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Archives de catégorie Les réfugiés-migrants Les exilés

Le système d’asile ne répond plus

Campements, loterie, service payant: le système d’asile ne répond plus

En Île-de-France, la demande d’asile se fait… par téléphone, vers un numéro payant, sur une ligne saturée en permanence. Outre le retard, cela a pour conséquence de rendre invisibles les personnes en attente d’enregistrement de leur demande d’asile. Les files d’attente ne sont plus devant les services de la préfecture, mais elles existent toujours… au bout du fil.


Dix associations venant en aide aux demandeurs d’asile en Ile-de-France demandent au juge du tribunal administratif de Paris (TA) de prendre des mesures d’urgence pour garantir un véritable accès à la demande d’asile, dans le respect du délai légal d’enregistrement de trois jours. Il est aujourd’hui impossible pour une personne souhaitant déposer une demande d’asile en Ile-de-France d’accéder aux services de la préfecture sans attendre plusieurs semaines.

En cause : le numéro de téléphone mis en place en Ile-de-France en mai 2018 par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). Ce service téléphonique est censé permettre à une personne souhaitant déposer une demande d’asile d’obtenir un rendez-vous par SMS auprès de la Spada, la plateforme d’accueil pour demandeurs d’asile. La Spada lui remet ensuite une convocation papier, sésame incontournable permettant d’accéder au guichet unique des demandeurs d’asile regroupant services de la préfecture et de l’Ofii, pour y déposer sa demande d’asile.

Premier écueil : ce numéro est très difficile d’accès ; il faut appeler des dizaines de fois, et attendre plus d’une demi-heure, avant de pouvoir entendre un agent de l’OFfii au bout du fil. Autre élément incompréhensible, ce numéro est un numéro payant.

Pour un seul appel de 45 minutes, le montant facturé par les principaux opérateurs utilisés par les exilés est équivalent à 6.75 euros. Ce coût est particulièrement exorbitant pour des personnes sans ressources qui, pour beaucoup, sont obligées de dormir dans la rue tant qu’elles n’ont pas pu déposer leur demande d’asile. De plus, au bout de 45 minutes d’attente, la communication s’arrête automatiquement et il faut alors tout recommencer.

Un délai qui pèse lourdement sur les exilés

Une situation d’autant plus grave que tant que la personne n’a pas enregistré sa demande d’asile, elle est en situation irrégulière et risque à tout moment d’être placée en rétention et expulsée. Elle n’a pas non plus accès aux droits sociaux destinés aux demandeurs d’asile : hébergement (sauf le 115, saturé), allocation, couverture maladie.

Pire, l’administration retiendra ce délai d’attente, qui n’est pas du fait des exilés mais bien de son fait, pour les placer en procédure « accélérée » qui est plus expéditive et moins protectrice et leur refuser le bénéfice des conditions matérielles d’accueil (notamment allocation et hébergement), si les personnes ont pris plus 90 jours après l’entrée en France pour déposer leur demande d’asile.

De plus, l’autre système local d’entrée dans la procédure d’asile, les CAES (centres d’accueil et d’examen de la situation), est saturé. Pour y avoir accès, il faut au préalable être passé par des centres d’accueil de jour parisiens, eux-mêmes saturés. À tel point que l’un d’entre eux a dû avoir recours à des solutions aberrantes comme le tirage au sort pour permettre l’accès des personnes à la procédure d’asile.

Un accès à la demande d’asile pointé du doigt à de nombreuses reprises

L’accès à la demande d’asile dans la région à de nombreuses fois été dénoncé par le Collectif asile Ile-de-France dont font partie la plupart des associations requérantes. En 2016 notamment, les délais d’enregistrement étaient de plusieurs mois, entraînant la formation de nombreux campements notamment dans le nord de Paris qui mettaient les exilés dans une précarité extrême.

Pourtant, le Ceseda (Code l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile), transposant la directive européenne dite « accueil », prévoit que l’autorité administrative a trois jours pour enregistrer une demande d’asile (ou maximum dix jours en cas de nombre élevé de demandes).

Aujourd’hui, nos dix organisations condamnent les graves dérives du système de plateforme téléphonique payante de l’Ofii qui n’a pas pour but de faciliter l’accès à l’asile, au contraire. Il a surtout pour conséquence de rendre invisible les personnes en attente d’enregistrement de leur demande d’asile. Les files d’attente ne sont plus devant les Spada, mais elles existent toujours… au bout du fil. Nous demandons au tribunal administratif de Paris qu’il garantisse un véritable accès à la demande d’asile pour tous et toutes, dans le délai légal de trois jours.

Organisations signataires :

ACAT France, ARDHIS, La Cimade IDF, Dom’Asile, Gisti, Groupe Accueil et Solidarité, JRS France, Ligue des droits de l’Homme, Secours catholique-Le Cèdre, Solidarité Jean Merlin

Source https://blogs.mediapart.fr/association-gisti/blog/110219/campements-loterie-service-payant-le-systeme-d-asile-ne-repond-plus

La mer Méditerranée vidée de ses bateaux de secours aux migrants

Sauvetage en mer par l’équipe de Sea-Watch. [Marcus Wiechmann/Sea-Watch.Org]

Le blocage italien du navire de l’ONG allemande Sea Watch dans le port de Catane, en Sicile, laisse pour l’instant la Méditerranée sans bateaux d’organisation humanitaire pour secourir des migrants. Un article d’Euroefe.

L’embarcation Sea Watch 3 est paralysée dans le port sicilien de Catane, depuis que les autorités italiennes ont détecté une série « d’irrégularités ». Le bateau ne pourra pas ressortir en Méditerranée tant que la situation n’est pas éclaircie.

Le parquet de Catane a ouvert une enquête, qui pour l’instant n’est dirigée vers personne en particulier, après que l’ONG a débarqué le 31 janvier 47 migrants secourus en mer douze jours plus tôt.

Ces personnes ont attendu pendant presque deux semaines qu’on leur donne un accès à un port, jusqu’à ce que l’Italie laisse l’embarcation se diriger vers Catane, suite à un accord de relocalisation des personnes sauvées entre sept pays européens.

L’enquête a été ouverte pour écarter l’hypothèse d’une supposée association criminelle destinée à faciliter l’immigration illégale. Selon les médias italiens, le procureur Carmelo Zuccaro veut déterminer si l’équipage a agi en toute légalité et identifier les possibles trafiquants de personnes.

Carmelo Zuccaro est connu dans le pays pour avoir entrepris plusieurs actions contre les ONG opérant en Méditerranée centrale et a accusé par le passé ces organisations de complicité avec les réseaux de trafiquants de personnes.

Pour l’ONG allemande, la décision de bloquer le navire n’est autre qu’un « prétexte technique pour mettre un terme aux activités de sauvetage en mer ».

Dernier navire de sauvetage

Le Sea Watch 3 était le dernier bateau présent en Méditerranée pour porter secours aux migrants qui tentent d’atteindre les côtes européennes dans des embarcations de fortune.

En janvier, l’ONG espagnole Proactiva Open Arms a reproché aux autorités espagnoles d’empêcher le « Open Arms » de sortir du port de Barcelone, puisque la Sécurité maritime, qui dépend du ministère du Développement, ne lui donnait pas l’autorisation d’appareiller pour la Méditerranée centrale.

Le fondateur et directeur de cette ONG, Òscar Camps, assure que son organisation respecte « toutes les obligations légales ».

Le 2 février, Òscar Camps a regretté la « persécution » dont font l’objet depuis deux ans les ONG qui sauvent des vies en Méditerranée. Une campagne qui a commencé avec les accusations selon lesquelles elles attiraient les migrants, puis les autorités s’en sont prises aux sources de financement, puis ont procédé à la formation des garde-côtes libyens.

Désormais, les États isolent les bateaux dans les ports avec des blocages administratifs « incompréhensibles » qui selon lui, ont pour but d’écarter tous témoins en Méditerranée.

Une décision politique

« Tout laisse penser qu’il s’agit d’une décision politique pour éloigner les ONG de la Méditerranéequi transportent à bord des politiques, des journalistes qui mettent en lumière ce qui se passe en mer », estime Òscar Camps.

Le navire de l’ONG Sea Eye est en train de mener à bien les actions nécessaires au changement et à la mise au point de l’équipage, et prévoit de reprendre la mer dans deux semaines.

L’Aquarius est aussi à l’arrêt après que les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières ont annoncé en décembre la fin de la mission d’un navire qui, depuis son premier départ du port de Marseille en février 2016, a porté secours à près de 30 000 personnes dans les eaux internationales.

Depuis le mois de juin, le « Lifeline » de l’ONG allemande du même nom est détenu à Malte, où il fait l’objet d’une enquête sur sa situation administrative, après le débarquement à La Valette de quelque 230 immigrants six jours plus tôt.

La petite ONG allemande Jugend Rettet a également vu son bateau « Iuventa » saisi par les autorités italiennes en août 2017, le même mois où Médecins Sans Frontières (MSF) a annulé les opérations de « Prudence » et Save the Children a fait la même chose avec « Vos Hestia ».

Un mois plus tard, l’ONG maltaise Migrant Offshore Aid Station (MOAS) a mis fin à ses activités de secours en Méditerranée, faute d’« abris garantis pour les personnes sauvées dans des ports sûrs » et s’est dirigée vers l’Asie du Sud-Est pour aider le peuple Rohingya.

Selon les données du ministère italien de l’Intérieur, 202 migrants sont arrivés sur les côtes du pays depuis le début de l’année, c’est 95,58 % de moins que les 4 566 personnes qui sont arrivées en 2018 et 4 531 personnes en 2017 durant la même période.

Source https://www.euractiv.fr/section/all/news/la-mer-mediterranee-videe-de-ses-bateaux-de-secours-aux-migrants/

Vies perdues en méditerranée alerte du HCR

Méditerranée : six décès de migrants et réfugiés par jour en moyenne en 2018, selon le HCR

© UNHCR/Hereward Holland
Une Ethiopienne prie quelques minutes après avoir été secourue par le navire Sea Watch, au large de la Libye.
 
Malgré une baisse importante du nombre d’arrivées sur les côtes européennes, un total de 2.275 migrants et réfugiés sont morts ou portés disparus en tentant de traverser la Méditerranée l’an dernier. Parallèlement, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) souligne que 139.300 personnes sont arrivées en Europe par la mer, essentiellement via l’Espagne.
Selon le rapport intitulé Voyages du désespoir, publié aujourd’hui par le HCR, six vies humaines ont été perdues, en moyenne, chaque jour. Si le nombre des arrivées est celui le plus faible en cinq ans, les réfugiés et les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer Méditerranée ont perdu la vie à un rythme alarmant en 2018, regrette l’agence onusienne.

Sur les itinéraires reliant la Libye à l’Europe, une personne est décédée en mer sur 14 arrivants en Europe – soit une forte hausse par rapport au taux de l’année 2017. Des milliers d’autres ont été renvoyées en Libye, où elles vivent dans des conditions épouvantables dans des centres de détention.

Dans le même temps, l’agence onusienne note qu’une réduction des opérations de recherche et de sauvetage continue de faire de cette traversée maritime la plus meurtrière au monde. Or « sauver des vies humaines en mer n’est ni un choix, ni une question de politique, mais bien une obligation séculaire », a estimé Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Le nombre de morts en Méditerranée occidentale a presque quadruplé

Par ailleurs, le rapport révèle également des changements importants intervenus dans les itinéraires empruntés par les réfugiés et les migrants. Pour la première fois ces dernières années, l’Espagne est devenue le principal point d’entrée en Europe avec environ 8.000 arrivées par voie terrestre (à travers les enclaves de Ceuta et Melilla) et 54.800 autres personnes ont traversé avec succès la dangereuse Méditerranée occidentale.

Par conséquent, le nombre de morts en Méditerranée occidentale a presque quadruplé, passant de 202 en 2017 à 777. Environ 23.400 réfugiés et migrants sont arrivés en Italie en 2018, soit cinq fois moins que l’année précédente. La Grèce a reçu un nombre similaire d’arrivées par la mer, environ 32.500 personnes, contre 30.000 en 2017, mais le nombre de personnes arrivant par sa frontière terrestre avec la Turquie a presque triplé.

Ailleurs en Europe, la Bosnie-Herzégovine a enregistré environ 24.000 arrivées de réfugiés et de migrants ayant transité par l’ouest des Balkans. Chypre a reçu plusieurs bateaux transportant des réfugiés syriens en provenance du Liban, tandis que le Royaume-Uni a connu un petit nombre de traversées depuis la France vers la fin de l’année.

Le rapport décrit d’ailleurs la manière dont les changements intervenus dans la politique menée par certains États européens ont entraîné de nombreux incidents, au cours desquels un grand nombre de personnes ont été immobilisées en mer pendant plusieurs jours, dans l’attente d’une autorisation d’accoster. « Les bateaux des ONG et leurs équipages ont été confrontés à des restrictions accrues dans le cadre de leurs opérations de recherche et de sauvetage », déplore le HCR.

© UNHCR/Hereward Holland
Des réfugiés et migrants africains à bord d’un bateau attendent d’être secourus par le navire Sea Watch, au large de la Libye.

Avoir le courage et l’ambition de regarder au-delà du prochain bateau

Pourtant selon M. Grandi, « nous pouvons mettre un terme à ces tragédies ». Pour le chef du HCR, il suffit juste d’avoir « le courage et l’ambition de regarder au-delà du prochain bateau ». Il plaide aussi pour l’adoption « d’une approche à long terme fondée sur la coopération régionale et centrée sur la vie humaine et la dignité ».

D’autant que pour beaucoup de ces migrants et réfugiés, l’arrivée en Europe représentait la dernière étape d’un voyage cauchemardesque, au cours duquel elles ont été victimes de torture, de viols et d’agressions sexuelles, ainsi que de menaces d’enlèvement ou de détention en échange d’une rançon.

Toutefois, des lueurs d’espoir ont été constatées ça et là. Malgré l’impasse politique sur la mise en place d’une approche régionale en matière de sauvetage et de débarquement en mer, comme l’avaient demandé le HCR et l’OIM en juin dernier, plusieurs États se sont engagés à relocaliser les personnes secourues en Méditerranée centrale – ce qui pourrait constituer le fondement d’une solution prévisible et durable. Des milliers de places de réinstallation ont également été promises par les États pour évacuer les réfugiés hors de Libye.

Selon l’Agence des Nations Unies chargé des migrations (OIM), 5.757 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par la mer depuis le début de cette année, soit une légère hausse par rapport aux 5.502 qui étaient arrivés pendant la même période l’an dernier. Près de trois semaines après le début de l’année, 207 décès ont été recensés le long des trois principaux itinéraires méditerranéens, contre 242 à la même période en 2018.

Source https://news.un.org/fr/story/2019/01/1035212

Encore 170 disparus en Méditerranée

Migrants: encore 170 disparus en Méditerranée Par Mathilde Mathieu Mediapart

« On doit faire cesser cette tragédie », a réagi un responsable du Haut Commissariat aux réfugiés, après que 170 personnes ont disparu en Méditerranée, dans deux naufrages distincts. Au large de la Libye, trois rescapés ont été hélitreuillés, faute de navires sur zone.

Une fois de plus, ce week-end, le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a tapé du poing sur la table, après la disparition de près de 170 personnes en Méditerranée, dans deux naufrages distincts ces derniers jours. Entre l’Espagne et le Maroc, c’est d’abord une patera de 54 passagers qui a chaviré, avec 53 disparus, et un seul rescapé, selon une association.

Puis un bateau pneumatique avec 120 personnes a visiblement sombré corps et âme avant d’atteindre la Sicile, à l’exception de deux Soudanais et un Gambien sauvés par des militaires italiens, à l’issue d’opérations théoriquement placées sous la responsabilité des garde-côtes libyens.

« On doit faire cesser cette tragédie, a réagi Vincent Cochetel, l’envoyé spécial du HCR pour la Méditerranée, samedi 19 janvier au soir. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur un si grand nombre de personnes qui meurent aux portes de l’Europe. Aucun effort ne devrait être épargné ni entravé pour sauver des vies humaines en détresse en mer. »

Dans un communiqué, l’agence de l’ONU, qui se dit « atterrée », a semblé pointer des responsabilités européennes : « Le HCR est préoccupé par les mesures prises par les États qui ont un effet dissuasif croissant sur les ONG souhaitant mener des opérations de recherche et de sauvetage. Le HCR demande qu’elles soient immédiatement levées. »

En creux : notamment une critique des stratégies de criminalisation des humanitaires menées par Malte ou l’Italie, avec un procureur de Catane qui a demandé la saisie de l’Aquarius en novembre, au motif que l’équipage aurait dissimulé la nature « contaminée » de certains déchets (dont les vêtements des migrants rescapés)

Il y a quelques jours, l’ONG qui affrète l’Open Arms a aussi affirmé que l’État espagnol l’empêchait de reprendre la mer, après une escale à Barcelone qui avait permis le débarquement de 311 migrants (repêchés au large de Malte et de l’Italie, mais refusés par ces deux pays). « Nous empêcher de sauver des vies est irresponsable et cruel », a tonné le fondateur de l’ONG, Oscar Camps, à l’intention du gouvernement espagnol.

À l’entendre, les autorités portuaires reprocheraient à l’Open Arms de violer les règles internationales en matière de sauvetage en mer.

Alors le HCR tape du point sur la table, mais après ? Combien d’États européens, lundi 21 janvier, seront encore assis à la table commune ? Combien le nez dans leur assiette verront à peine leur fond de soupe frémir ? Quatre ans après le début de la crise des réfugiés, combien de chaises déjà vides ?

Les drames, eux, se répètent. En l’occurrence, un pneumatique chargé de 120 personnes s’est lancé jeudi dernier du port de Garabulli, en Libye, avec notamment une quarantaine d’exilés du Soudan à son bord (un pays dont les ressortissants obtiennent majoritairement l’asile en France quand ils ont la chance de déposer un dossier), mais aussi dix femmes, dont une enceinte, et deux enfants, dont un bébé de deux mois, selon les témoignages des survivants.

Après dix heures en mer, le rafiot aurait commencé à se dégonfler, à prendre l’eau, livrant les passagers aux eaux glacées. Seule une poignée a réussi à se maintenir à flot, des heures durant, jusqu’à être repérée par un avion de patrouille italien. D’après un officier, Fabio Agostini, interviewé sur la chaîne RaiNews24, cet avion a largué deux radeaux de secours, avant de repartir illico faute de carburant.

C’est finalement un hélicoptère, toujours de la marine italienne, qui est venu hélitreuiller les survivants, emmenés ensuite à Lampedusa et soignés, en hypothermie sévère. Ils n’étaient que trois.

Interrogés sur l’île par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, une agence de l’ONU), les deux Soudanais et le Gambien ont raconté avoir passé trois heures environ dans l’eau.

Samedi, Matteo Salvini, le ministre de l’intérieur italien, a réagi en se félicitant d’avoir fermé, l’été dernier, tous les ports du pays aux humanitaires, accusés de faire le jeu des trafiquants. « Ce dernier naufrage est la preuve que si vous rouvrez les ports, davantage de personnes mourront », a déclaré le leader de la Ligue, parti d’extrême droite.

En l’occurrence, parce que le naufrage est survenu dans la « zone de recherche et de sauvetage » (SAR) libyenne, sous responsabilité de Tripoli, les Italiens n’étaient pas en charge d’organiser les secours, de repérer et de mobiliser les bateaux les plus proches. La marine italienne a donc expliqué avoir alerté les garde-côtes libyens, qui auraient ordonné à un navire marchand de se rendre sur zone, sans succès.

Mais comme Mediapart l’a raconté, la création de l’énorme « SAR » libyenne ne remonte qu’à juillet dernier – jusque-là, c’est Rome qui s’en chargeait. Et elle doit beaucoup à l’Italie et à l’Union européenne, qui l’ont encouragée : l’UE a même budgété plus de 8 millions d’euros en 2017 pour aider Tripoli à la déclarer officiellement, alors même que les garde-côtes libyens sont régulièrement accusés de violences, et certaines de leurs unités soupçonnées de complicité avec des trafiquants de migrants.

Au large du Maroc, la proportion de survivants n’aura pas été meilleure : 1 pour 53 disparus. D’après le récit confié par l’unique rescapé à l’association d’aide aux migrants Caminando Fronteras, l’embarcation aurait pris la mer le 12 janvier, avant d’errer pendant six jours, avec trois femmes à bord et des exilés mauritaniens. Alertée par téléphone depuis la patera, c’est l’association qui aurait averti les secours, à la fois espagnols et marocains, qui ont patrouillé plusieurs jours sans jamais réussir à repérer le bateau.

Et puis, jeudi 17 janvier, en pleine nuit, « il y a eu un accident », selon ce rescapé. « Quelque chose nous a renversés, qui a fait noyer tout le monde », soit 53 personnes. Lui aurait flotté une journée au moins, avant d’être sorti de l’eau par des pêcheurs, d’être hospitalisé au Maroc, puis de contacter l’association.

Sur les seize premiers jours de 2019, le nombre de migrants et réfugiés qui ont débarqué sur les côtes européennes a presque doublé par rapport à l’an dernier, avec 4 216 arrivées contre 2 365 sur la même période, d’après le recensement de l’OIM. 200 sont déjà morts.

Sans compter les dizaines de personnes interceptées en mer par les garde-côtes libyens et ramenées en arrière, comme ils le font systématiquement, pour être expédiées en détention. Loin du « port sûr » de débarquement imposé à tous les sauveteurs, les vrais, par le droit maritime international.

Dimanche, en début de soirée, au large de la Libye, un nouveau bateau avec 100 personnes à bord environ était signalé en panique, et, et en attente de secours.

Source https://www.mediapart.fr/journal/international/200119/migrants-encore-170-disparus-en-mediterranee

SOS Méditerranée : repartir avec un nouveau navire

Avec poésie, des professionnels bénévoles ont imaginé un film portant les valeurs de SOS MEDITERRANEE. Nous vous partageons leur message d’espoir et d’humanité en guise de vœux pour cette nouvelle année.

Pendant ce temps et très concrètement nos équipes travaillent d’arrache-pied pour trouver une nouvelle ambulance des mers,  puis l’équiper et repartir au plus vite en mer. Notre indignation reste intacte, notre détermination est sans faille. Les traversées meurtrières se poursuivent en Méditerranée centrale et l’hiver ne semble plus être un frein car la situation de chaos et l’horreur perdurent en Libye. Notre place est aux côtés des autres navires de sauvetage dont le nombre est bien insuffisant pour faire face aux besoins. Il est temps aussi que cessent les attentes interminables en mer imposées par les Etats européens, incapables de se mettre d’accord pour organiser le débarquement des rescapés.

Parce que les grands projets ne se font jamais seuls, nous avons plus que jamais besoin de vous pour sauver des vies en mer. Au vu de l’état du marché, notre nouveau navire citoyen aura un coût d’affrètement supérieur à celui de l’Aquarius. SOS MEDITERRANEE est financée presque exclusivement par des dons privés. C’est une force qui nous permet d’agir dans l’urgence et en toute indépendance.

Votre soutien aujourd’hui nous aidera à reprendre la mer demain ! http://www.sosmediterranee.fr/

En 2019, repartir avec un nouveau navire

Suite à une campagne de harcèlement administratif, politique et judiciaire ciblant l’Aquarius, SOS MEDITERRANEE annonçait début décembre sa décision de se séparer du navire qu’elle affrétait depuis le début de ses opérations. Après s’être vu retirer son pavillon sous pressions politiques à deux reprises (Gibraltar puis Panama), puis s’être fait menacer de mise sous séquestre par les autorités judiciaires italiennes, l’Aquarius ne pouvait plus constituer une solution durable pour sauver des vies en mer. Malgré tous nos efforts, nos négociations avec plusieurs pays pour retrouver un pavillon n’avaient pas abouti. Parallèlement, une éventuelle mise sous séquestre du navire aurait signifié un arrêt de l’Aquarius pour une durée indéterminée, sans pouvoir mettre un terme au contrat de location du navire et sans possibilités matérielles et financières de continuer à agir en mer. Nous avons donc pris la décision difficile mais salutaire de nous séparer de l’Aquarius pour mieux repartir en mer car sauver des vies est et restera notre mission !

Le nouveau navire que nous cherchons activement sera pour nous un nouvel outil. Plus récent que l’Aquarius, il sera paré d’un pavillon qui, nous l’espérons, résistera aux pressions politiques. À ce jour nous avons reçu de réelles propositions que nos équipes étudient méticuleusement. Ce navire doit en effet répondre à des critères techniques et des standards professionnels précis, notamment en termes de sûreté et de sécurité : être de taille sensiblement égale à celle de l’Aquarius, avec assez d’espace pour y installer une clinique, différents lieux d’accueil pour les rescapés et au moins deux canots de sauvetage semi-rigides pour nos opérations en mer.

Navires de sauvetage cherchent « lieu sûr » où débarquer

Pendant ce temps, en Méditerranée centrale, plusieurs navires d’ONG ont enfin pu retourner dans la zone de recherche et sauvetage en fin d’année 2018, après plusieurs mois bloqués au port suite à la criminalisation dont ils avaient été victimes. L’ONG espagnole Proactiva-Open Arms a secouru plus de 300 personnes au large de la Libye quelques jours avant Noël et, essuyant les refus de plusieurs pays côtiers pour débarquer les rescapés en lieu sûr, a navigué sept jours durant pour finalement accoster en Espagne.

Au même moment commençait le dernier « record » de l’attente pour les rescapés de la Méditerranée centrale à bord de deux autres navires d’ONG de sauvetage : des négociations impliquant quelques États européens et la Commission européenne ont plongé 49 rescapés dans une incertitude interminable, dégradante et inacceptable pendant 19 longs jours. Les navires des organisations allemandes Sea Watch et Sea Eye ont fait des ronds dans l’eau des jours durant, sans pouvoir accoster. Comble de l’indifférence européenne envers ces survivants, les côtes maltaises s’offraient tous les jours aux yeux des rescapés bloqués à bord des navires. Par désespoir, l’un d’eux a fini par sauter à l’eau pour tenter de rejoindre la terre ferme à la nage. Secouru par les équipes de sauveteurs, cet homme aura donc risqué sa vie en mer à deux reprises en quelques jours.

Les conventions maritimes internationales ont précisément été conçues pour éviter de telles situations (1). Mais, depuis sept mois et la fermeture des ports italiens, les négociations politiques ad hoc sur la répartition de rescapés sur le territoire européen se répètent inlassablement. Les solutions trouvées par quelques États Membres de l’UE sont réelles mais tardives, mettant chaque jour un peu plus en danger les rescapés. Ces questions de répartition des personnes secourues ne peuvent en aucun cas conditionner et mettre en péril leur débarquement. Le 14 janvier, le navire Open Arms se voit interdire son départ du port de Barcelone vers la zone de recherche et sauvetage : les autorités espagnoles invoquent justement le manque de lieux sûrs et proches où débarquer… Mais bloquer les ONG qui portent secours en Méditerranée n’est pas une solution au manque de coopération de l’Union européenne. Un mécanisme commun, prévisible et coordonné doit être créé de toute urgence, car les départs des côtes libyennes -décembre l’a montré- se poursuivent.

« Horreurs inimaginables »

Chaque jour, des hommes, des femmes et des enfants continuent de risquer leur vie pour fuir la Libye et le bilan publié début janvier par le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) de l’ONU pour l’année 2018 est lourd. Au moins 2 260 personnes ont perdu la vie en mer Méditerranée l’année dernière dont 1314 (2) sur l’axe de la Méditerranée centrale. Et puis il y a les garde-côtes libyens, financés par l’Union Européenne, qui depuis le début 2017, toujours selon l’ONU, ont intercepté et ramené en Libye 29 000 personnes qui cherchent justement à fuir ce pays en proie au chaos. Un rapport onusien décrit les « horreurs inimaginables » auxquelles les personnes migrantes et réfugiées sont soumises dans le pays (3). Des conditions racontées par tant de témoignages recueillis après chaque sauvetage à bord de l’Aquarius pendant ses 34 mois d’activité.

Si les ponts de l’Aquarius pouvaient parler, ils raconteraient les près de 30 000 histoires, les douleurs, les horreurs de la Libye et de la traversée mais aussi les moments de joie retrouvée à bord de ce bateau ambulance. L’Aquarius fut un outil de sauvetage et de témoignage inoubliable et nous vous remercions infiniment pour avoir rendu cela possible.

Dans le contexte actuel, il est urgent de repartir pour poursuivre notre mission de sauvetage en mer. Ensemble, nous reprenons la mer en 2019.

(1) Une opération de sauvetage n’est considérée comme terminée que lorsque les rescapés sont débarqués le plus rapidement possible en un « lieu sûr » proche de l’endroit où s’est déroulé le sauvetage, c’est-à-dire un lieu où la sûreté des rescapés ne sera plus menacée et leurs besoins fondamentaux seront respectés.

(2) Chiffres de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations)

(3) « Un rapport de l’ONU met en lumière les « horreurs inimaginables » des migrants et réfugiés en Libye et au-delà », https://news.un.org/fr/story/2018/12/1032271, 20 décembre 2018

 

 

 

Conférence-débat La nouvelle loi sur l’entrée et le séjour des étrangers

Le collectif citoyen de Grenoble vous signale 

Conférence-débat : « La nouvelle Loi Colomb/Macron sur l’entrée et le séjour des étrangers »

Lundi 28 janvier 2019

en présence de l’avocat Claude Coutaz

à 18h30 Maison des associations

6 rue Berthe de Boissieux à Grenoble

A l’initiative de la CISEM (Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants)

 

 

En Grèce, des conditions d’accueil toujours inhumaines pour les réfugiés

Par Amélie Poinssot Mediapart

Sur l’île grecque de Lesbos, un jeune Camerounais est mort dans la nuit de lundi à mardi. Plusieurs rapports d’ONG font état de conditions d’accueil dramatiques dans les camps proches de la frontière avec la Turquie. Les populations vulnérables n’ont pas accès aux soins nécessaires.

 

Chaque dimanche, c’est lui qui lisait les psaumes en anglais à l’église des environs. Sur l’île orthodoxe de Lesbos, une petite communauté catholique a grandi ces dernières années avec la population des réfugiés et des employés des organisations internationales. Originaire du Cameroun, Jean-Paul A. s’est éteint dans la nuit de lundi à mardi. Le container du centre d’accueil de Moria où vivait ce jeune homme de 24 ans n’était pas chauffé alors que le froid s’est abattu sur l’île grecque depuis quelques jours.

Cette mort brutale vient une nouvelle fois confirmer l’état délétère, en Grèce, des structures d’accueil et des centres de rétention pour les demandeurs d’asile. Régulièrement surpeuplés, sous-dotées en matériel de soins et en personnel médical, ils ne respectent pas les normes internationales et mettent cruellement à l’épreuve les populations vulnérables que constituent les femmes enceintes ou allaitantes, les mineurs non accompagnés, les personnes âgées, malades, ou encore victimes de torture ou de troubles post-traumatiques.

Publié mercredi 9 janvier, un rapport d’Oxfam dénonce précisément, à partir du cas de Lesbos et du camp de Moria, l’échec du système grec à protéger les demandeurs d’asile vulnérables. Il vient s’ajouter à la longue liste de rapports d’ONG qui déplorent, depuis des années, les mauvaises conditions d’accueil dans ce pays situé aux frontières extérieures de l’Union européenne et qui s’est trouvé, en 2015 et 2016, en première ligne de l’arrivée en Europe des exilés de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.

Dans le camp de Moria, à Lesbos, en novembre 2018 © Reuters Dans le camp de Moria, à Lesbos, en novembre 2018 © Reuters

L’organisation internationale de développement constate à Moria un manque critique d’accès aux soins et de nombreux dysfonctionnements dans l’enregistrement des demandeurs d’asile qui font que les personnes vulnérables ne sont pas identifiées en tant que telles : les procédures ont changé trois fois en un an, le nombre d’interprètes est insuffisant, et les délais sont extrêmement longs pour obtenir une consultation au centre médical du camp (qui dépend du ministère grec de la santé). En novembre dernier, écrit l’ONG, il n’y avait même plus de médecin affecté à Moria.

Dans ce contexte, la surpopulation du lieu est un facteur aggravant dans un pays où le secteur de la santé a été durement touché par les restrictions budgétaires en vigueur depuis neuf ans. D’après les chiffres du ministère grec de l’intérieur, au 7 janvier 2019, 8 164 demandeurs d’asile résidaient à Moria, que ce soit à l’intérieur du camp ou dans le campement informel aménagé à côté. C’est trois fois plus que la capacité de ce « hotspot », officiellement de 3 000 places. Le programme de relocalisation des réfugiés en provenance de Grèce et d’Italie, mis sur pied par la Commission européenne en 2015, n’a pas permis de soulager durablement les autorités helléniques. Fin 2018, 21 999 exilés avaient été réinstallés depuis la Grèce dans d’autres pays européens.

L’absence de solidarité européenne a des conséquences très concrètes : d’après le rapport d’Oxfam, aujourd’hui à Moria des personnes doivent attendre jusqu’en 2020 pour voir examiner leur demande d’asile. Cela signifie plus d’un an d’hébergement dans ces conditions susceptibles d’aggraver leur santé. L’ONG rapporte le témoignage d’un Ivoirien, aveugle d’un œil et souffrant de problèmes aux reins et à un genou, à qui les autorités du hotspot ont autorisé un déplacement à Athènes afin qu’il soit correctement pris en charge… « Mais c’était il y a cinq mois, dit le jeune homme, et mon transfert n’a toujours pas été organisé. »

Non seulement les personnes vulnérables n’ont pas accès aux soins ou aux conditions d’hébergement auxquelles elles ont droit (foyers spécifiques ou appartements en dehors du camp), mais les règles basiques ne sont pas respectées. Ainsi des femmes seules et des mineurs non accompagnés sont parfois mélangés avec le reste de la population. « Ces personnes, dont beaucoup ont déjà souffert d’abus sexuels ou d’expériences traumatiques, risquent une sérieuse détérioration de leur santé mentale si elles sont forcées de vivre dans une peur constante », écrit Oxfam.

Problème : les personnes qui ne sont pas identifiées comme vulnérables au moment de l’examen de leur demande d’asile voient leur dossier entrer ensuite dans une procédure de traitement rapide. Elles courent le risque d’être renvoyées en Turquie en raison de l’accord négocié par l’Union européenne avec le pays d’Erdogan en février 2016.

Dans le camp informel qui jouxte le centre d’accueil de Moria et que les habitants de l’île ont surnommé l’Oliveraie, les conditions de vie décrites par Oxfam sont encore plus déplorables. Scorpions, rats et serpents se baladent alors que les gens dorment sous tente à même le sol. Plusieurs dizaines de personnes sont obligées de partager un même W-C. À Moria et aux alentours, des cas fréquents de diarrhée et d’infections cutanées ont été observés.

95 personnes dans une cellule

La période hivernale ayant commencé, les risques de maladie et d’accidents se multiplient. Les résidents du camp n’ont pas accès à l’eau chaude, et ceux qui sont sous tente ont parfois installé des petits chauffages de fortune sous leur toile. Les gens sont en outre obligés de faire la queue dehors parfois pendant des heures lors des distributions de repas.

Contactées par Mediapart, plusieurs personnes qui ont eu accès au campement ces derniers jours nous ont expliqué qu’il y avait également de fréquentes coupures d’électricité et que de nombreux bâtiments n’étaient pas chauffés correctement. Elles nous ont confirmé avoir été en contact avec de nombreuses personnes présentant des problèmes de santé.

Ce diagnostic accablant n’est malheureusement pas le premier. En septembre, l’International Rescue Committee (IRC) et Médecins sans frontières s’étaient alarmés de l’état de la santé mentale à Moria. Trois mois plus tôt, c’était Human Rights Watch (HRW) et le Comité européen pour la prévention de la torture et des traitements inhumains ou dégradants (organisation dépendant du Conseil de l’Europe) qui faisaient état des conditions de détention des migrants, ciblant cette fois les établissements du nord-est de la Grèce situés à proximité de la frontière terrestre avec la Turquie.

L’organisation IRC, qui assure dans le camp de Moria un travail constant depuis 2015 avec à l’heure actuelle une équipe de neuf personnes, dont quatre psychologues, mettait l’accent dans son rapport sur les tendances suicidaires des personnes hébergées sur place. Sur les 126 patients qu’elle prenait en charge, elle notait que 29 % d’entre eux avaient fait une tentative de suicide et que 64 % souffraient de dépression.

IRC révélait en outre l’importance des violences sexuelles et de genre à l’intérieur de Moria. La moitié de ses patientes, mais aussi 33 % des hommes qu’elle suivait, ont dit en avoir été victimes. Une information à mettre en parallèle avec la décision de la municipalité de Lesbos prise cet été : les réfugiées et demandeuses d’asile ne sont plus acceptées dans son foyer d’accueil pour les femmes victimes de violences, à l’exception de circonstances « extrêmes » et pour un séjour maximum de deux jours…

Les résidents de Moria vivent dans un climat anxiogène où les agressions sont légion, alors qu’ils ont rejoint l’Europe pour justement fuir la violence dans leurs pays. « Les demandeurs d’asile avec des problèmes de santé mentale et les personnes ayant subi des violences sexuelles ne peuvent pas trouver les soins dont elles ont besoin à Lesbos, écrit IRC. Mais elles n’ont d’autre choix que de rester là, dans des conditions qui exacerbent leur santé mentale. »

Les conditions d’hébergement dans le camps de Lesbos, peut-on encore lire dans le rapport, « ne se sont pas améliorées depuis novembre 2016, lorsqu’une femme et sa petite fille ont été tuées à Moria parce que la bouteille de gaz qu’elles utilisaient pour cuisiner a explosé dans leur tente ».

De son côté, MSF mettait l’accent sur la souffrance des enfants dans le camp, constatant chez eux des phénomènes d’automutilation et des tentatives de suicide. D’autres, expliquait l’ONG, sont touchés par du mutisme, des crises de panique ou d’anxiété, ou des excès d’agressivité. « C’est la troisième fois cette année que MSF appelle les autorités grecques et celles de l’UE à prendre leurs responsabilités suite à leurs échecs collectifs », regrettait la cheffe de mission de l’organisation en Grèce, Louise Roland-Gosselin.

Au début de l’été, deux rapports successifs de HRW (ici et ) revenaient sur les conditions d’accueil « inhumaines » observées dans le nord-est de la Grèce. Dans cette région, il n’y a pas de hotspot comme sur l’île de Lesbos, mais différents commissariats le long de la frontière ainsi qu’un centre de rétention, à Fylakio. Aucun de ces endroits ne respecte les normes internationales en vigueur. Ils sont caractérisés par un surpeuplement régulier et un mélange des populations, ce qui rend le séjour particulièrement difficile pour les femmes et les filles.

L’ONG publiait ainsi le témoignage de différentes femmes qui se sont retrouvées à partager pendant plusieurs semaines un même espace avec une majorité d’hommes avec qui elles n’avaient aucun lien de parenté. Elle racontait notamment l’histoire de Maha, une Irakienne restée pendant plus de deux semaines avec son compagnon dans une cellule où résidait une soixantaine d’hommes.

Le Comité européen pour la prévention de la torture, quant à lui, faisait état de conditions « inacceptables » pour la partie rétention de Moria ainsi que pour le centre de rétention de Fylakio, alors que d’autres établissements, dans le pays, présentent des conditions tout à fait correctes (notamment ceux d’Amygdaleza, proche d’Athènes, et de Pyli, sur l’île de Kos). À Fylakio, il a ainsi pu observer une cellule occupée par 95 étrangers, dont des familles avec enfants, des mineurs non accompagnés, des femmes enceintes et des hommes seuls. Il en résultait un espace d’un mètre carré par personne en moyenne. Le Comité notait également un manque d’accès aux soins et remarquait qu’aucune amélioration n’avait été faite pour combler le manque d’interprète depuis sa dernière mission, en 2016.

Au total, sur l’ensemble du territoire grec, plus de 50 000 demandeurs d’asile sont en attente du traitement de leur dossier. D’autres routes migratoires se sont recréées depuis 2016, s’orientant davantage vers l’Italie et l’Espagne, et la Grèce est sortie des radars médiatiques. Mais elle n’est pas sortie d’affaire. Depuis le début de l’année, d’après les chiffres du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNCHR), 259 personnes sont déjà arrivées sur le sol grec en provenance de la Turquie. Toutes les ONG le soulignent : il est plus que jamais nécessaire d’activer les mécanismes européens de solidarité et de réformer le système de Dublin afin de soulager la péninsule hellénique.

Source https://www.mediapart.fr/journal/international/100119/en-grece-des-conditions-d-accueil-toujours-inhumaines-pour-les-refugies?page_article=2

SOS Méditerranée répond aux questions

Chers amis,

Le vendredi 7 décembre nous vous partagions notre décision de mettre fin à l’affrètement de l’Aquarius et notre volonté de trouver au plus vite un nouveau navire pour repartir sauver des vies en mer. Suite à cette annonce, nous avons reçu de nombreuses questions de votre part comme par exemple :

Est-ce que la fin d’affrètement de l’Aquarius signifie la fin des opérations de sauvetage pour SOS MEDITERRANEE ?
Que vont devenir l’Aquarius et le reste de l’équipage ?
En quoi changer de navire vous permettra de continuer vos opérations de sauvetage ?
À quoi vont servir les dons tant que vous n’avez pas de nouveau navire ?
Quand pensez-vous repartir ?

Toutes ces questions sont importantes et vous en avez certainement d’autres. Nous vous proposons de nous retrouver en direct.

Mercredi 19 décembre à 12h30 sur YouTube

Sophie BEAU, cofondatrice et directrice de l’association SOS MEDITERRANEE France et Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE répondront à vos questions. Cette « discussion » durera environ 45 minutes et sera accessible via ce lien privé auquel vous pouvez accéder librement.

Vous pourrez poser vos questions en direct dans les commentaires mais pour cela il faut vous créer ou vous connecter avec un compte YouTube. Si vous préférez nous poser vos questions par écrit, vous pouvez nous envoyer un email jusqu’au 18/12 à question@sosmediterranee.org.

Face à l’inacceptable, restons mobilisés pour repartir sauver des vies en mer.

Merci pour votre engagement,

L’équipe de SOS MEDITERRANEE
#TogetherForRescue

 

 

SOS Méditerranée met fin à l’affrètement de l’aquarius

Chers amis,

Ceci n’est pas un message comme les autres.

Nous tenions à vous informer – le cœur lourd mais plein d’espoir -que nous avons décidé de mettre fin à l’affrètement de l’Aquarius, ce bateau citoyen qui a sauvé près de 30 000 vies en Méditerranée centrale grâce à votre soutien.

Comme vous pouvez l’imaginer, cette décision a été extrêmement difficile à prendre pour les équipes de SOS MEDITERRANEE comme pour notre partenaire médical Médecins Sans Frontières. Après 34 mois d’opérations, ce navire est devenu un symbole pour toutes celles et ceux qui, comme vous, considèrent que porter assistance aux personnes en détresse en mer est un impératif légal et moral qui doit primer sur toute considération.

Pourquoi une telle décision ?

Suite aux multiples manœuvres politiques le privant par deux fois de son pavillon (Gibraltar puis Panama), l’Aquarius est à quai à Marseille dans l’impossibilité de repartir. Nous avons appris en début de semaine que la Suisse n’offrirait pas son pavillon au bateau malgré le soutien de nombreux citoyens que nous remercions chaleureusement.

L’Aquarius doit aujourd’hui répondre à des accusations disproportionnées et infondées. Lundi 19 novembre, les autorités judiciaires italiennes ont demandé la mise sous séquestre du navire. A ce jour – à notre connaissance -, le juge italien n’a pas activé une demande de coopération avec la France pour la mise en exécution de cette demande, mais l’acharnement dont ce bateau est la cible rend très difficile son utilisation dans le cadre de notre mission à court et long terme, et nous contraint à nous en séparer.

Nous continuons notre mission

Cette nouvelle est certes difficile à accepter pour nous tous mais notre mission est de sauver des vies humaines. Nous ne pouvons pas accepter que l’on entrave notre action alors que, depuis le début de l’année, plus de 2 100 personnes sont mortes noyées en Méditerranée.

Nous sommes déterminés à repartir en mer le plus rapidement possible. Notre équipe étudie sérieusement plusieurs propositions pour trouver un nouveau navire afin de poursuivre durablement nos opérations de sauvetage dès le début de l’année prochaine.

C’est un nouveau défi que nous relèverons ensemble !

Rappelez-vous, il y a plus de trois ans, vous étiez déjà des milliers à vous engager dans cette aventure collective à laquelle personne ne croyait : affréter un navire citoyen pour sauver des vies en haute mer. 34 mois plus tard, ce sont près de 30 000 hommes, femmes et enfants qui ont été sauvés de la noyade, dont 6 bébés nés à bord de ce navire, grâce à votre mobilisation ! Cet incroyable engagement est l’une de nos plus grandes forces.

Portés par votre indéfectible soutien, nous sommes plus déterminés que jamais à prendre ce nouveau départ. C’est une promesse, nous repartirons bientôt sauver des vies !

Tant que des êtres humains risqueront leur vie en mer nous continuerons. Tant que vous serez à nos côtés, renoncer ne sera jamais une option.

Merci pour votre engagement,

L’équipe de SOS MEDITERRANEE
#TogetherForRescue

Sauvetage en mer Déclaration syndicale

Le sauvetage en mer constitue une obligation internationale. Les navires n’ont jamais été aussi nombreux sur les mers. Seulement, depuis 2014, les pertes de vies humaines sont chaque année très importante en mer : les chiffres du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) sont très parlants : (2018 : 1408, 2017 : 3139, 2016 : 6038, 2015 : 3538). Pourtant, du fait de la spécificité du milieu maritime, la législation veut que tout capitaine de navire ait le devoir de prêter assistance à toute personne se trouvant en situation de détresse en mer, et ce indépendamment de la nationalité de cette personne, de son statut ou des circonstances dans lesquelles elle a été trouvée.

Nous, syndicats et gens de la mer de plusieurs pays d’Europe, soulignons notre attachement à la tradition et aux idéaux séculaires de notre profession : le sauvetage, sans égard à la personne, ni aux circonstances, est une obligation fondamentale. Nous mettons notre honneur à porter secours à quiconque se trouvant en détresse à proximité de nos navires. Le sauvetage, de par sa nature obligatoire, ne fait pas partie de la politique migratoire, et ne doit pas être façonné par elle.

Nous récusons toute criminalisation des équipages et capitaines des navires agissant ainsi. Au contraire, nous insistons sur le fait qu’ils procèdent en vertu des obligations du droit international. Ce sont les gouvernements qui refusent de porter assistance qui violent le droit international :

La Convention des Nations Unies sur le Droit de la mer de 1982

(Convention UNCLOS) qui stipule que « tout État doit exiger du capitaine d’un navire battant son pavillon que, pour autant que cela lui est possible sans faire courir de risques graves au navire, à l’équipage ou aux passagers :

  • il prête assistance à quiconque est trouvé en péril en mer;
  • il se porte aussi vite que possible au secours des personnes en détresse s’il est informé qu’elles ont besoin d’assistance, dans la mesure où l’on peut raisonnablement s’attendre qu’il agisse de la sorte ». (Art. 98(1))

 La Convention Internationale pour la Sauvegarde de la Vie en mer de 1974

(Convention SOLAS) prévoit que le « capitaine d’un navire en mer qui est en mesure de prêter assistance et qui reçoit, de quelque source que ce soit, une information (2) indiquant que des personnes se trouvent en détresse en mer, est tenu de se porter à toute vitesse à leur secours, si possible en les en informant ou en informant le service de recherche et de sauvetage… » (Chapitre V, Règle 33(1)).

 Les amendements aux Conventions SOLAS règle 33 et SAR chapitre 3.1.9 visent à s’assurer de la continuité et de l’intégrité des services SAR, à veiller à ce que les personnes en situation de détresse en mer soient secourues tout en minimisant les dommages de ces interventions pour les navires concernés. Ils exigent donc que les États contractants :

  • Se concertent et coopèrent afin que les capitaines de navires prêtant leur assistance en prenant à leur bord des personnes en situation de détresse soient relevés de leurs obligations commerciales avec une déviation minimale par rapport au parcours initialement prévu ;
  • Organisent un débarquement dans les délais les plus rapides possibles.

En dépit de la clarté de ces obligations, la criminalisation du sauvetage en mer s’intensifie. De multiples procédures judiciaires, notamment pour trafic illicite de migrants, ont été engagées contre les capitaines de navires, le personnel navigant, les pêcheurs ou les ONG réalisant du sauvetage récurrent. Après des années de procès, ils ont tous été blanchis, ce qui montre le caractère abusif et la visée dissuasive de ces procédures.

 Nous demandons instamment à l’Union européenne et aux Etats membres d’introduire dans leur arsenal législatif une exception humanitaire claire qui rende impossible la criminalisation de la solidarité. Cette introduction est exigée pour une bonne application du Protocole de Palerme contre le trafic illicite de migrants (2000), auquel l’Union européenne et ses États membres sont parties. Comme l’a rappelé en 2015 la Conférence des États parties à ce Protocole, « les États devraient s’assurer que les cadres législatifs en place sont suffisamment explicites pour empêcher que des poursuites puissent être engagées contre ceux qui remplissent leur obligation de secours et de sauvegarde de la vie ».

 Nous demandons par ailleurs aux armateurs des navires de mettre à la disposition des capitaines et équipages qui sauvent des vies assistance, soutien juridique et défense, s’ils se trouvent mis en cause par des autorités à terre.

 Les organisations syndicales présentes exigent des États donnant pavillons et des États coordonnant les sauvetages d’appliquer ces conventions dans la plus stricte légalité et de donner tous les moyens de leur effectivité. Elles s’engagent à coopérer entre elles pour imposer leur application.Devant l’explosion du nombre de personnes à secourir en mer, la marine marchande mondiale, au travers de ses marins, ne peut suppléer aux États et à leurs responsabilités. Ceux-ci doivent donc impérativement prendre toutes les mesures nécessaires afin d’assurer leurs responsabilités envers toutes les personnes demandant assistance en mer.

Nous demandons le renforcement et la formation professionnelle spécifique du service public de sauvetage en mer ainsi que la formation obligatoire pour tous aux lois internationales, afin de leur permettre de répondre à leurs obligations, face à la hausse du nombre de personnes à secourir.

Nous demandons aux gouvernements européens de faciliter l’obtention d’un pavillon pour les navires qui s’inscrivent dans une démarche humanitaire pour secourir des migrants en haute mer.

Au-delà, nous considérons être une obligation des États d’organiser des opérations de sauvetage en mer, sur l’exemple de Mare Nostrum, plutôt que de miser uniquement sur des mesures sécuritaires, comme Frontex ou des patrouilles de l’OTAN.

Montreuil, le 15 novembre 2018

 Organisation signataires :

  • La CGT (France), Ver.di (Allemagne), BTB-FGTB (Belgique), FSC-CC.OO. (Espagne), CGIL, UIL, CISL (Italie), CGTP-IN (Portugal), PCS, Nautilus International (Grande-Bretagne), International Federation of Shipmasters’ Associations (IFSMA).
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