adaptée, mais d’attendre qu’ils aient lieu et d’utiliser alors l’arme du déficit public pour les amortir. Le fait que les politiques d’austérité menées conjointement en Europe ont abouti à une récession généralisée et ont été une des causes de l’accroissement des déficits publics n’est même pas évoqué. La crise financière et la récession sont considérées comme inévitables.

Au-delà des raisons peu convaincantes de l’inquiétude sur la dette publique, deux questions pourtant décisives sont ignorées. Tout d’abord, un déficit est la marque d’un décalage entre les dépenses et les recettes, ce qui pose la question de la fiscalité. Deux rapports datant de 2010 disent tout du problème. Le rapport Champsaur-Cotis au président de la République indique qu’« en l’absence de baisses de prélèvements, la dette publique serait environ 20 points de PIB plus faible aujourd’hui ». Celui de Gille Carrez, député de droite et à l’époque rapporteur du budget, pointe que, si la fiscalité était restée au niveau de l’an 2000, la France aurait été en excédent budgétaire en 2006, 2007 et 2008 et le déficit public n’aurait été que de 3,3 % au lieu de 7,5 % en 2009, année de la plus forte récession depuis la seconde guerre mondiale. Ceux qui ont conçu le programme économique d’Emmanuel Macron sont silencieux sur les cadeaux fiscaux, se comptant par dizaines de milliards d’euros, dont viennent de bénéficier les ménages les plus riches et les employeurs : baisse d’imposition sur les revenus du capital (flat tax), suppression de l’ISF, transformation du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) en baisse de cotisations pour les employeurs (40 milliards au total pour l’année 2019), sans parler de l’évasion fiscale d’un montant égal au déficit de l’État.

Enfin, on ne nous dit rien de l’obligation faite aux États de n’emprunter que sur les marchés financiers internationaux. Car, l’existence d’un marché de la dette publique est le résultat d’un choix politique qui vise à faire de l’État un emprunteur comme un autre, avec l’objectif de le mettre sous la pression des marchés financiers et ainsi de le discipliner. C’est ce que matérialise l’interdiction faite par les traités européens aux banques centrales, la BCE en tête, de prêter directement aux Etats C’est pourquoi, pour pouvoir emprunter à des taux raisonnables sur le marché, l’État doit aujourd’hui se plier aux désirs des investisseurs. La dette publique devient ainsi un élément fondamental de la domination des marchés.

On le voit, résoudre le problème de la dette publique suppose de s’attaquer aux fondements des politiques néolibérales. Ce n’est pas le choix du gouvernement et des économistes qui, de près ou de loin, le conseillent. À force de ressasser les mêmes dogmes surannés et démagogiques, les peuples se mettent à douter de la démocratie. Là est le vrai risque.

Ce point de vue, signé par Jean-Marie Harribey, Esther Jeffers, Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Jacques Rigaudiat, économistes membres d’Attac et de la Fondation Copernic, a été publié sur lemondefr.

[1]Parmi les derniers en date : C. Wyplotz, Les Échos, 6 septembre 2018 ; J. Pisani-Ferry, Le Monde, 5 octobre 2018.

Qui veut gagner des millions de Soros ? La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.
Qui veut gagner des millions de Soros ?

Couleurs d’automne. Les feuilles tombent des arbres, tandis que des millions tombent paraît-il sur les Balkans… des caisses du financier et spéculateur George Soros. Á Athènes, le Ministère des Affaires étrangères et fanfaron attitré Nikos Kotziás vient de démissionner. En Conseil des Ministres, Kotziás a eu une altercation verbale très violente avec son homologue à la Défense, l’autre fanfaron Pános Kamménos. Ce dernier, d’après les medias grecs, a entre autres reproché à Kotziás d’avoir reçu 50 millions d’euros du financier Soros dans le but de faire avancer coûte que coûte l’accord Macédonien de Tsípras-Zaev, lequel est autant celui de Berlin, de Bruxelles, de l’OTAN et surtout, celui du spéculateur Soros. Les feuilles… tombent, couleuvres d’automne, avalées parfois comme les ministres !

Couleurs d’automne à Ágrafa, octobre 2018

La presse évoque largement ces faits et d’abord gestes, à l’instar du quotidien “Ta Néa” du 19 octobre au sujet du financement présumé de Kotziás via les ONG du spéculateur George Soros. En plus, Kotziás est aussi montré du doigt car il aurait utilisé des fonds du Ministère des Affaires Étrangères, plus exactement 19 millions d’euros d’après la presse, pour rémunérer une certaine presse en Albanie et en Ex-République Yougoslave de Macédoine, toujours dans le but de promouvoir l’accord signé en juin entre Tsípras et Zaev (radio 90.1 FM et “Ta Néa” du 19 octobre).

En cet automne décidément, les feuilles, celles des arbres… et pas seulement, elles tombent. On sait qu’à leur base, une sorte de petit bouchon se forme, qui empêche la sève de circuler. La feuille se dessèche, devient fragile et tombe, autant on dirait que le contenu réel des régimes supposés politiques qui sont encore les nôtres. Dans nos pays, comme l’écrit ailleurs Dimitri Orlov, “l’effondrement social et culturel est en grande partie déjà bien avancé mais qu’il est actuellement dissimulé par le fait que les systèmes financiers, commerciaux et politiques fonctionnent encore à un certain niveau, ou du moins prétendent fonctionner en utilisant de l’argent injecté ex nihilo, avec de graves déséquilibres commerciaux, des statistiques falsifiées, des systèmes électoraux trafiqués”.

En Thessalie très profonde, les habitués de la gastronomie réellement existante avant même le véganisme intégral et d’ailleurs intégré aux finalités du système des globalistes, dégustent pour l’instant les traditionnelles soupes à la viande et aux tripes. Celles que les tavernes spécialisées proposent uniquement dans la matinée, le tout, sous la sonorité parfois parasitée des radios branchées sur les informations du moment. “C’est une autre soupe aux tripes…ces politiques”, commenteront alors volontiers les clients entre deux cuillerées bien remplies. Le pays avalé… à la petite, ou de préférence à la grande cuillère.

En Thessalie toujours, derrière la vitrine d’une petite échoppe, les passants y découvrent alors cette affiche photographiée ailleurs et reproduite en place et lieu d’Instruction civique populaire: “Les parasites de l’homme sont les sangsues et les tiques qui sucent son sang pour s’en détacher un fois assouvies. Les autres parasites de l’homme que sont les banquiers et les politiques ne cessent jamais de pomper le sang de leurs victimes.” Verdict… populaire, la presse autorisée dirait sans doute “populiste”.

Soupes de tradition. Thessalie, octobre 2018
Petits restaurants du matin. Thessalie, octobre 2018
Les… parasites de l’homme. Façade en Thessalie, octobre 2018

Les affaires trop courantes des marionnettes politiques grecques sont de plus en plus dépravantes et autant dépravées, et l’on note que pour l’instant en tout cas, Kotziás ne dépose pas plainte par exemple pour diffamation, bien au contraire, c’est le Procureur qui ordonne une enquête, déjà sur le financement de certains médias en Albanie et en Ex-République Yougoslave de Macédoine par le Ministère des Affaires Étrangères sous le règne de Kotziás, d’après la presse grecque du 19 octobre. Le grec de la rue comme du café forcément amer, à l’instar du garagiste du quartier se demande alors de manière fort logique: “Si Kotziás a vraiment touché 50 millions de la part de Soros, alors Tsípras combien de millions aurait-il touché pour faire passer l’accord Macédonien ?” Question très populaire et interrogation sans doute “populiste” !

Il y a une semaine, j’évoquais l’Europe, la Grèce et même Soros, en la bonne compagnie de mon ami Olivier Delorme en visitant Salamine et les lieux de mémoire de sa bataille qui est alors et toujours la nôtre. Ensuite, nous avons partagé un autre moment lettré et attachant, lors de la présentation de son livre, “Tigrane l’Arménien”, rencontre animée par Marie-Mai Corbel à Lexikopoleío à Athènes le 11 octobre.

Il a été donc question de Salamine, des Arméniens, de leur Génocide de la part de la Turquie, de la géopolitique en gestation, de notre piètre nouveau siècle, comme des limites et des frontières que les mondialisateurs veulent détruire pour tous les autres sauf pour leur caste évidemment. Enfin, maigre et néanmoins consolation, tout le monde aura remarqué la présence de Léxi (le “Mot”), le chat d’Odile et de Yánnis de Lexikopoleío, nouvelle âme féline et digne gardienne des lieux. Et depuis, voilà que l’actualité nous rattrape une fois de plus, pour ne pas dire qu’elle nous dépasse.

Le journaliste, ouvertement pro-Étatsunien et pro-britannique Yórgos Trángas dans son émission sur 90,1 FM du 19 octobre, expose alors très volontiers sa version des faits: “Kotziás, c’est l’idiot utile et c’est aussi pour cette raison qu’il n’a pas été soutenu par Tsípras. Ce dernier préfère obligatoirement et de loin son Ministre de la Défense Kamménos, et pour cause. Kamménos est depuis un moment lié au cercle de Donald Trump, et aussi à Israël, et il ne fait rien sans au préalable téléphoner aux Américains, comme lors de son récent voyage officiel aux États-Unis. Lorsque tout le monde à Athènes et de manière il faut dire imprudente avaient ouvertement soutenu verbalement Hilary Clinton, Tsípras compris, Pános Kamménos était le seul homme politique grec s’exprimant publiquement en faveur du candidat Trump.”

Salamine, mémoire de la bataille, octobre 2018
Salamine, octobre 2018
Olivier Delorme, Marie-Mai Corbel et… Léxi. Athènes, le 11 octobre 2018
Léxi de Lexikopoleío. Athènes, octobre 2018

“C’est ainsi que Kamménos a déjà obtenu le feu vert américain pour son futur voyage officiel à Moscou accompagnant Tsípras chez le Président Poutine, cette visite officielle est programmée pour la fin de cette année. Tandis que Kotziás, il avait été d’emblée déclaré comme étant indésirable à Moscou, car il est à l’origine de l’extradition frappant deux diplomates Russes l’été dernier, d’où cette dégradation finalement nuisible dans les relations entre la petite Grèce et la grande Russie. Accessoirement, Kotziás avait été davantage l’homme de Berlin ou plutôt de Soros, comme finalement de leur politique dans les Balkans, ce que Russes et Américains peuvent ne pas disons-nous, trop apprécier. Je sais que Kamménos suit de très près les agissements et les magouilles de Soros en Grèce et il prend des notes, de même que sur les affaires relatives aux millions qu’il distribue ici ou là, et notamment, à certains journalistes et médias, dont le très Syrizíste ‘Quotidien des Rédacteurs’, toujours d’après Kamménos, et c’est à se demander ce que Soros aurait fait… pour que la télévision publique ERT lui consacre récemment un documentaire, encensant principalement les supposés bienfaits des structures et ONG à la Soros à travers le vaste monde.”

“Lors d’une rencontre entre nous un peu plus tard, c’est d’ailleurs Kamménos en personne qui m’a raconté qu’au moment des douloureuses négociations finales entre l’équipe Tsípras et Bruxelles c’est-à-dire Berlin en juillet 2015, Tsípras l’a sollicité le convoquant à Bruxelles pour trouver enfin une issue. Dépêché à Bruxelles, Kamménos a d’abord averti Tsípras que la salle attribuée à la délégation grecque était en réalité truffée de micros allemands et qu’ensuite, Varoufákis est franchement un agent, voire, un employé de Soros. Une partie de la délégation grecque s’est ainsi réunie dans un restaurant à poisson, et c’est Kamménos qu’a téléphoné aux Américains de l’administration Obama à l’époque, laquelle a réagit quelque temps plus tard en indiquant aux Grecs qu’ils devaient attendre l’appel imminent de François Hollande ainsi que l’arrivée dans l’urgence, d’une délégation françaises, porteuse des propositions à adopter pour ainsi… clore les négociations.”

Lors de sa visite la semaine dernière aux États-Unis, Kamménos a informé ses interlocuteurs des agissements de Soros, comme il en a été informé autant de leur côté par les Américains. D’ailleurs Tsípras en était informé des intentions de Kamménos avant son départ. En réalité, le vaniteux Kotziás a été dévoré et limogé par Kamménos, au moment même où ce dernier montait dans l’avion à destination des États-Unis. Inutile de dire que Kamménos a obtenu le feu vert pour attaquer Soros et les siens en Grèce, depuis ceux de l’équipe de Donald Trump, car on sait combien le Président des États-Unis est en guerre contre le financier et spéculateur Soros”, Yórgos Trángas, 90,1 FM au 19 octobre, cité de mémoire. Voilà ce que les Grecs peuvent entendre parfois à la radio. Alors info, et/ou intox ? Certes, le “Quotidien des Rédacteurs” attaque très violemment Kamménos, sauf qu’à ce jour, il ne porte pas plainte contre lui, étrange non ? Au pays… très occupé, on sait encore s’amuser dans un sens entre nos maux et leurs mots, nos actualités et autres analyses géopolitiques, c’est à la fois du Thucydide et d’Agatha Christie ainsi réunis !

En Thessalie comme ailleurs, on suit les nouvelles et on reste assez perplexe. Deux ministres du même gouvernement qui s’accusent mutuellement et qui se déchirent, un financier spéculateur du trop vaste monde qui intervient dans les affaires des pays, des sociétés et des nations pour en faire de la bouillie sans la moindre légitimité et même dans l’illégalité, puis, des faits présumés rapportés si graves, que la Justice devrait alors intervenir. Mais non. Le Président de la République n’intervient guère pour provoquer des élections anticipées, même… au moyen d’un système électoral trafiqué. On reste perplexe, sauf celles et ceux qui ne se nourrissent que grâce aux repas distribués par l’Église Orthodoxe par exemple et non pas d’actualités jugées inutiles. Petit pays… soigné aux petits ognons !

Montagne en Thessalie, octobre 2018
Repas distribué par l’Église. Thessalie, octobre 2018
Bois de chauffage. Thessalie, octobre 2018
Petits ognons. Thessalie, octobre 2018

Couleurs d’automne donc. Le seul pays grec qui se dresse disons… au-dessus de la mêlée, c’est peut-être celui des montagnes. Les feuilles tombent des arbres, ses contrées sont belles mais quasiment vidées de leurs habitants. On y rencontre surtout les animaux, leurs bergers, puis, ici ou là, quelques visiteurs consciemment égarés. Les derniers gardiens des lieux comme à Agrafa, village et autant massif montagneux en Eurytanie, près de la Thessalie voisine, ne font pas dans le folklore, sauf que l’esprit rebelle et résistant des ancêtres n’est pas mort.

Il faut préciser qu’un projet pharaonique germano-compatible d’installation d’éoliennes menace cette région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire. La décision date d’avril 2018, et c’est un décret du ministrion de l’Énergie, ayant en son temps prolongée, provoqué déjà l’indignation des habitants à Ágrafa.

Le décret impose sans la moindre consultation préalable, la construction de deux immenses parcs d’éoliennes. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l’Environnement et de l’énergie, a finalement accordé la licence d’installation aux deux projets éoliens géants dans cette région d’Ágrafa, ces décisions ont été émargées par le ministre par simple ordonnance, destinée au… Gestionnaire des Énergies, un certain Alexópoulos.

De leur côté, ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritanía/Ágrafa rappellent d’abord, que pour ce qui est du grand ensemble montagneux du Pinde, son cœur se situe très exactement à Ágrafa. Ainsi, une économie viable et surtout intelligente dans la région, n’est alors possible qu’en mettant l’accent entre autres, sur le tourisme alternatif, sur l’agriculture et sur des activités traditionnelles. Seule une telle option viable peut redonner vie et ainsi espoir aux réalités humaines de la région, pour la maintenir même dans la mesure du possible au sein d’une économie nationale ayant enfin du sens. Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétise actuellement sous les escrocs politiques actuels.

NON aux éoliennes. Agrafa, octobre 2018
NON aux éoliennes. Ágrafa, octobre 2018
Ágrafa, octobre 2018

Ces derniers, largement contrôlés, et très probablement… concrètement et correctement “remerciés” par les constructeurs des éoliennes, Allemands d’après le reportage disponible; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur… mieux. Deux grandes installations éoliennes devraient être construites aux sommets vierges de la région d’Ágrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste monde, se situant entre 1600 et 2100 mètres. Là où les routes n’existent souvent pas, et lorsqu’elles existent, elles ne sont pas capables de supporter le transport d’énormes éoliennes ainsi que les matériaux nécessaires à la réalisation de l’installation. Des kilomètres de routes devront ainsi voir le (mauvais) jour à travers forêts de sapins et alpages, qui abritent encore une flore rare ainsi que l’essentiel pour ce qui est des grands mammifères et d’oiseaux sauvages du pays, et il s’agit d’une zone très protégée, classée NATURA 2000. L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Il est encore souligné par la “petite” presse engagée, souvent sur Internet, qu’en plus des éoliennes, tout un réseau de transport d’électricité devrait également être mis en place pour que les parcs des éolienne puisse être interconnecté au réseau existant plus bas en altitude. Cela signifie que les pylônes et les câbles de haute tension sur de nombreux kilomètres… “embelliront” autant le paysage, et ceci jusqu’au Lac Plastiras situé à 1000 mètres d’altitude en Thessalie voisine. En ce qui concerne le lac, il n’est pas exclu même, que ce projet entraîne également la privatisation de sa centrale hydroélectrique. Les parcs éoliens ne sont pas stables en termes de production d’énergie, ce qui oblige à compléter les charges en électricité par l’utilisation de l’énergie hydroélectrique. Et voilà comment les “investisseurs” iraient également prendre le contrôle des ressources en eau, lesquelles jusqu’à présent, elles sont aussi destinées à l’irrigation.

Pour les défenseurs de la… dernière intégrité de la région, “il y a aussi de quoi dénoncer le tristement célèbre lobbyiste pseudo-écologiste de Greenpeace, lequel s’adonne depuis peu à travers les médias, à une propagande sans pareil contre l’utilisation du charbon lignite dans la production d’énergie en Grèce et pour l’utilisation des énergies dites renouvelables, tandis qu’au même moment, la Banque européenne d’investissement (BEI) qui est la banque de l’Union européenne (UE), financera l’ensemble du projet, ceci afin d’augmenter le chiffre d’affaires du constructeur allemand des éoliennes”, articles sur Internet grec, dont par exemple sur le site Alfavita, datant de juillet 2018.

Ágrafa, octobre 2018
En Thessalie, octobre 2018
Petite taverne. Thessalie des montagnes, octobre 2018

Le berger rencontré près des alpages à Agrafa est naturellement très inquiet. “Nous avons été abandonnés et trahis par les politiciens et par les élus locaux, tous ces gens sont vendus aux Allemands. Nous ne voulons pas de cette catastrophe ici, regardez le sommet d’en face, ils ont déjà installé des instruments pour prendre toute la mesure du vent, de notre vent, mais comment alors les arrêter ?”

Trois sommets plus loin, des habitants et habitués de la petite taverne au village situé dans les montagnes d’Athamania et sur le cours supérieur de la rivière Achéloos à environ 800 mètres d’altitude, ont vu arriver un beau matin d’octobre les élus locaux et régionaux, en même temps que les gros engins. Travaux publics en vue, les élections auront lieu au mois de mai comme on sait. Couleurs toujours d’automne !

Les feuilles tombent des arbres tandis que des millions tombent paraît-il sur les Balkans. La nuit dernière, l’accord macédonien de Tsípras et de Zaev a été ratifié au Parlement de l’Ex-République Yougoslave de Macédoine, huit élus de l’opposition ont voté contre leur camp et contre d’ailleurs la volonté du peuple voisin, lequel, a largement boycotté et ainsi invalidé le referendum proposé par Zaev sur la question. L’opposition à Skopje dénonce ouvertement la corruption des élus de son camp. D’après ces accusations, ils auraient reçu jusqu’à deux millions d’euros pour changer d’avis, presse grecque du 20 octobre. Pános Kamménos bien d’ici, ne dit par autre chose dans un Twitter…bien nocturne.

Porte du passé. Thessalie, octobre 2018

L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets encore inimaginables, et pas seulement à Ágrafa. Entre les… portes du passé et celles du futur en pleine gestation il n’y a qu’un laps de temps humain ainsi bien bref.

Les Grecs observent finalement la situation en Italie, cela, en dépit de la propagande déployée par les médias Euro-berlinois et Soros-compatibles de la Grèce soumise. La clef de l’avenir elle est peut-être dans la main des amis Italiens. Comme le souligne Jacques Sapir, “l’Italie sera donc soumise à une forte pression, tant des autorités de l’Union européenne qu’en interne, la presse se déchaine actuellement contre le gouvernement, et en provenance des marchés financiers. Mais, le gouvernement italien semble s’être préparé à y résister. Il peut s’appuyer sur les présidents des deux commissions économiques de l’Assemblée et du Sénat, Claudio Borghi et Alberto Bagnai, dont les convictions eurosceptiques sont bien connues, sur des membres du gouvernement, de Salvini à Savona, mais aussi sur des soutiens extérieurs et, plus important encore, sur une majorité des italiens.”

“Le fait que la réunion annuelle du centre de recherche de l’Université de Pescara que dirigeait Alberto Bagnai jusqu’à son entrée en politique, qui aura lieu les 10 et 11 novembre s’annonce très suivie, plus de 600 participants payants se sont déjà inscrits en 5 jours, est une bonne indication aussi du soutien que rencontre le gouvernement italien dans son bras de fer avec l’Union européenne. Le fait que Stefano Fassina, un dirigeant historique de la gauche italienne, qui avait démissionné du gouvernement et rompu avec le PD de Matteo Renzi et qui élu à l’Assemblée sous la bannière de Liberi et Uguali, ait annoncé sa participation à cette réunion est aussi un signe que ce soutien pourrait bien transcender les divergences politiques.”, Jacques Sapir, le 12 octobre 2018.

Mais alors dans les Balkans, certaines divergences politiques ont déjà été transcendées, et les millions du spéculateur Soros avec, paraît-il.

Couleurs et couleuvres d’automne, en Grèce et dans ses régions montagneuses dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans. Trois sommets plus loin et non loin d’Ágrafa, la vie comme ses expressions les plus essentielles, viennent toujours d’ailleurs, à l’instar de cette vielle femme qui brode assise dans la cour de sa maison: “C’est un petit chat adespote mais nous l’avons adopté, il n’y avait rien d’autre à faire.” Thessalie alors profonde. Rien d’autre à faire !

Nous l’avons adopté. Thessalie, octobre 2018

* Photo de couverture: Figure des lieux. Tríkala, Thessalie, octobre 2018

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