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Migrants refoulés en Libye, le naufrage européen

par KIRI SANTER
Cheikh, un pêcheur de Tripoli, assiste sur sa chaloupe aux refoulements d’exilé.e.s par les garde-côtes libyens. Au large des côtes d’un pays ravagé par la guerre, cette pratique découle de l’externalisation du contrôle migratoire par l’Europe, au mépris du droit d’asile.

Dans le quartier de Tripoli où il vit depuis plusieurs années, Cheikh, un pêcheur originaire d’Afrique de l’Ouest, est témoin de la crise géopolitique et humanitaire qui frappe la Méditerranée centrale depuis la chute du dictateur Mouammar Kadhafi en 2011. « Les garde-côtes libyens interceptent les migrants en mer et les mettent en prison sans leur faire de procès. Les migrants sont arrêtés non seulement en mer, mais aussi en ville », m’écrit-il. Dans nos échanges fréquents, il qualifie les exilé.e.s de « frères et sœurs », dont les épreuves l’accablent. « Sincèrement, je n’aime pas voir ces gens souffrir », soupire-t-il début janvier 2021, visiblement las.

Quand le climat permet de sortir sa chaloupe en mer, Cheikh voit passer des pneumatiques en mauvais état débordants de personnes précaires d’origines différentes, mais qui toutes fuient les conditions de vie difficiles en Libye et, pour certaines, la torture et les abus qui ont marqué leur séjour dans ce pays ravagé par une décennie de guerre.

LA SÉCURITÉ AVANT LE DROIT D’ASILE

Cheikh n’est pas le seul à s’alarmer. Le réseau Alarm Phone, qui anime une ligne téléphonique d’urgence pour les migrant·e·s se trouvant en situation de détresse en Méditerranée, estime qu’en 2020, 27 435 personnes ont tenté de quitter la Libye par la mer. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), environ 11 891 d’entre eux ont été renvoyés dans ce pays la même année.

Depuis le sommet de la Valette en 2015, l’Union européenne (UE) a mis en place un important dispositif de soutien aux garde-côtes libyens pour faire face à la « crise » migratoire en Méditerranée. Mais si l’UE loue leur capacité à sauver des vies, Cheikh et d’autres pêcheurs constatent eux leur incompétence et leur absence de réponse quand ils les alertent sur la présence d’une embarcation de migrant·e·s en difficulté. Ils font état de menaces, assurent que certains représentants des autorités sont impliqués dans la revente des moteurs des bateaux de fortune interceptés. Le chassé-croisé maritime auquel assiste Cheikh dépasse la seule urgence humanitaire : il découle de la stratégie européenne d’externalisation du contrôle migratoire faisant primer la sécurité sur le droit d’asile.

Durant le conflit déclenché dans le sillage de la chute de Mouammar Kadhafi, l’équipement de la garde-côtière a été partiellement détruit. Puis, ses chaînes de commandes se sont effritées face à la fragmentation du contrôle étatique entre différentes factions et milices. Sans oublier que l’instabilité politique a bouleversé les réseaux clientélistes qui avaient jusqu’alors maintenu un équilibre fragile au niveau du contrôle des vastes zones frontalières du pays (même si, historiquement, il a été montré qu’aucun gouvernement n’a jamais eu le contrôle absolu sur les frontières libyennes). Cette absence de contrôle et l’instabilité régionale ont entraîné une hausse des tentatives de traversées d’exilé·e·s à destination de l’Europe. Plusieurs naufrages dramatiques au large des côtes italiennes ont alors incité les autorités italiennes à mettre en place l’opération Mare Nostrum, dont le principal objectif était le sauvetage en mer.

Mare Nostrum ne durera qu’un an, d’octobre 2013 à 2014, et sera remplacée par l’opération Triton de l’agence Frontex dédiée au renforcement du contrôle de la frontière externe et à la lutte contre le trafic de personnes. Les navires d’ONG qui interviennent dès 2015 pour pallier le manque que l’arrêt de Mare Nostrum a laissé en matière de sauvetage, sont rapidement accusés de faire le jeu des passeurs. Aujourd’hui encore elles sont confrontées à un harcèlement administratif de la part des États européens, les forçant régulièrement à rester à quai pendant de longues périodes.

PERMIS DE REFOULER

En juillet 2018, une nouvelle zone de recherche et de sauvetage (SAR) est notifiée à l’Organisation maritime internationale (OMI) : les eaux internationales au nord de la Libye, allant jusqu’au sud de l’île de Malte, passent officiellement sous la coordination des autorités libyennes en matière de recherche et sauvetage. En soi, la notification de cette zone SAR ne paraît être que le simple geste administratif d’un État souverain, déclarant sa capacité et sa volonté de prendre sous sa responsabilité la coordination pour le sauvetage dans ce vaste espace maritime. Son émergence pourrait même être perçue comme une tentative de réduire la mortalité en mer dans cette zone frontalière qui demeure la plus meurtrière au monde.

Dans les faits, cette « simple » notification permet aux autorités européennes de déléguer la responsabilité pour le secours des exilé·e·s cherchant à fuir la Libye à la garde-côtière libyenne. Cette dernière les ramène systématiquement sur le territoire libyen, où ils et elles sont couramment torturé·e·s et détenu·e·s arbitrairement. Pour les autorités maltaises et italiennes, c’est l’émergence d’un nouveau partenaire de coopération. Mais pour les ONG, c’est une série d’obstacles supplémentaires à leurs activités en mer. Et pour Cheikh, c’est le constat d’un nombre croissant de refoulements par ce qu’il nomme « les milices ».

Comment un État exsangue, en proie à une forte déstabilisation politique depuis 2011 et en guerre civile depuis 2014, est-il parvenu à remplir les critères requis pour l’OMI pour déclarer sa zone SAR ? C’est là que l’enjeu sécuritaire dépasse l’aspect humanitaire. Dès 2014, la Libye apparaît comme un pilier de la politique d’externalisation du contrôle migratoire de l’UE, qui ne cesse de gagner du terrain depuis le début des années 2000. Cette politique consiste à sous-traiter la gestion des exilé·e·s à des pays tiers aux confins des frontières externes de l’Union. Le but principal est d’empêcher leur arrivée sur le territoire européen. Par effet ricochet, elle rend les voies de fuites toujours plus dangereuses et réduit l’accès aux procédures d’asile, tout en diluant la responsabilité juridique de l’UE.

L’UE a ainsi déboursé plus de 309 millions d’euros en Libye pour « améliorer » la gestion de la migration à travers le Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique (FFU), depuis sa mise en place en 2015. Dans le paquet, une batterie de mesures de soutien (formations, supports techniques, etc.) est prévue pour les garde-côtes libyens. L’Italie leur a aussi livré des motos-vedettes, célèbres bateaux de patrouille construits dans les chantiers navals de la péninsule, ou en reconditionnant les vaisseaux qui avaient été endommagés durant la guerre civile. Là aussi, c’est en partie un fonds destiné à des efforts de développement et de coopération et géré par le ministère italien des affaires étrangères, le Fondo Africa, qui est utilisé pour l’entreprise.

CONTRÔLE MIGRATOIRE « SANS CONTACT »

Les polémiques liées à la collaboration entre l’Italie et la Libye en matière d’interception de migrant·e·s en mer ne datent pas d’hier. Déjà, sous Silvio Berlusconi, l’Italie avait signé un accord en 2007 pour la patrouille partagée de la côte et des ports libyens. En 2012, la pratique de la remise de migrant·e·s intercepté·e·s par la garde côtière italienne aux autorités libyennes en haute mer avait été condamnée par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) pour violation de l’article 3 sur l’interdiction de la torture et de l’article 4, protocole 4 sur les expulsions collectives. On comprend mieux ici la stratégie du contrôle indirect des interceptions on mer financée par l’UE. La jurisprudence de la CEDH a interdit la pratique que l’Italie avait mise en place à la fin des années 2000, comprenant soit le transbordement direct des personnes interceptées d’un navire italien à des navires de patrouille libyens, soit le retour des personnes en Libye sur des navires italiens. Avec la stratégie du contrôle « sans contact » — fournir aux garde-côtes libyens les conditions nécessaires à leurs actions, mais sans jamais entrer en contact direct avec les personnes interceptées, les autorités européennes externalisent aussi leur responsabilité juridique pour les refoulements systématiques en mer.

L’un des aspects de la politique d’externalisation est de conditionner l’aide au développement, l’accès aux accords commerciaux ou encore la délivrance de visas pour l’UE à la coopération des États tiers sur le contrôle des flux migratoires sur leur territoire. Pour le cas de la Libye, cette collaboration pose des questions pressantes en termes de contrôle démocratique de l’utilisation des fonds de développement à des fins sécuritaires, voire militaires. En Italie, l’Association pour la défense des droits des étrangers (ASGI), avec le soutien d’European Council on Refugees and Exiles (ECRE), de la Cour internationale de justice (CIJ) et d’Amnesty International a porté plainte fin 2017 contre le gouvernement italien pour avoir utilisé 2,5 millions d’euros du Fondo Africa pour soutenir les autorités libyennes dans leurs activités de contrôle des frontières maritimes. Selon l’accusation, cette utilisation violait les objectifs déclarés du Fonds (entre autres, combattre les causes profondes de la migration et améliorer les conditions des personnes migrantes). La plainte a finalement été rejetée par le Conseil d’État italien en août 2020.

CONTESTATION ET INFORMATION

Au niveau européen, la contestation juridique semble encore plus compliquée : le Fonds fiduciaire est composé de contributions d’États, mais aussi du Fonds européen pour le développement (FED), de l’Instrument de financement de la coopération au développement (ICD), de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP), du Fonds asile migration intégration (FAMI) ainsi que de fonds provenant de la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (Echo). Pas facile donc de démêler les autorités responsables derrière les violations de la garde côtière libyenne.

Une étude commissionnée par le Parlement européen a critiqué la méthode de sélection des projets financés sous le FFU. Malgré le fonctionnement labyrinthique des politiques externes de l’UE en matière de migration, rendant difficile l’identification des responsables, la Cour des comptes européenne a, elle aussi, été saisie pour le détournement de ressources du FED utilisées pour renforcer les capacités des autorités libyennes. Ces dernières sont impliquées dans la violation de droits fondamentaux des exilé·e·s en Libye. La procédure est en cours. S’il n’y a pas lieu d’espérer qu’une décision de la Cour européenne des comptes puisse à elle seule mettre fin aux refoulements systématiques, en parallèle, les efforts de documentation se multiplient.

Outre le témoignage des ONG quand elles sont autorisées à repartir en mer et celui de l’Alarm Phone, il y a les missions citoyennes de reconnaissance aérienne comme Moonbird de l’ONG Sea Watch, un petit avion qui survole la mer pour repérer les interceptions et les cas de détresse. Et puis il y a les individus comme Cheikh, qui continue de témoigner des conséquences dramatiques de ces politiques décidées dans les corridors du pouvoir à Rome et les salles de conseil bruxelloises. Ce pêcheur, qui me confie avoir rêvé de devenir journaliste, tient sur un carnet le journal des abus quotidiens perpétrés contre les migrants en mer ou à Tripoli. Combinés, ces efforts d’information et ces contestations juridiques permettent de mettre en lumière à la fois les mécanismes de fonctionnement labyrinthiques et les effets mortifères de la politique européenne d’externalisation.

KIRI SANTER

Chercheuse en anthropologie politique à l’institut d’anthropologie sociale de l’université de Berne (Suisse) .

Délit de solidarité : 35 heures de garde à vue

A Montgenèvre, deux maraudeurs ont été placés en garde à vue pour avoir porté assistance à des personnes exilées en danger dans la montagne. Les associations se mobilisent contre cette criminalisation de la solidarité.

Dimanche 21 mars à Gap, manifestation

Assistance en montagne

Dans la nuit de samedi 20 mars à dimanche, lors d’une maraude portant assistance à des personnes exilées en danger dans la montagne, deux personnes ont été arrêtées par la Police aux Frontières et placées en garde à vue.

Ces solidaires, l’un de Tous Migrants, l’autre de la Confédération Paysanne ont été, selon le parquet de Gap,  « interpellées en flagrant délit (…) pour des faits d’aide à l’entrée d’étrangers en situation irrégulière ».

Leur garde à vue a duré trente cinq heures, ils n’ont été libérés que lundi.

Non au délit de solidarité

Dès dimanche, plusieurs rassemblement ont eu lieu à Montgenèvre et à Gap, pour dénoncer ces atteintes à la solidarité.(voir photo à Gap)

La Cimade, ainsi que Tous Migrants, la Confédération Paysanne et Solidaires 05 ont tenus à manifester leur indignation et leur soutien aux solidaires inquiétés. Porter secours est un devoir et un droit

Extrait du communiqué de presse de la Confédération Paysanne :

« Nous exigeons la libération rapide de nos camarades, l’évolution de la gestion aux frontières et la remise en cause des politiques publiques néolibérales qui conduisent à ces situations inacceptables. »

Soutenons les solidaires

  • Le 22 avril au tribunal de Gap, jugement de deux solidaires en première instance pour « aide à l’entrée et à la circulation sur le territoire national de personnes en situation irrégulière ». Ils ont été interpellé le 19 novembre alors qu’ils étaient en train de porter secours à une famille Afghane sur le territoire français.
  • Le 27 mai, jugement en appel des « 7 de Briançon » suite à la condamnation prononcée le 13 décembre 2018. Ils ont été condamnés en première instance à des peines allant jusqu’à quatre mois de prison ferme et huit mois avec sursis pour avoir participé le 22 avril 2018 à une manifestation antifasciste. Cette manifestation spontanée visait à dénoncer l’action du groupe fascisant Génération Identitaire présent la veille au col de l’Échelle ( Hautes Alpes) et la militarisation de la frontière qui met des vies en danger.

Rendez-vous nombreu.ses :

  LE 22 AVRIL A GAP, 12 H DEVANT LE TRIBUNAL

  ET LE 27 MAI A GRENOBLE, 14 h DEVANT LE TRIBUNAL

Source https://www.lacimade.org/solidarite-exiles-montgenevre/?utm_source=NL032021&utm_medium=NL&utm_campaign=NL2021&utm_content=contenu

Délit de solidarité

 Le procureur italien inculpe les membres de l’équipage de la Iuventa // Italian prosecutor officially presses charges against Iuventa crew // Italienische Staatsanwaltschaft erhebt offiziell Anklage gegen Iuventa-Crew //

Version en français, Anglais, Allemand

Cher(e)s ami(e)s, partisan(e)s et camarades,

Après plus de 3 ans d’enquête, le procureur de Trapani (Sicile) a officiellement inculpé 21 individus et 3 organisations pour aide et encouragement à l’immigration illégale. Toutes ces accusations sont liées à des opérations conduites entre 2016 et 2017. Parmi ces individus sont des membres d’équipage de la Iuventa.

Il s’agit ici d’une déclaration d’intention à criminaliser la migration et la solidarité – et les conséquences en sont fatales: des personnes meurent, alors qu’elles peuvent être sauvées!

Nous nous battrons! Il s’agit d’une affaire politique. Il ne s’agit pas de nous, mais de la politique meurtrière d’exclusion de l’UE et rien de moins que du droit à la vie que l’UE refuse systématiquement aux personnes.

Nous avons besoin de votre soutien plus que jamais! Le déroulement et l’issue de cette affaire dépendront énormément des médias et de l’opinion publique.

Vous pouvez nous soutenir:

  • En vous abonnant à nos réseaux sociaux et en publiant le contenu
  • En transférant notre Communiqué de Presse à votre journaliste fiable (Ci-joint les version en Allemand, Anglais)
  • En continuant à suivre nos chaînes pour plus d’informations – la lutte vient de commencer!

Pour plus d’informations sur l’affaire et l’histoire de la Iuventa, vous pouvez visiter et partager notre site https://iuventa10.org/

Salutations solidaires!
Iuventa Crew


Dear friends, dear supporters, dear comrades,

After more than 3 years of investigation, the prosecutor of Trapani (Sicily) officially charged 21 individuals and 3 organisations of aiding and abetting illegal immigration. All the accusations are related to operations conducted between 2016 and 2017. Among them are crew members of the Iuventa.

This is a political declaration of intent to criminalise migration and solidarity – and it has a deadly consequence: people die, when they could be saved!

And we will fight! This is a political case. This is not about us, but about the EU’s deadly policy of sealing off its borders and about nothing less than the right to life that the EU systematically denies people.

We need your support now more than ever! The content and outcome of this case will be highly influenced by the media and public opinion.

You can support us by:

  • Following our social media and share our content
  • Forwarding our Press Release to journalists you trust
  • Continuing to follow our channels for further communication – the fight has just begun!

For more information on the Iuventa case and story, visit and share our website: https://iuventa10.org/

Solidarity,

Iuventa Crew


Liebe Freund*innen und Unterstützer*innen, liebe Genoss*innen,

Nach mehr als drei Jahren Ermittlungen hat die Staatsanwaltschaft in Trapani (Sizilien) nun offiziell Anklage gegen 21 Individuen und 3 Organisationen wegen « Beihilfe zur illegalen Einreise » erhoben. Alle Anklagepunkte beziehen sich auf Rettungseinsätze zwischen 2016 und 2017. Unter den Angeklagten sind auch Crewmitglieder der Iuventa.

Dies ist eine politische Kampfansage, mit der Absicht, Migration und Solidarität zu kriminalisieren – mit tödlichen Konsequenzen: Menschen sterben, wenn sie gerettet werden könnten!

Und wir werden kämpfen! Dies ist ein politischer Prozess. Hier geht es nicht um uns, sondern verhandelt wird die tödliche Abschottungspolitik der EU und nichts weniger als das Recht auf Leben, das die EU Menschen systematisch verweigert.

Wir brauchen eure Unterstützung nun mehr denn je – Verlauf und Ergebnis dieses Gerichtsverfahrens wird immens von den Medien und der öffentlichen Meinung abhängen.

Ihr könnt uns unterstützen, indem ihr:

  • uns auf Twitter, Facebook und Instagram folgt und unsere Inhalte teilt
  • unsere Pressemitteilung (im Anhang auf D, ENG und IT) an Journalist*innen eures Vertrauens weiterleitet
  • auf unseren Accounts und Kanälen die Entwicklungen mitverfolgt und auf dem Laufenden bleibt – der Kampf hat gerade erst begonnen!

Für mehr Informationen zum Fall und der Geschiche der Iuventa besucht und teilt unsere Website: https://iuventa10.org/

Solidarische Grüße,
Iuventa Crew

La santé mentale en situation d »urgence » chez les enfants réfugiés en Grèce

Eirini Markidi  – migreurop

 Vivre dans ce cauchemar constant d’insécurité et d’incertitude

BETHANY RIELLY écrit sur la crise de santé mentale vécue par les enfants réfugiés piégés dans le camp grec de Moria 2

PENDANT la première semaine de 2021, Katrin Glatz-Brubakk a soigné un réfugié qui avait tenté de se suicider .
Ses bras, déjà couverts de cicatrices, ont été tranchés avec des morceaux frais.
Il lui a raconté : « Je ne peux plus vivre dans ce camp. Je suis fatigué d’avoir peur tout le temps, je ne veux plus vivre ».
Il a 11 ans. Glatz-Brubakk, psychologue pour enfants à la clinique de santé mentale de Médecins sans frontières (MSF) à Lesbos, me dit qu’il est le troisième enfant qu’elle voit pour des pensées et des tentatives de suicide depuis le début de l’année.
Au moment où nous nous sommes parlés, nous n’étions qu’à deux semaines du début de l’année.
Le garçon fait partie des milliers d’enfants qui vivent dans le nouveau camp de réfugiés de Mavrovouni (également connu sous le nom de Kara Tepe) sur l’île grecque, construit après qu’un incendie ait détruit l’ancien camp de Moria en septembre.
MSF a mis en garde contre une « urgence » de santé mentale chez les enfants du site, où 7 100 réfugiés endurent les mois les plus froids de l’année dans des tentes fragiles sans chauffage ni eau courante.
Situé sur la côte, sur un ancien champ de tir militaire, le nouveau site, baptisé Moria 2.0, est complètement exposé aux éléments, les tentes s’effondrant et s’inondant à plusieurs reprises.
Cette semaine, des vents allant jusqu’à 100km/h ont frappé le camp et les températures sont tombées à zéro. En raison des mesures de confinement, les résidents ne peuvent partir qu’une fois par semaine, ce qui signifie qu’ils ne peuvent pas échapper, même temporairement, à la vie dans le camp.

Les conditions de vie dans le camp provoquent la dépression des enfants, et non leurs traumatismes passés

Ce sont ces conditions épouvantables qui font que les enfants s’effondrent au point que certains perdent même la volonté de vivre, me dit Glatz-Brubakk.
Si le garçon de 11 ans qu’elle a traité plus tôt cette année avait subi des traumatismes dans son passé, le psychologue affirme qu’il était un enfant résistant et qu’il se débrouillait bien depuis longtemps.
« Mais il est maintenant à Moria depuis un an et trois mois et il est maintenant suicidaire ».
C’est également le cas de la majorité des enfants qui viennent à la clinique.
Sur notre formulaire d’orientation, lorsque les enfants nous sont adressés, nous avons une question : « Quand ce problème a-t-il commencé ? » et dans environ 90 % des cas, il est indiqué quand ils sont venus à Moria.
Glatz-Brubakk me dit qu’elle a vu des enfants gravement déprimés, qui ont cessé de parler et de jouer et d’autres qui s’automutilent.
L’année dernière, MSF a relevé 50 cas de pensées suicidaires et de tentatives de suicide chez les enfants de l’île, dont la plus jeune était une fillette de huit ans qui a tenté de se pendre.
Il est difficile d’imaginer que des enfants aussi jeunes puissent même penser à s’enlever la vie.
Mais dans le camp, où il n’y a pas d’activités, pas d’école, où les tentes s’effondrent dans la nuit et où les tempêtes rappellent aux enfants la guerre qu’ils ont fuie, de plus en plus de petits sont poussés au désespoir.
« C’est le fait de vivre dans ce cauchemar constant d’insécurité et d’incertitude qui fait que les enfants s’effondrent », dit Glatz-Brubakk.
« Ils ne pensent pas que ça va s’améliorer. Je n’ai pas dormi depuis trop longtemps, je m’inquiète chaque minute de chaque jour depuis un an ou deux » – quand on arrive à ce point d’épuisement, s’endormir et ne plus jamais se réveiller est plus tentant que d’être en vie ».

La crise de la santé mentale s’aggrave

Bien qu’il y ait toujours eu une crise de santé mentale sur l’île, M. Glatz-Brubakk affirme que le problème s’est aggravé depuis que l’incendie a réduit la Moria en cendres il y a cinq mois.
L’incendie a « retraumatisé » de nombreux enfants et a provoqué un pic des urgences de santé mentale dans la clinique.
Mais la principale différence, note-t-elle, est que de nombreuses personnes ont maintenant perdu tout espoir auquel elles auraient pu s’accrocher.
Après l’incendie, l’Union européenne a promis qu’il n’y aurait « plus de Morias », et de nombreux réfugiés ont cru qu’ils seraient finalement déplacés hors de l’île.
Mais il s’est vite avéré que ce ne serait pas le cas.
Alors qu’un total de 5 000 personnes, y compris tous les mineurs non accompagnés, ont été transférées de Lesbos – selon le gouvernement grec – plus de 7 000 restent à Moria 2.0, où les conditions ont été décrites comme pires que dans le camp précédent.
« Ils ont perdu l’espoir d’être un jour traités avec dignité, d’avoir un jour leurs droits humains, de pouvoir mener une vie normale », déclare M. Glatz-Brubakk.
« Vivre dans un trou de boue comme ils le sont maintenant vous enlève tout sentiment d’être humain, vraiment. »
Yasser, un réfugié de 18 ans originaire d’Afghanistan et résident de Moria 2.0, me dit qu’il a également constaté le lourd tribut payé à la santé mentale des adultes.
« Dans ce camp, ils ne sont plus les mêmes que dans le camp précédent », dit-il. « Ils ont changé. Ils ont un sentiment différent quand vous les regardez dans les yeux. »

Aucune amélioration de Moria 2.0

Les sentiments d’abandon, d’incertitude et de désespoir ont également été exacerbés par l’absence d’améliorations dans le camp, qui est géré par le gouvernement grec.
Cela fait cinq mois que le nouveau camp a été construit, mais il n’y a toujours pas d’eau courante ni d’électricité.
Au lieu de cela, de l’eau en bouteille est acheminée par camion et des générateurs fournissent de l’énergie pendant environ 12 heures par jour.
Les résidents et les ONG de base ont pris l’initiative de creuser des tranchées pour atténuer les risques d’inondation et de consolider leurs tentes pour les protéger de l’effondrement. Mais certaines parties du camp sont toujours inondées.
« Quand il pleut, même pendant une ou deux heures, c’est comme un lac », explique Yasser, qui vit dans une tente avec ses quatre jeunes frères et sœurs et ses parents.
L’humidité à l’intérieur des tentes laisse également les vêtements et les couvertures perpétuellement humides, sans possibilité de les faire sécher à nouveau.
Malgré des températures qui sont tombées à zéro cette semaine, les résidents du camp n’ont toujours pas de chauffage, à l’exception des couvertures et des sacs de couchage.
La direction du camp a non seulement été impardonnablement lente à améliorer le camp, mais elle a également fait échouer les tentatives de changement des ONG.
Sonia Nandzik, co-fondatrice de ReFOCUS Media Labs, une organisation qui apprend aux demandeurs d’asile à devenir des journalistes citoyens, me dit que les projets des ONG visant à fournir des couvertures chauffantes à faible consommation d’énergie aux résidents en décembre dernier ont été rejetés.
La direction du camp a décidé que des petits chauffages seraient une meilleure option. « Mais ils ne sont toujours pas là », me dit Nandzik.
« Maintenant, ils ont peur que les fusibles ne prennent pas et qu’il y ait un incendie. Il y a donc très peu de planification, c’est un gros problème », dit-elle.
Le HCR dit qu’il a acheté 950 chauffages, qui seront distribués une fois que le réseau électrique du site aura été mis à niveau. Mais tout cela semble trop peu, trop tard.
D’autres initiatives proposées par des ONG, comme la construction de tentes pour les activités et les écoles, ont également été rejetées.
Le gouvernement grec, qui gère officiellement le camp, a insisté à plusieurs reprises sur le fait que les conditions y sont bien meilleures que celles de la Moria.
Cette semaine encore, le secrétaire du ministère grec de l’immigration, Manos Logothetis, a déclaré que « personne n’est en danger à cause du temps qu’il fait dans le camp temporaire ».
Alors que le gouvernement prétend que le site est temporaire, ce qui peut expliquer pourquoi il n’a guère la volonté de l’améliorer, les 7 100 personnes coincées là – dont 33 % sont des enfants – n’ont aucune idée de la durée de leur séjour dans Moria 2.0 et doivent subir les échecs et les retards des ministres entre-temps.
« Je dirais que cela devient normal », dit Yasser, quand on lui demande s’il s’attend à être dans le camp « temporaire » cinq mois après l’incendie.
« Je sais qu’il n’est pas bon de ressentir ces situations comme normales mais pour moi, cela devient normal parce que c’est quelque chose que je vois tous les jours ».
Yasser est l’un des étudiants en journalisme citoyen de Nandzik. Au cours des derniers mois, elle dit avoir vu la santé mentale de ses étudiants qui vivent dans le camp se détériorer.
« Ils commencent à être de plus en plus déprimés, et parfois ils ne se présentent pas aux cours pendant plusieurs jours », dit-elle, en référence aux cours de compétences médiatiques de ReFOCUS qui ont maintenant lieu en ligne.
Un de ses élèves a récemment cessé de manger et de dormir à cause d’une dépression.
Nandzik l’a emmené dans une ONG offrant un soutien psychosocial, mais ils ont dû rejeter son dossier.
Avec seulement quelques acteurs de la santé mentale sur l’île, la plupart n’ont la capacité de prendre que les cas les plus extrêmes, dit-elle.
« Nous avons donc réussi à lui trouver un psychologue qui parle le farsi, mais à LA car nous craignions sérieusement que, si nous n’agissions pas maintenant, il ne soit affecté à des cas plus graves ».

Pas d’évasion ni de répit

Ce qui aggrave encore les choses, c’est que les demandeurs d’asile n’ont pas la possibilité de s’échapper ou d’avoir un répit dans le camp. Les résidents ne peuvent quitter le camp que pour une période de quatre heures une fois par semaine, et seulement pour un nombre limité de raisons.
Une forte présence policière fait respecter le strict verrouillage, censé empêcher la propagation de Covid-19.
Si les officiers ont considérablement réduit les violences horribles qui éclatent souvent dans le camp de Moria, leur présence ajoute au sentiment d’emprisonnement des résidents.
« La Moria était un enfer, mais depuis que les gens ont emménagé dans ce nouveau camp, le contrôle des lieux s’est accru, donc si vous faites une promenade, c’est comme si j’étais entré dans une prison », me dit Nazanin Furoghi, un réfugié afghan de 27 ans.
« Ce ne serait pas exagéré si je disais que j’ai l’impression de marcher dans une zone morte. Il n’y a aucune joie, aucun espoir – du moins pour moi, c’est comme ça. Même si avant d’entrer dans le camp, je suis heureux, après je me sens si triste ».

Furoghi a quitté l’ancien camp de Moria avec sa famille pour un appartement dans la ville voisine de Mytilene au début de l’année dernière. Elle travaille maintenant dans le nouveau camp en tant que médiatrice culturelle.Furoghi m’explique que lorsqu’elle vivait à Moria, elle sortait avec des amis, suivait des cours et enseignait dans une école pour enfants réfugiés dans un centre communautaire voisin, du matin au soir.Les familles apportaient souvent de la nourriture dans les oliveraies à l’extérieur du camp et organisaient des pique-niquesCes moments rares peuvent faire toute la différence, ils peuvent vous faire sentir humain.
« Mais ici, les gens n’ont aucune activité à l’intérieur du camp », explique-t-elle, « il n’y a pas d’environnement libre autour du camp, il n’y a que la mer et la plage, il y a beaucoup de vent et il n’est même pas possible de faire une simple promenade ».
Les parents à qui elle parle lui disent que leurs enfants sont devenus de plus en plus agressifs et dépressifs. N’ayant rien d’autre à faire et ne disposant d’aucun endroit sûr pour jouer, les enfants se sont mis à courir après les voitures et les camions dans le camp.
Leur nouveau jeu dangereux témoigne de la résilience des enfants, de leur capacité à jouer contre toute attente. Mais Nazanin trouve ce spectacle incroyablement triste.
« Ce n’est pas comme ça que les enfants devraient jouer ou s’amuser », dit-elle, ajoutant que les conditions d’insalubrité dans le camp signifient aussi que les enfants attrapent souvent des maladies de peau.
La boue présente également d’autres dangers cachés. Suite à des tests, le gouvernement a confirmé le mois dernier qu’il y avait des niveaux dangereux de contamination par le plomb dans le sol, en raison des résidus de balles provenant de l’époque où le site était utilisé comme stand de tir. Les enfants et les femmes enceintes sont les plus menacés par les effets négatifs de l’exposition au plomb.

La cruauté du confinement

Les demandeurs d’asile vivant dans des camps sur les îles de la mer Égée ont été mis en quarantaine à des degrés divers depuis l’apparition de l’épidémie en mars.
Des recherches récentes ont montré l’impact dévastateur de ces restrictions sur la santé mentale. Un rapport de l’International Rescue Committee, publié en décembre, a révélé que les cas d’automutilation parmi les personnes vivant dans les camps de Chios, Lesbos et Samos ont augmenté de 66 % à la suite des restrictions de mars.
Une personne sur trois aurait également envisagé le suicide. La détérioration de la crise de la santé mentale dans les îles est également due à l’échec des politiques de l’UE et du gouvernement grec en matière de  » hot-spot « , selon le rapport.
Les demandeurs d’asile qui arrivent dans les îles de la mer Égée doivent attendre des mois, voire des années, avant que leur dossier ne soit traité.
Passer ce temps dans des conditions sordides use les espoirs des gens, ce qui conduit au désespoir et au développement de problèmes psychiatriques.
« La plupart des gens sont entrés dans le camp en bonne santé, mais au bout d’un an et demi, ils sont devenus des patients avec de nombreux problèmes de santé mentale et des tentatives de suicide », explique M. Foroghi.
« Les gens sont donc venus ici pour obtenir une chose, mais ils ont perdu beaucoup de choses. »

Des impacts à long terme

Les enfants traumatisés sont non seulement incapables de guérir dans de telles conditions, mais aussi de développer les compétences clés dont ils auront besoin à l’âge adulte, explique M. Glatz-Brubakk.
En effet, vivre dans un état de peur et d’incertitude constante met le cerveau d’un enfant en « mode alerte ».
« S’ils restent assez longtemps en mode d’alerte, le développement des fonctions normales du cerveau, comme la planification, la structure, la régulation des sentiments et les relations saines, sera entravé – et plus les traumatismes sont nombreux et plus ils restent longtemps dans ces conditions dangereuses, plus l’impact est important », dit-elle.
Yasser me dit que s’il pouvait parler au Premier ministre grec, son message serait un avertissement des cicatrices que le camp leur a infligées.
« Vous pouvez les garder dans le camp et être heureux de les en faire sortir, mais ce qui ne changera pas, c’est ce qui leur est arrivé », dit-il.
« Que deviendra leur personnalité, en particulier les enfants, qui ont été si touchés par le camp ? Ce qui ne change pas, c’est ce que j’ai ressenti, ce que j’ai vécu là-bas ».
Glatz-Brubakk estime que la majorité des 2 300 enfants du camp ont besoin d’un soutien professionnel en matière de santé mentale.
Mais MSF ne peut traiter que 300 patients par an. Et même avec un soutien, vivre dans des conditions qui créent un traumatisme permanent signifie qu’ils ne peuvent pas commencer à guérir.

Appels à l’évacuation des camps

C’est pourquoi les groupes de défense des droits de l’homme et les ONG ont souligné que l’évacuation immédiate de l’île est la seule solution. Dans une lettre adressée cette semaine au médiateur grec, le Centre juridique Lesvos affirme que les conditions sur le site temporaire « atteignent le niveau d’un traitement inhumain et dégradant » et constituent « une atteinte au droit à la vie des migrants « vulnérables », auquel il ne peut être dérogé ». [ https://legalcentrelesvos.org/2021/02/17/greek-authorities-must-urgently-transfer-vulnerable-migrants-to-the-mainland-in-accordance-with-their-own-laws/ ]
Oxfam et le Conseil grec pour les réfugiés ont demandé que l’Union européenne partage la responsabilité des réfugiés et accueille les personnes bloquées sur les îles. [ https://www.oxfam.org/en/press-releases/conditions-moria-20-camp-are-abysmal-say-gcr-and-oxfam#:~:text=But%20the%20new%20camp%20is%20rightly%20dubbed%20’Moria%202.0′.&text=The%20tents%20lack%20a%20solid,it%20is%20of%20bad%20quality ]
Mais il semble que le gouvernement grec ou l’UE ne soient guère disposés à transférer des personnes hors du camp, dont les ministres ont affirmé qu’il ne serait utilisé que jusqu’à Pâques.
Pour l’instant du moins, il semble que ceux qui ont le pouvoir de mettre en œuvre le changement soient heureux de poursuivre la politique des hotspots qui a échoué, malgré l’impact dévastateur sur les demandeurs d’asile.
« Il y a des jours où je désespère vraiment parce que je vois la souffrance des enfants, et quand vous avez un jour tenu la main d’un enfant de huit, neuf, dix ans qui ne veut pas vivre, vous ne l’oubliez jamais », me dit Glatz-Brubakk.
« Et c’est un choix de maintenir les enfants dans ces conditions horribles et cela rend la situation bien pire que de travailler dans un endroit frappé par une catastrophe naturelle ou des choses que vous ne pouvez pas contrôler. C’est douloureux de voir que les enfants paient les conséquences de ce choix politique ».

Cet article est paru pour la première fois dans le journal Morning Star.

Source https://thecivilfleet.wordpress.com/2021/02/21/living-in-this-constant-nightmare-of-insecurity-and-uncertainty/

Des élus présents lors de maraudes à Montgenèvre

Migrants : des élus épaulent des associations lors de maraudes à Montgenèvre

Depuis le vendredi 29 janvier, des élus de gauche du Parlement européen et du Sénat se relaient auprès des bénévoles pour effectuer des maraudes solidaires à Montgenèvre. Ils alertent sur une situation critique à la frontière franco-italienne.

Le 11 décembre dernier, les élus étaient déjà présents auprès des associations pour les épauler.

« Depuis plusieurs semaines, la situation à Montgenèvre est de plus en plus tendue« , s’inquètent ces parlementaires. Située à 1800 mètres d’altitude, à quelques kilomètres de Briançon, cette commune des Hautes-Alpes est le point de passage des migrants en France depuis près de cinq ans.

Depuis l’ouverture du Refuge solidaire de Briançon en 2017, 11.500 personnes y ont été accueillies. On y propose notamment un hébergement d’urgence et de premiers soins.

Or, « depuis le 16 novembre dernier, les effectifs de la Police de l’air et des frontières (PAF) ont été renforcés« , constate Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère, et avec eux le nombre de contrôles entre la France et l’Italie.

Les conséquences, selon lui, sont une « multiplication des atteintes aux droits humains, le refoulements des exilés et, depuis quelques semaines, des pressions policières et judiciaires sur les bénévoles« .

Des contrôles renforcés

Une première visite des élus a eu lieu le 11 décembre dernier à Montgenèvre.

« Le constat est tel que les élus ont décidé de venir en renfort des associations qui oeuvrent depuis des années dans cette zone, comme « Tous Migrants » et « Médecins du Monde »« , explique Guillaume Gontard, élu écologiste.

Les élus, principalement des eurodéputés et des sénateurs écologistes, de la France Insoumise et du PCF, se relayent suivant leurs disponibilités pour épauler les associations. « L’idée est de pouvoir constater, observer et le cas échéant dénoncer les manquements au droit« , ajoute le sénateur de l’Isère.

« Ces maraudes sont effectuées avec des attestations sur l’honneur qui donnent lieu à des rapports et probablement des suites judiciaires« , précisent les élus.

Alerte auprès d’Emmanuel Macron

Un courrier a été envoyé au Président de la République pour alerter sur le durcissement des contrôles envers les maraudeurs.

« Dans la nuit du lundi 1er février, pas moins de douze amendes ont ainsi été délivrées aux maraudeurs pour non-respect du couvre-feu, alors qu’ils disposaient des attestations nécessaires en bonne et due forme » souligne ce courrier.

Soupçonnés d’avoir aidé des migrants à passer la frontière, deux maraudeurs âgés de 28 et 31 ans, seront jugés le 22 avril à Gap. L’aide à l’entrée d’un étranger en situation irrégulière reste passible de cinq ans de prison et de 30.000 euros d’amende.

Guillaume Gontard et Gwendoline Delbos-Corfield, députée écologiste européenne, se rendront une nouvelle fois à la frontière franco-italienne ce week-end des 19 et 20 février, afin de soutenir les bénévoles sur place et de rencontrer les acteurs locaux et italiens.

Ces dernières semaines, un femme enceinte a passé la frontière et a failli accoucher dans la neige. Un jeune homme s’est aussi retrouvé hospitalisé avec la perte de plusieurs doigts à cause de gelures. La question se pose au sujet l’assistance médicale, car pour le moment les situations dramatiques sont évitées. Mais pour combien de temps ? »  s’interrogent les élus dans ce courrier.

Par ces actions solidaires, ils entendent « dénoncer quelque part l’absurdité et l’inefficacité de la politique migratoire Française (…) en moyenne, ce sont près de 30 personnes qui sont arrêtées par jour et renvoyées en Italie« , au terme d’un périple depuis les Balkans ou encore l’Iran.

« C’est absurde de dire et de croire que c’est l’italie qui doit assurer la prise en charge des personnes exilées« , poursuit Guillaume Gontard. La situation devenant de plus en plus ingérable selon eux, les élus ont prévu de traverser la frontière pour échanger avec les associations italiennes.

L’an dernier, 78 passeurs ont été interpellés dans les Hautes-Alpes, contre 30 en 2019, 31 en 2018, 34 en 2017 et 6 en 2016.

Depuis la loi asile et immigration de 2018, l’aide à la circulation n’est plus un délit si cette aide est réalisée dans un but exclusivement humanitaire, comme c’était déjà le cas pour l’aide au séjour depuis 2012.

Froid et neige dans les camps de migrants

Une vague de froid s’abat sur la Grèce, le 16 février 2021. Capture d’écran Twitter

Les températures hivernales, proches de zéro, qui touchent actuellement la Grèce compliquent le quotidien des migrants, éprouvés par ce froid. Dans certains camps, les exilés vivent coupés du monde, sans eau ni électricité. Le Haut-commissariat pour les réfugiés, inquiet, a offert ces derniers jours des radiateurs dans les camps.

Neige, vent fort et glacial… Une vague de froid touche actuellement la Grèce, compliquant durement le quotidien des migrants vivant dans les camps du pays. « La situation est dramatique. Imaginez un peu, tout est blanc, recouvert de neige. Aucune infrastructure dans les camps n’est faite pour résister à ce temps », explique George, membre du collectif « Greek forum of Refugee » interrogé par InfoMigrants. « Même les routes sont fermées, je ne sais même pas si on peut accéder à certains camps. »

A Athènes, dans le camp de migrants de Malakasa où vivent plus de 1500 personnes, la neige a totalement recouvert les habitations. « Le camp est enterré sous la neige », écrivent des militants sur Twitter. L’eau et l’électricité ne fonctionnent plus. Pus de 700 enfants vivent là.

https://twitter.com/i/status/1361663789918208000

Même constat dans le camp athénien d’Eleonas. Sur les réseaux sociaux, les photos de tentes recouvertes par la neige ou de migrants pieds nus sont partagées par des journalistes et des collectifs d’aide aux exilés. Les migrants se réchauffent comme ils peuvent autour de feux de camp.

« Le robinet gèle »

Mahmoud, un demandeur d’asile afghan, qui vit dans le camp de Diavata à Thessalonique, dans le nord du pays, témoigne des mêmes conditions météo. « On m’a attribué une place dans un conteneur. Il fait moins froid à l’intérieur, c’est vrai, mais dès qu’on sort, on se met à grelotter. Cette année l’hiver est glacial, c’est l’enfer pour ceux qui dorment sous les tentes », raconte-t-il à InfoMigrants. « Lorsqu’un migrant doit se doucher, il doit laisser l’eau couler sinon le robinet gèle. »

Dans le camp de Diavata à Thessalonique, la neige complique la vie des migrants. Crédit : DR

Dans le camp de Diavata à Thessalonique, la neige complique la vie des migrants. Crédit : DR

Dans les îles à l’autre bout du pays, à Lesbos ou Samos, la situation est tout aussi problématique. « Je crois qu’il y a des endroits, sur les îles, où il n’y a plus non plus d’électricité », continue George du « Greek Forum of Refugees ».

Inquiète, la section grecque du Haut commissariat des réfugiés (HCR) a offert ces derniers jours « des radiateurs » dans les camps à travers le pays.

« Personne n’est en danger », selon le gouvernement grec

Le gouvernement se veut pourtant rassurant. « Personne n’est en danger dans le camp sur l’île de Lesbos », le plus peuplé du pays abritant plus de 6 000 demandeurs d’asile, a déclaré le secrétaire général de l’Asile, Manos Logothetis.

https://twitter.com/i/status/1361384886838435847″Nous œuvrons quotidiennement pour améliorer les conditions des camps d’accueil sur les îles », a-t-il ajouté, cité dans un média local.

A Lesbos, le camp sordide de Moria ravagé par deux incendies consécutifs en septembre a été remplacé par un camp temporaire érigé à la hâte sur un terrain inondable et en plein vent où des ONG dénoncent depuis des mois les mauvaises conditions et le manque d’infrastructures.

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Source https://www.infomigrants.net/fr/post/30294/une-vague-de-froid-et-de-neige-s-abat-sur-les-camps-de-migrants-en-grece

SOS MEDITERRANEE : retour sur 4 sauvetages

Retour en mer de l’Ocean Viking : 797 personnes secourues en 2021

Pour la première fois depuis le début des opérations de sauvetage avec l’Ocean Viking, nos équipes se sont retrouvées avec plus de 400 personnes rescapées à bord dont des jeunes enfants, des bébés, des femmes enceintes et des malades. Hier toute la journée et ce matin même, elles ont finalement pu débarquer à Augusta, en Sicile. Depuis le retour de l’Ocean Viking en Méditerranée centrale le 11 janvier dernier, 797 personnes ont été secourues par nos équipes tandis que les traversées continuent et que d’autres sont refoulées et renvoyées en Libye par les garde-côtes libyens.

Retour sur quatre sauvetages mouvementés en février

Elles sont originaires du Soudan (Nord), de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Nigéria ou d’autres pays africains… En moins de 48 heures, un total de 423 personnes, parmi lesquelles 149 mineur.e.s dont 83% n’étaient pas accompagné.e.s et 37 femmes, ont été secourues par l’Ocean Viking la semaine dernière.

Ce jeudi 4 février, à 30 milles marins de Al Khoms, en Libye, aux premières lueurs du jour, un membre de l’équipe de sauvetage posté sur la passerelle repère à la jumelle une embarcation pneumatique en péril. L’alerte est donnée. Les canots de sauvetage sont aussitôt mis à l’eau et se rapprochent de la position. Il y a urgence  :  l’opération s’avère difficile et plusieurs personnes passent par-dessus bord. Mais nos équipes aguerries parviennent à les hisser dans le canot de sauvetage. Ce sont 121 rescapé.e.s, parmi lesquel.le.s 19 femmes et deux enfants en bas âge, qui sont mis en sécurité à bord de l’Ocean Viking.

A peine les équipes ont elles terminé ce premier sauvetage que le Moonbird, l’avion de l’ONG Sea Watch,  signale une seconde embarcation en détresse. Cette fois, ce sont 116 personnes qui seront mises en sécurité à bord de notre “navire ambulance” dont neuf enfants âgés de 12 ans et moins. Sur la passerelle, la veille continue.

La nuit sera courte. Un peu avant 7 heures du matin, le vendredi 5 février, l’équipe de sauvetage repère une embarcation pneumatique à la jumelle. A 9h, le sauvetage de 70 naufragé.e.s est achevé, dans les eaux internationales, à 40 milles nautiques de Al Khoms.

Alors même que nos équipes sont toujours engagées dans cette troisième opération, l’Ocean Viking est alerté d’un nouveau cas de détresse à proximité. Il s’agit encore une fois d’un bateau pneumatique.  L’embarcation de fortune est tellement surchargée que l’équipe doit déployer deux radeaux pneumatiques où répartir les naufragé.e.s pour stabiliser l’opération, avant de procéder au transfert des 116 femmes, hommes et enfants vers l’Ocean Viking.

Evacuation d’urgence et gestion de la Covid à bord

Ce vendredi après-midi, 423 personnes patientent sur le pont. La distribution d’eau, de nourriture, de vêtements secs et  de masques se poursuit, alors que la clinique ne désemplit pas. On y soigne les rescapé.e.s sans relâche: blessures et séquelles de torture, gale, douleurs, tests de grossesse… « Un cas particulièrement préoccupant  est sous observation : il s’agit d’un jeune Soudanais qui a une grave blessure à la tête après avoir été violemment battu en Libye… » explique Christine, la responsable de l’équipe médicale de SOS MEDITERRANEE.

Une patiente enceinte nécessite des soins intensifs qui ne peuvent être dispensés qu’à terre. En outre, elle et son compagnon sont testés positifs à la Covid-19. Le couple sera évacué en urgence samedi matin par un hélicoptère des Forces armées maltaises. Depuis, des tests rapides ont été menés notamment auprès des personnes rescapées ayant été en contact rapproché avec le couple : certaines d’entre elles seront testées positives. « Nous avions mis en place des procédures pour ce scénario, nous étions préparés et nous sommes en mesure d’isoler les cas positifs et de limiter la propagation de la COVID-19 à bord » déclare Luisa, la coordinatrice des opérations de recherche et de sauvetage à bord de l’Ocean Viking.

Dimanche, l’annonce arrive enfin : ce sera Augusta, en Italie. Le soulagement et la joie éclatent. Les femmes chantent, les enfants courent partout. Certains rient… pour la première fois depuis bien longtemps.

Ce lundi 8 février, les autorités sanitaires italiennes présentes à Augusta ont procédé à des tests de dépistage au Coronavirus en amont du débarquement : 49 personnes rescapées ont été testées positives. Aucun cas positif n’a été signalé parmi nos équipes mais elles seront soumises à une quarantaine de 14 jours.

L’hiver en Méditerranée centrale : des départs qui ne faiblissent pas

Il faut se figurer l’hiver en Méditerranée : des vagues atteignant parfois jusqu’à cinq-six mètres de haut qui menacent de renverser les embarcations de fortune qui s’y aventurent, le vent, le froid qui  engourdit jusqu’à l’hypothermie… Autant de risques qui pèsent sur les femmes, les hommes et les enfants qui tentent de fuir l’enfer libyen en prenant la mer.

Et pourtant, les tentatives de traversée sur des embarcations de fortune sont nombreuses. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en fin de semaine dernière, plus de 1000 personnes sont parties de Libye par la mer en 24 heures à peine. La majorité d’entre elles seront interceptées par les garde-côtes libyens et renvoyées vers l’enfer en dépit des conventions et des lois internationales. Nos équipes ont d’ailleurs été témoin d’une de ces interceptions le mardi 20 janvier (pour en savoir plus, c’est ici).

Ce début d’année est aussi marqué par le peu de moyens de sauvetage en Méditerranée centrale.

Qu’il s’agisse des deux navires de l’ONG allemande Sea Watch, de celui de Sea Eye ou du Louise Michel, ou encore du navire italien Mediterraneo, ils sont tous victimes de blocages administratifs et immobilisés à quai. Seule l’ONG espagnole Proactiva, qui vient d’arriver sur zone avec son navire l’Open Arms et son voilier l’Astral, est opérationnelle avec SOS MEDITERRANEE et l’Ocean Viking. Les avions de Sea Watch et de Pilotes volontaires ont par contre pu décoller et assister les rares navires humanitaires dans la recherche des embarcations en détresse. Une aide précieuse tant la zone à couvrir est vaste.

Alors que notre équipe entre  en quarantaine après avoir secouru 797 personnes depuis le 21 janvier dernier, nous savons qu’il nous faut revenir au plus vite sauver des vies en Méditerranée centrale où les besoins sont immenses.

Pour en apprendre davantage sur le contexte en mer ces dernières semaines, lisez les deux dernières éditions de notre série Regards sur la Méditerranée centrale du
3 février 2021 et du 20 janvier 2021.

Crédits photos : Fabian Mondl / SOS MEDITERRANEE, Julia Schaefermeyer / SOS MEDITERRANEE  et Hippolyte / SOS MEDITERRANEE

Source https://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/journal-bord-09-02-2021

Camp de Lesbos contaminé au plomb

Le camp de Kara Tepe, sur l’île grecque de Lesbos. Crédit : : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

Une partie du camp pour migrants de Lesbos est contaminée au plomb, ont indiqué la semaine dernière les autorités grecques, confirmant les craintes des humanitaires. Une vingtaine d’ONG ont exhorté mardi le gouvernement à évacuer « immédiatement » les migrants et à les transférer dans des « installations appropriées ».

Faisant suite aux demandes incessantes de plusieurs ONG, dont Human rights watch (HRW) et Médecins sans frontières (MSF), le gouvernement grec a finalement procédé fin novembre à des relevés d’échantillons de sol du camp pour migrants de Lesbos, afin de tester sa contamination au plomb.

Le site de Kara Tepe, qui accueille plus de 7 000 personnes, est situé sur un ancien champ de tir militaire. « Les champs de tir sont bien connus comme étant des sites contaminés par le plomb en raison des balles, des coups de feu et des douilles qui contiennent du plomb et se retrouvent dans le sol », avait alerté début décembre HRW. « Le plomb peut facilement se propager dans l’air, en particulier dans des conditions sèches et venteuses, qui existent souvent à Lesbos », expliquait alors l’ONG.

Manque de transparence des autorités

Bien que les résultats soient tombés le 8 décembre, les autorités ne les ont rendu publics que le 23 janvier, soit sept semaines plus tard. Selon le gouvernement, un seul échantillon – sur les 12 effectués – provenant d’une partie inhabitée du camp de Kara Tepe « présente une concentration de plomb supérieure aux normes » internationales, sans donner plus de précisions.

Dans la foulée, le ministère grec des Migrations et de l’Asile a annoncé l’ouverture d’une enquête d’une « commission d’experts constituée par le Bureau européen d’appui en matière d’asile (EASO) » pour analyser le sol du camp où ont été logés « temporairement » les migrants du camp de Moria, détruit par le feu en septembre.

Dans un communiqué publié mercredi, HRW regrette le manque de transparence des autorités et leur demande « de publier le plan de test et les résultats des tests, qui devraient inclure des informations telles que les niveaux de plomb pour chaque échantillon, les profondeurs de l’échantillon et les emplacements exacts (…) » des relevés effectués. Selon l’ONG, cette absence d’information ne permet pas « d’évaluer ce que les résultats représentent ou de recommander des stratégies spécifiques pour faire face aux risques identifiés ».

Si la zone contaminée au plomb n’est pas habitée par des migrants, elle est néanmoins utilisée par des ONG qui ont installé des bureaux dans cette partie du camp. Des habitants, y compris des enfants, font quotidiennement la queue devant les locaux des humanitaires pour obtenir du soutien et des informations. « Les jeunes enfants risquent d’ingérer du plomb lorsqu’ils jouent ou s’assoient sur un sol contaminé », insiste HRW.

« Arrêtez de jouer avec la vie humaine »

« Le gouvernement grec a sciemment construit un camp de migrants sur un champ de tir, puis a fermé les yeux sur les risques potentiels pour la santé des résidents et des travailleurs », a de son côté affirmé Belkis Wille, chercheur principal sur les crises et les conflits à HRW.

Face aux critiques des ONG, le ministère des Migrations et de l’Asile a répondu le 23 janvier que des mesures adéquates avaient été prises pour empêcher tout risque de contamination, en plus « des mesures préventives prises dès le début de l’installation du camp » en septembre. Des travaux seront prochainement réalisés dans les lieux contaminés comme l’ajout d’un nouveau sol, de gravier et d’une base de ciment.

Mais ces réponses ne convainquent pas les humanitaires. Mardi 26 janvier, une vingtaine d’ONG ont publié une déclaration commune appelant à « l’évacuation immédiate du camp et le transfert des demandeurs d’asile dans des installations appropriées ». « Arrêtez de jouer avec les vies humaines, il est urgent d’assurer la santé des résidents et des travailleurs dans le camp de Lesbos », ont exhorté les ONG.

Source https://www.infomigrants.net/fr/post/29905/lesbos-le-camp-de-migrants-contamine-au-plomb-les-ong-demandent-son-evacuation?fbclid=IwAR2vq2llRnYW7GstFvwSuE4y_yzrgoR1Rw3GLIAc0hJ_JxeYpeAOvUboCqA

Nous, élus, avons décidé de soutenir SOS Méditerranée

TRIBUNE. « Nous, élus, avons décidé de soutenir SOS Méditerranée » : l’appel de 28 collectivités pour « l’inconditionnalité du sauvetage en mer » »

Ces élus, maires et présidents d’intercommunalités, de conseils départementaux et régionaux ont décidé, avec leurs assemblées locales, d’apporter un soutien moral et financier à SOS Méditerranée, qui vient en aide aux migrants.

© Fournis par Franceinfo

Vingt-huit maires ou présidents de collectivités lancent un appel dans une tribune publiée sur franceinfo.fr jeudi 21 janvier pour soutenir SOS Méditerranée et pour « affirmer collectivement l’inconditionnalité du sauvetage en mer ». La Méditerranée est « la route migratoire la plus meurtrière au monde », rappellent les signataires, parmi lesquels figurent la maire de Paris, Anne Hidalgo, les maires de Lyon (Grégory Doucet), Marseille (Benoît Payan), Lille (Martine Aubry), Bordeaux (Pierre Hurmic) ou Grenoble (Eric Piolle). Ils appellent les villes, intercommunalités, départements et régions de France à apporter « leur soutien moral et financier » aux trois missions poursuivies par l’association SOS Méditerranée : secourir les personnes en détresse en mer, protéger les rescapés et témoigner.

Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas et appelons les villes, intercommunalités, départements et régions de France à soutenir SOS Méditerranée.

Plus de 20 000 personnes ont péri noyées ces six dernières années en tentant de traverser la Méditerranée sur des embarcations de fortune. L’Organisation internationale des migrations a dénombré 1 224 morts sur la seule année 2020, dont 848 sur l’axe reliant la Libye à l’Europe. Faute de témoins, le nombre de naufrages et de victimes est en réalité bien plus élevé.

Ainsi, aux portes de l’Europe, la Méditerranée confirme son terrible statut de route migratoire la plus meurtrière au monde.

« L’assistance, une obligation morale »

Pourtant, l’assistance aux personnes en détresse en mer est non seulement une obligation morale, valeur cardinale chez les marins, mais aussi un devoir inscrit dans les textes internationaux et dans le corpus législatif français. Pourtant, l’Europe dispose de tous les moyens techniques, financiers et humains pour sauver ces vies.

Or, face à cette tragédie au long cours, les États européens se sont progressivement soustraits à leur obligation de secours en mer et de débarquement des rescapés en lieu sûr. Les navires de l’opération Mare Nostrum ont d’abord été retirés. Puis la coordination des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale a été déléguée à la Libye, un pays dont les garde-côtes ne disposent ni des moyens ni des compétences pour assumer une telle mission, et qui en aucun cas ne peut être considéré comme sûr pour le débarquement des personnes secourues.

Pour pallier cette défaillance des États, des citoyennes et des citoyens décidés à agir afin de ne plus laisser mourir des milliers de femmes, hommes et enfants affrètent des navires et leur portent secours. Ainsi a été créée en 2015 SOS Méditerranée. Bien implantée en France et labellisée en 2017 “Grande cause nationale » par l’État, l’association a, depuis cinq ans, sauvé 31 799 personnes, avec l’Aquarius les premières années, puis avec l’Ocean-Viking à compter d’août 2019.

Pour SOS Méditerranée comme pour toutes les ONG de sauvetage intervenant en Méditerranée centrale, l’année 2020 aura été des plus éprouvantes. Au printemps, les ports fermés d’une Europe confinée les ont amenées à suspendre leurs missions de sauvetage, tandis que les départs depuis la Libye se poursuivaient. Au déconfinement, à peine avaient-elles repris la mer qu’un véritable harcèlement administratif s’est abattu sur elles, aggravant là des pratiques observées depuis 2017 et avec pour seul résultat de les empêcher de rejoindre les zones de secours. Les navires humanitaires ne sont d’ailleurs plus les seules cibles de ce cynisme depuis que, en août dernier, le pétrolier Maersk-Etienne a été empêché par les autorités maltaises de débarquer les naufragés qu’il avait auparavant recueillis à la demande de ces mêmes autorités… De son côté, poursuivant son leitmotiv de respect du droit, qui est au fondement même de sa mission, il aura fallu cinq mois à SOS Méditerranée afin de satisfaire aux exigences zélées des autorités italiennes et lever la détention dont a été victime l’Ocean-Viking pour, enfin, reprendre ses opérations en mer le 11 janvier dernier.

« Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas »

Parce qu’elle nous montre le cap du refus de l’indifférence et que nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas, en cohérence avec les actions déjà menées par nos collectivités pour l’accueil et l’intégration des personnes exilées, nous, élu·e·s, maires et président·e·s d’intercommunalités, de conseils départementaux et régionaux avons décidé, avec nos assemblées locales, de soutenir SOS Méditerranée et d’affirmer collectivement l’inconditionnalité du sauvetage en mer.

Nous appelons aujourd’hui tou·te·s les maires et président·e·s des villes, intercommunalités, départements et régions de France à rejoindre la plateforme des collectivités solidaires avec SOS Méditerranée, lancée ce 21 janvier 2021, et à apporter leur soutien moral et financier aux trois missions poursuivies par cette association :

• Secourir les personnes en détresse en mer grâce à ses activités de recherche et de sauvetage

• Protéger les rescapés, à bord de son navire ambulance, en leur prodiguant les soins nécessaires jusqu’à leur débarquement dans un lieu sûr

• Témoigner du drame humain qui se déroule en Méditerranée centrale

De la plus petite à la plus grande, du littoral et de l’intérieur, du Centre, du Sud, du Nord, de l’Est et de l’Ouest, toutes nos collectivités sont concernées, chacune à la mesure de ses moyens. Il s’agit de sauver des vies, sans distinction, et de faire vivre la devise républicaine qui fait battre le cœur de nos territoires : liberté, égalité, fraternité. Il s’agit de sauver nos valeurs et d’assumer la part qui est la nôtre dans ce qui est l’honneur de notre pays.

Tant que les États européens se soustrairont à leurs devoirs, nous serons là pour nous mobiliser et les rappeler à leurs responsabilités, nous serons aux côtés des citoyennes et des citoyens de SOS Méditerranée pour faire vivre sa mission vitale de sauvetage en mer.

>>> La plateforme des collectivités solidaires françaises

Les signataires :

Anne Hidalgo, maire de Paris, Philippe Grosvalet, président du département de Loire-Atlantique, Carole Delga, présidente de la région Occitanie, Georges Meric, président du département de Haute-Garonne, Michael Delafosse, maire de Montpellier, président de Montpellier Méditerranée Métropole, Serge De Carli, maire de Mont-Saint-Martin, président de la communauté d’agglomération de Longwy, Cédric Van Styvendael, maire de Villeurbanne, Loïg Chesnais-Girard, président de la région Bretagne, Nathalie Sarrabezolles, présidente du département du Finistère, Bertrand Affile, maire de Saint-Herblain, Jean-Luc Chenut, président du département d’Ille-et-Vilaine, Pierrick Spizak, maire de Villerupt, David Samzun, maire de Saint-Nazaire, Thomas Dupont-Federici, maire de Bernières-sur-Mer, Martine Aubry, maire de Lille, Hermeline Malherbe, présidente du département des Pyrénées-Orientales, Bertrand Kern, maire de Pantin, Grégory Doucet, maire de Lyon, Pierre Hurmic, maire de Bordeaux

Benoît Payan, maire de Marseille, Hélène Sandragne, présidente du département de l’Aude, Eric Piolle, maire de Grenoble, Nathalie Appéré, maire de Rennes, présidente de Rennes Métropole, Hervé Neau, maire de Rezé, Kléber Mesquida, président du département de l’Hérault, Alain Lassus, président du département de la Nièvre, Johanna Rolland, maire de Nantes, Pierre Laulagnet, maire d’Alba-la-Romaine.

Source https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/tribune-nous-%C3%A9lus-avons-d%C3%A9cid%C3%A9-de-soutenir-sos-m%C3%A9diterran%C3%A9e-lappel-de-28-collectivit%C3%A9s-pour-linconditionnalit%C3%A9-du-sauvetage-en-mer/ar-BB1cXcvB?ocid=wispr&li=BBoJvSH

Ramené·es à la frontière plutôt qu’à l’hôpital

Communiqué de presse du Collectif Maraude du Briançonnais

Ramené·es à la frontière plutôt qu’à l’hôpital

Samedi 16 janvier 2021, un peu avant 16 heures, l’hélicoptère du secours en montagne a déposé une famille exilée au poste de frontière de Montgenèvre au lieu de l’amener à l’hôpital. La manière dont s’est déroulé ce secours, à plus de 2000m d’altitude, d’un nourrisson de quelques jours, de son frère d’à peine un an et de leurs parents constitue une nouvelle escalade du gouvernement français dans le mépris des droits fondamentaux et la mise en danger des personnes exilées.

Les maraudeuses et maraudeurs présent·es à Montgenèvre samedi sont resté·es stupéfait·es en voyant l’hélicoptère se poser devant le poste de la police de l’air et des frontières (PAF) et faire descendre la famille. Ce n’est pas une pratique habituelle des secours en montagne et cela constitue clairement une mise en danger de cette famille.

« Il est impossible d’estimer l’état de santé d’un nourrisson à l’intérieur d’un hélicoptère. Ils auraient dû être emmené·s à l’hôpital ! D’ailleurs ils l’auraient certainement été s’ils n’étaient pas exilé·es » –  Justine Wyts, médecin généraliste bénévole maraudeuse pour Médecins du Monde, ayant assisté à la scène.

Ce samedi, cette famille et 18 autres exilé·es sont resté·es une dizaine d’heures dans les locaux de la PAF. Une fois n’est pas coutume, les services de la PAF ont, en pleine nuit, confié à l’association Tous Migrants la charge de mettre à l’abri ces 22 personnes :11 adultes dont 4 personnes âgées et 11 enfants. « Je veux les confier à votre association » a dit un policier à une bénévole de Tous Migrants en l’appelant autour de 1h du matin. C’est seulement le lendemain, dans la presse, que nous apprenons qu’avant de les relâcher, la préfecture leur à délivrer des Obligations de Quitter le Territoire Français, et des Interdictions de Retours sur le Territoire Français.

Un des bénévoles appelé par la PAF cette nuit-là, était convoqué le 18 janvier pour une audition libre au motif d’aide à l’entrée de personnes en situation irrégulière, suite à une interpellation le 11 janvier. Cette audition libre a étrangement été annulée suite aux évènements du 16 janvier.

L’État militarise la frontière, traque les exilé·es et les reconduit quasi systématiquement en Italie sans même vérifier s’ils souhaitent demander l’asile en France. Cela constitue une violation du droit d’asile, des droits fondamentaux des personnes exilées à la frontière et, comme en témoigne la multiplication des secours en montagne et des hospitalisations, poussent ces derniers à prendre de plus en plus de risques pour rentrer en France.

Au lieu d’accueillir, l’État français rejette le problème, ferme les yeux et ose réprimer les citoyennes et citoyens qui appliquent le principe de fraternité et de solidarité. Ces dernières semaines les forces de l’ordre présentes à la frontière italienne ont augmenté la répression contre les Solidaires. Les contrôles arbitraires, notifications d’amendes, auditions libres et autres pressions envers les citoyens et citoyennes qui chaque soir essaient de porter assistance aux exilé.es se sont multipliés.

« La nuit du 8 janvier 2020, j’ai été contrôlé 4 fois par deux équipes de gendarmes alors que je maraudais dans Montgenèvre. Cette même soirée, j’ai été notifié de trois amendes alors que j’étais en possession de mon ordre de mission et de mon attestation dérogatoire de déplacement délivrés par l’association Tous Migrants ». – Un maraudeur

Les maraudeurs et maraudeuses dénoncent cet harcèlement qui n’a pour but que de fragiliser les dynamiques de solidarité qu’elles et ils ont construites depuis 2015. Entre le 8 et le 13 janvier, près d’une trentaine de notifications d’amende pour non-respect du couvre-feu ont été faites à l’encontre des maraudeurs et maraudeuses. Faut-il rappeler que les maraudes citoyennes, ainsi que l’unité mobile de mise à l’abri de Tous Migrants et Médecins du Monde rentre dans le cadre des dispositifs d’aides maintenus pendant le couvre-feu ? Du moins c’est ce que confirme Emmanuelle Wargon dans le communiqué du ministère chargé du logement daté du 17 octobre 2020 : « les maraudes et équipes mobiles auront leur activité maintenue grâce aux attestations que salariés et bénévoles pourront remplir et faire valoir ». La Préfecture des Hautes-Alpes et le Procureur sont informés de ces dispositifs. Les séries de contrôles et d’amende envers les maraudeurs et maraudeuses sont donc totalement abusives et doivent cesser. La solidarité ne peut être criminalisée.

L’unité mobile de mise à l’abri a permis depuis le mois de septembre de porter assistance à 196 personnes  dont :

  • au moins 12 familles
  • plus d’une cinquantaine d’enfants, dont 9 bébés (un avait 12 jours) et de nombreux enfants en bas âge ;
  • une dizaine de personnes âgées ; 
  • 4 mineurs non-accompagnés

Les pompiers et unités de secours n’arrivent pas toujours à temps. En militarisant la frontière et en criminalisant la solidarité, l’État se rend responsable des drames qui ont lieu aux frontières. Il n’est pas trop tard pour ouvrir les yeux. Le gouvernement français doit prendre ses responsabilités et cesser cette politique illégale, illégitime, dangereuse et barbare. Il en va de vies humaines.

Le Collectif Maraude,

constitué de plus de 200 citoyennes et citoyens

et des associations Tous Migrants, Médecins du Monde

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