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Des sanctions contre les chômeurs à l’ensemble des minimas sociaux ?

Comment des sanctions contre les chômeurs risquent, demain, de s’étendre à l’ensemble des minimas sociaux Par Rachel Knaebel 

Depuis début janvier, les chômeurs sont soumis à des contrôles renforcés en France. Un rendez-vous manqué, une offre d’emploi dite « raisonnable » refusée, et c’est la radiation, plus ou moins longue, avec suspension des indemnités. Cette politique punitive s’inspire clairement de celles qui sont menées en Grande-Bretagne et en Allemagne, où les sanctions se sont progressivement appliquées aux autres prestations sociales, allocations familiales ou aides au logement. Leurs conséquences sont sans appel : « Elles frappent d’abord les personnes les plus faibles », repoussées vers une encore plus grande pauvreté. En Allemagne, le tribunal constitutionnel est d’ailleurs en train de se pencher sur la légalité de ces sanctions. Explications.

Début janvier, le gouvernement français a durci par décret les contrôles et les sanctions à l’encontre des chômeurs. Cette politique ne tombe pas du ciel. Au Royaume-Uni, la possibilité de supprimer les allocations aux demandeurs d’emploi, qui manquent des rendez-vous ou sont jugés trop peu assidus dans leurs démarches, existe depuis plus de dix ans. « En 2007, le gouvernement travailliste a adopté une loi prévoyant des sanctions contre les personnes handicapées et en longue maladie, considérant que beaucoup n’étaient pas vraiment en incapacité de travailler », rappelle Anita Bellows. Depuis cette date, l’activiste du collectif « Personnes handicapées contre les coupes » (Disabled People Against Cuts) suit les effets de ces sanctions sur les personnes concernées. Et elles sont de plus en plus nombreuses.

Ces sanctions ont rapidement été étendues à l’ensemble des demandeurs d’emplois et des travailleurs pauvres qui perçoivent une allocation. Outre-Manche, une personne qui se retrouve au chômage percevra une indemnité forfaitaire pendant six mois (le Jobseeker allowance). Ensuite, elle recevra un minima social calculé en fonction de sa situation familiale, de ses revenus, du montant son aide au logement, etc. « En 2012, les conservateurs ont fait adopter une nouvelle loi, un « Welfare Act », qui a durci les sanctions à l’extrême. Elles ont gagné en durée et en sévérité », poursuit Anita Bellows.

« Les allocations peuvent être interrompues jusqu’à trois ans d’affilée »

« Les allocations peuvent être interrompues jusqu’à trois ans d’affilée, précise John, conseiller dans une agence du « Jobcentre » britannique du centre de l’Angleterre [1]. Même si la personne recommence à chercher du travail avec assiduité, si elle accepte de candidater à tout, ces sanctions ne sont pas levées. Une fois la décision prise, les allocations restent suspendues. » Et ce, jusqu’à l’échéance de trois ans ou si l’allocataire porte un recours en justice. « Des gens qui ne viennent pas à un rendez-vous parce qu’ils sont à l’hôpital sont sanctionnés, de même que des femmes qui sont en train d’accoucher… Quand les gens engagent un recours au tribunal, ils ont de bonnes chance de gagner, de faire annuler la décision », illustre Anita Bellows.

La justification affichée, en Grande-Bretagne comme en France, de ce nouveau régime de sanctions est d’inciter les personnes à retravailler le plus vite possible. Quels sont les résultats concrets de cette politique ? « Certaines catégories de personnes sont particulièrement vulnérables et affectées par la suspension des allocations. Cela inclut les parents isolés, les jeunes adultes qui sortent tout juste du système d’aide sociale à l’enfance, les personnes malades ou handicapées », souligne un rapport du Parlement britannique en octobre dernier. Souvent, les personnes sanctionnées « empruntent de l’argent, coupent dans leurs dépenses alimentaires et les autres dépenses de première nécessité, ou ne paient plus leurs factures, plutôt que d’augmenter leur revenus en retrouvant du travail », rapporte encore l’enquête parlementaire.

« Ces sanctions ont été utilisées pour faire baisser artificiellement les chiffres du chômage »

Les députés britanniques citent le cas d’une mère célibataire contrainte de se tourner vers les banques alimentaires. Son allocation avait été réduite parce qu’elle avait quitté un emploi à temps plein pour travailler à temps partiel, ne pouvant plus payer la garde de ses enfants. « Les personnes les plus sanctionnées sont celles qui ont déjà le plus de mal à naviguer dans le système, a constaté Anita Bellows. Ces sanctions, nous y sommes opposés par principe. En plus, elles ont été utilisées pour faire baisser artificiellement les chiffres du chômage » Résultat : si le taux de chômage officiel britannique affiche un séduisant 4 %, le nombre de travailleurs pauvres y est trois fois plus élevé qu’en France, avec plus d’un salarié sur cinq concerné !

En Angleterre, « la mise en place des sanctions s’est faite dans une grande indifférence, parce que les chômeurs sont stigmatisés. Mais aujourd’hui, avec le système de l’Universal Credit, qui fusionne les allocations sociales et chômage sous un même guichet, des personnes qui travaillent mais touchent des allocations parce que leurs revenus sont bas se retrouvent aussi sanctionnées. On commence donc à en parler plus largement », rapporte Anita Bellows. La réforme du « Crédit universel » (Universal Credit), votée en 2012, se met en place progressivement. Elle fusionne dans un même service et une même allocation l’ensemble des aides : l’allocation chômage minimum – l’équivalent du RSA –, l’allocation pour les personnes dans l’incapacité de travailler pour cause de maladie ou de handicap, l’aide au logement, le crédit d’impôt pour la reprise d’un travail et le crédit d’impôt pour les enfants à charge. C’est cette allocation devenue unique qui peut désormais être réduite « si vous ne faites pas ce pourquoi vous vous êtes engagé », comme chercher du travail et fréquenter un Jobcentre [2].

En Allemagne, des sanctions renforcées pour les jeunes

En Allemagne, les sanctions contre les chômeurs peuvent également concerner leur aide au logement. Mi-janvier, le tribunal constitutionnel, la plus haute juridiction du pays, a commencé à étudier la question : ces suspensions d’allocations sont-elles compatibles avec la Constitution ? Le contrôle des demandeurs d’emploi y a été durci il y a plus de dix ans, au moment de la réforme du système d’assurance-chômage de 2005. La durée du chômage indemnisé a alors été limitée à un an. Le chômeur touche ensuite une allocation minimum, appelée « Hartz IV ». Le versement de cette allocation fait l’objet de contrôles renforcés destinés à « remettre au travail » au plus vite la personne concernée. Un rendez-vous raté, une formation refusée, une offre d’emploi à laquelle on ne candidate pas, signifient une coupe immédiate d’une partie de l’allocation, jusqu’à une suspension intégrale en cas de récidive.

Pour les moins de 25 ans, les sanctions sont encore plus drastiques : au moindre manquement, c’est la suppression totale de l’allocation. Au deuxième, l’aide au loyer – payée directement au propriétaire du logement – est aussi suspendue. « Ce traitement plus dur envers les jeunes est officiellement justifié comme une mesure “éducative” », déplore Inge Hannemann, aujourd’hui élue municipale de Hambourg pour le parti de gauche Die Linke. L’élue travaillait auparavant au Pôle emploi allemand, le « Jobcenter », entre 2005 et 2013, où elle a protesté contre la politique des sanctions. Avant, finalement, de se faire licencier.

Spirale d’endettement et perte de logement

« Les sanctions touchent avant tout les personnes qui sont déjà dans des situations difficiles : celles qui ont des troubles psychiques, les migrants, les personnes qui ne maîtrisent pas bien l’allemand ou qui, même si elles sont allemandes d’origine, ne maîtrisent pas le langage administratif. En fin de compte, elles frappent les plus faibles », souligne Inge Hannemann. Un centre social de la région de Wuppertal, dans la Ruhr, a récemment réalisé, en vue de l’audience au tribunal constitutionnel, un sondage auprès de plus de 21 000 personnes, chômeurs, travailleurs sociaux, avocats, agents du Jobcenter, sur les conséquences du régime de sanctions.

Les résultats de l’étude sont sans appel. Pour près trois-quarts des participants à l’enquête, les réductions d’allocation représentent le début d’une spirale d’endettement. Plus de 60 % des personnes interrogées affirment aussi que les sanctions contribuent à une perte de logement. Plus de 90 % des personnes qui ont répondu estiment, en outre, que les sanctions n’aident pas du tout à réintégrer les chômeurs sur le marché du travail. La majorité des agents des Jobcenter partage également ce point de vue.

« On n’aide pas les gens en leur faisant peur »

Pourtant, les sanctions pleuvent. Selon l’Agence pour l’emploi allemande, entre octobre 2017 et septembre 2018, plus de 920 000 sanctions ont été prononcées contre 400 000 chômeurs (un même chômeur peut être sanctionné plusieurs fois dans l’année). Un chômeurs sur six a été sanctionné dans l’année ! Pour les trois-quarts des sanctions, le motif était un simple rendez-vous raté [3]. « Quand j’ai commencé à dénoncer publiquement les sanctions, des collègues m’ont donné raison en interne, mais ils n’osaient pas le dire publiquement parce qu’ils craignaient de perdre leur job. Leur peur était justifiée. C’est ce qui m’est arrivé », témoigne aujourd’hui Inge Hannemann. Avec la procédure en cours auprès du tribunal constitutionnel, les langues se délient. Fin janvier, la directrice d’un Jobcenter local, celui de Brême, a sévèrement critiqué le système des sanctions dans une interview à un quotidien régional : « On n’aide pas les gens en leur faisant peur », a-t-elle déclaré, dénonçant les « dégâts » provoqués par les coupes dans les allocations.

Pour autant, l’ancienne conseillère Inge Hannemann ne croit pas que le tribunal constitutionnel, qui devrait rendre sa décision dans quelques mois, va interdire de couper les allocations aux chômeurs. « Le tribunal pourrait arriver à la conclusion qu’on ne peut pas couper le minimum vital. Mais pour les chômeurs, il y a un système de bons alimentaires qui peuvent être attribués quand les allocations sont suspendues. Donner ces bons est obligatoire pour les foyers où il y a des enfants mineurs. Sinon, il faut en faire la demande. Mais c’est le même conseiller qui décide de sanctionner et d’attribuer, ou pas, les bons. Et tous les magasins ne les acceptent pas, surtout à la campagne. Le tribunal pourrait en revanche affirmer qu’il faut arrêter de sanctionner plus sévèrement les moins de 25 ans, et qu’on ne peut pas supprimer l’aide au paiement du loyer, parce que cela met les gens à la rue, analyse l’ancienne conseillère. Mais il est possible que cela ne soit qu’une recommandation, et qu’ensuite la gouvernement prenne son temps pour légiférer, ou attende les prochaines élections. » Celles-ci auront lieu en 2021.

En France, l’ensemble de la protection sociale bientôt soumise aux mêmes sanctions ?

Et en France ? L’aide au logement ou les allocations familiales pourront-elles, demain, être aussi concernées par les sanctions visant un demandeur d’emploi jugé pas suffisamment zélé ? Pendant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a annoncé vouloir mettre en œuvre la fusion des allocations et aides. La version française de l’Universal Credit c’est l’« Allocation sociale unique », envisagée par le gouvernement [4]. « Il faut regarder ce qui se passe en Grande-Bretagne car ils sont souvent les premiers à mettre en œuvre des réformes que les autres pays reprennent ensuite », alerte Inge Hannemann. La mise en place de l’aide sociale unique telle que le souhaiterait Emmanuel Macron va-t-elle suivre les modèles allemands et britanniques, et soumettre tous les bénéficiaires d’aides sociales au régime de sanctions qui vaut désormais pour les chômeurs ?

Rachel Knaebel

Dessins : Rodho

Notes

[1Le prénom a été changé sur demande du conseiller.

[2Voir l’information du gouvernement britannique sur les sanctions quant à l’Universal Credit ici.

[3Voir les chiffres ici.

[4Cette allocation regrouperait le revenu de solidarité active (RSA), l’allocation de solidarité spécifique (ASS), la prime d’activité, les aides au logement (AL), l’allocation adulte handicapé (AHH), l’allocation de solidarité pour les personnes âgées (ASPA, ex-minimum vieillesse) et l’allocation supplémentaire d’invalidité (ASI), selon Le Monde.

Source https://www.bastamag.net/Comment-les-sanctions-contre-les-chomeurs-risquent-demain-de-s-etendre-a-l

E.Toussaint au sujet de Yanis Varoufakis 8e partie

  Série : Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même

CR réunion du collectif du 4 février 2019

Réunion du collectif « Citoyens de Grenoble contre l’austérité en Grèce et en Europe » du 4/02/2019

Présents : Lucienne, Christine, Georges, Béatrice, Liliane, Max

Retour sur la commande des produits VIOME du mois de décembre

– 35 personnes ont effectué des commandes, pas mal de nouveaux
– la distribution du catalogue et du bon de commande lors de la projection du film L’Amour et la Révolution au Club et lors de la soirée SCOP ont permis une diffusion de l’information efficace
– un petit stock a été constitué pour distribuer au fil de l’eau
– quelques points négatifs : la livraison a tardé et quelques personnes ne sont pas venues chercher leur commande lors des permanences
– prochaine commande, peut-être en septembre, en tout cas à un moment où il fera moins froid !
– un film intéressant sur les VIOMe diffusé sur ARTE, il dure 31 mn:
https://www.arte.tv/fr/videos/073399-064-A/arte-regards-des-savons-pour-resister/?fbclid=IwAR3TIIIW4yMdttaP-XmE2P6G_NRr7fmD8RTiDP7BPD_ZeUaQ4zU-97pGzu0

Recherche de film pour projection en 2019

– une piste intéressante : le prochain film d’Angélique Kourounis … peut-être dans quelques mois
– Christine essaie de trouver d’autres films

Convoi solidaire Anepos

Nicolas, qui participera au convoi qui partira en Grèce fin février, tiendra une permanence à Grenoble (rue Berthe de Boissieux) ce mercredi 6 février de 14h à 16h

Accord entre la Grèce et l’Ancienne République Yougoslave de Macédoine

Cet accord qui contient, entre autres, le changement de nom de cette ancienne république Yougoslave en Macédoine du Nord, a suscité pas mal de remous en Grèce. Il n’est pas facile de se faire une idée de ce qui se joue avec cet accord. Un article de Emmanuel Kosadinos dans son blog sur Médiapart peut permettre de comprendre un peu mieux la situation :
https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-kosadinos/blog/250119/apres-laccord-de-prespa-reflexions-sur-la-question-dite-macedonienne

Prochaine réunion du collectif

Lundi 15 avril 2019 de 17h à 19h salle 200 à la Maison des associations de Grenoble (salle réservée au nom d’Attac)

Les origines économiques de l’autoritarisme d’E. Macron

Par

La tentation d’un régime plus autoritaire dans la France de 2019 trouvait déjà ses racines dans la vision économique du candidat Macron. Or cette soumission à l’exigence néolibérale de circulation du capital est définie comme une exigence transcendante, qui dépasserait le cadre national et s’imposerait au pays.

L’évolution autoritaire du quinquennat d’Emmanuel Macron ne peut se comprendre qu’en partant de la source de ce pouvoir : l’économie. L’actuel président de la République a construit sa candidature et son existence politique sur une certitude : celle que la France était en déclin et que ce déclin s’expliquait par son refus de se soumettre à la « modernité ».

Or si la France a été incapable de s’y soumettre, c’est parce qu’elle avait un système politique qui était incapable d’adapter le pays à la « réalité » de la mondialisation et à l’ordre économique qu’elle induit. Dans son ouvrage Révolution, Emmanuel Macron le dit clairement : « Notre vie politique est aujourd’hui organisée autour d’un clivage ancien qui ne permet plus de répondre aux défis du monde. »

La « vérité » selon Emmanuel Macron

Dès lors, l’identité politique de l’hôte de l’Élysée peut se comprendre comme l’idée qu’il convient de briser avec les compromis du passé et de soumettre le pays, pour son « bien », à l’ordre économique. Le 1er mai dernier, dans un entretien accordé à la revue étasunienne Forbes, Emmanuel Macron avait déjà revendiqué cette vision du monde ; les investisseurs choisissent les pays qui seront les destinataires de leurs bienfaits et la fonction des États est de se rendre « attirants » (le président le dit explicitement dans ce texte). Ceci est clairement une politique néolibérale.

Comme le souligne l’auteur Quinn Slobodian dans son récent ouvrage Globalists (paru aux Presses universitaires de Harvard en 2018), le « néolibéralisme » est un courant de pensée qui vise avant tout à favoriser la liberté de circulation du capital. Or la condition principale de cette liberté réside dans la concurrence entre les États, concurrence qui elle-même s’appuie sur la capacité de ces derniers à offrir le « meilleur coût », donc moins d’impôts et un prix du travail faible. Ce sont les fameuses « réformes structurelles » qui forment la pierre angulaire du programme d’Emmanuel Macron et sur lesquelles l’exécutif n’entend à aucun prix revenir. Pour une raison évidente : c’est sur la réalisation de ces réformes que s’est constituée la vision politique du chef de l’État.

Or cette soumission à l’exigence néolibérale de circulation du capital est définie comme une exigence transcendante, qui dépasserait le cadre national et s’imposerait au pays. Elle l’est parce que la science économique lui a permis de l’être. Durant une trentaine d’années s’est en effet construit, comme l’explique dans cette vidéo de Mediapart l’économiste à l’OFCE Francesco Saraceno, un « compromis » scientifique entre les pensées néokeynésiennes et néoclassiques, qui a valorisé les bienfaits de la concurrence. Tout ce qui s’est retrouvé hors de ce compromis, ce que l’on appelle « l’hétérodoxie », a été placé hors du champ scientifique.

Voici qui tombait à point : les réformes, visant à renforcer l’ordre concurrentiel à tous les niveaux, sont dès lors devenues la réalisation concrète d’une vision rationnelle du monde s’opposant à un « obscurantisme », pour reprendre les mots des économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg dans leur pamphlet contre le « négationnisme économique ».

Dès lors, cette politique devient non plus une simple soumission, mais une reconnaissance de la vérité du monde et donc du réel. Et la tâche de la politique doit être de faire entrer le pays dans cette réalité à laquelle il se refuserait. « Nos partis politiques sont morts de ne s’être pas confrontés au réel », expliquait le futur président dans Révolution. Pour enfoncer le clou, on présente quelques exemples édifiants, mais toujours isolés et hors contexte général, prouvant le succès de cette reconnaissance de la vérité : l’Allemagne pour le marché du travail, la Suède pour les taxes sur le capital, le Canada pour les finances publiques, le Royaume-Uni pour l’administration, la Suisse pour l’innovation…

Alors la solution cesse d’être politique. Le débat n’oppose plus la droite et la gauche, mais les défenseurs de la vérité, rebaptisée « réel » ou « modernité », et ceux de l’erreur. La fonction du chef de l’État n’est plus que de faire entrer son pays dans cette vérité. C’était là le sens de cette « transcendance » qui emporterait le président de la République et dont parlait Emmanuel Macron dans un entretien de septembre 2016.

Sa mission est celle de faire passer la France des ténèbres à la lumière. Et seule l’acceptation de cet ordre néolibéral permettra de faire renaître le pays de son supposé déclin. « Le destin français est d’embrasser la modernité, non pour faire table rase ou pour s’adapter servilement au monde mais pour le conquérir en le regardant bien en face », écrivait Emmanuel Macron. La soumission à l’ordre économique devient alors le salut du pays. Cette fonction sacerdotale se retrouve aujourd’hui dans les grand-messes du « grand débat », où le président porte la bonne parole devant les foules.

L’impossible compromis social

En France, une telle pensée franchement revendiquée a pu paraître effectivement « révolutionnaire », comme l’a prétendu le pompeux titre du livre-programme de l’actuel président de la République. L’économiste Bruno Amable, professeur à l’université de Genève, permet de mieux comprendre pourquoi dans un ouvrage publié en anglais en 2017 (Structural Crisis and Institutional Change in Modern Capitalism: French Capitalism in Transition, paru aux Presses universitaires d’Oxford). Selon lui, la France a bien connu, notamment après le « tournant de la rigueur » de 1983, de « substantiels changements institutionnels » allant vers l’idéal néolibéral. Mais, précise-t-il, « la transformation du modèle français reflète l’adaptation des institutions néolibérales à la structure institutionnelle française préexistante dont les éléments remontent pour la plupart à la période fordiste de l’après-guerre ».

Ce modèle que Bruno Amable appelle « hybride » n’est pas une forme dégénérée ou incomplète, il a sa propre cohérence et sa propre justification. De fait, il correspond à la réalité sociale et politique du pays. Les différents gouvernements depuis 1983 se sont efforcés d’introduire des éléments néolibéraux, mais de manière progressive, afin de préserver des équilibres qui permettaient de conserver leurs propres ancrages dans la société.

« Les institutions sont le résultats des compromis sociopolitiques », rappelle Bruno Amable. La France, pays marqué jusqu’à la Première Guerre mondiale par de fortes inégalités et une forte liberté accordée au capital, est restée attachée au modèle issu de l’après-guerre. Et comme ce modèle a été créé par des éléments de gauche et de droite, les deux camps ont dû en préserver des pans entiers.

Or c’est précisément contre cette « hybridation » que s’est défini Emmanuel Macron. Puisqu’on ne transige pas avec la vérité, on ne peut accepter de compromis. Le rejet du « clivage droite-gauche » de l’actuel président de la République, c’est le rejet de ce compromis permanent, c’est la promesse d’une pureté de la politique, incarnée dans une vérité technocratique. En cela, cette démarche est d’une véritable radicalité : celle qui vise une politique qu’il veut plus « vraie », mais qui refuse toute résistance de la réalité sociale. Le réel rêvé par les technocrates prend alors le pas sur le réel concret, social, politique. Il faut faire entrer cette dernière réalité dans l’idéal, s’il le faut aux forceps puisque c’est pour le bien de la société.

Dès lors, la politique d’Emmanuel Macron s’éclaire d’un jour nouveau : réaliser un compromis sur les « réformes », ce serait revenir aux méthodes politiques précédentes, ce serait accepter l’hybridation et donc refuser que la vérité triomphe. C’est absolument impossible. Cette intransigeance, qui s’est manifestée dans le mode d’organisation du « grand débat », ne peut porter que sur les « baisses d’impôts » et les « économies à réaliser ».

Pour passer outre les résistances, ne reste que l’autoritarisme

Seulement voilà, la société française résiste. L’hybridation du système français correspondait à un équilibre social. Le détruire laisse nécessairement place au conflit. D’autant qu’Emmanuel Macron a, pour mener sa « révolution », ou plutôt sa destruction de ce système, surestimé l’ampleur de son soutien en se prévalant des élections présidentielle et législatives de 2017. Mais ces deux scrutins n’ont guère apporté de soutien clair à ses choix économiques. Le 5 mai, le scrutin a d’abord été un vote de rejet de l’extrême droite, tandis que les législatives sont souvent marquées par un « légitimisme » en faveur du chef d’Etat élu, qui ne s’est jamais démenti depuis 2002, et par une forte abstention.

La réalité est que le socle de soutien à cette politique économique présidentielle est réduit à ce que Bruno Amable et Stefano Palombarini appellent « le bloc bourgeois ». Un bloc qui n’est pas majoritaire, à la différence de ce que l’on observe dans les pays du nord de l’Europe, mais qui, système électoral oblige, peut l’emporter compte tenu de la division du bloc adverse. Sauf que ce bloc adverse peut faire front pour s’opposer à la politique de destruction du modèle français. C’est là que l’on en est désormais : un face-à-face violent et sans compromis possible, parce que l’essence même du système français est en jeu et que le régime électoral n’a pas pu clairement expliciter le choix de la majorité sur ce sujet.

Mais pour Emmanuel Macron, céder est impossible. Ce serait non seulement renoncer à son identité politique, mais aussi échouer à une épreuve essentielle, une forme de « baptême néolibéral ». « Les néolibéraux mettent en évidence la nécessité de passer outre les décisions populaires lorsqu’elles contreviennent à ce qui est vu comme un principe supérieur », écrit Quinn Slobodian. Assumer son impopularité, c’est se montrer capable de défendre la vérité envers et contre tout.

Il y a là une forme de fanatisme dans lequel on prouve sa capacité par son opposition à son propre peuple. On a vu des postures de ce genre dans toute l’Europe durant la crise de la dette : au Portugal, en Grèce, en Italie ou en Espagne. Pour Emmanuel Macron, c’est une façon de construire sa stature internationale, de montrer qu’il peut « réformer » ces Gaulois irréformables. C’était ce qui impressionnait tant les médias anglo-saxons au début du quinquennat.

Mais si céder est impossible, comment « passer outre » la résistance de la société française ? Quinn Slobodian décrit comment, à partir des années 1980, ont été construites des structures internationales capables de soumettre les États à l’ordre néolibéral : l’OMC, le FMI, l’UE, les marchés financiers… Lorsqu’un État décidait de changer de politique, cette pression « externe » le ramenait à la raison. Mais la France ne prête guère le flanc à ce genre de pression. La France n’a pas à craindre ses créanciers. Les marchés ont soutenu son modèle hybride et ne s’inquiètent guère du mouvement des gilets jaunes, ce qui rend, du reste, toute menace de l’UE peu crédible, à la différence du cas italien. Bref, cette option ne fonctionne pas.

Par ailleurs, Emmanuel Macron ne peut guère s’appuyer sur une prétendue « efficacité » de ses recettes économiques. Aucune de ses réformes, pas davantage que les précédentes, n’ont été en mesure de rendre la France plus solide économiquement, bien au contraire. En brisant le subtil équilibre entre État, consommateurs et entreprises et en faisant un mauvais diagnostic, centré sur l’attractivité et la compétitivité coût, il l’a plutôt affaiblie. Dès lors, la politique de « compensations » mise en place n’a guère porté ses fruits, d’autant qu’elle a été timide. Et les 10 milliards d’euros annoncés en décembre ne devraient pas tellement changer la donne, dans la mesure où les « réformes » atteignent le cœur du système français et donc de la confiance des ménages : l’emploi, la retraite, le chômage, le logement. On peut prétendre, comme le font les néolibéraux, qu’il en faut « encore plus », et c’est, du reste, ce que prétend le président de la République. Mais cette stratégie de la « fuite en avant » permanente est peu convaincante.

Incapable de prouver l’efficacité de sa politique, Emmanuel Macron n’a plus qu’une seule carte en main pour imposer sa « vérité » : celle de l’abus d’autorité. Une carte que le régime actuel, régime personnalisé dont le berceau est une guerre sanglante, lui permet de jouer aisément. Puisque le président de la République connaît la vérité, sait quelle est la bonne voie pour la France, il a le devoir, pour le bien de la France, de mener le pays dans cette voie, contre le désir du pays lui-même. Il lui faut faire le bonheur de « son » peuple malgré lui. Et cela vaut bien de le secouer, par une limitation du droit de manifester, par une tentation de contrôler la « neutralité » de la presse (donc son acceptation de la « vérité » néolibérale) et par une répression des mouvements d’opposition.

La certitude d’Emmanuel Macron d’agir pour le bien du pays et d’être guidé par une vérité transcendantale a de quoi fondamentalement inquiéter. Le néolibéralisme est actuellement sur la défensive. La crise de 2008 et ses suites, son inefficacité à relancer la croissance et à gérer la transition écologique tendent à le remettre en question.

Les grandes organisations internationales remettent en cause certains de ses dogmes comme la libéralisation du marché du travail, la « théorie du ruissellement », la liberté des capitaux… Ce qui se joue aujourd’hui, c’est une crise de régime économique, au sens de celle que l’on a connue dans les années 1930 et 1970. Dans ce contexte, la tentation autoritaire du néolibéralisme se renforce.

En février dernier, Dani Rodrik, l’économiste étasunien d’origine turque, professeur à Harvard, signalait que les démocraties libérales n’étaient pas menacées uniquement par un glissement vers la « démocratie illibérale », danger souvent agité. Un autre existe : « les libéralismes non démocratiques ». Cette idée a été développée par un autre chercheur de Harvard, Yascha Mounk, dans un chapitre de son ouvrage Le Peuple contre la démocratie, traduit aux éditions de l’Observatoire. Il s’agit d’un système où les vraies décisions sont soumises à des règles non choisies, issues de principes non démocratiques définis par l’ordre économique, et où le pouvoir se doit d’assurer l’obéissance des États à ces lois, s’il le faut au prix des libertés fondamentales. C’est vers un tel destin que la France semble désormais se diriger.

Source https://www.mediapart.fr/journal/france/040219/les-origines-economiques-de-l-autoritarisme-d-emmanuel-macron?onglet=full

La mer Méditerranée vidée de ses bateaux de secours aux migrants

Sauvetage en mer par l’équipe de Sea-Watch. [Marcus Wiechmann/Sea-Watch.Org]

Le blocage italien du navire de l’ONG allemande Sea Watch dans le port de Catane, en Sicile, laisse pour l’instant la Méditerranée sans bateaux d’organisation humanitaire pour secourir des migrants. Un article d’Euroefe.

L’embarcation Sea Watch 3 est paralysée dans le port sicilien de Catane, depuis que les autorités italiennes ont détecté une série « d’irrégularités ». Le bateau ne pourra pas ressortir en Méditerranée tant que la situation n’est pas éclaircie.

Le parquet de Catane a ouvert une enquête, qui pour l’instant n’est dirigée vers personne en particulier, après que l’ONG a débarqué le 31 janvier 47 migrants secourus en mer douze jours plus tôt.

Ces personnes ont attendu pendant presque deux semaines qu’on leur donne un accès à un port, jusqu’à ce que l’Italie laisse l’embarcation se diriger vers Catane, suite à un accord de relocalisation des personnes sauvées entre sept pays européens.

L’enquête a été ouverte pour écarter l’hypothèse d’une supposée association criminelle destinée à faciliter l’immigration illégale. Selon les médias italiens, le procureur Carmelo Zuccaro veut déterminer si l’équipage a agi en toute légalité et identifier les possibles trafiquants de personnes.

Carmelo Zuccaro est connu dans le pays pour avoir entrepris plusieurs actions contre les ONG opérant en Méditerranée centrale et a accusé par le passé ces organisations de complicité avec les réseaux de trafiquants de personnes.

Pour l’ONG allemande, la décision de bloquer le navire n’est autre qu’un « prétexte technique pour mettre un terme aux activités de sauvetage en mer ».

Dernier navire de sauvetage

Le Sea Watch 3 était le dernier bateau présent en Méditerranée pour porter secours aux migrants qui tentent d’atteindre les côtes européennes dans des embarcations de fortune.

En janvier, l’ONG espagnole Proactiva Open Arms a reproché aux autorités espagnoles d’empêcher le « Open Arms » de sortir du port de Barcelone, puisque la Sécurité maritime, qui dépend du ministère du Développement, ne lui donnait pas l’autorisation d’appareiller pour la Méditerranée centrale.

Le fondateur et directeur de cette ONG, Òscar Camps, assure que son organisation respecte « toutes les obligations légales ».

Le 2 février, Òscar Camps a regretté la « persécution » dont font l’objet depuis deux ans les ONG qui sauvent des vies en Méditerranée. Une campagne qui a commencé avec les accusations selon lesquelles elles attiraient les migrants, puis les autorités s’en sont prises aux sources de financement, puis ont procédé à la formation des garde-côtes libyens.

Désormais, les États isolent les bateaux dans les ports avec des blocages administratifs « incompréhensibles » qui selon lui, ont pour but d’écarter tous témoins en Méditerranée.

Une décision politique

« Tout laisse penser qu’il s’agit d’une décision politique pour éloigner les ONG de la Méditerranéequi transportent à bord des politiques, des journalistes qui mettent en lumière ce qui se passe en mer », estime Òscar Camps.

Le navire de l’ONG Sea Eye est en train de mener à bien les actions nécessaires au changement et à la mise au point de l’équipage, et prévoit de reprendre la mer dans deux semaines.

L’Aquarius est aussi à l’arrêt après que les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières ont annoncé en décembre la fin de la mission d’un navire qui, depuis son premier départ du port de Marseille en février 2016, a porté secours à près de 30 000 personnes dans les eaux internationales.

Depuis le mois de juin, le « Lifeline » de l’ONG allemande du même nom est détenu à Malte, où il fait l’objet d’une enquête sur sa situation administrative, après le débarquement à La Valette de quelque 230 immigrants six jours plus tôt.

La petite ONG allemande Jugend Rettet a également vu son bateau « Iuventa » saisi par les autorités italiennes en août 2017, le même mois où Médecins Sans Frontières (MSF) a annulé les opérations de « Prudence » et Save the Children a fait la même chose avec « Vos Hestia ».

Un mois plus tard, l’ONG maltaise Migrant Offshore Aid Station (MOAS) a mis fin à ses activités de secours en Méditerranée, faute d’« abris garantis pour les personnes sauvées dans des ports sûrs » et s’est dirigée vers l’Asie du Sud-Est pour aider le peuple Rohingya.

Selon les données du ministère italien de l’Intérieur, 202 migrants sont arrivés sur les côtes du pays depuis le début de l’année, c’est 95,58 % de moins que les 4 566 personnes qui sont arrivées en 2018 et 4 531 personnes en 2017 durant la même période.

Source https://www.euractiv.fr/section/all/news/la-mer-mediterranee-videe-de-ses-bateaux-de-secours-aux-migrants/

Rappel collecte pour le convoi solidaire pour la Grèce

COLLECTE  POUR REMPLIR LES 27 FOURGONS

Nicolas conduira le camion de Savoie. Il sera présent ce mercredi 6 février à Grenoble de 14h à 16h rue Berthe de Boissieux. Voir ci-dessous la liste des besoins et des points de collectes pour ce convoi.

Rappel des besoins

Les besoins sont urgents en :

Fournitures bébés : lait infantile en poudre (tous âges) petits pots, mixers , soins bébés, sérum, vitamines, couches ( surtout 3, 4 et 5), lit parapluie, poussettes,

Jouets : tels que figurines, ballons, cordes à sauter, legos, stylo, feutres, ( pas de peluches),

Produits d’hygiène et paramédicaux : gels douches, shampoings, savons, protections périodiques, dentifrice, brosses à dents, lessives, pansements, produits ménagers, pansements, désinfectant, chevillères/genouillères, ( ni attelles, ni médicaments) Biafine, Cicatryl, fournitures dentistes (pour dispensaires autogérés),

Matériel : bouilloires, frigos, fours, machine à laver ( en état de marche), marmites, louches,

Base alimentaire : légumes secs, fruits secs, biscuits, céréales, pâtes, riz, lentilles, thé, café, autres. La date de péremption minimale recommandée est mars 2019.

Matériel spécifique pour la résistance :  ramettes papiers, photocopieuses ( en état de marche) ordinateurs, écrans, disques durs clés USB, carte SD, appareils photos/vidéos, téléphones…

n’oubliez pas des messages de soutien : avec éventuellement dessins, photos, affiches,autocollants, infos sur vos luttes…. Des confiseries fermées et non fragiles peuvent être ajoutées.

Important : la place dans les fourgons n’étant pas extensible, merci de vous en tenir à cette liste. Suite à des collectes sur place plus besoin de couvertures et de vêtements.

Soutien financier : chèque à l’ordre d’ANEPOS à envoyer à ANEPOS « Action Solidarité Grèce » BP10 81540 Sorèze . Cela permet aux collectifs sur place de compléter eux mêmes. Virement et Paypal possibles sur le site www.lamouretlarevolution.net dans la rubrique  » prochain convoi solidaire ».

Si vous voulez partir avec le collectif Anepos, avec votre véhicule, ou aider en créant un point collecte dans votre secteur géographique : solidarite@anepos.net.

Les lieux de collecte confirmés  à ce jour .

En Haute-Savoie (74) 

Attac 74 Chablais à contacter par Facebook, https://www.facebook.com/attac74chablaishttps://www.facebook.com/attac74chablais/?tn-str=k*F  ils répondent dans la journée

La ronde du bio, 307 route de Thones, 74 210 Faverges, https://larondedubio.com/ tous les jours sauf dimanche

En Savoie (73)

Caroline à Lescheraines 73 340 , en fin de journée 06 89 13 40 51

6 février à partir de 18h à ARCHIMALT 95 Rue de Bolliet, 73230 Saint-Alban-Leysse suivie à 20h d’un concert  organisé par des individu-es, des membres du Collectif Sans Frontières

En Isère ( 38)

Nicolas le chauffeur de Savoie tiendra une permanence mercredi 6 février de 14h à 16h dans la rue Berthe de Boissieux à Grenoble. Il y aura un drapeau grec pour le repérer ( tel 06 09 04 17 53 ).

Vies perdues en méditerranée alerte du HCR

Méditerranée : six décès de migrants et réfugiés par jour en moyenne en 2018, selon le HCR

© UNHCR/Hereward Holland
Une Ethiopienne prie quelques minutes après avoir été secourue par le navire Sea Watch, au large de la Libye.
 
Malgré une baisse importante du nombre d’arrivées sur les côtes européennes, un total de 2.275 migrants et réfugiés sont morts ou portés disparus en tentant de traverser la Méditerranée l’an dernier. Parallèlement, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR) souligne que 139.300 personnes sont arrivées en Europe par la mer, essentiellement via l’Espagne.
Selon le rapport intitulé Voyages du désespoir, publié aujourd’hui par le HCR, six vies humaines ont été perdues, en moyenne, chaque jour. Si le nombre des arrivées est celui le plus faible en cinq ans, les réfugiés et les migrants qui tentent de rejoindre l’Europe par la mer Méditerranée ont perdu la vie à un rythme alarmant en 2018, regrette l’agence onusienne.

Sur les itinéraires reliant la Libye à l’Europe, une personne est décédée en mer sur 14 arrivants en Europe – soit une forte hausse par rapport au taux de l’année 2017. Des milliers d’autres ont été renvoyées en Libye, où elles vivent dans des conditions épouvantables dans des centres de détention.

Dans le même temps, l’agence onusienne note qu’une réduction des opérations de recherche et de sauvetage continue de faire de cette traversée maritime la plus meurtrière au monde. Or « sauver des vies humaines en mer n’est ni un choix, ni une question de politique, mais bien une obligation séculaire », a estimé Filippo Grandi, le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Le nombre de morts en Méditerranée occidentale a presque quadruplé

Par ailleurs, le rapport révèle également des changements importants intervenus dans les itinéraires empruntés par les réfugiés et les migrants. Pour la première fois ces dernières années, l’Espagne est devenue le principal point d’entrée en Europe avec environ 8.000 arrivées par voie terrestre (à travers les enclaves de Ceuta et Melilla) et 54.800 autres personnes ont traversé avec succès la dangereuse Méditerranée occidentale.

Par conséquent, le nombre de morts en Méditerranée occidentale a presque quadruplé, passant de 202 en 2017 à 777. Environ 23.400 réfugiés et migrants sont arrivés en Italie en 2018, soit cinq fois moins que l’année précédente. La Grèce a reçu un nombre similaire d’arrivées par la mer, environ 32.500 personnes, contre 30.000 en 2017, mais le nombre de personnes arrivant par sa frontière terrestre avec la Turquie a presque triplé.

Ailleurs en Europe, la Bosnie-Herzégovine a enregistré environ 24.000 arrivées de réfugiés et de migrants ayant transité par l’ouest des Balkans. Chypre a reçu plusieurs bateaux transportant des réfugiés syriens en provenance du Liban, tandis que le Royaume-Uni a connu un petit nombre de traversées depuis la France vers la fin de l’année.

Le rapport décrit d’ailleurs la manière dont les changements intervenus dans la politique menée par certains États européens ont entraîné de nombreux incidents, au cours desquels un grand nombre de personnes ont été immobilisées en mer pendant plusieurs jours, dans l’attente d’une autorisation d’accoster. « Les bateaux des ONG et leurs équipages ont été confrontés à des restrictions accrues dans le cadre de leurs opérations de recherche et de sauvetage », déplore le HCR.

© UNHCR/Hereward Holland
Des réfugiés et migrants africains à bord d’un bateau attendent d’être secourus par le navire Sea Watch, au large de la Libye.

Avoir le courage et l’ambition de regarder au-delà du prochain bateau

Pourtant selon M. Grandi, « nous pouvons mettre un terme à ces tragédies ». Pour le chef du HCR, il suffit juste d’avoir « le courage et l’ambition de regarder au-delà du prochain bateau ». Il plaide aussi pour l’adoption « d’une approche à long terme fondée sur la coopération régionale et centrée sur la vie humaine et la dignité ».

D’autant que pour beaucoup de ces migrants et réfugiés, l’arrivée en Europe représentait la dernière étape d’un voyage cauchemardesque, au cours duquel elles ont été victimes de torture, de viols et d’agressions sexuelles, ainsi que de menaces d’enlèvement ou de détention en échange d’une rançon.

Toutefois, des lueurs d’espoir ont été constatées ça et là. Malgré l’impasse politique sur la mise en place d’une approche régionale en matière de sauvetage et de débarquement en mer, comme l’avaient demandé le HCR et l’OIM en juin dernier, plusieurs États se sont engagés à relocaliser les personnes secourues en Méditerranée centrale – ce qui pourrait constituer le fondement d’une solution prévisible et durable. Des milliers de places de réinstallation ont également été promises par les États pour évacuer les réfugiés hors de Libye.

Selon l’Agence des Nations Unies chargé des migrations (OIM), 5.757 migrants et réfugiés sont entrés en Europe par la mer depuis le début de cette année, soit une légère hausse par rapport aux 5.502 qui étaient arrivés pendant la même période l’an dernier. Près de trois semaines après le début de l’année, 207 décès ont été recensés le long des trois principaux itinéraires méditerranéens, contre 242 à la même période en 2018.

Source https://news.un.org/fr/story/2019/01/1035212

Sur Arte un reportage sur les VioMe

ARTE Regards – Des savons pour résister
Une usine grecque autogérée lutte contre la crise

Disponible du 30/01/2019 au 29/04/2019 – Prochaine diffusion le samedi 2 février à 04:00

Leur usine de Thessalonique ayant fait faillite, ces anciens salariés ont décidé de s’organiser en coopérative ouvrière et de produire en autogestion des savons biologiques. Sans chef ni hiérarchie, les travailleurs prennent toutes les décisions en commun et se versent tous le même salaire…

Au plus fort de la crise financière, la société Philkeram Johnson, l’un des principaux producteurs de carrelage en Grèce, faisait faillite. Brusquement licenciés, les anciens salariés de l’usine Vio.Me, au nord de Thessalonique, ont décidé de ne pas baisser les bras. Après s’être réapproprié les lieux, ils se sont organisés en coopérative ouvrière, et produisent désormais en autogestion des savons biologiques. Sans chef ni hiérarchie, les travailleurs prennent toutes les décisions en commun et se versent tous le même salaire. Mais les créanciers de Philkeram Johnson agitent le spectre d’une vente forcée de l’usine. Cette expérience sociale pourra-t-elle se poursuivre encore longtemps ?

https://www.arte.tv/fr/videos/073399-064-A/arte-regards-des-savons-pour-resister/?fbclid=IwAR3TIIIW4yMdttaP-XmE2P6G_NRr7fmD8RTiDP7BPD_ZeUaQ4zU-97pGzu0

Le collectif de Grenoble soutient depuis 2016 les VioMe et organise chaque année une commande groupée de leurs produits.

Macron Président des ultras -riches

Aude Lancelin reçoit Monique Pincon-Charlot dans Le Média

L’enquête des Pinçon-Charlot, « Le Président des riches », paru en 2010 est sans doute un des coups symboliques les plus rudes qui aient été porté à la présidence de Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui le célèbre couple de sociologues publie « Le Président des ultra-riches », un livre qui ne contribuera pas à réconcilier les Français avec Emmanuel Macron, en pleine crise des Gilets jaunes. « Chronique du mépris de classe sans la politique d’Emmanuel Macron », est-il sous-titré. Ils y détaillent le parcours du « leader des marchés libres » comme l’avait surnommé le magazine Forbes, et les renvois d’ascenseurs constants en direction des plus nantis de ce Président choisi par la caste pour servir la caste. La démonstration est féroce, implacable.

Sur la question Macédonienne

Après l’accord de Prespa : réflexions sur la question dite « macédonienne »  Le blog de Emmanuel Kosadinos sur Médiapart

L’accord de Prespa a été ratifié le 25/01 par le Parlement grec à courte majorité. L’opinion publique grecque et les manifestations de rue contestent sa légitimité. L’opposition a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de respecter l’accord à la lettre, notamment pour l’intégration de la «Macédoine du Nord» à l’UE. L’avenir géopolitique des Balkans est loin d’être apaisé après cette ratification.

Liminaire

Au départ ce texte était destiné à des ami-e-s françai-se-s qui se sont intéressés à la question, aux moments des mobilisations en Grèce contre la signature de l’accord de Prespa et de sa ratification. L’accord a été finalement ratifié par le Parlement grec (le 25/01/19), dans des conditions qui ne garantissent pas pleinement sa légitimité ni son application de bonne foi. Je tente ici d’apporter des clarifications sur le signifiant « Macédoine » dont «l’ambiguïté» crée «la duplicité du sujet» qui le porte, selon la formule du psychanalyste français Jacques Lacan.

Ayant vécu en France la totalité de ma vie active, Français par naturalisation, je ne prétends pas traduire le sentiment du peuple grec sans risque de le trahir. L’émergence  d’un sentiment populaire est un processus partiellement opaque, à la fois d’identification et de division, de rassemblement et de clivage. Ni je prétends épuiser les aspects géopolitiques de la question, nécessaires néanmoins à évoquer. Par ce texte je réponds aux questions les plus fréquentes des camarades françai-se-s.

Pourquoi cette question, subsidiaire en apparence, suscite autant d’émotion et de mobilisation en Grèce aujourd’hui, alors que des questions relatives aux conditions de vie du peuple grec et à son avenir dans l’Europe ne mobilisent pas autant ?

Aujourd’hui en Grèce les « corps intermédiaires » (partis, syndicats, médias, intelligentsia) sont discrédités et peinent à se faire les porteurs légitimes de revendications populaires. Ce phénomène, présent de nos jours dans plusieurs pays et notamment en France, est plus accentué en Grèce, à cause de la trahison du parti SYRIZA au pouvoir, transformé en quelques mois de porte-parole des revendications populaires en pilier et moteur des politiques néolibérales antisociales.

Encore, il est difficile aujourd’hui de proposer en Grèce la grève comme moyen pour défendre les conditions de vie et les droits des travailleu-se-rs. Le chômage supérieur à 20% et la grande précarité de l’emploi (60% de contrats) sont des freins puissants à toute mobilisation ouvrière.

Ainsi, l’apparition des questions «nationales» dans un débat public qui reflète, de manière plus ou moins biaisée, les risques géopolitiques réels qui pèsent sur le pays, permet la poursuite d’une discussion politique dans la société et offre un terrain pour exprimer des critiques face au gouvernement et à ses alliés et de mettre en scène sur la place publique une contestation massive, sans pour autant exposer les contestataires aux risques liés aux luttes ouvrières.

Les politiques oppressives de l’UE et de la Troïka imposées au peuple grec créent, sous différentes orientations idéologiques, la défiance générale vis-à-vis des «étrangers». Le champ de rassemblement créé autour des questions dites « nationales » est très vaste, incluant des forces anti-néolibérales démocratiques, ou issues du camp progressiste historique. Mais il comporte aussi en grande partie des forces apolitiques, conservatrices, nationalistes et des forces fascisantes. Ces dernières, après avoir perdu, suite au dévoilement du caractère criminel du parti «Aube Dorée», l’initiative de mouvement, récupèrent, sous prétexte de «défense des intérêts de la nation», un terrain propice à déployer leur propagande et la contenance nécessaire pour poursuivre des actions de provocation et de violence.

Dans tous les cas, le glissement actuel de la vie politique en Grèce favorise la création dans l’opinion publique de majorités éphémères et hétéroclites et déstabilise à court et moyen terme les institutions. Les répercussions politiques de la gestion et instrumentalisation par le gouvernement SYRIZA de la question dite «macédonienne» cristallisent la marche d’un tel processus.

Le débordement émotionnel suscité par cette question ne s’explique pas uniquement par les causes du présent. Pour se projeter dans la psychologie des Grecs, il faudrait penser à la guerre d’Algérie et à la propagation, jusqu’à nos jours, de ses ondes de choc affectives dans la vie publique de la France. Dans l’un cas comme dans l’autre, la sensitivité et le caractère excessif des réactions s’appuient sur les traces d’une mémoire collective, immédiate ou trans-générationnelle, chargée de représentations de violence et d’angoisse, et sur des récits véhiculant aussi bien des identifications héroïques que des questions honteuses, une subjectivation de l’histoire souvent menteuse.

Rassemblement massif à Athènes pour s'opposer à l'accord de Prespa et revendiquer l'hellénicité exclusive de la Macédoine Rassemblement massif à Athènes pour s’opposer à l’accord de Prespa et revendiquer l’hellénicité exclusive de la Macédoine
 Des éléments d’histoire susceptibles de diminuer (ou d’augmenter) la confusion

Le partage des territoires et des ressources du Sud des Balkans (question dite « macédonienne ») ont été à l’origine de plusieurs guerres meurtrières sur le territoire grec : 1903, 1912, 1913, 1922, 1941, 1946 ! 

À celles-ci il faut ajouter les conflits armés qui se sont déroulés sur le territoire de la Bulgarie et de l’ancienne Yougoslavie.

Dans la mémoire historique du peuple grec (mais aussi d’autres peuples de la région) sont  inscrites avec vivacité les atrocités commises par les partisans du «comité bulgare», organisation œuvrant pour le rattachement de toute la région à la Bulgarie, sous les auspices du gouvernement bulgare et de l’Église orthodoxe de Bulgarie qui, après avoir proclamé son indépendance (Exarchiat) de l’Église orthodoxe de Constantinople, agit en fer de lance du nationalisme bulgare. 

Le peuple de l’actuelle  «Macédoine du Nord» parle une langue très proche du bulgare, ainsi dans la perception de plusieurs Grecs contemporains il y a identification erronée des slavophones du Nord de la Grèce avec les  «komitadjis» bulgares, amalgame que l’enseignement de l’histoire dans les écoles grecques n’a pas réussi à dissiper. À l’époque des conflits balkaniques (1903-1913) la langue et identité distincte des slavophones du Sud des Balkans n’était pas reconnue comme telle. Une grande partie de cette population se définissait comme  «macédoniens orthodoxes» en opposition aux Bulgares  «schismatiques» et appelaient leur langue «patois local» (ndopia/ ντόπια).

Les atrocités du « comité bulgare » ont été perpétrées  contre des «orthodoxes» Grecs et slavophones, des musulmans, des roumains, bref de tous ceux qui ne partageaient pas la cause du rattachement à la Bulgarie. Pour que la confusion soit encore plus grande, plusieurs communautés ethniques de la région avaient leurs propres «comités» et donc tous les belligérants portaient tous le nom «komitadjis».

Groupe armé de "komitadjis" (1903-908) posant pour une carte postale d'époque Groupe armé de « komitadjis » (1903-908) posant pour une carte postale d’époque

Cette guerre (1903-1908) étant une guerre de groupes irréguliers dans un territoire d’une grande mixité, il n’était pas toujours possible de distinguer les alliés des ennemis (géométrie variable des alliances) et il a fallu parfois se remettre à Dieu pour «qu’il reconnaisse les siens» (!). Ainsi les récits de ce conflit varient beaucoup selon le point de vue du narrateur.

Drapeau de la "Commune de Krouchevo" de 1903. Y est inscrite la devise "la liberté ou la mort" Drapeau de la « Commune de Krouchevo » de 1903. Y est inscrite la devise « la liberté ou la mort »

Un épisode toutefois remarquable de cette époque, appartenant incontestablement à l’histoire du peuple de la «Macédoine du Nord», est celui de l’éphémère Commune de Krouchevo, en 1903, ville située dans la partie occidentale de la MdN. Cette expérience de fédéralisme républicain radical fut écrasée dans le sang, par les troupes ottomanes, au bout de dix jours. Elle avait accordé la gouvernance de la ville à des conseils représentatifs des différentes communautés ethniques qui la partageaient et fait partie de l’héritage historique du mouvement d’émancipation dans les Balkans.

Évidemment, l’histoire n’est pas un album d’images. Elle est surtout ce que les humains en font. Les conflits passés souvent se téléscopent avec les conflits actuels et futurs et façonnent l’interprétation du monde pour les personnes et les communautés qui y ont participé. Pour les Grecs, le dernier conflit armé où ils ont été impliqués fut le conflit à Chypre, en 1974. Même si Chypre ne fait pas partie des Balkans, mais plutôt du Moyen Orient, les enjeux et les acteurs géopolitiques sont partiellement communs, d’une manière ou d’une autre. Les personnes ayant vécu directement le conflit chypriote ont aujourd’hui 60-70 ans, leurs enfants 30-40.

Le drapeau arborant le soleil à douze branches, mais sur fond bleu, est brandi par des manifestants grecs qui revendiquent "l'hellénicité exclusive" de la Macédoine Le drapeau arborant le soleil à douze branches, mais sur fond bleu, est brandi par des manifestants grecs qui revendiquent « l’hellénicité exclusive » de la Macédoine

Y a-t-il une identité macédonienne ?

Depuis l’auto-proclamation de la «République de Macédoine» en tant qu’État indépendant cette question ne se pose qu’en termes de recherche scientifique rétrospective. Lorsqu’elle fut posée  en termes politiques, les réponses données ont dépendu des parties politiques respectives. Si l’histoire se lit au passé, elle s’écrit toujours au présent.

Je pars du principe que les identités collectives se créent chaque fois que des collectivités s’en réclament. Aujourd’hui la majorité slavophone (66%) des résidents de la «Macédoine du Nord» se réclament d’une identité macédonienne (« Makedonci »). La totalité des résidents de la région «Macédoine» du Nord de la Grèce s’en réclament aussi («Μακεδόνες») en lui accordant un contenu historique et culturel différent. Une partie des résidents du Sud-Est de la Bulgarie pourraient aussi se réclamer  «macédoniens ».

Il faudrait tour à tour relativiser et déconstruire les identifications partisanes, pour en construire d’autres permettant la coopération et le bien vivre ensemble, sans pour autant dénier aux collectivités distinctes de la région le droit de choisir une nomination les désignant et d’en faire usage pour développer leur potentiel économique et culturel.

La création d’une entité étatique sur la base d’un’ identité « macédonienne » pose toutefois la question sur une autre base. La  «République socialiste fédérée de Macédoine», instituée en 1945 après la libération des nazis en tant que partie constituante (avec les 5 autres Républiques) de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, puis la  «République de Macédoine» née (après sa sortie par référendum de la Yougoslavie) en tant qu’État indépendant en 1991, sont des États fondés sur la reconnaissance d’une nationalité  «macédonienne» et l’officialisation d’une langue, pour la première fois de l’histoire.

Toutefois, l’identification de l’État à une nation  «macédonienne» n’a lieu qu’en 1989 (encore dans le cadre de la Yougoslavie) par amendement de la Constitution de la République fédérée, déniant aux minorités albanaise et turque le statut de co-fondatrices de la République. Cet amendement a d’ailleurs suscité des troubles sérieux de l’ordre public à l’intérieur. Mais, si la délimitation du périmètre interne de la nationalité pose des questions, celle de son périmètre externe suscite d’autres complications, se heurtant à la méfiance et l’hostilité des pays voisins (Grèce, Bulgarie, voire même Albanie) qui abritent des minorités apparentées et/ou incluent des territoires portant le nom de  «Macédoine». La mémoire des conflits régionaux du 20e siècle est la poudre et toute imprudence pourrait allumer la mèche.

En ce qui concerne la Grèce en particulier, le nom de la  «Macédoine» est associé à l’héritage hellénique de l’Antiquité, partie constituante de l’idéologie de l’État grec, depuis que celui-ci s’est créé au début du 19e siècle en se détachant de l’Empire ottoman par une révolution et une guerre d’indépendance sanglante qui dura 11 ans (1821-1832).

L’équilibre armé entre les 2 super-puissances (USA, URSS) a gelé ce type de tensions dans les Balkans. Pendant la période qui a suivi la fin de la deuxième guerre jusqu’à l’effondrement de l’Union Soviétique, même si les angoisses et frustrations se sont pérennisées, la survenue d’un nouveau conflit armé semblait improbable, chaque pays de la région, y compris la Yougoslavie non-alignée, bénéficiant de la protection potentielle d’une des deux grandes puissances. Il y a eu cependant aussi durant cette période des passes d’armes diplomatiques au sujet du nom de la Macédoine.

En même temps, des conflits beaucoup plus sérieux, aux nombreuses victimes humaines, sont survenus entre la Grèce et la Turquie, toutes les deux membres de l’OTAN.

Manifestation nationaliste en Macédoine du Nord. Le drapeau avec le soleil à douze branche, référence à un symbole du patrimoine archéologique grec, est brandi par les manifestants. Son utilisation est interdite en Macédoine du Nord après la signature de l'accord de Prespa Manifestation nationaliste en Macédoine du Nord. Le drapeau avec le soleil à douze branche, référence à un symbole du patrimoine archéologique grec, est brandi par les manifestants. Son utilisation est interdite en Macédoine du Nord après la signature de l’accord de Prespa

Y a-t-il une minorité « macédonienne » slavophone en Grèce aujourd’hui ?

Suite aux déplacements de populations qui ont accompagné les guerres de 1912, 1913 et 1922, la communauté slavophone de Grèce (hétérogène au départ) s’est beaucoup réduite. Les politiques d’assimilation forcée, appliquées entre 1913 et 1940 ont entravé et réprimé le droit d’expression dans la langue maternelle et mis en place des discriminations. Des politiques d’assimilation forcée ont également été appliquées, à large échelle, en Yougoslavie et Bulgarie royalistes.

En 1945, après la libération de la Yougoslavie, s’est constituée la « République socialiste fédérée de Macédoine » devenue foyer étatique du peuple slave du Sud-Ouest des Balkans. La nouvelle République fédérée est devenue terre d’accueil pour les macédo-slaves discriminés ou persécutés dans les pays frontaliers.

Pendant et après la guerre civile grecque, un grand nombre de slavophones a traversé la frontière pour s’installer en République yougoslave de Macédoine. Des familles ont été séparées. Les biens de celles et ceux qui, dans ce contexte, ont quitté la Grèce ont été expropriés. Qualifiés « d’allogènes » ces réfugiés n’ont jamais obtenu le droit de retour, sauf individuellement et à échelle limitée. Il est difficile de recenser leur nombre car, contrairement aux réfugiés communistes grecs accueillis dans d’autres pays de l’Europe de l’Est, les réfugiés macédo-slaves ont acquis la citoyenneté yougoslave. On estime toutefois leur nombre autour des 30.000.

Après-guerre, l’exode rural et l’émigration vers l’Occident ont davantage réduit la taille de cette communauté et accéléré, dans le premier cas, son assimilation à la société grecque.

Aujourd’hui le groupe slavophone le plus nombreux sur le territoire de la Grèce est celui des Pomaques, musulmans sunnites ou alévites, résidant de Thrace, à environ 300 km (et près de 4 heures de voiture) de la « Macédoine du Nord », totalement indifférents à la question de l’identité « macédonienne » telle qu’elle est posée par Skopje.

Des macédo-slaves (proches culturellement du peuple de « Macédoine du Nord ») il en existe cependant toujours en Grèce. Ils se concentrent dans le département de Florina et les autres départements frontaliers du nord-ouest de la Grèce. Une partie d’entre eux se réclame de l’identité culturelle (à distinguer de la nationalité) macédonienne slave. Lors des élections européennes de 2009 ce courant a présenté la liste « Arc-en-ciel » qui a obtenu 4.530 voix (0,09%), dont 2.594 (5,7%) dans les départements frontaliers. C’est bien peu pour légitimer une revendication d’auto-détermination. Il s’agit en général de personnes bilingues ou simplement hellénophones, socialement intégrées et subissant beaucoup moins de discriminations, depuis l’accès au pouvoir des socialistes du PASOK, en 1981.

Si l’autodétermination n’est point à l’ordre du jour de cette communauté, le respect de ses droits de minorité est une obligation de l’Etat grec qui découle de la « Convention-cadre pour la protection des minorités nationales » du Conseil d’Europe, de 1991.  Cette convention a été co-signée par la Grèce, mais jamais ratifiée par son Parlement. La France et la Turquie ne l’ont jamais signée. La libre utilisation et l’enseignement de la langue maternelle, le droit d’utiliser son nom et patronyme d’origine, le droit d’affichage de la langue locale ou régionale sur les inscriptions publiques sont inscrits dans cette Convention-cadre.

La mise en place de telles conventions internationales a pour but la protection des droits civiques, mais aussi de priver d’arguments toutes interventions d’un pays aux affaires internes d’un autre, sous prétexte de protection d’une minorité. Cette question est renvoyée aux obligations de chaque Etat face à ses citoyen-ne-s et à ses rapports avec la communauté internationale dans son ensemble. Les conventions multilatérales sur les droits individuels ou collectifs visent la stabilité et le maintien de la paix dans le monde.

On doit considérer aujourd’hui comme inacceptable toute influence de la diplomatie bilatérale entre Etats sur le statut des minorités nationales ou religieuses. C’est bien les jeux diplomatiques et les rapports de force entre Etats qui ont occasionné le déracinement forcé et le déplacement de millions de personnes lors du 20e siècle dans les Balkans, et de plusieurs autres millions dans le monde entier. Au détriment de l’égalité et de la laïcité, des conséquences de ces politiques subsistent encore, dans des pays balkaniques, notamment la Grèce. Il est du devoir de la Gauche radicale humaniste de lutter pour leur abolition.

Historiquement favorables aux droits de minorités, les communistes grecs ont souligné combien cela était important pour le maintien de la paix dans la région, citant souvent cet argument lors des procès qui leur ont été infligés dans les années 1930.

En France, malgré l’absence d’autorisation légale, les panneaux bilingues affichant la langue régionale existent maintenant depuis des décennies. Ils sont mis en place par décisions des autorités locales, départementales ou régionales.

Ce n’est pas le cas en Grèce, où les inscriptions bilingues, affichant une langue minoritaire non hellénique, font scandale, alors bien que tout visiteur de la Grèce constatera que toutes les inscriptions sont doubles, écrites  en alphabets grec et latin pour le confort des touristes occidentaux.

L’affichage d’un panneau en langue macédo-slave par « Arc-en-ciel » devant ses locaux à Florina a déclenché, en 1995, l’assaut et le saccage des locaux, par des nationalistes en plein jour. Cette affaire a finalement conduit, en 2005, à la condamnation de la Grèce par la CEDH.

La question de la communauté slavo-macédonienne grecque ne doit pas être posée en fonction de la diplomatie de Etats, ni d’identifications nationalistes. L’enjeu pour cette communauté et le peuple grec sont l’épanouissement économique et culturel, les droits civiques et la justice sociale pour tout-te-s.

Au-delà de ses spécificités culturelles et de son héritage historique, cette communauté partage, avec l’ensemble du peuple grec, les effets de la crise, ressentis avec une intensité particulière dans plusieurs zones périphériques, notamment du Nord de la Grèce. Le développement de la vie économique et culturelle locale, à travers la vie associative, les coopératives, l’économie sociale et solidaire, est la seule voie pour le bien vivre ensemble et la disparition des anciennes rancunes et hostilités. La contribution des autorités régionales et municipales devrait être substantielle pour la réalisation de ces objectifs.

Malheureusement, les réformes des collectivités territoriales, imposées d’en haut (notamment par l’UE et le FMI) et les restrictions drastiques de leurs budgets ont rendu ce travail mission impossible. Alors que, les privatisations, la réduction des services publics de proximité et l’imposition lourde des paysans, mis en place par le gouvernement Tsipras, accentue la souffrance économique et sociale de ces populations.

Macédo-slaves et communistes grecs: des liaisons dangereuses historiques et leurs conséquences à long terme

Aux débuts du 20e siècle, moment de naissance du mouvement ouvrier en Grèce, la Fédération socialiste juive de Thessalonique fut co-fondatrice, les guerres nationalistes de 1903-1922, et l’inclusion consécutive des provinces du Nord dans le territoire national de la Grèce, ont été perçus comme hostiles à la classe ouvrière et au vivre ensemble des communautés locales et dénoncés.

Cette position «internationaliste» s’est régulièrement exprimée pendant les premières années de l’histoire du Parti Communiste de Grèce (KKE) et a donné lieu lors du 3e Congrès de novembre 1924, en écho aux projets de révolution prolétarienne dans l’ensemble des Balkans de l’Internationale Communiste, à la déclaration en faveur «d’une Macédoine unifiée et indépendante».

Cette position ne prenait pas en compte les modifications de la démographie en Macédoine grecque, suite aux «échanges de populations», déplacements forcés suite aux accords avec la Turquie et la Bulgarie. On ne peut que déplorer et dénoncer ces politiques d’Etat de l’époque, mais elles ont cependant créé une réalité. La position de 1924 du PC a contribué à limiter son influence parmi les couches populaires, notamment rurales, de manière qu’elle soit longtemps restée bien en deçà du brillant résultat de 13%, obtenu lors de sa première participation (1920) aux élections générales.

Il a fallu attendre l’occupation nazie et la constitution du «Front de Libération Nationale – EAM» pour que l’influence du PC sur la vie politique grecque devienne déterminante. La position du PC (KKE) sur la question dite «macédonienne» fut le prétexte de la persécution de ses militants pendant des années et de l’instauration des lois anticommunistes entre les deux grandes guerres.

Cette position, qualifiée des décennies après par le Parti comme «erreur historique», s’est progressivement effacée pendant les années 1930. Elle a été remplacée, lors du 6e Congrès de 1935, par celle de «la lutte pour la défense des droits et le traitement équitable de toutes les minorités ethniques». À ce moment, le PC (KKE), appliquant la ligne de l’Internationale de « la plus large unité dans la lutte contre le fascisme », dite du «Front Populaire» s’orientait vers une possible alliance avec le Parti Libéral vénizéliste, bourgeois et nationaliste. Ce projet est resté sur le papier, n’empêchant pas l’installation en 1936 du régime fasciste de Métaxas, dit «régime du 4 août», qui redoubla d’intensité les persécutions des opposants, particulièrement des communistes, et les politiques discriminatoires à l’égard des minorités.

Pendant la deuxième guerre mondiale et l’occupation nazie de la Grèce (1941-1944), alors qu’en Grèce (comme en Yougoslavie) un ample mouvement de résistance, animé par le Parti Communiste et des forces démocratiques, libérait une grande partie des régions rurales, la question dite «macédonienne» fut effleurée par les directions des résistances communistes des Balkans (Grèce, Yougoslavie, Bulgarie) et les gouvernements des puissances alliées lors de certains pourparlers. Toutefois, l’option privilégiée de toutes parts (y compris de l’Union Soviétique) fut le respect des frontières des États, telles qu’elles étaient tracées avant 1940.

La question « macédonienne » est remise à l’ordre du jour pendant la 2e étape (1946-1949) de la guerre civile grecque. La stratégie de l’insurrection armée, menée par le PC (KKE) et l’Armée Républicaine de Grèce (DSE), changea deux fois le long de ce conflit. Au départ riposte défensive face aux persécutions («terreur blanche») que la Droite infligeait aux résistants, l’insurrection fut par la suite pensée comme moyen de pression sur le gouvernement d’Athènes, puis moyen pour constituer un territoire «libéré» susceptible de peser sur l’échiquier international.

Dans ce contexte précis, la question «macédonienne» s’afficha de nouveau comme paramètre. En effet, dès 1946, plusieurs combattants slavophones, subissant les mêmes persécutions que les résistants communistes grecs, avaient rejoint  l’Armée Républicaine.

Les populations slavophones de Grèce, surreprésentées dans les territoires contrôlés par l’insurrection, fournissaient à la fin de la guerre civile le quart de contingents de l’Armée Républicaine. Nombre de ces combattants se réclamaient d’une identité «slavo-macédonienne» et réclamaient pour la minorité l’autodétermination, ou son rattachement à la Yougoslavie socialiste. Pour converger avec ces aspirations, le Parti Communiste de Grèce s’est déclaré, par décision de la 5e plénière du Comité Central en 1949, favorable «au droit à l’autodétermination» sans pour autant cautionner ni même mentionner une quelconque sécession territoriale, comme il s’en est par la suite justifié.

L’intégration des combattants slavophones dans l’Armée Républicaine ne fut pas très simple. Leur transfert vers des théâtres d’opérations éloignés des terres d’origine, des discriminations pour l’accès aux grades et aux postes de commandement, les incitations à ne pas utiliser la langue maternelle, les différences culturelles et les divergences d’objectifs, installèrent du mécontentement et une certaine méfiance de part et d’autre. Dans un contexte de lutte armée de telles tensions peuvent prendre parfois des formes violentes.

À partir de 1948, le conflit entre les directions de l’URSS et de la Yougoslavie compliqua davantage la situation. Le Parti Communiste de Grèce s’étant aligné sur les positions de Moscou, l’ancien allié yougoslave devint un adversaire, ce qui précipita la défaite de l’Armée Républicaine et la fin de la guerre civile en Grèce, en 1949. Des slavophones soupçonnés de «titisme» connurent un mauvais sort. Pour faire diversion au «titisme», le Parti Communiste de Grèce encouragea, 5 mois avant la fin de la guerre civile, la création de «l’Organisation Communiste de la Macédoine de la mer Égée – KOEM», slavophone et anti-titiste, placée sous contrôle de la direction du KKE.

Paradoxalement, la décision de la 5e plénière sur «l’autodétermination» et la création de la KOEM ciblait la direction communiste yougoslave, qui avait elle-même institué une «République de Macédoine», établissant un peuple dans un territoire. Belgrade fut donc bien agacée par la manœuvre mais la direction communiste bulgare, non informée du sens de cette politique du KKE, le fut également.

Mais c’est surtout à Athènes (et chez ses alliés occidentaux) que cette décision fut violemment dénoncée, qualifiée de trahison et de complot «contre l’intégrité de la nation». Une position rapidement abandonnée par le Parti, non sans avoir provoqué de grands dégâts. Ainsi la classe politique bourgeoise de la Grèce, la Droite en particulier, se saisirent de l’occasion pour établir dans leur propagande l’équation suivante : «communistes = partisans  = slavophones = sécessionnistes = traîtres = bandits = Bulgares, etc.». Des échos de ce discours se font entendre encore aujourd’hui, notamment du côté de l’ultra-droite.

Il en fallait beaucoup moins, en période de guerre froide, pour justifier des vagues successives de répression féroce et toutes sortes de discriminations. Elles furent dirigées contre les communistes bien entendu, les slavophones également, mais aussi contre les démocrates de Gauche, les militants pacifistes et quiconque pouvait être soupçonné d’être «un compagnon de route des communistes», concept-accordéon justifiant toutes sortes d’atteintes aux droits civiques et à la Démocratie.

La loi de bannissement du Parti Communiste (loi 509/47, abrogée en 1974) mentionnait le crime «de conspiration contre l’intégrité du territoire national», criminalisait les opinions politiques, prévoyait la peine de mort pour les délits politiques, instaurait la compétence des tribunaux militaires pour ces délits. Elle fut votée suite à la déclaration, lors du Congrès du PCF à Strasbourg, en 1947, du représentant du PC de Grèce que «suite à l’intransigeance des forces réactionnaires locales et internationales, la seule option disponible est la création d’une Grèce libérée avec son propre gouvernement», projet que l’Armée Républicaine a tenté, sans succès final, de mettre  en place. Mais, c’était la prise de position du KKE, en 1949, sur la question «macédonienne» (amalgame accessible au citoyen lambda) qui était a posteriori évoquée pour justifier ce «droit» d’exception et de terreur.

Aussi, un état d’urgence permanent s’appliquait en Grèce du Nord suite à l’instauration légale d’une «zone de surveillance renforcée» depuis la frontière nord jusqu’à 50 km en deçà. En tenant compte que la distance moyenne de la mer à la frontière nord, ainsi celle de Thessalonique, deuxième ville du pays à la frontière étant de 80 km, on voit bien l’étendue proportionnelle de cette  zone d’exception.

Ce statut exceptionnel pour une partie du territoire a été instauré en 1936 par le régime fasciste du «4 août» de Métaxas et a commencé à être abrogé, parcelle après parcelle, en 1974 après la chute de la dictature des colonels, pour disparaître complètement seulement en 1995 sous le gouvernement PASOK.

Dans cette zone la gendarmerie (instrument de répression politique et sociale, dissoute par premier gouvernement du PASOK en 1984) mais aussi des «milices citoyennes» auto-constituées exerçaient des pouvoirs de contrôle et de répression, au détriment des droits civiques comme on les conçoit dans une Démocratie. Cette ambiance, répressive et d’intolérance, favorisa la création en Grèce du Nord de groupuscules d’extrême droite, à vocation volontiers délictueuse, dont on peut voir les œuvres dans le film «Z» de Costa Gavras.

Les lacs de Prespa sont la frontière naturelle entre la Grèce, la MdN et l'Albanie. Ce paysage, d'une rare beauté, fut souvent le théâtre d'épisodes militaires Les lacs de Prespa sont la frontière naturelle entre la Grèce, la MdN et l’Albanie. Ce paysage, d’une rare beauté, fut souvent le théâtre d’épisodes militaires

 

Quel est l’enjeu et les conséquences du conflit autour du nom de la Macédoine, quel était l’enjeu de l’accord de Prespa ?

La Grèce, comme l’ensemble des membres de l’ONU, a reconnu la « Macédoine du Nord » comme Etat-membre. Le différend porte sur le nom sous lequel cet Etat figurerait dans les organismes internationaux. Quel que soit le nom porté, cet Etat entretient, depuis les «accords pour le rétablissement de la confiance» de 1995,  des relations avec la Grèce, y compris l’octroi de facilitations importantes pour le transit des marchandises et l’utilisation du port de Thessalonique. L’accord de 1995 a permis l’échange d’autorités diplomatiques (« bureaux diplomatiques ») même si ces délégations n’avaient pas jusqu’ici le statut d’ambassades ou de consulats.

Par ailleurs, la « Macédoine du Nord »  possède un consulat ou une ambassade dans 38 États étrangers et elle entretient des relations diplomatiques avec 167 États. Elle est membre de nombreuses organisations internationales, comme le Conseil de l’Europe, la Banque des règlements internationaux, le FAO, Interpol, l’Unesco ou encore l’Organisation internationale de la francophonie.

Dans un contexte géopolitique d’implosion de l’ancienne Yougoslavie, de montée des nationalismes et irrédentismes, des interventions militaires de l’OTAN en Yougoslavie, le refus de la Grèce, jusqu’au 25/01/2019 (jour de la ratification de l’accord de Prespa) de reconnaître à cet Etat la liberté de se nommer « République de Macédoine » avait pour cause la crainte des partis au gouvernement (Nouvelle Démocratie, PASOK) des retombées politiques intérieures qu’aurait l’acceptation du nom dont le pays voisin s’était doté dans sa Constitution, dont le texte comportait des formules à caractère irrédentiste. Ceci concernait surtout la référence faite à un « peuple macédonien vivant hors des frontières de l’Etat », énoncé pouvant servir d’appui pour des revendications territoriales au détriment des pays voisins (Grèce, Bulgarie, Albanie, Serbie).

Il existe, en effet, une diaspora  «macédonienne» importante mais elle est surtout présente hors des Balkans, en Australie en particulier, souvent acquise aux positions ultra-nationalistes. La présence dans le texte constitutionnel de la formulation «peuple national hors des frontières» pour qualifier les personnes émigrées (et leur descendance)  était très problématique. Imaginons la réaction de la France si un quelconque pays (État espagnol, Italie, Portugal, Pologne, Algérie, Tunisie, etc.) se revendiquait dans sa Constitution représentant et porte-parole légitime de ses citoyens émigrés et de leur descendance.

Une majorité de Grecs considère surtout que l’utilisation par l’État appelé aujourd’hui «Macédoine du Nord» de noms, insignes, références historiques appartenant à la Grèce antique est une usurpation d’identité, qui au-delà de leur hypothétique utilisation géopolitique, porte atteinte aux droits commerciaux de la Grèce en matière d’appellations d’origine, de tourisme et de culture.

Mon commentaire personnel est que le goût immodéré des dirigeants de la MdN, et de leurs sous-traitants commerciaux, pour le kitsch, nuit juste à notre culture et esthétique communes. Mais encore que, monuments bling-bling d’Alexandre, bâtiments publics de taille démesurée (pour lesquels on n’arrive pas à trouver les services publics à y loger) reproduisant de manière ratée le style de l’Antiquité, grandes fiestas pour célébrer la parenté (par Alexandre interposé) de l’État balkanique avec … l’Égypte pharaonique, sont aussi des atteintes à la décence, dans un pays où sévissent la pauvreté et le chômage.

La politique de sanctions imposées par la Grèce à son voisin pendant les années 1991-1995, culminant à un embargo d’un an et demi, imposé en dépit des règles de libre circulation, dont l’UE a été obligée de prendre acte. Les conséquences de l’embargo furent endossées davantage par le peuple que par l’oligarchie locale, mais elles ont contraint ses dirigeants de réduire la voilure de leurs ambitions et de signer l’accord « intérimaire » de 1995.

Ainsi la MdN (à l’époque ARYM) a accepté d’abroger les formulations irrédentistes de sa Constitution. La concession accordée, la plus visible, fut le changement du drapeau. Le premier drapeau de la République arborait, sur fond rouge, le soleil à douze branches, motif décoratif incrusté sur un coffret découvert dans une tombe ancienne, attribuée à la dynastie royale de la Macédoine antique, située près du village grec de Vergina, à plus de 200 km (et 3 heures de voiture) de la frontière. Le drapeau actuel porte un soleil doré à huit branches sur fond rouge mais le nouveau graphisme exclut tout amalgame visuel.

Le levier de pression utilisé par la Grèce sur de son voisin du Nord pour lui faire accepter de changer son nom « constitutionnel » fut de 1995 à 2018 le véto opposé à son adhésion à l’OTAN et à l’UE. Accessoirement ce fut un moyen de pression sur l’UE et l’OTAN, avéré toutefois d’efficacité négligeable.

Mentionnons que la MdN se porta plaignante contre la Grèce devant la Cour internationale de Justice en 2008 pour violation de l’accord de 1995, alléguant que la Grèce s’était opposée à son adhésion à l’OTAN, lors du sommet de Bucarest de la même année. La Cour, par son arrêté de 2011, donne raison à la MdN, l’effet de cette décision reste toutefois seulement déclaratif. Une simple lecture de l’arrêté de la Cour dévoile la faiblesse de l’accord de 1995 (susceptible à interprétation variable comme celui de 2018) pour parer à la mauvaise foi éventuelle des parties contractantes.

On apprend cependant que l’unique fois qu’une juridiction internationale a été saisie, c’était pour se prononcer sur ce qui se révèle le principal enjeu de la discorde : l’adhésion de la « Macédoine du Nord » à l’OTAN !

La principale conséquence du statu quo préalable à la signature de l’accord de Prespa serait donc le report de son adhésion à l’UE et à l’OTAN. S’agirait-il là d’un préjudice pour le peuple de la «Macédoine du Nord», pour la paix et la coopération dans la région ? Personnellement, je ne le crois pas.

Je ne crois pas que la future appartenance annoncée de ce pays à l’UE et à l’OTAN soit un facteur de stabilisation de sa politique interne et de son intégrité territoriale, ni une garantie de sa bienveillance vis-à-vis de se voisins. Le cas de la Turquie, membre de l’OTAN, démontre tout le contraire.

Je pense, au contraire, que la diminution du chômage en MdN (aujourd’hui proche de 22%) et la hausse des revenus des salarié-e-s (salaire net médian 403 €, salaire médian net corrigé 1205 €, des plus bas en Europe et dans les Balkans) garantiraient davantage la stabilité du pays et de la région (ce même constat s’appliquant pour les pays voisins),  pour répondre à l’argument mis en avant par les défenseurs de l’accord de Prespa. Car l’histoire et l’expérience récente démontrent que la montée des nationalismes et du risque de conflits armés accompagnent en général la précarisation et la paupérisation des classes populaires.

Si on observe l’écart entre les salaires nominatifs et le chiffre corrigé sur le coût de la vie en MdN, on peut assez facilement prévoir quel sera l’effet désastreux de l’adhésion du pays à l’UE, suite à l’augmentation des prix et la vague de privatisations que cette adhésion va engendrer. Des privatisations outrancières sont d’ailleurs en route depuis plusieurs années dans ce pays, comme dénonce la formation politique  «Levica» (La Gauche), issue de la convergence de plusieurs groupes de Gauche radicale, qui s’oppose fermement à l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, et par conséquent adopte une position très critique face à l’accord de Prespa, et met le poids de sa campagne sur d’autres sujets que le nom du pays.

Les forces de Gauche radicale, de part et d’autre de la frontière, la Gauche radicale grecque et le parti macédonien « La Gauche » (Levica),  ont raison de voir derrière la signature de cet accord les manœuvres stratégiques des USA et de l’OTAN, dangereuses pour la paix régionale et mondiale dans le contexte géopolitique actuel.

La précipitation pour la conclusion d’un accord entre la Grèce et la « Macédoine du Nord » est manifeste, à la lecture des procédures prévues d’être mises en place dès maintenant. En fait, selon le secrétaire général de l’Alliance, la procédure de l’intégration de la MdN à l’OTAN devraient aboutir d’ici fin 2019. Connaissant que cette adhésion devrait préalablement obtenir sa ratification par les Parlements des 29 Etats-membres, on est en droit de s’interroger sur les motivations de cette hâte.

Il faut donc se rappeler que le retrait des USA de la Syrie, les rivalités avec la Russie et l’ambivalence de la Turquie créent le besoin pour les USA de revaloriser leur position dans les Balkans. La remise en question par Washington du « Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire » de 1987 a de quoi inquiéter les peuples des Balkans et de la Méditerranée Orientale. L’expansion de l’OTAN dans les Balkans n’est pas anodine mais pourrait s’intégrer dans un scénario militaire aux effets potentiellement désastreux.

Il faut aussi bien se rendre compte que l’adhésion de la MdN à l’OTAN sera une procédure à sens unique. Qui pourrait imaginer un possible retrait unilatéral de l’Alliance d’un pays de 2 millions d’habitants, quand bien même la majorité de ses électeurs le souhaiterait ? C’est le même piège qui s’est refermé sur le Monténégro (630.000 habitants) en 2017.

L’adhésion de la MdN à l’Union Européenne se fera par une procédure beaucoup plus longue et laborieuse. Ce n’est pas le véto grec qui a véritablement freiné cette adhésion, mais des décalages importants du pays par rapport à la « moyenne européenne », mis en avant par d’autres Etats-membres réticents à cette adhésion. Il ne s’agit pas pour l’Occident d’une urgence de la même nature, d’autant plus la pénétration du pays par les capitalistes occidentaux (y compris les capitalistes grecs) continuera à se faire tranquillement pendant toute la durée nécessaire des négociations avec l’UE.

En ce qui concerne l’apaisement entre les 2 pays, et plus largement entre les pays de la région, l’accord apporte peu de choses. Une bonne partie des rapports entre les 2 pays était déjà réglée par l’accord de 1995. Nous avons vu  que la bonne application de l’accord de 1995 était fonction des gouvernements élus et du climat politique dans chaque pays en général. Nous avons constaté l’impuissance de la Cour Internationale d’intervenir lorsque cet accord était transgressé par l’une ou l’autre partie. Ce même schéma vaudra pour l’accord de 2018 qui, hormis les dispositions qui ont trait au nom de la République voisine de la Grèce, est de structure similaire que celui de 1995.

L’accord sera donc bien ou mal appliqué en fonction du climat politique, déjà bien dégradé des deux côtés de la frontière à cause des frustrations et des exaltations nationalistes générés par son imposition « par en haut ». Mais encore, dans le voisinage géopolitique, l’agacement exprimé par la Bulgarie (membre de l’OTAN aussi) face à certains aspects de l’accord, renvoie aux vieilles querelles balkaniques et trouble la béatitude des défenseurs du traité de Prespa.

Vue de Skopje avec en arrière plan le drapeau officiel de la MdN et la statue d'Alexandre. L'accord de Prespa prévoit la suppression en MdN de monuments se référant au patrimoine historique de la Grèce. Vue de Skopje avec en arrière plan le drapeau officiel de la MdN et la statue d’Alexandre. L’accord de Prespa prévoit la suppression en MdN de monuments se référant au patrimoine historique de la Grèce.

Quelles sont les positions des partis de la Gauche Radicale grecque ?

Avant de continuer, délimitons d’abord cet espace politique. Pour moi SYRIZA, le parti au pouvoir en Grèce, doit en être exclu, et même son classement dans la Gauche est devenu très problématique depuis août 2015. Pilier et promoteur des politiques néolibérales, ce parti est depuis autant à Gauche que le PS français. En revanche, sont à classer dans la Gauche Radicale grecque les groupes et personnalités qui se sont séparés à ce moment de SYRIZA. Parmi ceux-là, la formation « Unité Populaire » est la force la plus importante. Dans la Gauche radicale grecque j’inclus l’actuel Parti Communiste de Grèce –KKE – le seul de la Gauche représenté au Parlement avec 5,55% de voix, l’Alliance Anticapitaliste « ANTARSYA » et quelques plus petits groupes d’extrême Gauche. Les libertaires/anarchistes ne se définissent pas comme « gauche radicale » mais je les inclus car on les retrouve parfois dans des mobilisations communes avec les autres courants.

Plusieurs thématiques, convergentes ou antithétiques déterminent les positions des forces de la Gauche Radicale grecque en matière de politique internationale : la défiance vis-à-vis de tous les gouvernements grecs en place depuis 2009 à ce jour, la défiance vis-à-vis des puissances occidentales et des organismes internationaux, l’antiaméricanisme et le sentiment anti-OTAN, la défiance face à toutes les puissances pour certains courants,  le passif de la gauche communiste et post-communiste au sujet de la question dite « macédonienne », le soutien aux luttes pour l’auto-détermination des peuples, l’internationalisme, la défiance face au nationalisme et l’extrême droite, l’antifascisme, l’antimilitarisme, etc.

Certaines thématiques qui accentuent la lutte contre les grandes puissances étrangères et pour l’indépendance nationale  pourraient être partagées par des secteurs conservateurs, voire réactionnaires, de la société. Souvent des pays voisins de la Grèce sont ciblés, à tort ou à raison, par la rhétorique « anti-impérialiste ». La continuité chronologique et logique de la dictature (soutenue par les USA) et la crise gréco-turque des années 1970 fournit la trame et le paradigme pour une telle association, parfois arbitraire. Les rhétoriques de vague dénonciation des « puissances étrangères » (faisant l’impasse sur le sens premier de « puissance = Etat » pourtant propre à la langue grecque) sont présentes dans les grands rassemblements nationalistes sur « l’hellénicité (exclusive) de la Macédoine ».

Celles et ceux qui dans leur discours ciblent précisément les USA et l’OTAN sont davantage les héritiers des luttes démocratiques, antifascistes et anti-impérialistes. Toutefois il existe un vif débat sur les rapports entre la classe dominante grecque et l’impérialisme des grands Etats, qui détermine le choix des alliés potentiels dans la lutte.

Les courants qui ciblent prioritairement l’extrême Droite autochtone et la xénophobie pourraient même parfois faire preuve de tolérance excessive face  au gouvernement social-libéral SYRIZA qui pourtant, en se rapprochant avec les USA, l’OTAN, l’Etat sioniste d’Israël et la dictature égyptienne, en cautionnant l’accord de refoulement des réfugiés vers la Turquie, n’est pas vraiment antifasciste.

Le Parti Communiste de Grèce (KKE) dénonce l’accord de Prespa, fomenté par l’OTAN, entérinant la soumission des Balkans aux USA, faisant courir des risques pour la paix dans la région. Se déclarant fidèle à l’internationalisme, le KKE défend une coopération des peuples des Balkans en dehors des alliances militaires. Il déclare que la question du nom de l’Etat voisin de la Grèce lui est indifférente.  Il dénonce le nationalisme et la xénophobie. Revenant sur les positions de 1924 et 1949, le KKE déclare « qu’il n’y a pas de minorité macédo-slave en Grèce » et dénonce même « Arc-en-Ciel » comme colporteur des plans des puissances impérialistes. Je dirai que, certes « Arc-en-Ciel » par son discours politique et ses alliances fait partie du bloc néo-libéral et pas de la Gauche, mais que cela ne justifie pas la négation de l’existence de la communauté que ce parti prétend représenter.

La formation « Unité Populaire »  (Laïki Enotita) dénonce aussi l’accord de Prespa, et notamment le projet d’expansion de l’OTAN dans les Balkans que cet accord vient servir. « Unité Populaire »  dénonce le nationalisme, la xénophobie et l’extrême Droite. « Unité Populaire » admet l’existence d’une minorité macédo-slave en Grèce mais s’oppose à tout irrédentisme. A l’intérieur d’UP, constituée comme un front commun d’autres organisations et de courants constitués, certaines positions varient selon le positionnement le long d’un spectre allant de « l’internationalisme ouvrier » au « front populaire patriotique».

Pour les partis et groupes de la Gauche Radicale grecque les questions posées sont de théorie politique mais aussi pratiques : quelle conduite à tenir face aux rassemblements nationalistes ?

Faut-il y participer, faut-il organiser des rassemblements séparés contre la politique étrangère de Tsipras, faut-il rester chez soi, organiser des contre-manifestations ?

Les réponses apportées varient en fonction des positions idéologiques mais aussi du poids numérique de chaque groupe et de ses possibles alliances. Il y a peu d’intérêt de citer tous les groupes mais notons que même les libertaires/anarchistes, qu’on placerait à l’extrême bout du spectre n’ont tous la même position face aux questions ci-dessus.

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Quel avenir après la ratification de l’accord de Prespa ?

L’accord de Prespa vient d’être ratifié (25/01/19) au Parlement grec à 153 voix contre 146 et une abstention, suite à des remaniements de la majorité gouvernementale obtenus par la cooptation de députés et l’éclatement de petits partis. Cette faible majorité, combinée à la désapprobation de l’opinion publique et les grandes manifestations de rue, apporte une légitimité insuffisante à l’accord.

De l’autre côté de la frontière la majorité parlementaire pour la ratification a été obtenue par des tambouilles du même acabit, ou pires, des accusations directes de rachat de voix de députés ayant été énoncées publiquement. Toujours dans le cadre de la « Macédoine du Nord », le référendum (déclaré non mandatoire par le gouvernement qui l’avait convoqué) a obtenu à peine 37% de participation, suite aux appels au boycott de l’opposition et du président de la République.

En Grèce, l’opposition de Droite (Nouvelle Démocratie) a déclaré, tout de suite après le résultat du vote parlementaire, qu’elle n’avait pas l’intention d’appliquer l’accord à la lettre, au cas de son éventuel futur accès au pouvoir, notamment en ce qui concernait la levée du véto sur l’intégration de la « Macédoine du Nord » à l’Union européenne. Il s’agit de la part du parti de Droite d’une pantalonnade gratuite. Comme nous avons analysé, l’urgence pour le bloc des puissances occidentales n’est pas l’intégration de la MdN à l’UE mais son adhésion à l’OTAN. Cela n’est pas remis en question par « Nouvelle Démocratie ». Le report de l’adhésion à l’UE pourrait même arranger lesdites puissances qui auraient ainsi plus temps pour privatiser et racheter complètement l’économie de la MdN. De même, le président des « Grecs Indépendants » (parti de Droite récemment sorti du gouvernement SYRIZA) en ciblant l’UE comme étant à la manœuvre de l’accord ment sciemment. Toute la classe politique grecque, de la Droite à SYRIZA, cautionne l’expansion de l’OTAN dans les Balkans, permis par cet accord. Il en est de même de la classe politique européenne, du gouvernement des Etats-Unis et de tous les médias et ONG qui convergent avec leurs objectifs.

La manière précipitée, avec laquelle cet accord a été préparé et mis en place, a soulevé des tollés de protestations et manifestations massives dans les deux pays concernés, Grèce et Macédoine du Nord, pour des bonnes et des mauvaises raisons. Ces mouvements sont les graines de futures difficultés pour l’application de l’accord. Ils semblent que les vieux démons des Balkans ont été chatouillés.

L’avenir géopolitique des Balkans est loin d’être réglé. Le présent n’est pas plus apaisé après la ratification de l’accord de Prespa.

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