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Archives de catégorie Les réfugiés-migrants Les exilés

Délit de solidarité : acharnement judiciaire

Martine Landry : l’acharnement judiciaire Publié le 25.07.2018 Amnesty international

Le 24 juillet 2018, dans la soirée, nous apprenions avec consternation que le procureur général d’Aix-en-Provence faisait appel du jugement rendu le 13 juillet par le tribunal correctionnel de Nice. La relaxe avait été prononcée pour Martine Landry poursuivie pour « aide à l’entrée sur le territoire de deux mineurs en situation irrégulière ».

Quelques jours après avoir été relaxée, Martine Landry déclare : « Cette décision me sidère. Je pensais pouvoir recommencer à vivre normalement, sans épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Mon répit est de courte durée. Je reste toutefois déterminée et sûre de la légalité de mes actes ».

Lire aussi : Une militante accusée de délit de solidarité

Le parquet fait appel

La procédure devant le tribunal correctionnel de Nice a duré près d’un an du fait de reports, demandés notamment par le parquet.

Le parquet est garant de l’intérêt public. En première instance, la procureure [du tribunal de Nice] avait demandé la relaxe. Il est assez étonnant que la protection de ce même intérêt public exige une condamnation dix jours après la relaxe prononcée.

Alors que le tribunal correctionnel de Nice avait reconnu la légitimité de l’action de Martine Landry, la décision du parquet de faire appel est un nouveau coup porté à la solidarité et la fraternité aux frontières, et nos associations dénoncent un acharnement contre leur militante.

Source https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/martine-landry-lacharnement-judiciaire


Lire sur le même sujet https://www.20minutes.fr/justice/2312811-20180725-nice-parquet-fait-appel-relaxe-benevole-aide-entree-migrants

Italie Grèce la question migratoire

Italie 2018 vs Grèce 2015 : deux façons opposées d’aborder la question migratoire Par

Dans une Italie bien moins exposée aux arrivées d’exilés que par le passé, le ministre de l’intérieur Matteo Salvini se répand en propos xénophobes tandis que les attaques racistes se multiplient. Rien à voir avec la Grèce de l’été 2015 qui, asphyxiée financièrement, avait généreusement accueilli les personnes qui débarquaient chaque jour par milliers.

Surenchère, inconscience et provocation. Tels semblent être les moteurs du ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, depuis qu’il a pris ses fonctions, le 2 juin dernier. Ces derniers jours, il est allé jusqu’à citer quasiment mot pour mot Mussolini, lançant sur Twitter, à l’occasion du jour anniversaire de l’ancien dictateur fasciste : « Tellement d’ennemis, tellement d’honneur ». Quant aux agressions racistes qui se multiplient depuis quelques mois dans le pays, il a répondu ce lundi : « Je rappelle qu’il y a environ 700 délits commis chaque jour en Italie par des immigrés, soit près d’un tiers du total, et ceci est la seule vraie urgence pour laquelle je me bats en tant que ministre. »

Il faut rappeler que le tonitruant vice-président du Conseil italien avait commencé son mandat par ces mots : « Pour les clandestins, la fête est finie. » Il ne donnait alors qu’un mauvais avant-goût de ce qui allait se passer par la suite : opposition au débarquement de l’Aquarius – puis d’autres navires ayant secouru des humains en pleine mer –, avalanche de propos xénophobes sous couvert de « bon sens », annonces d’expulsions massives, fantasme sur la réalité du phénomène migratoire en Italie… Depuis à peine deux mois qu’il est au gouvernement, Salvini a répandu sa haine dans les médias, sur les réseaux sociaux, et dans les réunions européennes, réduisant l’exercice de la politique à une communication abjecte tous azimuts sans pour autant mettre en œuvre de mesures concrètes.

Le chef de la Ligue (extrême droite) s’est ainsi imposé comme le numéro un de facto de ce gouvernement italien inédit, éclipsant le très discret Giuseppe Conte, chef officiel de l’exécutif, mais aussi son partenaire de la coalition gouvernementale et autre vice-premier ministre, Luigi Di Maio, dont le Mouvement Cinq Étoiles était pourtant arrivé en tête des élections du 4 mars avec un score près de deux fois supérieur à celui de la Ligue (33 % contre 17 %).

De fait, les Cinq Étoiles ne contestent guère l’orientation prise par le ministre de l’intérieur. À croire qu’ils partagent avec lui le rejet des “migrants”, la critique des ONG, et sa façon d’exercer la pression sur les autorités européennes. Au sein du mouvement, seules deux élues régionales ont publiquement émis des réserves sur la ligne du M5S depuis qu’il est au gouvernement.

Le chemin emprunté par Matteo Salvini est pourtant tout autant égoïste que les attitudes européennes qu’il entend dénoncer. A-t-il une seule fois, lorsqu’il était eurodéputé, manifesté un geste de solidarité avec Athènes quand la Grèce faisait face à un afflux autrement plus important, il y a trois ans ? A-t-il une seule fois, au cours de ses deux mandats à Strasbourg, proposé une solution européenne à la question migratoire ?

Sans vouloir minimiser les difficultés de l’Italie ni l’accueil réalisé depuis des années par ce pays face à une Europe de moins en moins solidaire, force est de constater que l’attitude de Salvini est surtout révélatrice de la manière dont un pays peut s’enfoncer dans la xénophobie devant une immigration fantasmée, quand d’autres ont su au contraire faire preuve d’humanisme et de solidarité, tout en recourant, aussi, à l’aide européenne dont ils avaient cruellement besoin.

Lorsque, à l’été 2015, la Grèce, asphyxiée financièrement et prise dans l’étau du chantage européen après l’arrivée au pouvoir de Syriza, se retrouve aux avant-postes de l’arrivée des exilés des conflits en Syrie et en Irak, nulle vague xénophobe ne se fait jour. Ni de la part du gouvernement, ni du côté de la société. L’organisation criminelle néo-nazie Aube dorée – sous le coup de poursuites judiciaires depuis le printemps 2015 – qui avait percé à environ 6 % des voix aux élections de 2012, au pire moment de la crise économique, ne progresse pas d’un pouce. À droite comme au gouvernement, le discours reste dans l’ensemble modéré vis-à-vis des migrants.

Entre juin et décembre 2015, ce sont pourtant près de 900 000 personnes qui passent par les îles grecques, puis par la Grèce continentale, pour rejoindre la « route des Balkans ». À Lesbos – l’une des îles les plus proches de la Turquie –, à Idomeni  – à la frontière avec la Macédoine –, mais aussi au port du Pirée, à Athènes, et en d’innombrables points de ce parcours, les solidarités s’organisent, des gens qui n’avaient jamais aidé s’activent.

De passage à Paris en mars dernier à l’occasion d’une exposition au théâtre d’Aubervilliers, Vassilis Tsartsanis nous avait raconté cet élan spontané. Pendant des mois, cet habitant d’Idomeni a vu, chaque jour, quelque 500 personnes passer la frontière entre la Grèce et la Macédoine. Jusqu’à son démantèlement, en mai 2016, le “camp” d’Idomeni accueillera jusqu’à 15 000 personnes. « Les gens du village ont ouvert leurs cœurs, leurs armoires, leurs maisons pour aider ces exilés. Je ne suis pas du genre à être fier de mon village, mais là, je dois dire que nous avons vécu quelque chose d’extraordinaire. Il n’y a pas eu une seule manifestation raciste. »

On en viendrait presque à s’étonner, aujourd’hui, du pacifisme et de la tolérance des Grecs face à l’arrivée de ces exilés en 2015, alors que le pays traversait sa sixième année consécutive d’austérité et de récession. Il en ressort une évidence : à la différence de l’Italie aujourd’hui, la société hellène n’avait pas été provoquée par des propos inconséquents et racistes de la part de son gouvernement. S’il allait être progressivement transformé par son leader Alexis Tsipras, le parti de gauche au pouvoir Syriza n’avait pas oublié son ADN de parti traditionnellement engagé dans la défense des droits des immigrés.Au ministère de la politique migratoire, c’est d’ailleurs un militant de la société civile qui occupe le poste de septembre 2015 à début 2018, Yannis Mouzalas. Dans l’interview qu’il nous accorde en septembre 2016, il demande, lui aussi, l’aide européenne. Mais son approche humanitaire et son propos posé n’ont rien à voir avec les déclarations irrationnelles et démagogiques de Salvini aujourd’hui.

Moins de 20 000 personnes arrivées par la mer

« Voici ce que nous voudrions faire, expliquait alors Yannis Mouzalas face à la situation des quelque 60 000 exilés coincés en Grèce depuis la fermeture de la « route des Balkans » et l’accord UE-Turquie, développer des hébergements qui ne soient plus du provisoire. Pas sous la forme de tentes, mais sous la forme de constructions en dur, avec des espaces pour cuisiner, des classes pour les enfants, des soins médicaux. Il faut aider en particulier les enfants, qui représentent environ 40 % des 50 000 réfugiés sur le continent. Il faut que ces jeunes retrouvent le contact avec le système scolaire, soit en allant directement dans les écoles grecques les plus proches, soit par le biais de classes spéciales dans les camps. »

On est loin, très loin de l’attitude du ministre de l’intérieur italien qui a promis « un bon coup de ciseaux » dans les cinq milliards d’euros du budget national consacrés à l’accueil des demandeurs d’asile. À peine trois semaines après sa prise de fonction, Matteo Salvini s’est en outre rendu à Tripoli pour y poursuivre la coopération de Rome avec les autorités libyennes et défendre l’idée, dans cet État failli, de « centres d’accueil et d’identification » pour les migrants cherchant à rejoindre l’UE.

Bien que la Turquie et la Libye ne soient pas comparables, le Grec Yannis Mouzalas, lui, n’était pas du tout dans ce type d’approche bilatérale focalisée sur le blocage des traversées. Il était réservé sur l’accord UE-Turquie ; et sans le remettre complètement en cause, il insistait sur l’absolue nécessité de permettre à tous les arrivants sur les îles grecques d’avoir accès à une procédure de demande d’asile en bonne et due forme. Il était hors de question, pour ce membre du gouvernement Tsipras, d’envisager une expulsion si la personne n’avait pas pu effectuer sa demande d’asile.

Lorsque nous interrogeons Yannis Mouzalas, nous sommes un an après le pic des arrivées en Grèce. Si leur nombre a chuté, les débarquements continuent et ne s’interrompront pas les années suivantes. Depuis début 2018, plus de 15 000 personnes ont encore rejoint l’archipel de la mer Égée.

En Italie, pays six fois plus peuplé que la Grèce, ce sont moins de 20 000 personnes qui sont arrivées par la mer depuis le début de l’année. De nombreux incidents racistes ont pourtant été répertoriés. Parmi les plus notables, il y a eu en février, à Macerata (centre du pays), une fusillade de personnes noires par un militant de la Ligue, au cours d’une campagne électorale entièrement focalisée sur la question migratoire. Début juin, un jeune Malien, Soumaila Sacko, est assassiné en Calabre. Quelques jours plus tard, en Campanie, trois hommes tirent sur deux Maliens à bout portant avec un pistolet à air comprimé – et comme pour illustrer l’impact qu’une xénophobie affichée au plus haut sommet de l’État peut avoir sur la population, les tireurs auraient, d’après des témoins, crié « Salvini, Salvini ! ».

Ce dimanche, près de Turin, c’est une lanceuse de disque, Daisy Osakue, qui est blessée à un œil après avoir reçu un œuf lancé depuis une voiture. Née en Italie de parents nigérians, cette athlète risque de ne pas pouvoir participer aux championnats d’Europe la semaine prochaine à Berlin. Ce même week-end, un Marocain pris en chasse en voiture par des Italiens l’accusant d’être un cambrioleur, dans une petite ville au sud de Rome, a fini mort à l’hôpital… Tandis qu’à Palerme, un Sénégalais a été roué de coups par un groupe d’Italiens sous les cris de « sale nègre ».

Certes, il existe aussi, en Italie, une multitude d’initiatives solidaires envers les immigrés. Mais le discours ambiant, alimenté sans scrupule par le chef de la Ligue et antérieur à lui, ne leur est pas favorable. Il faut reconnaître que les gouvernements précédents avaient préparé le terrain, se rapprochant déjà de la Libye, rendant difficile la régularisation des immigrés, et finissant par mettre des entraves, à l’été 2017, au travail des ONG. Quant aux médias, ils ont aussi leur part de responsabilité dans ce développement.

« L’Italie est en campagne électorale depuis 2013, écrivait le mois dernier l’auteur de l’enquête Gomorra, Roberto Saviano, dans Le Monde. Savez-vous ce que cela signifie ? Que tout est communication politique – et la communication politique est une chose très différente de la politique elle-même : c’est de la communication, de la vulgarisation, de la simplification. Cela signifie que les Italiens sont entourés, assiégés, écrasés sous le poids d’une politique qui, loin d’être réelle, se fait dans les talk-shows et sur les réseaux sociaux. (…) Cela signifie que ceux qui parlent des migrants comme d’un fléau à éradiquer obtiennent aussitôt de la visibilité, surtout s’ils ont gagné en crédibilité dans des milieux dits “de gauche”. (…) Mais la triste vérité, c’est que, malgré tout, ce gouvernement plaît – et ses soutiens se multiplient – parce qu’il indique des cibles, des ennemis à lapider, des catégories de personnes contre lesquelles se battre. »

Le journaliste d’investigation Roberto Saviano est l’une des rares personnes connues en Italie à s’être élevée, publiquement, contre l’orientation prise par Matteo Salvini. Le ministre a d’ailleurs déposé plainte contre lui il y a une quinzaine de jours, à la suite d’un tweet le mettant en cause. La société italienne semble peu mobilisée : seule une petite manifestation a eu lieu à Rome début juillet, pour critiquer la politique migratoire de l’exécutif.

Au-delà du positionnement du gouvernement transalpin, c’est donc tout un environnement qui baigne, aujourd’hui, dans le fantasme de l’immigration. « Comment un pays de 60 millions d’habitants peut-il se considérer comme envahi par 150 000 personnes ?, s’interrogeait cet hiver Giuliano Giuliani, un homme engagé bénévolement auprès des étrangers rencontré au cours d’un reportage à Gênes. C’est une folie que de penser de cette manière. Et c’est une hypocrisie. Léconomie des régions riches comme la Lombardie et la Vénétie repose en grande partie sur la main-d’œuvre immigrée… » À l’exact opposé de la Grèce, cette “invasion” que subirait l’Italie fait maintenant partie du magma médiatique dominant.

Source https://www.mediapart.fr/journal/international/310718/italie-2018-vs-grece-2015-deux-facons-opposees-d-aborder-la-question-migratoire

Migrants: «La collaboration entre Rome et Tripoli passe pour assassine»

Publié par Alencontre le 19 – juillet – 2018 Par Dominique Dunglas

A peine hissée hors de l’eau par les secouristes de l’ONG Proactiva Open Arms, les yeux hagards, Josepha est en état de choc, incapable de parler, déshydratée et en hypothermie après avoir dérivé pendant 48 heures accrochée à un morceau d’épave. Au second plan, gisent sur une planche de bois flottante le cadavre d’une autre femme et celui d’un enfant de 3 ou 4 ans. La photo de cette Camerounaise de 40 ans est à la une des principaux quotidiens transalpins, le nouveau symbole du drame qui se joue tous les jours entre les côtes de l’Afrique et celles de l’Europe.

Josepha était à bord d’un canot pneumatique se dirigeant vers l’Italie, avec à son bord 165 migrants, dont 39 femmes et 12 enfants, intercepté lundi soir par les gardes-côtes libyens. Conformément aux accords passés avec l’Italie, les soldats ont transféré les migrants sur leur vedette pour les ramener sur les côtes libyennes. Tous? Non.

Selon Oscar Camps, le fondateur de Proactiva Open Arms, deux femmes et un enfant ont refusé de monter à bord du bateau des gardes-côtes par crainte de retourner dans l’enfer des prisons libyennes. Les soldats auraient alors coulé le canot pneumatique et abandonné les trois migrants dans les débris flottants. «Ce sont des assassins qui ont été enrôlés par l’Italie», a déclaré Oscar Camps. Et l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano s’en est pris directement à Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur: «Salvini, quel plaisir prends-tu à voir mourir des enfants?»

Une version des faits toutefois démentie par Rome et Tripoli. Une journaliste allemande qui était à bord de l’unité de la marine libyenne a confirmé que le canot avait bien été coulé mais qu’à sa connaissance, il n’y avait plus personne à bord.

La filière italienne meurtrière

Sans doute ne connaîtrons-nous jamais la vérité. Reste que les tentatives désespérées d’échapper au retour en Libye se succèdent lorsque les migrants comprennent que leur voyage vers l’Europe est un échec. Le 13 juillet, alors que Matteo Salvini avait interdit l’accostage en Sicile d’un vieux chalutier avec 450 migrants à bord, une trentaine d’entre eux s’étaient jetés à l’eau pour essayer de rejoindre à la nage les bateaux italiens. Le bilan officiel, certifié par la marine transalpine, est de quatre morts.

Les statistiques du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés donnent l’ampleur de l’aggravation du drame qui se joue sur la route du canal de Sicile. Depuis le début de l’année, 1143 migrants sont morts en mer, 1100 sur la route vers l’Italie, 300 sur la route vers l’Espagne. Durant les six premiers mois de 2017, un migrant sur 38 perdait la vie durant la traversée. Désormais, c’est un migrant sur sept qui périt entre les côtes africaines et l’Europe. Et avec sensiblement le même nombre de départs, la filière italienne se révèle beaucoup plus meurtrière que celle qui conduit en Espagne. Fermeture des ports italiens, interdiction faite aux ONG de s’approcher des côtes pour permettre aux gardes-côtes libyens de reconduire directement les migrants interceptés dans les geôles d’où ils venaient: la politique mise en œuvre par Matteo Salvini est donc tenue en partie responsable de cette augmentation des morts.

Rien ne semble toutefois freiner la détermination du ministre de l’Intérieur. Au mépris des lois internationales, il veut désormais que les navires militaires italiens rapportent directement les migrants interceptés dans leur port de départ. Selon lui, les conditions de sécurité et de respect des droits de l’homme en Libye le permettent.

Ce n’est pas ce qui se lisait dans les yeux de Joséphine. (Article publié dans le quotidien Le Soir, en date du 19 juillet 2018)

Source http://alencontre.org/europe/migrants-la-collaboration-entre-rome-et-tripoli-passe-pour-assassine.html#more-50596

Grèce : expulsion d’un des 35 accusés de Moria

I.T., originaire de Guinée vient d’être expulsé vers la Turquie par une procédure qui présente de telles irrégularités qu’elle doit être qualifiée d’illégale. Débouté en première instance de sa demande d’asile, il avait explicitement manifesté son intention de faire appel. I.T. fait partie de 35 de Moria, arrêtés dans le tas après les incidents du 18 juillet 2017 dans le hot-spot de Moria. Le rejet de sa demande d’asile lui a été communiqué pendant sa période de détention préventive et, étant donné l’absence d’avocat et de traducteur qualifié, il n’avait aucun moyen de comprendre le sens du document qui lui a été remis.  La décision de la Commission d’Asile lui fut notifiée en décembre 2017 tandis qu’il était emprisonné à Athènes ; qui plus est ce document porte le code et la signature d’un interprète en français.

Après le procès et la condamnation  de 32 de ses codétenus à 26 mois de prison en sursis de,   I.T. fut remis en liberté et transféré à Lesbos du fait du confinement géographique dans les îles de tous ceux qui sont rentrés après la déclaration commune UE-Turquie. Le 12 juin il fut de nouveau arrêté. Ce n’est qu’à ce moment que le dossier comportant le rejet de sa demande a été communiqué à ses avocats. Ceux-ci ont immédiatement fait savoir à la police leur intention de faire appel  pour que sa demande soit examinée par la Commission de Recours, un droit inaliénable dans un état de droit. Cet appel serait déposé hors délais, étant donné que I.T. n’a pas été en mesure de comprendre le document au moment où celui-ci lui a été notifié. L’introduction d’un recours hors délais est une procédure dérogatoire habituelleμ prévue par la loi, laquelle exige juste que les motifs du retard soient explicités. Le HCR avait également prévenu les autorités de l’intention de  I.T. de faire appel. Le lendemain, lorsque ses avocats se sont présentés pour déposer le recours, ils ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que leur client venait d’être expulsé à la Turquie. Cette expulsion illégale constitue une violation flagrante des droits les plus élémentaires garantis, par la légalisation grecque et européenne.  (source Efimeride tôn Syntaktôn)

Voir aussi le communiqué de Legal Centre of Lesbos où d’autres expulsions non conformes à la législation sont dénoncées et de ce cas précis il est dit :  “The second individual was deported on the morning of 13 June 2018. This was despite the fact that for days he had been expressing to the police his desire to appeal the rejection of his asylum claim. Lawyers from HIAS and the Legal Centre also spoke with the Mytilene police department the day before he was deported and informed the police that they would be filing an appeal on his behalf. On the morning of 13 June 2018, he was deported to Turkey. This individual, a Guinean national, claims that he was a victim of torture, and will be subject to persecution if returned to his country. Regardless of whether his claim is credible, he has the right to appeal the rejection of his claim. Even though untimely, it is not the police who have the authority to accept or reject his appeal, but the Asylum Service. His right to appeal was clearly denied, and his deportation was illegal as police were aware that he would be appealing the denial of his claim and they proceeded with the deportation in any case.”

Le communiqué  du Legal Centre Lesbos où plusieurs autres violations de droits sont dénoncées Report on Rights Violations and Resistance in Lesvos

Grèce : Protéger les droits des migrants

Grèce : il faut agir immédiatement pour protéger les droits de l’homme des migrants

Migreurop  Print Greece: immediate action needed to protect human rights of migrants Athènes, Greece 29/06/2018.

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La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, rencontre les bénéficiaires d’un programme de vie semi-autonome pour les mineurs non accompagnés à Athènes, en Grèce. © CoE / 2018 / Giorgos Moutafis

« L’humanité et l’hospitalité dont la population et les autorités grecques ont fait preuve envers les migrants ces dernières années sont vraiment remarquables. Malgré ces efforts, la situation reste toutefois préoccupante et des mesures supplémentaires sont nécessaires pour protéger les droits de l’homme des personnes contraintes de fuir leur pays », a déclaré Dunja Mijatović, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, à l’issue de sa visite de cinq jours en Grèce, qui était aussi consacrée aux effets de l’austérité sur les droits de l’homme.

Notant la baisse significative des arrivées de migrants en Grèce ces deux dernières années, la Commissaire a souligné que, si les flux actuels restent difficilement gérables par ce seul pays, l’Europe dans son ensemble peut cependant y faire face sans difficultés majeures. « Il est grand temps que tous les États membres du Conseil de l’Europe, unis autour des valeurs qui fondent l’Organisation, traitent cette question dans un esprit de responsabilité collective et de solidarité », a estimé la Commissaire.

Il est nécessaire que les autorités grecques agissent rapidement pour améliorer les conditions d’accueil des migrants, notamment dans les hotspots. La restriction géographique imposée aux nouveaux arrivants soumet les îles de la mer Égée orientale (où sont situés les hotspots) et leur population à une forte pression, ainsi que la Commissaire a pu le constater à Lesbos. « Je suis très préoccupée par les mauvaises conditions de vie qui prévalent dans le centre d’accueil et d’identification de Moria, où le nombre de migrants est plus de trois fois supérieur à la capacité théorique et qui s’est déjà agrandi de manière anarchique. Cette situation met en danger les droits de l’homme des personnes hébergées. Si des dispositions ne sont pas prises immédiatement, le surpeuplement, l’insécurité et le manque d’hygiène, exacerbés par la hausse des températures, risquent d’avoir des conséquences catastrophiques cet été pour des migrants qui sont dans l’incertitude quant à leur avenir », a indiqué la Commissaire, qui a également mis en garde contre les tensions qui ne manqueront pas d’augmenter entre les personnes hébergées dans le centre, mais aussi entre les autres habitants de l’île. Soulignant la nécessité d’agir rapidement, la Commissaire a appelé les autorités grecques à transférer davantage de personnes vers le continent. Elle les a aussi appelées à accélérer le traitement des demandes d’asile, tout en garantissant pleinement le caractère équitable des procédures, à augmenter la capacité des structures d’accueil de tout le pays et à améliorer leur qualité. « Les normes peuvent être respectées dans des camps temporaires, comme je l’ai observé dans le camp de « Kara Tepe », un centre ouvert géré par la municipalité de Mytilène ; toutefois, compte-tenu de la durée de la procédure d’asile, il est également nécessaire d’augmenter le nombre de structures d’accueil adaptées à un séjour prolongé », a-t-elle ajouté. La Commissaire a salué le travail inestimable accompli par les acteurs de la société civile et par les partenaires internationaux dans ce domaine.

En outre, Dunja Mijatović a souligné la nécessité d’améliorer et d’accélérer la procédure d’évaluation de la vulnérabilité, pour mieux protéger les droits de toutes les personnes vulnérables, dont les victimes de la traite et de la violence sexuelle ou sexiste, les personnes handicapées et les personnes ayant des problèmes de santé mentale ; ces dernières sont de plus en plus nombreuses car un séjour prolongé dans un centre d’accueil où les conditions de vie sont mauvaises a des effets délétères. En outre, la Grèce compte actuellement 3 500 mineurs non accompagnés, dont les besoins en matière de soins et d’hébergement ne sont toujours pas satisfaits. La Commissaire a noté avec préoccupation que beaucoup d’entre eux seraient sans abri ou sont privés de liberté en application du régime de la « détention de protection ». « La nouvelle loi sur le placement en famille d’accueil va dans le bon sens et j’espère que sa mise en œuvre sera concluante. Si les enfants ayant droit au regroupement familial rejoignent rapidement leurs proches installés ailleurs en Europe, cela contribuera aussi à améliorer la situation. De plus, j’encourage les autorités à développer les modes alternatifs de prise en charge, tels que le programme de vie semi-autonome géré par l’ONG METAdrasi, dont j’ai rencontré des bénéficiaires », a-t-elle ajouté.

Enfin, la Commissaire a observé que la Grèce est devenue un pays de destination, après avoir été un pays de transit. « En conséquence, l’intégration est d’une importance capitale, pour les migrants eux-mêmes et pour la cohésion sociale de la Grèce. Les ONG mènent plusieurs projets dans ce domaine et je note que le ministère de la Politique migratoire a l’intention de développer les programmes d’intégration. Je salue ces initiatives et j’encourage les autorités grecques et leurs partenaires à intensifier leurs efforts en ce qui concerne l’apprentissage de la langue et la formation professionnelle, le regroupement familial et les possibilités d’obtenir un permis de séjour de longue durée, puis d’accéder à la naturalisation », a déclaré la Commissaire.

Pour ce qui est des effets des mesures d’austérité, Dunja Mijatović a noté que plusieurs droits de l’homme avaient été durement impactés, notamment les droits à la santé et à l’éducation. Les coupes budgétaires pratiquées dans le secteur de la santé, associées à la baisse générale des salaires et des pensions, ont entravé l’accès aux soins, dans une période où la crise économique faisait augmenter les besoins, notamment en matière de santé mentale. « Dans ce contexte très difficile, l’adoption, en 2016, d’une loi sur la couverture médicale universelle a constitué un progrès majeur. Toutefois, comme j’ai pu le constater lors de ma visite du centre social métropolitain d’Elliniko, un certain nombre de patients n’ont toujours pas accès aux soins requis par leur état. J’encourage donc les autorités à améliorer la mise en œuvre de cette loi et à lever les obstacles qui entravent l’accès aux soins », a dit la Commissaire.

L’austérité a également eu de lourdes conséquences pour le droit à l’éducation. « Les fusions et les fermetures d’établissements scolaires, les réductions de budget et de personnel et la baisse du volume horaire d’enseignement ont soulevé des questions importantes du point de vue de l’accès à l’éducation et de la qualité de l’éducation pendant la crise économique. Je salue la décision d’augmenter le budget de l’éducation en 2017 et 2018, et j’encourage les autorités à intensifier leurs efforts dans ce domaine, de manière à garantir à tous le plein accès à une éducation de qualité et inclusive », a déclaré la Commissaire.

« La fin du troisième programme d’ajustement économique offre une occasion de remédier aux effets négatifs de l’austérité sur les droits de l’homme et la Grèce ne devrait pas la manquer», a estimé Dunja Mijatović. « J’appelle les autorités grecques à profiter de ce changement de circonstances pour renforcer la protection effective des droits à la santé et à l’éducation, et à soumettre toute nouvelle mesure à des études d’impact sur les droits de l’homme et l’égalité », a-t-elle ajouté.

Au cours de sa visite, la Commissaire a rencontré le Président de la République hellénique, le Président du Parlement, le ministre de la Justice, de la Transparence et des Droits de l’homme, le ministre de la Santé, le vice-ministre de l’Éducation, de la Recherche et des Cultes, le vice-ministre de la Politique migratoire, l’Ombudsman et des membres de la Commission nationale des droits de l’homme. Elle s’est aussi entretenue avec des responsables locaux et des représentants de la société civile et d’organisations internationales.

La Commissaire publiera prochainement un rapport sur sa visite en Grèce.

https://www.coe.int/en/web/commissioner/view/-/asset_publisher/ugj3i6qSEkhZ/content/greece-immediate-action-needed-to-protect-human-rights-of-migrants?_101_INSTANCE_ugj3i6qSEkhZ_languageId=fr_FR

Néocolonialisme et “crise des migrants »

Néocolonialisme et  » crise des migrants » ( Il Manifesto) par Manlio DINUCCI

Des États-Unis à l’Europe, la “crise des migrants” suscite de vives polémiques intérieures et internationales sur les politiques à adopter à propos des flux migratoires. Partout cependant ceux-ci sont représentés selon un cliché qui inverse la réalité : celui des “pays riches” obligés de subir la croissante pression migratoire des “pays pauvres”.

On dissimule ainsi la cause de fond : le système économique qui dans le monde permet à une minorité restreinte d’accumuler de la richesse aux dépens de la majorité croissante, en l’appauvrissant et en provoquant ainsi l’émigration forcée.

Concernant les flux migratoires vers les États-Unis, le cas du Mexique est emblématique. Sa production agricole s’est écroulée quand, avec le NAFTA (l’accord nord-américain de “libre” commerce), les EU et le Canada ont inondé le marché mexicain avec des produits agricoles à bas prix grâce à leurs propres subventions publiques. Des millions de paysans se sont retrouvés sans travail, venant grossir le bassin de main d’oeuvre recrutée dans les maquiladoras : des milliers d’établissements industriels le long de la ligne de frontière en territoire mexicain, possédés ou contrôlés, pour la plupart, par des sociétés étasuniennes, dans lesquels les salaires sont très bas et les droits syndicaux inexistants.

Dans un pays où environ la moitié de la population vit dans la pauvreté, a augmenté la masse de ceux qui cherchent à entrer aux États-Unis. D’où le Mur le long de la frontière avec le Mexique, commencé par le président démocrate Clinton quand en 1994 est entré en vigueur le Nafta, poursuivi par le républicain Bush, renforcé par le démocrate Obama, ce même mur que le républicain Trump voudrait maintenant compléter sur tous les 3000 Km de frontière.

Concernant les flux migratoires vers l’Europe, est emblématique le cas de l’Afrique. Elle est richissime en matières premières : or, platine, diamants, uranium, coltan, cuivre, pétrole, gaz naturel, bois précieux, cacao, café et de nombreuses autres.

Ces ressources, exploitées par le vieux colonialisme européen avec des méthodes de type esclavagiste, se trouvent aujourd’hui exploitées par le néocolonialisme européen s’appuyant sur des élites africaines au pouvoir, une main d’œuvre locale à bas coût et un contrôle des marchés intérieurs et internationaux.

Plus de cent compagnies cotées à la Bourse de Londres, britanniques et autres, exploitent dans 37 pays de l’Afrique sub-saharienne des ressources minières d’une valeur de plus de 1000 milliards de dollars.

La France contrôle le système monétaire de 14 ex colonies africaines par le biais du Franc CFA (à l’origine acronyme de “Colonies Françaises d’Afrique”, recyclé en “Communauté Financière Africaine”) : pour conserver la parité avec l’euro, les 14 pays africains doivent verser au Trésor français la moitié de leurs réserves monétaires.

L’État libyen, qui voulait créer une monnaie africaine autonome, a été démoli par la guerre en 2011. En Côte d’Ivoire (aire CFA), des sociétés françaises contrôlent le gros de la commercialisation du cacao, dont le pays est premier producteur mondial : aux petits cultivateurs restent à peine 5% de la valeur du produit final, si bien que la majeure partie vit dans la pauvreté. Ce ne sont que quelques exemples de l’exploitation néo-coloniale du continent.

L’Afrique, présentée comme dépendante de l’aide extérieure, fournit à l’extérieur un paiement net annuel d’environ 58 milliards de dollars. Les conséquences sociales sont dévastatrices. En Afrique sub-saharienne, où la population dépasse le milliard et se compose à 60% d’enfants et jeunes d’âge compris entre 0 et 24 ans, environ les deux tiers des habitants vivent dans la pauvreté et, parmi ceux-ci, environ 40% – c’est-à-dire 400 millions – dans des conditions de pauvreté extrême.

La “crise des migrants” est en réalité la crise d’un système économique et social insoutenable.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 26 juin 2018 de Il manifesto

Traduit de l’italien par M-A P.

Photo : Alami Stock Photo

Source https://www.legrandsoir.info/neocolonialisme-et-crise-des-migrants-il-manifesto.html

Migrants et migraines La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Migrants et migraines

Juillet et ses températures déjà entières. En mer, on peut parfois croiser imprudemment un de ces géants du grand large transportant l’ultime pacotille de notre si bas monde, tandis que sur terre, c’est carrément le cloaque. Sous l’Acropole, à part nos animaux adespotes attitrés bien en leur place, seuls les orages de la météo sont passés, les idiots utiles qui “gouvernent” alors demeurent.

Sous l’Acropole. Athènes, juin 2018

Alexis Tsípras s’est rendu à Thessalonique mercredi 4 juillet pour une réunion avec ses homologues, bulgare, serbe et roumain, sauf que pour la première fois dans pareils cas, la réunion s’est tenue au sein de l’hôtel près de l’aéroport et non pas en ville, par crainte d’affronter la colère des manifestants de Thessalonique… très remontés il faut dire. Tous les accès conduisant à l’hôtel de l’aéroport ont été barrés par les forces de l’ordre… afin de protéger le Premier ministre le plus haï en Grèce depuis 1945. Tsípras, qualifié à juste titre de traître partout en Grèce et d’abord dans ses régions du nord, Épire, Macédoine et Thrace, n’a donc pas quitté l’hôtel, sauf pour reprendre l’avion vers Athènes le même soir.

En cette Grèce du nord depuis l’accord paraphé entre la “Grèce” de Tsípras et l’ARYM du Premier ministre Zoran Zaev, les élus SYRIZA sont pris à partie et même parfois ils sont quasiment agressés par les citoyens, dès qu’ils osent se montrer en public, comme cette semaine à Kavala pour le député SYRIZA Yórgos Papaphilippou… sauvé de justesse grâce à sa bonne garde policière.

Athènes, juillet 2018

Ensuite, l’autre dernière histoire drôle du pantin Tsípras, c’est qu’il acceptera en Grèce bon nombre de migrants que l’Allemagne refoulera après avoir fait son tri et son marché au détriment comme toujours des autres pays de la pseudo UE. C’est Angela Merkel qui vient d’annoncer son accord avec le valet Tsípras, ce dernier n’aura même pas informé au préalable le “Parlement”, (quotidien “Kathimeriní” du 4 juillet 2018). Encore une fois, et faisant suite à l’affaire macédonienne, Alexis Tsípras “décide” seul, contre l’immense majorité du peuple grec et contre les intérêts du pays. Jusqu’à quand ?

Sur le thème macédonien, le ministre Yórgos Katroúgalos (SYRIZA), joint au téléphone par le journaliste de la radio 90,1 FM, vient de déclarer que même si la majorité des citoyens s’oppose à la politique de l’exécutif sur le dossier macédonien, “le gouvernement n’organisera pas de référendum comme il ne considère pas non plus, que sa décision doit être validée à l’Assemblée de manière large, c’est-à-dire, approuvée par les deux tiers des députés. Et ceci, étant donné que sur ce type de dossiers hautement émotionnels, on ne doit pas poser les questions par référendum, qui plus est, en ce moment et sur ce dossier, lorsque le peuple ne raisonne nullement par un procédé d’une logique disons froide, mais seulement, il s’agite sous la seule force et influence d’un processus affectif”, (émission de Dimítris Takis, le 3 juillet 2018, et c’est à la minute 40’ du fichier sonore archivé sur le serveur de la radio).

Nos animaux adespotes attitrés. Athènes, juin 2018
Nos animaux adespotes photographiés. Athènes, juin 2018

Notons que Katroúgalos, Stalinien dans sa jeunesse, puis Pasokien, notamment durant un moment, conseiller au cabinet de la gouvernance de Yórgos Papandréou, sous l’influence comme on sait des… “thaumaturges” de Soros, est très précisément ce ministre ayant proposé et même… donné son nom à la dernière loi assassine des retraites et ceci, de manière… automatique et permanente.

Comme l’écrit ailleurs à sa manière Nicolas Bonnal, Katroúgalos appartient à cette “droite néocon et libertaire contrôlée par les bobos (un lecteur de Blondet parle de clones: Tsípras, Macron, Sanchez ou Casado, Trudeau, etc.), les féministes humanitaires – et sans enfants – dans le genre de May ou Merkel (elles sont de droite, pas vrai ?) – laquelle droite – continuera de rendre des comptes aux bourreaux-comptables de la mondialisation et de sacrifier un peuple rendu distrait par son Smartphone ou par ses matches de foot.”

Le schéma, pleinement discernable, devient désormais classique. Katroúgalos, Tsípras et consorts, agitateurs au verbiage historiquement gauchisant ayant toujours prétendu s’exprimer au nom du peuple sans jamais y croire en réalité, autant personnages politiques largement minoritaires dans la société du pays réel (SYRIZA fut un parti du 3% avant la dite crise grecque), arrivent ainsi au pouvoir préparées par les mondialisateurs et par le mensonge, sans la moindre morale de l’intérêt public, ni du pays, ni de la nation, somme toute, pour assassiner à la fois leur gauche, le peuple et le pays. Vaste chantier…

Athènes, juillet 2018
Propagande. Paris, juillet 2018 (photo de mon ami Arnauld)
Faire les poubelles. Athènes, juillet 2018

Approchés et finalement intégrés par le systémisme, entre autres celui du financier Soros, ils appliquent en bonnes marionnettes toutes les instructions de son programme ubuesque qui vise à démanteler les pays (déjà) de l’Europe, leur culture ainsi que leur identité, par exemple en exacerbant (voire en fabriquant) les différences et les différents ethniques, à la manière par exemple de l’ex-Yougoslavie ou de la Syrie. Et maintenant, c’est le tour de l’Espagne avec la mise en place du cabinet Sanchez fils spirituel de Soros, et de la Grèce avec Tsípras, fils… adoptif de Soros.

Les moyens mis en œuvre dans ce but sont variés, l’austérité, la surimposition, la prédation immobilière, la destruction du travail et de son cadre juridique après près de deux siècles de luttes sociales, la récupération enfin des migrants de partout y compris d’Allemagne, ceci via des ONG aux affaires bien juteuses sans la moindre légalité sur le terrain du (non) contrôle des frontières, et d’ailleurs, sans jamais poser la question du choix démocratique aux peuples concernés, quant à l’accueil ou non, d’un nombre de migrants alors croissant.

Ainsi, comme pour d’autres réalités implacables et similaires, l’argumentaire (face au journaliste de 90,1 FM) du ministrion Katroúgalos, est issu de cette même affirmation élitiste et la croyance dans la puissance et les privilèges de cette élite, affirmation volontairement et autant renforcée par la déshumanisation et la dégradation de… l’ennemi, c’est-à-dire du peuple. Pauvres pays de l’extrême, ancien et nouveau monde, et pour notre cas grec, pauvre pays d’Épicure, de surcroît très touristique !

Pays… d’Épicure. Grèce, 2018
Hôtel à vendre. Île d’Égine, juillet 2018
Hôtel à vendre. Île d’Égine, juillet 2018

Cependant, tout le monde en Grèce, s’accorde pour observer que sur l’affaire macédonienne, les… apatrides de SYRIZA ont largement sous-estimé la portée de leurs actes, autant que le caractère tectonique de la réaction populaire alors suscitée. Leurs maîtres, ainsi que le gotha des spécialistes en matière de mécanique sociale leur auraient très probablement suggéré que le crime passerait presqu’inaperçu dans la mesure où les Grecs dans leur grande majorité sont quotidiennement occupés et pour tour dire accablés, par leurs propres affaires déjà de survie.

Seulement, la presse fait encore et en partie son travail, ainsi, les Grecs sont par exemple désormais informés que l’accord de Tsípras – Zaev n’est déjà pas conforme à la Convention de Vienne quant aux conditions préalables et nécessaires pour la rédaction et la réalisation d’un traité international entre deux pays. Ceci, parce que par exemple, aucune possibilité de désengagement n’est prévue en cas de la non-validation de l’accord par les deux parlements.

Ensuite l’équilibre et la symétrie quand au processus de validation de l’accord dans les deux pays ne sont pas non plus respectés. D’une part, il y a la réalité du référendum sur l’accord que le gouvernement de Skopje a très justement annoncé pour l’automne prochain, et en même temps du côté grec, il y a le refus de référendum en Grèce de la part des criminels Syrizistes.

Après, l’accord, contrairement aux usages internationaux, ne précise pas les termes utilisés, notamment, lorsqu’il est question “d’irrédentisme à proscrire dans les propos publics et privées”, ce dernier terme (son contenu) n’est aucunement expliqué, sachant que l’irrédentisme officiel (annexion de l’ensemble des territoires de la Macédoine géographique) est formellement exprimé dans la Constitution de l’ARYM, ainsi qu’à travers les manuels scolaires de ce pays. Notons enfin, que le Comité pour la défense de la Macédoine grecque est très officiellement appelé aussi, Comité pour défendre le non-changement des frontières dans les Balkans, c’est donc clair, pas de revendication territoriale du côté grec.

De même, cet accord ne prévoit pas le recours automatique à la Cour internationale de Justice (CIJ), siégeant à La Haye, au cas où, un futur différent pourrait surgir. Ce qui veut dire qu’entre autres, comme le droit à la libre expression des opinions est protégé par la Constitution grecque, le fait de proscrire ce qui pourrait être caractérisé comme relevant de l’irrédentisme constitue une manière indirecte de céder des éléments de la souveraineté du pays.

Local associatif des anciens marins. Égine, juin 2018
Bateau Liberty. Anciens marins. Égine, juin 2018
Immeuble à vendre. Égine, juin 2018

Pour Alexis Tsípras, certaines décisions et réformes ne sont pas populaires en Grèce, sauf qu’il estime que sont gouvernement doit… foncer dans le progressisme, tel est également le sens de son propos au moment où il été interviewé par les journalistes du Point. Et à travers le même nouvel ordre d’idées, Dimítris Vitsas, Ministre de la (non) politique migratoire, vient de déclarer que 151 députés (sur un total de 300) suffisent pour valider l’accord macédonien, (quotidien “Kathimeriní” du 5 juillet 2018).

Visiblement, comme le fait également remarquer à juste titre le journaliste Lámbros Kalarrytis (et ses invités) sur la radio 90,1 FM, “Tsípras donne tout de cette la Grèce, celle qui n’a jamais été la sienne. Les droits des Grecs, la souveraineté, les frontières, la patrie. Et pour ce qui est du programme électorale présenté à Thessalonique par Tsípras en septembre 2014, aucune mention n’a été faite à la politique migratoire, et encore moins au dossier macédonien.”.

“Ainsi, Tsípras présente la petite faveur, au demeurant minable, accordée par Angela Merkel, lui permettant de retarder de quelques mois seulement l’augmentation du taux de la TVA appliqué aux îles de mer Égée orientale, comme légitimant l’accord de son ‘gouvernement’ avec Berlin au sujet de l’accueil forcé et pour tout non désiré par l’immense majorité des Grecs, des migrants que l’Allemagne refoulera”, (émission du 2 juillet 2018). Autrement-dit, la dette très contestée a imposé à la Grèce la politique impériale de Berlin et des rapaces internationaux, dont la politique austéritaire et l’augmentation de l’imposition. La politique économique de la Grèce se décide entre Berlin et Bruxelles, Tsípras a offert en gage et pour 99 ans l’ensemble des biens publics et des richesses existantes et futures du pays (voir hydrocarbures et gaz naturel) aux Troïkans, et voilà que pour n’appliquer que l’unique et alors inique politique migratoire de Berlin au détriment des autres pays de l’Européisme réellement existant, Merkel accorde un… petit miroir à l’indigène Tsípras, comme demain elle l’offrira à l’aborigène Mitsotakis.

Église. Égine, juin 2018
Église. Égine, juin 2018

“Ceux du gouvernement évoquent la présence en Grèce de 58.000 migrants, un chiffre entièrement faux évidemment. Sauf qu’en Grèce (où d’ailleurs, migrants et refugiés ont été dans un premier temps accueillis avec tant d’humanité entre 2014 et 2015), nous avons dépassé le seuil de faisabilité acceptable, tant du point de vue démographique, économique et culturel quant à l’accueil et l’installation des populations de ce type sur notre sol. L’Allemagne, une fois de plus, elle exporte ses problèmes contre la volonté, contre les intérêts et contre l’identité culturelle en partie commune des peuples européens.”

“La présence massive de populations en majorité musulmanes en somme inassimilables, et l’abolition des frontières signifient de fait l’abolition des pays concernés et en même temps de leur souveraineté nationale, entre autres, sous la pression des ONG illégales, pratiquant de fait le trafic d’êtres humains et le commerce humanitaire. Et c’est en même temps la fin de l’UE, car de nombreux pays réagissent à très juste titre à cette situation, pour enfin défendre leurs intérêts nationaux”.

“Et ceci lorsque des centaines de milliers de musulmans s’installent et s’installeront en Grèce, pays de dix millions d’habitants, où 700.000 jeunes Grecs ont quitté le pays, obligés à le faire par la crise et pour tout dire ouvertement incités par les mondialisateurs. Il y a pourtant plus de 1,5 millions de chômeurs au pays lorsque l’ensemble du système politique reste indifférent à leur sort, et nous vivons alors au quotidien cette mélancolie permanente des parents, car pratiquement toutes les familles grecques sont concernées par cette forme de deuil”.

Au pays des figues. Grèce, juillet 2018
Au pays des chats. Athènes, juillet 2018

“Et l’on observe qu’au moment où il n’y a plus d’investissements productifs en Grèce et pour cause, les capitaux sont toujours trouvés pour gonfler les effectifs des ONG à la Soros. J’ai récemment appris qu’une seule ONG emploie en Grèce plusieurs centaines de personnes, et que les Syrizistes, placent alors leurs enfants sans travail au sein des ONG de ce type. Le but même, à peine caché de SYRIZA, c’est d’accorder à terme la nationalité grecque aux milliers de migrants pour enfin se maintenir électoralement, lorsqu’il a trahi le peuple grec et ainsi, il est définitivement détesté par l’immense majorité des citoyens”, Lámbros Kalarrytis (et ses invités) sur la radio 90,1 FM, le 2 juillet 2018.

Au pays des figues et des chats rien ne va plus, sauf que la boucle de l’exégèse est on dirait désormais bouclée. Bouclée comme une cravate à Tsípras, bouclée comme une corde autour du cou du pays. Le système politique, largement hétéronome et mafieux, alors fait semblant de s’emballer. Panos Kamménos, ministrion de la Défense, allié de Tsípras et chef du parti des Grecs Indépendants en décomposition a déclaré lundi matin dans une conférence de presse qu’il ferait tomber le gouvernement si l’accord macédonien n’est pas validé par 180 députés ou sinon par référendum. Le même soir, il déclarait à la télévision qu’il ne quittera pas le gouvernement et qu’il soutiendra Tsípras jusqu’au bout, (presse grecque du 4 juillet 2018). Le pouvoir rend aveugle… et alors crétin.

Au même moment, le parti finissant de “la Rivière” et de Stávros Theodorakis, pur produit des… créationnistes de Bruxelles et de Berlin, étiqueté compatible Soros, se sépare de sa coalition avec les anciens népotistes historiques des débris du PASOK. C’est, officiellement, pour “servir le pays et épauler un futur gouvernement dans le but de faire adopter l’accord macédonien”. Stávros Theodorakis a même commenté sa rencontre cette semaine avec le… Proconsul Pierre Moscovici, évoquant précisément “l’éventualité de voir en Grèce la formation d’un futur gouvernement plus dynamique” .

Voiliers loués. Cap Sounion, juin 2018
Caïque… musée. Égine, juin 2018

Les marionnettes s’agitent et les maîtres fous du jeu préparent alors le nouveau spectacle sur le théâtre des opérations. Encore, et comme par hasard, le chef de la Nouvelle démocratie, le germano-compatible Kyriákos Mitsotakis, le… favori des sondages évidemment, a déjà usé de sa motion de censure à l’encontre du gouvernement et qui n’est pas passée comme prévu, sachant qu’il ne pourra pas y revenir avant six mois.

Parallèlement, et comme les néonazis de l’Aube dorée ne remplissent plus tellement leur rôle, à la fois d’épouvantail et d’entrave à toute résistance patriotique organisée du pays réel, le système s’apprêterait à créer de nouveau, un faux parti de la dignité et de la résistance, cette fois situé à droite, après… avoir adopté comme on sait l’animal de compagnie politique SYRIZA. Le but c’est de canaliser le choix politique des Grecs, surtout dans l’éventualité d’une insuffisance alors largement avérée des pseudo-partis politiques actuels.

Bateau et touristes. Égine, juin 2018

Récapitulons, en tout cas pour le moment. La dette, la dite austérité, la Troïka, l’affaiblissement du pays, la destruction des droits des travailleurs et de l’économie réelle, la perte de sa souveraineté ainsi que le danger démographique et identitaire que constitue la question migratoire, forment alors un ensemble explosif.

Alexis Tsípras poussera alors jusqu’au bout cette politique totalitaire façonnée dans les ateliers du mondialisme et de l’Européisme, où d’ailleurs, lui et ses autres amis de la dernière mafia politique picorent depuis déjà un moment. En parfaite d’ailleurs concordance avec l’entreprise Soros, “ce vilain garçon qui a appauvri les gens dans le monde entier avec ses machinations financières et qui a travaillé dur pour perturber et détruire les cultures et les sociétés locales en utilisant les initiatives de l’Open Society, sa firme activiste aux multiples tentacules”.

Ainsi, comme l’a fait remarquer le journaliste Andréas Mazarakis dans son émission radio, aussitôt Tsípras a-t-il accordé le nom de “Macédoine du nord” aux voisins Slavomacédoniens de l’ARYM, comme par hasard, les Antifa d’Athènes (liés comme on sait à Soros), appellent via leurs affiches, au changement du nom de la région grecque de la Macédoine, en “Macédoine du sud”, en promotion ouverte de l’irrédentisme de Skopje (autant financé par Soros), visant entre autres au dépeçage de la Grèce, (émission du 4 juillet 2018, radio 90,1 FM). Contrairement à ce que Tsípras raconte depuis deux semaines, son accord macédonien n’apaise pas les passions balkaniques, bien au contraire, il met en danger la bien précaire déjà situation géopolitique dans la région.

Alexis Tsípras entame une politique de reculades au caractère dangereusement stratégique dans l’ensemble des dossiers de la politique étrangère grecque, contre de gains pitoyables et d’ailleurs éphémères en matière de politique politicienne interne. Rien que pour cette attitude et pour le référendum trahi par son Putsch parlementaire en 2015, Alexis Tsípras devrait un jour être jugé pour haute trahison.

Il impose en même temps toute une série de mesures facilitant l’installation de migrants que le pays ne désire pas, comme il ne peut pas les intégrer, qui plus est, en transformant à terme de nombreux territoires grecs en terres musulmanes, ce qui permettra si le processus n’est pas stoppé, à réaliser le rêve géopolitique de reconquête de la Grèce chrétienne (par exemple celle des îles grecques de la mer Égée), par une Turquie islamisée et néo-Ottomane.

Déjà, sans trop l’annoncer dans les médias, SYRIZA, ce “gouvernement” de l’euthanasie nationale et historique ainsi que les ONG, lesquelles le plus souvent le remplacent sans la moindre légitimité démocratique, installent ici ou là à travers toute la Grèce continentale de structures accueillant les migrants, avec il faut le noter, l’aimable participation des élus locaux, ces derniers ayant toujours couru derrière les affaires juteuses, et de l’argent dans cette affaire il y en a.

Retraités manifestants. Athènes, juin 2018

Et lorsque le Grecs accablés posent alors la question tout à fait rationnelle, pourquoi ce pays qui fait partir ses enfants et qui sombre devait être forcé d’accueillir les migrants depuis la Turquie comme depuis d’Allemagne, qui plus est, sous de conditions lamentables, avec à la clef le remplacement partiel mais suffisant de sa population, la réponse de l’internationale mondialiste (Européistes, Syrizistes, Antifa et consorts), remâche alors le vieux cannabis avarié du  droit-de-l’hommisme, de l’humanitarisme et du multiculturalisme à toutes les sauces.

Le tout, contre l’avis et la volonté des citoyens, qui sont les seuls pouvant légalement et légitimement décider du degré et du moment d’ouverture et de fermeture de leur pays. Enfin en Grèce, après huit années de “gestion” comme de mutation, et de mutilation troïkannes, ceci, entre humiliations et atteintes à la dignité du peuple grec et d’abord à la Constitution du pays, l’immigration de masse imposée par les mêmes centres de pouvoir impériaux et autant par la Turquie, ne peut que provoquer une blessure de plus et de trop au sentiment populaire de souveraineté nationale.

Rappelons également, ce que Cornelius Castoriádis faisant remarquer (en 1984) au sujet des empires coloniaux, à travers le cas de la Nouvelle Calédonie: les “populations immigrées minoritaires qui comme toujours dans ces cas-là sont plutôt du côté de la puissance dominante (un peu comme les Indiens en Afrique du Sud) ; ces derniers en particulier n’ont aucune envie de voir les Canaques établir un État indépendant”, Cornelius Castoriádis, “Thucydide, la force et le droit”.

Actuellement, les mondialisateurs impériaux (la puissance dominante) qui détruisent États et nations en Europe et ailleurs, organisent cette massification de la présence de migrants sur le sol de l’Europe, sachant que les migrants (très sélectivement Musulmans) sont et seront de leur côté. D’ailleurs ces migrants, déjà déracinés (généralement par ces mêmes mondialisateurs) partagent avec les européistes (dont la classe politique à la SYRIZA qui nous serinent les insanités postmodernes) et avec les administrateurs coloniaux, ce même usage des termes… comme des terres. Pour les uns, comme autant pour les autres, les pays de l’Europe ne doivent être que de simples terrains d’exploitation et de conquête, d’en bas comme d’en haut, sans évidemment partager (lorsqu’ils ne lui sont pas hostiles) ni l’histoire, ni la culture et encore moins les usages des peuples d’Europe, pour l’instant encore majoritaires chez eux.

La maison de Níkos Kazantzákis. Égine, juin 2018

Sous un autre angle, c’est très exactement le propos des dirigeants politiques de la Turquie, affirmé ouvertement depuis d’ailleurs bien longtemps. “Le problème gréco-turc sera résolu par la démographie” avait ainsi argumenté Turgut Özal en son temps, préfigurant le courant néo-ottomaniste d’Ahmet Davutoglu, repris par Recep Tayyip Erdogan. Ce n’est pas par hasard non plus que c’est face aux îles grecques dont la population est à 100% chrétienne et que la Turquie revendique ouvertement, que les dirigeants de la Turquie et leurs passeurs, ONG comprises, font… patienter tant de milliers de jeunes musulmans, au demeurant déracinées et malheureux.

Et lorsque Tsípras et plus amplement les Syrizistes… apatrides, estiment qu’en accordant massivement la nationalité grecque aux migrants, ils remplaceront ainsi… les électeurs qui leur manquent et qui leur manqueront de plus en plus, eh bien, ils se trompent. Un des axes centraux de la politique de la Turquie actuelle, explicitement décrite dans l’ouvrage phare d’Ahmet Davutoglu , “Profondeur stratégique” .

C’est le renforcement du rôle politique des populations musulmanes dans tous les Balkans sous le contrôle de la Turquie, entre autres, par la création de partis politiques musulmans et/ou turco-musulmans, et ce c’est qui se passerait alors en Grèce comme déjà en Bulgarie. Je dois également remarquer ce que peu de médias évoquent, et pour cause. Le “gouvernement” SYRIZA/ANEL ne tient que par une majorité de 152 députés sur 300 au total dans l’hémicycle (145 SYRIZA et 7 ANEL), mais deux députés SYRIZA sont issus de la minorité musulmane de Thrace, ces derniers seraient suffisamment “confirmés et encadrés” par Ankara. C’est aussi une… grille de lecture possible et parallèle des événements en cours !

Notons aussi qu’à chaque fois que le président Erdogan entre en pourparlers avec les Européens, les flux de migrants qui entrent en Europe depuis la Turquie s’arrêtent pour quelques heures, histoire de monter qui est réellement le maître du jeu géopolitique dans l’affaire.

Au pays d’Alexis Zorbás et de son auteur Níkos Kazantzákis, la saison se dit touristique et fière de l’être… lorsque Airbnb finit par détruire ce qui subsistait de l’équilibré des réalités urbaines à Athènes, faisant suite à huit années de la dite crise grecque.

En ce mois de juillet aux températures déjà entières, la boucle est bouclée et nous le savons. Entre le dossier macédonien, les mensonges de Tsípras – Moscovici sur la situation de la Grèce, et enfin le dossier migratoire qui est surtout géopolitique et ensuite seulement humanitaire, en dépit de la propagande ambiante, la… vraie crise grecque ne fait que commencer. Le pays, son peuple, son territoire sont en danger de mort.

Décidément, sur terre c’est carrément le cloaque. Maigre consolation pourtant, sous l’Acropole, nos animaux adespotes attitrés sont toujours bien en leur place.

Animal adespote. Athènes, juillet 2018

* Photo de couverture: Au large… Grèce, juin 2018

mais aussi pour un voyage éthique, pour voir la Grèce autrement “De l’image à l’imaginaire: La Grèce, au-delà… des idées reçues !”   http://greece-terra-incognita.com/

Des « centres contrôlés » pour migrants …retenus ? enfermés? détenus ?

Des «centres contrôlés» pour migrants : le grand flou des annonces européennes Par Mathilde Mathieu Mediapart

Des « centres contrôlés » devraient bientôt être créés en Europe pour recevoir les migrants secourus en Méditerranée. C’est la mesure la plus concrète annoncée vendredi 29 juin par les dirigeants européens. Mais de quoi s’agit-il ? Comment les exilés seront-ils traités ? Les ONG s’inquiètent.

Au nombre de virgules et d’incises, on devine que cette phrase a été triturée, négociée toute la nuit. À l’arrivée, elle prévoit la création de « centres contrôlés » sur le sol de l’Union européenne où fixer les migrants secourus en Méditerranée, dès leur débarquement, histoire de traiter leurs demandes d’asile et de renvoyer les déboutés plus rapidement, avant qu’ils ne s’éparpillent dans les différents États membres. Mise sur la table par Emmanuel Macron et le premier ministre espagnol après l’errance forcée de l’Aquarius, cette conclusion du conseil européen des 28 et 29 juin est brandie comme une victoire par Paris.

Pourtant, « la France (…) n’ouvrira pas de centres de ce type », a indiqué Emmanuel Macron dès vendredi. Mais qui alors ? À quoi ressembleront ces lieux de confinement ? Comment les exilés seront-ils traités ? Y a-t-il une chance que ces « centres contrôlés » constituent un progrès quelconque par rapport aux hotspots que l’UE a bricolés en Grèce et en Italie dès 2015, au bilan désastreux ? Explications de texte.

Trier les exilés

L’affaire de l’Aquarius avait déclenché un triste concours Lépine entre pays de l’UE pour savoir que faire des migrants repêchés dans les eaux sous responsabilité européenne (les zones de secours maritime de l’Italie, de Malte, etc.), où l’intervention des garde-côtes libyens n’est plus une option légale. Des pays comme la Hongrie proposaient d’externaliser l’accueil et même l’enfermement de ces survivants en dehors de l’UE, dans des camps en Albanie, au Kosovo, voire de les refouler sur les rives sud de la Méditerranée – quitte à balancer le droit international par-dessus bord. Paris se félicite d’avoir fait un sort à ces tristes idées, avec ses « centres contrôlés » à l’intérieur de l’Union.

« Le contexte de ce sommet, c’était un risque d’externalisation massive et sauvage », insiste le patron de l’Ofpra (l’office français chargé d’accorder ou non le statut de réfugié), Pascal Brice. Le pire est évité. La Commission européenne a désormais pour mission de dessiner, dans les prochains mois, les contours matériels et juridiques de ces centres, extrêmement flous à ce stade.

Du côté de l’Élysée, on ne cache pas sa source d’inspiration : les hotspots que l’UE a déjà créés à la fin 2015, en pleine crise des réfugiés, et qui fonctionnent toujours sur les îles grecques en face de la Turquie (cinq gros) et en Italie (cinq plus petits, plus ou moins actifs). Les nouveaux « centres contrôlés » devront remplir des missions similaires : l’accueil des rescapés, l’instruction des dossiers pour distinguer entre migrants éligibles au statut de réfugié (du fait de persécutions dans leur pays) et migrants dits « économiques ».

La carte des « hotspots » ouverts dans l'Union européenne. © Service documentation Parlement européen La carte des « hotspots » ouverts dans l’Union européenne. © Service documentation Parlement européen

Comme dans les hotspots, les premiers auront vocation, une fois repérés, à bénéficier d’une « relocalisation » (c’est le jargon) aux quatre coins de l’UE. Mais cette fois, seuls les États volontaires sont censés participer à la répartition : aucune obligation ne figure dans le texte, ni dispositif incitatif d’ailleurs. Le texte se contente de dire : « Le principe de solidarité s’appliquerait. » Un principe sans contrainte, ni gendarme, ni sanction, porte un autre nom : un vœu pieux.

Le système de « relocalisations » depuis la Grèce et l’Italie mis en place entre 2015 et 2017, censé contribuer à vider les hotspots au fur et à mesure, a lamentablement échoué alors même qu’il était contraignant à l’époque, avec un système de quotas de réfugiés par pays. À l’arrivée, à peine 35 % des engagements ont été respectés, certains États comme la Hongrie et la Pologne affichant un taux de 0 % (la France à peine 25 %).

C’est de toute façon le sort des migrants dits « économiques » (bien plus nombreux parmi les rescapés de la Méditerranée en 2018) qui occupe la majorité des dirigeants européens aujourd’hui : ceux-là « feront l’objet d’un retour » le plus souvent possible, indiquent les conclusions du sommet (sachant qu’un rapatriement suppose toujours un laissez-passer du pays d’origine). Pour opérer ces expulsions (« idéalement » depuis les centres, si l’on comprend bien), le soutien de l’UE au pays qui les héberge sera « total ». Qui va donc se lancer et ouvrir les premiers « centres contrôlés » ?

Le pari du volontariat

Là encore, l’UE mise tout sur des candidatures libres. En réalité, la liste potentielle tient dans un mouchoir de poche : la Grèce, l’Espagne, l’Italie voire Malte. Car la création de ces « centres contrôlés » a été négociée dans l’esprit du fameux « règlement de Dublin », qui régit depuis des années le système d’asile européen et veut que la responsabilité du traitement des demandes incombe au premier pays où les migrants posent le pied, plus précisément où leurs empreintes sont enregistrées.

Les pays de « seconde ligne » comme la Hongrie ou la Pologne, bien loin des zones de débarquement, se réfugient donc derrière ce principe pour rejeter toute création de centres sur leur sol – bien que ce principe autorise moult dérogations. Idem pour la France. Seuls les pays dits de « première entrée » sont donc susceptibles d’aller au charbon.

En marge du conseil européen, la Grèce et l’Espagne auraient déjà fait savoir qu’elles pourraient toper. Pas Malte. Quant à l’Italie, dont le chef du gouvernement a négocié le dispositif avec Emmanuel Macron dans les coulisses du sommet, elle affiche désormais ses réticences et fait monter les enchères : « Des pays ont dit leur disponibilité, pas l’Italie », a déclaré Giuseppe Conte après coup.

L'arrivée à Malte, mercredi 27 juin 2018, des migrants sauvés par le navire humanitaire « Lifeline ». © Reuters L’arrivée à Malte, mercredi 27 juin 2018, des migrants sauvés par le navire humanitaire « Lifeline ». © Reuters

L’entrain transalpin dépendra évidemment des moyens (logistiques, financiers, etc.) que les institutions européennes vont mettre à disposition des pays volontaires et du degré de solidarité dont ses voisins daigneront faire preuve pour se répartir les réfugiés. La France en prendra, a promis Emmanuel Macron. Le président français estime avoir donné des gages ces derniers jours et même initié le mouvement dans l’affaire de l’Aquarius, puis dans l’épisode du Lifeline (ce navire qui a débarqué 233 migrants à Malte le 26 juin après un refus de l’Italie et une semaine d’attente en mer).

De fait, de façon exceptionnelle, des officiers de l’Ofpra ont déjà entendu de nombreux rescapés de l’Aquarius éligibles à l’asile, et d’autres sont à Malte depuis mercredi. Si la France était toute seule en Espagne (pour le navire de SOS Méditerranée), sept autres États membres de l’UE ont promis d’accueillir des passagers du Lifeline. « Nous avons su trouver des mécanismes de solidarité » sur cette « opération ad hoc », s’est félicité vendredi Emmanuel Macron, qui veut croire que les futurs « centres contrôlés » pourraient bénéficier du même élan, hors période de crise politique et d’emballement médiatique, sans contrainte, en toute spontanéité.

Interrogé par Mediapart depuis Malte, le patron de l’Ofpra français estime d’ailleurs qu’il faudrait offrir une protection non plus seulement aux réfugiés remplissant les critères habituels (risques de persécution dans leurs pays d’origine) mais également, de façon inédite, à des personnes « en situation de détresse humanitaire liée aux violences subies sur leur parcours migratoire », « en particulier en Libye », victimes de « traite humaine » par exemple. Rien de tel ne figure dans les conclusions du sommet ni dans le projet de loi « asile et immigration » de Gérard Collomb, en débat au Parlement français.

Une privation de liberté

À quel point les hotspots seconde génération seront-ils cadenassés, clôturés, barbelés ? Dans leurs conclusions du 29 juin, les dirigeants européens ne parlent officiellement ni de « retenue » ni de « rétention », encore moins de « détention ». Envisagée au départ, l’expression « centres fermés » a même été écartée, obligeant Nathalie Loiseau, la ministre française des affaires européennes, à une sacrée gymnastique sémantique : « Il ne s’agira pas de centres fermés mais de centres d’où les migrants ne pourront pas sortir », a-t-elle déclaré vendredi devant la presse.

De fait, on voit mal comment l’UE pourrait poursuivre ses objectifs, surtout de rapatriements, sans une phase de confinement voire d’enfermement. Encore faut-il savoir dans quelles conditions, s’il faut compter en jours ou en semaines. Voire en mois.

Dans les hotspots des îles italiennes, aujourd’hui, la rétention dépasse rarement deux jours et les étrangers ont parfois le droit de sortir en journée. Au fond, cette étape sert surtout à l’enregistrement des empreintes (pouvant donner lieu à des violences policières), puis les migrants sont envoyés sur la péninsule dans l’attente d’une réponse à leur demande d’asile, laissés libres de circuler, de tenter aussi le passage en France ou vers l’Allemagne – ce qui dérange peu l’Italie, c’est un euphémisme.

Vendredi, Giuseppe Conte a d’ailleurs refusé tout net d’inscrire l’expression « centres fermés » dans les conclusions du sommet. « Un changement symbolique », veut relativiser une source française.

Des charters à l’échelle du continent

Dans le camp de Souda sur l’île de Chios, fin mai 2016. © Eve Shahshahani

 

Les hotspots des îles grecques, eux, d’abord assez « lâches », se sont vite transformés en prisons à ciel ouvert, à partir du moment où les migrants se sont vu interdire de rejoindre le continent après leur enregistrement – depuis, surtout, l’accord à 3 milliards d’euros entre l’UE et la Turquie, qui autorise la Grèce à renvoyer dès qu’elle peut vers Istanbul les demandeurs d’asile pour lesquels la Turquie représente un pays « sûr ».

Fin avril, le Conseil d’État grec a bien tenté de mettre un coup d’arrêt aux restrictions de circulation dans ces hotspots, mais une loi est déjà annoncée pour le contrer.

Sur place, l’attente peut durer des mois, avec une promiscuité qui favorise les violences, des mineurs « non accompagnés » traités en adultes, des conditions d’accueil et d’hygiène dégradées, régulièrement dénoncées par des ONG (Amnesty international, Gisti, etc.). La surpopulation de ces camps est criante : 15 200 migrants recensés en mai dernier pour 6 500 places, soit un taux d’occupation de 233 %.

Vendredi, côté français, on imaginait les futurs « centres contrôlés » en ces termes : « Vous pouvez avoir une forme de rétention pendant quelques jours ou quelques semaines. C’est ce cadre juridique qu’il faudra définir avec le Parlement européen et la Commission. L’idée n’est pas de priver indûment de liberté. Mais [par le passé], on l’a bien vu : quand vous avez des centres [non fermés comme en Espagne], en fait les gens partent, (…) on ne les retrouve pas, on ne les reconduit pas [dans leur pays d’origine]. »

Pour « mieux » reconduire, on insistait aussi sur la nécessité de renforcer Frontex, l’agence européenne de garde-frontières susceptible d’aider tel ou tel État membre à rapatrier, d’organiser des charters à l’échelle du continent. Il faut « européaniser » les retours, clame Paris.

Les pays qui refusent de prendre des réfugiés pourraient participer par ce biais à « l’effort partagé » inscrit dans les conclusions du sommet. Mais là aussi, la solidarité européenne fait défaut en général. Alors que Frontex emploie pour l’essentiel des agents dépêchés par les États membres, ces derniers couvraient, à l’été 2016, seulement 65 % des besoins de l’agence dans les hotspots grecs et italiens (d’après la Cour des comptes de l’UE).

Le patron de l’Ofpra, lui, préfère insister sur la nécessité d’« européaniser » l’instruction des dossiers dans les futurs « centres contrôlés ». « Il faut revenir à l’esprit initial des hotspots, affirme Pascal Brice. Et se donner les moyens pour une bonne qualité d’accueil, des équipes d’instruction en masse. J’appelle de mes vœux la création d’une véritable agence européenne de l’asile, indépendante, avec l’autorité [pour déterminer si oui ou non les personnes sont éligibles à l’asile]. Aujourd’hui, le “Bureau européen d’appui en matière d’asile”, qui apporte son aide dans les hotspots, n’a pas cette autorité. » C’est la Grèce ou l’Italie qui attribue le statut de réfugié. Devant les juridictions grecques ou italiennes que les migrants déboutés forment des recours. À ce stade, à Bruxelles, on en est très, très loin.

Les inquiétudes des ONG

Sollicitée par Mediapart, l’association Human Rights Watch (qui a réalisé des observations dans les hotspots) s’inquiète à l’arrivée du flou qui entoure ce nouveau projet. « On manque de garanties à ce stade sur le respect des droits de l’homme, réagit Philippe Dam depuis Bruxelles. S’agissant de demandeurs d’asile, nous rappelons que la détention ne peut être utilisée qu’en dernier recours, qu’elle ne peut être systématique, qu’elle ne doit pas viser les enfants ni les personnes vulnérables. Et si les gens sont privés de certaines libertés pendant des mois dans l’attente d’une réponse, comme ça a pu être le cas en Grèce, on finit par parler d’un système de facto de détention… »

« Si on devait priver de liberté de façon systématique pendant plusieurs mois, notamment des réfugiés potentiels, on passerait un cap contraire aux lignes directrices du Haut Commissariat aux réfugiés [de l’ONU] », prévient aussi Claire Rodier, juriste au Gisti, qui rappelle que le HCR a suspendu certaines de ses activités dans les hotspots grecs en 2016. De même, après l’accord de l’UE avec la Turquie autorisant le refoulement vers Istanbul, l’Ofpra français n’y a plus mis un pied.

Pour mémoire, en France, la rétention d’étrangers n’est possible à l’entrée sur le territoire que dans les « zones d’attente » (dans les aéroports, certaines gares, etc.), sur une période de quelques jours et sous le contrôle d’un juge. Les demandeurs d’asile enregistrés sont ensuite libres de circuler en attendant la réponse de l’Ofpra. En fait, la rétention est surtout utilisée à la « sortie », pour faciliter l’expulsion d’étrangers déjà déboutés et déclarés en situation irrégulière – le projet de loi de Gérard Collomb l’étend alors jusqu’à 90 jours.

Sous le contrôle d’un juge, le droit européen autorise même jusqu’à six mois. Mais pour des demandeurs d’asile qui descendent de l’Aquarius ? Des réfugiés qui fuient des persécutions ?

« Je rappelle qu’il faut prévoir l’accès à une assistance juridique (avocats, juristes des ONG, etc.) dans ces futurs centres, la possibilité de faire appel quand l’asile est refusé, insiste Philippe Dam, de Human Rights Watch. Et l’examen des dossiers doit être personnalisé : il n’est pas question de discriminer sur la base de la nationalité ! » Comme si les Tunisiens devaient être écartés d’emblée au motif que l’Ofpra leur refuse toute protection dans plus de 87 % des cas.

Pour Claire Rodier, ce projet de centres fermés s’avère « d’autant plus inquiétant que c’est le flou total » sur les conditions de sortie des centres. Pour « relocaliser » les réfugiés, « le volontariat est le maître mot alors que ça ne marche pas depuis trois ans, ajoute-t-elle. Les dirigeants européens se seraient mis d’accord pour un dispositif de coercition mais pas sur ce qu’on fait des gens une fois cette période de privation de liberté terminée ?! ». Les ONG surveilleront de très près les propositions concrètes de la Commission.

Communiqué SOS Méditerranée

SOS MEDITERRANEE exhorte les dirigeants de l’UE à garantir des ports de débarquement sûrs pour les personnes secourues en mer

Marseille, Berlin, Palerme, Genève, le 23 juin 2018

Le 17 juin à Valence, SOS MEDITERRANEE a lancé – au terme de l’odyssée forcée, dangereuse et dégradante de son navire de sauvetage, l’Aquarius – un appel urgent aux États membres de l’Union Européenne (UE) pour qu’ils définissent sans attendre un modèle européen de recherche et sauvetage en mer, fondé sur la priorité absolue et unique de sauver des vies.

Alors que l’Aquarius fait de nouveau route vers la zone de recherche et sauvetage en Méditerranée centrale, SOS MEDITERRANEE s’interroge : ce cri d’alarme, porté par d’innombrables voix et par une grande mobilisation de citoyens européens ne pouvant accepter de porter plus de morts sur leur conscience, a-t-il été entendu ?

SOS MEDITERRANEE rappelle que c’est l’échec de l’UE à réduire le nombre de morts en Méditerranée qui a forcé les organisations humanitaires à intervenir et à entreprendre leurs activités de recherche et de sauvetage dans le but d’éviter de nouvelles pertes de vies humaines.

Nous saluons l’intention annoncée du Conseil européen des 28 et 29 juin prochains de se pencher sur cette question. Nous saluons également le fait qu’une réunion préparatoire informelle, devant avoir lieu ce dimanche 24 juin à Bruxelles, ait été convoquée par le président de la Commission européenne.

Reconnaissant à la fois les immenses efforts déployés par l’Italie, seule, pour accueillir des rescapés dans ses ports pendant des années et les ressources exceptionnelles déployées par l’Espagne pour le récent débarquement de l’Aquarius à Valence, SOS MEDITERRANEE accueillerait favorablement tout plan qui prévoirait à l’échelle européenne la mobilisation de toutes les ressources disponibles pour assurer le débarquement sûr et rapide des personnes secourues en Méditerranée centrale.

Cependant, le modèle européen de recherche et sauvetage, tel que celui réclamé par SOS MEDITERRANEE, exige que les États membres de l’UE garantissent le respect de toutes les conventions internationales humanitaires et maritimes et la possibilité pour les capitaines de navire d’agir en pleine conformité avec les réglementations définies par l’Organisation Maritime Internationale.

Selon ces conventions, les personnes secourues en mer doivent être débarquées dans un port sûr, où leurs besoins fondamentaux, y compris leurs besoins médicaux spécifiques, puissent être assurés, et où elles puissent obtenir la protection à laquelle elles ont droit. Elles doivent notamment être protégées contre toute forme d’abus, d’exploitation et de trafic.

Lorsque l’Union Européenne évaluera l’introduction de nouveaux instruments au cours du Conseil européen la semaine prochaine, elle devra placer l’impératif de préservation et de protection de la vie des personnes en détresse avant toute autre considération politique.

Faut-il rappeler à l’Union Européenne qu’elle s’est engagée déjà depuis des mois sur une voie dangereuse avec son programme de financement et de formation des garde-côtes libyens qui interceptent en mer des personnes fuyant les mauvais traitements et de graves violations des droits de l’Homme ? Cela n’a eu pour conséquence que d’entraîner des sauvetages retardés, mal coordonnés, entravés ou chaotiques et d’accroître les risques d’une traversée déjà extrêmement périlleuse, ainsi que le nombre de morts, les personnes en détresse prenant plus de risques que jamais pour tenter de fuir. Cela a également eu pour conséquence le renvoi de milliers de personnes vers «l’enfer libyen» qu’elles tentaient désespérément de fuir. Non seulement cette approche va à l’encontre du droit international et des valeurs humanitaires sur lesquelles l’Union Européenne se fonde, mais elle a surtout échoué et doit cesser immédiatement.

Alors que l’Aquarius atteindra dans quelques heures la zone de recherche et de sauvetage dans les eaux internationales au large de la Libye, une solution concrète, garantissant la sécurité et la protection des hommes, des femmes et des enfants secourus en mer, doit être trouvée d’urgence.

En l’absence d’informations confirmées, de précisions géographiques, de calendrier ou d’examen indépendant sur la possibilité pour des « plateformes de l’UE »  d’offrir de telles garanties de sécurité et de protection, SOS MEDITERRANEE et les citoyens européens exhortent les États membres de l’Union Européenne à prendre immédiatement leurs responsabilités et à fournir une solution partagée, pragmatique et réaliste. Cette solution doit prendre en compte les ports maltais et siciliens, qui, à proximité directe de la zone de recherche et sauvetage, ont jusqu’à présent toujours été considérés comme sûrs.

Montage vidéo : Julien Lombard

http://www.sosmediterranee.fr/

SOS méditerranéenne L’aquarius se dirige vers l’Espagne

Depuis 21h cette nuit, l’Aquarius fait route vers le port de Valence, en Espagne, pour procéder au débarquement de 630 personnes secourues le week-end dernier en Méditerranée centrale. Retour sur cinq jours de crise pour SOS MEDITERRANEE.

Dans la nuit de samedi à dimanche, l’Aquarius a procédé à 6 opérations en mer dont un sauvetage critique sous l’instruction du Centre de coordination des secours maritimes italien (IMRCC). 630 personnes, dont 7 femmes enceintes et 123 mineurs non accompagnés, ont pu être mis en sécurité à bord. Parmi elles, 400 personnes avaient été transférées depuis des navires italiens.

Dimanche après-midi, quelques heures après que l’Aquarius eut reçu du IMRCC l’instruction de remonter vers un « port sûr » en Sicile, la presse faisait état d’une déclaration des autorités italiennes annonçant la fermeture des ports italiens et sollicitant les autorités maltaises pour prendre en charge le débarquement. Le soir même, l’Aquarius recevait du IMRCC l’instruction de s’arrêter dans les eaux internationales, à 35 milles nautiques de l’Italie et 27 milles nautiques de Malte.

Mardi 12 juin, après plus de 36h de stand-by et d’imbroglio diplomatique entre Malte et l’Italie, et alors que la situation des 630 rescapés menaçait de devenir critique, l’Aquarius a reçu l’instruction des autorités maritimes compétentes de mettre le cap vers le port de Valence, désigné comme « port sûr » suite à une proposition du gouvernement espagnol.

La distance entre l’Aquarius et Valence était alors de 760 miles marins, soit plus de 1 500 km. À une vitesse de croisière de 8 nœuds susceptible de varier en fonction des conditions météorologiques, il faudra au moins quatre jours de navigation avant que l’Aquarius ne rejoigne sa destination.

Afin d’assurer la sécurité des rescapés et des équipes à bord pour cette longue traversée, 524 des 630 rescapés ont été transbordés hier dans l’après-midi sur deux navires italiens qui se rendent avec l’Aquarius jusqu’à Valence. En outre, des vivres ont été donnés par un navire de la marine maltaise puis par les autorités italiennes.

SOS MEDITERRANEE a accueilli avec soulagement la proposition d’accueil de l’Espagne, qui permet de dénouer la crise en cours, mais s’alarme des entraves à ses opérations de sauvetage et appelle les dirigeants des Etats européens à trouver de toute urgence une solution politique adéquate.

Plus que jamais, nous avons besoin de votre soutien.

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