Message de soutien du secrétaire du parti Unité populaire de Grèce Panagiotis Lafazanis
https://www.youtube.com/watch?v=obP2w4yLtFE
Message de soutien de Zoé Konstantopoulou
https://www.youtube.com/watch?v=7zLbfWEUIDU
Message de soutien du secrétaire du parti Unité populaire de Grèce Panagiotis Lafazanis
https://www.youtube.com/watch?v=obP2w4yLtFE
Message de soutien de Zoé Konstantopoulou
https://www.youtube.com/watch?v=7zLbfWEUIDU
Lundi 10 avril, c’est environ 70 personnes qui se sont déplacées pour assister à la projection du film « Aube dorée : une affaire personnelle » suivie d’un débat en présence de la réalisatrice Angélique Kourounis.
En début de séance, Gérard d’Attac 38 ( animateur-modérateur) rappelait qu’ au delà de la situation en Grèce il conviendrait de s’interroger sur le rôle des institutions et des politiques économiques dans la montée de l’extrême droite en France et en Europe.
Angélique Kourounis, après avoir remercié le cinéma le club pour avoir osé programmer le film, mais aussi le collectif pour son invitation, insistait sur le caractère néo nazi de ce parti plus que d’extrême droite.
Ce qu’on retient du documentaire :
une ambiance malsaine et un parti extrêmement violent et xénophobe,
une immersion voulue et orchestrée de ce parti dans les institutions mais aussi dans les rangs de la police, et sans volonté gouvernementale d’en finir,
un parti nauséabond qui prend à son compte le mal-être des populations : ce parti les nourrit alors qu’ils n’ont plus les moyens nécessaires. (Mais c’était déjà ce que faisaient les talibans après l’intervention des États Unis en Afghanistan),
un parti qui surfe sur les raisons de la crise, sur la corruption en Grèce, en prenant comme cible l’immigration (en réponse à la concurrence à laquelle les ouvriers sont soumis par le patronat : ouvriers détachés, travail au noir, uberisation, etc…),
une population qui pour partie, tout en ne partageant pas totalement les idées d’Aube Dorée, se tourne vers lui parce que les politiques en place n’ont pas apporté de solution à la crise économique. (distribution de nourriture où les gens se laissent amadouer avec un peu de charité : on s’occupe de nous c’est l’essentiel),
la crise économique n’explique pas à elle seule cette attirance pour ce parti, il y a quelque chose de plus profond intégré dans les mentalités voire l’enseignement,
un bémol : le documentaire ne donne pas de place aux organisations anti fascistes ou anti austéritaire qui œuvrent sur place. C’est certainement un choix de la réalisatrice qui d’ailleurs transparait dans le titre » une affaire personnelle ».
De plus il ne met pas l’accent sur le rôle de l’Europe dans la descente aux enfers de la Grèce ni sur les partis en place qui le dénoncent.Une approche centrée sur les faits plus que sur les causes.
Ce que l’on retient du débat :
des interventions riches et intéressantes y compris du public, avec des réponses précises et instructives,
une Angélique très tonique et qui fait honneur au métier de journaliste d’investigation. En critiquant en particulier la détestable méthode des « micro-trottoirs » et autres pseudo enquêtes destinées à prouver une thèse pré-établie. Elle rappelle souvent l’actualité récente (ex : 4e mémorandum) sans donner de faux espoirs au public sur une issue positive,
Aube Dorée s’apparente au nazisme mais son audience reste modeste par rapport à celle du Front National en France,
un public qui met l’accent sur le rôle central de la dette, arme absolue entre les mains des créanciers pour justifier les politiques d’austérité et sur la responsabilité de ceux qui les mettent en place mais s’offusquent des réflexes protecteurs qu’elles engendrent,
un public qui ne se laisse pas prendre aux chants des sirènes des partis en France qui savent utiliser tous les moyens de communication et de langage appropriés pour cacher leurs idées xénophobes et nationalistes en profitant de la misère financière et intellectuelle orchestrée par le système néolibéral et des médias à la botte du pouvoir financier,
En France aussi ont lieu des «ratonnades» et les «anarchistes» se sentent bien seuls pour s’opposer aux activistes d’extrême droite, éventuellement par l’affrontement physique .
Force est de constater que le sujet éminemment d’actualité en France aurait mérité plus de public de citoyens et notamment celui issu des réseaux anti fascistes, syndicaux et partis politiques.
Globalement le public même s’il sort un peu choqué par certaines images (auxquelles d’ailleurs il s’attendait) est satisfait des échanges qui permettent de répondre à une question qu’on peut se poser : Pourquoi ce type de parti attire-t-il des électeurs ?
Le soin que portent nos élites à défendre les puissances de l’argent en soumettant les populations à toujours davantage d’austérité n’est-il pas une réponse
Point sur les commandes : La commande groupée des produits est partie ce samedi 15 avril. C’est 31 personnes qui à nouveau cette année se sont rassemblées pour soutenir les VioMé dans leurs luttes.
Le chronogramme de réception et récupération des produits devrait être :
Le Parti de gauche 38 met à disposition tout comme l’année dernière son local situé 12 rue des Arts à Grenoble.
La pétition initiée par le CSPG de Lyon : Si vous ne l’avez pas encore fait la pétition est toujours en cours. Elle s’adresse à l’ambassadeur de Grèce en France avec copie à certains membres du gouvernement grec. Elle est plus que jamais d’actualité. Les salariés ont été clairs pendant l’intervention du 29 mars : ils ont besoin du soutien international.
Pour mémoire leur appel : INFORMATION CONCERNANT LA DEMANDE DES TRAVAILLEURS DE VIOME fr
Des Italiens se battent pour protéger leurs oliviers contre un gazoduc géant soutenu par Vinci et la Société générale par Olivier Petitjean
À l’extrême sud de la péninsule italienne, une bataille fait rage pour protéger des centaines d’oliviers menacés par le chantier du TAP, un gazoduc géant qui doit relier l’Azerbaïdjan à l’Europe occidentale. Un projet de grande ampleur dans lequel sont impliquées plusieurs géants de l’énergie, et qui paraît en contradiction avec les engagements de l’Europe aussi bien en termes de droits humains que de protection du climat. On y retrouve aussi au premier plan deux multinationales françaises : Vinci, chargée du chantier en Grèce et en Albanie, et la Société générale, seule banque impliquée dans le projet.
Il n’y a pas qu’en Amérique du Nord que les gens se rebellent contre la construction d’oléoducs ou de gazoducs géants. Le combat emblématique des Sioux contre le Dakota Access Pipeline (lire notre article), et auparavant celui contre le Keystone XL et des dizaines d’autres, ont leur pendant au Sud de l’Europe, en Grèce, en Albanie et dernièrement en Italie. Fin mars, un bras de fer s’est engagé à l’extrême sud de la péninsule, dans la région des Pouilles, où doit aboutir le gazoduc géant TAP après avoir traversé la mer Adriatique. Des centaines d’Italiens se sont mobilisés pour empêcher le début des travaux et le déracinement de plus de 200 oliviers centenaires à proximité du village de Melendugno. Des affrontements ont eu lieu avec la police. Un tribunal de Rome vient de leur octroyer un répit très provisoire, en ordonnant la suspension du chantier. Sur place, les habitants restent mobilisés et comptent bien continuer à s’opposer aux excavateurs.
Le Trans Adriatic Pipeline (TAP) est la branche occidentale d’un projet plus vaste, le « Corridor gazier sud » visant à acheminer du gaz d’Azerbaïdjan vers l’Europe sur près de 3500 kilomètres. Il doit atteindre les côtes italiennes en passant en dessous de la plage touristique de San Foca, affectant ainsi potentiellement l’autre grande ressource économique de la région avec l’huile d’olive. Au total, pas moins de 10 000 oliviers se trouvent menacés par la construction de la branche italienne du gazoduc et d’un terminal gazier à son point d’arrivée. Riverains et responsables locaux ne sont guère rassurés par les promesses du consortium selon lesquelles ces oliviers seront préservés et replantés dans deux ans, à la fin des travaux, dans le même périmètre. Les élus municipaux et régionaux, depuis toujours opposés au projet, estiment qu’il serait possible de faire arriver directement le gazoduc dans la ville de Brindisi, à quelques dizaines de kilomètres au nord, dans une zone déjà industrialisée. Mais le gouvernement italien a donné au TAP le statut de projet « stratégique », qui lui permet de passer outre leur avis.
Le TAP et plus largement le Corridor gazier sud font partie de ces énormes infrastructures gazières portées à bout de bras par les institutions européennes malgré leur caractère apparemment contradictoire avec les engagements climatiques de l’Union. Les nouveaux gazoducs et terminaux méthaniers en construction ou en projet à travers tout le vieux continent risquent en effet d’y augmenter la consommation d’hydrocarbures, au lieu de la réduire (lire l’enquête que nous avions consacré à cette question il y a un an). Le seul argument qu’avance la Commission européenne est que ce gaz pourrait, à terme et si les embranchements nécessaires sont construits, remplacer le charbon brûlé dans les centrales électriques des Balkans. Les écologistes estiment quant à eux qu’il serait possible de passer directement aux renouvelables. La viabilité économique même de ces grandes infrastructures est problématique du fait de la baisse tendancielle de la demande de gaz en Europe occidentale. Quant à l’excuse géopolitique mise en avant par les responsables de l’Union, celle de réduire la dépendance européenne envers le gaz russe, elle est de plus en plus mise à mal. Gazprom, la grande firme gazière russe, a en effet déclaré au début de l’année qu’elle envisageait de livrer du gaz à l’Europe via le Corridor sud ! Une autre firme russe, Lukoil, possède des parts dans le principal gisement azéri destiné à servir les marchés européens, Shah Deniz 2.
La Commission européenne a néanmoins choisi de rester sourde aux innombrables alertes sur les violations des droits de l’homme en Azerbaïdjan, dont le régime n’a rien à envier à celui de Vladimir Poutine en matière de répression des opposants. Comment expliquer cet acharnement alors même que le projet TAP semble conçu pour satisfaire avant tout les intérêts des entreprises qui en sont parties prenantes, à commencer par la compagnie nationale de gaz azérie Socar et la major pétrolière britannique BP ? Le consortium en charge du projet, qui regroupe plusieurs géants de l’énergie européen (20% pour BP, 20% pour Socar, 20% pour l’italienne Snam, 19% pour la belge Fluxys, 16% pour l’espagnole Enagas et 5% pour la suisse Axpo) a son siège dans le canton de Zug, en Suisse, réputé pour son opacité et les avantages fiscaux qu’il offre aux multinationales. Parmi les opérateurs de gisements gaziers qui alimenteront le TAP, on retrouve à nouveau des firmes européennes, à commencer par BP, exploitante du gisement de Shah Deniz 2. La française Total s’en est quant à elle retirée il y a trois ans, mais elle est présente avec Engie sur un autre gisement azéri branché sur le Corridor gazier Sud, Absheron.
Une enquête récemment publiée par le journal italienL’Espresso (qui lui a valu des menaces de poursuites du consortium TAP et de l’Azerbaïdjan) revient sur la préhistoire du projet, conçu par Axpo via des filiales en Luxembourg et en Italie, en lien étroit avec des bureaucrates européens. Parmi les protagonistes de cette histoire, on retrouve aussi des hommes d’affaires italiens liés à la mafia, des oligarques russes ou encore des dirigeants azéris cités dans les Panama Papers.
Les autres grands bénéficiaires des grands projets d’infrastructure comme le TAP sont les entreprises de BTP. Un récent rapport de l’ONG CEE-Bankwatch dresse un tableau édifiant de toutes les firmes du secteur de la construction présentes sur les chantiers du Corridor gazier Sud et de leur passif en termes de corruption et de violations réglementaires. Elles sont plusieurs à s’être partagé le gâteau de ce chantier immense, parmi lesquelles l’italienne Saipem, la turque Botas, mais aussi la française Vinci, via sa filiale Spiecapag, spécialiste des gazoducs et oléoducs. Celle-ci s’est vue octroyer la construction de plusieurs segments du TAP en Grèce et en Albanie, sur une longueur totale de 400 kilomètres.
En Grèce et en Albanie aussi, y compris sur la partie dont est responsable la filiale de Vinci, la construction du gazoduc a entraîné la destruction d’oliveraies, de vergers et de pâturages. Selon les ONG qui se sont rendu sur place, de nombreux habitants se plaignent de ne pas avoir été informés ni suffisamment indemnisés pour la perte de leurs oliviers, parfois très anciens, ou de leurs arbres fruitiers. Selon certains témoignages, même lorsque des propriétaires refusaient de donner leur autorisation, les entreprises en charge du chantier passaient en force. Malheureusement pour les paysans albanais, ils ont encore moins voix au chapitre que leurs homologues italiens. Selon les chiffres fournis par le consortium en charge du TAP lui-même, les 879 kilomètres du gazoduc affecteront au total plus de 19 000 parcelles et 45 000 agriculteurs en Grèce, Albanie et Italie.
Dernier maillon de la chaîne, non moins crucial : la finance. On retrouve ici une autre multinationale française, également impliquée dans le Dakota Access Pipeline : la Société générale, qui est depuis 2013 le conseiller financier exclusif du consortium TAP. C’est la seule banque privée impliquée pour l’instant dans le projet TAP, bien que selon les médias officiels azéris, le Crédit agricole contribue lui aussi au financement du Corridor gazier sud dans son ensemble. Cette fonction de conseil financier donne traditionnellement une position privilégiée dans le financement proprement dit du projet. Un prêt syndiqué de 1 milliard d’euros associant plusieurs banques privées est prévu, mais sa validation semble liée aux prêts que doivent aussi octroyer les deux banques publiques de financement européennes, la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque européenne de reconstruction et de développement (BERD). La décision finale de ces dernières, annoncée comme prochaine depuis des mois, se fait attendre. En attendant, les ONG européennes Counter Balance et Banktrack ont averti la Société générale et les autres banques qui seraient tenté de la suivre que le TAP est en contradiction avec leurs engagements en termes d’éthique et de bonnes pratiques.
Olivier Petitjean
Portugal: déficit à 1%, le pari fou de la gauche anti-austérité Boursorama – AFP le 13/04/2017
L’arrivée au pouvoir au Portugal de la gauche plurielle avait irrité les chantres de l’orthodoxie budgétaire. Un an et demi plus tard, ce pays fragile de la zone euro affiche un déficit public au plus bas depuis 1974 et rentre dans les clous de Bruxelles.
Après avoir divisé par deux le déficit en 2016, à 2%, le Portugal compte le ramener à 1,5% cette année, puis 1% en 2018 avant de viser l’équilibre budgétaire en 2020: ce pari ambitieux figure dans le programme de stabilité adopté jeudi que Lisbonne s’apprête à envoyer à Bruxelles.
Si le Portugal est encore loin de l’excédent budgétaire affiché par l’Allemagne, il a de quoi faire pâlir d’envie nombre de ses voisins, l’Espagne enregistrant un déficit de 4,5% du PIB en 2016 et la France ratant de peu son objectif avec 3,4%.
Qui plus est, le Premier ministre socialiste Antonio Costa a réussi le tour de force de juguler les déficits tout en redonnant du pouvoir d’achat aux Portugais, en augmentant le salaire minimum et les prestations sociales.
« Nous avons eu l’occasion unique d’en finir avec la théorie selon laquelle l’Europe est condamnée à un avenir fait uniquement d’austérité. Le modèle portugais est une recette exportable dans tout le continent », a assuré le ministre des Finances Mario Centeno.
Cette rigueur dans les comptes a toutefois du mal à passer auprès des alliés du gouvernement minoritaire, le Bloc de gauche appelant les socialistes à « défier la Commission européenne » et le Parti communiste dénonçant « la soumission au diktat de Bruxelles ».
– ‘Perspectives radieuses’ –
Mis en selle en novembre 2015 grâce à une alliance inédite avec la gauche radicale, Antonio Costa a détricoté nombre de mesures de rigueur adoptées par la droite après l’appel du pays à une aide financière internationale en 2011.
Le gouvernement est ainsi revenu en partie sur la privatisation de la compagnie aérienne nationale TAP, a mis fin aux surtaxes sur les revenus et instauré le retour aux 35 heures dans la fonction publique.
Pour faire passer pour la première fois son déficit en dessous de la barre des 3% fixée par Bruxelles, le Portugal a dû tailler dans l’investissement public, en chute de 30% en 2016.
« A court terme, les perspectives de l’économie paraissent radieuses. Mais à la longue, il sera difficile de répondre aux attentes des Portugais, car les coupes dans les dépenses nuiront à la qualité des services publics », s’inquiète le professeur d’économie Joao Duque.
Optimiste, le gouvernement a revu à la hausse jeudi sa prévision de croissance qui est passée à 1,8%, contre 1,5% auparavant, à l’unisson avec la Banque du Portugal.
Tirée par les exportations, la croissance a bénéficié du boom du tourisme au Portugal, qui a encore battu tous les records en 2016, avec des recettes de 12,7 milliards d’euros.
– État de grâce –
Et le tourisme a fourni un quart des emplois créés en 2016 au Portugal, dont le taux de chômage est descendu à 10%, au plus bas depuis 2009.
Du coup, l’état de grâce du gouvernement de gauche perdure, avec 63% d’opinions favorables ou très favorables, contre 25% d’insatisfaits, selon un sondage de l’Université catholique.
« Ma situation s’est améliorée avec ce gouvernement. Avant j’avais 400 euros de pension d’invalidité par mois, maintenant je gagne 15 euros de plus », témoigne José Santos, 57 ans, un ancien maçon.
Un avis qui n’est pas partagé par tous: « Il n’y a pas d’argent, mais les centres commerciaux sont pleins, les gens vivent à crédit et s’achètent des Mercedes. Un jour, ils ne pourront plus payer », s’alarme Jorgeta Guerra, 46 ans.
Car même si le Portugal est bien parti pour sortir de la procédure de déficit excessif, il croule sous une dette publique de 130,4% du PIB. Et ses taux d’emprunt à dix ans frôlent régulièrement la barre des 4%, nettement au-dessus de ceux d’Italie ou d’Espagne.
Dans le meeting pour la paix de ce dimanche 9 avril à Marseille J Luc Melanchon terminait par ces mots avant de lire le poème du grec Yannis Ritsos : La paix.
« A la Grèce vers laquelle se tournent à cet instant nos pensées, qui une nouvelle fois plongée dans les sacrifices et les souffrances, se demande comment et par où commencera la fin de cet épisode horrible qu’ils sont en train de vivre. Parents qui voient leurs enfants partir, retraités qui croupissent dans la misère et le talon de fer du capital et des banques qui presse.
Les Grecs, si nous autres les français nous nous libérons les premiers des chaînes de l’argent soyez assuré que nous viendrons à la rescousse, les espagnols de même , les portugais, les italiens, les 12 millions de pauvres en Allemagne.
Et avant que j’achève, c’est à la Grèce encore que je vais emprunter des mots. Hier je cherchais quoi vous dire pour conclure et voila qu’un ami plus lettré que moi me dit : j’ai pensé à un poète grec, il s’appelle Yannis Ritsos ça s’appelle La paix «
Voici le poème en grec et sa traduction en français.
Le rêve de l’enfant, c’est la paix.
Le rêve de la mère, c’est la paix.
Les paroles de l’amour sous les arbres
c’est la paix.
Quand les cicatrices des blessures se ferment sur le visage
du monde
et que nos morts peuvent se tourner sur le flanc et trouver
un sommeil sans grief
en sachant que leur sang n’a pas été répandu en vain,
c’est la paix.
La paix est l’odeur du repas, le soir,
lorsqu’on n’entend plus avec crainte la voiture faire halte
dans la rue,
lorsque le coup à la porte désigne l’ami
et qu’en l’ouvrant la fenêtre désigne à chaque heure le ciel
en fêtant nos yeux aux cloches lointaines des couleurs,
c’est la paix.
La paix est un verre de lait chaud et un livre posés devant
l’enfant qui s’éveille.
Lorsque les prisons sont réaménagées en bibliothèques,
lorsqu’un chant s’élève de seuil en seuil, la nuit,
à l’heure où la lune printanière sort du nuage
comme l’ouvrier rasé de frais sort de chez le coiffeur du quartier,
le samedi soir
c’est la paix.
Lorsque le jour qui est passé
n’est pas un jour qui est perdu
mais une racine qui hisse les feuilles de la joie dans le soir,
et qu’il s’agit d’un jour de gagné et d’un sommeil légitime,
c’est la paix.
Lorsque la mort tient peu de place dans le cœur
et que le poète et le prolétaire peuvent pareillement humer
le grand œillet du soir,
c’est la paix.
Sur les rails de mes vers,
le train qui s’en va vers l’avenir
chargé de blé et de roses,
c’est la paix.
Mes Frères,
au sein de la paix, le monde entier
avec tous ses rêves respire à pleins poumons.
Joignez vos mains, mes frères.
C’est cela, la paix.
Yannis Ritsos (1909 – 1990)
Texte traduit du grec par l’auteur,
11/4/17 A Chios, les camps de réfugiés sont au bord de l’implosion : Nous sommes dans l’un des deux camps de réfugiés installé sur l‘île grecque de Chios. Le camp de Souda accueille environ 800 migrants. La majorité vient de Syrie, les autres d’Afrique du Nord, d’Afghanistan ou d’Iran. Tous ont traversé la mer Egée depuis la région turque de Cesme, de l’autre côté de la rive.
Recrudescence des arrivées à Chios
Depuis l’accord conclu entre l’Union européenne et la Turquie, le nombre de migrants débarquant a Chios a reculé d’environ 25 %. Mais les chiffres de l’ONU montrent une recrudescence des arrivées ces derniers mois : 270 en février, plus de 800 en mars. Des chiffres qui inquiètent la population locale, dont le maire de Chios, Emmanouil Vournos : “C’est peut-être lié aux bonnes conditions météos ou à des raisons politiques. Mais ça ne m’intéresse pas de connaître les causes. Je constate les faits et c’est très dur pour les habitants de l‘île comme pour les réfugiés. Je ne veux pas me plaindre ou faire des reproches à la Turquie. La Turquie est un État indépendant, qui agit comme il l’entend. Et nous, dans l’Union européenne, nous devrions avoir notre propre politique.”
Les incidents dans les camps se multiplient
Les deux camps de réfugiés de Chios sont pleins à craquer. Les conditions de vie y sont très difficiles pour les migrants, contraints d’attendre des mois avant d’obtenir une réponse à leur demande d’asile. Dans ce contexte, les incidents se multiplient. Les migrants expriment leur ras-le-bol et leur frustration. “La nourriture n’est pas bonne, ce que l’on boit n’est pas bon. Et les hôpitaux sont délabrés”, dit un jeune.
On nous montre la vidéo d’un réfugié syrien qui s’est immolé par le feu ici à Chios quelques jours plus tôt.
“C’est un lieu très dangereux”, dit un Syrien.
“J’ai pris trois coups de couteau : un dans la poitrine, un dans le dos, un dans la jambe. Trois coups de couteau ! Je suis resté quinze jours à l’hôpital. Les gens de l’ONU ne sont même pas venus me voir”, explique Majid, âgé de 25 ans. Originaire du Soudan, il est arrivé à Chios il y a trois mois. Sa famille est toujours en Turquie. Elle a tenté à plusieurs reprises la traversée mais a été interceptée par la police turque à Cesme, à seulement huit kilomètres de Chios.
“Chaque jour, nous essayons d’intercepter des migrants”
Ici, les autorités turques disent veiller au grain afin d’empêcher les traversées clandestines, comme l’explique le maire de Cesme Muhittin Dalgic : “Malheureusement, les gens parviennent à s‘échapper d’ici. Mais nous faisons notre possible pour empêcher que cela arrive, grâce à nos forces de sécurité et nos garde-côtes. Chaque jour, nous essayons d’intercepter des migrants avant qu’ils ne soient en mer.”
De notre correspondante, Senada Sokollu : “Les dirigeants politiques turcs ont déjà menacé de déchirer l’accord sur les migrants et même d’envoyer jusqu‘à 15.000 réfugiés par mois en Europe.
Les réfugiés et aussi les autorités grecques ici à Chios se plaignent des conditions de vie dans les camps où les ressources sont particulièrement limitées.”
http://fr.euronews.com/2017/04/11/a-chios-les-camps-de-refugies-sont-au-bord-de-l-implosion
11/4/17 Réfugiés : selon Kathimerini, de mars 2016 à aujourd’hui 30 000 réfugiés sont arrivés en Grèce, seuls 944 ont été renvoyés vers la Turquie alors que seulement 1 300 demandes d’asile ont connu une issue favorable.
11/4/17 Berlin suspend les renvois de migrants vers la Hongrie http://www.liberation.fr/planete/2017/04/11/berlin-suspend-les-renvois-de-migrants-vers-la-hongrie_1561981
Blog de Romaric Godin. Le gouvernement d’Antonio Costa a déjoué tous les pronostics sur son incapacité à survivre entre les exigences des marchés et de Bruxelles et celles de ses alliés de gauche. Il fait désormais figure de modèle d’une gauche sociale-démocrate européenne à la recherche d’un second souffle. Mais ce modèle est-il pertinent et transposable ?
Décidément, rien ne s’est passé comme prévu au Portugal. Le gouvernement d’Antonio Costa, gouvernement socialiste minoritaire soutenu par trois formations de gauche, les Verts, le Parti Communiste (PCP) et le Bloc de Gauche (BE), ne devait d’abord pas voir le jour après les élections du 4 octobre 2015, puis, ne devait pas durer plus de quelques mois, puis, enfin, devait succomber face aux « réalités » économiques. Et pourtant, aucun de ces scénarios ne s’est réalisé.
Mieux même, le gouvernement Costa a eu les honneurs d’une forme de mea culpa du très libéral hebdomadaire britannique The Economist qui, dans son édition du 1er avril, a dû reconnaître que ce que « beaucoup » (entendez la rédaction du magazine) « appelaient de l’économie vaudou » (c’est le nom que la même rédaction donne à toute forme de pensée keynésienne) avait en partie fonctionné. Le Portugal a réduit son déficit budgétaire à 2,1 % du PIB en 2016, année où il a eu entièrement les rênes de l’Etat, ce qui constitue un record depuis la fin de l’ère salazariste. Et parallèlement, il est parvenu à maintenir sa coalition et à tenir plusieurs de ses engagements concernant le retournement des mesures d’austérité imposées par la troïka : les salaires des fonctionnaires ont été revalorisés, les heures travaillées réduites, les pensions relevées, tout comme le salaire minimum.
Une naissance mouvementée
Le gouvernement portugais n’a donc pas satisfait les anticipations des milieux conservateurs européens qui voyaient dans cette expérience Costa un « accident de l’histoire » dont la page aurait été vite tournée. Après les élections du 4 octobre 2015, la presse européenne avait (presque) unanimement applaudi à la « victoire » de la coalition conservatrice de l’ancien premier ministre Pedro Passos Coelho. Mais si son alliance Portugal à Frente, regroupant les deux partis de droite, le Parti social-démocrate (PSD) et le CDS-PP, était effectivement arrivée en tête avec 38 % des voix, elle avait perdu près de 12 points ainsi que sa majorité absolue.
La gauche, dépassant les vieilles inimitiés de la transition, semblait vouloir s’unifier pour chasser Pedro Passos Coelho du pouvoir. Le président de la République d’alors, l’ancien premier ministre PSD Aníbal Cavaco Silva avait tenté cependant de passer en force. Renommant Pedro Passos Coelho premier ministre, il espérait détourner les Socialistes de l’alliance de gauche et les contraindre à une « grande coalition », si prisée des partisans des « réformes structurelles » en Europe. Peine perdue, Antonio Costa a continué à négocier avec le PCP et le BE. Le 10 novembre, le PS déposait une motion de défiance qui était adoptée et renversait Pedro Passos Coelho. Deux semaines plus tard, le gouvernement Costa était formé, non sans s’être engagé auprès de la présidence à demeurer dans l’euro et à respecter les engagements du pays vis-à-vis de Bruxelles.
L’échec des pressions de Bruxelles et Berlin
Cette expérience était cependant alors vue comme éphémère. Le PS portugais est un des plus « centristes » d’Europe et est fortement pro-européen, alors que ses nouveaux alliés, PCP et BE, sont opposés à la monnaie unique. Une crise budgétaire pouvait faire voler en éclat cette fragile construction. Cette dernière pouvait venir des demandes de Bruxelles, mais aussi de l’attitude de la petite agence de notation canadienne DBRS, la seule qui notait encore le pays en catégorie « investissement » et qui lui permettait ainsi de demeurer dans le programme de rachats de titre de la BCE, le fameux « QE ».
Bruxelles a en effet demandé plus de mesures de consolidation budgétaire, en février 2016, puis en juillet 2016, lorsque le pays a évité de peu une sanction pour des dérives réalisées par… le gouvernement précédent. Mais, à chaque fois, le gouvernement a réussi à maintenir le soutien des deux formations de gauche.
Quant à l’agence DBRS, elle n’a pas bronché, malgré les attaques régulières du ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble. Ce dernier ne manque pas une occasion de menacer Lisbonne. Le 7 mars dernier, encore, il a indiqué que le pays pourrait avoir besoin d’un nouveau programme de renflouement et a appelé le gouvernement à resserrer la vis budgétaire. Quelques jours avant que l’on apprenne la bonne performance budgétaire lusitanienne pour 2016… La stratégie est celle de la prophétie auto-réalisatrice : faire monter les taux en faisant peur et contraindre ainsi à un changement de politique brisant la coalition. Mais cette stratégie a échoué jusqu’ici : DBRS n’a pas dégradé le Portugal malgré la hausse des taux et le pays reste donc sous la protection de la BCE. Au final, la coalition a tenu bon.
Modèle pour la social-démocratie européenne ?
Désormais, à l’heure où la plupart des partis sociaux-démocrates européens engagés dans l’austérité et les « réformes structurelles » s’effondrent (le dernier d’entre eux, le PvdA néerlandais est passé le 15 mars dernier de 24,8 % à 5,7 % des voix), l’expérience portugaise apparaît comme exemplaire : le PS a su conserver ses convictions européennes tout en ne sacrifiant pas à une politique aveugle et en maintenant le soutien d’une gauche que l’on croyait irréconciliable. Mieux même, le PS est désormais largement en tête dans les sondages. Le dernier, réalisé en mars par Eurosondagem le donne à près de 42 % contre 31 % pour les deux partis de droite. Et PCP et BE reculent également. Rien d’étonnant à ce que le « voyage à Lisbonne » soit devenu le passage obligé des Socialistes européens en quête d’alternatives et de modèles. En 2016, le socialiste espagnol Pedro Sánchez avait proposé à Podemos une « coalition à la portugaise ». En mars, c’est Benoît Hamon qui est allé à Lisbonne pour préparer la demande d’unité de la gauche qu’il a par la suite formulé en France. Les deux hommes n’ont pas su, cependant, imposer le scénario portugais. C’est que la situation est fort différente au Portugal.
« Moindre mal »
Le ciment principal de la coalition portugaise est le souvenir de la très violente cure d’austérité qu’a subie le pays entre 2011 et 2014. Pedro Passos Coelho a voulu être un exemple aux yeux de l’Europe et n’a pas hésité à faire du zèle en allant au-delà des demandes de la troïka. La droite a donc fait figure d’épouvantail pour le PCP et le BE, d’autant qu’elle promettait un nouveau tour de vis budgétaire. C’est seulement cette politique qui a permis qu’un parti comme le PCP, resté très « orthodoxe », oublie la « trahison » du PS envers la révolution en 1975-1976 pour soutenir le gouvernement Costa. Reste que ce soutien externe au PS, comme celui du BE, est avant tout perçu comme un « moindre mal » : les deux partis de gauche ne sont souvent pas tendres avec le gouvernement et réclament plus de fermeté face à Bruxelles et plus d’audace sur la politique sociale. Les situations politiques françaises et espagnoles ne sont, de ce point de vue, pas comparables : la question catalane a empêché une telle alliance en Espagne, où elle était possible. En France, le PS est le parti au pouvoir, ce qui empêche toute comparaison.
Faible croissance
L’horizon semble donc se dégager pour Antonio Costa. The Economist évoque même un relèvement à terme de la note du pays par les agences qui le placent encore en catégorie « pourrie » (« junk »). Mais la situation économique reste difficile. La croissance demeure faible : 1,4 % en 2016, peut-être 1,6 % cette année et 1,5 % en 2018, selon la Commission européenne. Cette faible croissance réduit forcément la capacité de redistribution du gouvernement. Pour le moment, Antonio Costa s’est principalement attelé à revenir sur les mesures les plus sévères des gouvernements précédents. Il n’est pas sûr qu’il puisse aller beaucoup plus loin et c’est pourquoi le ministre des Finances Mário Centeno demande à Bruxelles de faire sortir le pays de la procédure de déficit excessif, afin de disposer de nouvelles marges de manœuvre.
Un endettement immense
Il n’est pas certain, cependant, que cette démarche soit cependant suffisante. La politique de la troïka et de Pedro Passos Coelho a, en effet, fait exploser le ratio d’endettement public du pays qui était à 133,4 % du PIB à la fin septembre 2016, soit le deuxième plus élevé de la zone euro. Le Portugal doit faire face à un service de la dette considérable et Bruxelles, comme elle le fait pour l’Italie, ne se contentera pas d’un simple retour dans les clous de Maastricht. Le « pacte budgétaire » impose un rythme de désendettement pour l’Etat portugais qui est intenable à terme, compte tenu de la dynamique des intérêts. Le gouvernement d’Antonio Costa n’est donc pas sorti d’affaire. D’autant qu’il a hérité d’un redoutable problème, celui des banques, qui pèse sur son déficit et son endettement.
Le problème bancaire, pomme de discorde à gauche
Le Portugal, on l’a vu, a une croissance chroniquement faible. C’était, du reste, déjà le cas avant la crise. A la différence de la Grèce ou de l’Espagne, le pays n’a pas connu de « bulles » dans les années 2000. Il a principalement vécu d’un endettement public et privé devenu progressivement intenable. Les banques portugaises sont donc confrontées, davantage encore désormais que les banques italiennes, au problème des créances douteuses, les fameuses « non performing loans » (NPL). Le gouvernement précédent avait clairement joué la montre, préférant ne pas utiliser l’argent de « l’aide » européenne pour le système bancaire afin de privilégier une « sortie exemplaire » du programme. Les créanciers européens et le FMI avaient laissé faire. Antonio Costa a hérité de ce problème sérieux et il doit désormais faire face aux pressions européennes pour régler au plus vite le problème. Il a ainsi dû renflouer à hauteur de 2,5 milliards d’euros la banque publique, la Caixa Geral do Depósitos, ce qui pèsera en 2017 sur le déficit public.
La question de Novo Banco
Mais, à présent, la pomme de discorde est la privatisation de Novo Banco, la banque issue de la restructuration de Banco Espírito Santo. La banque centrale a décidé de céder 75 % de cette banque au groupe financier étasunien Lone Star. La « vente » est gratuite et s’accompagne d’un engagement de Lone Star d’injecter un milliard d’euros dans Novo Banco sur deux ans, mais, parallèlement, l’Etat portugais assure une garantie sur une grande partie des NPL, pour un montant global de près de 4 milliards d’euros. Cette décision a provoqué une levée de boucliers du PCP et du BE qui ont demandé un contrôle parlementaire et le maintien de Novo Banco dans le giron public. Le ton est vite monté, augmentant la tension au sein de la coalition et relançant les rumeurs d’élections anticipées. Un tel scrutin pourrait, du reste, être tentant pour Antonio Costa dont le parti s’approche désormais de la majorité absolue des sièges dans les sondages. Mais ce pourrait être une victoire à la Pyrrhus : un gouvernement socialiste majoritaire pourrait être tenté de reprendre une politique d’austérité et de « réformes » pour faire baisser la dette et rassurer les marchés. C’est cette même politique qui, en 2011, avait conduit à une défaite claire du PS.
Des « réformes » pour sauver l’économie du pays ?
Car, quel que soit le jeu politique à Lisbonne, l’économie portugaise semble plus que jamais dans une impasse. Sa croissance potentielle demeure trop faible, freinée principalement par le niveau d’endettement de l’Etat, mais aussi des agents privés (qui est de près de 181,5 % du PIB en 2015) et par un outil productif trop faible, principalement centré sur le bas de gamme. La solution prônée par Bruxelles et la plupart des économistes, reprise à la fin de son article par The Economist, est celle, désormais habituelle, du mantra des « réformes structurelles ». Mais ces réformes, déjà largement appliquées dans le pays, n’ont fait que renforcer le phénomène en réduisant le coût du travail et en aggravant le poids de la dette sans produire de la croissance. Cette politique a, par ailleurs, profondément appauvri le pays. Ce dernier affichait en 2010 un PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat équivalent à 82 % de la moyenne de l’UE. Il était en 2015 de 77 % de cette moyenne, un chiffre équivalent à la Slovaquie et à certains pays baltes. Les Portugais, notamment les plus éduqués, mais pas seulement, ont massivement émigré à nouveau, provoquant une perte de richesse dans un pays démographiquement en déclin.
Le problème de l’investissement
Le Portugal a donc besoin d’une stratégie de sortie de crise par le haut. Le pays a besoin d’investissements, y compris d’investissements publics puisque, malgré les réformes, le secteur privé investit encore trop peu dans l’outil productif. Or, le gouvernement Costa a principalement rempli ses objectifs budgétaires en taillant dans l’investissement public, donc dans la croissance future. Une stratégie de courte vue, qui permet d’éviter un nouveau plan d’austérité, mais qui hypothèque l’avenir. Parallèlement, si le « plan Juncker » a accéléré ses investissements au Portugal, parfois dans des secteurs porteurs comme les énergies nouvelles, ces sommes restent réduites. Pour le moment, les projets « signés » de ce plan auraient permis, selon la BEI, de mobiliser 1,3 milliard d’euros d’investissements, soit 0,7 % du PIB annuel. Pas de quoi changer la donne alors que l’Etat coupe dans les budgets.
Impasse de la coalition actuelle
Le Portugal est donc dans une impasse bien plus préoccupante que les tensions politiques au sein de la coalition. La dette freine l’investissement, ce qui fait croître la dette. Aucune « réforme » ne pourra casser cette logique. Le pays ne peut réellement sortir de l’ornière et sa classe politique tente d’éviter le pire en naviguant à courte vue dans une stratégie du « moindre mal », la seule qui lui est aujourd’hui possible, en espérant que le pays finisse par profiter de l’amélioration conjoncturelle mondiale. Mais sans une vraie reprise des investissements productifs, l’économie lusitanienne est condamnée à végéter. C’est sans doute le constat le plus décevant de la coalition de gauche au Portugal : soumise à des contraintes externes importantes, elle a assuré une alternance certes réelle, mais a minima, incapable de véritablement faire face aux problèmes du pays.
Romaric Godin
https://lemouvementreel.com/2017/04/07/le-portugal-modele-pour-la-gauche-europeenne/
Aube dorée : une affaire personnelle
Que se passe-t-il dans la tête du néo nazi de tous les jours ?
Le Lundi 10 avril 2017 à 19h45
au cinéma Le club 9 bis rue Phalanstère à Grenoble
suivie d’un débat avec Angélique Kourounis réalisatrice
correspondante de Radio France en Grèce, de Charlie Hebdo, Politis .
Synopsis
Mon homme est juif, un de mes fils gay, un autre anar et moi féministe de gauche, fille d’immigré. Si Aube Dorée vient aux affaires notre seul problème sera dans quel wagon nous monterons.
Une journaliste enquête depuis des années sur l’organisation du parti néo nazi grec Aube Dorée
L’effondrement économique, l’instabilité politique, et les relations familiales sont au premier plan de ce documentaire qui essaie de comprendre ce qui se passe dans la tête des Aubedoriens qui se posent en victimes du système.
Une Aube Dorée qui ne s’est jamais cachée quant à son idéologie. Ses scores aux élections dans le passé étaient peut être négligeables, mais cette idéologie défendue par une partie du clergé, cultivée par la plupart des média, et transmise par le système politique est devenue le terreau sur lequel l’organisation a pu se développer.
La réalisatrice approche la question d’Aube Dorée via ses propres obsessions, ses inquiétudes et ses peurs. Elle a dédié plusieurs années de travail à ses recherches autour du parti néo nazi grec qui occupe toujours la troisième place sur l’échiquier politique grec après des décennies d’actions meurtrières. C’est son troisième film sur la question, et le premier documentaire d’auteure.
Documentaire de 90′ d’Angélique Kourounis
Une production d’ OmniaTV en coproduction avec Arte et Yemaya Productions
Avec le soutien de : Reporters Sans Frontières-Hellenic League for Human Rights -Rosa Luxemburg Stiftung – Grèce, Charlie Hebdo- Politis- Attac 38- CADTM 38.
Blog de Romaric Godin le 7/4/17
La Grèce et ses créanciers sont sur le point de trouver un « accord ». Il faudra encore faire des économies, cette fois à hauteur de 2 % du PIB. Athènes est encore une fois sacrifiée sur l’autel des intérêts de ses créanciers et de la fiction du « succès des réformes ». Une fuite en avant inquiétante.
Ce vendredi 7 avril au matin, le président de l’Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, toujours en place en dépit de ses provocations depuis quelques jours, se disait de « bonne humeur » sur l’issue de la énième « réunion décisive » du conseil des ministres des finances de la zone euro. Voici donc où en est réduit la Grèce : voir son sort dépendre de « l’humeur » d’un responsable largement discrédité dans son pays (où son parti a vu son électorat divisé par cinq) et au niveau européen (le parlement européen l’a déclaré persona non grata mardi après un refus de se présenter devant les élus). Et, pour s’assurer ses faveurs, demander que l’on oublie ses insultes, comme l’a fait le ministre grec des Finances Euclide Tsakalotos qui a affirmé vouloir passer l’éponge sur les déclarations injurieuses récentes de Jeroen Dijsselbloem.
Prétexte
La Grèce est plus que jamais dans l’attente de la conclusion de la « seconde revue » de son « troisième programme ». Cette « revue » n’est, en réalité, qu’un prétexte. Le vrai enjeu se situe ailleurs : dans les mesures futures qui feront entrer le FMI dans ce troisième programme. L’institution de Washington s’y est longtemps refusée, affirmant non sans raison, que la dette grecque était insoutenable à son niveau actuel (174 % du PIB) et qu’elle était une entrave au développement du pays. Le FMI tentait également ainsi de ne pas reproduire les erreurs de 2010 où il avait ignoré les mises en garde de ses propres équipes et où ses règles internes avaient été ignorées et modifiées à dessein. Mais l’Allemagne a toujours insisté pour que le FMI s’implique dans ce troisième programme. Angela Merkel a reçu en mars Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds, et, depuis, la présence du FMI semble acquise. Mais le prix de cette présence est élevé, et il sera porté par la Grèce. Et c’est bien le niveau de ce prix qui est actuellement en discussion.
Le FMI comme « père fouettard »
Le FMI accepterait donc de fermer les yeux sur l’insoutenabilité de la dette publique hellénique, mais, pour assurer cette « soutenabilité » au moins sur le plan théorique, il exige logiquement que la Grèce dégage pendant longtemps des excédents primaires élevés et qu’elle réduise un de ses principaux postes de dépenses : les retraites. Toute la question des discussions actuelles est donc de faire accepter au gouvernement d’Alexis Tsipras une nouvelle réforme des retraites, après celle qui est entrée en vigueur cette année. Une « réforme » qui se concentre sur un seul point : celui de la baisse des dépenses, jugées trop élevées par le FMI.
Les exigences du FMI ont plusieurs fois fait échouer les négociations et provoqué cette semaine la colère d’Alexis Tsipras. Mais elles ne sont que les conséquences de la position initiales des créanciers européens : celle de vouloir et la présence du FMI et l’absence de coupe dans le stock de dettes publiques qu’ils détiennent. Dès lors que le FMI accepte – pour des raisons apparemment politique – de rejoindre le programme, il devient le « père fouettard » de la Grèce. C’est évidemment ce que les créanciers européens attendent de lui. En maintenant dès la signature du mémorandum en août 2015 une position ambiguë sur le FMI, ces derniers se sont préservés les moyens d’utiliser le FMI à l’avenir pour faire pression sur la Grèce.
Athènes n’a pas le choix
Un accord semble désormais en vue, même si Jeroen Dijsselbloem a indiqué qu’il n’aura pas lieu lors de cet Eurogroupe du 7 avril. Les mines soulagées à Athènes et à La Valette (où se tient l’Eurogroupe) ne doivent pas tromper : le gouvernement grec n’a aucun choix alternatif. Il doit rembourser en juillet 2 milliards d’euros de dettes détenus par des investisseurs privés et 4 milliards d’euros à la BCE. Il ne peut faire face à ses engagements. Et comme Alexis Tsipras ne dispose d’aucune volonté désormais d’engager un rapport de force, il va devoir céder, moyennant quelques menues concessions, l’essentiel. C’est du reste ce qui s’est passé depuis l’été 2015 puisque ce troisième programme n’a cessé de se durcir.
Facture salée
La facture cette fois s’annonce cependant sévère : il s’agira de réaliser 3,6 milliards d’euros d’économie après la fin du programme prévu en 2018. Le système des retraites sera mis à contribution en 2019 avec des économies de 1 % du PIB. Puis en 2020, il faudra relever l’impôt sur le revenu pour qu’il rapporte encore 1 % du PIB de plus. Les créanciers et le FMI se lamentent souvent sur le poids des pensions dans la dépense publique grecque. Il est réel, puisque la Grèce consacre 17,1 % de son PIB aux retraites, selon Eurostat, contre une moyenne de 13,5 % du PIB pour la zone euro. Mais ce phénomène est lié au fait que le reste des transferts sociaux sont plus faibles. L’ensemble des dépenses sociales s’élèvent à 26 % du PIB contre 29,5 % dans le reste de la zone euro. Le tout avec une situation sociale critique. Les pensions sont donc souvent utilisées pour jouer un rôle redistributif dans les familles. Elles ont, du reste, été déjà lourdement frappée par les économies.
Politiquement suicidaire pour Syriza
Politiquement, cette décision est un acte suicidaire de plus pour Syriza qui accuse déjà dans les sondages un retard de 19 points sur le parti conservateur Nouvelle Démocratie. Le montant des retraites était une « ligne rouge » du parti qu’il avait, bon gré mal gré, tenté de maintenir dans son projet de réformes de 2016. Ce projet avait, du reste, eu également un coût : celui d’une baisse automatique des dépenses publiques en cas de déviation de l’objectif budgétaire d’un excédent hors service de la dette de 3,5 % du PIB en 2018. Bref, la capacité de résistance d’Alexis Tsipras, sur laquelle il a fondé sa stratégie, n’a pas prouvé son efficacité. Mais il est vrai qu’il n’a guère de moyen de pression réel.
Persister dans l’échec
Économiquement, l’arrivée du FMI et ces nouvelles mesures traduisent une fuite en avant dans l’échec. Le refus des créanciers européens de reconnaître l’échec patent de leur politique grecque, leur insistance à appeler « réforme » des mesures d’austérité et leur capacité à entraîner le FMI dans leur folie sont autant de signes extrêmement inquiétants pour l’avenir de la Grèce. Ce pays est plus que jamais soumis à un « péonage de la dette » où elle doit, dans des conditions dantesques, produire de la richesse pour la transférer à ses créanciers. C’est la meilleure façon de rendre la dette grecque encore plus insoutenable en détournant les investissements de ce pays. Et de tromper, au passage, les contribuables européens à qui l’on fait croire l’impossible : celui d’un remboursement de la dette grecque.
Romaric Godin
https://lemouvementreel.com/2017/04/07/la-grece-victime-de-lentente-entre-le-fmi-et-ses-creanciers/