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Communiqué de presse du Dispensaire Social Métropolitain d’Elliniko (MKIE) du 6 mars 2021
Publié le 13 mars 2021 par Solidarité Grèce 67
Dangereuses incohérences dans la gestion de la pandémie
Après un an de pandémie, nous en sommes au même point et peut-être même dans une situation pire. Les gouvernants continuent de n’entreprendre aucune action significative, de se dérober à leurs responsabilités et de mettre en cause les citoyens, leur faisant endosser la responsabilité.
Les mesures qu’ils prennent sont les suivantes :
1. L’affaiblissement continu du système de santé primaire, qui a été mis en évidence dès le début, tant par le MKIE que par beaucoup d’autres, alors qu’il faudrait le renforcer afin de traiter la maladie à la maison, dès son apparition, et non submerger les hôpitaux.
2. L’application incohérente du confinement sans prendre de mesures substantielles pour limiter la propagation de la maladie dans les zones à forte transmission comme les lieux de travail et le transport public pendant les heures de pointe.
3. L’intimidation constante et l’incrimination des citoyens par les médias, qui exercent une pression psychologique et paralysent la société en la rendant vulnérable, tout en gardant le silence sur les insuffisances du mécanisme étatique dans la lutte contre la pandémie.
4. Mettre la solution du problème uniquement dans les vaccins, sans aucune réelle préoccupation pour le traitement des patients qui sont déjà malades et sont laissés à l’effort héroïque et aux maigres moyens des travailleurs de la santé impuissants et affaiblis dans les hôpitaux.
5. L’augmentation du nombre d’unités réservées au virus, au détriment d’autres maladies, avec des résultats tragiques pour les patients atteints d’autres maladies graves.
Au cours des derniers jours, de plus en plus de patients ont téléphoné au MKIE (dispensaire autogéré) pour demander à un médecin de les examiner. Nous nous dirigeons vers une explosion sanitaire qui entraînera une augmentation de la morbidité et de la mortalité dans la population en général.
Une fois de plus, nous soulignons l’énorme responsabilité du gouvernement, pour ce qui se passe, et nous l’appelons, même maintenant, à assumer ses responsabilités légitimes et à faire ce que dicte la réalité tragique.
Les citoyens ont fait preuve d’une grande responsabilité. Ils feront encore davantage lorsqu’ils verront le gouvernement assumer ses propres responsabilités.
Lesbos : la Grèce ferme « Kara Tepe 1 », son camp « modèle » pour migrants vulnérables
Par Charlotte ObertiPublié le : 29/04/2021
L’évacuation du camp de Kara Tepe 1, à Lesbos, a commencé samedi 24 avril. Crédit : DR
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Le camp pour migrants vulnérables de Lesbos, Kara Tepe 1, a été en grande partie évacué ces derniers jours en vue de sa fermeture imminente. Le lieu, ouvert depuis 2015, était considéré comme l’un des rares endroits à offrir un hébergement digne pour les demandeurs d’asile en Grèce. Les résidents vont désormais être transférés dans le hotspot de Kara Tepe 2, aux conditions déplorables.
Le camp de migrants de Kara Tepe 1, sur l’île de Lesbos, en Grèce, est en train de fermer ses portes. Samedi 24 avril, au petit matin, l’évacuation des 600 personnes qui y étaient hébergées a débuté : « Cinquante réfugiés vulnérables ont été déplacés par la police grecque », a tweeté l’ONG Médecins sans frontières (MSF) présente sur place. Depuis, environ 450 migrants au total ont dû quitter les lieux, et prendre la direction du « hotspot » de Lesbos, qualifié d’insalubre. Restent quelque 200 personnes dans Kara Tepe 1, dans l’attente de leur transfert.
La fermeture de Kara Tepe 1, lieu dédié aux personnes dites vulnérables, avait été annoncée fin 2019. Ouvert depuis 2015, ce camp faisait office de modèle en Grèce, et même à l’échelle européenne. Des familles, des personnes avec des problèmes de mobilité ou avec des soucis de santé particulier, notamment au niveau mental, y étaient hébergées.
« Dans ce camp, les gens vivaient dans des conditions humaines, acceptables et dignes », commente Stephan Oberreit, chef de mission pour MSF Balkans basé à Athènes, contacté par InfoMigrants. « Ils vivaient dans des containers plutôt que sous des tentes, il y avait des activités périscolaires pour les enfants, et en termes de sanitaires, les choses étaient tout à fait décentes. C’était comme un petit village. »
Transférés à « Kara Tepe 2 » ou « Moria 2.0 »
Pour les autorités, cette fermeture se justifie par une volonté de regrouper tous les demandeurs d’asile dans une seule et même structure. En l’occurrence, dans le nouveau hotspot temporaire de l’île de Lesbos, Mavrovouni. Situé sur un ancien terrain militaire en bord de mer, près de la capitale Mytilène, il est également surnommé « Kara Tepe 2 » ou « Moria 2.0 » et a été érigé à la hâte après l’incendie, en septembre 2020, de l’immense camp de Moria. Des milliers de personnes y sont actuellement logées dans des conditions désastreuses, sans accès à l’eau courante ni à l’électricité.
« Les autorités veulent surtout que les migrants soient dans un camp fermé loin de toutes activités urbaines », insiste Stephan Oberreit, pour expliquer la décision du gouvernement.
À l’automne dernier, un autre camp, Lesvos Solidarity-Pikpa, dit « Pikpa », qui était lui auto-géré par des bénévoles, avait déjà été fermé. L’endroit était pourtant, lui aussi, considéré comme un modèle, et même comme un havre de paix et de stabilité, en termes d’hébergement des migrants : une structure restreinte, où vivaient des personnes vulnérables, en majorité des femmes et des enfants. Pour justifier leur action, les autorités avaient alors dénoncé l’occupation illégale des lieux.
« Pikpa et Kara Tepe 1 étaient sur la sellette depuis un certain temps », continue Stephan Oberreit. « Pour nous c’est absurde : on est dans un paradoxe complet et on fait l’inverse de ce qu’il faudrait faire. On préfère mettre des gens qui étaient dans des conditions acceptables dans des conditions encore pires – plutôt que l’inverse », s’offusque-t-il, parlant d’un revirement de situation survenu depuis les élections de 2019, qui ont marqué la défaite du Premier ministre de gauche Alexis Tsipras et la victoire de la droite.
L’évacuation a d’ailleurs causé la détresse et l’angoisse de certains migrants, dont au moins l’un d’entre eux a depuis été sujet à des malaises, rapporte MSF.
« On n’est pas traités comme des êtres humains »
À Mavrovouni – ou Kara Tepe 2 -, les conditions de vie ne sont en effet pas du tout les mêmes : surpopulation, mauvaises conditions sanitaires, hébergements sous des « bâches »… « Il n’y a pas de toilette, pour aller puiser de l’eau, il faut beaucoup marcher… La situation est très compliquée. On n’est pas traités comme des êtres humains », lance Théthé Kongé, une demandeuse d’asile résidente des lieux contactée par InfoMigrants.
Cette migrante congolaise de 39 ans évoque un quotidien d’autant plus « bouleversé » depuis l’évacuation du camp de Kara Tepe 1. « On nous a transférés sous des bâches pour faire de la place aux nouveaux arrivants [jusqu’à présent, Théthé Kongé et son groupe vivaient dans des sortes de préfabriqués, ndlr]. Il fait chaud, c’est difficile de respirer là-dessous. »
Un énième nouveau camp, fermé et sécurisé à l’aide notamment de portiques, doit à terme remplacer le camp de Kara Tepe 2, à une date encore indéterminée, ont annoncé les autorités grecques. Plus reculé, il devrait être « perdu dans les terres pour distancer les réfugiés de la population locale », selon Stephan Oberreit.
Si Lesbos est loin d’être décongestionnée, comme le souhaiteraient les autorités, force est de constater que le nombre de migrants sur l’île a drastiquement baissé ces derniers mois. En septembre, environ 12 000 demandeurs d’asile y étaient présents. Désormais, la population de migrants de Lesbos tourne davantage autour de 5 500, selon des données officielles.
Une baisse qui s’explique par les transferts de réfugiés vers, notamment, la Grèce continentale et l’Allemagne. Et aussi par les « pushbacks » d’embarcations de migrants en mer Egée, régulièrement dénoncés par les ONG et les migrants eux-mêmes, dont la conséquence est une baisse des arrivées.
Lagos, condamné Aube dorée, arrêté à Bruxelles après que le PE a levé son immunité de député européen
27 avril 2021 Grèce, La police belge a arrêté le condamné Aube dorée Ioannis Lagos, quelques heures seulement après que le Parlement européen a publié les résultats du vote pour lever son immunité. L’ex-député européen a été arrêté à son domicile à Bruxelles mardi midi et il a tweeté « depuis la voiture de police » confirmant son arrestation. Les autorités belges ont exécuté le mandat d’arrêt européen émis par les autorités grecques. La procédure d’extradition vers la Grèce est une question de temps.
Le Parlement européen a voté la levée de l’immunité du criminel Ioannis Lagos, condamné par l’Aube dorée. Il envisageait de fuir en Norvège, ont rapporté les médias grecs.
Lors d’un vote secret lundi soir, 658 députés ont voté en faveur de la levée de l’immunité, 25 contre et 10 abstentions. Le résultat du vote a été annoncé mardi matin.
Le résultat du vote ouvre la voie à son arrestation par les autorités belges et à son extradition vers la Grèce pour y purger une peine de 13 ans et 8 mois de prison. Cependant, les médias grecs ont rapporté lundi qu’il avait l’intention de quitter la Belgique pour la Norvège.
Selon un rapport exclusif du site web tvxs.gr, Lagos a passé un test Covid-19 au centre de test d’EP lundi et a déclaré comme raison de ce test qu’il s’envolerait pour la Norvège mercredi.
Le site soupçonne que Lagos chercherait à se réfugier dans les groupes d’extrême droite du pays scandinave et rappelle que l’extrémiste d’extrême droite qui a tué 77 personnes en 2011, Anders Breivik, avait exprimé son admiration pour Aube dorée.
Théoriquement, Lagos pourrait demander l’asile politique en Norvège, qui n’est pas membre de l’UE, mais les mandats d’arrêt européens ont été étendus à la Norvège depuis 2019.
Faisant usage de son immunité de député européen, Lagos a quitté la Grèce le 7 octobre 2020, le jour où un tribunal annoncerait les condamnations de dizaines de membres d’Aube dorée et de la direction du parti pour avoir dirigé une « organisation criminelle. » Lagos était devenu indépendant lorsque GD a eu de vrais ennuis judiciaires.
Les autorités grecques ont émis un mandat d’arrêt après que le député ait quitté le pays.
La question est maintenant de savoir si les autorités grecques ont déjà émis un mandat d’arrêt européen pour Lagos ou si elles le feront après la levée de l’immunité. S’il existe un mandat d’arrêt, les autorités belges devraient l’arrêter dès que possible et décider de son extradition vers la Grèce.
Lagos est le deuxième condamné d-Aube Dorée à sortir de prison. Le vice-président du parti, Christos Pappas, est toujours en fuite, sept mois après la décision de justice.
PS Les Grecs sont-ils assez rapides ou Lagos (lièvre en anglais) l’est-il davantage
Il a comparu mercredi devant un juge, auquel il a signifié son refus d’être extradé.
Il « n’a pas accepté sa remise aux autorités grecques » et « le juge d’instruction a décidé de le placer en détention », a précisé le parquet dans un communiqué.
Dans un délai de quinze jours, la chambre du conseil du tribunal néerlandophone de Bruxelles, désormais chargée du contentieux, devra statuer sur l’exécution du mandat d’arrêt, est-il souligné.
Dimitris Koufontinas a été transféré à la prison de Domokou malgré les recommandations de ses médecins pour être transféré dans un centre de rééducation
Près d’un mois après (le 14 mars), lorsque Dimitris Koufontinas a terminé sa grève de la faim où il était quotidiennement confronté à la possibilité de sa mort, l’attitude vengeresse des mécanismes étatiques se poursuit. Cependant, au fur et à mesure que son état de santé commençait à se stabiliser, il continue de faire face à de très graves problèmes et comme l’ont déclaré ses deux médecins personnels Thodoris Zdoukos (médecin généraliste, directeur du service national de santé) et Katerina Douzepi (anesthésiologiste-intensiviste, conservatrice) D Koufontinas reste extrêmement faible et présente une myopathie et une neuropathie sévères, qui selon le neurologue de l’hôpital général. Lamia – nécessitera une physiothérapie et une rééducation neurologique qui peuvent être étendues à un ou deux mois et qui ne peuvent se faire en prison.Pour les raisons ci-dessus, il a été décidé qu’il était nécessaire de le transférer dans un centre de rééducation.
Malgré la gravité de son état, cependant, comme son fils Hector l’a informé il y a quelques heures, il a finalement été transféré à la prison de Domokou.
Ci-dessous l’annonce d’hier des médecins de Dimitris Koufontinas
8 avril 2021
Ayant été informés de l’état de Dimitris Koufontinas, après que ses examens médicaux ont été portés à notre attention et nous avons été informés par les thérapeutes après une visite du deuxième d’entre nous, le 07/04/2021, à l’hôpital général de Lamia, où il est toujours hospitalisé, après la fin de la grève de la faim de plusieurs jours, notez ce qui suit.
D. Koufontinas a surmonté le danger et a déjà quitté l’USI et est maintenant hospitalisé dans le service de pathologie, mais reste extrêmement faible et présente une myopathie et une neuropathie sévères après un degré important de perte de masse musculaire due à une famine prolongée.
Comme nous l’avons appris lors de la discussion avec le personnel médical, ils mettent tout en œuvre pour le réhabiliter, mais son hospitalisation ne peut pas continuer
Les médecins traitants et le neurologue ont souligné qu’en raison de la myopathie et de la polyneuropathie causées par la malnutrition et l’inutilité des muscles, le gréviste de la faim a besoin de physiothérapie et de rééducation neurologique, qui peuvent durer 1 à 2 mois. En cas de retrait de l’hôpital, le patient a besoin d’un espace d’hygiène personnelle, d’aides spéciales, d’un espace de vie spécialement conçu, d’une physiothérapie systématique et d’une surveillance clinique continue. La rééducation est une chaîne d’interventions successives, qui évoluent avec les progrès du patient. Il s’agit d’un processus dynamique qui nécessite une réévaluation et une redéfinition continues des interventions afin de parvenir à la réinsertion du patient dans la vie active.
Cela ne peut être réalisé au centre de détention, alors que son séjour à l’hôpital n’est pas approprié. Idéalement, cette procédure doit être effectuée dans un centre de réadaptation spécial.
Pour notre part, nous avons fait remarquer à l’hôpital que D. Koufontinas devrait être orienté vers un centre public de rééducation, sinon vers un hôpital pour prisonniers, comme celui de Korydallos. Toute poursuite de son traitement dans une cellule pénitentiaire présente de graves risques pour sa santé et sa réadaptation physique et nous pensons qu’elle ne devrait pas être autorisée.
Zdoukos Theodoros, médecin généraliste, directeur du service national de santé
Douzepi Katerina, conservatrice anesthésiologiste-intensiviste A ‘NSS
Quelques jours après la publication du rapport de la commission Arthuis (« Nos Finances publiques post-Covid 19 : pour de nouvelles règles du jeu »), le gouvernement a validé son projet de programme de stabilité budgétaire transmis à la Commission européenne. Ce projet est particulièrement inquiétant. Le rapport « Arthuis » est déjà contesté : il enserre l’évolution des finances publiques dans le cadre dogmatique marqué par l’obsession de la baisse de la part des recettes et des dépenses publiques dans le produit intérieur brut sans tenir compte des besoin sociaux, écologiques et économiques. Le programme de stabilité proposé par le gouvernement est encore plus brutal. S’il était mis en œuvre, la France connaîtrait une austérité inédite et dévastatrice à tous points de vue. Or, d’autres mesures sont souhaitables et possibles.
Dans le cadre du semestre européen, les États adressent leurs programmes de stabilité à la Commission avant le 30 avril. Celle-ci les examine, publie ses propres prévisions en mai et présente au Conseil, début juin, des propositions de recommandations pour chaque État membre. Sur cette base, le Conseil adresse ses propres recommandations à chaque État membre fin juin ou début juillet. Malgré la clause dérogatoire générale du Pacte de stabilité et de croissance mise en œuvre au début de la crise sanitaire en mars 2020 et applicable jusqu’en 2022, la transmission d’un programme de stabilité reste nécessaire.
Le contenu du programme de stabilité transmis par la France à la Commission européenne et portant jusqu’en 2027 (soit la fin du prochain quinquennat) présenté en conseil des ministres le 14 avril a de quoi inquiéter. Certes, elles sont conformes aux déclarations du gouvernement et au cadre qu’il a fixé à la commission Arthuis. Les dépenses publiques représentaient 53,8 % du produit intérieur brut (PIB) en 2019 avant la crise, puis 61,3 % en 2020 du fait de l’effondrement de l’activité économique et des mesures d’aides mises en œuvre par l’action publique, elles baisseraient à 56 % en 2022 puis à 53,1 % en 2027. Le taux de prélèvements obligatoires rapportés au PIB serait globalement stable, il passerait de 43,5 % du PIB en 2021 à 43,7 % du PIB en 2027. En 5 ans, cette cure d’austérité est censée permettre un retour des déficits sous les 3 % du PIB en 2027. Ce programme est plus brutal que ce que préconise le rapport de la Commission Arthuis. Ce dernier n’envisage pas une baisse de la dette publique avant 2030 alors que le gouvernement s’engage sur une telle baisse dès 2026 (le ratio de dette rapportée au PIB étant censé passé de 118,3 % en 2025 à 118,2 % en 2026 puis à 117,7 % en 2027).
Pour Attac, si la commission Arthuis préconisait une austérité mal assumée qui prévoyait une baisse du taux d’endettement à partir de 2030, celle que prépare le gouvernement s’annonce encore plus brutale. Les « mesures de rupture » vantée par Emmanuel Macron en mars 2020 recelaient donc tout autre chose que celles promettant des « jours heureux ».
La période récente a mis en évidence le manque de moyens dans le secteur de la santé, le consentement à l’impôt s’affaiblit à cause d’une injustice fiscale croissante, les affaires d’évasion fiscales ne cessent de se succéder (avec la dernière en date, Openlux), il faut financer la transition écologique et les prévisions économiques font état d’une hausse du nombre de faillites et du chômage. En matière de politiques publiques, les enjeux majeurs ne manquent pas. Le programme proposé par le gouvernement aux instances européennes ne permettra pas de les relever. Pire, tout indique au contraire que l’obsession de la baisse de la dépense publique et le refus de procéder à une réforme fiscale visant à mieux répartir et redistribuer les richesses se traduiront pas une austérité très probablement plus brutale qu’après la crise de 2008. Un tel programme de stabilité signifierait des réformes profondément anti-sociales en matière de retraites, de pouvoir d’achat, de droits, de services publics et de qualité de vie.
Face à une telle orientation, Attac formule des propositions alternatives :
une autre gestion de la dette publique et des propositions immédiatement applicables pour financer la « dette Covid » (voir la note du 2 février 2021 « Qui doit payer la dette Covid ? »)
une réforme d’ensemble de la fiscalité afin de la rendre plus progressive, afin de financer l’action publique et de réduire les inégalités et une lutte résolue contre l’évasion et la fraude fiscales, ce qui passe, notamment, par la taxation unitaire et une véritable coopération internationale.
une dépense publique permettant de financer l’action publique, la protection sociale et la transition écologique.
Une enquête révèle que 40% des travailleurs grecs ne sont pas payés pour leurs heures supplémentaires
Quarante pour cent des travailleurs qui font des heures supplémentaires ne sont pas payés pour ces heures supplémentaires, selon une enquête menée par le plus grand syndicat du secteur privé, la GSEE. 73% des travailleurs demandent à être payés pour leurs heures supplémentaires au lieu de prendre un congé ou un jour de repos.
L’enquête a montré que 52% des travailleurs ont déclaré avoir effectué plus d’heures de travail que la normale sur une base hebdomadaire. Parmi eux, 25 % ont déclaré travailler de 1 à 3 heures de plus, 17 % ont déclaré travailler de 4 à 6 heures de plus, 4 % ont déclaré travailler de 7 à 8 heures de plus et 6 % ont déclaré travailler plus de 9 heures de plus.
52 % des travailleurs qui font des heures supplémentaires ne sont pas payés pour ces heures et 60 % des travailleurs à temps partiel ont déclaré travailler plus de 20 heures par semaine.
L’enquête a également montré que 53 % des personnes interrogées étaient pessimistes quant à l’évolution du pays dans les mois à venir. 35 % se disent pessimistes quant à leur emploi et 56 % sont optimistes.
Cette enquête a été menée alors que le gouvernement prépare un « projet de réforme » sur les droits du travail qui supprimera « légalement » le paiement d’heures supplémentaires en échange de jours de congé ainsi que le travail de 8 heures par jour.
Par Dimitris Georgopoulos
Un journaliste et blogueur grec a été abattu devant sa maison à Athènes, ont rapporté vendredi les médias grecs citant la police, soulevant des inquiétudes sur la liberté de la presse en Grèce.
Giorgos Karaivaz, qui était connu pour être un reporter de la police, a été tué par sept coups de feu dans le quartier d’Alimos, selon les rapports. Par la suite, deux hommes ont été vus s’enfuyant sur une moto.
Karaivaz a beaucoup écrit sur la corruption de la police et des services secrets et il a également révélé que la police a laissé à Dimitris Lignadis, ancien directeur artistique du Théâtre national, beaucoup de temps et de possibilités pour détruire les preuves à charge. Lignadis, nommé à son poste par le gouvernement de Mitsotakis, est accusé de viols d’enfants et est actuellement en prison. Les partis d’opposition et les syndicats d’artistes ont accusé le gouvernement de tenter d’étouffer le scandale et ont demandé la démission de la ministre de la culture Mendoni.
Mais il y a de toute façon beaucoup de scandales assez étranges qui éclatent aujourd’hui en Grèce, ce qui fait dire à certains observateurs que le pays commence à se transformer en une sorte de « Colombie ». Dans l’une des dernières affaires en date, il a été révélé que Menios Fourthiotis, un présentateur de télévision (et agent de mannequins, notamment d’une star du porno), était protégé par des dizaines de policiers. Selon l’ancien ministre du travail du gouvernement de Mitsotakis, Vroutsis, il avait « pris d’assaut » plusieurs fois son ministère avec ses gardes du corps, essayant d’obtenir un paiement illégal pour COVID et menaçant le ministre de le renvoyer. Un peu plus tard, Vroutsis a effectivement été licencié. Karaivaz a également écrit à ce sujet.
Ce ne sont pas les seuls exemples. Les médias sociaux grecs regorgent d’allégations très sérieuses qui n’apparaissent jamais dans les grands médias, contrôlés plus strictement qu’à aucun moment depuis la dictature des colonels (1967-74). Même si 10 % de ce qu’ils écrivent est vrai, on en conclut que les représentants des formes les plus répugnantes du crime organisé opèrent désormais au centre de l' »élite ».
L’assassinat d’un journaliste est un acte méprisable et lâche », a écrit la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen sur Twitter en réaction à l’attaque. « L’Europe est synonyme de liberté. Et la liberté de la presse est peut-être la plus sacrée de toutes. Les journalistes doivent pouvoir travailler en toute sécurité », a-t-elle ajouté. Vera Jourova, vice-présidente chargée des valeurs et de la transparence à la Commission, s’est dite « profondément choquée. » « La #Justice doit être rendue, et la sécurité des journalistes doit être garantie », a-t-elle écrit sur Twitter.
Au fait, si Mme von der Leyen a été suffisamment motivée pour faire un commentaire public personnel sur Karaivaz, ni le Premier ministre grec Mitsotakis ni le ministre de la « Protection des citoyens » Chrysochiodes (un très bon et très proche ami des services secrets américains), n’ont fait de commentaire personnel sur l’assassinat de Karaivas. Seule la représentante de presse du gouvernement, Aristotelia Peloni, a fait une déclaration exprimant ses condoléances.
Les propos de Van der Leyen sont très aimables et encourageants mais, malheureusement, l’Allemagne et l’UE portent une grande part de responsabilité, même indirecte, dans ce qui se passe en Grèce. En écrasant toutes les forces sociales et démocratiques du pays, elles ont, d’une part, démoralisé la société grecque et, d’autre part, ouvert la voie aux éléments les plus réactionnaires et immoraux de l’oligarchie grecque. Les forces qu’ils payaient depuis des années, par l’intermédiaire de Ziemens et d’autres entreprises, pour garder la Grèce sous contrôle, piller son économie et son marché et paupériser son peuple.
La Grèce est l’avenir de l’Europe et le crime l’avenir de la marque européenne du capitalisme néolibéral antidémocratique.
AFP – George Karaivaz, qui a travaillé durant toute sa carrière pour les principaux journaux et télévisions du pays, était «l’un des journalistes criminels les plus expérimentés sur le terrain et était tenu en haute estime par ses confrères», a déclaré dans un communiqué le syndicat Esiea des journalistes de la presse quotidienne athénienne.
Vous trouverez ci-dessous l’appel à mobilisation pour soutenir les solidaires de Briançon poursuivis pour délit de solidarité.
Les procès auront lieu :
– le 22 avril au Tribunal de Gap en première instance pour deux maraudeurs interpellés le 19 novembre alors qu’ils étaient en train de porter secours à une famille afghane sur le territoire français .
– le 27 mai à la Cour d’Appel de Grenoble pour les 3+4 de Briançon suite à la manifestation antifasciste du 22 avril 2018 (en réponse à l’occupation du col de l’Echelle par le groupement « Génération Identitaire »)
Eva Betavatzi25 mars 2021Grèce : une démocratie en perdition (1re partie)2021-03-27T19:48:19+00:00
Depuis quelques semaines, les rues d’Athènes, de Thessalonique, et de plusieurs autres villes de Grèce grondent de colère face aux mesures du gouvernement de droite, aux déclarations des dirigeants politiques, à la manipulation médiatique et aux violences policières. La grève de la faim du détenu Dimitris Koufontinas, ancien dirigeant du groupe « 17 Novembre » a également permis de révéler le visage répressif du gouvernement et alimenté les protestations de la rue. Confronté à l’échec patent de sa gestion de la crise sanitaire et à l’effondrement d’une économie dépendante de la mono-industrie du tourisme, le pouvoir poursuit sa fuite en avant autoritaire.
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Une contestation qui s’amplifie
Usant et abusant de la force, la police est en première ligne pour faire régner la terreur, allant même jusqu’à menacer de mort des manifestant.e.s[1]. Elle bénéficie du soutien indéfectible du gouvernement de Kyriakos Mitsotakis, qui a augmenté le budget qui lui est destiné de plusieurs millions. Parmi les nombreuses mesures liberticides de Mitsotakis figure la création d’une nouvelle unité chargée de surveiller les campus et de se livrer à la chasse aux groupes militants de gauche et anarchistes. Des millions d’euros lui seront consacrés, qui ne seront pas investis dans le système de santé, dans l’éducation, dans l’aide à l’accès au logement, ou dans l’aide aux ménages en difficulté, aux personnes âgées, à celles qui sont vulnérables, ou encore aux personnes demandeuses d’asile. L’argent public coule également à flot pour l’armée et le renforcement de la marine militaire, face à un conflit latent avec la Turquie autour des gisements gaziers en mer Égée et en Méditerranée orientale. De l’argent encore est généreusement alloué à des médias (20 millions inéquitablement distribués pour diffuser des messages sur le coronavirus) contrôlés par le premier ministre lui-même lequel ne s’est pas privé, dès le début de son mandat, de centraliser le contrôle de la presse autour de sa propre fonction. Les mensonges ainsi relayés sont de plus en plus énormes : l’information est systématiquement tronquée dans le but de masquer l’autoritarisme du gouvernement et les scandales à répétition qui touchent le cercle proche de Mitsotakis, dont celui qui met en cause l’ancien directeur du Théâtre national grec de pédophilie, un protégé du gouvernement.
Impunité, violence, corruption, état d’exception permanent, la démocratie ne cesse de s’effriter en Grèce. Le 8 mars, une famille assise sur un banc de la place centrale de Nea Smyrni, une banlieue de classes moyennes d’Athènes, a été interpellée par des policiers car, dans le cadre des mesures de confinement, il est interdit de s’asseoir dans l’espace public. Un jeune homme s’est interposé pour protester contre cette apparente absurdité. Les policiers l’ont violemment frappé à coups de matraque en acier, dont l’usage par la police est pourtant interdit. L’incident n’est pas anecdotique, il révèle l’ampleur de la crise politique que traverse le pays. De nombreuses manifestations sont organisées malgré l’interdiction des rassemblements, pour dénoncer l’autoritarisme, les mesures sanitaires répressives, les abus policiers, l’intransigeance à l’égard du gréviste de la faim Dimitris Koufontinas (et la loi contre les mouvements organisés dans les Universités, etc). Après les urnes en 2015, face à la Troïka, et les bancs des tribunaux, où s’est tenu jusqu’en octobre 2020 le procès d’Aube Dorée, la rue est devenue aujourd’hui le seul lieu de combat pour une démocratie en perdition.
Image extraite d’une vidéo filmée le 9 mars lors, d’un rassemblement à Nea Smyrni. Les policiers crient « Nous allons tous les tuer ! », menace adressée aux manifestant.e.s. Source : https://thepressproject.gr/pame-na-tous-g-soume-teleiosan-tha-tous-skotosoume/
Une police universitaire pour mater les campus
En février, le parlement grec votait une loi qui vise à instaurer une unité de police « spéciale » destinée à surveiller les campus universitaires. La Grèce devient ainsi le seul (ou le premier ?) pays européen à se doter d’une telle police universitaire : pas moins de 1030 policiers, équipés de matraques et de sprays anti-agression. La présentation du projet de loi, un mois auparavant, avait suscité la colère des étudiant.e.s, soutenus par l’ensemble de la gauche et par une grande partie de l’opinion choquée par le souvenir ravivé des jours sombres de la dictature des colonels. Des mobilisations importantes ont eu lieu dans toute la Grèce, et se sont poursuivies pendant plusieurs semaines. Elles ont été violemment réprimées. Outre l’usage systématique de gaz lacrymogènes et de grenades assourdissantes, les policiers ont violemment frappés les étudiant.e.s, même celles et ceux qui étaient menotté.e.s. Les journalistes, les enseignant.e.s et les parents, n’ont pas échappé aux coups de matraque.
10 février : deuxième jour de protestation panhellénique contre le projet de loi pour les Universités. Source : No Borders.Crédit photo : Konstantinos TsakalidisManifestation à Thessalonique le 22 février contre la nouvelle loi pour les Universitéshttps://thepressproject.gr/tmima-politikon-epistimon-apth-thliveri-mera-via-kai-ektropa-apo-ta-mat-enantion-foititon-kai-foititrion/
Sous prétexte de répondre à un « besoin sécuritaire », la loi pour les Universités (dite loi Éducation) du gouvernement cache une volonté d’écraser les mouvements de contestation qui s’organisent sur les campus. Pour ceux et celles qui se souviennent de l’insurrection étudiante et populaire de novembre 1973 contre la dictature des colonels, au cours de laquelle un char militaire avait littéralement défoncé l’enceinte de l’Ecole Polytechnique d’Athènes , marquant une répression qui a fait des dizaines de morts, la nouvelle loi pour les Universités apparait comme une menace évidente pour la démocratie. Le souvenir du 17 novembre 1973, une date qui a marqué le début de la fin de la junte militaire, a conduit, quelques années plus tard, à l’interdiction pour les forces de l’ordre d’entrer dans les campus. Cette garantie des libertés au sein des campus, appellée en grec « l’asile universitaire », fut instaurée en 1982 par le premier gouvernement socialiste d’Andréas Papandréou. Supprimée une première fois en 2011, par un PASOK désormais converti au néolibéralisme musclé, rétablie par Syriza en 2017, elle est de nouveau abrogée par Mitsotakis et une majorité au parlement en août 2019,.
Pour rajouter à la provocation, le budget annuel prévu pour cette unité spéciale représente la première année de sa constituion plus de la moitié de celui alloué à l’enseignement supérieur dans son ensemble : 20 millions d’euros pour la police universitaire, auxquels il faut ajouter 30 millions pour son équipement, contre 91,6 millions d’euros pour l‘enseignement supérieur.[2]. Malgré l’opposition d’un grand nombre d’universitaires, et même de la fédération nationale de la police[3], et les mobilisations qui ont eu lieu durant plusieurs semaines dans le pays pour exiger l’abandon du projet, le parlement a voté la loi le 11 février dernier.
Avant même la constitution de cette unité spéciale, les violences policières dans les campus universitaires ne se font pas attendre. Pour ne citer qu’un seul exemple, le 11 mars dernier, les étudiant.e.s de l’Université Aristote de Thessalonique ont été brutalement pris à partie lors de la fin, pourtant annoncée, d’une occupation des locaux de l’administration débutée deux semaines auparavant. La police a pénétré dans le campus quelques heures plus tôt, sans attendre la libération des lieux, et a attaqué au moment des prises de parole annonçant le départ des occupant.e.s[4].
La loi nouvellement adoptée vise également à modifier le système d’admission des étudiant.e.s et à réduire la durée des études, à quelques exceptions près, prévues pour celles et ceux qui doivent travailler pour payer leurs études et pour les personnes confrontées à des problèmes de santé. Un seuil d’admission plus strict sera également imposé. Il s’agit de limiter l’accès à l’enseignement supérieure public. Une grande partie des jeunes se retrouveront exlu.e.s ou privé.e.s d’accès au bénéfice d’établissements privés, à condition bien sûr de pouvoir payer les droits d’inscriptions. Répression accrue et renforcement des discriminations de classe, tels sont les deux volets de la politique gouvernementale à l’égard de l’enseignement supérieur.
La brutalité policière à son comble
L’incident de Nea Smyrni a révélé l’impunité d’une police qui se livre à des violences à l’encontre de la population.
Une vidéo diffusée largement sur les réseaux sociaux[5] – devenus une alternative essentielle à la désinformation des médias dominants aux mains d’oligarques proches du gouvernement – illustre l’ampleur du régime de terreur qui s’installe progressivement sous couvert du confinement strict pour cause de crise sanitaire. Cette fois, il ne s’agissait ni d’une manifestation, ni d’un rassemblement, ni d’une occupation de locaux, mais d’un jeune homme qui a voulu protester contre l’amende que des policiers étaient sur le point d’infliger à une famille assise sur un banc.
500 personnes se sont rassemblées le jour-même pour protester contre l’agression policière, elles ont été violemment dispersées. S’en sont suivi des dénonciations et des annonces molles de la part du Ministre de l’ordre public, Michalis Chrysochoides. Aristotelia Peloni, porte-parole de l’exécutif, a déclaré que le gouvernement « essaie (…) de sortir le pays de cette crise sanitaire sans précédent avec le moins de pertes possibles. Malheureusement, l’opposition exploite les tensions et enflamme le climat politique et social ».[6] À l’opposé de ces accusations, une fraction du syndicat de la police a déclaré que « les violences policières excessives et inutiles des derniers jours sont dues à des ordres venus d’en haut. »[7]
Deux jours plus tard, près 15.000 personnes se sont rassemblées dans ce quartier d’Athènes, réputé calme, dont la population est issue de la classe moyenne. Lors de ce rassemblement, un policier a été blessé, ainsi que des dizaines de manifestant.e.s. Les médias se sont immédiatement saisis de l’incident pour affirmer que les actes commis à l’encontre du policier étaient le fait de partisans de Syriza, ce qui s’est très vite avéré un mensonge grossier. Les arrestations effectuées quelques heures plus tard par la police elle-même ont révélé qu’il s’agissait vraisemblablement de hooligans de clubs de foot qui avaient annoncé préalablement leur participation au rassemblement sur les réseaux sociaux.
Les médias dominants ont relayé en boucle les images de l’agression du policier, en omettant délibérément de montrer les milliers d’images qui attestent de la brutalité policière et qui circulent quotidiennement sur la toile[8], les nombreuses arrestations qui s’ensuivent, et les violences et agressions sexuelles commises lors des gardes à vue. Cerise sur le gâteau, le premier ministre ne s’est pas privé d’affirmer lui aussi la responsabilité des membres de Syriza pour les violences survenues ce jour-là. L’acharnement contre l’opposition vient de tous les côtés.
Manifestation organsiée le 13 mars dans diffrentes villes de Grèce. « J’ai mal mais je n’ai pas peur ».Manifestation organisée le 14 mars (un jour plus tard) dans le quartier de Kypseli contre l’autoritarisme de l’État et la répression policière. Des manifestations similaires ont été organisées au même moment dans tous les quartiers de la capitale.Episode de violence policière à Halandri, autre quartier d’Athènes, il y a quelques jours. La police a pris d’assaut un marché de légumes populaire.Source : https://thepressproject.gr/dimarchos-chalandriou-epistrofi-se-skoteines-epoches-i-epidromi-ton-mat-mesa-se-laiki-agora/
La grève de la faim Dimitris Koufontinas
Si Dimitris Koufontinas n’avait pas annoncé, dimanche 14 mars, qu’il arrêtait la grève de la faim entamée depuis plus de deux mois pour dénoncer ses conditions de détentions injustes – et surtout illégales – sa mort aurait été de la responsabilité directe du Premier ministre lui-même.
Ancien membre du groupe 17 Novembre, âgé aujourd’hui de 63 ans, Koufontinas a reconnu sa participation dans plusieurs assassinats dont celui du beau-frère de l’actuel Premier ministre, Pavlos Bakoyiannis[9]. Après toutes ces années de prison, la loi prévoit pour tous les détenus des conditions d’incarcération moins strictes. Or, sa demande de transfert depuis la prison de haute sécurité où il a été placé par le gouvernement actuel vers la prison de Korydallos a été refusée jusqu’au vote d’une loi faite sur mesure pour son cas début mars, quelques mois après sa demande. Parmi les six partis représentés au Parlement grec, quatre se sont positionnés en faveur de la demande de transfert de Koufontinas. Ils ont été suivis par l’Association des juges et procureurs et de nombreuses organisations, personnalités, journalistes, médecins, artistes, universitaires, y compris au niveau international. Des mobilisations massives ont eu lieu en Grèce, qui ont rassemblé l’ensemble des mouvements de la gauche radicale (collectifs, syndicats, mouvements étudiants, etc …) ainsi que les groupes anarchistes.
Mais Mitsotakis n’a pas cédé à la pression populaire et déclaré qu’il ne cèderait pas au chantage du « terroriste ». D’un point de vue juridique, cette qualification est infondée, puisque la notion même n’a été introduite dans la loi grecque qu’en 2004, après son procès. Koufontinas a été ainsi privé de ses droits de manière totalement arbitraire, à la grande joie des médias dominants, de l’extrême-droite, des forces de l’ordre et de l’ambassade des États-Unis. L’« affaire Koufontinas » a révélé une fois de plus, mais de manière encore plus brutale, que les dirigeants grecs s’estiment au-dessus de leurs propres lois. La législation est modifiée après coup en fonction de ce qui les arrange , conduisant à un régime d’exception qui ne nécessite aucune justification légale ou politique -l’invocation du « terrorisme » ou du coronavirus semblent en effet suffire à la propagande médiatique. .
Placé dans l’unité de soins intensifs à l’hôpital de Lamia, le prisonnier a échappé à la mort, le 24 février, lorsque les autorités judiciaires ont ordonné son alimentation forcée au 48ième jour de grève de la faim. Cette mesure est considérée comme un acte de torture selon la législation internationales, à moins que le gréviste soit « capable de former un jugement rationnel et intact »[10]. Dans le cas de Koufontinas, elle a été ordonnée par le procureur du tribunal local de première instance, une décision prise sans concertation qui a montré que le pouvoir n’était pas disposé à céder, condamnant ainsi implicitement à mort le gréviste
C’est finalement la mobilisation populaire multiforme et le soutien international qui a incité Dimitris Koufontinas à annoncer l’arrêt de sa grève de la faim le 14 mars. Un appel des mouvements de gauche a également été lancé le 64ème jour de la grève, après l’épuisement de tous les recours légaux pour obtenir le transfert dans la prison de Korydallos, qui demandait à Koufontinas de se réalimenter tant que la mobilisation se poursuivait.
Une fuite en avant autoritaire qui se poursuit
Le bref aperçu des luttes qui ont (et qui continuent de) mobiliser des milliers de personnes en Grèce, et ailleurs dans le monde en solidarité, contre la création d’une police universitaire et les violences d’une police agissant en toute impunité, avec le soutien des médias et du gouvernement, marque le début d’une montée des luttes et des résistances sociales. Le mouvement pour la liberté et la dignité du peuple grec rejoint les combats des peuples de Belgique, de France, d’Angleterre, d’Italie, d’Espagne, de Turquie, de Chypre et d’ailleurs, c’est pourquoi il est important de faire circuler l’information. La mobilisation de rue et la solidarité sont au centre de ce combat pour une démocratie en perdition. Les Grec.que.s ne sont pas dupes, ils et elles savent que derrière l’affaire Koufontinas se cachent les Etats-Unis, et que derrière la loi Éducation et les violences policières, on retrouve la mouvance néofasciste d’Aube Dorée. En octobre dernier, les mouvements antifascistes criaient « les nazis en prison », appelant le tribunal à condamner les membres d’Aube Dorée. Demain ils et elles appelleront les membres de Nouvelle Démocratie à les rejoindre.
Merci à Marina Kontara pour ses suggestions et sa relecture.
Notes
[1] Le chef de la brigade « Drasi » (Action) n°36 a été filmé en train de dire à ses subordonnés qu’ils pouvaient tuer des manifestants : https://www.youtube.com/watch?v=csD6-Juy5GI
[8] Un site internet nommé très ironiquement « memonomena peristatika » (incidents isolés), regroupe des images de violences policières afin de démontrer qu’il s’agit bien d’incidents systématiques et pas du tout « isolés » comme le prétendent les médias : https://memonomenaperistatika.gr/
[9] Sur le procès du groupe et le contexte historique, cf. Eleni Varikas , « Grèce : quand la procédure pénale écrit l’histoire », Vacarme, 2003, n° 23, p. 120-123. en libre accès sur cairn.info/revue-vacarme-2003-2-page-120.htm
Dans un contexte de politisation et de médiatisation extrêmes autour du sauvetage en Méditerranée, les ONG de sauvetage en mer sont l’objet d’attaques incessantes visant à dénigrer leur action. SOS MEDITERRANEE publie le document «Stop aux fake news sur le sauvetage en mer » et revient sur cinq ans de criminalisation de son action.
Illustration ci-dessus de Rodho, tirée du dépliant « Stop aux fake news sur le sauvetage en mer »
Harcèlement administratif et judiciaire : des navires humanitaires bloqués
Le 11 janvier 2021, l’Ocean Viking repartait en Méditerranée après cinq mois d’immobilisation du navire en Italie. Si les équipes de SOS MEDITERRANEE ont pu satisfaire les nouvelles exigences administratives des garde-côtes italiens, cela n’a pas été le cas de tous les bateaux. Sur les sept navires d’ONG placés en détention en 2020 par les autorités italiennes, seuls deux sont opérationnels aujourd’hui pour mener leur mission de sauvetage : l’Ocean Viking et l’Open Arms. Le Sea Watch 3 qui avait pu effectuer un sauvetage en février est de nouveau immobilisé en Sardaigne, et d’autres restent bloqués par diverses mesures administratives.
À cela s’ajoute une recrudescence de procédures judiciaires menées en Italie à l’encontre des ONG de sauvetage en mer : Médecins Sans Frontières, Save The Children et Jugend Rettet sont actuellement mis en cause pour des faits datant de 2016 ou 2017. Collusion avec les passeurs, mauvaise gestion des déchets à bord des navires… autant d’accusations catégoriquement réfutées par les ONG, alors qu’aucune preuve n’a jamais été établie.
Boucs émissaires pour le manque de solidarité européenne
Ces attaques ne sont pas nouvelles : depuis 2017, l’action des ONG de sauvetage en mer fait l’objet d’accusations incessantes. Alors que les États européens abdiquaient ostensiblement leurs responsabilités de sauvetage en Méditerranée et refusaient toute solidarité avec les pays côtiers en première ligne (l’Italie, Malte, l’Espagne, la Grèce…), de véritables campagnes de dénigrement des ONG ont vu le jour en Italie. Colportées d’abord par la fachosphère italienne, nombre de « fake news » faisaient la promotion de la théorie de « l’appel d’air » ou d’une prétendue collusion des ONG de sauvetage avec les passeurs.
Ces campagnes des mouvements d’extrême-droite ont fait leur chemin de manière insidieuse et amené le gouvernement italien, isolé dans la gestion des flux migratoires en Méditerranée centrale, à jeter l’opprobre sur les ONG de sauvetage en mer. Menacée par la montée des mouvements populistes, Rome tentait de reconquérir l’opinion publique en jetant le doute sur la légalité de l’action des ONG dès le printemps 2017.
Attaques sur l’Aquarius et les équipes de SOS MEDITERRANEE
Cette criminalisation ne fait que s’amplifier en 2018. Avec la fermeture des ports italiens à l’Aquarius – premier navire de SOS MEDITERRANEE – en juin 2018, le nouveau ministre de l’intérieur Matteo Salvini inaugure une nouvelle ligne politique dans un bras de fer avec les États européens, au détriment des naufragé.e.s de Méditerranée. Cet événement s’accompagne d’intenses pressions diplomatiques pour obliger l’État du pavillon qui immatricule l’Aquarius (Gibraltar) à exercer un dépavillonnement du navire. Initiative couronnée de succès et répétée avec le nouvel État du pavillon, Panama. Une procédure judiciaire à l’encontre de l’Aquarius est enfin ouverte par un procureur de Sicile en novembre 2018, qui demande la mise sous séquestre du navire. SOS MEDITERRANEE est alors contrainte de mettre fin au contrat d’affrètement de l’Aquarius.
Ces attaques s’exportent en-dehors de l’Italie. En France, des actions répétées des groupes d’extrême-droite visent les équipes de SOS MEDITERRANEE : diffamation envers des membres de l’association, attaque des locaux du siège à Marseille, harcèlement judiciaire à l’encontre des subventions accordées par des collectivités territoriales, perturbation d’événements organisées par les bénévoles… autant de tentatives de déstabilisation et de dénigrement qui nuisent à la mission humanitaire vitale portée par l’association.
Face à ces attaques, inlassablement, SOS MEDITERRANEE réaffirme haut et fort ses valeurs, son positionnement apolitique et non partisan, son strict respect du cadre légal et la transparence de son action. Car quelles que soient les difficultés, renoncer n’est pas une option : il n’est pas et ne sera jamais acceptable de laisser mourir des personnes en mer, aux portes de l’Europe.