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Trêve de Noël La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Trêve de Noël

En ce moment dans l’autre pays réel c’est le temps des amours. Rivalités et alors bagarres entre nos braves matous qui se battent dans les rues et sous les immeubles athéniens. Cela étant dit, c’est reculer pour aussitôt revenir à la charge sans évidemment jamais finir dans… l’extermination mutuelle. Chez les humains, pratiquement technoïdes mais pas encore entièrement, les formes de luttes vraies ou fausses trouvent toujours leurs formes diverses et variées. Nous y sommes encore, entre, tantôt l’amorce d’un rassemblement… finalement plutôt approximatif des gilets-jaunes samedi 15 décembre place de la Constitution, tantôt, sur les mêmes lieux, de la manifestation organisée à l’initiative des… automates du syndicalisme des retraités du PC grec. Le tout, sous… l’arbre, forcement celui de la municipalité et de Noël. Marchands sans Temple.

L’arbre de Noël en construction. Athènes, place Sýntagma, décembre 2018

Dans les quartiers même périphériques, et pas qu’à Athènes, on installe les marchés dits de Noël. Entre autres objets de pacotille, ce sont surtout les dégustations, épiceries et autres pâtisseries, si besoin traditionnelles qui se taillent la part du lion de la consommation. Mais ce n’est presque que 30% de la population du pays qui reste concerné on dirait. Les médias systématiquement… systémiques reproduisent alors ce reportage de la Deutsche Welle… de la métropole, où il est question d’une enquête récente du “Transnational Institute” néerlandais, au sujet de la pauvreté des Grecs… devenue endémique.

D’après cette enquête sur la situation générale… de la Colonie grecque en ce moment, “14% des enfants grecs souffrent de malnutrition car ils ne peuvent même pas disposer d’un plat de viande, de poulet ou de poisson tous les deux jours. Le reportage débute par la description de la situation chez un poissonnier central à Marathon. ‘C’est déjà midi et je n’ai pas vu un seul client. Personne n’a franchi notre porte dit son propriétaire María Hassíotou. Comme les clients ne sont pas encore venus, ils ne viendront probablement plus du tout de la journée, encore un autre jour pour les gens… au régime légumes secs et pâtes, ajoute-t-elle.”

“L’histoire met en lumière la réalité de milliers de ménages dont la subsistance est désormais basée sur le revenu des grands-parents. Seulement, les retraites ont été réduites à treize reprises depuis 2009, laissant les familles avec des revenus considérablement moindres, sans même avoir accès au nécessaire.”, reportage repris par les médias grecs, samedi 15 décembre.

Sur les trottoirs d’Athènes, les produits locaux attendent ainsi longtemps leurs clients, et sur cette même photo à droite… un retraité paupérisé “fait ses courses” dans la petite poubelle accrochée au lampadaire. L’arbre qui ne cache plus la forêt, Noël et ses marchands sans Temple. D’autres nouvelles crisiques, apparaissent alors dans la rubrique des faits trop divers pour ensuite disparaître à jamais. La dépouille pendue et décomposée de Syrmó Kanlídou, une femme travailleuse pauvre de 60 ans, disparue depuis trois mois, vient d’être retrouvée dans une forêt non loin de son village en Thrace, région située au nord-est du pays, près de la Bulgarie et de la Turquie. Le reportage disponible évoque les difficultés de survie, ainsi que celles au sein de sa famille, presse locale du 14 décembre. De la situation disons générale… de la Colonie grecque en ce moment.

Installation du marché de Noël. Athènes, décembre 2018
Installation du marché de Noël. Athènes, décembre 2018
Produits locaux et… retraité paupérisé. Athènes, décembre 2018
Photo de Syrmó Kanlídou. Presse de Thrace, le 14 décembre 2018

Cette nouvelle “normalité”, savamment construite durant toutes ces années de mutation, dites “années de crise”, n’est en réalité que l’illustration de la décomposition recherchée du corps social. Des liens entre les Grecs qui ne sont plus, des lambeaux du système politique et des marionnettes de tout calibre qui sont les siennes, sans parler de l’espionnite exacerbée, comme du temps des guerres mondiales du siècle dernier, et c’est autant, une des raisons ayant conduit à la discrétion des luttes, dont ces manifestations devenues muséales et totalement inoffensives du PC grec, membre à part entière du théâtre à travers sans doute l’ultime conversion cosmétique du régime de la dite démocratie représentative, avant sa disparition complète et même confirmée dans les formes, c’est pour bientôt.

Hasard peut-être du calendrier, tout comme des tristes symboles, le rassemblent de ceux du PC samedi 15 décembre à Athènes, avait débuté près du bâtiment historique du Front National de Libération (EAM) pro-communiste, attaqué en décembre 1944 par les troupes et les blindés britanniques. C’était durant la deuxième phase de la Guerre civile en Grèce, entre 1944 et 1949, ayant opposé ceux de gauche à ceux de la droite. Jusqu’à nos jours et étant donné que certaines archives ne sont toujours pas accessibles, des zones d’hombre subsistent quant à la terrible double décision ayant conduit à une guerre fratricide et de trop, faisant ainsi suite à la barbarie de l’Occupation allemande laquelle a largement détruit le pays. On sait déjà depuis longtemps que les Balkans avaient été partagés à l’époque entre Staline et Churchill, et que dans ce partage, la Grèce n’allait pas quitter le giron occidental. Mais disons alors… que l’histoire ne se répète pas toujours.

Et pour revenir à la discrétion des luttes actuelles, notons tout de même, que plus de 27.000 rassemblements populaires importants ou mineurs ont eu lieu en Grèce, rien qu’entre 2011 et 2015, d’après les éléments disponibles, presse grecque par exemple le quotidien “Kathimeriní” en 2016. Ce n’est pas rien, sauf que le résultat n’a pas été à la hauteur, et aujourd’hui nous savons pourquoi. En tout cas actuellement, et comme ces luttes ont été historiquement celles initiées sous l’impulsion de la gauche et que la gauche en l’occurrence Syrizíste a ainsi trahi le peuple, ses luttes et la patrie avec, ce n’est que par le biais du patriotisme, traditionnellement de droite, voir l’affaire Macédonienne par exemple, que les Grecs se mobilisent, lorsqu’ils se mobilisent, en tout cas pour le moment.

Vendredi 14 décembre donc, et les mandarins Tsiprosaures se sont réunis dans un stade fermé à Thessalonique pour écouter Tsípras évoquer sa petite musique Macédonienne. Des participants sont arrivés depuis Athènes en autocars payés par le parti, tandis que le service d’ordre aux brassards rouges filtrait les participants au cas où, et tout participant porteur du drapeau national, ou suspect de ne pas être en phase avec le Syrizísme et ses apocryphes, il se voyait alors aussitôt refoulé et même livré aux forces de l’ordre… après un “Face control” rapide, presse grecque du 15 décembre.

Rassemblement des retraités à l’initiative du PC grec. Athènes, le 15 décembre 2018
Blindés britanniques devant le siège de l’EAM. Athènes, décembre 1944
Même endroit dans les années 2010 (photo presse grecque)

Il faut dire que pour l’immense majorité des Grecs du Nord et des régions grecques de la Macédoine et de la Thrace, l’arrivée même de Tsípras est ressentie comme une insulte. Pour garder à distance le pays réel, les prétoriens de la “Gauche radicale” ont mobilisé 2.000 policiers, 18 compagnies de CRS, des hommes de la Police des renseignements et des missions spéciales, des drones et des hélicoptères de la police, ainsi que deux blindés de la police, presse du 14 décembre 2018.

Le Syrizísme tangible plus la matraque. Ou comme l’écrit Státhis Stavrópoulos dessinateur de presse et éditorialiste issu de la gauche d’antan dans “To Pontíki” : “Tsípras est devenu puéril, il aborde les problèmes nationaux dont les relations entre la Grèce et les autres pays n’ayant en tête que la simple et unique planification politicienne face aux autres partis, ses adversaires à abattre. En vain ! Cependant et en ce moment même, l’Accord Macédonien de Tsípras de l’été dernier est uniquement perçu comme un catalyseur des évolutions politiques et non pas à la hauteur d’un enjeu national d’une importance alors primordiale.”

“On aurait pu à propos de Tsípras, évoquer le cas d’un apprenti sorcier lequel n’est pas en mesure de maîtriser les conséquences de ses actes dans l’affaire Macédonienne. Eh bien non, on aurait tort que de l’exprimer ainsi, tout simplement parce que Tsípras c’est la marionnette de Geoffrey Pyatt, l’Ambassadeur des États-Unis. Tsípras se montre alors très dur vis-à-vis du peuple, et il devient parfaitement docile devant ses maîtres, à savoir, ses patrons: Soros, Rothschild, Merkel, Trump et compagnie”, “To Pontíki” du 15 décembre 2018.

Discours donc à la noix de Tsípras, accolades avec Notopoúlou sa ministre bimbo, candidate SYRIZA aux prochaines municipales à Thessalonique, et surtout, il faut le rappeler illégalement promue (d’après même ses propres déclarations) au sein du service Tourisme de la Municipalité de Thessalonique, et depuis, propulsée jusqu’au poste de Ministre. Notopoúlou, dont la mère est la compagne du père de Nikos Pappás, ce dernier également ministre et évidemment ami de Tsípras depuis les années de l’école. On retrouve alors il faut dire l’équivalent dans le clan des Mitsotákis par exemple… le népotisme valeur sûre, et autant ultime stade peut-être sous le régime de la colonisation. Ainsi, à Thessalonique, en dehors du cénacle, les CRS “s’occupaient” alors du peuple, lequel n’avait l’air de vouloir perdre son identité culturelle et encore moins son pays.

Thessalonique sous surveillance. Discours de Tsípras, le 14 décembre (presse grecque)
Le pays réel et son identité. Thessalonique, le 14 décembre (presse grecque)
Tsípras et Notopoúlou. Thessalonique, le 14 décembre (presse grecque)
Accueil… de Tsípras à Thessalonique, le 14 décembre (presse grecque)

Le pays se cherche et il ne se retrouve pas. Début décembre, une réunion ouverte avait été initiée par le mouvement “Ardin”, sous son initiateur Yórgos Karambélias, à la marge de sa réunion nationale et annuelle. “Ardin” est un mouvement d’abord culturel très actif dans le domaine également de l’édition, il est comme son initiateur, issu de la gauche, devenue… méta-gauche patriotique.

Ni plus ni moins, l’analyse et en même temps appel de Karambélias et de son mouvement, développe l’idée qu’actuellement en Grèce il y a urgence pour un mouvement à la fois démocratique et patriotique, ce n’est pas tout à fait nouveau, sauf que ce type d’analyse (dont “Ardin” n’a pas le monopole), est dans l’air du temps en Grèce.

“L’aventure grecque sous le memoranda et sous la Troïka, un régime qui dure depuis près de 10 ans, a achevé de manière violente et alors dévastatrice ce que les gouvernements, entre autres ceux de Simítis – PASOK des années 2000 – avaient en leurs temps initié, en promettant une Grèce du XXIe siècle forte et sous un régime apportant aussi la prospérité sociale. En lieu et place de cela, ces gouvernements ont parachevé l’intégration parasitaire de la Grèce au sein de la mondialisation conduisant le pays vers son effondrement profond, non seulement économique, mais aussi social, voire total et pour tout dire existentiel. En somme, par la transformation de la Grèce en une colonie économique, qui plus est, menacée par le néo-ottomanisme de la Turquie actuelle. Nous assistons aussi à l’effondrement démographique et productif du pays, comme aux phénomènes de la paupérisation et de la marginalisation des classes populaires et moyennes, ainsi qu’à son déclin culturel.”

“Ou bien le peuple grec va renverser ces conditions négatives, ou sinon, il mènera alors la lutte devant le spectre de son propre éclipse, clôturant ainsi de manière terrible, son pari fait sur la liberté, consacré il y a 200 ans avec la Révolution de 1821 lorsqu’il était question de se libérer du joug ottoman.”

Yórgos Karambélias, ‘Ardin’, Athènes, le 8 décembre 2018
Sur le site de Delphes. Années 1960 (photo presse grecque)
Ouvrier sur l’Acropole dans les années 1960 (photo presse grecque)

“Aujourd’hui, la société est profondément divisée en deux grandes fractions sociales et somme toute, politiques. D’une part, les il y les ‘mondialisateurs’, s’agissant des élites économiques, politiques et intellectuelles, des ‘bobos bohèmes’ des médias et du spectacle, des riches hyper-mobiles et privilégiés, toutes ces classes ayant relié leur propre prospérité à l’ethno-nihilisme, autrement-dit, la négation revendiquée et autant active des nations, allant jusqu’à livrer notre pays à la mondialisation, tout en aggravant naturellement les inégalités sociales. Le rôle pionnier dans cette impulsion revient actuellement au gouvernement SYRIZA-ANEL, et son allié objectif n’est autre que le parti de la très ethno-nihiliste et néolibérale Nouvelle démocratie de Mitsotákis.”

“Les autres alliés de SYRIZA-ANEL sont évidemment, la social-démocratie européiste issue des restes du PASOK ainsi que le parti de Stávros Theodorákis ‘To Potámi’, sans oublier l’aile NATOoïste de la gauche extraparlementaire et des Antifa. Ce bloc, malgré les disparités en son sein, constitue alors un écosystème de pouvoir, lequel monopolise tous les postes possible, allant du Parlement aux médias, en passant par l’État et les ministères, sans oublier les universités, marginalisant ainsi économiquement, socialement et culturellement la très grande majorité de la société grecque.”

“Et en ce qui concerne la Gauche, eh bien dans sa plus grande partie, elle a subi une mutation fondamentale au passage précis entre le siècle qui nous a précédés et le nôtre. Elle récuse les réalités telles que la nation, l’identité nationale, la souveraineté nationale et populaire, ainsi que la communauté démocratique qui en résulte. Ainsi, la Gauche abandonne la défense de l’État-nation aux mains de l’extrême-droite, comme elle abandonne par la même occasion toute référence fondamentale aux réalités collectives, telles, que le peuple ou les non-privilégiés. Ces allusions pourtant, elles ont historiquement été celles de la Gauche durant toute la deuxième moitié du siècle passé en Grèce, sauf qu’elles sont abandonnées car la Gauche a radicalement changé.”

“Désormais, elle s’aligne de plus en plus ouvertement sur les vues et préceptes des néolibéraux, ainsi qu’à leur agenda, entre autres, ‘l’ouverture des frontières’, l’installation sur le devant de la scène des visions et des demandes de la part des minorités culturelles ou du genre par exemple, elle s’aligne autant sur la dislocation programmée du caractère national du système éducatif.”

Períssa à Santorin, 1963 (photo presse grecque)
Períssa à Santorin, années 2010 (photo presse grecque)
Publicité pour des investisseurs Chinois. Kiosque à Athènes, décembre 2018

“De cette manière, la Gauche perd tout son rôle passé, libérateur et patriote – laissons de côté le PC grec, lequel n’est autre qu’un parti musée – et elle devient ainsi une composante de la mondialisation. Cette Gauche va désormais œuvrer pour la mise en place et la généralisation de ‘l’Homme nouveau’ des mondialisateurs, à savoir, un individu consommateur sans attaches, c’est-à-dire hors-sol, apatride, dépourvu de ses qualités d’être social, foncièrement egocentrique, sans défense devant les forces du totalitarisme techno-féodal. Ce dernier, voudrait même désormais intervenir même dans l’essentiel biologique de l’existence humaine par le transhumanisme méta-anthropique. Et ce n’est pas un paradoxe lorsque donc à travers le nouveau positionnement et ainsi rôle de cette Gauche que de la voir contribuer et de manière essentielle, au déferlement de la mondialisation ; d’où d’ailleurs depuis peu en Grèce, l’invention de la formule alors inédite: ‘Gauche NATOoïste’.”

“Ainsi, la Droite néolibérale incarne le néolibéralisme économique et la mondialisation économique quand la Gauche incarne le néolibéralisme idéologique et culturel, ainsi que la corruption volontaire des identités collectives, lesquelles sont remplacées quasi-exclusivement par de droits des individus et des minorités. Il va de soi que dans un tel monde, la mise en place d’un marché mondialisé est facilité par le fait qu’en face de lui, il ne trouvera, ni nations, ni classes sociales, mais seulement des individus.”

“Avec l’arrivée de SYRIZA au pouvoir, ce partage des tâches entre la Gauche et la Droite a pris fin de manière sans doute provisoire, puisque SYRIZA est chargé d’incarner, à la fois le néolibéralisme économique et autant culturel, ainsi que les dictats de la mondialisation économique, en suivant à ce niveau cette même double politique de Georges Soros, ce dernier comme on sait, il a assemblé ces deux composantes dans son action mondialisatrice.”

Naufragés en ville. Athènes, décembre 2018
Le Mont Olympe. Novembre 2018
Reserve naturelle. Nord de la Grèce, novembre 2018

“De l’autre côté, se trouvent tous ceux qui défendent l’enracinement de la société grecque, la cohésion de sa communauté, l’autonomie de l’État, le rétablissement de sa viabilité, ainsi que la poursuite de la civilisation grecque dans le présent comme dans l’avenir – ni plus ni moins, ceux qui souhaite que l’hellénisme puisse rester actif dans l’histoire durant ce nouveau siècle. Ce pôle du patriotisme rassemble la majeure partie de la société grecque, autrement-dit, les perdants et les paupérisés de la crise, et en même temps, tous ceux qui résistent et qui donc œuvrent alors au quotidien pour que les dynamiques internes, spirituelles et productives du pays puissent encore en quelque sorte exister. Eh bien, cette majeure partie de la société grecque demeure toujours exclue de la scène politique, autant que des institutions du systémisme culturel et spirituel.”

“Il y a donc un manque de concentration comme d’expression frontale pour cet espace démocratique et patriotique. Et cette incapacité à se regrouper, sa fragmentation, n’est pas seulement le fait de la responsabilité des ‘chefs’, mais elle reflète un manque de vision et de plan communs et qui pourraient répondre à la demande patriotique. Car il faut dire, dans l’espace du patriotisme démocrate, aux yeux de certains, prédominent alors la dimension économique et sociale, et pour d’autres, c’est l’aspect strictement national et géopolitique qui prévaut, sans alors parvenir à la composition pourtant nécessaire entre ces deux éléments.”

Mémoire Paléochrétienne. Macédoine grecque, novembre 2018

“C’est aussi pour ces raisons, qu’au cours de la dernière décennie, et durant l’intensification de la crise, les forces politiques ayant pris le devant de la scène, sont celles qui ont tiré profit, surtout via l’usurpation, de l’indignation des Grecs comme de la psychologie collective correspondante; à savoir: SYRIZA, ANEL et aussi l’Aube dorée. Et en ce moment, ce sont les escrocs et les aventuriers qui veulent également monter sur la vague paneuropéenne du populisme de droite.”

“Cependant, notre adversaire, la mondialisation, devrait être traité d’abord sur le champ pratique de la politique créatrice de l’avenir du pays. C’est pourquoi nous devons répondre aux vrais besoins collectifs de la société grecque. C’est-à-dire, réponde à la multiple question du grand ‘comment’, quant à la stratégie nationale pour la défense des droits et de l’intégrité du pays, quant au rétablissement de la souveraineté, de la justice sociale et de la démocratie, sans oublier le rétablissement de sa production, de son Éducation, de sa démographie, de sa Défense, de la préservation de la cohésion nationale et de l’environnement, et pour finir, à la restauration de toute sa dimension culturelle”, texte et intervention de Yórgos Karambélias dont une version courte est consultable sur le site du mouvement “Ardin”, décembre 2018.

Toute prévision s’avère de moins en moins évidente. Et l’intérêt de l’analyse de Karambélias ne présage alors rien de très discernable, quant à son initiative politique. En tout état de cause, la coupure grecque n’est plus celle savamment entretenue entre une certaine Droite et une certaine Gauche, c’est bien clair. Dans le même ordre d’idées, le mouvement des gilets-jaunes, relève autant de cette dichotomie alors radicale, entre les uns et les autres, tous les autres.

Arbre de Noël illuminé. Athènes, décembre 2018 (photo presse grecque)

Les masques sont suffisamment tombés, sauf que le système peut encore en fabriquer. C’est bien connu, chez les humains, pratiquement technoïdes mais pas encore entièrement, les formes de luttes, vraies ou fausses trouvent leurs formes diverses et variées. Le pays réel du temps des premiers engagements politiques de la génération de Yórgos Karambélias, ayant même connu directement les luttes des années 1960, n’est plus du tout le même. On mesure la distance en feuilletant… de façon numérique certaines photos permettant la comparaison qui n’est d’ailleurs pas qu’esthétique. Ainsi et au niveau politique, depuis SYRIZA, la Gauche grecque est définitivement morte, et les Grecs se montrent autant dubitatifs devant la nouvelle… Galaxie des partis et mouvements politiques situés à droite et qui se déclarent plus patriotes que jamais. Marché… de Noël.

Et comme le ridicule ne tue plus, voilà que Lafazánis, chef de l’Unité Populaire (ancienne aile gauche de SYRIZA jusqu’à 2015), a fait son apparition samedi 15 décembre à Paris, déguisé en gilet-jaune, histoire de récupérer l’irrécupérable et ceci, après avoir défilé avec ses amis, toujours en gilet-jaune à Athènes deux semaines plus tôt, il faut dire dans l’indifférence la plus totale, pis encore, sous le rire moqueur et forcement jaune des Athéniens amusés devant un tel théâtre. Pauvres gens pour qui, les élections qui s’approchent semblent alors être si cruciales pour… retrouver un siège chauffant et surtout payant au “Parlement”, il faut dire, pendant bien entendu que la grande mascarade “démocratique” trouve encore ses spectateurs.

Lafazánis à Paris le 15 décembre 2018 (photo presse grecque)

De toute façon et cas de besoin… très systémique, l’avenir immédiat conduira après des élections plus cosmétiques que jamais, à une coalition entre les différents partis alors comparses et complices car tout ce petit monde il incarnant alors les rôles voulus et complémentaires dans cette pièce du dernier peut-être théâtre de la pseudo-démocratie représentative, sauf certaines rares exceptions.

En ce moment et dans l’autre pays réel, c’est heureusement le temps des amours. Rivalités et bagarres entre nos braves matous qui se battent sous les immeubles athéniens, entre une… “Trêve de Noël” pour des croquettes. Et sur la Place de la Constitution, l’arbre de la municipalité et de Noël vient d’être illuminé.par les humains.

Marchands sans Temple et nouvelle “normalité”, savamment construite durant toutes ces années de mutation, dites “années de crise”.

Trêve… pour des croquettes. Athènes, décembre 2018
* Photo de couverture: Rivalités et alors bagarres. Athènes, décembre 2018

Gros temps La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Gros temps

Gros temps en mer annoncé pour bientôt. Les chalutiers rentrent au port pour s’amarrer le long du quai, dimanche matin à l’heure du marché. Un marché à proximité des bateaux bien concis et pourtant salutaire, y compris pour les animaux adespotes des lieux. Comme nous, ils doivent passer l’hiver. Vente directe. En face, la plage, forcément celle de l’été est déserte. En cette saison, même les ruelles sous l’Acropole redeviennent calmes, en tout cas jusqu’à Noël. Hiver, et l’actualité grecque de la semaine a été rythmée en quelque sorte, par les gilets-jaunes français. L’Europe… comme pour évoquer l’hiver des peuples.

Vente directe. En Attique, décembre 2018

Dans les cafés d’Athènes les jeunes restés au pays se disent qu’il va falloir peut-être le quitter. Autour d’une table, une amie de la famille, visiblement connaisseuse du situationnisme qui prévaut aux autres pays de l’euro-délire réellement existant, expose devant les parents et notamment devant le jeune fils fraîchement diplômé. “Si tu pars, tu trouveras une vie plus stable, un salaire disons normal et cependant insuffisant. Le problème c’est surtout le logement et certains autres frais. Tu vois, tout n’est pas rose ailleurs, pourquoi crois-tu que les gilets-jaunes envahissent les rues de Paris et partout en France ?”

Le jeune hésite, il se ronge les ongles, ce qui lui permettent manifestement et temporairement de faire face à l’afflux d’énergie. Difficile pourtant que de canalise toute son impatiente, ou peut-être même la frustration alors ressentie. “Que faire ? Ici en informatique je trouverai du travail, seulement, il sera très mal payé, et surtout, je vais cumuler les CDD… sans parler du job non déclaré.” Le père aussi, il hésite. “Ici du moins il y a toujours, enfin je l’espère, ton logement, le nôtre.” Ils quittent le café, et d’ailleurs il se vide. Temps mort pour une partie majoritaire du pays, aux terrasses des cafés parfois vides et parfois remplies, mais disons que c’est l’hiver et le froid et ses truismes.

Sur les ondes radio, une femme médecin en chef au sein d’une unité de soins intensifs dans un hôpital public dénonce pour une énième fois le manque de moyens. “Nos unités sont à moitié fermées. Nous manquons de personnel et de budget, le matériel manque aussi. Le gouvernement se vante de son excédent primaire, il distribue des cadeaux à sa clientèle politique tandis que nos malades meurent. Je suis chef de service, j’ai plus de trente années d’ancienneté et je gagne 1.800€ net après tant de diminutions successives de mon salaire, tandis que mes collègues jeunes, ils gagnent moins de mille euros par mois. D’après nos calculs, les médecins du public ont perdu en moyenne 55% de leurs revenus en huit années. Heureusement que nous oublions tout cela devant nos malades, dans les salles d’opération… pour ainsi revenir dans la réalité une fois rentrés chez nous. Nos jeunes médecins ont quitté et quittent encore le pays par milliers”, radio 90.1 FM, zone matinale du 10 décembre.

Bords de mer en hiver. En Attique, décembre 2018
Sous l’Acropole. Athènes, décembre 2018
En terrasse. Athènes, décembre 2018

D’après les données de l’Agence fiduciaire sous contrôle étranger, bruxellois et germanique, de la dite “Autorité Indépendante des recettes publiques – AADE”, “l’État grec”, doit plus de 2,6 milliards d’euros aux citoyens et aux entreprises du pays, le chiffre est en hausse d’après la presse grecque de la semaine. État aux investissements publics inexistants, sauf pour la camarilla des Syrizístes et assimilés. Dernier cas en date, un certain Manólis Petsítis de la bande à Tsípras, humble serveur dans une pizzeria d’Athènes jusqu’à 2015, devenu conseiller du… Premier ministre, il mène depuis une vie de palais, il est officiellement employé collaborateur de six entreprises liées aux affaires de l’État, et il cumule un revenu de plus de 200.000€ par an, au lieu de la modeste somme de 5.000€ par an avant que… la politique et les affaires de haut niveau ne découvrent ses… talents apparemment cachés, presse grecque de la semaine. Des broutilles diront les vrais maîtres-fous du pays, sauf que les citoyens sont en colère.

Le serveur si servi mène alors la belle vie de manière ostentatoire, il a même publié sa photo… derrière le pupitre des déclarations officielles du Premier ministre. C’est bien connu, les gamins font passer parfois entre eux leurs jouets et autres ballons. En même temps, dans l’autre vraie vie, celle des Grecs d’en bas, la Police locale ainsi que les services sanitaires ont été saisis sur l’île de Lesbos, un… concitoyen tue les chats et les chiens adespotes de son village pour se nourrir, presse locale et athénienne de la semaine. Ailleurs dans Athènes, on y découvre des annonces du type: “Madame Betty D. cherche à cohabiter, elle est propre, elle a peu d’affaires et elle sait très bien s’occuper du ménage”, ou encore: “Je recherche du travail en domestique interne, Maya.” Hiver, déjà celui des peuples.

Athènes aussi, capitale des restes culturels comme autant des… restes humains. Ainsi, à deux pas d’un immeuble des années 1920, emblématique d’un passé finalement si lointain entre Art déco et architecture mauresque, on y découvre ceux qui se droguent en plein jour dans les parcs par dizaines, sans évoquer les campus universitaires devenus zones à risque et foyers du crime organisé où tout y est: meurtres, saccages des Antifa et assimilés, vendeurs de drogue, violeurs, trafiquants de cigarettes et autres… “Lumières” du siècle qui est le nôtre. Le nihilisme des mondialisateurs, pratiqué et ainsi alimenté d’en bas pour déstabiliser encore davantage nos sociétés minées par les économismes du totalitarisme ambiant. L’entre-deux-guerres qui se prolonge en quelque sorte à travers une guerre totale à bas voltage.

Entre Art déco et architecture mauresque. Athènes, décembre 2018
Restes humains. Athènes, décembre 2018
Madame Betty. Athènes, décembre 2018
Maya… domestique interne. Athènes, décembre 2018

Derrière une vitrine oubliée, c’est le discours d’Emmanuel Macron à la Pnyx, datant du 7 septembre 2017 qui se vent encore sous forme de fascicule. Discours disons… historique: “Je ne saurais cependant me limiter à l’émotion, si vive soit-elle, que procurent ces lieux de mémoire. Et je veux plutôt me mettre à leur écoute. Parce que ces lieux nous obligent, puisque c’est ici que fut inventée la forme moderne de l’État, ici que cette cité d’Athènes construisit patiemment, par la souveraineté du peuple, la souveraineté de son destin, nous devons nous demander sans complaisance ‘qu’avons-nous fait, nous, Européens, de notre souveraineté ?’. Puisque c’est ici que fut pris le risque de cette démocratie qui confie au peuple le gouvernement du peuple, et considère que le plus grand nombre, c’est mieux que le petit nombre pour édicter une loi respectable, interrogeons-nous: qu’avons-nous fait, nous, de la démocratie ?”

“Et ces paroles que non loin d’ici, PERICLES prononça en l’honneur des guerriers morts au combat, écoutons-les résonner encore fortement. ‘La liberté’, disait-il, ‘est notre règle dans le gouvernement de la République, et dans nos relations quotidiennes. La suspicion n’a aucune place’. Mais nous, Européens, nous faisons-nous encore confiance ?” Périclès n’est plus depuis si longtemps et 2017 même est déjà bien loin.

La presse grecque ironise au sujet de l’opportunisme de Tsípras lorsque son habilleur imaginé pour les besoin d’un dessin humoristique, lui préparerait alors un gilet-jaune à sa taille, tandis que sur la Place de la Constitution comme devant l’Ambassade de France, toujours cette semaine, les passants ont découvert une étrange poignée de gilets-jaunes issus de cette gauche morte, s’agissant de Panagiótis Lafazánis et des chefs de l’Unité Populaire (l’ancienne aile gauche de SYRIZA jusqu’en 2015), ces… politiciens périmés ont ainsi frôlé le ridicule. Musée des Arts et des traditions populaires. Non, le peuple ne s’improvise pas, et encore moins ses luttes.

Discours d’Emmanuel Macron. Athènes, décembre 2018
Tsípras… gilet-jaune. Presse grecque, décembre 2018
Lafazánis et les siens en gilet-jaune. Athènes, décembre 2018, presse grecque

Apories ainsi de notre temps, le terme en grec signifie à la fois la déshérence que la surprise, le questionnement, l’interrogation. Encore une fois, nous nous éloignons du centre perdu, celui de Lorentzátos dont il était aussi question à travers notre dernier texte sur ce blog et la remarque de Juan Asensio au sujet de l’œuvre de Lorentzátos, toujours pertinente.

“Aporie sans doute, car nous ne pouvons désormais plus faire comme si nous étions des enfants sauvages, vieillards vicieux redevenus insouciants et courants nus dans les bois, appliquant quelque ridicule précepte rousseauiste dont l’application pratique n’a jamais signifié qu’une mort plus ou moins prochaine, moins la nôtre que celle de mon prochain contraint de redevenir créature nue. Et quand bien même nous retrouverions quelque improbable état de nature édénique, celui-ci ne signifierait en aucun cas la reconquête de l’innocence: c’est les mains couvertes de sang, le cœur rongé et l’esprit assailli de mauvais rêves que nous jouerions à poursuivre l’antique Pan jusqu’à lui faire souhaiter une seconde mort encore plus discrète que la première.”

Le centre perdu donc de Lorentzátos autant que de Yórgos Seféris, car c’était un autre 11 décembre, en 1963, lorsque Seféris prononce en français son allocution de réception du prix Nobel, intitulée “Quelques points de la tradition grecque moderne”, où il présente le cortège des poètes-phares qui l’ont précédé dans le combat pour la langue grecque et termine en exprimant sa solidarité avec son peuple:

Zíssimos Lorentzátos et son chat (photo Internet)
Bateaux de pêche. En Attique, décembre 2018
Animal adespote près du port. En Attique, décembre 2018

“Maintenant je voudrais terminer ce court exposé avec un homme que j’ai toujours gardé près de moi; il m’a soutenu dans des heures difficiles, où toute ressource semblait perdue. Dans ce pays de contrastes qui est le mien, il est un cas extrême. Ce n’est pas un intellectuel. Mais l’intellect réduit à lui-même a parfois besoin de fraîcheur, comme les morts qui réclament du sang frais avant de répondre à Ulysse. Il avait appris à lire et à écrire un peu, à l’âge de trente-cinq ans, afin de pouvoir raconter, dit-il, ce qu’il avait vu pendant la guerre de l’indépendance, où il avait pris une part très active. Il s’appelle Jean Makriyánnis.”

“Je le compare à un de ces vieux troncs d’olivier de chez nous, façonnés par les éléments et qui peuvent, je crois, enseigner la sagesse. Lui aussi a été façonné par les éléments humains, par bien des générations d’âmes humaines. Il était né, vers la fin du XVIIIe siècle, dans la Grèce continentale, près de Delphes. Il nous raconte comment sa pauvre mère allant ramasser des fagots, avait été prise des douleurs de l’enfantement et lui donna naissance dans un bois. Ce n’est pas un poète, niais le chant est en lui, comme il a toujours été dans l’âme du peuple. Quand un étranger, un Français, lui rend visite, il l’invite à table: ‘Mon hôte’, raconte-t-il, ‘voulait aussi entendre de nos chants; je lui en ai fabriqué quelques uns’. Il est doué d’une force d’expression singulière; son écriture fait penser à un mur que l’on bâtit pierre à pierre; tous ses mots fonctionnent et ont des racines; il a parfois des mouvements de style homériques.”

“C’est l’homme qui m’a le plus enseigné en matière de prose. Il n’aime pas les faux semblants de la rhétorique. Dans un moment de colère, il s’écrie: ‘Et vous avez nommé un nouveau chef à la citadelle de Corinthe, un pédant! Son nom était Achille et en entendant le nom d’Achille, vous avez cru qu’il s’agissait de l’illustre Achille et que le nom allait combattre. Ce n’est jamais le nom qui combat; ce qui combat, c’est la valeur, l’amour de la patrie, la vertu’. Mais en même temps, l’on comprend l’amour qu’il a du patrimoine antique, quand, à des soldats qui veulent vendre deux statues à des étrangers, il dit: ‘Même si l’on vous paye dix mille thalers, n’acceptez pas qu’elles quittent notre sol. C’est pour elles que nous nous sommes battus’. Quand on songe que la guerre avait laissé de nombreuses plaies sur le corps de cet homme, on a le droit de conclure que ces paroles ont quelque poids.”

Sous l’Acropole. Athènes, décembre 2018
Caïque et son protecteur Saint-Nicolas. Attique, décembre 2018
En Attique, décembre 2018

Vers la fin de sa vie, son destin devient tragique. Ses plaies lui donnent des souffrances intolérables. Il est persécuté, jeté en prison, jugé et condamné. Dans son désespoir, il écrit des lettres à Dieu: ‘Et tu ne nous entends pas, tu ne nous vois pas…’ C’est la fin. Makriyánnis est mort vers le milieu du siècle dernier. Ses Mémoires ont été déchiffrés et publiés en 1907. Il fallut bien des années encore pour que les jeunes prissent conscience de sa véritable envergure.”

Sous le Saint-Empire européiste germanique des souffrances intolérables comme du regroupement politique et colonial de territoires en Europe centrale, du Sud, et occidentale de la dite Union européenne, certains vieux troncs d’olivier de chez nous comme de chez les autres peuples existent toujours, en dépit des attaques systémiques ou prétendument “anti-systémiques” initiées par les nihilistes, porteurs, entre autres, de l’acculturation de l’ultime capitalisme… plus la wifi.

Entre les Antifa et les autres Sorites (poulains du spéculateur Soros) assimilés, passés par là, le buste de Grigórios Xenópoulos vient d’être vandalisé dans le quartier de l’Académie à Athènes. Comme il a été noté par l’éditorialiste de “To Pontíki”, “la statue vandalisée, incarne une victime de plus, de cette sorte de mouvement étudiant vulgarisé et alors barbare, lequel opère de façon incontrôlable, anarchisante, détruisant le patrimoine intellectuel de la Grèce moderne, le tout, sous le couvert de la tolérance du système politique dans son ensemble, autant que sous la couverture idéologique de cette espèce de gauche totalitaire comme d’une société devenue profondément inculte et hypnotisée.”

Grigórios Xenópoulos (1867-1951) fut un auteur et dramaturge issu de Zakynthos, île Ionienne, un des plus importants et des plus joués, car certains de ses romans, nouvelles et pièces calqués sur la réalité ont été portés à l’écran et au théâtre. Xenópoulos avait autant vécu la fin de cette réalité sociale italienne des îles Ioniennes, dominée ainsi par l’esprit de division entre la noblesse et les “popolari”, disons les… gilets-jaunes d’alors. Et c’est cette idéologie politique et également rupture avec le peuple lequel se révoltait de temps à autre pour réclamer l’égalité que l’œuvre de Xenópoulos en témoigne alors si merveilleusement Sauf que pour les assistés de Soros, et ils ne sont pas les seuls, on doit passer outre de ce que les peuples peuvent authentiquement léguer, y compris à travers leurs luttes.

Grigórios Xenópoulos et l’hybris. Athènes, décembre 2018
Sous le Saint-Empire… Athènes, décembre 2018

Ces derniers mois, l’acculturation imposée s’officialise même, lorsque l’histoire, la langue ainsi que la littérature enseignées à l’école, subissent une purge significative pour ce qui tient de l’esprit national, chrétien et en somme celui liée à la résistance du peuple grec. Les termes, “amour de la patrie” ou “résistance” ont ainsi été bannis du vocabulaire enseigné, le tout, sous le couvert de la tolérance de tout le système éducatif, enseignants compris sauf certaines rares exceptions. Sous SYRIZA/ANEL, le Ministère de l’Éducation Nationale, est d’ailleurs devenu très officiellement et ainsi dans les faits, Ministère de l’Éducation, il fallait comme on dit oser. Autrement-dit, “l’éducation de Soros”, comme le signale Státhis Stavrópoulos dans son papier du jour, éditorialiste et dessinateur de presse issu de la gauche et patriote, oui, c’est parfois possible, “To Pontíki”, 11 décembre 2018.

Tsípras et sa bande haïssent la nation, la leur, tout en adoptant si possible les arguties des nationalismes des autres, ce qui fait le jeu des mondialisateurs apatrides et si ouvertement condescendants vis-à-vis les peuples. Ainsi, cette gauche Syrizíste a vendu, et très bien vendu on dirait, son internationalisme en échange du nihilisme des mondialisateurs et de leurs semblables, rapaces du travail des autres comme diraient peut-être encore les marxistes. Même tard, les peuples s’en aperçoivent, et ils finissent ainsi par haïr autant les mondialisateurs que leur personnel politique, de gauche comme de droite. Certains Grecs, ont même réalisé combien et comment l’ensemble du système politique, gauche muséale du PC grec et nazillons de l’Aube dorée compris, participent à ce jeu lequel doit un jour cesser.

Ceux qui dans ce pays arrivent encore à réfléchir au-delà de notre survivalisme accablant et qui concerne tout de même près de 70% de la population, sont alors très préoccupés. Après huit années de Troïka, de luttes et de trahisons de toute sorte, surtout devant la menace mortelle qui pèse désormais sur le pays et sur le peuple grec, ces Grecs donc capables de raisonner, représentant disons moins du 20% de la population, ils savent que la solution ne réside pas dans le système politique actuel. Ils sont aussi las de notre bien large littérature crisique, car pour ce qui est des analyses de la situation, tout ou presque a été dit, écrit et frappé à maintes reprises sur les claviers ou sur les écrans tactiles. Ce qui compte désormais c’est de trouver les formes de résistance et d’organisation inédites et novatrices pour d’abord tenir, et pour ensuite renverser la situation. Histoires de la sorte interminables à raconter, comme actuellement au coin du feu, à travers les braises de cette autre Grèce.

Héros représenté, de la Guerre d’Indépendance. Grèce, décembre 2018
On répare les filets de pêche. En Attique, décembre 2018

En attendant mieux de nous mêmes, on répare nos filets de pêche, comme on peint les figures des héros de la Guerre d’Indépendance de 1821 sur nos camions. Saint-Nicolas protégera sans doute nos bateaux, dont l’icône est parfois bien visible, tandis que les monastères, plus Orthodoxes que jamais, connaissent un certain engouement de la part des Grecs, une façon peut-être pour y écrire… des lettres à Dieu à la manière de Makriyánnis.

Les chalutiers rentrent au port pour s’amarrer le long des quais. Gros temps, et pas qu’en mer en ce moment. L’air devient irrespirable tous les soirs à cause du bois brûlé pour se chauffer, y compris à Athènes. L’hiver passera, espérons-le, pour votre blog, nous avons besoin du soutien de nos lecteurs et amis pour continuer à offrir chaque semaine une vision différente des réalités grecques et européennes.

L’hiver passera, espérons-le, et d’abord on dirait pour nos animaux adespotes.

Animaux adespotes. Athènes, décembre 2018
* Photo de couverture: Retour au port. En Attique, décembre 2018

Gilets-jeunes La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque

Gilets-jeunes

Temps des alarmes. Début décembre et à travers les medias grecs, les Gilets-jaunes occupent une bonne place dans l’actualité. Analyses certes parfois approximatives, voire désemparées devant les faits et surtout les gestes depuis les ultimes… Lumières de Paris. Parfois, avant de conclure d’ailleurs par une tournure d’avertissement: “Ne l’oublions pas, la France indique parfois la cadence à suivre, aux autres pays d’Europe, ce mouvement peut alors s’étendre ailleurs”, radio 90.1 cette semaine. Dire alors sans quoi que le peuple “fait sécession”.

Dans Athènes, novembre 2018

En même temps à Athènes c’est plutôt le mutisme qu’y règne, la circulation automobile est souvent fluctuante, comme on aime dire, sans entraves. Surtout, lorsque les échoppes ferment le centre-ville se vide, car alors le vieux cœur urbain trop serré se replie sur ses plaies ouvertes sur le néant. Dans les quartiers périphériques, certains cafés et bistrots ouverts durant la crise ont déjà fait faillite, d’autres ouvriront sans doute, et c’est parfois histoire de blanchir de l’argent par le biais d’activités légales, dans une économie de plus en plus déréglée, donc criminelle, d’en haut comme d’en bas.

L’autre jour, le propriétaire très âgé d’une maroquinerie de quartier, exprimait volontiers toute sa peine. “La boutique c’est jusqu’à ma retraite, que d’ailleurs je repousse. Quant au voisinage, eh bien il n’existe plus, nos liens, notre entraide, le simple fait que de dire bonjour parfois. Je m’enferme chez moi, j’ai arrêté de fumer et je réserve un euro par jour pour acheter les croquettes des chats, heureusement, mes deux enfants travaillent ici et ils n’ont pas quitté le pays. Ma fille est infirmière pour 600€ par mois, et mon fils employé dans la téléphonie pour à peu près le même salaire. Occupons-nous d’abord de notre état de santé, il faut rester en bonne santé, et pour le reste on avisera.”

Situation alors grecque D’après les récentes statistiques officielles, 4.312.395 personnes ont de dettes impayées envers l’administration fiscale, c’est-à-dire un demi-million de plus qu’en septembre dernier, et parmi eux, 1.797.492 contribuables verront leurs biens, lorsqu’ils en ont encore, saisis par le fisc, ce qui est déjà le cas pour 1.148.583 d’entre eux, presse grecque de la semaine. Notons que la population grecque dépasse à peine les dix millions d’habitants et qu’entre les banques, cédées à des fonds rapaces internationaux sous la gouvernance des escrocs de SYRIZA, et qui réclament des saisies par milliers et les saisies du fisc qui n’est pas grec non plus, près du 25% de la population se voit confisquer ses biens, essentiellement immobiliers, auxquels s’ajoutent ceux qui les ont déjà bradés pour les mêmes raisons.

Aux yeux des historiens du futur, il s’agit de la plus grande dépossession des biens publics et privés d’un pays et de sa population, sans lui déclarer la guerre, disons de type traditionnel. Une banque réclame même de la famille d’un entrepreneur qui s’est suicidé à Thessalonique, la somme de 590.000€, c’est pour dire, presse de la semaine.

Le siège du Conseil d’État… peint. Athènes, novembre 2018

La paupérisation très ordonnée de la classe moyenne, comme presque de toutes les autres classes sociales c’est tout un programme, et les Grecs commentent également les événements français, parfois sous un air de déjà-vu. “Oui, nous avons connu une période peut-être analogue durant les premières années de la crise. Dès l’arrivée de la Troïka et durant les grandes manifestations, c’était en mai 2010, les salopards du système ont envoyé sur place les casseurs anarchistes mettant le feu en marge des manifestations, et notamment à une agence bancaire, trois employés dont une jeune femme enceinte y ont trouvé la mort, et déjà, durant un temps les Grecs ont été tétanisés, puis retournés chez eux durant un moment.”

“Cette histoire se répète depuis, sauf que désormais nous savons… mais entre temps, SYRIZA l’imposteur tout comme l’ensemble de la classe politique, ces gens jouent la comédie ayant livré le pays aux étrangers et notamment à l’Allemagne. En attendant mieux ou sinon le pire, nous croquons notre kouloúri à cinquante centimes et nous buvons parfois notre café bien amer.” Mentalités grecques.

Signe encore des temps eschatologiques qui sont les nôtres, ceux de la paupérisation… plus la technologie, sur les affiches des théâtres en ce moment et non loin des… demeures des Sans-abri dans la ville d’Athéna, on y découvre “Alarmes”, cette pièce et en même temps critique hilarante contre la technologie moderne de Michael Frayn.

Petits pains ronds. Athènes, novembre 2018
Alarmes, la pièce. Athènes, novembre 2018
Emplacement… Sans-abri. Athènes, novembre 2018
Emplacement… Sans-abri. Athènes, novembre 2018

Cependant, les alarmes ne manquent pas. Depuis plus d’une semaine, de bien nombreux Lycées surtout en Grèce du Nord, en Macédoine, en Thrace et dans les îles de l’Égée, sont occupés et bloqués par leurs élèves. Ces derniers, manifestent alors au sujet de la trahison de Tsípras, s’agissant de “son” accord Macédonien de juin dernier, accord déjà rejeté par l’immense majorité, surtout en Grèce du Nord (voir les articles sur ce blog et sur ce sujet depuis février 2018).

Ainsi, et à défaut de Gilets-jaunes, la Grèce connaît en ce moment ses… Gilets-jeunes, dont l’élan patriotique est indéniable et d’ailleurs aussitôt attribué par le gouvernement des Tsiprosaures, comme pour le presque disons ensemble de la gauche grecque, aux agissements des Néonazis de l’Aube dorée. Peine perdue, car au-delà des manigances des Aubedoriens, les jeunes du pays réel, après avoir vu et vécu la paupérisation de leurs parents, le saccage des biens du pays par les escrocs qui gouvernent et par les rapaces mondialisés, après avoir senti le saccage et pour tout dire le viol de l’ultime espoir politique issu des années de crise, à savoir l’imposture de la Gauche à la SYRIZA, voilà que leur pays, la Macédoine grecque (plus de la moitié de Macédoine géographique), est ainsi offerte aux convoitises culturelles et même territoriales ouvertement exprimées chez les Slavomacédoniens du pays voisin, un peuple arrivé dans la région plusieurs siècles après la Macédoine de Philippe, d’Alexandre et d’ailleurs de la langue grecque.

Et ce n’est pas rien que cette mobilisation des jeunes, lorsque leur mouvement est tant dénigré par les pseudo-élites au Ministère de l’Éducation antinationale, comme d’une bonne partie de la presse mainstream, ainsi que des partis qui siègent au pseudo-Parlement, à l’exception évidemment des Aubedoriens, lesquels se frottent certes les mains, sauf que le pays réel fait de toute évidence la différence entre patriotisme et nationalisme. C’est d’ailleurs le manque total et délibéré de patriotisme qui caractérise les dirigeants actuels qui alimente le nationalisme et les Aubedoriens avec.

Il faut ici noter que le système nourrit et conserve comme il peut les Aubedoriens, histoire de discréditer toute idée et réaction patriotique, la baptisant ainsi fasciste etc. La suite est connue, car trop répétée et refaite alors jusqu’à l’usure. Le système des politiciens, d’ailleurs Sorites d’en haut (financées directement ou indirectement par les fonds du financier Sóros), insulte les élèves patriotes et en même temps, il mobilise les Antifa et autres Sorites… d’en bas, comme à Athènes, lors d’une manifestation peu suivie. Ceci dans le but de créer un climat, voire une réalité d’affrontement, à la manière d’une Guerre civile de bas voltage, histoire de garder le pays divisé et ainsi tétanisé. Il faut enfin noter, que ce même système traîne alors les pieds lorsqu’il s’agit de faire avancer le procès des Aubedoriens pour des faits tout de même avérés, à savoir, l’assassinat en 2012 du chanteur Pávlos Fýssas, à l’époque inconnu du grand public. C’est tout de même… étrange.

Élèves de la Macédoine grecque. Presse grecque, novembre 2018
Lycéens de la Macédoine grecque. Presse grecque, novembre 2018
Antifas et assimilés. Athènes, novembre 2018
Patriotes et antifascistes. Écoliers de la Macédoine grecque. Presse grecque, novembre 2018

En dépit des apparences, celles que les propagandes nourrissent bien entendu, les Gilets-jaunes français et les… Gilets-jeunes grecs relèvent de cette même sécession du peuple, signifiant cette même rupture de légitimité faussaire, s’agissant du simulacre des élites et de leur système. C’est certes frappant que de découvrir certains slogans de première vue “populistes et poujadistes” des lycéens grecs du type “La Démocratie a trahi et vendu la Macédoine”, sauf que c’est vrai, à la seule différence près, qu’il s’agit d’une pseudo-démocratie, autrement dit d’une “gouvernance” laquelle légifère depuis Bruxelles et depuis les entrailles du système Soros sans la moindre légitimité, en violation d’ailleurs constante de la Constitution comme de l’avis du peuple, referendum de 2015 compris.

Après tout, la décision Macédonienne de Tsípras (de Zaev et d’abord de Soros), n’est que la suite logique des politiques d’austérité et du démantèlement du pays, des droits des travailleurs et des citoyens, de la mise à mort de la classe moyenne, en somme, du dictat imposé par le système néocolonialiste et impérial de Bruxelles et en réalité de Berlin, avant d’arriver à ce qui n’était pas perceptible dès le départ des années de la Troïka depuis 2010: l’agenda géopolitique touchant désormais le noyau des intérêts grecs, dans les Balkans et dans le monde.

C’est comme si on disait pour ainsi faire comprendre les réalités grecques… si exemplaires, que dans un cas supposons-le imaginaire, la France, après avoir souffert durant dix ans de politiques austéritaires ayant entraîné la paupérisation généralisée de sa population, le manque total d’espoir en l’avenir, l’effondrement rapide et alors sans retour de sa classe moyenne, la destruction du Service public, le pays se verrait obligé que de céder son siège permanent au Conseil de Sécurité à l’ONU prétendument à l’Union Européenne et en réalité à l’Allemagne, ainsi que de transmettre… les clefs de son armement nucléaire à Berlin. Puis enfin, et dans ce même cas, supposons-le imaginaire, la région allemande frontalière de l’Alsace, devient alors un pays indépendant mais lié à l’Allemagne, nommé “Alsace de l’Est”, et que ce pays revendique alors très ouvertement l’annexion de l’Alsace française, le tout avec l’aimable… Collaboration des élites et des gouvernants.

Philippe de Macédoine et Georges Sadoul. Athènes, novembre 2018
Bouquiniste. Athènes, novembre 2018
Le Général Yánnis Makriyánnis. Bouquiniste, Athènes, novembre 2018

Eh bien, toute proportion gardée, ce scenario en apparence délirant de politique-fiction, c’est la stricte et bien affligeante réalité grecque des années 2015-2018, et voilà comment les mentalités du pays réel ont peut-être suffisamment dépassé les pseudo-clivages gauche-droite. Car… du pareil au même et pour évoquer un exemple parmi tant d’autres, les institutions Soros sont autant liées aux Syrizístes et aux autres PASÓKiens recyclés, qu’à la famille des Mitsotákis de la Nouvelle Démocratie. On sait que certains conseillers de Mitsotákis et de Tsípras sont de la… confrérie des Sorites (radio 90.1, novembre 2018), voir également “The American Spectator en 2017” – “La Grèce Cheval de Troie de Soros en Europe”.

Ainsi, tel cas de figure, Antigóni Liberáki, députée du parti “To Potámi”, formation si chère au spéculateur George Soros comme à Jean-Claude Juncker, et cousine de Mitsotákis, elle préside actuellement le Conseil d’administration de l’ONG Soros “Solidarity Now” en Grèce. Cette même Liberáki, elle avait tout de même déclaré en 2015…“que les pauvres font de bien mauvais choix dans la vie et dans les démocraties tandis que les riches font par contre les bons choix”. Antigóni Liberáki en tout cas, elle a fait le choix de George Soros, question… d’esprit ! Ou la… Collaboration des élites et autres petites histoires.

Temps des alarmes comme historicité alarmante. Cette Grèce accablée, nécrophile et de Soros, elle n’est certainement pas celle du Général Makriyánnis , ni celle des poètes Séféris ou Elýtis . Elle n’est pas non plus, le pays de Zíssimos Lorentzátos, penseur grec et d’ailleurs ami de Yórgos Séféris.

Cette Grèce. Athènes, novembre 2018
Musicien de rue. Athènes, novembre 2018
Décadence. Athènes, novembre 2018

Oui, Zíssimos Lorentzátos, comme le souligne sur son site Juan Asensio, “un des plus grands penseurs grecs du siècle passé, est un auteur pratiquement inconnu en France – signalons que je l’ai mentionné dans un de mes plus récents ouvrages – qui, dans un de ses textes les plus intéressants, ‘Le Centre perdu’, évoque la question poétique (…).”

“À bien considérer certains de ces signes, on peut comprendre que l’homme occidental, ou l’homme moderne, recherche une vision, ou un centre perdu, au-delà et en dehors des liens du rationalisme dans lesquels il s’est entravé lui-même. Or ce centre, dont la perte a déterminé toute la période de la Renaissance à nos jours, l’homme moderne le recherche de mille manières, c’est l’évidence, mais ‘l’unique nécessaire’ qui se trouve devant lui, il ne le voit pas, tant le sel, semble-t-il, s’est affadi sur la terre.” (…)

“Zíssimos Lorentzátos résume ses vues et leur confère une belle ampleur dans ce passage: ‘En nous laissant emporter sur le tapis volant de l’art moderne, il est naturel que nous ne puissions prendre avec nous ou soulever que des choses sans beaucoup de poids et extérieures, et que nous pensions que ces choses par elles-mêmes, ou l’accent personnel que nous leur donnons en tant que Grecs, renouvellent ou continuent notre tradition vivante, dès lors que nous adaptons et assimilons les modèles étrangers’.” (…)

“Et la conclusion de Zíssimos Lorentzátos de résonner dans le vide du désert, où nous continuons à marcher, courbés et la bouche dévorée par la soif, alors que s’agitent autour de nous des millions de pantins réels ou numériques: ‘Si les remarques que nous avons faites jusqu’ici ont quelque importance… il nous faudra comprendre que la civilisation moderne tout entière, et son art, a partout, tant dans la forme dite capitaliste que dans la forme socialiste ou communiste, perdu le centre métaphysique éternel de la vie, ou va le perdre, et que c’est là le problème crucial de l’époque, et sa mesure spirituelle, quand bien même ceci demeurerait caché, et quand bien même nous n’y prêterions pas attention, occupés jour et nuit comme nous le sommes par le vacarme insidieux du monde extérieur ou par la progression fantasmagorique de la technocratie contemporaine’.”, Juan Asensio, “Le Centre perdu de Zíssimos Lorentzátos”, et je dirais… le nôtre.

Ouverture prochaine d’une librairie. Athènes, novembre 2018
Le Centre perdu de… Noel. Athènes, novembre 2018
Le Centre… retrouvé des Dinosaures en spectacle. Athènes, novembre 2018

Je dirais que toute proportion gardée, Zíssimos Lorentzátos c’est le Günther Anders grec. Décidément, le Centre perdu de Lorentzátos et autant le nôtre, se trouve également à l’origine de la violence économique qui engendre en ce moment la violence sociale, ceci un peu partout. Comme le souligne Bertrand Renouvin au sujet des Gilets-jaunes en France sur son blog:

“Théorisée par les ultralibéraux, concrétisée par les gouvernements de droite et de gauche depuis plusieurs décennies, la violence économique engendre la violence sociale, dans une nation de plus en plus divisée entre riches et pauvres. Cette violence sociale a été longtemps, trop longtemps contenue. Elle a été canalisée par les grandes manifestations syndicales, dont les gouvernements ne tiennent plus aucun compte depuis l’immense protestation contre la réforme des retraites en 2010” (…).

“Né d’une jacquerie fiscale qui s’est développée en revendication générale sur le pouvoir d’achat, le mouvement qui secoue la France rappelle une vérité fondamentale: le pouvoir politique a pour fonction essentielle de poser les conditions de la justice sociale, sinon il perd sa légitimité. C’est parce qu’ils ignoraient cette fonction que les présidents et les partis dominants ont été tour à tour éliminés”, blog de Bertrand Renouvin, le 03 décembre. Fin novembre, une telle manifestation syndicale a été organisée à Athènes et ailleurs en Grèce, ceci dans l’indifférence la plus totale exception faite aux perturbations causées par la grève dans les transports en commun à Athènes.

Simulacre de grève. Affiche syndicale, Athènes, novembre 2018
Foire du Régime crétois. Athènes, novembre 2018
Foire du Régime crétois. Athènes, novembre 2018

Temps des alarmes donc, entre Gilets-jaune et… Gilets-jeunes, tous deux à la Une des médias grecs, dont et surtout Internet. Au sujet des jeunes grecs,. Dimítris Konstantakópoulos, journaliste et analyste issu de la Gauche souligne sur son blog “que lorsque SYRIZA attaque le sentiment national des Grecs, alors, il est en train de scier la branche sur laquelle cette Gauche a trouvé appui pour arriver au pouvoir. (…) Les allégations des Syrizístes au sujet de l’élan patriotique des jeunes rappellent très exactement les allégations de la propagande et de la calomnie que les médias produisaient sous la dictature des Colonels.”

“Je note aussi les slogans des élèves relevés ici ou là, comme : Macédoine Terre Grecque, les Fascistes hors des écoles”, ou encore: “Ils ont vendu la Grèce et ils se courbent devant les étrangers, ce qui hélas est exact” (…) “Si cette mobilisation se range disons par un élan globalement situé à droite, ceci est alors rendu inévitable depuis que SYRIZA a abandonné la défense du pays, et que d’ailleurs, il se retourne contre le patriotisme grec, c’est-à-dire, cette force même qui l’a poussé au pouvoir, quand SYRIZA prétendait vouloir sortir le pays du régime néocolonial des Memoranda et de la Troïka.”, Dimítris Konstantakópoulos sur son blog, le 3 décembre 2018.

Temps des alarmes. En attendant si possible mieux, le système multiplie les “événements” commerciaux ou sinon sportifs (énième Marathon et dixième Tour d’Athènes), car au-delà de la propagande et de la calomnie, il y a aussi la distraction-divertissement, histoire de faire oublier le Centre perdu, et autant la “rupture de légitimité qui est une contestation heureuse et décisive de la légitimité faussaire, du simulacre des élites”.

Hermès de Greek Crisis, dit parfois, le Trismégiste. Athènes, décembre 2018

Analyses parfois fort justes, devant les faits. Époque peut-être de l’ultime résilience des peuples, des nations et des idées ; le tout, dans le vide du désert, où nous continuons à marcher, courbés et la bouche dévorée par la soif, alors que s’agitent autour de nous des millions de pantins réels ou numériques.

Ce pauvre blog a déjà sept ans, non sans peine et dont l’existence reste incertaine, malgré ses 700 billets, le tout sous le regard réconfortant de notre Hermès, dit parfois, le Trismégiste, en souvenir peut-être des autres aspects de la spiritualité ancienne précèdent le christianisme.

Sous le regard aussi de notre Mimi, on dirait qu’elle a vieilli tout d’un coup… en compagnie de ce blog.

Mimi de Greek Crisis. Athènes, décembre 2018

* Photo de couverture: Athènes, décembre 2018

Black Mayday La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque

Black Mayday

Athènes entre soleil et pluie. Températures très naturellement en baisse, bois qui brûle, nuits grecques de plus en plus chargées et enfumées. Pays alors des asthmatiques qui ne sortent plus de chez eux. En Épire, en Grèce du Nord, ou en Thessalie, c’est autant la période des premières neiges. Nos derniers touristes de l’été même prolongé, quittent alors la Grèce, tandis que… ceux de l’arrière-saison déambulent déjà dans les rues de la capitale, photographiant, tantôt les monuments, tantôt nos chiens et chats, animaux adespotes et fières de l’être.

Touriste, Place de la Constitution. Athènes, novembre 2018

L’été n’est certes plus, mais l’hiver athénien actuel reste emblématique des enjeux actuels d’après la presse. Entre autres, il apparaît le thème de cette discorde entre promoteurs et acquéreurs nouveaux dans l’immobilier, essentiellement dans le vieux centre-ville. Sans oublier les banques détentrices de milliers d’unités d’habitation ; désormais elles.les bradent au profit des fonds rapaces, installés de manière visiblement appuyée en Grèce depuis l’été 2015, moment historique de… la radicalisation hyper-capitaliste de SYRIZA.

Comme ailleurs, les bureaux et les locaux commerciaux plutôt classiques, se transforment en unités du méta-tourisme de type Airbnb. Notons que plus de la moitié du parc Airbnb à Athènes appartient aux dits investisseurs, le plus souvent étrangers, arrivés depuis peu sur le territoire de l’ex-pays, presse grecque en 2018, par exemple le quotidien “Kathimeriní” en mars dernier.

Par les temps qui courent et qui coulent, les médias accordent tous leurs violons pour promouvoir ce “Vendredi noir”, en… bon grec comme en bon français “Black Friday”, celui des commerçants et des enseignes, si possible méta-nationales, histoire de berner sans doute une dernière fois… avant le clash génocidaire planétaire, notre humanité finissante des classes moyennes. Une classe moyenne mondiale largement uniforme, sauf lorsque cette dernière s’habille parfois en gilet jaune. Oui, c’est vrai que la presse grecque, fréquemment aux ordres de Berlin, alors “ignore” pratiquement tout, des récents événements français, tout comme elle minimise bien entendu, la portée de la résistance des Italiens face aux dictats de Berlin et de Bruxelles.

Place de la Constitution. Athènes, novembre 2018
Touristes et animaux adespotes. Athènes, novembre 2018
Promotion immobilière. Athènes, novembre 2018

Comme l’affirme ainsi à très juste titre mon ami Olivier Delorme au sujet des totalitarismes si actuels, “auxquels, par là, il s’apparente, le projet européen est avant tout oligarchique et technocratique: le pouvoir doit être exercé par ceux qui ont des compétences techniques, par ceux qui savent – qui savent notamment mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui empêcheront ces peuples de faire des bêtises. Mais imposer le dessaisissement des peuples dans le cadre national est impossible autrement que par la force, le coup d’État, la dictature”.

“En réalité, si l’on regarde l’Europe économique aujourd’hui, les pays qui vont le mieux sont tous hors de l’UE ou de l’euro et ne souhaitent pas y entrer. Les seules exceptions sont l’Allemagne – surtout -, les Pays-Bas et l’Autriche pour qui l’euro, sous-évalué par rapport à ce que serait le taux de change de leur monnaie nationale, est un puissant instrument de dumping. Pour tous les autres, l’euro qui, du fait même de sa nature et de ses règles – irréformables – est et restera structurellement surévalué, constitue un pesant boulet qui les ralentit ou qui les tue.” “Putsch Magazine”, 20 novembre 2018. Bas, très bas Empire.

Sur nos radios pas totalement contrôlées peut-être, on peut distinguer ces voix, à l’instar de la radio 90.1 FM du Pirée, voix qui répètent sans cesse que le pays devenu territoire est occupé par l’européisme et par Berlin, et que Berlin et Bruxelles placent leurs hommes un peu partout, surtout et d’abord au sein du gouvernement. Les Grecs le savent, sauf que leur univers, leur teneur disons anthropologique, culturelle, économique et sociale, se trouvent désormais suffisamment désarticulés pour que l’action collective puisse alors reprendre de manière efficace. Contrairement, espérons-le, aux gilets jaunes en France, dont l’existence par exemple économique n’est pas encore tout à fait détruite, alors espoir ?

Ce qui ne veut pas dire que le pays réel grec ne manifeste plus. Cette semaine par exemple, les retraités ont manifesté à Athènes comme ailleurs à travers le pays, presse grecque de la semaine. De même, ceux du personnel de la Santé Publique ont déversé du foin bien gras devant le dit Ministère des Finances. Ce dernier, il est placé comme on sait, entièrement sous le contrôle de Bruxelles et de Berlin. D’ailleurs, c’est “l’Autorité Indépendante des Recettes fiscales” (“Establisment and operation of Independent Authority for Public Revenue” IAPR) qui récolte taxes, impôts et amendes, ainsi que le fruit bien attardé des saisies et qui décide de leur usage, Autorité laquelle “jouit d’une indépendance opérationnelle, d’une autonomie administrative et financière et qu’elle n’est pas soumise au contrôle, ni à la surveillance des organismes gouvernementaux ou d’autres autorités administratives” (grecques).

Retraités en colère. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Ceux de la Santé Publique. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Ceux de la Santé Publique. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Préparation du… Vendredi Noir. Athènes, novembre 2018
Vendredi… très noir. Athènes, novembre 2018

Une agence… fiduciaire, notons-le, ainsi non-grecque, mise en place en 2016, depuis l’acte final de la mise-à-mort de la Grèce par la bande et la gauche des criminels et autres traîtres à la Tsípras et visiblement heureux de l’être, une structure enfin, en réalité illégale… si l’on considère autant que faire se peut la Constitution, théoriquement toujours en cours mais seulement théoriquement. Là encore, comme il vient d’être décrit pour une… condition collective humaine et européenne désormais analogue très actuelle, nous sommes face à un totalitarisme et autant “un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt – c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs – à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes.”

Le pays réel plus disloqué que jamais, il patauge, également il faut dire dans sa colère. Les grandes villes sont beaucoup plus touchées que les campagnes, cela-dit, ces dernières se vident de plus en plus de leurs habitants. Comme il est noté ailleurs, “le plus dur est de maintenir le potentiel d’un peuple intact, c’est pourquoi on cherche à le remplacer ou à la faire changer de sexe quand on n’incendie pas son sol comme ici ou là.” Bas Empire, beau pays des musées et des sites archéologique, du Péloponnèse à la Macédoine, en passant par la Thessalie et ainsi par Delphes.

Nos touristes apprécient, surtout par temps clément, autres réalités grecques, voire romaines, fresques antiques, stèles tombales et même théâtres que les écoliers visitent derrière leurs guides… parfois même en suivant les animaux adespotes maîtres des lieux et de tout temps, même si, les températures sont très naturellement en baisse, et qu’en Thessalie en altitude, il a même neigé la semaine dernière.

Site archéologique et écoliers en visite. Macédoine grecque, novembre 2018
Traces humaines exposées au musée. Macédoine grecque, novembre 2018
Traces humaines exposées au musée. Macédoine grecque, novembre 2018
Neige à Tríkala et en altitude. Thessalie, novembre 2018 (presse locale)
Maîtres des lieux. Grèce, novembre 2018

Ces derniers jours, le gouvernement cynique et impavide de l’escroc Aléxis Tsípras multiplie les annonces quant aux reformes prétendument “enfin positives, après tant d’années d’austérité”. L’année électorale 2019 se prépare, et le principal vivier en la matière pour les gouvernements grecs sont et demeurent toujours les réseaux clientélistes que constituent d’abord les agents et autres embauchés, même temporaires, de la fonction publique, y compris territoriale et locale. SYRIZA constitue en ce moment son armée électorale prétorienne, composée d’agents pour l’instant non-titulaires, aux traitements certes souvent faibles, sauf que bien fréquemment, ces gens sont placés n’importe où et n’importe comment, occupant de nombreux postes plutôt dans l’inactivité, tandis que d’autres secteurs du Service public manquent cruellement de personnel qualifié.

Les Syrizístes excellent autant dans le népotisme, lorsque par exemple, ministres et députés font alors embaucher une bonne part de leur parentèle, le tout, en affirmant le contraire, car le cynisme les déborde, mais également et fatalement la haine, que ces derniers provoquent partout ailleurs en dehors de leurs réseaux clientélistes. Dans le même cadre politique électoraliste, d’après les dernières données d’ailleurs officielles, les agents non-titulaires de l’État ont vu leurs rétributions progresser de 16,7% en moyenne entre 2014 et 2017, tandis que le salaire moyen des employés du privé a encore diminué de 3%. Ainsi et désormais, le salaire moyen dans la Fonction publique dépasse de 53% le salaire moyen pour l’ensemble de l’économie grecque, tandis que ce même salaire moyen des employés de l’hôtellerie et restauration, il se situe seulement à -62% du salaire moyen national, d’après la presse grecque de la semaine.

Au même moment, l’économie grecque a perdu en dix ans, près d’un million de postes qualifiés, de cadres et de techniciens supérieurs, entre ceux, près de 600.000, qui ont quitté le pays, et les autres qui vivotent, faisant du sur place au beau et fière pays des presque trente millions de touristes an, presse grecque de la semaine. Même les enquêteurs bien Allemands de chez Movinga GmbH, admettent dans une récente enquête à travers cent villes du monde et autant meilleurs lieux pour trouver et exercer un travail, que la ville arrivant en fin de classement pour trouver un travail et ensuite pour l’exercer c’est bien Athènes. Bienvenue dans l’Europe Allemande… de l’Exposition Coloniale façon nouveau siècle.

Ceux dits ‘d’en bas’. Thessalie, novembre 2018
En faillite. Athènes, novembre 2018

Le système paupérise le plus grand nombre, pour fabriquer des assistés dépendants, lesquels vont incarner le rôle des prétoriens dociles à bas coût.

Le tout, dans un climat d’abord inventé et néanmoins désormais réel, de désintégration des liens comme des solidarités, entre les branches et entre les catégories socioprofessionnelles, pour ne pas dire entre même les réseaux d’amis ou à l’intérieur des familles.

Car voilà que cette gauche thatchérienne des Tsiprosaures, partage avec les maîtres-fous du méta-capitalisme, la même haine de la classe moyenne et du pays réel des travailleurs rescapés du génocide économique en cours, “cette gauche kérosène – celle qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier, et dans tous les ‘Festival de Cannes’, la bonne parole ‘écologique’ et ‘associative’ qui ose leur faire la leçon à ceux ‘d’en bas’ sur ce point”, comme il est très justement noté ailleurs.

Monument funéraire, Antiquité tardive. Macédoine grecque, novembre 2018
Modernité tardive. Athènes, novembre 2018
Petit restaurant. Athènes, novembre 2018

Dernière trouvaille des Tsiprosaures, le supposé maintient du montant des retraites versées, voire, sa prétendue augmentation d’environ 20€ par mois, lorsque la suppression pour tous les bénéficiaires de la retraite supplémentaire EKAS pour les très petites retraites, retraite dite auxiliaire en Grèce, vient d’être effective, ce qui représente une diminution des pensions de l’ordre de 200€ mensuels en moyenne, et c’est une mesure mémorandaire signée Tsípras. Les éditorialistes du site du “Plan-B”, évoquent à très juste titre cette dernière “tromperie de Tsípras face aux retraités, une mesure austéritaire exigée de la Troïka du temps déjà du gouvernement de droite de Samarás, sauf que ce dernier à l’époque, il n’avait pas cédé”.

L’article inclut d’ailleurs le texte original de cet “accord” récent datant du 23 mai 2018 sur la suppression de la retraite supplémentaire, accord signé entre la gouvernance de la marionnette Tsípras et la Troïka, en précisant que le texte en question n’avait été publié qu’en anglais: “iv. Eliminate EKAS. Phase out the solidarity grant (EKAS) for all pensioners by end-December 2019, reducing it by EUR 570 million by 2017; EUR 808 million by 2018; and EUR 853 million by 2019. The authorities will adopt as a prior action the Ministerial Decision setting all the details for the awarding of EKAS in 2019”, site Internet du “Plan-B”, 23 novembre 2018. Très Bas Empire et ses Colonies.

Statuettes funéraire. Antiquité Tardive, Macédoine grecque, novembre 2018
Archéologues du siècle dernier. Musée en Macédoine grecque, novembre 2018
Monnaie issue de Rome Antique. Musée en Macédoine grecque, novembre 2018

Le pays réel mis à mal, conserve toutefois ses codes dans la mesure du possible, ainsi que certains des usages humains, c’est-à-dire, situés aux antipodes des vendredis et autres journées sombres du para commerce alors supposé permanant. Face aux thatchériens de tous les pays réunis, devant aussi la gauche et la droite kérosène, “le bas peuple”, d’après ce que j’entends dans la rue ou dans les cafés en Grèce et pas seulement, rêve de… pendre tous ses princes sous les lampadaires, tant la haine on dirait de classe, déborde alors de partout.

Dans le milieu fabriqué de l’Occident contemporain, celui de la méta-modernité et de l’obsolescence de l’Homme, les cadavres des régimes supposés représentatifs et démocratiques sont désormais très rapidement éliminés par des organismes décomposeurs et nécrophages, c’est-à-dire par des supposées élites et par leurs marionnettes. Et ce n’est plus un abus de langage, lorsque depuis quelques semaines, on entend à la radio certains journalistes qualifier Tsípras “de termite et de vermine dévorant le pays, et la société grecque”, à l’instar de la zone matinale sur 90.1 FM.

Faute de mieux, et de manière humaine à travers ce que l’on pourrait alors qualifier d’économie enfin durable, des habitants du pays réel et de la ville de Larissa, capitale de la Thessalie, ont eu par exemple la bonne idée… que d’habiller certains poteaux de leur ville par les blousons dont ils n’ont plus l’usage. Blousons si possible imperméables et solides, offerts ainsi en libre service et à destination de leurs concitoyens encore plus paupérisés… devant le froid de l’hiver qui arrive.

Ailleurs, et toujours sous le regard des animaux adespotes, à Athènes ou à Thessalonique, des autocollants un peu vieillis sauf évidemment pour ce qui tient de leur message, appellent à boycotter Coca-Cola, car “Fabriqué en Bulgarie, consommé en Grèce et imposé en Suisse”. Notre beau pays “d’en bas”, contrairement aux politiciens compatibles Sóros, ceux que l’on nomme aussi désormais “les Sorites” à travers certains médias en Grèce, ne mâche plus ses mots et n’utilise point ce langage lénifiant de gauche comme de droite, lorsque il s’agit entre autres de… rendre la soi-disant “transition écologique acceptable”.

Ainsi, d’Athènes à Rome, en passant par la France des gilets jaunes, les humbles sujets du totalitarisme européiste, finissent alors par découvrir les causes, autant que les causeries de l’hybris planétaire qui gouverne, il faut préciser, dans l’anomie la plus totale. D’où sans doute ce clin d’œil à l’Italie actuelle, lorsque son drapeau a été placé bien en évidence dans une galerie d’Athènes, signe encore des temps qui sont les nôtres.

Boycottons Coca-Cola. Thessalonique, novembre 2018
Blouson offert. Ville de Larissa, Thessalie. Presse locale, novembre 2018
Le drapeau italien. Athènes, novembre 2018
Sous leur regard. Athènes, novembre 2018

Le pays entre soleil et pluie. “Les journées à venir se tiennent devant nous – comme un alignement de cierges allumés – petits cierges dorés, chauds, pleins de vie.”
“Les journées révolues restent derrière nous,-triste rangée, cierges éteints ;-les plus proches de nous encore un peu fumants,-cierges froids, fondus et penchés.”, d’après Constantin Caváfis (ou Cavafy), le grand poète et son poème “Cierges”, traduit par Michel Volkovitch. Cavafy est le poète d’Alexandrie, comme Umberto Saba est celui de Trieste, ou Baudelaire le poète de Paris. Cavafy, “né en 1863 à Alexandrie, la ville où se trouvait la plus grande bibliothèque de l’Antiquité, qui avait recueilli les manuscrits d’Aristote, cette ville dont le destin était d’attirer les écrivains, ces êtres épris de mémoire, qui accueillit Flaubert, Rimbaud, Forster, et Lawrence Durrell, une ville dont on vous dit sans cesse qu’il eut fallu la connaître, il y a vingt, trente ans, une capitale – la plus grande – de la mémoire.”

Les journées révolues restent derrière nous, et les élèves en voyage scolaire, admirent encore l’Imaret, ce symbole de l’ancienne ville de Kavala en Macédoine grecque, un des plus importants monuments ottomans en Grèce. Ce complexe impressionnant était un kulliye destiné à l’enseignement islamique, créé par Méhémet-Ali en 1817, lui-même natif de la ville, vice-roi d’Égypte de 1804 à 1849 et généralement considéré comme le fondateur de l’Égypte moderne. L’Égypte, la Grèce, l’Empire ottoman, l’Orient en quelque sorte.

Les journées à venir se tiennent devant nous, températures en baisse, bois qui brûle, nuits grecques enfumées. En Grèce du Nord, c’est le moment des premières neiges, lorsque les sucreries et autres pâtisseries de Noël ont déjà fait leur apparition derrière les vitres des boulangeries. On remarque aussi en ces années sismiques, combien les monastères croulent alors sous le nombre croissant de visiteurs laïques. “Nous recevons de bien nombreux fidèles, c’est dans l’air du temps”, me disait récemment un moine rencontré au Nord de la Grèce.

On comprendra alors aisément qu’après le piètre accord Macédonien des Sorites à la Tsípras, celui que l’immense majorité des Grecs rejette d’après même les sondages de la presse athénienne largement germano-compatible, voilà que le pseudo-accord du même… génotype, entre le chef de l’Église de Grèce Ierónymos et Tsípras, ne passe alors pas.

L’Imaret, Kavala, novembre 2018
Sucreries de Noël, Athènes, novembre 2018
Produits des Monastères. Boutique à Athènes, novembre 2018
Produits des Monastères. Boutique à Athènes, novembre 2018

Car ce même langage lénifiant de gauche comme de droite, lorsque il s’agit entre autres de… rendre la soi-disant “transition culturelle acceptable” irrite encore plus les esprits du pays réel, dans la mesure où de tromperie en trahison, l’hybris qui s’accumule appelle forcément la Némésis, rappelons-le, chez les Anciens, celle de la juste colère des dieux et du châtiment céleste, assimilée à la vengeance et à l’équilibre à imposer de nouveau. Némésis, dont le mot dérive du verbe grec “némeïn”, signifiant répartir équitablement, distribuer ce qui est dû.

L’observateur curieux des nouvelles mentalités, remarquera enfin combien ces productions, réelles ou en tout cas estampillées des Monastères, sont de plus en plus recherchées en Grèce, c’est certes une forme de commerce mais ce n’est certainement pas le vendredi bien sombre des mondialisateurs. En tout cas et dans le contexte actuel, la tradition Monastique Orthodoxe représente aux yeux des Grecs un espoir, ou sinon du moins, une ultime ouverture spirituelle devant l’effondrement des idéologies politiques. D’où sans doute cette guerre ouverte faite aussi à l’Orthodoxie, depuis les caniveaux des Sorites, plus crépusculaires que jamais. Cela-dit, aux dernières nouvelles, les Sorites Tsiprosaures retireraient leur projet de reforme relative aux relations entre l’Église et l’État, “pour un moment plus propice d’ici quelques mois”, d’après en tout ca la presse grecque au soir du 23 novembre. Les masques sont déjà tombés, en attendant la chute des arlequins diront certains.

Et quant aux tavernes des Grecs, sur leurs murs on y découvre souvent ces photographies de jadis issues du monde rural, dont ces réunions officielles ou festives, en présence des popes et d’ailleurs des gendarmes. Au même moment, sur les marchés circulent autant ces autres vieilles photos, représentant les grands compositeurs du chant populaire et du bouzouki, preuve -s’il en faut- de l’intérêt porté par les Grecs à leur culture populaire et nationale. Finalement, les peuples ont la peau dure !

Photo d’antan. Taverne grecque, novembre 2018
Ceux de la musique populaire. Photos à Athènes, novembre 2018

Bouzouki ou pas, nos derniers touristes de l’été, même prolongé, ont déjà quitté le pays, tandis que… ceux de l’arrière-saison déambulent déjà dans les rues de la capitale, photographiant, tantôt les monuments, et tantôt nos chiens et nos chats, animaux adespotes et fières de l’être.

Certains sites archéologiques sont désormais désertés de tous, devenant ainsi et enfin propices à la réflexion et à la méditation, autant que les monastères, faisant ainsi face à l’hybris pour l’instant dominante.

Site archéologique déserté. Macédoine grecque, novembre 2018

L’histoire en a vu bien d’autres c’est certain, et les journées à venir se tiennent devant nous, y compris pour votre blog, prospère en idées… mais pour le reste paupérisé. Comme hélas de coutume, dans quelque jours, “Greek Crisis” du haut de ses sept ans, lancera sa campagne annuelle de soutien financier de fin d’année.

Passer comme on dit l’hiver, aux nuits grecques de plus en plus lourdes et enfumées avant le Printemps, peut-être autant celui des peuples. Modernité tardive !

Animal adespote. Nord de la Grèce, novembre 2018

Le rapport sur les effets de l’austérité en Grèce

La démocratie n’est pas à vendre. La lutte pour la souveraineté alimentaire à l’ère de l’austérité en Grèce

Les mesures d’austérité ont accru la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire en Grèce et ont violé le droit humain à l’alimentation de son peuple. Comment est-ce arrivé et qui est responsable?

Auteurs : Stephan Backes , Jenny Gkiougki , Sylvia Kay , Constantinidis de Charalampos , Emily Mattheisen , Christina Sakali , Eirini Tzekou , Leonidas Vatikiotis , Pietje Vervest  Rédacteurs Deborah Eade En collaboration avec FIAN International , Agroecopolis  ProgrammesJustice agraire et environnementale

 

Résumé

Ce rapport examine les effets de l’austérité en Grèce sur le droit à l’alimentation. Il conclut que l’État grec et les États membres de la zone euro ont violé le droit du peuple grec à l’alimentation en raison des mesures d’austérité requises par trois protocoles d’accord (2010, 2012 et 2015). En d’autres termes, les mesures d’austérité imposées à la Grèce étaient contraires au droit international des droits de l’homme.

En août 2018, le Conseil européen a célébré la fin du troisième mémorandum d’accord, louant les efforts de la Grèce et la solidarité européenne. Cependant, comme le montre ce rapport, il y a peu à célébrer. Les mesures d’austérité ont non seulement accru la pauvreté et l’insécurité alimentaire, mais elles ont également consolidé un régime commercial agroalimentaire qui perpétuera les inégalités en matière d’accès et de contrôle des aliments.

Le rapport examine les impacts de l’austérité sur les producteurs de denrées alimentaires et les initiatives de consommateurs / coopératives, ainsi que les impacts sociaux sur la population grecque en général. En se concentrant sur le droit humain à l’alimentation, le rapport met en évidence l’impact de la crise économique grecque qui a touché tous les aspects de la vie des gens. L’accent mis sur les producteurs de denrées alimentaires et les zones rurales attire également l’attention sur un aspect négligé de la crise grecque, ces secteurs et régions manquant souvent de voix et de reconnaissance dans la politique et la prise de décision nationales.

Les résultats sont basés sur des entretiens directs et un travail de terrain original, complétés par des entretiens (y compris avec de hauts responsables de l’État), ainsi que sur une analyse de données macroéconomiques et une revue de la littérature de textes clés.

Les conclusions du rapport sont surprenantes.

1. Les mesures d’austérité ont accru la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire

Selon les estimations, en 2017, 38,9% des habitants des zones rurales de la Grèce sont menacés de pauvreté *.

Le chômage rural a grimpé de 7% en 2008 à 25% en 2013, tandis que le revenu rural par habitant a chuté de 23,5% pendant les années de crise (2008-2013).

L’insécurité alimentaire en Grèce a également augmenté – les prix des denrées alimentaires ayant augmenté plus rapidement que ceux de la zone euro pendant la crise, malgré la forte chute des revenus intérieurs et du coût de la main-d’œuvre. Cela a entraîné une baisse des dépenses alimentaires en termes totaux, mais une augmentation des dépenses alimentaires totales par rapport aux dépenses mensuelles totales de 16,4% en 2008 à 20,7% en 2016. – La proportion de ménages qui ne peuvent pas se permettre un repas avec viande, poulet, poisson (ou équivalent végétarien) tous les deux jours, par exemple, a doublé pendant la crise, passant d’environ 7% en 2008 à plus de 14% en 2016.

– La proportion de ménages avec des enfants incapables de se payer un repas à base de protéines sur une base quotidienne a doublé, passant de 4,7% en 2009 à 8,9% en 2014. Selon les statistiques de l’UE, 40,5% des enfants en 2016 étaient en situation de privation matérielle et sociale.

– Globalement, la crise a entraîné un changement notable des modes de consommation avec la substitution des produits alimentaires plus coûteux par des produits moins coûteux.

* L’UE définit cette personne comme une personne gravement défavorisée sur le plan matériel, située au-dessous du seuil de pauvreté après les transferts sociaux ou vivant dans des ménages où les adultes sont employés moins de 20% du temps.

2. Les mesures d’austérité ont particulièrement affecté les petits producteurs et négociants de produits alimentaires

Les mesures défavorables aux agriculteurs comprenaient:

Des taxes plus élevées et des coûts de production plus élevés dus au remplacement d’un régime d’imposition distinct pour les agriculteurs par un système normalisé d’imposition du revenu, ainsi que de taux de TVA plus élevés sur les intrants agricoles, notamment les engrais, les pesticides, les aliments pour animaux et semences et le diesel; et l’introduction d’une nouvelle taxe sur les terres agricoles. La part des taxes dans la valeur ajoutée agricole nette est passée de 4% entre 1993 et ​​2010 à 15,4% en 2016.

L’abolition de l’Organisation de l’assurance agricole spécialisée (OGA) et sa fusion avec un système généralisé de sécurité sociale ont entraîné une augmentation des cotisations de nombreux agriculteurs. Outre les impacts directs, un certain nombre de réformes structurelles ont considérablement fait pencher la balance en faveur des plus grands détaillants en alimentation et des commerçants privés au détriment des petits producteurs. Ces réformes comprenaient:

La libéralisation du commerce de détail, par exemple la levée des restrictions sur certains produits vendus dans les supermarchés, la flexibilisation de la législation du travail et le passage au commerce du dimanche.

La libéralisation du commerce de gros, en particulier la privatisation de l’Organisation des marchés et de la pêche centraux, auparavant administrée et rentable, le principal opérateur alimentaire de gros du pays, responsable des 2 principaux marchés du pays et de 11 marchés du poisson.

• Les privatisations, y compris les privatisations de la Banque agricole de Grèce (ATE) et de la grande coopérative laitière AGNO. Il en résulte une augmentation des coûts pour les agriculteurs qui ont moins accès au crédit rural, aux services financiers spécialisés et aux conseils agronomiques.

3. Les mesures d’austérité ont frappé un secteur alimentaire rural déjà affaibli et vulnérable par les tendances à long terme

L’agriculture en Grèce reste une partie importante de l’économie, représentant près de 4% du PIB du pays (plus du double de la moyenne de l’UE) et fournissant 12% des emplois du pays en 2016, mais elle est en déclin depuis le début des années 1980. L’entrée de la Grèce dans la Communauté économique européenne en 1981 et plus tard, l’UE – et la politique agricole commune – ont ouvert les petits agriculteurs grecs à une concurrence accrue. Cela a entraîné un certain nombre de vulnérabilités dans le système agroalimentaire grec avant la crise, notamment:

• Une baisse régulière de la production agricole nationale et une dépendance croissante à l’égard des importations de produits alimentaires ont entraîné une balance commerciale des produits alimentaires négative. Entre la fin des années 1980 et le début de la crise en 2008, le déficit du commerce des produits alimentaires dépassait fréquemment 1% du produit intérieur brut (PIB) du pays, tandis que sur la période 2005-2011, les importations représentaient près de 40% de la consommation intérieure.

• Recours accru aux subventions alimentaires, la part de la valeur ajoutée nette dans l’agriculture augmentant de 23% en 1993 à 81% en 2008.

• Un secteur des supermarchés en croissance qui a intensifié les conditions monopolistiques vis-à-vis des producteurs et des consommateurs.

Ces tendances ont porté atteinte à la souveraineté alimentaire de la Grèce, transformant la Grèce en exportateur net de produits alimentaires en importateur net. Pourtant, plutôt que de remédier à ces vulnérabilités, les trois protocoles d’accord (2010, 2012 et 2015) ont accéléré ces tendances. L’examen des exigences structurelles des mémorandums suggère un projet idéologique délibéré de transformation de l’État et de restructuration de l’économie grecque en faveur de certains secteurs du capital, tels que les grandes chaînes de supermarchés (transnationales). La crise a fourni un moyen de la mettre en œuvre.

4. Le filet de sécurité sociale du gouvernement grec était insuffisant pour prévenir l’insécurité alimentaire et la pauvreté

Le gouvernement grec a mis en place un certain nombre de programmes sociaux visant à constituer un filet de sécurité contre les conséquences de l’austérité et à répondre aux préoccupations urgentes liées à l’insécurité alimentaire. Parmi ces mesures, citons l’adoption d’une loi sur l’aide humanitaire prévoyant des subventions pour l’alimentation, le loyer et l’électricité pour les personnes et les familles à faible revenu. Ce programme a ensuite été remplacé par un programme de solidarité sociale qui offre aux ménages à faible revenu une allocation mensuelle.

 

Tout en répondant aux besoins les plus élémentaires, l’aide du Régime a été limitée: elle ne prévoyait que 30 à 200 euros par ménage et par mois, avec 100 euros supplémentaires pour chaque adulte et 50 euros par enfant. Les critères d’éligibilité stricts limitent l’aide aux cas de privation matérielle les plus graves, tandis que les exigences relatives à la condition de ressources excluent de nombreuses personnes qui y auraient droit en raison de ses dispositions restrictives et bureaucratiques. La couverture dans les zones rurales a également été limitée.

En conséquence, des fondations privées, des organisations caritatives, des ONG et l’Église grecque ont dû combler certaines de ces lacunes – offrant notamment des repas scolaires gratuits, des banques alimentaires et des soupes populaires, ainsi que des épiceries sociales offrant des produits alimentaires, des vêtements et des produits de nettoyage. matériaux de base et autres biens de base destinés aux particuliers et aux familles à faible revenu.

Certains de ces programmes bénéficient du soutien des municipalités locales et, dans le cas du programme de cantines scolaires, du gouvernement central, ils ne sont guère plus que des pansements collants. Les réponses fondées sur les droits de l’homme, telles que le soutien aux emplois et des salaires justes, qui s’attaqueraient aux causes profondes de la faim et de l’insécurité alimentaire doivent être beaucoup plus centrées au premier plan.

5. Les réponses populaires menées par les communautés fournissent de vraies solutions et laissent présager l’émergence d’une nouvelle politique alimentaire

Face aux politiques gouvernementales imposées par la troïka, qui sapent la souveraineté alimentaire – et ne parviennent pas à en atténuer les effets – de nombreuses initiatives communautaires locales ont vu le jour pour aider les populations à accéder plus facilement à la nourriture.

Celles-ci reflètent des tendances politiques différentes, varient en termes d’infrastructures et s’engagent différemment avec les États et les marchés. Ils comprennent des cuisines solidaires, des coopératives alimentaires, des marchés «sans intermédiaires», des collectifs et des réseaux d’autosuffisance alimentaire, des programmes d’agriculture soutenue par la Communauté (ACS), ainsi que toute une gamme d’autres coopératives agricoles, des modèles d’exploitation agricoles alternatifs et des entreprises de producteurs.

L’appel à une «économie solidaire» est devenu un cadre essentiel dans lequel de nombreuses réponses locales ont articulé leurs demandes et leurs aspirations. Cette économie sociale et solidaire (ESS) a connu une croissance massive au cours des années de crise: en 2013, 372 entreprises sociales étaient enregistrées, contre 585, 714 et 907 respectivement en 2014, 2015 et 2016.

En construisant un tel contre-pouvoir basé sur des pratiques innovantes, des expérimentations sociales et des infrastructures contrôlées par les personnes, ce mouvement ouvre la voie à une résistance populaire à l’austérité, mais également à un nouveau système alimentaire transformateur juste. Cela va au-delà de la demande de prix des denrées alimentaires abordables et de la protection des agriculteurs pour véritablement défier le pouvoir structurel du secteur agroalimentaire des entreprises et faire progresser les alternatives populaires.

6. Le droit à l’alimentation a été violé en Grèce

Le droit à une nourriture suffisante est fortement inscrit dans le droit international des droits de l’homme et son contenu normatif mentionne plusieurs éléments (disponibilité, accessibilité, adéquation, durabilité) qu’il convient de préserver.

Le droit à une nourriture suffisante est également étroitement lié à d’autres droits économiques, sociaux et culturels (DESC), ce qui signifie que la violation d’un droit entraîne souvent la violation d’autres droits. Le droit à la santé, à la vie, à l’eau et à un logement convenable sont les déterminants fondamentaux du droit à l’alimentation.
Plusieurs mesures d’austérité – y compris la modification des taxes agricoles et des régimes de sécurité sociale et la tendance à la privatisation et à la libéralisation du commerce – ont directement contribué à affaiblir le droit à l’alimentation en Grèce. D’autres mesures telles que la réduction du salaire minimum et la réduction des retraites ont également porté atteinte à ce droit fondamental de l’homme et contrevenu à d’autres droits économiques, sociaux et culturels, tels que le droit au travail, au logement et à la santé.
Les États ont l’obligation de réaliser les droits de l’homme. Cette obligation inclut la réalisation progressive des droits socio-économiques avec le maximum de ressources disponibles, ce qui interdit, à première vue, des mesures rétrogrades * qui limiteraient ou réduiraient les niveaux existants de jouissance des droits consacrés. Des mesures rétrogrades ne peuvent être prises que dans des circonstances très limitées et sur la base de conditions essentielles – telles qu’un suivi et une évaluation attentifs, la prise en compte de tous les droits, ne garantissant aucun impact disproportionné sur les plus vulnérables – aucune de ces mesures n’a été appliquée par le gouvernement grec. Le large éventail de mesures rétrogrades prises, combiné à la hausse du coût de la vie, constitue une preuve suffisante que le droit à l’alimentation a été violé en Grèce.

* Par mesures régressives, on entend toute mesure impliquant un recul du niveau de protection des droits de l’homme dû à la décision intentionnelle d’un État .

7. La responsabilité des violations du droit à l’alimentation incombe à la fois au gouvernement grec et aux États membres de la zone euro, ces derniers assumant sans doute une plus grande part de responsabilité.

Lorsqu’un droit de l’homme est violé, cela signifie qu’il y a eu violation de l’obligation de respecter, protéger et réaliser ce droit. De nombreux acteurs ont été impliqués dans les négociations ayant abouti aux trois MoU. Les obligations en matière de droits de l’homme existent territorialement et, dans certaines circonstances, extraterritoriales.

À la suite des mesures d’austérité, la Grèce a violé le droit humain à l’alimentation des habitants de la Grèce. Cependant, les États membres de la zone euro, en tant que prêteurs directs, sont également responsables du fait qu’ils ont signé les protocoles d’accord et ont probablement fait pression sur le gouvernement grec pour qu’il le fasse. Les États membres de la zone euro – en tant qu’États parties au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et à d’autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme – ont donc manqué à leurs obligations extraterritoriales de respecter le droit à l’alimentation de la Grèce. Les États de la zone euro auraient non seulement dû s’abstenir d’exiger des mesures ayant une incidence sur le droit à l’alimentation, mais ils auraient également dû procéder à des études d’impact des mémorandums sur les droits humains. Ces EIDH sont requises avant, pendant et après le passage des protocoles d’accord, mais n’ont jamais été réalisées.

En outre, tous les États européens ont manqué à leurs obligations en matière de droits de l’homme en agissant et en prenant des décisions au sein d’organisations intergouvernementales et d’institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire international. En tant que composante du système des Nations Unies, ce dernier est tenu de respecter la Charte des Nations Unies, qui comprend un engagement en faveur de la réalisation progressive des droits de l’homme. Il ne devrait certainement pas prendre de mesures qui constitueraient une violation des droits de l’homme.

Les membres de la troïka affirment que la responsabilité des conséquences des protocoles d’accord incombe exclusivement à l’État grec. Cet argument est faux car, avec la Grèce, il s’agissait des signatures conjointes des trois mémorandums d’accord. Par conséquent, la responsabilité des violations du droit à l’alimentation est également partagée. En fait, on peut affirmer que la responsabilité des États membres de la zone euro est beaucoup plus grande, étant donné les preuves d’une ingérence directe ou même d’une contrainte exercée par les États membres de la troïka sur la Grèce pour qu’elle signe les protocoles d’accord.

Le présent rapport est axé sur la Grèce, mais ses conclusions sont pertinentes sur le plan international. La Grèce n’est pas une exception. De nombreux autres pays, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, se trouvent dans des situations similaires, contraints d’appliquer des politiques technocratiques dictées par des mesures d’austérité qui entraînent des violations des droits économiques, sociaux et culturels, y compris du droit fondamental à l’alimentation. L’expérience de la Grèce montre également que les violations de ces droits fondamentaux ne concernent pas uniquement les pays du Sud. Ils se produisent dans le «Nord» mondial. La faim, l’insécurité alimentaire, la pauvreté et la privation matérielle sont des problèmes européens. Les droits de l’homme sont universels, ce qui signifie que tous les gouvernements ont l’obligation de les respecter. Il est temps que l’UE agisse conformément à ces obligations et place les droits de l’homme au-dessus des besoins des marchés financiers.

Entretien libre Stathis Kouvelakis

La situation se durcit en Grèce, où le pouvoir en vient désormais à une confrontation ouverte avec l’opposition. Lois spéciales, police anti-émeutes contre les militants et même contre les retraités, des dizaines d’opposants sont désormais traînés devant les tribunaux. Les choses ont pris une tournure encore plus grave avec les poursuites engagées depuis un mois contre un ex-ministre du premier gouvernement Syriza, Panagiotis Lafazanis, le secrétaire national d’Unité Populaire, parti de gauche favorable à la sortie de l’euro. C’est la première fois depuis la chute du régime des colonels que le dirigeant d’un parti démocratique se voit ainsi poursuivi pour son activité politique. Pour parler de la situation grecque, Aude Lancelin reçoit aujourd’hui dans l’Entretien Libre Stathis Kouvelakis, professeur de philosophie au King’s College de Londres, et ex-membre du comité central de Syriza.

 

Délitement La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Délitement

Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri. C’est vrai que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras, ne les ont pas encore interdites, comme c’est aussi dans l’air du temps. En attendant, au pays si secoué les séismes ne manquent pas. Une secousse de magnitude 6,4 a été enregistrée ce même vendredi sur l’île de Zákynthos, d’après les médias les dégâts ne sont que matériels. Mer belle aux îles secoués, souvenirs et incarnations, pour à peine paraphraser Claude Debussy. Oui, comme il est bien loin le siècle dernier, et en quelque sorte ultime.
Garde Evzone. Athènes, octobre 2018

Les politiciens du jour, de la semaine comme tu temps acosmique qui est surtout le leur, s’entredéchirent au sujet des déclarations de la semaine dernière sur les magouilles du spéculateur Sóros en Grèce et plus généralement dans les Balkans. Entre Kamménos à la Défense puis Kotziás, le démissionnaire des Affaires Étrangères et pour tout dire, étranges, c’est la guerre des mots, confirmations, démentis, allégations, et apostrophes. Toute la presse évoque Sóros cette semaine, les sujets… grecs tombent, autant que les tabous !

Pays secoué, pays embourbé. Devant cette morgue de la Démocratie dénommée encore “Parlement” pour les besoins théâtraux du totalitarisme techno-féodal en gestation, on discerne parfois et heureusement, un peu de cette autre présence de l’existence et de la vie, digne gardienne du sens des mots comme des choses. Après, il y a notre vieille Garde Evzone, celle que les touristes photographient d’ailleurs depuis même la préhistoire du Tourisme en Grèce. “Ma guarda e passa”, à la manière du célèbre vers de la Divine Comédie de Dante. Au pays secoué, les clichés ne manqueront pas comme devant certaines petites enseignes on peut alors lire ce message “Jamais le dimanche”, en signe de résistance aux dictas amplifiés depuis la Troïka, imposant entre autres mesures d’occupation, l’ouverture des commerces le dimanche. Nos visiteurs ne lisent pas vraiment le grec.

Toujours près du “Parlement”, et bien au-delà de l’existence exoplanétaire des politiciens, les instantanés habituels sont toujours là à l’image des sans-abris nouveaux, c’est-à-dire depuis la dite crise, huit ans déjà et très exactement en cet octobre 2018 sept années de blog Greek Crisis. Une période apocalyptique pour le pays, bientôt plus longue que le temps de la Deuxième Guerre mondiale et la guerre civile alors réunies entre 1940 et 1949. En 1949, la Grèce était en piteux état, elle avait perdu environ 8 % de ses et les destructions furent importantes.

Tombe du Soldat Inconnu devant le ‘Parlement’. Athènes, octobre 2018

On dénombrait alors plus d’un million de sans-abris, la majeure partie de la flotte marchande était détruite, les infrastructures réduites à néant, tout comme les capacités agricoles et industrielles. Pays sans cesse secoué. En dépits des apparences, la situation grecque est bien pire actuellement, car l’implosion en interne, les menaces extérieures, le remplacement partiel de la population, la fuite des dernières forces vives et surtout la politique de destruction du pays et de la culture si cyniquement affichée de la part des politiciens SYRIZA en tête, n’a pas de précédent on dirait.

“Notre pays est un Protectorat, Sóros en toute illégalité, finance et contrôle les cliques des politiciens, des universitaires, des artistes déconstructeurs de notre pays, et autant, les auteurs des nouveaux manuels scolaires d’histoire pour que toute idée de la nation et de la culture grecques soient ainsi gommées, sans parler de la Constitution qui est sans cesse violée, y compris lorsque les nouveaux manuels scolaires s’opposent ouvertement aux buts fixés à l’école grecque par la Constitution. Voilà où nous en sommes,” comme le remarque alors Státhis, journaliste et dessinateur de presse et de la trop vielle gauche cette semaine, dans “To Pontíki”.

Jamais le dimanche. Athènes, octobre 2018
Sans-abri. Athènes, octobre 2018
Kolokotronis, héros national de la Révolution grecque. Athènes, octobre 2018

Siècles d’avant comme surtout siècle d’après, comme devant la statue Theódoros Kolokotrónis (1770-1843), Général et homme d’État, héros de la Guerre d’indépendance grecque (1821), surnommé le “Vieux de Morée”. Notons qu’après l’indépendance, ses choix politiques et notamment son soutien du Gouverneur Kapodístrias puis du parti russe, lui valurent dans un premier temps la rivalité des Bavarois autour du roi Othon. Et qui se souvient même de Lázaros Sóchos, sculpteur de l’œuvre, élève à École des Arts Décoratifs et ensuite à École des Beaux Arts à Paris. D’ailleurs, son Kolokotronis il avait été conçu à Paris, avant d’être installé devant le bâtiment dit aujourd’hui Vieux Parlement.

Et comme à l’époque s’y trouvèrent alors juste en face les écuries du Roi, ce n’est pas sans parfois se tromper que les Athéniens d’il y a un siècle, aimaient se raconter que le Vieux de Morée montrait ainsi la place qui devait être réservée aux politiciens… pays ainsi très historiquement secoué !

Pourtant en 2018, l’oubli n’est pas encore généralisé en dépit des efforts méta modernes des ministres de la dite Éducation, dont bien naturellement ceux de SYRIZA. Cette semaine, nos touristes ont ainsi assisté sans le savoir à une messe en commémoration des combattants grecs morts lors des combats très macédoniens il y a un siècle, d’où aussi cette volonté toujours exprimée massivement pas les Grecs que de ne pas voir les frontières de leur pays se déplacer au moment où certaines Puissances instrumentalisent l’irrédentisme et le nationalisme des voisins Macédoniens Slaves, voilà ce qui n’est pas tout à fait perçu à travers ce que les médias très internationaux et surtout pas balkaniques et qui n’apparait pas au gré des analyses.

Et même bien près des églises, toujours cette allusion renforcée et singulièrement dystopique des graffitis, comme de tant d’autres devises de notre siècle. “Ce n’est plus notre monde, je vais mourir ici, entouré de mon troupeau”, m’avait dit il y a pas si longtemps un berger, dans les campagnes non loin de la ville de Tríkala. Toujours et encore, cette autre présence de la vie, digne gardienne du sens des mots et des choses, Thessalie alors profonde.

Messe à la mémoire des combattants en Macédoine. Athènes, octobre 2018
Dystopie exprimée. Athènes, octobre 2018
Bergerie en Thessalie. Octobre 2018
Tríkala, ville en Thessalie. Octobre 2018

Et au pays encore réel, on arbore alors très volontiers le drapeau national, comme un peu partout entre les balcons et les façades des immeubles, ceci, à l’approche de la fête nationale du 28 octobre. Les Grecs commémorent le NON du Général Metaxás et du peuple grec devant l’ultimatum adressé par le régime et l’armée de Mussolini le 28 octobre 1940, ce n’est pas d’un sentiment anti-italien qu’il s’agit, mais d’un souvenir de volonté de résistance lorsque les circonstances l’imposent.

Un sentiment d’ailleurs que les SYRIZISTES comme autant les tenants de l’européisme germano-compatible veulent ouvertement effacer en supprimant dans le futur cette fête nationale. C’est autant dans l’air du temps, sauf que pour l’instant en tout cas, ces excitations de la part des marionnettes politiques et des historiens compatibles Sóros œuvrant pour l’effacement de la mémoire historique des Grecs, ne peuvent que renfoncer ce sentiment général de dégout et de rejet aux yeux des Grecs. Pays certes secoué, mais qui n’a pas encore perdu toute sa mémoire historique ni son même parfois sens de la musique populaire.

Sauf que les criminels de SYRIZA au gouvernement des marionnettes suivent un agenda géopolitique précis imposé depuis l’étranger, et que le processus alors s’accélère. Fait autant inhabituel, comme le remarque aussi mon ami Olivier Delorme, “en quittant le ministère des Affaires étrangères, Kotziás annonce une décision extrêmement grave: celle d’étendre les eaux territoriales de 6 à 12 milles, en application de la Convention de Montego Bay sur le droit de la mer de 1982, entraînant des droits d’exploitation économique exclusive… sauf dans la moitié orientale de l’Égée. Or, jusqu’ici, les gouvernements grecs n’avaient pas procédé à cette extension dans la mesure où la Grande Assemblée nationale turque a donné, le 9 juin 1995, une autorisation permanente au gouvernement de déclarer la guerre à la Grèce si celle-ci procède à cette extension.”

Vassílis Tsitsánis du chat Rebétiko en soldat. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018
Le sens de la musique. Musée Tsitsánis, Tríkala, octobre 2018
L’autre… sens de la musique. Athènes, octobre 2018

“Cette décision apparaît en réalité, si elle se confirme, absolument catastrophique ! Elle entérine en effet sur deux points essentiels la thèse turque – et ceci sans aucune négociation ni contrepartie. En procédant ainsi, le gouvernement Tsípras reconnaîtrait, de facto, que la Turquie a des droits spéciaux sur toute la moitié orientale de l’Égée, puisqu’elle étendrait ses eaux territoriales en application du droit international, sauf dans cette zone.”

“En outre, si cette politique est mise en œuvre, nul doute que SYRIZA va perdre des voix – et pas qu’un peu – dans les îles orientales qui ne peuvent, aujourd’hui, que se sentir lâchées par ce gouvernement dont on commence à se demander à quelle capitulation il n’a pas déjà souscrit. Je serais à la place des Chypriotes, je commencerais à me faire sérieusement du souci !”, Olivier Delorme sur son blog.

Oui, je le confirme si ce n’est que par intuition et par le déroulement des faits déjà observables, SYRIZA et ANEL (le parti du fanfaron Kamménos) auraient signé un nombre alors inconnu d’accords non dévoilés, ce qui d’ailleurs participe à la reculade grecque qui ne se résume pas qu’à son volet prétendument économique et financier vis-à-vis des dits créancier et de l’UE. Non, non et encore non, c’est un agenda géopolitique visant même à l’effacement, culturel, démographique, voire existentiel de la Grèce contemporaine, les Grecs le savent désormais car c’est alors bien palpable dans l’air du temps, même si sur cette dernière affaire des eaux territoriales passant de 6 à 12 milles, Tsípras a reculé, précisant que ce n’est pas par décret mais une fois n’est pas coutume… au “Parlement” que cette décisions sera discutée, au risque de ne pas être entérinée comme on sait.

On observe tout cela d’en bas et du pays réel sans pouvoir trop réagir… “Que faire sinon, pendre ces politiciens traîtres, mais alors comment ?”, entend-on ici ou là. En attendant, on se baignera une ultime dois dans la saison dans les ports antiques, comme par exemple dans celui des Kehrées près de Corinthe, comme on reviendra de la pêche au large du Péloponnèse, région que nos touristes considèrent toujours comme uniquement mythique. Accessoirement, on est invité à apprendre la langue chinoise… par les temps géopolitiques qui courent, c’est peut-être aussi de cela notre nouveau siècle sera fait.

Baignade à Kehrees. Octobre 2018
Après la pêche. Péloponnèse, octobre 2018
Cours de langue chinoise. Athènes, octobre 2018

Vendredi 26 octobre. Dès le matin les cloches des églises ont sonné la Saint Dimitri, pendant que les marionnettes des mondialisateurs à la Tsípras ne les interdisent pas, comme c’est autant dans l’air du temps. Pays et paysages. Au pays secoué, le soleil se couche toujours derrière Épidaure.

Le soleil se couche derrière Épidaure. Octobre 2018

Saint Dimitri et fête nationale. Pays fragile, mer belle aux îles secoués, souvenirs, et surtout incarnations !

Surtout incarnations. Athènes, octobre 2018
* Photo de couverture: L’autre vie devant le Parlement. Athènes, octobre 2018

Grèce : mourir à Moria

par Théodore Zeis

Théodore Zeis travaille dans l’assistance juridique aux réfugiéEs. Il revient du « hotspot » de Mytilène, un camp aux conditions épouvantables, symbole de l’Europe forteresse.

Le point de départ des nouvelles politiques migratoires en Europe, en tant que politiques de sécurité nationale et humaine, en tant que mise en place de contrôle biopolitique, peut être fixé au Conseil européen de Tampere en 1999. C’est alors qu’a été décidée, entre autres, l’intensification de la coopération policière et douanière en matière pénale. Bien entendu, la convention de Schengen (1985) avait de semblables préoccupations. Mais ce qui a été décisif au niveau mondial s’est joué en 2000 : avec le Protocole de Palerme (Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée), la migration a été immédiatement liée à la criminalité, ce qui a conduit à la mise en place de cadres juridiques axés sur la limitation de l’immigration et le contrôle des entrées « illégales ». Ce protocole a mis en place un nouveau système d’exclusion, associé à une nouvelle représentation de « l’ennemi », qui stigmatisait les ressortissantEs des pays « tiers » comme vecteurs du crime organisé, du fondamentalisme islamique et du terrorisme. Il a légitimé le développement des mécanismes de sécurité de l’État, l’extension des pouvoirs de la police et la création de nouveaux systèmes d’information, mais aussi et surtout une forme de conscience collective contre les non-EuropéenEs.

Construction de la « crise des réfugiéEs » 

Du coup, ce qui s’est passé dans l’Union Européenne en 2015 n’est pas le fruit du hasard : avec l’arrivée d’un million de personnes environ, la plupart à la frontière orientale de l’Europe, dans les îles grecques de la mer Égée près des frontières turques, les pouvoirs nationaux et européens et les medias ont parlé de la « crise des réfugiéEs ». La « panique morale » artificiellement créée a débouché sur la fermeture de la route vers le nord, sur l’accord UE -Turquie visant à un contrôle efficace des flux provenant de Turquie avec un système à 2 vitesses en vigueur dès le 20 mars 2015. Tout cela a transformé les îles de la mer Égée orientale en une zone tampon, piégeant dans les camps de ces îles dans des conditions désespérées les immigrant-e-s arrivés le lendemain du 20 mars 2015.

À cet égard, le camp de Moria, sur l’île de Lesbos, constitue un exemple tragique du développement de ce qu’on appelle aujourd’hui « Europe Forteresse ». C’est est un récit écrit dans les corps d’environ 10 000 personnes qui y vivent aujourd’hui le drame de l’attente vaine d’une inclusion dans le « premier monde » du marché et des droits humains.

10 000 personnes pour 3 000 places

Environ 10 000 demandeurEs d’asile – un tiers de la population totale de Mytilène, capitale de l’île – vivent dans un espace dont l’infrastructure peut accueillir 3 000 personnes. 52 % vivent dans des tentes à l’intérieur et autour du camp. Il y a 30 % de mineurEs et 22 % de femmes. La moitié de la population est composée de familles, 406 mineurEs sont non accompagnés et, au total, 47 % des migrantEs sont considérés comme « vulnérables ». Les autorités régionales de santé, après une récente inspection du site, ont constaté une considérable détérioration des conditions de vie, à la fois dans le camp en raison de la surpopulation dans des conteneurs et des tentes, mais aussi dans les environs (eaux usagées). La santé devient chaque jour plus précaire, en particulier pour les enfants mineurs, et on signale chaque semaine des tentatives de suicide et des actes auto-infligés par des adolescentEs. Récemment, le dernier médecin est parti, laissant des milliers de cas urgents sans surveillance.

L’état de tension avec la communauté locale conduit à de graves incidents racistes. Les autorités régionales, considérant la menace pour la santé publique, ont fixé un délai d’un mois pour améliorer les conditions de vie du camp, menaçant autrement de le fermer. Le ministère de l’Immigration envisage de transférer 2 000 personnes, considérées comme « vulnérables », du camp de Moria vers d’autres structures en cours de préparation dans diverses régions du pays. Par ailleurs, les procédures d’examen des demandes d’asile et de regroupement familial auprès de parents en Europe ne fonctionnent pas, car les services compétents ne sont pas en mesure de réagir dans des délais raisonnables, tandis que le cadre juridique tend à limiter le droit d’être entendu, en particulier au deuxième niveau d’examen et pour la soumission de nouvelles demandes à la suite d’une décision de rejet. Le nouveau ministre de l’Immigration est lui-même embarrassé : « Nous dépendons des flux… »

Reconstruire les réseaux de solidarité ! 

Au niveau européen, on ne voit apparaitre dans aucun pays la moindre perspective de changement de ce modèle de politique concernant l’asile, ni d’amélioration de la législation en vigueur. Dans le même temps on observe une stratégie de l’extrême droite pour détruire ce qui reste de solidarité sociale, c’est-à-dire de ce qui n’a pas été ravagé par l’austérité incessante et la crise économique.

Au contraire, on observe qu’au plan législatif, même ce qui a été voté par l’UE et a force de loi dans les procédures n’est pas respecté, en usant de « deals » bilatéraux semi-offciels, comme on le voit entre la Grèce et l’Allemagne : pour les cas en suspens de regroupements familiaux, on procède sous forme de « règlement bilatéral administratif semi-officiel » ! Ce choix signifie concrètement que sont préférés des traités internationaux « bâclés » (« fast track ») qui sont conclus par les deux parties par le biais d’échange de lettres, sans que cela exige la ratification par la voie parlementaire.

Face à toutes les politiques de retrait au niveau européen, nous avons besoin de toute urgence d’intensifier la reconstruction des réseaux de solidarité indépendants, d’abord dans l’Europe du Sud (Grèce, Italie, États espagnol), mais aussi dans tous les pays européens, comme est urgente l’élaboration de nouvelles propositions d’action politique contre le racisme et l’extrême droite !

Théodore Zeis

Tsipras dans le champ de mines de la crise prolongée

Publié par Alencontre le 18/10/18 Par Antonis Ntavanellos

Dans des conditions normales, les semaines en cours devraient être un temps politique marqué par le triomphe pour le gouvernement Tsipras – qui prétend avoir conduit le pays vers «la sortie des mémorandums»  – et, pour le parti SYRIZA, une étape de reconstruction et de contre-offensive politique visant la récupération de son influence sociale et électorale.

Mais ce qui se passe, c’est que ce gouvernement semble perdre le contrôle politique des questions importantes, l’une après l’autre, alors qu’au sein de SYRIZA règne un état de mort-vivant en tant qu’organisme politique. Et cela s’aggrave. Les polémiques désormais publiques devenant de plus en plus aiguës, une situation qui incite à réfléchir sur le «lendemain» et sur la question du rapport de force à l’intérieur du parti, suite à la lourde défaite politique et électorale qui se profile

Cela se passe ainsi parce que, justement, les conditions en Grèce ne sont guère normales. En dépit des affirmations de Tsipras, le capitalisme grec est toujours plongé dans la crise et les références publiques à un scénario argentin» [1] sont le meilleur révélateur des pensées et sentiments intimes des personnalités de l’establishment grec.

Une autre raison pour laquelle cela se passe ainsi c’est parce que, selon l’expression grecque, le mensonge a toujours les pattes courtes. Les déclarations de Tsipras à la Foire Internationale de Thessalonique (septembre 2018) étaient totalement mensongères: l’engagement ferme du gouvernement grec sur le caractère pérenne et non modifiable de toutes les lois et dispositifs découlant des mémorandums et l’acceptation d’une «surveillance renforcée» par les instances représentant les créanciers jusqu’en 2060, conformément à l’esprit et la lettre des mémorandums, ne peuvent en aucun cas être présentées de manière crédible comme «une sortie des mémorandums» la surveillance de la Grèce, quasi quotidienne, est maintenue.

Cette dure réalité se manifeste tous les jours et à chaque moment politique, annulant les effets de la politique de communication du gouvernement, faisant émerger de nouveaux fronts de conflits et conduisant le gouvernement et le parti SYRIZA vers une situation politique désespérée.

Que se passe-t-il avec les banques grecques?

Au moment où Tsipras assurait que «l’économie se portait bien», le 3 octobre s’est révélé être un «mercredi noir» pour les 4 banques dites systémiques [2] et la Bourse d’Athènes. La chute incontrôlée du cours de leurs actions, continuant pendant les jours qui ont suivi, a entraîné une chute de leur capitalisation boursière qui se situe actuellement à moins de 5 milliards d’euros, contre 26,9 milliards d’euros en 2013 et 11,6 milliards d’euros fin 2015.

Cet effondrement ne peut être interprété par des facteurs conjoncturels (par exemple, les conséquences du «conflit» italien avec l’UE portant sur le déficit budgétaire).

Il est notoire qu’une grande partie des prêts accordés par les banques – estimés à plus de 88 milliards d’euros – sont désormais classés dans la catégorie «rouge ou la catégorie de «non performants».

Le «mercredi noir» a été précédé par la publication d’estimations selon lesquelles les tests de résistance étaient trop « souples » par rapport à la situation réelle des banques grecques, trop « favorables » pour le gouvernement Tsipras. Cet effondrement a été également précédé par la publication des estimations que les banques grecques ne parviennent pas à réduire les «Non performing exposures» (NPE) [3] au rythme et dans les délais fixés dans l’accord avec la Troïka (qui veut un pourcentage à un seul chiffre de prêts créance douteur d’ici fin 2021, estimés actuellement à 50% des actifs). Ces résultats ont déclenché la chute des actions.

Pour faire face à cela, le gouvernement propose la mise en place d’un Fonds commun de créances (Special Purpose Vehicle – SPV) [4], voire de plusieurs FCC/SPV spécialisés par domaines d’activité, pour débarrasser les banques des créances douteuses, dites «rouges», un plan qui paraît d’emblée boiteux pour plusieurs raisons:

 La mise place de tels Fonds communs de créances (SPV) a été conçue pour contourner la restriction de «l’intervention de l’Etat » imposées par la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne (DG COMP). Ces montages doivent donc inclure des «investisseurs privés». L’invitation faite aux fonds spéculatifs internationaux à acheter des «emprunts rouges» grecs (dans le but de les revendre ensuite avec des profits) pour trouver du répondant dans les conditions actuelles nécessite des garanties et des financements publics. Ces garanties ne peuvent être assurées qu’en puisant dans le «coussin amortisseur» [5] mis en place par l’accord entre Tsipras et l’Eurogroupe, sauf que le but de l’existence de ce «coussin» serait de garantir le remboursement des futures dettes de la Grèce.

 L’utilisation de la totalité ou d’une partie importante de ce «coussin amortisseur» (estimée à plus de 10 milliards d’euros) pour sauver les banques, fera émerger un nouveau «piège de la dette» lorsqu’il faudra payer les versements échelonnés à partir de 2020. Et cela signifierait une obligation réelle pour le capitalisme grec de contracter des emprunts «sur les marchés». Au moment de la rédaction de ces lignes, le taux d’intérêt de l’obligation grecque à 10 ans a atteint un taux prohibitif de 4,65% (avec une pointe à 4,667% le mercredi 10 octobre 2018; taux des obligations à 10 ans de l’Etat allemand, la référence européenne, se situaient à 0,464%). Ces estimations appuient le scénario de la faillite, le scénario dit «de l’Argentine», au moment culminant d’une longue période de contre-réformes néolibérales et d’austérité violente pour les travailleurs et les classes populaires en Grèce.

3° Cette voie aura également des conséquences politiques sérieuses. Cela signifie que les ventes aux enchères de logements des ménages populaires vont se multiplier de façon spectaculaire pour soulager les banques des prêts hypothécaires «rouges» (les «créances douteuses hypothécaires qui constituent une part importante de l’actif vacillant des banques). Il s’agit aussi de convaincre les fonds spéculatifs internationaux que leur implication dans ce pillage ne va pas devoir s’affronter à la résistance populaire organisée. Voilà pourquoi Tsipras et ses amis dans le gouvernement, de manière éhontée, n’ont pas hésité à franchir le pas d’engager des poursuites pénales contre Panayiotis Lafazanis dans le but de porter un coup, non seulement à Unité Populaire (LaE), mais à l’ensemble des forces militantes qui résistent à leur politique [voir à ce sujet l’article publié sur ce site en date du 15 octobre 2018]

En réalité, il s’agit d’un transfert colossal des titres de propriété de biens immobiliers urbains, transfert des propriétaires vers les banques et de ces dernières vers les professionnels de la spéculation. Le fait que bon nombre de ces biens soient les uniques logements de foyers populaires (la «résidence principale et unique) ne diminue en rien l’avidité de ceux du haut de la pyramide des richesses et du pouvoir. De surcroît, le fait que la Banque du Pirée [6] – qui avait les années précédentes «phagocyté» la Banque Agricole [7] – se retrouve, elle aussi, dans l’œil du cyclone de la crise bancaire indique que la prochaine étape du pillage sera celle des terres agricoles.

Une crise au sein du tissu des entreprises grecques

Peu à peu, Tsipras et ses amis découvriront encore d’autres formes de complications politiques. Il est bien connu qu’une grande partie des prêts non performants sont des prêts bancaires aux grandes, petites et moyennes entreprises. La vente de ces prêts sur le «marché» est associée à l’éventualité de changement de propriété dans de nombreuses entreprises, modifiant ainsi radicalement la carte du «monde des affaires» dans le pays. Une telle opération ne pourra en aucun cas avoir lieu pacifiquement, sur la base des prétendues règles du marché. Elle sera associée à des conflits, des coups bas, des changements violents dans les rapports politiques à l’intérieur de la classe capitaliste, etc. La lune de miel du gouvernement avec les grandes familles du capital grec et les groupes d’entreprises peut rapidement se transformer en un paysage fait de sables mouvants.

Ce tableau d’impasse ne se limite pas au secteur bancaire. La publication des données financières de la Compagnie Publique d’Électricité (DEI/DEH) [8] démontre que le démantèlement néolibéral que SYRIZA a accepté en signant le 3e mémorandum a littéralement amené la Compagnie publique d’électricité à la limite de sa survie. Il faut souligner que DEI n’est pas un quelconque «véhicule boursier», comme, par exemple, l’était l’entreprise Folli-Follie [9]. En vendant continuellement au privé des parts de DEI (DEH), en favorisant l’entrée de «fournisseurs» privés dans tous les domaines de son activité, en garantissant des accords de financement scandaleux pour les grandes entreprises et leur octroyant de l’électricité à très bon marché, le gouvernement Tsipras risque de devenir un gouvernement qui, au XXIe siècle, ne pourrait plus garantir la fourniture publique d’électricité dans son pays.

Qu’aurait-il au bout de cette route? Quelle serait la perspective de la politique communément acceptée par les créanciers et Tsipras lors de l’Eurogroupe de juin dernier? Alekos Papadopoulos, ex-ministre des Finances des gouvernements du PASOK et social-libéral convaincu, en analysant les données budgétaires présentées au Parlement grec, a conclu en juillet 2018 que la Grèce chemine vers une deuxième faillite et à un second appel à la «protection»  du FMI, aux conséquences encore plus douloureuses que celles du premier «mémorandum» en 2010. Alekos Papadopoulos titre son article: «Le pays glisse sur la voie de l’Argentine».

Le conflit politique

Il a toujours été constaté que ceux qui appliquent dans le domaine de l’économie des politiques néolibérales réactionnaires, inexorablement dérivent vers des politiques également réactionnaires et liberticides dans le domaine des droits civiques et des rapports sociaux.

Le rejet par le peuple de la République de Macédoine (quels que soient les motifs et «l’argumentation» de l’abstention lors du récent référendum) [10] de l’accord de Prespa [région «partagée» entre l’Albanie, la Grèce, la République de Macédoine] est un camouflet pour la démagogie de Tsipras. Il dénude tous ses soi-disant arguments «internationalistes» et pacifistes et le laisse à découvert face à des accusations politiques réellement graves: avec ses homologues du gouvernement Zaev [11]. Ils ont sans hésitation privilégié le plan d’expansion de l’OTAN dans les Balkans occidentaux, en négligeant complètement les sensibilités nationales des peuples de la région et leur droit à l’autodétermination. Il est aujourd’hui bien établi que cette politique ne peut être poursuivie qu’avec des méthodes autoritaires profondément antidémocratiques.

Il en est de même pour la question brûlante des réfugié·e·s. La situation à Moria [un camp de rétentions de migrant·e·s, le plus important et le plus surpeuplé, se trouvant sur l’île de Lesbos] et dans d’autres camps de concentration de réfugié·e·s est une grave insulte à l’histoire de la Gauche de ce pays, une provocation aux sentiments de toute personne démocrate.

Le fait que les actes et omissions de SYRIZA permettent au parti de Nouvelle démocratie de Kyriakos Mitsotakis de demander une enquête sur l’utilisation des fonds européens destinés aux aides spécifiques pour les réfugié·e·s constitue, de surcroît, un vrai forfait politique.

A l’intérieur de ce paysage, apparaît une convergence fondamentale entre Alexis Tsipras et Kyriakos Mitsotakis. Tous deux conviennent que dans les mois à venir, la priorité sera donnée au renforcement de «l’esprit d’entreprise», et cela toujours au nom de la «croissance». Tous deux conviennent de réduire l’impôt sur les bénéfices des entreprises et les cotisations des employeurs, et d’apporter des modifications au droit du travail encore plus favorables au capital.

Kyriakos Mitsotakis est cyniquement honnête: il promet de mettre en œuvre cette politique par un «assaut» politique néolibéral massif [12] dans le but de transformer la défaite de SYRIZA en une défaite stratégique des idées et des politiques auxquelles se référaient et se réfèrent pour une partie de ce qui en reste le mouvement ouvrier et la Gauche. Il ne cache pas sa conviction en faveur du «modèle» de Margaret Thatcher.

Alexis Tsipras affirme qu’il soutiendra ces mêmes politiques, mais avec un certain «visage humain». D’après l’expérience des années 2015-2018, nous savons qu’il ment de manière indigne. Mentionnons une note de bas de page: les uniques avantages concrets et substantiels (en termes de salaire et de budget) que Tsipras a annoncés à la Foire Internationale de Thessalonique concernent les juges, les officiers de police et le personnel militaire. Cela signifie que la direction de SYRIZA sait que la continuité de sa politique s’appuiera de plus en plus sur ces secteurs spécifiques, sur le noyau dur de l’État et les mécanismes de répression.

La Gauche anticapitaliste radicale n’a plus le luxe du temps. Le dilemme répugnant «Tsipras ou Mitsotakis» s’approche rapidement. Nous serons sommés de présenter nos possibles réponses dans quelques mois. La question concerne essentiellement l’Unité Populaire (LaE), ainsi que les autres forces de la Gauche radicale exclues de SYRIZA lors l’été 2015 et ANTARSYA. Toute analyse, toute ligne politique évitant les responsabilités politiques résultant de ce constat, indépendamment des intentions et des arguments, risquent d’être entendue comme une incompréhension de la lutte politique frontale, avec toutes les conséquences pour le monde du travail et les forces de la Gauche radicale qui seront sur le champ de bataille le lendemain de l’affrontement électoral. (Traduction du grec par Manolis Kosadinos de l’article paru dans la publication bimensuelle de DEA, Ergatiki Aristera)

Notes du traducteur

[1] «Scénario argentin»: référence est faite, ici, comme ailleurs dans le texte, à la crise économique qui a culminé en Argentine en 2001-2002 et qui risque aujourd’hui de se répéter. La crise en Argentine fut le résultat de l’application de plusieurs années de politiques néolibérales et d’ancrage du peso au dollar (sous Carlos Menem et son ministre des Finances Domingo Cavallo) et de l’intervention du FMI.

La phase qui s’ouvre depuis deux mois suite à la dévaluation du peso et à l’accord passé avec le FMI, pur un montant de 57 milliards de dollars, non seulement abouti à des atteintes graves contre contres revenus des salarié·e·s avec un taux d’inflation qui atteint déjà 32,6% depuis le début de l’année.

En Grèce, sous la gouvernance de SYRIZA-ANEL (Grecs indépendants) qui prolonge et amplifie les politiques des précédents gouvernements de droite et sociaux-libéraux, la dérégulation du travail, les privatisations massives, la casse des politiques sociales et l’austérité conduisent la société et l’économie vers l’impasse et risqueraient de produire une nouvelle crise majeure. Cette estimation n’est pas seulement celle de la Gauche Radicale, mais elle est également partagée par certains porte-parole de l’establishment politique.

[2] Les quatre banques dites systémiques, dont la faillite aurait des effets dominos, sont: Banque de Grèce (BG), Alpha, Eurobank et la Banque du Pirée

[3] Expositions non performantes (Non- performing exposures, NPE): terme utilisé pour désigner collectivement les actifs saisis à la suite du défaut du débiteur, ainsi que les prêts «performant » dont le risque de devenir non performants (au-delà de l’échéance de 90 jours) est élevé, notamment les prêts sous surveillance et les prêts restructurés performants.

[4] Fonds commun de créances : un fonds commun de créances qui permet la titrisation de créances bancaires, autrement dit la transformation de créances en titres, matérialisée par des parts du FCC. Il aussi connu, dans le langage financier anglo-saxon, sous le nom de Special purpose vehicle (SPV) ou Special purpose entities (SPE) qui sont des entités légales créées par une autre entité le «Sponsor» qui transfère un ou plusieurs actifs dans le SPV.

[5] Parmi les clauses de l’accord de juin 2018 entre l’Eurogroupe et le gouvernement grec, il y a l’autorisation octroyée à la Grèce de mettre de côté des fonds à hauteur de 24,1 milliards d’euros, somme appelée familièrement «coussin amortisseur», qui permet de disposer à tout moment de liquidités pour subvenir aux besoins de remboursement de dettes, présentes et futures. Selon l’accord, cette somme n’est pas censée être utilisée dans un autre but.

[6] Banque du Pirée (Trapeza Piraeos): une des 4 banques grecques dites systématiques. La Banque du Pirée a été privatisée en 1991, passant sous propriété du grand capital grec. Depuis cette banque ne cesse de croître en achetant plusieurs autres banques, tant en Grèce qu’à l’étranger. Son acquisition des succursales grecques de la Banque de Chypre en 2013, garantie et encouragée par le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a donné lieu à des soupçons de corruption et à une controverse juridique. Des hauts responsables ont été convoqués par la justice de Chypre. En 2012, la banque a fait l’acquisition de la Banque Agricole (Agrotiki Trapeza). Comme les autres banques grecques systémiques, elle a été recapitalisée par des fonds publics, puis une grande partie de ses actifs a été cédée à prix dérisoire à des fonds spéculatifs étrangers. La Banque du Pirée détient aujourd’hui 30% des prêts bancaires en Grèce.

[7] Banque Agricole (Agrotiki Trapeza – ATEbank): initialement banque publique, fondée en 1929 dans le but de soutenir le développement agricole en Grèce, sous toutes ses formes. Elle a accédé au statut de Société Anonyme (SA) en 1991, introduite en Bourse en l’an 2000. Lors de la restructuration de la dette publique grecque en 2012 (PSI-Private sector involvement), la banque a souffert la dévalorisation massive de ses actifs, ce qui a inexorablement conduit à sa faillite. Elle a été acquise alors par la Banque du Pirée pour intégrer le groupe dirigé par celle-ci et ensuite fusionner. La Banque Agricole détenait au moment de sa fusion des dettes d’environ 21’500 paysans grecs.

[8] Compagnie Publique grecque d’Électricité (DEI/DEH): créée en août 1950 DEI (DEH), compagnie issue de la nationalisation de la production et distribution d’électricité, avait la prérogative exclusive de la construction, de l’exploitation de centrales hydroélectriques et thermiques, de l’utilisation (préférentielle) de combustibles nationaux et de l’obligation de construire un réseau national de transport et de distribution d’électricité, ainsi que du monopole de la distribution et vente de l’électricité produite. Depuis fin 2000 DEI (DEH) est une Société Anonyme (SA), cotée sur les Bourses d’Athènes et de Londres. Aujourd’hui la transmission de la haute tension et de l’ultra haute tension incombe à ADMIE/ADMHE (un holding, opérateur indépendant de transport d’électricité), avec une participation de l’Etat à hauteur de 51%. Le transport et la distribution de la moyenne tension incombent à DEDDIE/DEDDHE (Opérateur du réseau de distribution d’électricité), détenu à 100% par DEI (DEH), mais fonctionnant de manière autonome. Aujourd’hui la compagnie ne possède plus l’ensemble du réseau national de transport et de distribution, d’une longueur totale d’environ 208’000 km. Le dépeçage et la privatisation larvée de la Compagnie d’Électricité correspondent aux directives de l’UE «sur la libre concurrence et l’abolition des marchés monopolistiques». Les gouvernements fidèles aux mémorandums, notamment le dernier de SYRIZA-ANEL, ont accéléré le processus de privatisation de la compagnie avec pour résultats l’augmentation des factures et la baisse de la qualité des services. Le processus de privatisation était censé s’achever octobre 2018.

[9] Folli-Follie: société internationale basée en Grèce – dont l’actionnaire principal (35.1%) est le milliardaire Dimitris Koutsolioutsos – qui fabrique et distribue des bijoux de luxe, des montres et des accessoires de mode. Cotée à la Bourse d’Athènes depuis 1997, elle est active dans 25 pays et dispose de 380 points de vente. En mai 2018, il a été découvert que la société gonflait son chiffre d’affaires, notamment par le biais de ses succursales en Chine et en Asie. Cette révélation a conduit à l’effondrement du cours de son action en bourse et à l’enregistrement d’incidents de paiement (rejet d’un ordre de paiement par une banque suite à un défaut d’approvisionnement).

[10] Référendum en République de Macédoine : un référendum a eu lieu le 30 septembre 2018 en République de Macédoine, ou Ancienne république yougoslave de Macédoine. La population était amenée à se prononcer sur l’accord conclu avec la Grèce, entraînant notamment un changement du nom du pays en Macédoine du Nord. Plus de 90 % des votants se prononcent favorablement. Néanmoins, sur un peu plus de 1,8 million d’inscrits, un peu moins de 667’000 se sont déplacés, soit un peu plus de 36% de participation, bien en deçà du quorum de 50%. Le résultat est ainsi constitutionnellement invalide faute d’une participation suffisante.

/Le Parlement de Macédoine a voté vendredi le lancement du processus en vue de changer le nom du pays en «République de Macédoine du nord»,/

[11] Zoran Zaev: président du gouvernement de Macédoine, en fonction depuis le 31 mai 2017, issu du parti social-démocrate. Il a soutenu le «oui au référendum.

[12] Voir le Blitzkrieg annoncé par François Fillon en 2017.

Source http://alencontre.org/europe/grece/grece-tsipras-dans-le-champ-de-mines-de-la-crise-prolongee.html#more-52396

Qui veut gagner des millions de Soros ? La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.
Qui veut gagner des millions de Soros ?

Couleurs d’automne. Les feuilles tombent des arbres, tandis que des millions tombent paraît-il sur les Balkans… des caisses du financier et spéculateur George Soros. Á Athènes, le Ministère des Affaires étrangères et fanfaron attitré Nikos Kotziás vient de démissionner. En Conseil des Ministres, Kotziás a eu une altercation verbale très violente avec son homologue à la Défense, l’autre fanfaron Pános Kamménos. Ce dernier, d’après les medias grecs, a entre autres reproché à Kotziás d’avoir reçu 50 millions d’euros du financier Soros dans le but de faire avancer coûte que coûte l’accord Macédonien de Tsípras-Zaev, lequel est autant celui de Berlin, de Bruxelles, de l’OTAN et surtout, celui du spéculateur Soros. Les feuilles… tombent, couleuvres d’automne, avalées parfois comme les ministres !

Couleurs d’automne à Ágrafa, octobre 2018

La presse évoque largement ces faits et d’abord gestes, à l’instar du quotidien “Ta Néa” du 19 octobre au sujet du financement présumé de Kotziás via les ONG du spéculateur George Soros. En plus, Kotziás est aussi montré du doigt car il aurait utilisé des fonds du Ministère des Affaires Étrangères, plus exactement 19 millions d’euros d’après la presse, pour rémunérer une certaine presse en Albanie et en Ex-République Yougoslave de Macédoine, toujours dans le but de promouvoir l’accord signé en juin entre Tsípras et Zaev (radio 90.1 FM et “Ta Néa” du 19 octobre).

En cet automne décidément, les feuilles, celles des arbres… et pas seulement, elles tombent. On sait qu’à leur base, une sorte de petit bouchon se forme, qui empêche la sève de circuler. La feuille se dessèche, devient fragile et tombe, autant on dirait que le contenu réel des régimes supposés politiques qui sont encore les nôtres. Dans nos pays, comme l’écrit ailleurs Dimitri Orlov, “l’effondrement social et culturel est en grande partie déjà bien avancé mais qu’il est actuellement dissimulé par le fait que les systèmes financiers, commerciaux et politiques fonctionnent encore à un certain niveau, ou du moins prétendent fonctionner en utilisant de l’argent injecté ex nihilo, avec de graves déséquilibres commerciaux, des statistiques falsifiées, des systèmes électoraux trafiqués”.

En Thessalie très profonde, les habitués de la gastronomie réellement existante avant même le véganisme intégral et d’ailleurs intégré aux finalités du système des globalistes, dégustent pour l’instant les traditionnelles soupes à la viande et aux tripes. Celles que les tavernes spécialisées proposent uniquement dans la matinée, le tout, sous la sonorité parfois parasitée des radios branchées sur les informations du moment. “C’est une autre soupe aux tripes…ces politiques”, commenteront alors volontiers les clients entre deux cuillerées bien remplies. Le pays avalé… à la petite, ou de préférence à la grande cuillère.

En Thessalie toujours, derrière la vitrine d’une petite échoppe, les passants y découvrent alors cette affiche photographiée ailleurs et reproduite en place et lieu d’Instruction civique populaire: “Les parasites de l’homme sont les sangsues et les tiques qui sucent son sang pour s’en détacher un fois assouvies. Les autres parasites de l’homme que sont les banquiers et les politiques ne cessent jamais de pomper le sang de leurs victimes.” Verdict… populaire, la presse autorisée dirait sans doute “populiste”.

Soupes de tradition. Thessalie, octobre 2018
Petits restaurants du matin. Thessalie, octobre 2018
Les… parasites de l’homme. Façade en Thessalie, octobre 2018

Les affaires trop courantes des marionnettes politiques grecques sont de plus en plus dépravantes et autant dépravées, et l’on note que pour l’instant en tout cas, Kotziás ne dépose pas plainte par exemple pour diffamation, bien au contraire, c’est le Procureur qui ordonne une enquête, déjà sur le financement de certains médias en Albanie et en Ex-République Yougoslave de Macédoine par le Ministère des Affaires Étrangères sous le règne de Kotziás, d’après la presse grecque du 19 octobre. Le grec de la rue comme du café forcément amer, à l’instar du garagiste du quartier se demande alors de manière fort logique: “Si Kotziás a vraiment touché 50 millions de la part de Soros, alors Tsípras combien de millions aurait-il touché pour faire passer l’accord Macédonien ?” Question très populaire et interrogation sans doute “populiste” !

Il y a une semaine, j’évoquais l’Europe, la Grèce et même Soros, en la bonne compagnie de mon ami Olivier Delorme en visitant Salamine et les lieux de mémoire de sa bataille qui est alors et toujours la nôtre. Ensuite, nous avons partagé un autre moment lettré et attachant, lors de la présentation de son livre, “Tigrane l’Arménien”, rencontre animée par Marie-Mai Corbel à Lexikopoleío à Athènes le 11 octobre.

Il a été donc question de Salamine, des Arméniens, de leur Génocide de la part de la Turquie, de la géopolitique en gestation, de notre piètre nouveau siècle, comme des limites et des frontières que les mondialisateurs veulent détruire pour tous les autres sauf pour leur caste évidemment. Enfin, maigre et néanmoins consolation, tout le monde aura remarqué la présence de Léxi (le “Mot”), le chat d’Odile et de Yánnis de Lexikopoleío, nouvelle âme féline et digne gardienne des lieux. Et depuis, voilà que l’actualité nous rattrape une fois de plus, pour ne pas dire qu’elle nous dépasse.

Le journaliste, ouvertement pro-Étatsunien et pro-britannique Yórgos Trángas dans son émission sur 90,1 FM du 19 octobre, expose alors très volontiers sa version des faits: “Kotziás, c’est l’idiot utile et c’est aussi pour cette raison qu’il n’a pas été soutenu par Tsípras. Ce dernier préfère obligatoirement et de loin son Ministre de la Défense Kamménos, et pour cause. Kamménos est depuis un moment lié au cercle de Donald Trump, et aussi à Israël, et il ne fait rien sans au préalable téléphoner aux Américains, comme lors de son récent voyage officiel aux États-Unis. Lorsque tout le monde à Athènes et de manière il faut dire imprudente avaient ouvertement soutenu verbalement Hilary Clinton, Tsípras compris, Pános Kamménos était le seul homme politique grec s’exprimant publiquement en faveur du candidat Trump.”

Salamine, mémoire de la bataille, octobre 2018
Salamine, octobre 2018
Olivier Delorme, Marie-Mai Corbel et… Léxi. Athènes, le 11 octobre 2018
Léxi de Lexikopoleío. Athènes, octobre 2018

“C’est ainsi que Kamménos a déjà obtenu le feu vert américain pour son futur voyage officiel à Moscou accompagnant Tsípras chez le Président Poutine, cette visite officielle est programmée pour la fin de cette année. Tandis que Kotziás, il avait été d’emblée déclaré comme étant indésirable à Moscou, car il est à l’origine de l’extradition frappant deux diplomates Russes l’été dernier, d’où cette dégradation finalement nuisible dans les relations entre la petite Grèce et la grande Russie. Accessoirement, Kotziás avait été davantage l’homme de Berlin ou plutôt de Soros, comme finalement de leur politique dans les Balkans, ce que Russes et Américains peuvent ne pas disons-nous, trop apprécier. Je sais que Kamménos suit de très près les agissements et les magouilles de Soros en Grèce et il prend des notes, de même que sur les affaires relatives aux millions qu’il distribue ici ou là, et notamment, à certains journalistes et médias, dont le très Syrizíste ‘Quotidien des Rédacteurs’, toujours d’après Kamménos, et c’est à se demander ce que Soros aurait fait… pour que la télévision publique ERT lui consacre récemment un documentaire, encensant principalement les supposés bienfaits des structures et ONG à la Soros à travers le vaste monde.”

“Lors d’une rencontre entre nous un peu plus tard, c’est d’ailleurs Kamménos en personne qui m’a raconté qu’au moment des douloureuses négociations finales entre l’équipe Tsípras et Bruxelles c’est-à-dire Berlin en juillet 2015, Tsípras l’a sollicité le convoquant à Bruxelles pour trouver enfin une issue. Dépêché à Bruxelles, Kamménos a d’abord averti Tsípras que la salle attribuée à la délégation grecque était en réalité truffée de micros allemands et qu’ensuite, Varoufákis est franchement un agent, voire, un employé de Soros. Une partie de la délégation grecque s’est ainsi réunie dans un restaurant à poisson, et c’est Kamménos qu’a téléphoné aux Américains de l’administration Obama à l’époque, laquelle a réagit quelque temps plus tard en indiquant aux Grecs qu’ils devaient attendre l’appel imminent de François Hollande ainsi que l’arrivée dans l’urgence, d’une délégation françaises, porteuse des propositions à adopter pour ainsi… clore les négociations.”

Lors de sa visite la semaine dernière aux États-Unis, Kamménos a informé ses interlocuteurs des agissements de Soros, comme il en a été informé autant de leur côté par les Américains. D’ailleurs Tsípras en était informé des intentions de Kamménos avant son départ. En réalité, le vaniteux Kotziás a été dévoré et limogé par Kamménos, au moment même où ce dernier montait dans l’avion à destination des États-Unis. Inutile de dire que Kamménos a obtenu le feu vert pour attaquer Soros et les siens en Grèce, depuis ceux de l’équipe de Donald Trump, car on sait combien le Président des États-Unis est en guerre contre le financier et spéculateur Soros”, Yórgos Trángas, 90,1 FM au 19 octobre, cité de mémoire. Voilà ce que les Grecs peuvent entendre parfois à la radio. Alors info, et/ou intox ? Certes, le “Quotidien des Rédacteurs” attaque très violemment Kamménos, sauf qu’à ce jour, il ne porte pas plainte contre lui, étrange non ? Au pays… très occupé, on sait encore s’amuser dans un sens entre nos maux et leurs mots, nos actualités et autres analyses géopolitiques, c’est à la fois du Thucydide et d’Agatha Christie ainsi réunis !

En Thessalie comme ailleurs, on suit les nouvelles et on reste assez perplexe. Deux ministres du même gouvernement qui s’accusent mutuellement et qui se déchirent, un financier spéculateur du trop vaste monde qui intervient dans les affaires des pays, des sociétés et des nations pour en faire de la bouillie sans la moindre légitimité et même dans l’illégalité, puis, des faits présumés rapportés si graves, que la Justice devrait alors intervenir. Mais non. Le Président de la République n’intervient guère pour provoquer des élections anticipées, même… au moyen d’un système électoral trafiqué. On reste perplexe, sauf celles et ceux qui ne se nourrissent que grâce aux repas distribués par l’Église Orthodoxe par exemple et non pas d’actualités jugées inutiles. Petit pays… soigné aux petits ognons !

Montagne en Thessalie, octobre 2018
Repas distribué par l’Église. Thessalie, octobre 2018
Bois de chauffage. Thessalie, octobre 2018
Petits ognons. Thessalie, octobre 2018

Couleurs d’automne donc. Le seul pays grec qui se dresse disons… au-dessus de la mêlée, c’est peut-être celui des montagnes. Les feuilles tombent des arbres, ses contrées sont belles mais quasiment vidées de leurs habitants. On y rencontre surtout les animaux, leurs bergers, puis, ici ou là, quelques visiteurs consciemment égarés. Les derniers gardiens des lieux comme à Agrafa, village et autant massif montagneux en Eurytanie, près de la Thessalie voisine, ne font pas dans le folklore, sauf que l’esprit rebelle et résistant des ancêtres n’est pas mort.

Il faut préciser qu’un projet pharaonique germano-compatible d’installation d’éoliennes menace cette région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire. La décision date d’avril 2018, et c’est un décret du ministrion de l’Énergie, ayant en son temps prolongée, provoqué déjà l’indignation des habitants à Ágrafa.

Le décret impose sans la moindre consultation préalable, la construction de deux immenses parcs d’éoliennes. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l’Environnement et de l’énergie, a finalement accordé la licence d’installation aux deux projets éoliens géants dans cette région d’Ágrafa, ces décisions ont été émargées par le ministre par simple ordonnance, destinée au… Gestionnaire des Énergies, un certain Alexópoulos.

De leur côté, ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritanía/Ágrafa rappellent d’abord, que pour ce qui est du grand ensemble montagneux du Pinde, son cœur se situe très exactement à Ágrafa. Ainsi, une économie viable et surtout intelligente dans la région, n’est alors possible qu’en mettant l’accent entre autres, sur le tourisme alternatif, sur l’agriculture et sur des activités traditionnelles. Seule une telle option viable peut redonner vie et ainsi espoir aux réalités humaines de la région, pour la maintenir même dans la mesure du possible au sein d’une économie nationale ayant enfin du sens. Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétise actuellement sous les escrocs politiques actuels.

NON aux éoliennes. Agrafa, octobre 2018
NON aux éoliennes. Ágrafa, octobre 2018
Ágrafa, octobre 2018

Ces derniers, largement contrôlés, et très probablement… concrètement et correctement “remerciés” par les constructeurs des éoliennes, Allemands d’après le reportage disponible; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur… mieux. Deux grandes installations éoliennes devraient être construites aux sommets vierges de la région d’Ágrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste monde, se situant entre 1600 et 2100 mètres. Là où les routes n’existent souvent pas, et lorsqu’elles existent, elles ne sont pas capables de supporter le transport d’énormes éoliennes ainsi que les matériaux nécessaires à la réalisation de l’installation. Des kilomètres de routes devront ainsi voir le (mauvais) jour à travers forêts de sapins et alpages, qui abritent encore une flore rare ainsi que l’essentiel pour ce qui est des grands mammifères et d’oiseaux sauvages du pays, et il s’agit d’une zone très protégée, classée NATURA 2000. L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Il est encore souligné par la “petite” presse engagée, souvent sur Internet, qu’en plus des éoliennes, tout un réseau de transport d’électricité devrait également être mis en place pour que les parcs des éolienne puisse être interconnecté au réseau existant plus bas en altitude. Cela signifie que les pylônes et les câbles de haute tension sur de nombreux kilomètres… “embelliront” autant le paysage, et ceci jusqu’au Lac Plastiras situé à 1000 mètres d’altitude en Thessalie voisine. En ce qui concerne le lac, il n’est pas exclu même, que ce projet entraîne également la privatisation de sa centrale hydroélectrique. Les parcs éoliens ne sont pas stables en termes de production d’énergie, ce qui oblige à compléter les charges en électricité par l’utilisation de l’énergie hydroélectrique. Et voilà comment les “investisseurs” iraient également prendre le contrôle des ressources en eau, lesquelles jusqu’à présent, elles sont aussi destinées à l’irrigation.

Pour les défenseurs de la… dernière intégrité de la région, “il y a aussi de quoi dénoncer le tristement célèbre lobbyiste pseudo-écologiste de Greenpeace, lequel s’adonne depuis peu à travers les médias, à une propagande sans pareil contre l’utilisation du charbon lignite dans la production d’énergie en Grèce et pour l’utilisation des énergies dites renouvelables, tandis qu’au même moment, la Banque européenne d’investissement (BEI) qui est la banque de l’Union européenne (UE), financera l’ensemble du projet, ceci afin d’augmenter le chiffre d’affaires du constructeur allemand des éoliennes”, articles sur Internet grec, dont par exemple sur le site Alfavita, datant de juillet 2018.

Ágrafa, octobre 2018
En Thessalie, octobre 2018
Petite taverne. Thessalie des montagnes, octobre 2018

Le berger rencontré près des alpages à Agrafa est naturellement très inquiet. “Nous avons été abandonnés et trahis par les politiciens et par les élus locaux, tous ces gens sont vendus aux Allemands. Nous ne voulons pas de cette catastrophe ici, regardez le sommet d’en face, ils ont déjà installé des instruments pour prendre toute la mesure du vent, de notre vent, mais comment alors les arrêter ?”

Trois sommets plus loin, des habitants et habitués de la petite taverne au village situé dans les montagnes d’Athamania et sur le cours supérieur de la rivière Achéloos à environ 800 mètres d’altitude, ont vu arriver un beau matin d’octobre les élus locaux et régionaux, en même temps que les gros engins. Travaux publics en vue, les élections auront lieu au mois de mai comme on sait. Couleurs toujours d’automne !

Les feuilles tombent des arbres tandis que des millions tombent paraît-il sur les Balkans. La nuit dernière, l’accord macédonien de Tsípras et de Zaev a été ratifié au Parlement de l’Ex-République Yougoslave de Macédoine, huit élus de l’opposition ont voté contre leur camp et contre d’ailleurs la volonté du peuple voisin, lequel, a largement boycotté et ainsi invalidé le referendum proposé par Zaev sur la question. L’opposition à Skopje dénonce ouvertement la corruption des élus de son camp. D’après ces accusations, ils auraient reçu jusqu’à deux millions d’euros pour changer d’avis, presse grecque du 20 octobre. Pános Kamménos bien d’ici, ne dit par autre chose dans un Twitter…bien nocturne.

Porte du passé. Thessalie, octobre 2018

L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets encore inimaginables, et pas seulement à Ágrafa. Entre les… portes du passé et celles du futur en pleine gestation il n’y a qu’un laps de temps humain ainsi bien bref.

Les Grecs observent finalement la situation en Italie, cela, en dépit de la propagande déployée par les médias Euro-berlinois et Soros-compatibles de la Grèce soumise. La clef de l’avenir elle est peut-être dans la main des amis Italiens. Comme le souligne Jacques Sapir, “l’Italie sera donc soumise à une forte pression, tant des autorités de l’Union européenne qu’en interne, la presse se déchaine actuellement contre le gouvernement, et en provenance des marchés financiers. Mais, le gouvernement italien semble s’être préparé à y résister. Il peut s’appuyer sur les présidents des deux commissions économiques de l’Assemblée et du Sénat, Claudio Borghi et Alberto Bagnai, dont les convictions eurosceptiques sont bien connues, sur des membres du gouvernement, de Salvini à Savona, mais aussi sur des soutiens extérieurs et, plus important encore, sur une majorité des italiens.”

“Le fait que la réunion annuelle du centre de recherche de l’Université de Pescara que dirigeait Alberto Bagnai jusqu’à son entrée en politique, qui aura lieu les 10 et 11 novembre s’annonce très suivie, plus de 600 participants payants se sont déjà inscrits en 5 jours, est une bonne indication aussi du soutien que rencontre le gouvernement italien dans son bras de fer avec l’Union européenne. Le fait que Stefano Fassina, un dirigeant historique de la gauche italienne, qui avait démissionné du gouvernement et rompu avec le PD de Matteo Renzi et qui élu à l’Assemblée sous la bannière de Liberi et Uguali, ait annoncé sa participation à cette réunion est aussi un signe que ce soutien pourrait bien transcender les divergences politiques.”, Jacques Sapir, le 12 octobre 2018.

Mais alors dans les Balkans, certaines divergences politiques ont déjà été transcendées, et les millions du spéculateur Soros avec, paraît-il.

Couleurs et couleuvres d’automne, en Grèce et dans ses régions montagneuses dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans. Trois sommets plus loin et non loin d’Ágrafa, la vie comme ses expressions les plus essentielles, viennent toujours d’ailleurs, à l’instar de cette vielle femme qui brode assise dans la cour de sa maison: “C’est un petit chat adespote mais nous l’avons adopté, il n’y avait rien d’autre à faire.” Thessalie alors profonde. Rien d’autre à faire !

Nous l’avons adopté. Thessalie, octobre 2018

* Photo de couverture: Figure des lieux. Tríkala, Thessalie, octobre 2018

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