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Iles grecques le coronavirus s’ajoute à l’abandon de l’UE

Dans les îles grecques devenues camps de réfugiés, le coronavirus s’ajoute à l’abandon européen par Raphaël Goument

L’épidémie de coronavirus menace aussi les camps de réfugiés des îles grecques. Avec des dizaines de milliers de personnes qui y survivent sans accès suffisant à l’eau, aux douches, ni aux toilettes, ces camps risquent de se transformer en bombes sanitaires. Les ONG demandent leur évacuation, le gouvernement grec a décidé de les confiner. Reportage sur l’île de Chios avant le confinement.

Ils se sont donnés rendez-vous dans un petit appartement du centre-ville, à deux pas de la forteresse qui veille encore sur le port de Chios. Tous travaillent dans des ONG impliquées auprès des réfugiés. Pour la première fois, une assemblée numérique est organisée avec responsables humanitaires et bénévoles des autres îles. Sur l’écran, des petits carrés lumineux s’illuminent successivement. « Evros », « Lesbos », « Kos », « La Canée »… Chacun se présente par son emplacement, son front de lutte. Les traits sont tirés, les nouvelles ne sont pas bonnes. Agression de réfugiés, attaques de responsables d’ONG, destruction de lieux de solidarité, barrages sur les routes, départ des volontaires internationaux et réduction des activités des organisations caritatives, manifestation et contre-manifestation. Dans certaines îles, on a frôlé la guerre civile.

Les récits s’enchainent et se ressemblent. Partout, la situation semble hors de contrôle depuis la fin du mois de février. Un volontaire de Kos tire la sonnette d’alarme : « Les réfugiés manquaient déjà de tout mais ce à quoi ils font face désormais est bien plus dangereux, c’est la montée rapide et directe du fascisme. C’est bien plus grave que tout ce qui pouvait manquer jusqu’à présent. » Les autres acquiescent. C’est sans compter sur la menace du coronavirus qui ne ferait qu’envenimer encore la situation si des cas étaient détectés dans les camps de réfugiés – ils sont plus de 40 000 dispersés sur les cinq îles -, sans parler du désastre sanitaire qu’une telle contamination représenterait.

Deux réfugiées avec des sacs de produits alimentaires attendent de pouvoir partager un taxi pour retourner à Vial, le camp de Chios distant d’une dizaine de kilomètres. © Raphaël Goument.

Chios n’échappe pas à la règle. Avec plus de 6000 réfugiés pour quelques 50 000 habitants, l’île semble au bord de l’implosion malgré le calme relatif qui a depuis peu regagné la ville et ses alentours. Avec l’annonce du président turc Recep Tayyip Erdoğan fin février de ne plus vouloir retenir les migrants sur son territoire, les arrivées se sont multipliées. Rien qu’en 2020, ce sont près de 10 000 réfugiés qui ont tenté la traversé depuis la Turquie selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L’île de Chios est en première ligne, séparée des côtes turques seulement par un bras de mer d’une dizaine de kilomètres.

Méfiance des habitants de l’île envers le gouvernement grec

La situation a amené le gouvernement grec, de droite, de Kyriákos Mitsotákis à instaurer début mars un régime d’exception pour au moins 30 jours. Aucune demande d’asile n’est plus enregistrée, ce qui est en contradiction avec la convention de Genève et avec le droit européen et international. Pis, les derniers arrivés depuis le 1e mars ne sont plus enregistrés ni même emmenés à Vial -le camp de Chios- et sont détenus dans des structures ad hoc, sans accès aux responsables des ONG ni à des avocats. Un reportage du New York Times à Evros, la frontière continentale au nord du pays, mentionnait des renvois directs vers la Turquie, ce que le gouvernement d’Athènes a jusqu’alors toujours démenti [1].

« Encore faut-il que le gouvernement du pays de retour – ici la Turquie – soit d’accord avec le renvoi, ça semble encore très incertain », précise Victoria*, une Grecque de 35 ans qui travaille pour une organisation internationale présente sur l’île et qui souhaite conserver l’anonymat. Et d’ajouter : « Il y a aussi une dimension de propagande assez évidente dans cette décision du gouvernement grec, c’est certainement pour rassurer la population locale et les Grecs en général. » Il faut dire que les insulaires entretiennent une défiance croissante vis-à-vis du gouvernement central mais aussi des institutions européennes.

Cette méfiance a atteint son paroxysme fin février quand Athènes a annoncé son intention de construire un nouveau camp fermé, dans les montagnes au cœur de l’île. Malgré un refus massif des insulaires et de leurs représentants, les autorités ont bien tenté de passer en force, débarquant discrètement près de 300 policiers anti-émeute helléniques afin de sécuriser les travaux préparatoires. La goutte de trop. Jamais de mémoire d’habitant, on avait aperçu ces armures et ces boucliers. Manifestations, grèves sauvages et barrages improvisés sur les routes : la réaction populaire a pris de court le gouvernement. La situation est devenue si tendue que les policiers anti-émeutes ont été rapatriés après seulement quelques jours, pourchassés jusque dans le port par des habitants furieux. « C’est vraiment à ce moment que tout a basculé, quand ils ont voulu construire le nouveau camp. Tout le monde s’y est opposé. Quels que soient les avis politiques, nous avons manifesté ensemble, mais malheureusement, pas pour les mêmes raisons. Certains ne veulent plus de réfugiés du tout… », précise Alba, une des rares volontaires internationales encore présente sur l’île.

Les volontaires des ONG : « Nous sommes devenus des cibles »

Ce sont surtout les franges les plus réactionnaires de la société grecque qui ont depuis fait parler d’elles. En tête des actualités, les arrivées à Lesbos de militants se qualifiant ouvertement d’identitaires voire de néo-nazis ont éclipsé les violences qui touchent les autres îles. À Chios, l’entrepôt qu’occupait l’organisation caritative norvégienne One Family–No Border a été incendié dans la nuit du 2 mars avec tout ce qu’il contenait de dons arrivés des quatre coins du monde et à destination des réfugiés. Vêtements, chaussures, poussettes, jouets et autres produits de première nécessité : au petit matin il ne restait que des cendres fumantes. Hanne Hoff, une femme de 62 ans atterrie sur l’île dès 2016 après une année à Lesbos, ne pense pas à une origine accidentelle.

L’entrepôt qu’occupait l’organisation caritative One family–No borders, incendié dans la nuit lundi 2 mars. © Raphaël Goument.

Loin d’être isolé, le cas de l’ONG One Family illustre la montée des menaces pour ceux qui aident de près ou de loin les migrants. Une autre organisation historique, Feox, a aussi dû réduire son activité. Ses créateurs, Adonis et Michaelis, deux jumeaux natifs de l’île, se sont taillés une solide réputation en secourant des milliers de naufragés qui approchaient des côtes de Chios depuis le début de la crise migratoire. « En 2015 et 2016, il arrivait en moyenne dix bateaux par jour, avec parfois jusqu’à 80 personnes dans l’embarcation. Faîtes le calcul », rapporte Adonis, une certaine fierté dans la voix. Les deux frères, qui portent barbes et longues chevelures grisonnantes, patrouillaient nuit et jour à moto le long de la côte, gagnant ainsi leur réputation de « jumeaux pirates ». Les choses ont changé.

Michaelis et Adonis, les « jumeaux pirates », à l’origine de Feox, une des premières organisations de secours des réfugiés de l’île de Chios. © Raphaël Goument.

Ce sont toutes les personnes qui viennent en aide de près ou de loin aux migrants qui se sentent aujourd’hui menacées. Pour ceux qui restent, principalement des Grecs, les consignes des centrales humanitaires deviennent de plus en plus strictes : « Ne pas dire d’où l’on vient, ni pourquoi on est sur l’île, se faire passer pour des professeurs, ne pas rentrer seul chez soi le soir », énumère Hypatia [2], elle-même responsable dans une organisation internationale présente sur le camp de Vial. Les loueurs de voiture refusent désormais de travailler avec des étrangers, de peur que leurs véhicules ne soient détruits. De nombreux volontaires internationaux ont préféré quitter l’île, à l’image d’Hanne Hoff, retournée en Norvège. « Nous sommes devenus des cibles, on ne sait pas ce qui pourrait arriver », se désole-t-elle. Combien de temps pourrait durer cette retraite ? « Au moins un mois, ensuite nous verrons. » C’est toute l’activité de solidarité et d’aide aux réfugiés qui s’en trouve ralentie.

Hanne Hoff, la Norvégienne à l’origine de l’organisation caritative One Family–No borders. © Raphaël Goument.

« Nous sommes abandonnés par le gouvernement et par l’Europe »

« Les Grecs ont été des gens exceptionnels, la société grecque s’est montrée d’une telle solidarité en 2015 au début de la crise des réfugiés », salue Alba, qui a préféré rester pour prêter main forte aux jumeaux pirates. « Les insulaires en ont assez, cela dure depuis trop longtemps, ils ont aussi des problèmes et des difficultés. On peut les comprendre d’une certaine manière. Ils ont l’impression de se faire voler leur île, tout ce qu’ils veulent, c’est reprendre leur vie d’avant ».

L’histoire de Chios est celle d’un lent pourrissement suspendu aux accords internationaux, négociés entre Bruxelles, Athènes et Ankara. Maria, une insulaire qui tient une taverne au sein des remparts de la vieille forteresse ne dit pas autre chose : « La situation a beaucoup changé. Il y a cinq ans, il n’y avait que 200 ou 300 réfugiés, et ils partaient ensuite en Europe. Mais les autres pays n’ont pas accepté cette circulation et ont tout fait pour les maintenir bloqués ici. Nous ne pouvons pas en avoir plus. Nous sommes abandonnés par le gouvernement et par l’Europe. » C’est désormais sur ces îles que se matérialisent les frontières extérieures de l’Union européenne.

C’était l’idée même des « hotspots », ces points de chute conçus par le gouvernement grec et l’Union européenne pour faire face à l’afflux de réfugiés depuis 2014. En avril 2015, un accord conclu entre la Commission européenne et Athènes acte la création de ces « institutions de premier accueil » – leur nom officiel. Cinq îles grecques, toutes proches des côtes turques sont concernées : Chios, mais aussi Lesbos, Kos, Leros et Samos. Ces structures, imaginées pour centraliser l’enregistrement des arrivées et le traitement des demandes d’asile ont vite été submergées.

Peu à peu, Chios s’est transformée en une immense prison à ciel ouvert

Depuis 2014, plus d’un million de personnes ont risqué la traversée. En avril 2016, le deal passé entre l’Union européenne et la Turquie pour tenter d’endiguer le flux de réfugiés a eu des effets directs sur la situation des hotspots. Désormais, il n’est plus question pour les demandeurs d’asile de circuler librement en Grèce. Ils doivent rester sur l’île le temps de l’examen de leurs dossier. Une nouvelle loi de janvier 2020 a encore considérablement restreint les dérogations en cas de vulnérabilité, qui pouvaient auparavant donner un droit de circulation sur le continent. Peu à peu, Chios s’est transformée en une immense prison à ciel ouvert pour des migrants qui ne savaient souvent même pas vers où se dirigeait leur embarcation de fortune.

L’ONG norvégienne Aegan See Reports tente de centraliser les chiffres clés des afflux migratoires sur les îles grecques depuis 2015. Ceux-ci sont sans équivoque : jusqu’à avril 2019, on comptait moins de 1800 réfugiés sur l’île. Puis, le compteur explose à partir de l’été 2019. En mars 2020, plus de 6000 demandeurs d’asile sont bloqués sur Chios. Ce pourrissement de la situation exaspère les habitants, et inquiète certains élus.

Dimitris Antonoglou siège au conseil de la ville de Chios depuis un an sous l’étiquette Hiaki Sympolitia, un parti de gauche : « Notre situation concerne toute l’Europe. C’est l’ensemble du spectre politique en Grèce comme ailleurs qui se déplace vers la droite. » © Raphaël Goument.

Dimitris Antonoglou siège au conseil de la ville de Chios depuis un an sous l’étiquette Hiaki Sympolitia, un parti de gauche. Réellement inquiet, il hésite quant à la riposte à organiser. « Notre situation concerne toute l’Europe. On voit bien que c’est l’ensemble du spectre politique en Grèce comme ailleurs qui se déplace vers la droite. Les idées d’invasion, d’islamisation, font leur nid. Renaud Camus est devenu une référence en Grèce [3]. L’Union européenne croit avoir réglé ses problèmes en bloquant les réfugiés sur quelques îles. Mais c’est comme cacher la poussière sous le tapis, personne ne prend conscience de la taille du problème. » Pour l’élu grec, « il faut que l’Europe revienne à la réalité, tout ça c’est aussi la conséquence de sa politique ».

Raphael Goument

Ce reportage a été réalisé avant que le gouvernement grec décide des mesures de confinement des camps de demandeurs d’asile de la mer Égée, le 17 mars.

Photo de une : Un bateau des garde-côtes helléniques stationne dans la marina de Chios, arborant un drapeau « Frontex », l’agence de l’Union européenne chargée du contrôle et de la gestion des frontières extérieures de l’espace Schengen et dont les moyens ont été considérablement renforcés depuis le début de la crise migratoire. © Raphael Goument.

Source https://www.bastamag.net/Refugies-Grece-Turquie-Chios-Lesbos-coronavirus-Union-europeenne

Grèce : Décret d’urgence suspendant les procédures d’asile

Grèce : Le Parlement ratifie un décret d’urgence au milieu d’une critique de plus en plus vive

Le rapport spécial des Nations unies demande aux autorités grecques de prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la violence, aux abus et aux refoulements à la frontière gréco-turque. Le Parlement grec a ratifié le 26 mars dernier le décret d’urgence controversé suspendant les procédures d’asile. La commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures (LIBE) du Parlement européen demande l’évacuation de 42 000 personnes des îles grecques en raison de la COVID-19.

Le rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, Felipe González Morales, s’est dit préoccupé : « par les renvois signalés de demandeurs d’asile et de migrants, qui constituent une violation de l’interdiction des expulsions collectives et du principe de non-refoulement ». M. Morales a également été alarmé par les informations faisant état d’agressions et de violences contre les demandeurs d’asile de la part d’agents de sécurité grecs et d’hommes armés non identifiés, ainsi que par l’hostilité et la violence dont sont victimes les travailleurs humanitaires, les défenseurs des droits de l’homme et les journalistes dans le pays. Lorsque la Grèce a suspendu les procédures d’asile le 1er mars, le rapporteur a demandé une modification de la décision et a déclaré qu’elle n’avait : « aucune base juridique dans le droit international des droits de l’homme ». Membre du CERE, le Conseil grec pour les réfugiés a demandé le 23 mars devant le Conseil d’État l’annulation de la loi de suspension des demandes d’asile et a exhorté le président de la République à annuler cette loi et le Parlement grec à ne pas la ratifier.

Le Parlement grec a cependant voté le 26 mars pour approuver la suspension de l’accès aux procédures d’asile pour toute personne arrivant entre le 1er mars et le 31 mars avec la possibilité de prolonger la période. Commentant ce vote, Raphael Shilhav, conseiller en politique migratoire de l’UE d’Oxfam, a déclaré « Il s’agit d’une violation flagrante du droit communautaire et de la convention des Nations unies sur les réfugiés. Si la Grèce ne revient pas sur sa décision et ne rétablit pas pleinement l’État de droit, la Commission européenne doit prendre d’urgence des mesures à l’encontre de la Grèce pour cette grave violation des droits fondamentaux ». Les personnes qui arrivent en Grèce risquent d’être détenues et expulsées. 2 500 personnes ont été empêchées de demander l’asile depuis que la suspension a été introduite par un décret gouvernemental le 1er mars.

Selon le Guardian, la commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures du Parlement européen (LIBE) a demandé l’évacuation de 42 000 personnes sur les îles grecques comme mesure « préventive urgente » pour éviter les décès dus à COVID-19. Le même message a été lancé par des organisations de la société civile et des militants de toute l’Europe.

La commissaire aux affaires intérieures, Ylva Johansson, a déclaré qu’Athènes s’était opposée au déplacement des migrants vers la Grèce continentale, invoquant l’absence de cas de coronavirus dans les camps alors que la maladie se propage ailleurs en Grèce. La commissaire a suggéré que les personnes âgées, les malades et les autres personnes à haut risque d’infection pourraient être déplacées vers d’autres régions des îles grecques.

Source https://www.ecre.org/greece-parliament-ratifies-emergency-decree-amid-intensifying-critique/

 L’héritage de l’accord toxique UE-Turquie : Quatre ans plus tard

Déclaration UE-Turquie : « Stop The Toxic Deal » 18 mars 2020

Au cours de l’année écoulée, les îles de la mer Égée du Nord ont vécu de manière dramatique les derniers moments et les conséquences possibles de l’accord toxique entre l’UE et la Turquie. Environ 41 500 personnes se retrouvent aujourd’hui entassées dans des abris informels à l’intérieur, à l’extérieur et autour des cinq centres d’accueil et d’identification des îles de la mer Égée. Après plusieurs mois de protestations, les habitants ont affronté avec intensité pendant des jours la police anti-émeute contre la construction de nouveaux centres – un événement totalement nouveau dans l’histoire contemporaine des îles.

Il s’en est suivi des manipulations de la Turquie qui ont encouragé le franchissement des frontières par des milliers de réfugiés et intensifié le climat de pression insupportable pour les insulaires. Des groupes d’extrême droite soutenus par des néo-nazis du reste de l’Europe ont pris le contrôle, battu et terrorisé les citoyens, ceux qui soutenaient les réfugiés et le personnel des ONG. La peur fait désormais partie de la vie quotidienne.

« L’UE est coresponsable du fait que l’atmosphère sur les îles a changé. Au lieu de soutenir Lesvos et les autres îles, l’UE tolère que le gouvernement grec ait durci sa politique d’asile. Les réfugiés veulent se rendre en Europe. Mais l’Europe nous a laissés seuls, et cautionne la violation des droits de ces réfugiés, qui  sont devenus des ennemis. Et ce faisant, l’Europe accepte que notre société, ici en Grèce mais aussi dans d’autres pays européens, se radicalise par la xénophobie et le racisme ».

Le besoin impératif d’une approche politique fondamentalement différente de celle qui existe gagne du terrain parmi les sociétés locales en colère et épuisées. Mais vers quelle direction ?

Il est clair qu’avant les élections, le nouveau gouvernement a instrumentalisé la question des réfugiés comme quelque chose qui peut être résolu relativement facilement puisque, en tant que futur gouvernement, il mettra en œuvre des politiques généralisées de dissuasion, de durcissement et de découragement (en ce qui concerne les frontières, les conditions d’accueil, le cadre juridique et les procédures). Cependant, la question n’a pas été résolue et nous connaissons aujourd’hui une double impasse. D’une part, la Turquie négocie le prochain accord en utilisant comme monnaie d’échange les réfugiés et les migrants résidant temporairement sur son territoire. D’autre part, la Grèce a accepté le rôle de gardienne des frontières de l’UE et applique des mesures de plus en plus militaires et répressives aux frontières, transformant les îles en zones militaires à haut risque.

L’accord toxique UE-Turquie a été initialement présenté comme une réponse d’urgence et on a fait la propagande qu’avec sa mise en œuvre les morts en mer seraient réduites.

En réalité, l’accord UE-Turquie a utilisé la peur comme un outil qui a stimulé le racisme et la xénophobie, a créé une zone où les droits de l’homme ne s’appliquent pas et a donné de l’argent et de l’influence à la Turquie. Erdogan utilisant cette influence qui lui a été donnée, fait aujourd’hui pression sur l’UE afin d’éloigner les réfugiés de l’Europe. C’est en soi cynique, et bien plus encore si l’on pense au rôle de la Turquie dans le conflit syrien et les opérations militaires qui ont conduit de nombreuses personnes à chercher une protection. Ou si l’on pense que l’accord exigeait que la Turquie soit considérée comme un pays tiers sûr alors que, surtout après l’échec du coup d’État, elle a violé les droits de l’homme fondamentaux à l’intérieur de son territoire.

Nous avons constamment affirmé au cours des quatre dernières années que l’héritage de l’accord UE-Turquie, actuellement non fonctionnel et toxique, nous laisse avec :

Un manque de confiance significatif des citoyens dans les décisions du gouvernement et un virage profond vers un conservatisme à caractère xénophobe dans les sociétés locales, épuisées après quatre années de pression continue des conséquences établies de l’accord toxique. Les résultats d’une recherche menée en février 2020 montrent que les îles de la mer Égée orientale sont passées d’îles de solidarité et d’humanité à des zones où la question des réfugiés semble être le problème le plus important pour la population locale dans un pourcentage de 79 % . Ce pourcentage est plus du double par rapport aux autres sujets. La conviction que la situation générale dans les îles évolue dans la mauvaise direction a reçu 81 % des réponses. 90 % ont répondu que les îles ont été affectées négativement par la gestion de la question des réfugiés. 91 % ont répondu que l’UE avait une contribution négative. 87 % ont répondu la même chose au sujet du gouvernement grec ; 70 % pour les Nations Unies et 77 % pour les ONG.

Source https://rsaegean.org/en/the-inheritance-of-the-toxic-eu-turkey-deal-four-years-later/

Un nuage néo-fasciste plane au-dessus des frontières entre la Grèce et la Turquie

Chronologie de la situation aux frontières 12 mars par Eva Betavatzi Militante au CADTM Bruxelles

 

L’école One happy family accueillant des personnes migrantes à Lesbos. L’incendie a été provoqué par un groupe néo-fasciste.

 

L’Europe vit une période sombre, la situation aux frontières entre la Grèce et la Turquie en atteste. Les discours se multiplient et l’heure est à la confusion. Chacun.e apporte « son soutien » à l’une ou l’autre partie « victime », tantôt de la dictature d’Erdogan, tantôt d’une prétendue « invasion » de personnes migrantes, tantôt d’une folie humaine déjà installée depuis bien trop longtemps. Une folie humaine qui est restée dans l’ombre des préoccupations grâce à un gros chèque que l’Union européenne s’est accordée à verser à Erdogan. Six milliards d’euros, c’est le montant reçu par la Turquie à la suite de l’accord signé entre son État et l’UE en 2016. Six milliards d’euros, c’est le prix que l’Europe de « l’Union » a payé pour son incapacité à exprimer son refus « d’accueillir » des personnes en exil. Des personnes qui fuient les nombreuses guerres et conflits qui sévissent dans leur pays, résultat de l’impérialisme des puissants (Trump, Assad, Poutine pour ne nommer que quelques-uns des grands responsables de ces tragédies). Six milliards d’euros c’est bien plus que ce que l’UE n’aurait accepté de rembourser à la Grèce sur les intérêts de sa dette. Dépenser pour refouler des personnes extrêmement vulnérables, oui, annuler la dette illégitime de la Grèce pour éviter le massacre social, non. On ne peut plus clairement résumer les politiques de l’UE.

  Sommaire
  • Janvier 2020 – le gouvernement grec annonce ses premières intentions
  • Début février 2020 – montée des attaques néo-fascistes
  • Fin février 2020 – des affrontements proches d’un début de pré-guerre civile
  • Mars 2020 – les violences politiques et physiques conduisent à la mort de personnes (…)
  • La question migratoire est loin d’être le seul enjeu

Nulle question de « place disponible à l’accueil », nulle question « d’origine », que ces personnes migrantes viennent de Syrie, de Palestine, d’Irak, d’Afghanistan ou d’ailleurs peu importe, il s’agit de créer une Europe de l’investissement vide de sens et pleine d’argent, vide de gens et pleine de morts.

Les mots ne sont pas encore assez durs et la colère est légitime.

La Grèce est devenue aujourd’hui un territoire de toutes les batailles. Des personnes tentent de sauver ce qu’il reste de notre humanité, en sauvant des vies aux larges des côtes grecques et turques tandis que d’autres se lancent dans une croisade contre l’« étranger » et ses « allié.e.s ». La police anti-émeute grecque (MAT), chargée de canons à eau, de grenades assourdissantes et de gaz lacrymogènes, avait été envoyée par bateaux par ordre du gouvernement à la fin février sur les îles de la mer Egée contre la population locale en colère d’apprendre la réquisition par le gouvernement de leurs petites propriétés (terrains) pour la construction de nouveaux centres fermés. Ce même gouvernement avait annoncé quelques jours plus tôt son plan en trois points : construire de nouveaux centres fermés pour 20.000 demandeurs et demandeuses d’asile (alors que les camps comptent au total plus de 40.000 personnes aujourd’hui), renforcer les frontières physiques, refuser presque automatiquement les potentielles nouvelles demandes d’asile. S’en sont suivies des images de guerre civile – des affrontements violents ont éclatés entre la population et les autorités locales et la police de l’État – qui laissaient présager le pire.

Photo issue d’une vidéo qui a été mise en circulation par une militante sur les réseaux sociaux

 

Les partis néo-fascistes d’Europe n’ont pas manqué d’y voir une opportunité à leur propagande raciste et hypocrite. Le 10 mars dernier, le parti flamand Vlaams Belang organisait un rassemblement devant l’ambassade de Turquie à Bruxelles pour soutenir les grec.que.s qui « résistent avec vigueur » au « déboulement » des milliers de personnes migrantes envoyées par le « dictateur turc Erdogan ». Il se vantait d’être le seul parti « solidaire au peuple grec » ! Ce discours écœurant a été lu sur les réseaux sociaux par au moins des centaines de sympathisant.e.s dont des grec.que.s qui remerciaient le Vlaams Belang de son soutien au pays ! À l’heure où le peuple grec luttait pour sa survie contre les mesures d’austérité imposées par la Troïka, le Vlaams Belang tenait un discours radicalement opposé.

Les clarifications qui suivent ne sont certainement pas adressées aux sympathisant.e.s de ce parti fasciste, mais elles nous ont semblé utiles car l’heure est à la confusion et au choc. Les déclarations officielles des États se contredisent et les médias relaient leur propagande au service du pouvoir qu’ils défendent. La confusion est également créée de toute pièce par l’assemblage de mots tels que « invasion », « attaque programmée », « protection des frontières », et en criminalisant les principales victimes de cette situation dramatique, les personnes migrantes. La liste des évènements cités plus bas n’est pas exhaustive et ne prétend pas l’être, elle reprend dans les grandes lignes ce qu’il se passe en Grèce depuis le début de l’année. Le silence médiatique en Europe occidentale est aberrant.

 Janvier 2020 – le gouvernement grec annonce ses premières intentions

La Grèce veut ériger une frontière flottante sur la mer pour limiter l’arrivée des personnes migrantes. Le 29 janvier, le Ministère de la Défense lance un appel d’offre (notez bien la marchandisation de la crise) pour installer un mur flottant en mer Égée pour un budget estimé à 500.000 euros. Ce montant est tout aussi ridicule que l’étendue du projet (voir carte plus bas). Il s’agit bien d’annoncer la couleur : la crise sera privatisée et bénéficiera à certains entrepreneurs.

Sur cette photo, vous pouvez voir la taille réelle d’un barrage de 2 700 mètres par rapport à l’île de Lesbos”, écrit Chios News. Crédit : Google Maps / ChiosNews.com [1]

 Début février 2020 – montée des attaques néo-fascistes

Aube Dorée s’attaque aux ONG et aux personnes migrantes sur les îles du Nord-Est de la mer Égée. Un groupe de jeunes cagoulés armés de bâtons entrent de force de maison en maison pour vérifier la présence de personnes migrantes ou solidaires. Une maison abandonnée, souvent occupée par des demandeurs et demandeuses d’asile, est incendiée le 4 février. Heureusement les trois occupant.e.s ont pu partir à temps.

Des étudiant.e.s de Lesbos organisent une manifestation antifasciste dans le chef-lieu de l’île et sont ensuite attaqué.e.s dans un café par des personnes portant des casques et armées de battes.

Le 10 février, le porte-parole du gouvernement Stelios Petsas annonce la publication d’une loi autorisant le ministère de l’immigration et de l’asile à réquisitionner des propriétés et des terrains « pour des raisons d’intérêt public et de gestion de crise », le but étant de construire de nouveaux centres fermés à Lesbos, Chios, Samos, Leros et Kos d’ici l’été. Les autorités locales de Lesbos et Chios réagissent en voulant d’abord imposer des contre-mesures puis en coupant le dialogue avec Athènes.

 Fin février 2020 – des affrontements proches d’un début de pré-guerre civile

Le 24 février, des affrontements entre la police anti-émeute et les habitant.e.s et autorités locales de Chios et Lesbos éclatent et durent plusieurs jours. Gaz lacrymogènes et grenades explosives sont tirés par la police anti-émeute alors que les résident.e.s des îles lancent des pierres et parfois des cocktails molotovs. Beaucoup de personnes âgées se trouvent parmi elleux, femmes et hommes, ainsi que des popes (prêtres orthodoxe grecs).

La colère des habitant.e.s s’exprime pour plusieurs raisons. D’un côté, iels refusent l’expropriation de leurs terrains pour la construction de nouveaux centres fermés. Ensuite iels sont opposé.e.s à la construction de nouveaux centres, les centres existants étant déjà insalubres, surpeuplés, inhumains même, rien de surprenant à s’y opposer. Mais là encore il y a différentes réalités, certain.e.s s’opposent à l’accueil des personnes migrantes tout court, alors que d’autres s’opposent aux centres fermés comme solution d’accueil et demande à ce que les frontières ouvrent et que chacun.e puisse aller où iel veut. Enfin, certain.e.s dénoncent le fait que le gouvernement leur impose la « charge » de l’accueil et refuse de mieux la répartir sur l’ensemble du territoire. Ce que l’Union européenne fait à la Grèce, le gouvernement grec le fait à l’intérieur du pays : repousser les migrant.e.s aux frontières. Les habitant.e.s de Chios, Lesbos, Samos, Leros et Kos se sentent abandonné.e.s par le pouvoir central. Il y a aussi le fait que les économies de ces îles sont largement basées sur le tourisme et que les habitant.e.s craignent une baisse d’attractivité touristique. Pour toutes ces raisons il serait absolument erroné de penser que les habitant.e.s qui affrontent la police anti-émeute envoyée par le gouvernement central soient racistes et qu’iels agissent de la sorte pour cette seule raison, si elle en est une.

Stelios Petsas, le porte-parole du gouvernement, tente une réponse aux accusations des habitant.e.s des îles du Nord-est de la mer Égée qui dénoncent l’autoritarisme du gouvernement central et son refus de construire des centres fermés pour personnes migrantes à l’intérieur du territoire de la Grèce continentale en prétendant que le gouvernement grec serait contraint de planifier ces centres sur des îles à cause des dangers du coronavirus.

Pendant ce temps, les violences policières ne font qu’accroître la colère de la population locale, qui a organisé une grève générale les 25 et 26 février soutenue par une grande majorité d’habitant.e.s. La forêt de Diavolorema située sur l’île de Chios prend feu à cause de fusées éclairantes lancées par la police selon des témoignages de personnes se trouvant sur place. Six autres incendies sont déclarés sur les îles de Chios et Lesvos.

Le même jour à Chios, des policiers anti-émeutes sont « victimes » d’une attaque dans leur hôtel par des groupes de personnes. Six policiers sont blessés, 12 personnes arrêtées. À Lesbos, la situation est loin d’être calme, 46 policiers blessés et menacés par des groupes armés de fusils selon le quotidien Ethnos et divers quotidiens locaux. Une centaine de véhicules auraient été détruits par la police selon le quotidien ERT.

Pendant ce temps, des bulldozers envoyés eux aussi par le gouvernement grec tentent de commencer le terrassement pour l’installation des nouveaux centres fermés mais sont bloqués par des groupes d’habitant.e.s qui s’opposent à la construction de ces nouveaux centres.

Les syndicats de police finissent par demander que les forces déployées sur Lesbos et Chios soient évacuées. C’est à partir de jeudi 27 février que les policiers et tout l’attirail qui les accompagnait, machines et autres équipements, commencent à quitter les îles, embarqués par des ferrys en service spécial.

En Grèce continentale, la tension monte, notamment à Evros, à la frontière dite terrestre entre la Grèce et la Turquie. Des personnes en grand nombre tentent de passer la frontière ayant entendu qu’elles seraient ouvertes. Des familles, enfants, femmes et hommes se retrouvent finalement coincées dans la zone tampon, ni turque, ni grecque, et sont attaquées par les forces de police grecques qui n’hésitent pas à envoyer entre autres des gaz lacrymogènes sur la foule. Des habitants de la région viennent en renfort contre « l’arrivée » de personnes en plein exil, épuisées et sans autre alternative, certains à l’aide de leurs tracteurs ou autres outils.

Au même moment, des navires de Frontex, des gardes-côtes grecs et des hélicoptères des forces armées augmentent leurs patrouilles pour arrêter des personnes migrantes.

Le 29 février, 17 personnes migrantes sont arrêtées pour avoir tenté de traverser le frontière qui sépare la Turquie et la Grèce, et sont condamnées à trois ans et demi de prison alors que cela est illégal. Des dizaines d’autres arrestations ont lieu le même jour et plus tard.

Les porte-paroles grec et turc font des déclarations à tour de rôle. Omer Celik, le porte-parole du gouvernement turc accuse l’Europe de ne pas avoir respecté l’accord signé en 2016, tandis que le Ministre turc des affaires étrangères met en lien la situation à Idlib (frontière turco-syrienne) avec l’arrivée de personnes migrantes en Grèce. Il est assez évident que la Turquie dispose d’un levier important pour faire du chantage à l’Union européenne.

Charles Michel, président du Conseil européen, s’exprime quant à lui en faveur du renforcement des frontières de l’UE, faisant référence aux frontières grecques et bulgares. Merkel se prononce positivement à la demande d’Erdogan de recevoir plus d’argent de la part de l’UE mais de nombreux dirigeants européens n’y sont pas favorables. La question de comment répondre aux pressions d’Erdogan et de son gouvernement ne font pas l’unanimité en Europe.

 Mars 2020 – les violences politiques et physiques conduisent à la mort de personnes migrantes

Le ton monte entre les gouvernements grecs et turcs. Stelios Petsas accuse la Turquie de « trafiquant » et prononce un discours qui alimente la haine nationaliste et xénophobe, déjà bien installée. C’est sur ce ton que le gouvernement grec annonce le renforcement de ses interventions aux frontières et sa décision de suspendre l’asile pendant une période d’un mois (ou d’un an selon les sources), ce qui est interdit en vertu du droit d’asile international. L’article 78.3 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne est invoqué pour justifier cette décision.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, exprime son soutien total à la Grèce et à la Bulgarie et remercie la Grèce d’être « le bouclier de l’Europe en ces temps difficiles ». Elle assume donc de laisser mourir – voire de tuer activement – de nombreuses personnes (tout en alimentant les raisons de leur migration par ailleurs), et utilise un langage guerrier pour des hommes, femmes et enfants en exil. Elle promet 350 millions d’euros à la Grèce alors que la chancelière allemande Angela Merkel décide finalement de donner 32 millions d’euros à la Turquie pour « empêcher les migrations incontrôlées » (sic). Un hélicoptère et 20 policiers allemands sont également envoyés en Grèce pour renforcer Frontex. La présidente de la Commission européenne finit par demander à la Turquie de repousser les personnes migrantes loin de la frontière grecque. On ne peut passer à côté de l’hypocrisie qui caractérise les discours des dirigeants européens pour « résoudre » cette grave crise de l’accueil puisque leurs choix montrent au contraire qu’il n’est pas question de résoudre quoi que ce soit. Cette « crise » ne sera pas « résolue » de sitôt.

L’ONU quant à elle se contente de rappeler que la Grèce n’a pas le droit de refuser une demande d’asile.

Il y a pire, ce 2 mars, l’armée grecque a fait usage de vraies munitions le long de la rivière d’Evros. Des attaques violentes sont perpétrées par des milices – encouragées par cette violence d’État raciste – contre des bateaux de personnes migrantes, elles sont repoussées et mises en danger, tandis que des journalistes et des personnes solidaires sont attaquées. Des centres d’accueil désertés par les ONG, sont brûlés par des fascistes grecs et étrangers. En effet des groupes fascistes allemands et autrichiens tentent de se faire passer pour des reporters, mais sont vite démasqués par la population locale qui n’a pas manqué d’exprimer son mécontentement radical à leur présence. Le mouvement « Identitäre Bewegung Deutschland » était notamment présent.

Le même jour, un petit garçon est retrouvé mort au large de Lesbos après le naufrage de l’embarcation où il se trouvait. Le bateau aurait été renversé par les personnes à bord pour déclencher une opération de sauvetage selon les garde-côtes grecs. Les garde-côtes prétendent ce qu’ils veulent, il n’en reste pas moins qu’il est de la responsabilité des gouvernements grec et européens de protéger ces personnes vulnérables plutôt que de les inciter à prendre le risque de se noyer pour être secourues.

Les demandeurs et demandeuses d’asile à Moria se retrouvent dans des conditions toujours plus sordides.

Muhammad Al Arab, 22 ans, réfugié syrien, est tué par le feu à la frontière terrestre avec la Turquie. Le groupe d’investigation Forensic Architecture, connu notamment pour ses très sérieuses enquêtes sur les morts de Pavlos Fyssas et Zak Kostopoulos, démontre que Muhammad Al-Arab est touché par une balle provenant des forces de l’ordre grec. Ce qui est immédiatement démenti par le porte-parole du gouvernement dénonçant qu’il s’agit d’une propagande turque. Quelques médias internationaux reprennent l’information mais les médias locaux ont tous opté pour le silence.

Et puis, il y a quelques jours, on apprend le décès tragique de Muhammad Gulzar, deuxième victime des gardes-frontières grecs. Il a été tué à la frontière d’Evros, atteint lui aussi par une balle des autorités grecques.

De leur côté, 75 ONG appellent les dirigeants de l’UE à réagir face à la situation. En attendant, des personnes continuent de se noyer dans la mer Égée, des corps sont retrouvés déshydratés, gelés et/ou méconnaissables, alors que d’autres meurent dans les camps de la honte de l’UE et dans les prisons européennes hors de l’Europe.

Le 2 mars encore, des garde-côtes grecs sont filmés alors qu’ils tiraient sur des bateaux transportant des personnes migrantes. Le lendemain, plusieurs ONG annoncent la suspension de leurs activités en réaction aux nombreuses attaques fascistes dont elles sont victimes.

Quelques jours plus tard, des mobilisations importantes sont organisées à Athènes et dans d’autres villes grecques contre la montée de la xénophobie et de la haine. L’ouverture des frontières et la solidarité avec les réfugiés étaient leurs principales revendications.

Á la vue des réactions vives de toutes parts, le gouvernement grec s’enfonce encore plus dans sa politique de haine en proposant que des camps fermés soient construits, non pas sur les 5 îles évoquées plus haut, mais sur des îles désertes. Cela renvoie aux pages les plus noires de l’histoire de la Grèce et notamment aux camps de concentration qui avaient été mis en place pour les résistant.e.s pendant et après la guerre civile et lors de la dictature des colonels.

Le 8 mars, « One happy family », une école pour personnes réfugiées et migrantes sans distinction, située à Lesbos, est incendiée par un groupe néo-fasciste. Elle se trouvait entre les camps de Kara Tepe et Moria. C’était un lieu où des repas étaient servis et où des cours de langue étaient donnés.

Depuis juillet 2019, les personnes demandeuses d’asile, ainsi que les enfants dont les parents sont en situation jugée « irrégulière » par l’État, n’ont plus accès au système de santé public. Malgré cela, le gouvernement a annoncé l’expulsion ce 13 mars du plus grand dispensaire social grec Helliniko qui a déjà soigné gratuitement et sans sélection des milliers de patient.e.s. L’expulsion est programmée pour permettre au promoteur Lambda Development d’exploiter ce terrain et d’y construire des tours. Nous nous opposons radicalement à cette expulsion. Jeudi 12 mars, un rassemblement devant le consulat grec à Bruxelles est prévu pour réclamer l’annulation de l’expulsion de ce dispensaire social.

Par ailleurs, le procès contre Aube Dorée devrait toucher à sa fin prochainement mais la procureure de la République, Adamantia Oikonomou, ne serait pas en faveur de reconnaître le parti néo-nazi comme une organisation criminelle. Si Aube Dorée échappe à cette accusation, ce serait extrêmement grave dans le contexte actuel car le parti bénéficierait d’un remboursement de quelques millions d’euros, de l’argent bloqué le temps du procès. Le retour du parti néo-nazi, dans le contexte actuel et avec tous ces moyens, pourrait être un coup fatal à ce qui reste de démocratie dans le pays.

 La question migratoire est loin d’être le seul enjeu

Il serait faux de voir derrière cette situation tragique l’unique retour en force des extrêmes droites et du fascisme en général. Cette crise en cache malheureusement bien d’autres : sociales, économiques et géostratégiques.

L’enseignement, la santé, le logement sont des droits fondamentaux dont une grande partie de la population grecque est toujours privées aujourd’hui – ainsi que leurs voisin.e.s turc.que.s. Les pensions, les salaires et les aides sociales (pour ce qu’il en reste) sont trop bas alors que le coût de la vie augmente. Le gouvernement grec profite de la situation aux frontières pour garder sous silence l’ampleur de la crise sociale et sa propre incapacité et son manque de volonté à la résoudre. Il décide de pointer du doigt les personnes migrantes comme tant de gouvernements le font ailleurs.

D’un autre côté, la Grèce veut relancer un accord militaire avec les USA et renforcer sa coopération avec la France pour s’assurer un soutien contre la Turquie qui, par son accord signé avec la Libye (qui ignore l’existence du territoire grec entre les deux pays), montre qu’elle n’en a que faire de ses frontières avec la Grèce et Chypre. Le gouvernement turc est en effet trop préoccupé de trouver un moyen de tirer profit du gaz naturel et des réserves de pétrole qui se trouvent dans les territoires maritimes chypriotes (dans la partie Sud) au même titre que les compagnies italiennes et françaises qui sont déjà là (ENI et Total entre autres).

Au travers des quelques éléments relatés dans cette brève chronologie apparaît au grand jour le rôle des gouvernements d’Erdogan et de Mitsotakis qui utilisent tous deux cette situation pour attiser la haine de l’étranger. Cela leur permet de créer un effet de choc. Il ne serait pas surprenant de voir après ça l’État grec exiger des mesures économiques encore plus catastrophiques pour la population. Il y a encore trop de résistances en Grèce, et les investisseurs en sont très probablement encore préoccupés. D’un autre côté c’est le rôle réel de l’Union européenne qui, nous l’espérons, est une nouvelle fois rendu plus apparent. En effet, ce sont les multinationales des pays centraux de l’Union qui profitent le plus de cette situation de crise continue (la preuve en est l‘exploitation du gaz naturel et l’achat de la plupart des aéroports de Grèce par des compagnies allemandes), alors que les dirigeants européens se contentent de prononcer des discours d’une mollesse et d’une hypocrisie sans pareil malgré les conséquences meurtrières.

Les personnes migrantes apparaissent elles comme des « pions » sur l’échiquier politique de tous ces dirigeants qui n’en ont que faire des vies humaines. Il s’agit d’installer un rapport de forces entre un pays faible qui n’a qu’un semblant d’appartenance à une Union qui ne cesse de l’ignorer, en réalité de le noyer, et une puissance mondiale, faible elle aussi mais pour d’autres raisons, qui profite du contexte de crise à ses frontières pour étendre son hégémonie. Les deux gouvernements, grec et turc, sont tous deux des gouvernements d’extrême droite. Nous nous opposons fermement à leurs lignes politiques qu’elles soient économiques, sociales, militaires ou géostratégiques. Ce que nous exigeons ce sont des frontières ouvertes, que les personnes migrantes passent sur le continent et que de là elles aillent où elles veulent ! Des milliers de vies humaines sont détruites à cause de rapports de pouvoir entre puissances impérialistes, mais aussi à cause d’une volonté de préserver à tout prix des rapports de domination et de hiérarchisation tant entre territoires qu’au sein même de nos sociétés. Il est plus que temps d’arrêter de se tromper d’ennemi. Il faut un cessez-le-feu durable, général et inconditionné car pendant ce temps, les massacres, bombardements et gazage de la population syrienne continuent. En attendant, le droit d’asile doit être respecté à tout prix avec des points d’accueil et de soins humains. Enfin, rappelons que le droit d’asile moderne est né du « plus jamais ça » après le génocide nazi.

Merci à Loïc Decamp, Jérémie Cravatte, Renaud Duterme et Gilles Grégoire pour leurs relectures et suggestions précieuses.


Quelques sources :

Grèce : les réfugiéEs otages des fauteurs de guerre et des nationalismes

Les événements en cours aux frontières gréco-turques sont très inquiétants. Suite à la fermeture des frontières décrétée par le Premier ministre grec Mitsotakis, applaudi par l’Union européenne, ceux qui tentent le passage en Grèce sont violemment repoussés (au moins un mort, peut-être suite à un tir grec, et un enfant noyé sous les yeux des garde-côtes).

Parallèlement, des mesures extrémistes sont prises contre les réfugiéEs : suspension pour un mois des procédures d’examen du droit à l’asile, décision de renvoyer dans le « pays de provenance » touTEs les migrantEs arrivés ces derniers jours et sans titre de réfugié, avec construction de deux camps spécifiques près d’aéroports. Ce dimanche, annonce de l’arrêt du versement d’une aide financière aux réfugiéEs, et le projet de centres fermés sur des îles désertes a vu le jour…

Si l’armée et la police sont en action pour « défendre les frontières » face à ce que des ministres d’extrême droite nomment « l’invasion des immigrés clandestins », le climat nationaliste et raciste a aussi permis que s’organisent des patrouilles de pseudo garde-frontières sur les îles et le long du fleuve Evros, épaulés par des nervis fascistes grecs et étrangers frappant migrantEs et personnes solidaires, ou incendiant des lieux pour réfugiéEs. Des nazis allemands revendiquant les massacres d’Hitler contre la population grecque sont protégés par la police contre les antifascistes. Résultat du climat d’hystérie nationaliste encouragé par les médias dominants, deux sondages indiquent que 90 % des Grecs approuvent la ligne dure du gouvernement.

Climat malsain et contradictions à droite 

On connaît les deux causes de cette flambée, sur fond d’Europe forteresse : la décision machiavélique d’Erdogan de suspendre l’infâme traité de 2016 avec l’UE visant à enfermer 3 à 4 millions de réfugiéEs en Turquie, et l’exaspération des réfugiéEs enfermés dans des camps surpeuplés et insalubres de quelques îles grecques (plus de 20 000 à Moria–Lesbos, pour 3 000 places) ainsi que des habitants de ces îles où le gouvernement souhaite maintenir ces réfugiéEs, avec comme projet des camps fermés en pleine île, plutôt que laisser les réfugiéEs rejoindre le continent. Ces derniers mois, la colère insulaire est montée, avec des exigences de transferts vers le continent et le refus des camps fermés. Une situation confuse en a résulté, propice à des infiltrations fascistes avec attaques de réfugiéEs et d’ONG. Mais on voit aussi des tentatives de revendications communes aux insulaires et aux réfugiéEs. D’où des contradictions à droite, le président de la région s’opposant au gouvernement qui a envoyé les CRS à Lesbos matraquer tout le monde… et se faire repousser. Dans cette situation très tendue, la gauche débat de la nécessité d’aller ou pas aux rassemblements insulaires : une bonne partie pense que oui, justement pour lutter contre le racisme impulsé par des fascistes minoritaires sur une île aux traditions démocratiques comme Lesbos.

Riposte antiraciste européenne !

L’actuel climat nauséabond commence à faire réagir : même à droite, certains s’inquiètent de voir Mitsotakis laisser agir les fascistes locaux et européens ainsi que les milices (dimanche, un de ces guignols aurait tiré sur un policier pris pour un migrant !). Un appel de 66 ONG est paru, dénonçant les mesures illégales, exigeant le respect des droits des réfugiéEs, la protection des personnes solidaires et la libre installation en Europe. Et, alors que la direction de Syriza demande le retour à l’accord de 2016, la gauche anticapitaliste a lancé un début de riposte nationale, avec jeudi une grosse manifestation à Athènes (pas loin de 10 000), et des défilés dans huit autres villes du pays, avec un appel de la jeunesse de Syriza à se mobiliser. L’exigence capitale, c’est celle de l’ouverture immédiate des frontières européennes, qui doit être un objectif prioritaire pour toute la gauche européenne. Et qui pourrait se traduire, pour les municipales en France, par la revendication « Installation immédiate de réfugiéEs dans la commune » ?

À Athènes, A. Sartzekis

Source https://npa2009.org/actualite/international/grece-les-refugiees-otages-des-fauteurs-de-guerre-et-des-nationalismes

Réfugiés en Grèce : l’île de Lesbos au bord de l’explosion

par Antoine Besson

Pris en étau entre le régime autoritaire Turc et la gouvernement de droite grec, les réfugiés coincés dans le camp de Moria sur l’île de Lesbos sont totalement abandonnés par les pays de l’Union européenne. 21 000 personnes s’y entassent, sans nourriture et sans chauffage.

Des « check points » sont improvisés sur les routes par des militants d’extrême droite, des étrangers sont attaqués, les voitures de location visées. Depuis quelques jours, l’île grecque de Lesbos (86 000 habitants), à quelques encablures des côtes turques et « hotspot » d’arrivée de réfugiés par la Turquie, connait une tension et des violences inédites. Que les annonces d’Erdogan sur l’ouverture des frontières turques ne devraient pas contribuer à calmer. Le gouvernement grec vient d’annoncer qu’il suspendait toutes les procédures de demande d’asile.

« Cela a commencé il y a environ un mois, avec un appel du gouverneur régional [Kostas Moutzouris] à une grève générale », raconte Lorraine Leete, coordinatrice du « Legal Centre Lesvos », une petite ONG basée à Mytilene, la capitale de l’île. Le mot d’ordre de la grève : “We want our islands back, we want our lives back” (« Nous voulons retrouver nos îles, nous voulons retrouver nos vies »). Des messages anti-migrants alors que l’île est en surchauffe.

Sur-concentration de 21 000 personnes dans le camp de Moria

Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement conservateur en juillet dernier, les transferts de migrants et réfugiés vers Athènes ont subi un coup d’arrêt. Dans le même temps, les arrivées ont recommencé à augmenter en 2019. Elles risquent de s’accélérer avec la fuite des populations civiles coincées dans la poche d’Idlib, en Syrie, prises en étau entre l’armée de Bachar al-Assad soutenue par la Russie, les factions rebelles et l’armée turque. Résultat : plus de 21 000 personnes s’entassent aujourd’hui dans le camp de Moria, conçu à l’origine pour accueillir 3000 réfugiés maximum !

Les conditions de vie y sont plus épouvantables que jamais, et la tension monte depuis des mois. « Il y a eu une escalade. Des gens ont coupé des arbres, parce qu’ils avaient besoin de se chauffer. Il y a eu aussi des vols de moutons, parce qu’ils n’avaient rien à manger. Il faut remettre ça dans un contexte où on a, côte à côte, un petit village de 1000 habitants et un camp insalubre de 21 000 personnes, qui n’ont rien », explique Lorraine Leete.

Un gouvernement conservateur qui ferme les routes de l’asile et veut construire un camp fermé

Forts du succès de la grève générale, les mouvements d’extrême droite continuent depuis les attaques sporadiques, visant les migrants et ceux qui les aident. En parallèle, les réfugiés tentent également de s’organiser. Afghans ou Syriens, ils demandent des solutions pour arrêter de s’entasser sur l’ile. Problème : depuis janvier, une nouvelle loi sur l’asile rend pratiquement impossible leur régularisation. Le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis (Nouvelle démocratie, droite) entend appliquer strictement l’accord entre l’Europe et Ankara. Il refuse de laisser les demandeurs d’asile rejoindre le continent, et déporte tous ceux dont la demande est rejetée.

Le gouvernement grec envisage la construction d’un centre fermé sur Lesbos, pour faciliter ces expulsions. Un nouveau camp auquel l’extrême droite grecque comme les migrants se sont opposés brutalement. En début de semaine, les forces de police envoyées pour protéger le chantier ont dû faire face à des émeutes des deux groupes. La base militaire dans laquelle les policiers étaient hébergés à été attaquée de nuit, précipitant le départ de la plupart des unités.

Des bateaux empêchés d’accoster

L’alliance entre les deux camps n’aura évidemment pas duré. Certains habitants empêchent les bateaux de migrants d’accoster. Des Syriens venus aider les naufragés se seraient fait attaquer. La route entre le nord de l’île et le camp de Moria a été bloquée. Des tentes d’un camp temporaire ont été détruites. La police n’interviendrait que très peu pour stopper ces violences.

« L’ambiance est très tendue sur l’île. Des attaques continuent, il y a des routes bloquées, des journalistes et des migrants ont été tabassés. Il suffit d’avoir un autocollant d’une ONG sur une voiture pour que les vitres soient brisées. À côté de ça, d’autres habitants vont, au contraire, exprimer leur solidarité avec les réfugiés », commente Lorraine Leete. Un journaliste allemand, Michael Trammer, a été agressé et blessé par des militants d’extrême droite, qui tentaient de s’opposer à l’accostage d’une embarcation en détresse.

L’annonce d’Erdogan d’ouvrir la frontière turque ne pourra que faire monter les tensions. L’armée grecque a annoncé la tenue d’exercices militaires et a prévenu qu’elle ouvrirait le feu à balles réelles… De l’avis de tous, les migrants ne peuvent et ne doivent pas rester entassés sur les îles. Aux gouvernements, en Grèce et ailleurs en Europe, d’ouvrir d’autres voies.

Source https://www.bastamag.net/Grece-Turquie-refugies-Lesbos-extreme-droite-Idlib-Syrie

Un adieu à notre ami Muhamad Gulzar, tué à la frontière d’Evros

La rumeur d’un deuxième réfugié tué aux frontières, s’est répandue il y a trois jours. Comment imaginer qu’il puisse s’agir de notre ami ? Comment cela a-t-il pu se produire ? Et hier les premiers messages. Sa femme, apparaissant dans un reportage de Sky News. Une prise lointaine, à l’extérieur de l’hôpital, en pleurs et en deuil. C’est par elle que nous avons appris que Muhamad a franchi une nouvelle fois les frontières, cette fois-ci de la Grèce à la Turquie et de nouveau au Pakistan. Pour l’emmener et être ensemble.

Mercredi dernier, dans la matinée, notre ami Muhamad, notre Muhamad de la chambre 611, a été abattu simplement parce qu’il était un migrant. Un homme en lutte, un innocent, déclaré « ennemi » et « envahisseur » de l’Europe. Un civil abattu comme un animal sauvage.

La balle est sortie d’un pistolet du côté grec, … était-ce la police des frontières, une milice, un volontaire fasciste grec ou étranger ou était-ce un jeune soldat à qui le gouvernement avait ordonné d’utiliser des  » balles réelles  » ?

Le gouvernement a dit que c’était des fausses nouvelles et de la propagande turque. La veille, le commissaire européen a déclaré que le gouvernement grec faisait ce qu’il fallait, il agit comme un « bouclier de l’Europe ».

Nous, amis de Muhamad Gulzar, qui l’avons rencontré dans l’hôtel squatté City Plaza à Athènes il y a trois ans, nous disons que notre frère a été assassiné. Nous ne pouvons pas trouver le véritable meurtrier, mais nous savons qui est responsable. Nous ne pouvons pas savoir qui portait l’arme, mais nous savons que Mohammed a été tué par une balle tirée d’un fusil, qui pointait une fois en l’air et une autre fois vers les gens qui couraient, dans une chasse à l’homme honteuse aux frontières de l’Europe en 2020.

Muhamad, pour toi, pour ta femme et ta famille, pour nous tous et pour les enfants qui vont naître. Pour tous les peuples, quelles que soient leur nationalité, leur couleur de peau et leur religion, nous disons que nous allons lutter davantage et que nous allons nous battre plus durement. Nous vaincrons la barbarie qui se répand si vite dans le monde. Et nous nous souviendrons de vous en train de courir librement au-delà des frontières sanglantes. En Grèce, en Turquie, en Europe et partout dans le monde, partout où les gens luttent pour une vie meilleure, sans guerre et sans racisme, sans oppression et sans humiliation des peuples.

Vos amis et camarades de l’ancien squat City Plaza, à Athènes !

Lettre au président de la République sur la situation à la frontière gréco-turque

Lettre ouverte de plusieurs organisations associatives et syndicales

à l’attention du Président de la République

Objet : Situation à la frontière entre la Grèce et la Turquie

Paris, le 4 mars 2020

Monsieur le Président,

Depuis plusieurs jours, un nombre important de personnes en grande détresse affluent aux frontières entre la Turquie et la Grèce. Elles sont prises au piège, coincées entre les deux lignes de frontières. Parmi elles, un nombre important de réfugié-e-s syrien-ne-s et une grande proportion de femmes et d’enfants.

L’instrumentalisation de ces populations par le Président turc ne fait aucun doute mais la réponse européenne ne peut être purement sécuritaire. Si les enjeux sont aussi diplomatiques en raison de la situation au nord de la Syrie et dans les pays avoisinants, ils sont avant tout humanitaires.

Nous ne pouvons voir se reproduire la situation de 2015 en pire. La « crise » qui se joue aux frontières de l’Union européenne concerne avant tout l’accueil des personnes réfugiées.

La réaction des autorités grecques et l’impuissance de l’Union européenne sont humainement catastrophiques et politiquement inacceptables. Les principes de base du droit international sont bafoués : blocage des frontières, suspension du droit d’asile, menace de renvoyer « si possible dans son pays d’origine » toute personne entrée sur le territoire grec sans procéder au moindre examen de situation.

Au moment où l’extrême droite attise plus que jamais les tensions, nous pensons qu’il y a urgence à tout faire pour que l’Union européenne et ses Etats membres fassent preuve d’une humanité à la hauteur des besoins. Elle a politiquement tout à perdre en refusant de voir la réalité des enjeux.

Le droit européen permet de faire face à cette situation : la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l’octroi d’une protection temporaire en cas d’afflux massif de personnes déplacées qui ne peuvent rentrer dans leur pays d’origine est prévue spécifiquement pour les cas exceptionnels comme ce qui se passe aujourd’hui à la frontière gréco-turque. Ce mécanisme peut être enclenché sur demande de tout Etat membre. Cet Etat peut être la France.

Vous avez à de nombreuses reprises appelé à la solidarité européenne. C’est pourquoi les signataires de cette lettre vous demandent d’intervenir en ce sens et de tout faire pour que l’Union européenne prenne les mesures nécessaires pour accueillir dignement celles et ceux qui se présentent à ses frontières dans le respect des normes internationales, du droit européen et tout simplement des droits de l’Homme.

Vous comprendrez que cette démarche soit rendue publique.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre haute considération.

Signataires : Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), Association des avocats pour la défense des droits des étrangers (ADDE), Association de soutien aux Amoureux au ban public, Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé), Association nationale des villes et territoires accueillants (Anvita), Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour (Ardhis), Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne (Attac), Auberge des migrants, Carré géo-environnement, Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), Centre Primo Lévi, La Cimade, Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire), Confédération générale du travail (CGT), Emmaüs France, Fédération syndicale unitaire (FSU), Forum réfugiés-Cosi, Jesuit refugee service France (JRS France), Ligue des droits de l’Homme (LDH), Médecins du monde (MDM), Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Roya citoyenne, Secours Catholique-Caritas France, Solidarité laïque, Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat de la magistrature (SM), Tous migrants, Union syndicale Solidaires, Unir les associations pour développer les solidarités (Uniopss), Utopia 56.

Déclaration de Bureau de Presse du CC du KKE

KKE, (Parti communiste de Grèce)

« Nous appelons le peuple grec, en particulier les habitants des îles et des régions frontalières, à organiser leur lutte, en se concentrant sur les responsables et les causes qui sont à l’origine du problème. À isoler à la fois le nationalisme réactionnaire et la répression, ainsi que le cosmopolitisme dangereux de la théorie des « frontières ouvertes ». Le peuple doit être solidaire les uns des autres et forger une alliance dans le cadre de ses luttes contre les gouvernements bourgeois et leurs partenaires impérialistes »

https://inter.kke.gr/fr/articles/Sur-les-developpements-et-les-mesures-du-gouvernement/

Ci-dessous la déclaration complète :

Déclaration du Bureau politique du CC du KKE
Sur les développements et les mesures du gouvernement.

Les derniers développements, avec les milliers de réfugiés et d’immigrés qui sont bloqués sur les îles de la mer Égée et à la frontière gréco-turque à Évros, confirment une fois de plus que la politique de l’UE et de l’OTAN que les gouvernements grecs ont suivie et respectent avec ferveur, est responsable de la dissolution des pays et du déracinement des peuples, ainsi que du fait que des peuples déracinés sont bloqués sur les îles et aux frontières. Cette politique a ouvert la voie à Erdogan pour tenter d’imposer ses propres objectifs, en utilisant la situation avec les réfugiés en tant que véhicule.

S’il n’y a pas de différend et de conflit avec cette politique, avec le règlement de Dublin et les accords UE-Turquie, alors aucune mesure de répression, aucune voix hypocrite de sensibilité et de sympathie de la part des fonctionnaires de l’UE, et aucun vœu pieux gouvernemental au regard de la solidarité de la part de l’UE, ne pourra faire face à l’aiguisement du problème.

Ce qui se passera, c’est que le nombre de morts, y compris des jeunes enfants, soit augmenté, les réfugiés et les immigrés cherchent pour des voies d’évacuation plus dangereuses en étant à la merci des trafiquants et des gouvernements, comme celui d’Erdogan, qui les exploite pour ses propres jeux géopolitiques, ainsi que pour faire chanter afin d’obtenir des nouveaux échanges de la part de l’UE, de l’OTAN et des États-Unis, pour le soutien de son invasion de la Syrie.

Lors de la réunion spéciale des ambassadeurs de l’OTAN, au cours de laquelle la Turquie a demandé l’aide de l’OTAN pour maintenir son occupation et essentiellement annexer les territoires syriens qu’elle a envahis illégalement, la prétendue réponse du gouvernement grec a été de ne soulever que la question du respect de la Turquie envers l’Accord sur l’immigration entre l’UE et la Turquie. Si tel est le cas, c’est très dangereux car il tolère essentiellement la position agressive de la bourgeoisie turque au détriment des droits souverains d’autres pays et la violation d’accords qui déterminent les frontières comme l’Accord de Lausanne. Ce sont les peuples qui payent les conséquences de tout cela.

Ainsi, au lieu de « montrer sa puissance» contre les réfugiés et les habitants des îles appauvris et noyés, le gouvernement de la ND devrait montrer une attitude déterminée envers l’UE et l’OTAN, qui considèrent l’invasion turque d’Idlib comme «juste», offrant à Erdogan un alibi pour exploiter les réfugiés et les immigrés pour les ambitions de la classe dirigeante turque. Nous appelons le gouvernement de la ND à se retirer du règlement de Dublin et demander l’annulation de la déclaration commune UE-Turquie qui convertit la Grèce en un entrepôt d’âmes, afin que les réfugiés se rendent dans leur pays de destination.

À Évros et dans la mer Égée, les ennemis du peuple grec ne sont pas ceux qui sont les victimes de la barbarie capitaliste, ceux qui sont déracinés par les guerres et les interventions lancées par les États-Unis, l’OTAN et l’UE, avec le soutien de tous les gouvernements grecs, dans l’intérêt du capital grec. L’ennemi est la politique qui, d’une part, soutient les guerres impérialistes, augmentant les vagues de réfugiés et, d’autre part, fait de la Grèce un État-prison pour protéger la «forteresse» de l’UE.

La garde nécessaire de la frontière à Évros ne peut pas être utilisée pour légitimer des voix et des actions d’extrême droite, ouvertes et déguisées, pour promouvoir les cris racistes des ministres, ayant pour résultat que les auteurs de cette politique ne soient pas touchés. Les voix réactionnaires et xénophobes cherchant à tourner le peuple grec contre les victimes, les réfugiés et les immigrés, deviennent finalement le meilleur allié de ceux qui créent et soutiennent le problème, deviennent le meilleur allié du gouvernement Erdogan, qui essaie d’utiliser ces personnes pour ses propres fins.

À cet égard, nous nous opposons aux mesures annoncées par le gouvernement de la ND, et nous les considérons comme une impasse. En particulier, la demande d’application de l’Article 78, paragraphe 3, du «Traité de Lisbonne» pour la participation du corps européen de garde-frontières (Frontex), c’est-à-dire d’équipes militaires étrangères d’intervention rapide pour garder la frontière grecque, prend une direction dangereuse et cela compliquera la situation. Après tout, aucune solution n’a été apportée à ce jour par l’implication de l’OTAN et de Frontex dans la mer Égée. En fait, c’est tout le contraire.

SYRIZA et les autres partis ne disent rien au sujet du règlement de Dublin et de l’accord UE-Turquie, qui transforment les îles, le pays, en un centre de piégeage « ouvert » et « fermé ».

Nous appelons le peuple grec, en particulier les habitants des îles et des régions frontalières, à organiser leur lutte, en se concentrant sur les responsables et les causes qui sont à l’origine du problème. À isoler à la fois le nationalisme réactionnaire et la répression, ainsi que le cosmopolitisme dangereux de la théorie des « frontières ouvertes ». Le peuple doit être solidaire les uns des autres et forger une alliance dans le cadre de ses luttes contre les gouvernements bourgeois et leurs partenaires impérialistes.

Ce qu’il faut maintenant, c’est:

• Supprimer le règlement de Dublin et la déclaration commune UE-Turquie, qui sont de toute façon inefficaces et inactifs.

• Fermer tous les « points chauds » [ note VG: « hot spots » ou camps, structures d’accueil ] des îles de la mer Égée et ne pas en créer de nouveaux, ni fermés ni ouverts.

• Libérer immédiatement les réfugiés détenus sur les îles, et mettre en œuvre des procédures accélérées pour leur permettre de se rendre dans leur pays de destination.

• Que l’UE et l’ONU organisent et mettent en place maintenant des procédures d’asile, en Turquie et à la frontière avec la Grèce et à la frontière avec la Syrie, et des procédures de déplacement des réfugiés vers leur pays de destination. Cette mesure peut soutenir le droit des réfugiés à une protection en vertu des conventions internationales.

• Mettre fin à toute participation, soutien et implication dans les actions et opérations de l’OTAN, des États-Unis et de l’UE dans la région du Moyen-Orient qui soutiennent l’invasion de la Syrie par la Turquie, les interventions en Libye, perpétuant la guerre et les catastrophes.

ATHÈNES 3/3/2020

LE BP DU CC DU KKE

La Grèce veut dissuader les exilés de franchir ses frontières

Par Elisa Perrigueur

Depuis l’annonce d’Ankara concernant l’ouverture de la frontière, la Grèce et la Turquie mènent une véritable bataille de la communication : bataille de chiffres, accusations d’exactions, dénonciations de propagande. Côté grec, le ton redouble de fermeté.

 

Lesbos (Grèce), de notre envoyée spéciale.– Les rafales de vent fouettent les visages sur le port bétonné de Mytilène, à Lesbos. Les côtes turques, à une dizaine de kilomètres, sont noyées dans la brume ce mercredi.

Derrière des barrières gardées par des policiers, ils sont près de 560 migrants, majoritairement venus d’Afghanistan et de pays d’Afrique. Depuis des heures, ils guettent l’arrivée d’un bateau qui viendrait les extirper de l’île grecque.

Peu d’informations circulent sur ces passagers, ce matin-là. Les quelques journalistes autorisés à observer cette scène sous haute surveillance n’ont pas le droit de leur parler. « Pour éviter tout mouvement de foule », explique d’un ton ferme un policier.

On sait seulement que ces migrants en quête d’Europe sont les derniers à avoir accosté à Lesbos. Ils ont pris la mer à bord d’une dizaine de bateaux pneumatiques depuis la Turquie les 1er, 2 et 3 mars, encouragés par l’annonce de l’ouverture de la frontière par Ankara.

Isolés dès leur arrivée, les réfugiés n’ont pas fait escale dans le camp surchargé de l’île, Moria, où s’entassent déjà 20 000 migrants dans l’attente de leur traitement d’asile.

L’imposante frégate militaire s’approche du port en fin de matinée. Elle amarre. Elle devrait embarquer les réfugiés puis prendre le chemin de Serres dans le nord de la Grèce. Mais là-bas, la colère des habitants gronde déjà contre leur venue. Les réfugiés ne le savent pas encore, mais Serres ne sera peut-être qu’une escale.

« Notre but est de les renvoyer dans leur pays », a révélé le ministre de l’immigration, Notis Mitarachi à l’agence Reuters mercredi, en évoquant l’ensemble des quelque 1 500 exilés arrivés sur les îles depuis le 1er mars.

Le sort de ces passagers illustre la politique de dissuasion voulue par la Grèce, qui qualifie d’« invasion » et de « menace asymétrique » le déplacement de migrants à ses portes depuis l’annonce par Ankara de l’ouverture de cette frontière, jeudi 27 février. Le message se veut clair. Il n’y aura pas d’accueil pour les nouveaux exilés dans ce pays redevenu en 2019 la première porte d’entrée de l’Europe pour les demandeurs d’asile, qui peine à traiter les quelque 60 000 requêtes déjà en cours.

La campagne de communication du gouvernement grec a commencé dès vendredi par l’envoi de renforts de police et de l’armée à sa frontière terrestre, dans le nord-est, dans le nome de l’Évros. Il faut dissuader les 12 000 migrants massés du côté turc de la frontière.

Les images de l’afflux de soldats, puis du chef d’état-major grec et du ministre de la protection du citoyen, Michalis Chryssochoidis, en visite ce jour-là dans la ville-frontière de Kastanies, ont fait le tour des télévisions grecques. La tournée de ces hauts responsables a pour objectif d’envoyer un message fort. « La Grèce est un pays sûr. La Grèce protège les frontières », martèle le ministre.

Des soldats grecs patrouillent à la frontière près de Marasia, dans la région d'Évros, le 5 mars. © Reuters Des soldats grecs patrouillent à la frontière près de Marasia, dans la région d’Évros, le 5 mars. © Reuters

La frontière grecque est bien fermée : ce refrain est aussi repris par le premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotákis. Le 1er mars, il annonçait également la suspension, à compter de cette date, du dépôt des demandes d’asile pour toutes les personnes arrivées illégalement en Grèce. Une décision illégale, dénoncent de nombreuses ONG, et contraire au droit international selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

Les autorités grecques, qui dénoncent un « chantage » d’Ankara, ont également annoncé le renvoi systématique des migrants vers leurs pays, la demande de déploiement de la force de réaction rapide (Rabit) de la force européenne Frontex à sa frontière puis le soutien de l’UE « par tous les moyens possibles ».

Kostas Moutzouris, gouverneur local des îles du nord de l’Égée, assume ce qu’il qualifie de politique de « dissuasion » du gouvernement grec. Droit dans son bureau qui surplombe le port de Mytilène, l’homme populaire à Lesbos précise lui aussi « qu’il faut décourager ces gens de venir ».

« Les habitants ici étaient solidaires, mais ils n’en peuvent plus, il y a trop de monde », insiste le politicien de droite. « [Le président turc] Erdogan fait de la propagande de l’autre côté, il incite les migrants à venir jusqu’aux frontières depuis Constantinople [Istanbul – ndlr] et d’autres villes du pays. Ils sont pour l’instant dans le nord de la Grèce, à l’Évros, mais comme ils ne peuvent pas passer, ils commenceront à descendre vers la frontière maritime face aux îles », croit-il.

Les deux pays se livrent une guerre de communication. Les autorités grecques accusent Ankara d’inciter les migrants à venir et de les escorter jusqu’aux eaux grecques. « Le transport [de migrants] est organisé gratuitement jusqu’à la frontière, accompagnés par l’armée turque », a expliqué mercredi 4 mars le porte-parole du gouvernement grec, Stelios Petsas, au cours d’un point presse.

Il affirme que « des SMS [sont] reçus par les migrants sur leurs téléphones portables au sujet des frontières prétendument ouvertes… [que] la télévision d’État turque […] a diffusé une carte avec des itinéraires vers la région d’Évros et la côte ». De son côté, Ankara nie et affirme qu’Athènes tire à balles réelles sur les réfugiés aux frontières terrestre et maritime. La Grèce dément.

Une vidéo datant de début mars a fait le tour des réseaux sociaux, relayée par les autorités turques. On y voit un bateau pneumatique de migrants en mer Égée, et une vedette qui fonce à toute vitesse faisant tanguer le zodiac. On y entend les cris des passagers apeurés, puis des tirs de sommation, visant à repousser l’embarcation, au large de Lesbos, d’après Ankara.

« J’ignore si ce contenu est authentique, avoue Kostas Moutzouris. Mais si c’est avéré, cela ne me paraît pas étrange : il faut dissuader les gens de venir, ces hommes [garde-côtes – ndlr] ne tirent pas sur les réfugiés, mais en l’air pour les dissuader. Les migrants ne doivent pas passer et les militaires grecs feront tout pour qu’ils ne viennent pas. »

Mercredi 4 mars, des heurts entre migrants et forces de l’ordre grecques à la frontière terrestre ont aussi fait six blessés en raison de « tirs à balles réelles », affirme le gouvernement local turc, qui précisait qu’un migrant était mort de ses blessures.

Mohamed Al Arab avait 22 ans et était originaire d’Alep, rapporte Le Parisien. Le gouvernement grec, lui, « dément catégoriquement » ces tirs. « La police grecque n’a pas tiré, maintient M. Moutzouris, mais malheureusement cela ne serait pas surprenant que la situation dérape. »

Une enquête vidéo (visible ci-dessous en anglais) de Forensic Architecture – laboratoire d’investigation pluridisciplinaire avec qui Mediapart a déjà travaillé – sur le meurtre de Mohamed Al Arab contredit la version des autorités grecques.

The Killing of Muhammad al-Arab. © Forensic Architecture
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