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Archives de catégorie Les réfugiés-migrants Les exilés

Remerciement convoi solidaire Grèce

Yannis Youlountas au nom d’ANEPOS a envoyé cette photo pour remercier le comité pour l’envoi de la collecte ( 150 € du comité Grèce et 150 € d’Attac 38) et du matériel dans le cadre du prochain convoi solidaire .

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1- Pour effectuer un virement à ANEPOS
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Relire l’appel de Yannis

Faute de logements des réfugiés retournent dans des camps

En Grèce, la fin d’un programme d’aide oblige de nombreux demandeurs d’asile à quitter leurs appartements pour retourner dans des camps de réfugiés. Athènes défend les conditions de vie dans ces camps. Les ONG restent sceptiques.

Rana est âgée de 20 ans et vit dans un camp de réfugiés en Grèce métropolitaine. Elle ne veut pas donner son vrai nom, ni sa localisation exacte, car elle craint que ces informations pourraient avoir des conséquences négatives sur sa demande d’asile.

Rana et sa famille ont fui l’Afghanistan en 2018 et sont arrivés en Grèce par la Turquie. Son père souffre d’une maladie cardiaque et son frère d’épilepsie. Ils sont considérés comme particulièrement vulnérables. La famille avait ainsi pu accéder à un appartement dans le cadre du programme d’aide d’urgence à l’intégration et au logement ESTIA.

Certains experts estiment que l'État grec veut exclure les réfugiés du reste de la société | Photo : Florian Schmitz / DW
Certains experts estiment que l’État grec veut exclure les réfugiés du reste de la société | Photo : Florian Schmitz / DW

Ce programme, financé par l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Union européenne (UE), a été mis en place en 2015 pour financer des logements pour les demandeurs d’asile les plus vulnérables. L’objectif affiché était de faciliter leur intégration dans la société.

En décembre dernier, le gouvernement grec a toutefois commencé à mettre fin progressivement au programme ESTIA. Rana et sa famille ont par conséquent dû retourner dans un camp de réfugiés.

A lire aussi : France : l’absence de logement fait courir aux femmes migrantes le « risque » de basculer dans la prostitution

« J’avais l’habitude d’aller à l’école en Grèce avec ma sœur », explique-t-elle, en sanglots. « Quand nous sommes arrivés dans le camp, on nous a dit qu’il n’y avait pas de place pour nous à l’école ». Rana s’est vue proposer une place dans une école dans une ville voisine, mais l’établissement est bien trop éloigné du camp pour pouvoir s’y rendre tous les jours.

La famille avait pourtant commencé à se construire une nouvelle vie en ville. « Lorsque nous sommes arrivés au camp, notre conteneur était complètement vide. Il n’y avait même pas de matelas », se souvient Rana. La famille a dormi sur le sol pendant deux jours, avant de retourner dans leur ancien appartement y pour récupérer des matelas.

Depuis la suppression progressive du programme ESTIA, les demandeurs d'asile ont dû quitter leurs appartements et retourner dans des camps de réfugiés | Photo : Florian Schmitz / DW
Depuis la suppression progressive du programme ESTIA, les demandeurs d’asile ont dû quitter leurs appartements et retourner dans des camps de réfugiés | Photo : Florian Schmitz / DW

C’était il y a deux mois. Depuis, leurs noms ne figurent même plus sur la liste des personnes ayant droit à des repas gratuits. « Ils nous donnent ce qui reste quand tout le monde dans le camp a reçu sa ration », raconte Rana. La famille pu entre-temps se procurer une cuisinière pour se faire à manger.

Changement de situation en Afghanistan

La demande d’asile de la famille a déjà été rejetée à deux reprises avant que les talibans ne reprennent le pouvoir à Kaboul en août 2021. L’Afghanistan n’est plus considéré comme un pays sûr par de nombreux Etats, leur demande de protection est actuellement réexaminée. Mais Rana craint d’être expulsée vers la Turquie, le pays par lequel elle est arrivée en Grèce. En effet, l’Union européenne et Athènes considèrent toutes deux la Turquie comme un pays tiers sûr.

Pression psychologique

L’incertitude et l’attente constituent un poids psychologique énorme pour les migrants. Le programme ESTIA ambitionnait de créer des conditions de vie dignes pour atténuer ces souffrances. Quelque 20 000 places de logements étaient prévues.

L'avocate Christina Svana critique la fin du programme ESTIA | Photo : Florian Schmitz / DW
L’avocate Christina Svana critique la fin du programme ESTIA | Photo : Florian Schmitz / DW

Au moment d’annoncer la fin programmée de l’ESTIA, il y a un an, le ministère grec des Migrations affirmait que 12 648 personnes se trouvaient dans des appartements financés par le programme mais que que, depuis, nombre d’entre elles auraient reçu un réponse à leur demande d’asile.

En réponse à une enquête de Deutsche Welle, le ministère a assuré qu’au final, moins de 500 personnes ont dû quitter leurs appartements.

A lire aussi : « Quelqu’un doit bien le faire » : l’histoire d’Astoun, de réfugié à sauveteur en mer

Les experts estiment toutefois que l’isolement est utilisé comme moyen de dissuasion. Pour l’avocate Christina Svana, la fin d’ESTIA est une erreur puisque de nombreux demandeurs d’asile sont toujours dans le besoin. Elle travaille pour FENIX, une ONG qui fournit notamment des conseils juridiques aux réfugiés.

Christina Svana a été inondée d’appels de migrants désespérés : « Nous avons vu à quel point la mise en œuvre de cette décision (la fin du programme ESTIA) a été difficile. Dans de nombreux cas, les gens n’ont été prévenus qu’un ou deux jours avant de devoir partir. »

Selon les ONG, les autorités grecques isolent les migrants dans pour décourager l'immigration clandestine vers la Grèce | Photo : A. Avramidis / Reuters
Selon les ONG, les autorités grecques isolent les migrants dans pour décourager l’immigration clandestine vers la Grèce | Photo : A. Avramidis / Reuters

Pour Christina Svana, la fin d’ESTIA s’inscrit dans la politique du gouvernement grec visant à dissuader les demandeurs d’asile : « Depuis que le nouveau gouvernement est arrivé au pouvoir en 2019, nous avons assisté à un déclin spectaculaire des avantages ou des droits accordés aux réfugiés. Des centres fermés ont été érigés sur les îles et des camps entourés de murs et sous surveillance permanente ont été construits sur le continent. » Selon l’avocate, l’État grec est déterminé à maintenir les réfugiés à l’écart du reste de la société.

Une décision politique ?

Ines Avelas, responsable du plaidoyer et de la stratégie à FENIX, dénonce des motivations politiques.

Elle explique que l’ONG a reçu la confirmation par Bruxelles que les autorités grecques ont décidé de mettre fin au programme en raison de la « baisse significative des arrivées et de l’utilisation réduite de la capacité des centres d’accueil ». Pourtant, le financement du Fonds européen pour l’asile, la migration et l’intégration (AMIF) est garanti à la Grèce jusqu’en 2027.

« La fin du programme était une décision du gouvernement grec et il n’y avait aucune raison budgétaire à cela », conclut Ines Avelas.

Le gouvernement grec rejette cette affirmation. Au-delà du fonds AMIF, « aucun autre moyen n’a été mis à disposition », explique le ministère grec de Migration.

De son côté, la Commission européenne note que « en fin de compte, c’est à la Grèce de choisir l’accueil qu’elle offre et comment comment elle utilise les fonds mis à sa disposition dans le cadre des obligations de la base juridique des directives et règlements de l’UE. »

Seuls les demandeurs d’asile sont concernés

Athènes assure que les personnes concernées ont reçu une alternative dans des logements « pleinement conformes aux exigences juridiques internationales et européennes » et que ces infrastructures offrent aux résidents « la sécurité, la nourriture et des conditions de vie appropriées. »

Lefteris Papagiannakis, du Conseil grec pour les réfugiés | Photo : Florian Schmitz / DW
Lefteris Papagiannakis, du Conseil grec pour les réfugiés | Photo : Florian Schmitz / DW

Le ministère grec de la Migration tient également à préciser que « la plupart des demandeurs d’asile ont été informés du résultat de leur demande avant la fin du programme. En cas de résultat négatif, ces personnes ont été expulsées. En cas de résultat positif, elles se sont vues proposer un logement et une aide financière dans le cadre du programme d’intégration HELIOS. »

HELIOS est un programme destiné aux personnes ayant déjà obtenu l’asile en Grèce. Il est également financé par l’UE. Lefteris Papagiannakis, du Conseil grec pour les réfugiés, souligne que le programme offre une aide d’un an à ceux qui cherchent un emploi et un logement. « Le problème, c’est qu’il faut disposer d’un logement pour pouvoir bénéficier du programme », note-il, ajoutant que les choses se compliquent lorsque l’aide prend fin au bout d’un an.

De nombreuses personnes ayant obtenu l’asile se sont ainsi retrouvées à la rue ou ont dû retourner dans les camps de réfugiés. Pour Lefteris Papagiannakis, la Grèce ne prend pas l’intégration au sérieux : « Ce gouvernement est hostile aux réfugiés et aux migrants ».

Auteur : Florian Schmitz

Source : https://www.infomigrants.net/fr/post/46750/grece–apres-la-perte-de-leur-logement-des-refugies-retournent-vivre-dans-des-camps

Les 84 personnes secourues par l’Ocean Viking vont débarquer à Ravenne, en Italie

Le 14 février 2023, l’équipe à bord de l’Ocean Viking a secouru 84 personnes d’une embarcation pneumatique surchargée dans les eaux internationales au large de la Libye. Parmi eux, 58 mineur.e.s non accompagné.e.s. Le port sûr de Ravenne en Italie a été assigné pour les 84 rescapé.e.s à bord.

Retour sur la vingt-cinquième mission de recherche et de sauvetage de l’Ocean Viking.

15 janvier 2023

SOS MEDITERRANEE est profondément préoccupée par la transposition en loi du décret sur la « gestion des flux migratoires » aujourd’hui par le Parlement italien.

L’ »effet combiné » du décret et des pratiques de coordination appliquées aux navires des ONG réduit considérablement les capacités de sauvetage en Méditerranée, ces pratiques incluant l’assignation de ports de débarquement éloignés.

Les 84 rescapés à bord de l’Ocean Viking sont les premiers à payer le prix fort de l’assignation des ports excessivement éloignés, aggravant leur condition déjà fragile. Les États côtiers doivent agir pour protéger des vies en mer au lieu de les mettre davantage en danger.

14 février 2023

Ravenne, au nord de l’Italie, a été assignée par les autorités italiennes comme lieu sûr de débarquement pour les 84 rescapé.e.s à bord de l’Ocean Viking.

Imposer une navigation de 4 jours a de graves conséquences sur la santé physique et mentale des rescapé.e.s après toutes les souffrances endurées en mer et en Libye.

14 février 2023

Hannah, responsable de l’équipe médicale à bord de l’Ocean Viking explique la situation dans laquelle se trouve certaines des personnes secourues ce matin en Méditerranée centrale.

« Des personnes ont signalé des problèmes de santé liés à de longues détentions (de plusieurs années) en Libye. Parmi ces présentations, des personnes ont déjà fait état de blessures liées à la violence subies lors de ladite détention. »

Parmi les 84 personnes secourues ce matin par l’Ocean Viking, 58 sont des mineur.e.s non accompagné.e.s.

14 février 2023

Ce matin, l’Ocean Viking a évacué 84 personnes, dont 58 mineur.e.s non accompagné.e.s, d’une embarcation pneumatique surchargée dans les eaux internationales au large de la Libye.

SOS MEDITERRANEE et l’IFRC s’occupent maintenant de nombreux rescapés souffrant de déshydratation et d’hypothermie.

Crédit photo : Nissim Gasteli / SOS MEDITERRANEE

Source https://sosmediterranee.fr/sauvetages/recap-84-personnes-secourues-par-locean-viking-en-mediterranee-centrale/

SOS MEDITERRANEE inquiète des évolutions du contexte d’intervention en Méditerranée centrale

Depuis fin décembre, les navires humanitaires se voient attribuer des ports de débarquement très rapidement après avoir secouru une embarcation en détresse mais dans des ports extrêmement éloignés. En ce début 2023, alors que l’Italie adopte un décret visant les ONG de sauvetage, les autorités maritimes semblent se conformer à un nouveau modus operandi qui fait craindre de graves conséquences pour les personnes naufragées.

Sauvetage à risque de 95 personnes, dont 20 femmes et 38 mineurs, ce mercredi 26 janvier, en présence des garde-côtes libyens qui ont effectué des manœuvres dangereuses pour la sécurité des équipes et des rescapé.e.s. Crédits Photo : Nissim Gasteli / SOS MEDITERRANEE

95 personnes secourues le 25 janvier, quatre disparues

Ce mercredi 25 janvier, l’Ocean Viking a secouru 95 personnes d’une embarcation pneumatique surchargée dans les eaux internationales au large de la Libye, à la suite d’une alerte de détresse relayée par l’avion Seabird 2. Arrivés sur les lieux pendant le sauvetage, les garde-côtes libyens ont alors effectué diverses manœuvres dangereuses, mettant en péril la sécurité des équipes et des personnes rescapées. Heureusement, elles ont toutes pu être évacuées vers notre navire ; cependant certaines d’entre elles ont ensuite signalé qu’au moins quatre personnes étaient tombées à l’eau avant notre arrivée. Les équipes de l’Ocean Viking ont procédé à leur recherche durant de longues heures, en vain. Les deux patrouilleurs libyens présents sur zone sont de leur côté repartis sans répondre à nos demandes de soutien pour retrouver les personnes disparues. Parmi les personnes survivantes, on compte 20 femmes (15 adultes, 5 mineures) et 38 mineurs dont 33 non accompagnés.

Le port de Carrare, à plusieurs jours de navigation de la zone de sauvetage, a par la suite été désigné à l’Ocean Viking qui fait route vers cette destination.

Un décret de la présidence italienne visant les ONG

Le 2 janvier 2023, un nouveau décret sur les « dispositions urgentes pour la gestion des flux migratoires » a été signé par la présidence italienne afin de fixer les conditions selon lesquelles les navires de recherche et de sauvetage des ONG peuvent être considérés « conformes » aux conventions maritimes internationales et de réglementer encore davantage leur entrée dans les eaux territoriales italiennes.

Le plus jeune des rescapé.e.s secouru.e.s le 27 décembre dernier avait à peine deux semaines. Il a été débarqué le 31 décembre à Ravenne, à 1500 km du lieu de son sauvetage. Photo : Michael Bunel / SOS MEDITERRANEE

En parallèle de ce décret, les autorités maritimes italiennes ont changé leurs pratiques d’attribution de ports pour débarquer les rescapé.e.s. Depuis la fin décembre 2022, les navires humanitaires, habituellement soumis à de longues attentes avant qu’un centre de coordination des sauvetages ne leur désigne un port sûr, se sont vu assigner un port de débarquement immédiatement après leur premier sauvetage. Du jamais vu depuis 2018.

Cette rapidité représente une avancée par rapport à des semaines d’angoisse sans aucune perspective de débarquement pour les rescapé.e.s, mais elle pose le problème de la distance des ports attribués, dans les deux derniers cas, à plus de 1 500 kilomètres de la zone de sauvetage. Ainsi lors des sauvetages de l’Ocean Viking les 27 décembre 2022 et 7 janvier 2023, le port désigné se trouvait aux confins de la mer Adriatique : Ravenne pour le premier et Ancône pour le second. Les autres navires humanitaires opérant ces dernières semaines ont vu un scénario semblable se répéter.

Illustration des trois allers-retours depuis la zone de sauvetage nécessaires à l’Ocean Viking pour se rendre au port de Ravenne pour débarquer 113 personnes secourues le 27 décembre 2022 (trajet orange), celui d’Ancône pour débarquer 37 personnes secourues le 7 janvier (trajet blanc) et au port de Carrare pour débarquer 96 personnes secourues le 25 janvier 2023 (trajet marine). Note : Trajets approximatifs pour fin d’illustration

Risques de naufrages mortels en l’absence de navires humanitaires 

« En 2022, l’Ocean Viking a effectué en moyenne cinq à six opérations de sauvetage par mission, secourant près de 300 personnes à chaque fois. Lors des deux dernières missions, où les autorités italiennes ont instruit immédiatement l’Ocean Viking d’aller débarquer les personnes secourues dès le premier sauvetage, SOS MEDITERRANEE n’a effectué qu’un seul sauvetage par mission, avec une moyenne de 75 personnes à bord » relate Sophie Beau, co-fondatrice et directrice de SOS MEDITERRANEE.

Les navires d’ONG sont ainsi éloignés de la zone d’opération en Méditerranée centrale, alors même que les moyens de sauvetage y font cruellement défaut.

Plus de trente-cinq personnes sont décédées en mer Méditerranée centrale lors de différents naufrages depuis le début de l’année 2023, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

Hausse des coûts d’opération et conséquences sur la protection des personnes rescapées à bord 

Dans ces conditions, alors que les navires comme l’Ocean Viking sont déjà durement impactés par la hausse du prix du fioul qui a presque doublé en 2022, l’augmentation des distances parcourues aggrave encore la situation financière des ONG.

Par ailleurs, ces longs trajets exposent les hommes, les femmes et les enfants secouru.e.s par les navires des ONG à des risques accrus liés aux conditions météorologiques défavorables. Cela dégrade encore leur état de santé après des traversées éprouvantes, avant de pouvoir enfin débarquer sur la terre ferme.

Ainsi, les 37 personnes secourues le 7 janvier par l’Ocean Viking, dont certains souffraient déjà de brûlures cutanées graves, d’intoxications au fuel et des traumatismes du séjour en Libye et de la traversée, ont en plus dû affronter une tempête avec des vents de 40 nœuds et des vagues de six mètres. La passerelle avait pourtant alerté les autorités maritimes italiennes de la situation et demandé la désignation d’un lieu sûr plus proche, sans succès. Durant plusieurs jours sur le trajet vers Ancône, équipages et rescapé.e.s ont alors été soumis à des éléments déchaînés et malgré la prise de médication, la quasi-totalité a souffert du mal de mer, affaiblissant encore les plus vulnérables.

Alors que les moyens de sauvetage européens font toujours défaut en Méditerranée centrale, SOS MEDITERRANEE s’inquiète de l’impact de ces dernières évolutions sur les risques de naufrage et la santé des personnes secourues.

Photo d ’illustration : Kevin Mc Elvaney / SOS MEDITERRANEE

Source https://sosmediterranee.fr

Lutter contre les préjugés sur les personnes étrangères

Un petit guide et une vidéo à visée pédagogique

La Cimade a le plaisir de vous annoncer la réactualisation de Lutter contre les préjugés sur les personnes étrangères, le titre le plus distribué de sa collection Petit Guide, une collection adaptée au plus grand nombre, avec des accroches interactives et un vocabulaire accessible dès le collège.
Avec en prime pour en donner un avant-goût ou servir de déclencheur de débats : sa déclinaison en vidéo animée.

Le petit guide

Source La cimade

Détenu sous le pont

extraits

Comment les demandeurs d’asile sont détenus dans des prisons secrètes sur des navires commerciaux pour faciliter les refoulements illégaux d’Italie vers la Grèce.

Alors que les vacanciers sirotent des bières fraîches et des cocktails sur le pont d’un ferry de passagers, avec une certaine excitation dans l’air, une situation très différente se joue sous le pont. Dans les entrailles de ce navire, des personnes, dont des enfants, sont enchaînées et enfermées dans des endroits sombres contre leur gré.

Il s’agit de la pratique moins connue du refoulement en Europe, où des prisons secrètes sur des navires privés sont utilisées pour renvoyer illégalement des demandeurs d’asile là d’où ils viennent.

Le déni systématique du droit de demander l’asile aux frontières terrestres de l’UE a été bien documenté ces dernières années. L’année dernière, Lighthouse Reports et ses partenaires ont révélé l’existence de « sites noirs » – des lieux de détention clandestins – où les réfugiés et les migrants se voient refuser le droit de demander l’asile et sont illégalement emprisonnés avant d’être renvoyés de force.

Ce qui a moins retenu l’attention, c’est le refus illégal de la possibilité de demander l’asile aux frontières de l’UE, et les refoulements brutaux qui ont lieu entre les États membres – notamment de l’Italie à la Grèce – en mer.

Nous avons découvert que des demandeurs d’asile, y compris des enfants, sont détenus dans des prisons non officielles – sous la forme de boîtes métalliques et de pièces sombres – pendant parfois plus d’une journée dans les entrailles des navires de passagers qui se dirigent de l’Italie vers la Grèce, dans le cadre de refoulements illégaux effectués par les autorités italiennes.


En 2014, la Cour européenne des droits de l’homme a jugé que l’Italie avait ainsi renvoyé illégalement des demandeurs d’asile en Grèce, les privant de la possibilité de déposer une demande de protection. Huit ans plus tard, bien que les autorités italiennes aient affirmé à plusieurs reprises que cette pratique n’a pas cessé, nous avons constaté qu’elle se poursuit en force.

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STORYLINES

En vertu d’un accord bilatéral de « réadmission » entre le gouvernement italien et le gouvernement grec – en vigueur depuis 1999 bien qu’il n’ait pas été ratifié par le parlement italien – l’Italie peut renvoyer dans leur pays les migrants sans papiers qui sont arrivés de Grèce. Toutefois, cette mesure ne peut être appliquée aux demandeurs d’asile.

Or, nous avons constaté que des demandeurs d’asile originaires d’Afghanistan, de Syrie et d’Irak ont été soumis à ce traitement au cours des 12 derniers mois. Les données fournies par les autorités grecques montrent que des centaines de personnes ont été concernées au cours des deux dernières années, avec 157 personnes renvoyées d’Italie en Grèce en 2021, et 74 en 2022 – bien que les experts estiment que tous les cas ne sont pas documentés.

Depuis l’arrêt de la CEDH en 2014, l’Italie a affirmé à plusieurs reprises que cette pratique avait cessé, et a fait pression pour que le contrôle officiel de ses processus frontaliers au port – mis en place à la suite de l’arrêt de la CEDH – soit arrêté au motif que les violations ne se produisent plus.

Erminia Rizzi, avocate italienne spécialisée dans l’immigration, a déclaré que ces retours forcés avaient lieu « fréquemment » et que les demandeurs d’asile, y compris les mineurs, étaient « empêchés d’accéder au territoire, en violation de toutes les règles et avec des procédures informelles ».

Wenzel Michalski, directeur de Human Rights Watch Allemagne, a soulevé la question de la complicité de l’UE, affirmant que les conclusions montrent comment « l’Europe s’est autorisée à tolérer de telles circonstances »

Offensive contre « l’ennemi intérieur et extérieur » en Grèce

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L’évolution du pouvoir en Grèce est inquiétante. Avec l’inter- diction du parti nazi Aube dorée, la menace fasciste se recompose mais demeure, tant au Parlement que dans la rue. Ce qui est mis en œuvre pour traquer et enfermer les exilés est révélateur d’une politique de plus en plus sécuritaire. Comme dans d’autres pays, on assiste à une normalisation croissante d’un « état d’exception ».

Article initialement publié dans la revue Études

Après une décennie d’austérité en Grèce, le parti au pouvoir s’extrême-droitise et continue d’appliquer les mêmes recettes néolibérales (1). L’élection de Nouvelle Démocratie (ND), en juillet 2019, a marqué une intensification des violences d’État sans précédent depuis la chute de la dictature des Colonels (1967-1974). Les premières cibles du pouvoir sont les populations exilées et les militants solidaires, radicaux (2) (notamment anarchistes), désignés comme des « ennemis de l’intérieur et de l’extérieur ».

La Grèce contemporaine peut à la fois être appréhendée comme un laboratoire du capitalisme du désastre (3) et des solidarités (4) ‒ qui se manifestent notamment à travers les squats, les dispensaires de santé et les cuisines autogérés. Christiane Vollaire et Philippe Bazin (5) ont mis en lumière la force et la diversité de ces initiatives populaires en Grèce. En outre, leur ouvrage rappelle la prégnance des idéologies fascistes avec le régime du 4-Août du général Ioánnis Metaxás (1936- 1941) et celui des Colonels (1967-1974). « Cette tradition-là continue d’irriguer les sphères du pouvoir, le parti de droite dure, actuellement au pouvoir, en est largement influencé et infiltré », souligne la philosophe Christiane Vollaire. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’évolution du champ partisan grec, ces dernières années.

Un laboratoire du néolibéralisme, de l’extrême droite et du fascisme

L’organisation nazie Aube dorée (6), troisième force politique du pays entre 2015 et 2019, a commis des pogroms et semé la terreur dans les rues avec ses bataillons paramilitaires. Elle a été jusqu’à assassiner, en 2013, le travailleur pakistanais Shahzad Lukman et le rappeur antifasciste Pávlos Fýssas. À la Vouli (le Parlement grec), Aube dorée a appelé de façon répétée au coup d’État. Alors qu’Aube dorée a été reconnue en octobre 2020 comme « une organisation criminelle » par la justice grecque, plusieurs de ses anciens dirigeants et membres sont actuellement en prison. Pourtant, une partie de son agenda politique continue de se diffuser au sommet de l’État et au sein de Solution grecque, un parti xénophobe et conspirationniste qui possède dix sièges au Parlement hellénique. Son fondateur, Kyriákos Velópoulos, reprend à son compte la rhétorique de Donald Trump et de Viktor Orbán, en utilisant le slogan « Make Europe christian again ». La parenthèse Syriza (2015-2019), qui incarnait avant son élection une autre politique de gauche, s’est refermée avec la poursuite des poli- tiques d’austérité. Depuis, le rouleau compresseur des politiques néo- libérales s’accélère avec le gouvernement de Nouvelle Démocratie (ND), un parti qui s’extrême-droitise et qui a su capter une large part des anciens électeurs d’Aube dorée. Le parti au pouvoir compte dans ses rangs des transfuges du Laos (Laïkos Orthodoxos Synagermos, parti d’extrême droite orthodoxe), comme Ádonis Georgiádis, Makis Voridis et Thanos Plevris. Ce dernier a appelé, par le passé, à tirer à balles réelles sur les exilés et à rouvrir Auschwitz : il occupe aujourd’hui le poste de ministre de la Santé. Quant à Voridis, il était jusqu’en 1990 à la tête du mouvement de jeunesse nostalgique de la dictature des Colonels, affilié au parti Union politique nationale (Ethniki Politiki Enosis, EPEN) du meneur de la junte militaire, Geórgios Papadópoulos (1919-1999). Dans le gouvernement actuel, on retrouve aussi la vice-ministre de l’Immigration et de l’Asile responsable de « l’Intégration », Sofía Voúltepsi. Pour cette dernière, les exilés « sont des envahisseurs non armés, des armes dans les mains de la Turquie (7) ».

Le retour au pouvoir de ND, marqué par une très forte abstention (42 %), s’inscrit dans la reconquête d’une hégémonie culturelle (8) de la classe dominante, en l’occurrence d’une hégémonie néolibérale et éta- tique fragilisée lors de la dernière décennie en Grèce. Le sociologue Theodoros Karyotis parle d’un retour en force de la rhétorique du « There is no Alternative » (« Il n’y a pas d’autre solution »), rendue célèbre par Margaret Thatcher. Dès son élection, le gouvernement de Kyriákos Mitsotákis a immédiatement ciblé « la partie la plus radicale de la société qui, à travers le soulèvement de décembre 2008 et le Mouvement des places de 2011, avait fragilisé cette hégémonie », précise Karyotis. Toutes les voix dissidentes doivent ainsi être réprimées car considérées comme « dangereuses et délirantes ». Le chercheur basé à Thessalonique n’hésite pas à affirmer qu’il s’agit « d’un contexte de totalitarisme » qui passe par un « contrôle de l’information sans pré- cédent depuis la dictature. Les autres opinions doivent désormais dis- paraître du débat public. Aujourd’hui, le Grec moyen dira que le plus grand problème auquel nous devons faire face, c’est l’anarchisme », souligne le sociologue, avec un sourire de dépit. Après l’effondrement de l’espoir institutionnel qu’incarnait Syriza pour la gauche, une opinion s’est encore davantage répandue dans la société : la seule option politique possible serait la voie autoritaire.

« Gérer les indésirables »

Dans ces circonstances, le parti du Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a été élu en juillet 2019 sur un programme « Loi et ordre », associant un durcissement des politiques néolibérales et de la répression policière, en particulier dans la gestion des populations présentées comme « indésirables » ou « dangereuses ». Sur quel imaginaire politique et quels ressorts idéologiques s’appuient ces discours et ces politiques sécuritaires ?

L’idéologie sécuritaire régulièrement mobilisée par la classe dirigeante repose sur une représentation péjorative de la ville, systématiquement associée aux crimes, à l’incivilité, à l’insécurité et à l’image fantasmée d’une « vague migratoire ». La sociologie des risques urbains montre que de telles représentations témoignent de la pénétration d’un imaginaire raciste et xénophobe dans certains discours sur la ville ; d’une tendance à l’ethnicisation et à la pathologisation du « risque social ». C’est notamment à travers le capitalisme sécuritaire et le marché mondial de la coercition (9) que le capitalisme urbain se développe dans les métropoles. Cette idéologie sécuritaire est aussi une industrie qui repose sur l’image d’une « ville carte postale », parfaitement sûre, « rationalisée », propice aux flux financiers et à l’accumulation du capital. Cette industrie génère des profits grandissants et se nourrit de plusieurs peurs : celle de « l’étranger », de « l’immigré », du « jeune banlieusard », des « classes laborieuses, classes dangereuses » ou encore du « dangereux militant » (10).

Comme le montre bien le retour au pouvoir de ND en Grèce, cette idéologie sécuritaire est mobilisée à des fins électoralistes. Une rhétorique qui façonne des figures de « l’ennemi intérieur » et « extérieur », dont la désignation conduit à une définition elle-même sécuritaire des inégalités sociales. Pour Philippe Mary, le discours dominant sur les émeutes urbaines, l’économie informelle, les délinquances sexuelles ou encore sur le terrorisme conduit à un nouveau modèle de « gestion des risques ». Ainsi, il ne s’agit pas tant d’agir sur les causes des inégalités sociales que de déterminer des groupes prétendus « à risque » et de renforcer leur contrôle par des dispositifs policiers « avec, comme conséquence, une batterie de nouveaux dispositifs et une approche différente de l’individu et de sa responsabilité (11) ». « L’insécurité » est donc à la fois des discours, des représentations et des outils politiques, techniques et institutionnels au service d’une idéologie sécuritaire. En ce sens, « l’insécurité » est moins un problème ou une réalité qu’une « solution » pour reprendre les termes de Luc Van Campenhoudt (12) : c’est une façon de gérer la « violence urbaine ». Et, de ce point de vue, l’État possède un certain monopole de la parole légitime en matière de discours sur les « risques ».

Technologies pour traquer et enfermer les exilés

Concrètement, en Grèce, l’idéologie sécuritaire se traduit par l’instauration de politiques toujours plus hostiles aux exilés. Le Premier ministre se félicite d’ailleurs « d’avoir réduit les flux migratoires de 80 % en 2020, grâce au soutien de l’agence Frontex (13) ». Dès les premiers mois de son mandat, la majorité parlementaire a ainsi supprimé l’aide médicale universelle gratuite pour les personnes non assurées (dans les faits, le manque de moyens humains et matériels dans les hôpitaux publics rendait souvent inapplicable ce droit fondamental). Suivant la nouvelle circulaire, le numéro de Sécurité sociale est désactivé quand le demandeur est interdit de territoire sur le sol grec. Ainsi, seule une minorité d’exilés ayant obtenu le statut de « réfugiés » en Grèce peut espérer se faire soigner gratuitement dans le système public.

La construction de ce qui s’apparente à des camps de concentration (14) sur cinq îles grecques de la mer Égée illustre aussi cette politique de mise à l’écart, d’enfermement, de contrôle, de criminalisation et d’invisibilisation des exilés. Le premier « camp nouvelle génération » financé par l’Union européenne (UE) a été inauguré sur l’île de Samos : il est équipé de barbelés, de miradors, de caméras de vidéo- surveillance, de scanners à rayons X et de portes magnétiques. Cette politique d’enfermement et de tri des exilés menée par les autorités grecques reçoit le soutien indéfectible de l’État français. Lors de sa visite sur l’île en octobre 2021, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin a loué le « modèle grec » : « Si tous les pays travaillaient comme la Grèce pour le contrôle des frontières extérieures, alors la question migratoire serait moins prégnante en Europe (15). » Invité à se prononcer sur la « gestion et le contrôle des flux migratoires » au sein de l’espace Schengen sur ERT (Ellinikí Radiofonía Tileórasi, télévision publique grecque), Emmanuel Macron a lui-même repris à son compte la distinction entre réfugiés et migrants, révélatrice d’un agenda politique sécuritaire des migrations (16).

Il s’agit de prendre la mesure de la violence de ces politiques d’épuisement et d’asphyxie de « l’Europe forteresse » qui rendent la vie impossible aux exilés. En plus d’atteindre aux libertés et à la dignité humaine, cette politique isole les exilés des réseaux de solidarité informelle. Or, en dehors des visites officielles, des observateurs indépendants (journalistes, militants, chercheurs, humanitaires) pourront-ils encore dénoncer les conditions de survie des populations « hébergées » ? Un décret publié au Journal officiel, à la fin de 2020, annonce la couleur. Il menace directement les organisations non gouvernementales de poursuites judiciaires, et empêche « toutes les personnes » (salariées et bénévoles) qui travaillent dans les camps de réfugiés de révéler la moindre « information, document ou donnée » sur leurs résidents. Cette clause de confidentialité demeure valable même à la fin de leur période de travail ou de volontariat. En verrouillant ainsi le droit d’informer, le gouvernement grec semble avoir pris acte de la mauvaise publicité de Mória, « le camp de la honte » de Lesbos.

La militarisation des frontières est particulièrement révélatrice des politiques sécuritaires, surtout aux abords de l’Évros à la frontière gréco-turque, où un mur de quarante kilomètres a été construit en 2020. Le long de ce fleuve, drones, capteurs thermiques et canons sonores sont utilisés pour pourchasser les exilés. Des centaines de militaires sont déployés sur cette zone sous contrôle exclusif de l’armée, bien que « des exilés continuent toutefois de traverser cette fron- tière greco-turque, ils ne reçoivent l’aide d’aucune ONG, d’aucun habitant, interdits dans la zone (17) ». La Grèce est, en effet, devenue un terrain de jeu technologique des entreprises spécialisées dans l’indus- trie sécuritaire. De nombreuses expérimentations de la police grecque sont en cours, avec le soutien de l’agence européenne Frontex, toutes les deux impliquées dans les « refoulements illégaux » à l’extérieur de l’Union européenne (18). La société française Cnim Air Space développe par exemple un modèle de ballon captif Eagle Owl, gonflé à l’hélium, capable de voler jusqu’à six cents mètres de haut. Actuellement utilisé par les autorités grecques et Frontex, il renvoie en continu des images vers une station positionnée au sol, prises avec sa caméra embarquée. Mais ce n’est pas la seule technologie répressive expérimentée contre les exilés en Grèce : le Roborder (contraction de robot et de border, « frontière » en anglais) prévoit pour sa part « un système de surveillance des frontières par un essaim de drones autonomes, capables par l’intelligence artificielle de déterminer les franchissements. Le projet iBorderCtrl ambitionne quant à lui de développer un algorithme capable de détecter les mensonges des migrants lors de leur passage à l’aéroport (19) ». C’est dans un tel contexte que le ministère de l’Immigration et de l’Asile grec a coorganisé, en octobre 2021, le Congrès international de la sécurité des frontières (20), à Athènes. Cet événement a réuni de potentiels clients, tels que des États, et les vendeurs de technologies sécuritaires, des industriels spécialisés dans la « gestion des frontières et de la sécurité ».

Répression inédite des militants radicaux

Report this AdCEn tant que militant solidaire d’un squat, j’ai pu constater les profonds effets de la vague de répression d’État menée à la fois contre les exilés, les universités (21) et les militants radicaux, depuis août 2019. Ainsi, le gouvernement grec procède à une militarisation de la police, à des investissements dans du matériel de surveillance et au recrute- ment de milliers de policiers. Il convient de citer ici les opérations « scoupa » (littéralement, opérations « coup de balai ») qui se réfèrent à l’expulsion, à l’enfermement, au contrôle au faciès et au harcèlement policier des personnes considérées « en situation irrégulière » par l’État grec. Le jour de l’expulsion de plusieurs bâtiments occupés par des exilés et des militants solidaires à Athènes (22), Stavros Balaskas, responsable d’un syndicat policier, a comparé les réfugiés à de la « poussière » et les militants anarchistes à des « détritus » (23). Ce champ lexical du « nettoyage » rappelle les heures les plus sombres du fascisme et montre le visage de la terreur d’État.

Avant même son élection, Kyriákos Mitsotákis avait promis de « nettoyer Exárcheia en un mois24 ». Exárcheia, où s’est focalisée mon étude sociologique, est un quartier du centre-ville athénien réputé pour la présence de nombreux squats et collectifs anarchistes. Depuis 2019, il a été régulièrement occupé par une police militarisée. La répression d’État contre les militants radicaux a été particulièrement violente à la fin de 2020, notamment durant la période annuelle de mobilisation politique pour le 17-Novembre, en référence à la date du soulèvement étudiant à l’Université polytechnique, en 1973, durant la junte militaire. Cette mobilisation a été marquée par une interdiction de manifester arbitraire et des violences policières sans précédent depuis la chute de la dictature des Colonels, en 1974. En outre, le 6 décembre 2020, douze ans après le meurtre par un policier de l’adolescent Alexis Grigoropoulos (25) à Exárcheia, le quartier était occupé par des centaines de policiers (au moins 4 000 policiers à Athènes) et notamment par les services antiterroristes. Dans la seule ville Athènes, 374 personnes (dont des avocats, des syndicalistes, des travailleurs de la santé, des étudiants ou des habitants d’Exárcheia) ont été arrêtées. Ce jour-là, chose exceptionnelle pour un ressortissant de l’espace Schengen, un Français actif dans les luttes en Grèce a été enlevé par la police, emprisonné et expulsé vers la France – avec interdiction de territoire jusqu’en décembre 2027 pour atteinte « à la sûreté nationale et politique » et « danger pour la santé publique » – simplement « parce qu’il était anarchiste (26) ». Au début de mars 2021, la situation du prisonnier communiste Dimitris Koufontinas (27) et des violences policières quotidiennes, répertoriées dans de nombreux quartiers athéniens et dans plusieurs villes grecques, ont provoqué des manifestations importantes et des émeutes. Plusieurs témoignages de manifestants arrêtés font état de tortures au Siège de la police hellénique de l’Attique (28).

La période que traverse la Grèce confirme que les violences d’État ne concernent plus seulement les exilés et les militants radicaux, mais un spectre de plus en plus large de la population. Car c’est bien d’un contexte de normalisation de « l’état d’exception », de l’agenda d’extrême droite et d’un fascisme rampant dont il est question. La journaliste néerlandaise Ingeborg Beugel est bien placée pour en témoigner. Après avoir mis le Premier ministre Mitsotákis face à ses mensonges sur les « refoulements illégaux » d’exilés en mer Égée, elle a été victime en novembre 2021 d’un déferlement de haine en ligne et dans les médias acquis à la cause du gouvernement grec. Quelques jours plus tard, dans la rue, un homme lui a jeté une pierre à la tête en l’insultant de « pute et espionne turque ». Dans la foulée, la journaliste a été contrainte de fuir la Grèce, où elle vit depuis quarante ans, pour se réfugier aux Pays-Bas. Arrêtée en juin 2021 en Grèce, elle est aussi accusée « d’avoir accueilli illégalement » un demandeur d’asile afghan chez elle, ce qui est passible d’une peine de douze mois de prison et d’une amende de 5 000 euros. Illustration que cette offensive contre un « ennemi intérieur » et un « ennemi extérieur » constitue en réalité deux composantes d’une même idéologie répressive. Une guerre d’usure menée simultanément contre les exilés, les militants solidaires et tout observateur indépendant un peu trop critique envers le pou- voir en place.

Nicolas RICHEN


SOURCES

1. Toute réflexion étant le fruit d’un effort collectif, je remercie ici tous mes interlocuteurs cités ou non dans cet article : galériens, travailleurs, militants, exilés, chercheurs (en particulier le géographe urbain Jean-François Pérouse), journalistes, photographes, cinéastes…

2. Contrairement aux usages médiatiques dominants et de sens commun, la « radicalité militante » est employée dans cet article pour désigner un engagement collectif contre l’ordre établi (notam- ment capitaliste et étatique) qui comprend à la fois une critique structurelle (radicalis signifiant « ra- cine »), une autre voie proposée face au statu quo (dimension hétérodoxique). En ce sens, le militant radical ou subversif s’oppose au militant réformiste. Les répertoires de l’action collective (Charles Tilly, La France conteste de 1600 à nos jours, Fayard, 1986) ne délimitent pas a priori ce qui relève de la radicalité militante, bien que celle-ci puisse englober des pratiques politiques qui sortent du cadre légal (manifestation non déclarée, sabotage, destruction matérielle, squat, etc.).

3. Naomi Klein, La stratégie du choc. La montée d’un capitalisme du désastre, traduit par Paul Gagné et Lori Saint-Martin, Actes Sud, 2008.

4. En Grèce, le terme « solidarité » (αλληλεγγύη, allilengýi) est historiquement mobilisé par les mou- vements anarchistes, anti-autoritaires et socialistes. Fortement liée à la notion de lutte des classes, la solidarité repose sur un idéal non hiérarchique, d’autogestion, de participation active, de relation de réciprocité et sur l’internationalisme.

5. Philippe Bazin et Christiane Vollaire, Un archipel des solidarités. Grèce 2017-2020, Éditions Loco, 2020.

6. Dimitris Psarras, Aube dorée. Le Livre noir du parti nazi grec, M éditeur et Syllepse, « Mauvais temps », 2014.

7. Le 31 janvier 2014 sur la chaîne de télévision privée Mega, Voúltepsi commentait ainsi le tragique naufrage près de l’île de Farmakonisi, où neuf enfants et trois femmes sont morts.

8. Notion théorisée par Antonio Gramsci (1891-1937), pour qui la lutte des classes doit inclure une dimension culturelle.

9 Mathieu Rigouste, La domination policière, une violence industrielle, La Fabrique, [2012] 2021.

10. Comme le montre Loïc Wacquant (« La tornade sécuritaire mondiale : néolibéralisme et châ- timent à l’aube du XXe siècle », Mouvements, vol.63, n° 3, 2010, pp.137-154), depuis la fin du XXe siècle, les grandes puissances impérialistes sont entrées dans une nouvelle phase de conquêtes tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de leurs frontières. Un nouveau stade du développement de l’impé- rialisme qui se caractérise principalement par l’émergence de marchés globalisés de la surveillance, de l’encadrement et de la répression (voir aussi : David Harvey, Le nouvel impérialisme, Les prairies ordinaires, 2010).

Report this Ad11. Philippe Mary, « Les figures du risque et de l’insécurité. L’impact sur le contrôle », Informations sociales, vol.126, n° 6, 2005, p.16.

12. Luc Van Campenhoudt, « L’insécurité est moins un problème qu’une solution », Revue de droit pénal et de criminologie, n° 6, 1999, pp.727-738.

13. « Mitsotakis blasts use of migrants as pawns to pressure the EU », Ekathimerini, 21 mai 2021 (en grec, sur http://www.efsyn.gr/politiki/273872_apelasan-gallo-politi-epeidi-einai-anarhikos).

14. Je reprends ici la formule du sociologue Jean Ziegler, qui a réalisé une mission pour l’Organi- sation des Nations unies sur l’île de Lesbos, qui considère que « nous créons de véritables camps de concentration avec des conditions totalement inhumaines ». Voir Camille Pagella, « Jean Ziegler : “Nous avons recréé des camps de concentration” », L’Illustré, 23 janvier 2021 (sur http://www.illustre.ch).

15. Marina Rafenberg, « Gérald Darmanin encense le “modèle grec” des camps ultrasécurisés », Le Monde, 11 octobre 2021 (sur http://www.lemonde.fr).

16. « Macron : nous ferons tout pour soutenir la Grèce », ERT, 24 mars 2021 (sur http://www.youtube.com/ watch?v=pvVEVrwM9Mc).

17. Charlotte Boitiaux, « La frontière de l’Évros, un no man’s land grec ultra-militarisé où “personne n’a accès aux migrants” », Infomigrants, 5 octobre 2021 (sur http://www.infomigrants.net/fr/).

18. Katy Fallon, « Revealed : EU border agency involved in hundreds of refugee pushbacks », The Guardian, 28 avril 2022 (sur http://www.theguardian.com).

19. Hugo Robert, « Contre les migrants, toujours plus de technologie », Reporterre, 25 octobre 2021 (sur https://reporterre.net).

20. https://world-border-congress.com/

Report this Ad21. Après avoir supprimé l’asile universitaire, héritage des années qui ont suivi la dictature, le gou- vernement grec a décidé de mettre en place des unités policières spéciales sur les campus pour lutter « contre l’anarchisme ». Entre 1 000 et 1 500 policiers seront recrutés. D’après le Trésor public grec, le budget 2021 pour l’Enseignement supérieur s’élève à 92 millions d’euros. Le budget pour la police universitaire représente 20 millions d’euros, soit 22 % du budget total de l’enseignement supérieur.

22. Les services antiterroristes, les voltigeurs et la police secrète ont participé à l’expulsion de ces squats.

23. Passage télévisé en grec sur http://www.youtube.com/watch?v=W2HDaqb85NE

24. « Mistotakis on Alpha TV : I will cut taxes and clean up Exarchia (video) », Protothema, 10 janvier 2017 (sur https://en.protothema.gr/).

25. Dimitris Bounias et Nikolas Leontopoulos, « The Murder of Alexandros Grigoropoulos », The Press Project, 6 décembre 2014 (sur https://thepressproject.gr/).

26. Kostas Zafeiropoulos, « Ils ont expulsé un citoyen français parce qu’il était anarchiste ! », Η Εφημερίδα των Συντακτών, 21 décembre 2021 (en grec, sur http://www.efsyn.gr/politiki/273872_apela- san-gallo-politi-epeidi-einai-anarhikos).

27. « M. Koufontinas a été condamné en 2003 à onze peines d’emprisonnement à perpétuité pour participation à onze meurtres. Il est considéré comme le chef des opérations de l’organisation d’ins- piration marxiste-léniniste 17-Novembre ou 17-N, ayant commis des dizaines d’attentats et tué vingt- trois personnes entre 1975 et 2002. Parmi les cibles du groupe : des tortionnaires de la dictature des Colonels (1967-1974) toujours dans la nature après sa chute, le chef d’antenne de la Central Intelligence Agency (CIA) en Grèce – les États-Unis ayant soutenu la junte –, des responsables po- litiques ou hommes d’affaires turcs, grecs, etc.», dans Elisa Perrigueur, « En Grèce, juges, avocats, écrivains et militants au chevet d’un prisonnier d’extrême gauche en grève de la faim », Mediapart, 28 février 2021 (sur http://www.mediapart.fr).

Report this Ad28. Konstantinos Poulis et Thanos Kamilalis, « I confirm what the Greek Police is saying – no one called Dimitris was tortured. But I, Aris, was », The Press Project, 18 mars 2021 (sur https://the- pressproject.gr).

 

Le procès en appel d’Amir Zahiri et Akif Razuli (communiqué)

Communiqué de presse des initiatives Legal Centre Lesvos, Aegean Migrant Solidarity, borderline-europe e.V., You can’t evict Solidarity et Deportation Monitoring Aegean

Le 8 décembre 2022, le procès en appel d’Amir Zahiri et Akif Razuli, reporté à deux reprises, a eu lieu à Mytilini, en Grèce. À la fin, la Cour d’appel composée de trois juges a acquitté Akif, mais a déclaré Amir coupable de « conduite de bateau » et l’a condamné à 8 ans de prison. Par rapport à la décision de toute première instance, sa peine a été considérablement réduite, ce qui signifie qu’il peut bénéficier d’une libération anticipée sur parole. Les initiatives Legal Centre Lesvos, Aegean Migrant Solidarity, borderline-europe e.V., You can’t evict Solidarity et Deportation Monitoring Aegean ont observé le cas de ces deux personnes à Lesvos et se réjouissent de leur prochaine libération de prison.

Après une journée de suspense quant à savoir si le procès allait avoir lieu ou être à nouveau reporté, le procès a finalement commencé jeudi en fin d’après-midi. Quatre témoins ont témoigné pour les accusés, qui étaient représentés par des avocats du Legal Center Lesvos et du Human Rights Legal Project Samos.

À la fin du procès, le procureur a proposé qu’Akif soit déclaré non coupable, en raison de l’absence de toute preuve qu’il conduisait le bateau, et les juges ont accepté.

Malgré les doutes émis quant à la culpabilité d’Amir, le tribunal l’a déclaré coupable d’avoir facilité l’entrée illégale sur le territoire, c’est-à-dire d’avoir conduit le bateau. Ils ont rejeté l’argument selon lequel Amir a été contraint de conduire le bateau par nécessité pour sauver la vie de sa famille et des autres personnes présentes sur le bateau – une raison légale d’acquittement. Toutefois, le tribunal a réduit sa peine à huit ans en raison de circonstances atténuantes, de sorte qu’il peut désormais demander une libération anticipée, compte tenu du temps qu’il a gagné en travaillant et en étudiant pendant son séjour en prison. Ce résultat, bien qu’insuffisant, est une bonne nouvelle pour sa famille.

Bien qu’il n’y ait jamais eu de preuves crédibles contre eux, les deux accusés sont maintenant en prison depuis presque 3 ans.

Le témoin des garde-côtes – le seul témoin de l’État contre Akif et Amir – ne s’est pas présenté une fois de plus pour témoigner au tribunal hier. Lors de leur procès en appel prévu en avril 2022, ledit témoin ne s’est pas présenté, ce qui a servi d’excuse pour reporter le procès.

Il s’agit malheureusement d’une situation courante dans ces affaires de « conduite de bateau », où les garde-côtes ou la police sont les seuls témoins contre l’accusé. Lundi dernier, dans l’affaire A.B., le tribunal de Mytilène a reporté le procès d’A.B. jusqu’en mai 2023, car le témoin des garde-côtes ne s’est pas présenté au procès et n’a pas donné d’excuse pour son absence. Bien que le tribunal ait infligé une amende de 200 euros à l’officier des garde-côtes pour ne pas s’être présenté, il s’agit d’une simple tape sur la main, alors que la vie d’A.B. est à nouveau maintenue dans les limbes pendant six mois supplémentaires.

Hier, le témoin des garde-côtes qui avait fait un témoignage écrit contre Amir et Akif ne s’est pas présenté au procès. Cette fois, heureusement, l’affaire a avancé.

Il est important de rappeler que les accusés ont témoigné lors du premier procès que lorsqu’ils ont atteint les eaux grecques dans leur voyage depuis la Turquie en mars 2020, les garde-côtes helléniques ont tenté de les refouler vers la Turquie et, ce faisant, ont endommagé le bateau qui a commencé à couler. Selon le témoignage des défendeurs, les garde-côtes ont alors été contraints de prendre tous les passagers à bord et de les ramener en Grèce. Il est particulièrement important de noter qu’hier, c’est le Procureur qui a soulevé la question de savoir s’il y a eu ou non une tentative de refoulement par les garde-côtes pendant la traversée d’Amir et Akif, dans son interrogatoire des défendeurs. L’absence continue du témoin des garde-côtes est également à noter, étant donné les implications qu’il pourrait avoir été impliqué dans cette tentative de refoulement – le véritable crime dans cette affaire.

Environ 40 personnes des groupes de solidarité et de la presse étaient présentes à l’intérieur de la salle d’audience et se sont rassemblées à l’extérieur après le procès. À 19 heures, lorsque les verdicts et les peines ont été annoncés, les deux hommes ont été accueillis par des banderoles et des chants célébrant leur liberté.

L’acquittement d’Akif Razuli et la réduction de peine d’Amir Zahiri, hier, constituent une petite victoire. Mais il s’agit d’un tout petit pas dans un contexte où il y a encore des milliers de personnes qui sont emprisonnées en Grèce avec la même accusation, simplement parce qu’elles cherchaient un meilleur avenir. Nous serons aux côtés de tous ceux qui sont en prison pour avoir franchi les frontières et nous lutterons avec eux pour leur liberté.
– Kim Schneider de l’initiative Vous ne pouvez pas expulser Solidarité.

Après presque trois ans, ce résultat est le strict minimum de ce que mérite Akif. Il est venu en Grèce comme réfugié et s’est retrouvé en prison sans aucune preuve contre lui. Nous espérons que la loi injuste contre la contrebande dont lui et Amir ont été accusés sera abolie et que la persécution des réfugiés dans les rouages du système judiciaire grec prendra fin.
-Vicky Aggelidou, du Centre juridique de Lesvos, qui a représenté Akif Rasuli.

    Si je ne considère que ce seul procès, je n’ai rien à critiquer du point de vue de la procédure. Cependant, la poursuite d’Akif Razuli et d’Amir Zahiri n’est pas faite de ce seul procès. Même si les violations précédentes étaient corrigées par l’acquittement d’Akif Razuli, il ne récupérera aucune des presque trois années qu’il a passées en prison sans raison. Et il ne faut pas oublier qu’Amir Zahiri a de nouveau été reconnu coupable. Bien que la peine ait été considérablement réduite et qu’Amir Zahiri puisse maintenant espérer être bientôt libéré sur parole, il s’agit toujours d’une condamnation motivée par des raisons politiques dans un procès qui n’aurait pas dû avoir lieu.    -Annina Mullis, observatrice du procès pour European Lawyers for Democracy and Human Rights et Swiss Democractic Lawyers.

Le procès d’hier a partiellement réparé une grande injustice contre Amir et Akif. Nous espérons qu’à l’avenir, nous ne verrons plus jamais de cas similaires de personnes condamnées sans preuves ni témoins et sans interprétation adéquate, comme ce fut le cas lors du tout premier procès d’Amir et Akif.
-Équipe de pacificateurs communautaires – Aegean Migrant Solidarity

Contact presse :
Lorraine Leete
Centre juridique de Lesvos
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Propos gravement diffamatoires, injures et menaces proférés contre SOS MEDITERRANEE

Communiqué

« L’association SOS MEDITERRANEE condamne avec la plus grande fermeté les propos gravement diffamatoires proférés publiquement par certains responsables politiques, l’accusant de complicité avec des passeurs ou mettant en cause les conditions de son action en mer Méditerranée, ainsi que les injures et menaces portées contre ses dirigeants et ses salariés. 


Sa mission s’opère dans le strict respect du
droit maritime international. L’association SOS MEDITERRANEE a d’ailleurs été reconnue Grande Cause nationale en 2017 et a reçu le prix UNESCO Félix Houphouët Boigny pour la recherche de la paix en 2017. En octobre 2022, elle s’est vu décerner le prix de la Fédération Internationale du Sauvetage en Mer (IMRF) pour la « contribution exceptionnelle d’une équipe aux opérations de recherche et de sauvetage en mer ». 

SOS MEDITERRANEE a mandaté ses avocats pour qu’ils étudient toutes actions judiciaires appropriées, en vue de sauvegarder ses intérêts et ceux de tous ses bénévoles et salariés qui, jour après jour, sauvent des vies humaines. 

Nous sommes une association humanitaire, nous ne faisons pas de politique. Face à une situation humanitaire d’urgence en Méditerranée, notre raison d’être est notre mission de sauvetage en mer. »  

François Thomas, Président de SOS MEDITERRANEE France 

Source https://sosmediterranee.fr/communiques-et-declarations/propos-diffamatoires-injures-menaces/

Un amer soulagement

230 rescapés à bord de l’Ocean Viking débarqueront finalement à Toulon : un amer soulagement

10 novembre 2022

Un lieu sûr a enfin été attribué pour permettre le débarquement des 230 rescapés encore à bord secourus au cours de six sauvetages entre le 22 et 26 octobre. Trois personnes dans un état de santé critique et un proche ont du être évacuées ce matin pour recevoir des soins d’urgence à l’hôpital de Bastia, Corse. Les rescapés sont enfin autorisés à débarquer à Toulon, dans le Sud de la France. L’Ocean Viking est en route. Au vu des prévisions météo instables qui s’annoncent, notre navire prévoit d’arriver au port vendredi en fin de matinée.  

C’est avec un mélange de soulagement et de colère que nous accueillons cette nouvelle.

“Nous sommes extrêmement soulagés de ce dénouement à venir grâce à l’attribution d’un port en France, qui met fin à une situation critique sur notre navire. Mais cette solution à un goût amer : les 230 femmes, enfants et hommes à bord de l’Ocean Viking viennent de vivre un véritable calvaire et sont épuisés, tout comme nos équipes. Débarquer près de trois semaines après les sauvetages, si loin de la zone d’opération en Méditerranée centrale est le résultat d’un échec dramatique de la part de l’ensemble des Etats européens, qui ont bafoué le droit maritime d’une manière inédite”, déclare Sophie Beau, co-fondatrice et Directrice Générale de SOS MEDITERRANEE France.

Les bateaux de sauvetage citoyens, portés par des ONG comme SOS MEDITERRANEE, ne font que pallier le désengagement grave et mortel des Etats Européens en Méditerranée centrale. Comme le rappelle la Commission Européenne hier (9 novembre): “L’obligation légale de secourir et d’assurer la sauvegarde de la vie en mer est claire et sans équivoque, quelles que soient les circonstances qui conduisent les personnes à se trouver dans une situation de détresse […] Le caractère sacré de la vie étant de la plus haute importance et de la plus haute considération.”

L’instrumentalisation politique du devoir d’assistance en mer, à laquelle nous avons assisté ces dernières semaines, est inacceptable : c’est un renoncement cynique à un impératif moral, légal et universel. Nous appelons urgemment les Etats membres de l’Union européenne et Etats associés, avec la Commission européenne, à établir enfin un mécanisme de débarquement prévisible en lieu sûr des rescapés, là où leur sécurité n’est plus menacée et où leurs besoins humains fondamentaux peuvent être satisfaits.

Source https://sosmediterranee.fr/communiques-et-declarations/230-rescapes-a-bord-de-locean-viking-debarqueront-finalement-a-toulon-un-amer-soulagement/

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