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Sur la question Macédonienne

Après l’accord de Prespa : réflexions sur la question dite « macédonienne »  Le blog de Emmanuel Kosadinos sur Médiapart

L’accord de Prespa a été ratifié le 25/01 par le Parlement grec à courte majorité. L’opinion publique grecque et les manifestations de rue contestent sa légitimité. L’opposition a déclaré qu’elle n’avait pas l’intention de respecter l’accord à la lettre, notamment pour l’intégration de la «Macédoine du Nord» à l’UE. L’avenir géopolitique des Balkans est loin d’être apaisé après cette ratification.

Liminaire

Au départ ce texte était destiné à des ami-e-s françai-se-s qui se sont intéressés à la question, aux moments des mobilisations en Grèce contre la signature de l’accord de Prespa et de sa ratification. L’accord a été finalement ratifié par le Parlement grec (le 25/01/19), dans des conditions qui ne garantissent pas pleinement sa légitimité ni son application de bonne foi. Je tente ici d’apporter des clarifications sur le signifiant « Macédoine » dont «l’ambiguïté» crée «la duplicité du sujet» qui le porte, selon la formule du psychanalyste français Jacques Lacan.

Ayant vécu en France la totalité de ma vie active, Français par naturalisation, je ne prétends pas traduire le sentiment du peuple grec sans risque de le trahir. L’émergence  d’un sentiment populaire est un processus partiellement opaque, à la fois d’identification et de division, de rassemblement et de clivage. Ni je prétends épuiser les aspects géopolitiques de la question, nécessaires néanmoins à évoquer. Par ce texte je réponds aux questions les plus fréquentes des camarades françai-se-s.

Pourquoi cette question, subsidiaire en apparence, suscite autant d’émotion et de mobilisation en Grèce aujourd’hui, alors que des questions relatives aux conditions de vie du peuple grec et à son avenir dans l’Europe ne mobilisent pas autant ?

Aujourd’hui en Grèce les « corps intermédiaires » (partis, syndicats, médias, intelligentsia) sont discrédités et peinent à se faire les porteurs légitimes de revendications populaires. Ce phénomène, présent de nos jours dans plusieurs pays et notamment en France, est plus accentué en Grèce, à cause de la trahison du parti SYRIZA au pouvoir, transformé en quelques mois de porte-parole des revendications populaires en pilier et moteur des politiques néolibérales antisociales.

Encore, il est difficile aujourd’hui de proposer en Grèce la grève comme moyen pour défendre les conditions de vie et les droits des travailleu-se-rs. Le chômage supérieur à 20% et la grande précarité de l’emploi (60% de contrats) sont des freins puissants à toute mobilisation ouvrière.

Ainsi, l’apparition des questions «nationales» dans un débat public qui reflète, de manière plus ou moins biaisée, les risques géopolitiques réels qui pèsent sur le pays, permet la poursuite d’une discussion politique dans la société et offre un terrain pour exprimer des critiques face au gouvernement et à ses alliés et de mettre en scène sur la place publique une contestation massive, sans pour autant exposer les contestataires aux risques liés aux luttes ouvrières.

Les politiques oppressives de l’UE et de la Troïka imposées au peuple grec créent, sous différentes orientations idéologiques, la défiance générale vis-à-vis des «étrangers». Le champ de rassemblement créé autour des questions dites « nationales » est très vaste, incluant des forces anti-néolibérales démocratiques, ou issues du camp progressiste historique. Mais il comporte aussi en grande partie des forces apolitiques, conservatrices, nationalistes et des forces fascisantes. Ces dernières, après avoir perdu, suite au dévoilement du caractère criminel du parti «Aube Dorée», l’initiative de mouvement, récupèrent, sous prétexte de «défense des intérêts de la nation», un terrain propice à déployer leur propagande et la contenance nécessaire pour poursuivre des actions de provocation et de violence.

Dans tous les cas, le glissement actuel de la vie politique en Grèce favorise la création dans l’opinion publique de majorités éphémères et hétéroclites et déstabilise à court et moyen terme les institutions. Les répercussions politiques de la gestion et instrumentalisation par le gouvernement SYRIZA de la question dite «macédonienne» cristallisent la marche d’un tel processus.

Le débordement émotionnel suscité par cette question ne s’explique pas uniquement par les causes du présent. Pour se projeter dans la psychologie des Grecs, il faudrait penser à la guerre d’Algérie et à la propagation, jusqu’à nos jours, de ses ondes de choc affectives dans la vie publique de la France. Dans l’un cas comme dans l’autre, la sensitivité et le caractère excessif des réactions s’appuient sur les traces d’une mémoire collective, immédiate ou trans-générationnelle, chargée de représentations de violence et d’angoisse, et sur des récits véhiculant aussi bien des identifications héroïques que des questions honteuses, une subjectivation de l’histoire souvent menteuse.

Rassemblement massif à Athènes pour s'opposer à l'accord de Prespa et revendiquer l'hellénicité exclusive de la Macédoine Rassemblement massif à Athènes pour s’opposer à l’accord de Prespa et revendiquer l’hellénicité exclusive de la Macédoine
 Des éléments d’histoire susceptibles de diminuer (ou d’augmenter) la confusion

Le partage des territoires et des ressources du Sud des Balkans (question dite « macédonienne ») ont été à l’origine de plusieurs guerres meurtrières sur le territoire grec : 1903, 1912, 1913, 1922, 1941, 1946 ! 

À celles-ci il faut ajouter les conflits armés qui se sont déroulés sur le territoire de la Bulgarie et de l’ancienne Yougoslavie.

Dans la mémoire historique du peuple grec (mais aussi d’autres peuples de la région) sont  inscrites avec vivacité les atrocités commises par les partisans du «comité bulgare», organisation œuvrant pour le rattachement de toute la région à la Bulgarie, sous les auspices du gouvernement bulgare et de l’Église orthodoxe de Bulgarie qui, après avoir proclamé son indépendance (Exarchiat) de l’Église orthodoxe de Constantinople, agit en fer de lance du nationalisme bulgare. 

Le peuple de l’actuelle  «Macédoine du Nord» parle une langue très proche du bulgare, ainsi dans la perception de plusieurs Grecs contemporains il y a identification erronée des slavophones du Nord de la Grèce avec les  «komitadjis» bulgares, amalgame que l’enseignement de l’histoire dans les écoles grecques n’a pas réussi à dissiper. À l’époque des conflits balkaniques (1903-1913) la langue et identité distincte des slavophones du Sud des Balkans n’était pas reconnue comme telle. Une grande partie de cette population se définissait comme  «macédoniens orthodoxes» en opposition aux Bulgares  «schismatiques» et appelaient leur langue «patois local» (ndopia/ ντόπια).

Les atrocités du « comité bulgare » ont été perpétrées  contre des «orthodoxes» Grecs et slavophones, des musulmans, des roumains, bref de tous ceux qui ne partageaient pas la cause du rattachement à la Bulgarie. Pour que la confusion soit encore plus grande, plusieurs communautés ethniques de la région avaient leurs propres «comités» et donc tous les belligérants portaient tous le nom «komitadjis».

Groupe armé de "komitadjis" (1903-908) posant pour une carte postale d'époque Groupe armé de « komitadjis » (1903-908) posant pour une carte postale d’époque

Cette guerre (1903-1908) étant une guerre de groupes irréguliers dans un territoire d’une grande mixité, il n’était pas toujours possible de distinguer les alliés des ennemis (géométrie variable des alliances) et il a fallu parfois se remettre à Dieu pour «qu’il reconnaisse les siens» (!). Ainsi les récits de ce conflit varient beaucoup selon le point de vue du narrateur.

Drapeau de la "Commune de Krouchevo" de 1903. Y est inscrite la devise "la liberté ou la mort" Drapeau de la « Commune de Krouchevo » de 1903. Y est inscrite la devise « la liberté ou la mort »

Un épisode toutefois remarquable de cette époque, appartenant incontestablement à l’histoire du peuple de la «Macédoine du Nord», est celui de l’éphémère Commune de Krouchevo, en 1903, ville située dans la partie occidentale de la MdN. Cette expérience de fédéralisme républicain radical fut écrasée dans le sang, par les troupes ottomanes, au bout de dix jours. Elle avait accordé la gouvernance de la ville à des conseils représentatifs des différentes communautés ethniques qui la partageaient et fait partie de l’héritage historique du mouvement d’émancipation dans les Balkans.

Évidemment, l’histoire n’est pas un album d’images. Elle est surtout ce que les humains en font. Les conflits passés souvent se téléscopent avec les conflits actuels et futurs et façonnent l’interprétation du monde pour les personnes et les communautés qui y ont participé. Pour les Grecs, le dernier conflit armé où ils ont été impliqués fut le conflit à Chypre, en 1974. Même si Chypre ne fait pas partie des Balkans, mais plutôt du Moyen Orient, les enjeux et les acteurs géopolitiques sont partiellement communs, d’une manière ou d’une autre. Les personnes ayant vécu directement le conflit chypriote ont aujourd’hui 60-70 ans, leurs enfants 30-40.

Le drapeau arborant le soleil à douze branches, mais sur fond bleu, est brandi par des manifestants grecs qui revendiquent "l'hellénicité exclusive" de la Macédoine Le drapeau arborant le soleil à douze branches, mais sur fond bleu, est brandi par des manifestants grecs qui revendiquent « l’hellénicité exclusive » de la Macédoine

Y a-t-il une identité macédonienne ?

Depuis l’auto-proclamation de la «République de Macédoine» en tant qu’État indépendant cette question ne se pose qu’en termes de recherche scientifique rétrospective. Lorsqu’elle fut posée  en termes politiques, les réponses données ont dépendu des parties politiques respectives. Si l’histoire se lit au passé, elle s’écrit toujours au présent.

Je pars du principe que les identités collectives se créent chaque fois que des collectivités s’en réclament. Aujourd’hui la majorité slavophone (66%) des résidents de la «Macédoine du Nord» se réclament d’une identité macédonienne (« Makedonci »). La totalité des résidents de la région «Macédoine» du Nord de la Grèce s’en réclament aussi («Μακεδόνες») en lui accordant un contenu historique et culturel différent. Une partie des résidents du Sud-Est de la Bulgarie pourraient aussi se réclamer  «macédoniens ».

Il faudrait tour à tour relativiser et déconstruire les identifications partisanes, pour en construire d’autres permettant la coopération et le bien vivre ensemble, sans pour autant dénier aux collectivités distinctes de la région le droit de choisir une nomination les désignant et d’en faire usage pour développer leur potentiel économique et culturel.

La création d’une entité étatique sur la base d’un’ identité « macédonienne » pose toutefois la question sur une autre base. La  «République socialiste fédérée de Macédoine», instituée en 1945 après la libération des nazis en tant que partie constituante (avec les 5 autres Républiques) de la République socialiste fédérative de Yougoslavie, puis la  «République de Macédoine» née (après sa sortie par référendum de la Yougoslavie) en tant qu’État indépendant en 1991, sont des États fondés sur la reconnaissance d’une nationalité  «macédonienne» et l’officialisation d’une langue, pour la première fois de l’histoire.

Toutefois, l’identification de l’État à une nation  «macédonienne» n’a lieu qu’en 1989 (encore dans le cadre de la Yougoslavie) par amendement de la Constitution de la République fédérée, déniant aux minorités albanaise et turque le statut de co-fondatrices de la République. Cet amendement a d’ailleurs suscité des troubles sérieux de l’ordre public à l’intérieur. Mais, si la délimitation du périmètre interne de la nationalité pose des questions, celle de son périmètre externe suscite d’autres complications, se heurtant à la méfiance et l’hostilité des pays voisins (Grèce, Bulgarie, voire même Albanie) qui abritent des minorités apparentées et/ou incluent des territoires portant le nom de  «Macédoine». La mémoire des conflits régionaux du 20e siècle est la poudre et toute imprudence pourrait allumer la mèche.

En ce qui concerne la Grèce en particulier, le nom de la  «Macédoine» est associé à l’héritage hellénique de l’Antiquité, partie constituante de l’idéologie de l’État grec, depuis que celui-ci s’est créé au début du 19e siècle en se détachant de l’Empire ottoman par une révolution et une guerre d’indépendance sanglante qui dura 11 ans (1821-1832).

L’équilibre armé entre les 2 super-puissances (USA, URSS) a gelé ce type de tensions dans les Balkans. Pendant la période qui a suivi la fin de la deuxième guerre jusqu’à l’effondrement de l’Union Soviétique, même si les angoisses et frustrations se sont pérennisées, la survenue d’un nouveau conflit armé semblait improbable, chaque pays de la région, y compris la Yougoslavie non-alignée, bénéficiant de la protection potentielle d’une des deux grandes puissances. Il y a eu cependant aussi durant cette période des passes d’armes diplomatiques au sujet du nom de la Macédoine.

En même temps, des conflits beaucoup plus sérieux, aux nombreuses victimes humaines, sont survenus entre la Grèce et la Turquie, toutes les deux membres de l’OTAN.

Manifestation nationaliste en Macédoine du Nord. Le drapeau avec le soleil à douze branche, référence à un symbole du patrimoine archéologique grec, est brandi par les manifestants. Son utilisation est interdite en Macédoine du Nord après la signature de l'accord de Prespa Manifestation nationaliste en Macédoine du Nord. Le drapeau avec le soleil à douze branche, référence à un symbole du patrimoine archéologique grec, est brandi par les manifestants. Son utilisation est interdite en Macédoine du Nord après la signature de l’accord de Prespa

Y a-t-il une minorité « macédonienne » slavophone en Grèce aujourd’hui ?

Suite aux déplacements de populations qui ont accompagné les guerres de 1912, 1913 et 1922, la communauté slavophone de Grèce (hétérogène au départ) s’est beaucoup réduite. Les politiques d’assimilation forcée, appliquées entre 1913 et 1940 ont entravé et réprimé le droit d’expression dans la langue maternelle et mis en place des discriminations. Des politiques d’assimilation forcée ont également été appliquées, à large échelle, en Yougoslavie et Bulgarie royalistes.

En 1945, après la libération de la Yougoslavie, s’est constituée la « République socialiste fédérée de Macédoine » devenue foyer étatique du peuple slave du Sud-Ouest des Balkans. La nouvelle République fédérée est devenue terre d’accueil pour les macédo-slaves discriminés ou persécutés dans les pays frontaliers.

Pendant et après la guerre civile grecque, un grand nombre de slavophones a traversé la frontière pour s’installer en République yougoslave de Macédoine. Des familles ont été séparées. Les biens de celles et ceux qui, dans ce contexte, ont quitté la Grèce ont été expropriés. Qualifiés « d’allogènes » ces réfugiés n’ont jamais obtenu le droit de retour, sauf individuellement et à échelle limitée. Il est difficile de recenser leur nombre car, contrairement aux réfugiés communistes grecs accueillis dans d’autres pays de l’Europe de l’Est, les réfugiés macédo-slaves ont acquis la citoyenneté yougoslave. On estime toutefois leur nombre autour des 30.000.

Après-guerre, l’exode rural et l’émigration vers l’Occident ont davantage réduit la taille de cette communauté et accéléré, dans le premier cas, son assimilation à la société grecque.

Aujourd’hui le groupe slavophone le plus nombreux sur le territoire de la Grèce est celui des Pomaques, musulmans sunnites ou alévites, résidant de Thrace, à environ 300 km (et près de 4 heures de voiture) de la « Macédoine du Nord », totalement indifférents à la question de l’identité « macédonienne » telle qu’elle est posée par Skopje.

Des macédo-slaves (proches culturellement du peuple de « Macédoine du Nord ») il en existe cependant toujours en Grèce. Ils se concentrent dans le département de Florina et les autres départements frontaliers du nord-ouest de la Grèce. Une partie d’entre eux se réclame de l’identité culturelle (à distinguer de la nationalité) macédonienne slave. Lors des élections européennes de 2009 ce courant a présenté la liste « Arc-en-ciel » qui a obtenu 4.530 voix (0,09%), dont 2.594 (5,7%) dans les départements frontaliers. C’est bien peu pour légitimer une revendication d’auto-détermination. Il s’agit en général de personnes bilingues ou simplement hellénophones, socialement intégrées et subissant beaucoup moins de discriminations, depuis l’accès au pouvoir des socialistes du PASOK, en 1981.

Si l’autodétermination n’est point à l’ordre du jour de cette communauté, le respect de ses droits de minorité est une obligation de l’Etat grec qui découle de la « Convention-cadre pour la protection des minorités nationales » du Conseil d’Europe, de 1991.  Cette convention a été co-signée par la Grèce, mais jamais ratifiée par son Parlement. La France et la Turquie ne l’ont jamais signée. La libre utilisation et l’enseignement de la langue maternelle, le droit d’utiliser son nom et patronyme d’origine, le droit d’affichage de la langue locale ou régionale sur les inscriptions publiques sont inscrits dans cette Convention-cadre.

La mise en place de telles conventions internationales a pour but la protection des droits civiques, mais aussi de priver d’arguments toutes interventions d’un pays aux affaires internes d’un autre, sous prétexte de protection d’une minorité. Cette question est renvoyée aux obligations de chaque Etat face à ses citoyen-ne-s et à ses rapports avec la communauté internationale dans son ensemble. Les conventions multilatérales sur les droits individuels ou collectifs visent la stabilité et le maintien de la paix dans le monde.

On doit considérer aujourd’hui comme inacceptable toute influence de la diplomatie bilatérale entre Etats sur le statut des minorités nationales ou religieuses. C’est bien les jeux diplomatiques et les rapports de force entre Etats qui ont occasionné le déracinement forcé et le déplacement de millions de personnes lors du 20e siècle dans les Balkans, et de plusieurs autres millions dans le monde entier. Au détriment de l’égalité et de la laïcité, des conséquences de ces politiques subsistent encore, dans des pays balkaniques, notamment la Grèce. Il est du devoir de la Gauche radicale humaniste de lutter pour leur abolition.

Historiquement favorables aux droits de minorités, les communistes grecs ont souligné combien cela était important pour le maintien de la paix dans la région, citant souvent cet argument lors des procès qui leur ont été infligés dans les années 1930.

En France, malgré l’absence d’autorisation légale, les panneaux bilingues affichant la langue régionale existent maintenant depuis des décennies. Ils sont mis en place par décisions des autorités locales, départementales ou régionales.

Ce n’est pas le cas en Grèce, où les inscriptions bilingues, affichant une langue minoritaire non hellénique, font scandale, alors bien que tout visiteur de la Grèce constatera que toutes les inscriptions sont doubles, écrites  en alphabets grec et latin pour le confort des touristes occidentaux.

L’affichage d’un panneau en langue macédo-slave par « Arc-en-ciel » devant ses locaux à Florina a déclenché, en 1995, l’assaut et le saccage des locaux, par des nationalistes en plein jour. Cette affaire a finalement conduit, en 2005, à la condamnation de la Grèce par la CEDH.

La question de la communauté slavo-macédonienne grecque ne doit pas être posée en fonction de la diplomatie de Etats, ni d’identifications nationalistes. L’enjeu pour cette communauté et le peuple grec sont l’épanouissement économique et culturel, les droits civiques et la justice sociale pour tout-te-s.

Au-delà de ses spécificités culturelles et de son héritage historique, cette communauté partage, avec l’ensemble du peuple grec, les effets de la crise, ressentis avec une intensité particulière dans plusieurs zones périphériques, notamment du Nord de la Grèce. Le développement de la vie économique et culturelle locale, à travers la vie associative, les coopératives, l’économie sociale et solidaire, est la seule voie pour le bien vivre ensemble et la disparition des anciennes rancunes et hostilités. La contribution des autorités régionales et municipales devrait être substantielle pour la réalisation de ces objectifs.

Malheureusement, les réformes des collectivités territoriales, imposées d’en haut (notamment par l’UE et le FMI) et les restrictions drastiques de leurs budgets ont rendu ce travail mission impossible. Alors que, les privatisations, la réduction des services publics de proximité et l’imposition lourde des paysans, mis en place par le gouvernement Tsipras, accentue la souffrance économique et sociale de ces populations.

Macédo-slaves et communistes grecs: des liaisons dangereuses historiques et leurs conséquences à long terme

Aux débuts du 20e siècle, moment de naissance du mouvement ouvrier en Grèce, la Fédération socialiste juive de Thessalonique fut co-fondatrice, les guerres nationalistes de 1903-1922, et l’inclusion consécutive des provinces du Nord dans le territoire national de la Grèce, ont été perçus comme hostiles à la classe ouvrière et au vivre ensemble des communautés locales et dénoncés.

Cette position «internationaliste» s’est régulièrement exprimée pendant les premières années de l’histoire du Parti Communiste de Grèce (KKE) et a donné lieu lors du 3e Congrès de novembre 1924, en écho aux projets de révolution prolétarienne dans l’ensemble des Balkans de l’Internationale Communiste, à la déclaration en faveur «d’une Macédoine unifiée et indépendante».

Cette position ne prenait pas en compte les modifications de la démographie en Macédoine grecque, suite aux «échanges de populations», déplacements forcés suite aux accords avec la Turquie et la Bulgarie. On ne peut que déplorer et dénoncer ces politiques d’Etat de l’époque, mais elles ont cependant créé une réalité. La position de 1924 du PC a contribué à limiter son influence parmi les couches populaires, notamment rurales, de manière qu’elle soit longtemps restée bien en deçà du brillant résultat de 13%, obtenu lors de sa première participation (1920) aux élections générales.

Il a fallu attendre l’occupation nazie et la constitution du «Front de Libération Nationale – EAM» pour que l’influence du PC sur la vie politique grecque devienne déterminante. La position du PC (KKE) sur la question dite «macédonienne» fut le prétexte de la persécution de ses militants pendant des années et de l’instauration des lois anticommunistes entre les deux grandes guerres.

Cette position, qualifiée des décennies après par le Parti comme «erreur historique», s’est progressivement effacée pendant les années 1930. Elle a été remplacée, lors du 6e Congrès de 1935, par celle de «la lutte pour la défense des droits et le traitement équitable de toutes les minorités ethniques». À ce moment, le PC (KKE), appliquant la ligne de l’Internationale de « la plus large unité dans la lutte contre le fascisme », dite du «Front Populaire» s’orientait vers une possible alliance avec le Parti Libéral vénizéliste, bourgeois et nationaliste. Ce projet est resté sur le papier, n’empêchant pas l’installation en 1936 du régime fasciste de Métaxas, dit «régime du 4 août», qui redoubla d’intensité les persécutions des opposants, particulièrement des communistes, et les politiques discriminatoires à l’égard des minorités.

Pendant la deuxième guerre mondiale et l’occupation nazie de la Grèce (1941-1944), alors qu’en Grèce (comme en Yougoslavie) un ample mouvement de résistance, animé par le Parti Communiste et des forces démocratiques, libérait une grande partie des régions rurales, la question dite «macédonienne» fut effleurée par les directions des résistances communistes des Balkans (Grèce, Yougoslavie, Bulgarie) et les gouvernements des puissances alliées lors de certains pourparlers. Toutefois, l’option privilégiée de toutes parts (y compris de l’Union Soviétique) fut le respect des frontières des États, telles qu’elles étaient tracées avant 1940.

La question « macédonienne » est remise à l’ordre du jour pendant la 2e étape (1946-1949) de la guerre civile grecque. La stratégie de l’insurrection armée, menée par le PC (KKE) et l’Armée Républicaine de Grèce (DSE), changea deux fois le long de ce conflit. Au départ riposte défensive face aux persécutions («terreur blanche») que la Droite infligeait aux résistants, l’insurrection fut par la suite pensée comme moyen de pression sur le gouvernement d’Athènes, puis moyen pour constituer un territoire «libéré» susceptible de peser sur l’échiquier international.

Dans ce contexte précis, la question «macédonienne» s’afficha de nouveau comme paramètre. En effet, dès 1946, plusieurs combattants slavophones, subissant les mêmes persécutions que les résistants communistes grecs, avaient rejoint  l’Armée Républicaine.

Les populations slavophones de Grèce, surreprésentées dans les territoires contrôlés par l’insurrection, fournissaient à la fin de la guerre civile le quart de contingents de l’Armée Républicaine. Nombre de ces combattants se réclamaient d’une identité «slavo-macédonienne» et réclamaient pour la minorité l’autodétermination, ou son rattachement à la Yougoslavie socialiste. Pour converger avec ces aspirations, le Parti Communiste de Grèce s’est déclaré, par décision de la 5e plénière du Comité Central en 1949, favorable «au droit à l’autodétermination» sans pour autant cautionner ni même mentionner une quelconque sécession territoriale, comme il s’en est par la suite justifié.

L’intégration des combattants slavophones dans l’Armée Républicaine ne fut pas très simple. Leur transfert vers des théâtres d’opérations éloignés des terres d’origine, des discriminations pour l’accès aux grades et aux postes de commandement, les incitations à ne pas utiliser la langue maternelle, les différences culturelles et les divergences d’objectifs, installèrent du mécontentement et une certaine méfiance de part et d’autre. Dans un contexte de lutte armée de telles tensions peuvent prendre parfois des formes violentes.

À partir de 1948, le conflit entre les directions de l’URSS et de la Yougoslavie compliqua davantage la situation. Le Parti Communiste de Grèce s’étant aligné sur les positions de Moscou, l’ancien allié yougoslave devint un adversaire, ce qui précipita la défaite de l’Armée Républicaine et la fin de la guerre civile en Grèce, en 1949. Des slavophones soupçonnés de «titisme» connurent un mauvais sort. Pour faire diversion au «titisme», le Parti Communiste de Grèce encouragea, 5 mois avant la fin de la guerre civile, la création de «l’Organisation Communiste de la Macédoine de la mer Égée – KOEM», slavophone et anti-titiste, placée sous contrôle de la direction du KKE.

Paradoxalement, la décision de la 5e plénière sur «l’autodétermination» et la création de la KOEM ciblait la direction communiste yougoslave, qui avait elle-même institué une «République de Macédoine», établissant un peuple dans un territoire. Belgrade fut donc bien agacée par la manœuvre mais la direction communiste bulgare, non informée du sens de cette politique du KKE, le fut également.

Mais c’est surtout à Athènes (et chez ses alliés occidentaux) que cette décision fut violemment dénoncée, qualifiée de trahison et de complot «contre l’intégrité de la nation». Une position rapidement abandonnée par le Parti, non sans avoir provoqué de grands dégâts. Ainsi la classe politique bourgeoise de la Grèce, la Droite en particulier, se saisirent de l’occasion pour établir dans leur propagande l’équation suivante : «communistes = partisans  = slavophones = sécessionnistes = traîtres = bandits = Bulgares, etc.». Des échos de ce discours se font entendre encore aujourd’hui, notamment du côté de l’ultra-droite.

Il en fallait beaucoup moins, en période de guerre froide, pour justifier des vagues successives de répression féroce et toutes sortes de discriminations. Elles furent dirigées contre les communistes bien entendu, les slavophones également, mais aussi contre les démocrates de Gauche, les militants pacifistes et quiconque pouvait être soupçonné d’être «un compagnon de route des communistes», concept-accordéon justifiant toutes sortes d’atteintes aux droits civiques et à la Démocratie.

La loi de bannissement du Parti Communiste (loi 509/47, abrogée en 1974) mentionnait le crime «de conspiration contre l’intégrité du territoire national», criminalisait les opinions politiques, prévoyait la peine de mort pour les délits politiques, instaurait la compétence des tribunaux militaires pour ces délits. Elle fut votée suite à la déclaration, lors du Congrès du PCF à Strasbourg, en 1947, du représentant du PC de Grèce que «suite à l’intransigeance des forces réactionnaires locales et internationales, la seule option disponible est la création d’une Grèce libérée avec son propre gouvernement», projet que l’Armée Républicaine a tenté, sans succès final, de mettre  en place. Mais, c’était la prise de position du KKE, en 1949, sur la question «macédonienne» (amalgame accessible au citoyen lambda) qui était a posteriori évoquée pour justifier ce «droit» d’exception et de terreur.

Aussi, un état d’urgence permanent s’appliquait en Grèce du Nord suite à l’instauration légale d’une «zone de surveillance renforcée» depuis la frontière nord jusqu’à 50 km en deçà. En tenant compte que la distance moyenne de la mer à la frontière nord, ainsi celle de Thessalonique, deuxième ville du pays à la frontière étant de 80 km, on voit bien l’étendue proportionnelle de cette  zone d’exception.

Ce statut exceptionnel pour une partie du territoire a été instauré en 1936 par le régime fasciste du «4 août» de Métaxas et a commencé à être abrogé, parcelle après parcelle, en 1974 après la chute de la dictature des colonels, pour disparaître complètement seulement en 1995 sous le gouvernement PASOK.

Dans cette zone la gendarmerie (instrument de répression politique et sociale, dissoute par premier gouvernement du PASOK en 1984) mais aussi des «milices citoyennes» auto-constituées exerçaient des pouvoirs de contrôle et de répression, au détriment des droits civiques comme on les conçoit dans une Démocratie. Cette ambiance, répressive et d’intolérance, favorisa la création en Grèce du Nord de groupuscules d’extrême droite, à vocation volontiers délictueuse, dont on peut voir les œuvres dans le film «Z» de Costa Gavras.

Les lacs de Prespa sont la frontière naturelle entre la Grèce, la MdN et l'Albanie. Ce paysage, d'une rare beauté, fut souvent le théâtre d'épisodes militaires Les lacs de Prespa sont la frontière naturelle entre la Grèce, la MdN et l’Albanie. Ce paysage, d’une rare beauté, fut souvent le théâtre d’épisodes militaires

 

Quel est l’enjeu et les conséquences du conflit autour du nom de la Macédoine, quel était l’enjeu de l’accord de Prespa ?

La Grèce, comme l’ensemble des membres de l’ONU, a reconnu la « Macédoine du Nord » comme Etat-membre. Le différend porte sur le nom sous lequel cet Etat figurerait dans les organismes internationaux. Quel que soit le nom porté, cet Etat entretient, depuis les «accords pour le rétablissement de la confiance» de 1995,  des relations avec la Grèce, y compris l’octroi de facilitations importantes pour le transit des marchandises et l’utilisation du port de Thessalonique. L’accord de 1995 a permis l’échange d’autorités diplomatiques (« bureaux diplomatiques ») même si ces délégations n’avaient pas jusqu’ici le statut d’ambassades ou de consulats.

Par ailleurs, la « Macédoine du Nord »  possède un consulat ou une ambassade dans 38 États étrangers et elle entretient des relations diplomatiques avec 167 États. Elle est membre de nombreuses organisations internationales, comme le Conseil de l’Europe, la Banque des règlements internationaux, le FAO, Interpol, l’Unesco ou encore l’Organisation internationale de la francophonie.

Dans un contexte géopolitique d’implosion de l’ancienne Yougoslavie, de montée des nationalismes et irrédentismes, des interventions militaires de l’OTAN en Yougoslavie, le refus de la Grèce, jusqu’au 25/01/2019 (jour de la ratification de l’accord de Prespa) de reconnaître à cet Etat la liberté de se nommer « République de Macédoine » avait pour cause la crainte des partis au gouvernement (Nouvelle Démocratie, PASOK) des retombées politiques intérieures qu’aurait l’acceptation du nom dont le pays voisin s’était doté dans sa Constitution, dont le texte comportait des formules à caractère irrédentiste. Ceci concernait surtout la référence faite à un « peuple macédonien vivant hors des frontières de l’Etat », énoncé pouvant servir d’appui pour des revendications territoriales au détriment des pays voisins (Grèce, Bulgarie, Albanie, Serbie).

Il existe, en effet, une diaspora  «macédonienne» importante mais elle est surtout présente hors des Balkans, en Australie en particulier, souvent acquise aux positions ultra-nationalistes. La présence dans le texte constitutionnel de la formulation «peuple national hors des frontières» pour qualifier les personnes émigrées (et leur descendance)  était très problématique. Imaginons la réaction de la France si un quelconque pays (État espagnol, Italie, Portugal, Pologne, Algérie, Tunisie, etc.) se revendiquait dans sa Constitution représentant et porte-parole légitime de ses citoyens émigrés et de leur descendance.

Une majorité de Grecs considère surtout que l’utilisation par l’État appelé aujourd’hui «Macédoine du Nord» de noms, insignes, références historiques appartenant à la Grèce antique est une usurpation d’identité, qui au-delà de leur hypothétique utilisation géopolitique, porte atteinte aux droits commerciaux de la Grèce en matière d’appellations d’origine, de tourisme et de culture.

Mon commentaire personnel est que le goût immodéré des dirigeants de la MdN, et de leurs sous-traitants commerciaux, pour le kitsch, nuit juste à notre culture et esthétique communes. Mais encore que, monuments bling-bling d’Alexandre, bâtiments publics de taille démesurée (pour lesquels on n’arrive pas à trouver les services publics à y loger) reproduisant de manière ratée le style de l’Antiquité, grandes fiestas pour célébrer la parenté (par Alexandre interposé) de l’État balkanique avec … l’Égypte pharaonique, sont aussi des atteintes à la décence, dans un pays où sévissent la pauvreté et le chômage.

La politique de sanctions imposées par la Grèce à son voisin pendant les années 1991-1995, culminant à un embargo d’un an et demi, imposé en dépit des règles de libre circulation, dont l’UE a été obligée de prendre acte. Les conséquences de l’embargo furent endossées davantage par le peuple que par l’oligarchie locale, mais elles ont contraint ses dirigeants de réduire la voilure de leurs ambitions et de signer l’accord « intérimaire » de 1995.

Ainsi la MdN (à l’époque ARYM) a accepté d’abroger les formulations irrédentistes de sa Constitution. La concession accordée, la plus visible, fut le changement du drapeau. Le premier drapeau de la République arborait, sur fond rouge, le soleil à douze branches, motif décoratif incrusté sur un coffret découvert dans une tombe ancienne, attribuée à la dynastie royale de la Macédoine antique, située près du village grec de Vergina, à plus de 200 km (et 3 heures de voiture) de la frontière. Le drapeau actuel porte un soleil doré à huit branches sur fond rouge mais le nouveau graphisme exclut tout amalgame visuel.

Le levier de pression utilisé par la Grèce sur de son voisin du Nord pour lui faire accepter de changer son nom « constitutionnel » fut de 1995 à 2018 le véto opposé à son adhésion à l’OTAN et à l’UE. Accessoirement ce fut un moyen de pression sur l’UE et l’OTAN, avéré toutefois d’efficacité négligeable.

Mentionnons que la MdN se porta plaignante contre la Grèce devant la Cour internationale de Justice en 2008 pour violation de l’accord de 1995, alléguant que la Grèce s’était opposée à son adhésion à l’OTAN, lors du sommet de Bucarest de la même année. La Cour, par son arrêté de 2011, donne raison à la MdN, l’effet de cette décision reste toutefois seulement déclaratif. Une simple lecture de l’arrêté de la Cour dévoile la faiblesse de l’accord de 1995 (susceptible à interprétation variable comme celui de 2018) pour parer à la mauvaise foi éventuelle des parties contractantes.

On apprend cependant que l’unique fois qu’une juridiction internationale a été saisie, c’était pour se prononcer sur ce qui se révèle le principal enjeu de la discorde : l’adhésion de la « Macédoine du Nord » à l’OTAN !

La principale conséquence du statu quo préalable à la signature de l’accord de Prespa serait donc le report de son adhésion à l’UE et à l’OTAN. S’agirait-il là d’un préjudice pour le peuple de la «Macédoine du Nord», pour la paix et la coopération dans la région ? Personnellement, je ne le crois pas.

Je ne crois pas que la future appartenance annoncée de ce pays à l’UE et à l’OTAN soit un facteur de stabilisation de sa politique interne et de son intégrité territoriale, ni une garantie de sa bienveillance vis-à-vis de se voisins. Le cas de la Turquie, membre de l’OTAN, démontre tout le contraire.

Je pense, au contraire, que la diminution du chômage en MdN (aujourd’hui proche de 22%) et la hausse des revenus des salarié-e-s (salaire net médian 403 €, salaire médian net corrigé 1205 €, des plus bas en Europe et dans les Balkans) garantiraient davantage la stabilité du pays et de la région (ce même constat s’appliquant pour les pays voisins),  pour répondre à l’argument mis en avant par les défenseurs de l’accord de Prespa. Car l’histoire et l’expérience récente démontrent que la montée des nationalismes et du risque de conflits armés accompagnent en général la précarisation et la paupérisation des classes populaires.

Si on observe l’écart entre les salaires nominatifs et le chiffre corrigé sur le coût de la vie en MdN, on peut assez facilement prévoir quel sera l’effet désastreux de l’adhésion du pays à l’UE, suite à l’augmentation des prix et la vague de privatisations que cette adhésion va engendrer. Des privatisations outrancières sont d’ailleurs en route depuis plusieurs années dans ce pays, comme dénonce la formation politique  «Levica» (La Gauche), issue de la convergence de plusieurs groupes de Gauche radicale, qui s’oppose fermement à l’adhésion à l’UE et à l’OTAN, et par conséquent adopte une position très critique face à l’accord de Prespa, et met le poids de sa campagne sur d’autres sujets que le nom du pays.

Les forces de Gauche radicale, de part et d’autre de la frontière, la Gauche radicale grecque et le parti macédonien « La Gauche » (Levica),  ont raison de voir derrière la signature de cet accord les manœuvres stratégiques des USA et de l’OTAN, dangereuses pour la paix régionale et mondiale dans le contexte géopolitique actuel.

La précipitation pour la conclusion d’un accord entre la Grèce et la « Macédoine du Nord » est manifeste, à la lecture des procédures prévues d’être mises en place dès maintenant. En fait, selon le secrétaire général de l’Alliance, la procédure de l’intégration de la MdN à l’OTAN devraient aboutir d’ici fin 2019. Connaissant que cette adhésion devrait préalablement obtenir sa ratification par les Parlements des 29 Etats-membres, on est en droit de s’interroger sur les motivations de cette hâte.

Il faut donc se rappeler que le retrait des USA de la Syrie, les rivalités avec la Russie et l’ambivalence de la Turquie créent le besoin pour les USA de revaloriser leur position dans les Balkans. La remise en question par Washington du « Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire » de 1987 a de quoi inquiéter les peuples des Balkans et de la Méditerranée Orientale. L’expansion de l’OTAN dans les Balkans n’est pas anodine mais pourrait s’intégrer dans un scénario militaire aux effets potentiellement désastreux.

Il faut aussi bien se rendre compte que l’adhésion de la MdN à l’OTAN sera une procédure à sens unique. Qui pourrait imaginer un possible retrait unilatéral de l’Alliance d’un pays de 2 millions d’habitants, quand bien même la majorité de ses électeurs le souhaiterait ? C’est le même piège qui s’est refermé sur le Monténégro (630.000 habitants) en 2017.

L’adhésion de la MdN à l’Union Européenne se fera par une procédure beaucoup plus longue et laborieuse. Ce n’est pas le véto grec qui a véritablement freiné cette adhésion, mais des décalages importants du pays par rapport à la « moyenne européenne », mis en avant par d’autres Etats-membres réticents à cette adhésion. Il ne s’agit pas pour l’Occident d’une urgence de la même nature, d’autant plus la pénétration du pays par les capitalistes occidentaux (y compris les capitalistes grecs) continuera à se faire tranquillement pendant toute la durée nécessaire des négociations avec l’UE.

En ce qui concerne l’apaisement entre les 2 pays, et plus largement entre les pays de la région, l’accord apporte peu de choses. Une bonne partie des rapports entre les 2 pays était déjà réglée par l’accord de 1995. Nous avons vu  que la bonne application de l’accord de 1995 était fonction des gouvernements élus et du climat politique dans chaque pays en général. Nous avons constaté l’impuissance de la Cour Internationale d’intervenir lorsque cet accord était transgressé par l’une ou l’autre partie. Ce même schéma vaudra pour l’accord de 2018 qui, hormis les dispositions qui ont trait au nom de la République voisine de la Grèce, est de structure similaire que celui de 1995.

L’accord sera donc bien ou mal appliqué en fonction du climat politique, déjà bien dégradé des deux côtés de la frontière à cause des frustrations et des exaltations nationalistes générés par son imposition « par en haut ». Mais encore, dans le voisinage géopolitique, l’agacement exprimé par la Bulgarie (membre de l’OTAN aussi) face à certains aspects de l’accord, renvoie aux vieilles querelles balkaniques et trouble la béatitude des défenseurs du traité de Prespa.

Vue de Skopje avec en arrière plan le drapeau officiel de la MdN et la statue d'Alexandre. L'accord de Prespa prévoit la suppression en MdN de monuments se référant au patrimoine historique de la Grèce. Vue de Skopje avec en arrière plan le drapeau officiel de la MdN et la statue d’Alexandre. L’accord de Prespa prévoit la suppression en MdN de monuments se référant au patrimoine historique de la Grèce.

Quelles sont les positions des partis de la Gauche Radicale grecque ?

Avant de continuer, délimitons d’abord cet espace politique. Pour moi SYRIZA, le parti au pouvoir en Grèce, doit en être exclu, et même son classement dans la Gauche est devenu très problématique depuis août 2015. Pilier et promoteur des politiques néolibérales, ce parti est depuis autant à Gauche que le PS français. En revanche, sont à classer dans la Gauche Radicale grecque les groupes et personnalités qui se sont séparés à ce moment de SYRIZA. Parmi ceux-là, la formation « Unité Populaire » est la force la plus importante. Dans la Gauche radicale grecque j’inclus l’actuel Parti Communiste de Grèce –KKE – le seul de la Gauche représenté au Parlement avec 5,55% de voix, l’Alliance Anticapitaliste « ANTARSYA » et quelques plus petits groupes d’extrême Gauche. Les libertaires/anarchistes ne se définissent pas comme « gauche radicale » mais je les inclus car on les retrouve parfois dans des mobilisations communes avec les autres courants.

Plusieurs thématiques, convergentes ou antithétiques déterminent les positions des forces de la Gauche Radicale grecque en matière de politique internationale : la défiance vis-à-vis de tous les gouvernements grecs en place depuis 2009 à ce jour, la défiance vis-à-vis des puissances occidentales et des organismes internationaux, l’antiaméricanisme et le sentiment anti-OTAN, la défiance face à toutes les puissances pour certains courants,  le passif de la gauche communiste et post-communiste au sujet de la question dite « macédonienne », le soutien aux luttes pour l’auto-détermination des peuples, l’internationalisme, la défiance face au nationalisme et l’extrême droite, l’antifascisme, l’antimilitarisme, etc.

Certaines thématiques qui accentuent la lutte contre les grandes puissances étrangères et pour l’indépendance nationale  pourraient être partagées par des secteurs conservateurs, voire réactionnaires, de la société. Souvent des pays voisins de la Grèce sont ciblés, à tort ou à raison, par la rhétorique « anti-impérialiste ». La continuité chronologique et logique de la dictature (soutenue par les USA) et la crise gréco-turque des années 1970 fournit la trame et le paradigme pour une telle association, parfois arbitraire. Les rhétoriques de vague dénonciation des « puissances étrangères » (faisant l’impasse sur le sens premier de « puissance = Etat » pourtant propre à la langue grecque) sont présentes dans les grands rassemblements nationalistes sur « l’hellénicité (exclusive) de la Macédoine ».

Celles et ceux qui dans leur discours ciblent précisément les USA et l’OTAN sont davantage les héritiers des luttes démocratiques, antifascistes et anti-impérialistes. Toutefois il existe un vif débat sur les rapports entre la classe dominante grecque et l’impérialisme des grands Etats, qui détermine le choix des alliés potentiels dans la lutte.

Les courants qui ciblent prioritairement l’extrême Droite autochtone et la xénophobie pourraient même parfois faire preuve de tolérance excessive face  au gouvernement social-libéral SYRIZA qui pourtant, en se rapprochant avec les USA, l’OTAN, l’Etat sioniste d’Israël et la dictature égyptienne, en cautionnant l’accord de refoulement des réfugiés vers la Turquie, n’est pas vraiment antifasciste.

Le Parti Communiste de Grèce (KKE) dénonce l’accord de Prespa, fomenté par l’OTAN, entérinant la soumission des Balkans aux USA, faisant courir des risques pour la paix dans la région. Se déclarant fidèle à l’internationalisme, le KKE défend une coopération des peuples des Balkans en dehors des alliances militaires. Il déclare que la question du nom de l’Etat voisin de la Grèce lui est indifférente.  Il dénonce le nationalisme et la xénophobie. Revenant sur les positions de 1924 et 1949, le KKE déclare « qu’il n’y a pas de minorité macédo-slave en Grèce » et dénonce même « Arc-en-Ciel » comme colporteur des plans des puissances impérialistes. Je dirai que, certes « Arc-en-Ciel » par son discours politique et ses alliances fait partie du bloc néo-libéral et pas de la Gauche, mais que cela ne justifie pas la négation de l’existence de la communauté que ce parti prétend représenter.

La formation « Unité Populaire »  (Laïki Enotita) dénonce aussi l’accord de Prespa, et notamment le projet d’expansion de l’OTAN dans les Balkans que cet accord vient servir. « Unité Populaire »  dénonce le nationalisme, la xénophobie et l’extrême Droite. « Unité Populaire » admet l’existence d’une minorité macédo-slave en Grèce mais s’oppose à tout irrédentisme. A l’intérieur d’UP, constituée comme un front commun d’autres organisations et de courants constitués, certaines positions varient selon le positionnement le long d’un spectre allant de « l’internationalisme ouvrier » au « front populaire patriotique».

Pour les partis et groupes de la Gauche Radicale grecque les questions posées sont de théorie politique mais aussi pratiques : quelle conduite à tenir face aux rassemblements nationalistes ?

Faut-il y participer, faut-il organiser des rassemblements séparés contre la politique étrangère de Tsipras, faut-il rester chez soi, organiser des contre-manifestations ?

Les réponses apportées varient en fonction des positions idéologiques mais aussi du poids numérique de chaque groupe et de ses possibles alliances. Il y a peu d’intérêt de citer tous les groupes mais notons que même les libertaires/anarchistes, qu’on placerait à l’extrême bout du spectre n’ont tous la même position face aux questions ci-dessus.

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Quel avenir après la ratification de l’accord de Prespa ?

L’accord de Prespa vient d’être ratifié (25/01/19) au Parlement grec à 153 voix contre 146 et une abstention, suite à des remaniements de la majorité gouvernementale obtenus par la cooptation de députés et l’éclatement de petits partis. Cette faible majorité, combinée à la désapprobation de l’opinion publique et les grandes manifestations de rue, apporte une légitimité insuffisante à l’accord.

De l’autre côté de la frontière la majorité parlementaire pour la ratification a été obtenue par des tambouilles du même acabit, ou pires, des accusations directes de rachat de voix de députés ayant été énoncées publiquement. Toujours dans le cadre de la « Macédoine du Nord », le référendum (déclaré non mandatoire par le gouvernement qui l’avait convoqué) a obtenu à peine 37% de participation, suite aux appels au boycott de l’opposition et du président de la République.

En Grèce, l’opposition de Droite (Nouvelle Démocratie) a déclaré, tout de suite après le résultat du vote parlementaire, qu’elle n’avait pas l’intention d’appliquer l’accord à la lettre, au cas de son éventuel futur accès au pouvoir, notamment en ce qui concernait la levée du véto sur l’intégration de la « Macédoine du Nord » à l’Union européenne. Il s’agit de la part du parti de Droite d’une pantalonnade gratuite. Comme nous avons analysé, l’urgence pour le bloc des puissances occidentales n’est pas l’intégration de la MdN à l’UE mais son adhésion à l’OTAN. Cela n’est pas remis en question par « Nouvelle Démocratie ». Le report de l’adhésion à l’UE pourrait même arranger lesdites puissances qui auraient ainsi plus temps pour privatiser et racheter complètement l’économie de la MdN. De même, le président des « Grecs Indépendants » (parti de Droite récemment sorti du gouvernement SYRIZA) en ciblant l’UE comme étant à la manœuvre de l’accord ment sciemment. Toute la classe politique grecque, de la Droite à SYRIZA, cautionne l’expansion de l’OTAN dans les Balkans, permis par cet accord. Il en est de même de la classe politique européenne, du gouvernement des Etats-Unis et de tous les médias et ONG qui convergent avec leurs objectifs.

La manière précipitée, avec laquelle cet accord a été préparé et mis en place, a soulevé des tollés de protestations et manifestations massives dans les deux pays concernés, Grèce et Macédoine du Nord, pour des bonnes et des mauvaises raisons. Ces mouvements sont les graines de futures difficultés pour l’application de l’accord. Ils semblent que les vieux démons des Balkans ont été chatouillés.

L’avenir géopolitique des Balkans est loin d’être réglé. Le présent n’est pas plus apaisé après la ratification de l’accord de Prespa.

Lire aussi :

« Tsipras acheté » La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque. Il évoque plus particulièrement l’accord macédonien.

« Tsipras acheté »

L’heure du bilan, on y est presque. Bilan provisoire, déjà lourd. Le grand rassemblement populaire du dimanche violemment dispersé, d’après un plan on dirait désuet mais qui se répète cependant sans cesse au gré… des besoins primaires de la caste des mondialisateurs et assimilés qui nous gouvernent. Le grand jeu de chaises musicales au “Parlement” est en cours afin de permettre la ratification de l’accord macédonien de Tsípras, les petits partis sont pulvérisés puisqu’ils n’ont plus suffisamment de députés pour former un groupe parlementaire. Peu importe, c’est leur rôle qui prend fin. Les soi-disant casseurs et les Aubedoriens qui n’ont pas été du reste auront de leur côté “travaillé” sur le terrain ; lorsque les politiciens lobbyistes auront parachevé leur forfait: faire régner la peur, l’amertume, voire l’impuissance. Bûches brulées, pays sur les braises.

Dispersion du rassemblement, photo de Kostís Ntantámis. Presse du 20 janvier

Des élus qui lâchent leurs petits partis pour se ranger derrière SYRIZA devenu de fait minoritaire si l’on considère que ses propres députés, voilà pour l’actualité des pantins engagées. Thanássis Papachristópoulos, élu du parti des Grecs Indépendants qui se dit certes dégouté et annonce sa démission… seulement après avoir d’abord voté en faveur de l’accord… étranges motivations se disent ainsi certains à Athènes. Et depuis dimanche, ces Images du rassemblement populaire et de son histoire immédiate, comme celles réalisées par le reporteur Kostís Ntantámis, pigiste pour l’agence Sputnik, il a été blessé au cours de la manifestation et transporté à l’hôpital, son équipement lui a été volé. D’après l’Union des photojournalistes de Grèce, l’attaque contre les journalistes photos lors de la manifestation à Athènes a été “préméditée”, ces derniers “étant les cibles des agresseurs”.

Autre agression violente, celle du reporteur et documentariste Thomas Jacobi correspondant de la Croix ; il est entre autres le réalisateur d’un film documentaire sur l’Aube dorée et d’après ses déclarations, il avait été reconnu par des Aubedoriens sur place. “On aurait dû mettre nos casques et masques de protection, se désole la journaliste Angélique Kouroúnis, en poste à Athènes” peut-on lire à travers le reportage.

Les organisateurs du rassemblement ont publié certaines photos des dits casseurs, et ce qu’il faut retenir déjà, c’est que la presse, surtout internationale elle aura encore une fois donné comme image dominante, celle des casseurs et des agresseurs néonazis ou pas, tous réels comme autant fabriqués, sauf que l’essentiel réside ailleurs. Répétons-le, l’accord que Tsípras et sa bande déjà politiquement mafieuse imposent de la sorte par ce Putsch, viole d’emblée la Constitution, autant que l’esprit et la lettre des supposées institutions du très présumé régime démocratique. Andréas Dimitrópoulos, universitaire constitutionnaliste à la faculté d’Athènes joint par les journalistes de la radio 90.1 FM mardi matin 22 janvier, a dressé toute la liste des violations, article par article.

Rassemblement à Sýntagma. Athènes, le 20 janvier 2019
Casseurs et assimilés vus près de Sýntagma. Athènes, le 20 janvier (presse grecque)
La dispersion du rassemblent. Athènes, 20 janvier (presse grecque)

Et quant au procédé utilisé, voilà que la composition du Parlement issu des élections de septembre 2015, pour ce qui est des partis et des équilibres, elle n’est plus, et à la radio… en ce même mardi matin, le journaliste Yórgos Trángas sur 90.1 FM évoque avec amertume: “ces possibles millions de dollars ou d’euros versés du côté d’Athènes par les Puissances et par les lobbys à la Soros, justement pour faire passer cet accord. Ainsi, Tsípras est trop pressé pour parachever le travail et cela se voit trop, peut-être, que les valises sont déjà arrivées. Kamménos se montre furieux mais il est sans doute trop tard pour lui.”

“Un soir j’étais invité chez Kamménos, du temps où il était encore Ministre de la Défense. Je lui pose alors directement la question: ‘Quand bon sang quitteras-tu ce gouvernement dont la politique est si manifestement contraire aux intérêts fondamentaux du pays, rien qu’à travers le dossier macédonien ?’ Réponse de Kamménos: ‘Lorsque les États-Unis et Israël me donneront le signal.’ Je ne peux pas en dire davantage tant que je me trouve sur le sol… mouvant grec, chers auditeurs.”

“Sauf que la trahison finira par même étrangler Tsípras. Certes, le système des Puissances essayera à faire renaître le bipartisme grec, entre SYRIZA/PASOK et la Nouvelle Démocratie, pourtant, ce plan ne fonctionnera pas. SYRIZA retournera pratiquement et à terme à ses pourcentages des années 2000, et alors, un grand parti et mouvement patriotique finira par naître et il accédera même au pouvoir. Il ne faut pas se leurrer, nos seuls alliés sont les alliés de la Deuxième Guerre mondiale, à savoir, les Américains et les Anglais, et nous devons les convaincre davantage, tandis que les Allemands ont été toujours des ennemis de la Grèce”, 90.1 FM, zone matinale du 21 janvier 2019.

Parmi mes amis, il y en a qui trouvent ces analyses publiques fort insupportables, étant donné que dans la mesure où elles peuvent être vraies, elles ne provoquent pas une réaction collective, disons saine et salvatrice. Des auditeurs de l’émission de Trángas lui adressent ainsi leurs messages très nombreux, exprimant en somme toute l’agonie ontologique et nationale alors lente et terrible:

“Nous sommes paralysés, eh bien… que fait-elle la Justice ? Et que fait-elle enfin notre Armée ? Ces crimes des politiciens finiront par faire de nous des assassins”, message d’une femme en colère lu en direct, radio 90.1 FM. Mon ami M. prend parfois ses distances et pour ce faire, il se retire pour quelques jours auprès les moines du Mont Athos. “C’est d’une autre vérité, c’est un monde réel, alors insoupçonnable depuis notre quotidien factice”, me dit-il, après m’avoir envoyé ses photos du Mont Athos que je publie ici avec son autorisation.

Athènes, le 20 janvier 2019
Animaux adespotes au Mont Athos. Janvier 2019

Et du côté de l’autre monde, le nôtre, le journaliste Trángas poursuit dans son élan durant cette matinée du 22 janvier 20919: “Tsípras est un agent de Soros, et il l’a d’ailleurs rencontré plusieurs fois via Varoufákis, Tsípras est autant la marionnette, le Premier ministre Quisling de Merkel, et quant à Soros, il a placé ses agents à la fois chez Tsípras que chez Mitsotákis. Du temps où Kamménos était au Ministère, il avait conçu sa propre agence de renseignements, espionnant Tsípras, SYRIZA et surtout Kotziás le très compatible Soros au Ministère des Affaires Étrangères démissionné depuis peu. Kotziás a fait de même depuis son Ministère à l’encontre de Kamménos, sauf que Kamménos en sait davantage sur les Syrizístes que ces derniers sur lui. Cela promet !” Info ou alors intox, et pourquoi donc de tels propos publiquement tenus n’éveillent pas, si ce n’est que la simple curiosité de la Justice ?

En effet, Kamménos a publiquement déclaré “que l’accord Macédonien n’a pas été imposé par les États-Unis, j’ai posé directement la question à ceux de l’administration Trump car je les connais et je suis un ami des États-Unis, non, pour que cet accord passe, c’est Merkel et l’Europe qui pressent. Et je dirais même que l’accord est même capable de dynamiter les accords de Yalta relatifs aux Balkans, et je vous le dis, cela va mal se terminer, peut-être dans un bain de sang”, médias grecs du 22 janvier 2019.

Les manifestants du dimanche dernier sont temporairement sans doute rentrés chez eux, par cars entiers débordant d’amertume humaine ils ont emprunté l’autoroute du Nord depuis Athènes, ou des navires appareillant à destination des îles. Cirque d’hiver à Athènes, et qui n’est hélas pas le dernier. Trángas, après avoir rappelé “que Tsípras a grandi au sein d’une famille de promoteurs immobiliers réalisant des affaires avec et par les Colonels et de ce fait il est un clone des Colonels sous l’épiderme de la gauche, pour ne pas évoquer en plus le cas des familles grecques enrichies sous l’Occupation et que les Allemands ont toujours aidé et protégé à Athènes, des années durant la bien longue incubation de la nouvelle Allemagne”, il estime “que ce Tsípras des deux à trois dernières années offre en plus l’image de l’expression du corps comme du visage, trahissent un homme mentalement atteint, autrement-dit, souffrant de troubles sévères.”

Aux antipodes du psychisme de Tsípras, nos manifestants du dimanche, ont très chaudement applaudi la chanteuse Aphroditi Manou, pour sa prise de position lors du rassemblement: “Aléxis Tsípras, te souviens-tu de ce juillet 2015 lorsque j’avais chanté pour toi et pour le ‘NON’ au référendum et voilà que tu me jettes tant de lacrymogènes maintenant. Te souviens-tu qu’après ton discours, tu t’es rendue dans ma loge pour boire un verre de ma bouteille d’eau? Je ne peux plus respirer Aléxis, arrêtez-les. Elytis, Gátsos, le grand Séféris, nos poètes et tant d’autres, Rítsos, Tsaroúchis, Fassianos, Míkis Theodorákis, Mános Hadjidákis, Mélina Merkoúri, Stávros Xarhakos et Yánnis Markopoulos, Nikos Gavriil Pentzikis, voilà les ‘vrais fautifs’. Car ils ont semé en nous cette graine, ils ont marqué notre vie de leur souffle et des valeurs qui sont alors les nôtres. Et voilà que l’on dit de nous… que nous sommes des ‘imbéciles et des nationalistes’, c’est à eux donc qu’il faut alors le dire. Nos racines sont profondes. Nous allons tenir. Si les politiciens pensaient faire confiance à nous au lieu de procéder à ces choix criminels, nous les aiderions alors pour trouver une autre solution, et de toute notre âme.” Voilà ce qui n’a pas été relevé par exemple par les médias internationaux, à part bien entendu que l’atmosphère est devenue étouffante à cause des gaz lacrymogènes et des casseurs et autres agresseurs… déjà des évidences.

Mont Athos. Janvier 2019
Par bateau. Port en Attique, janvier 2019

On jugerait en d’autres circonstances certains propos de Trángas de complotistes comme d’extrémistes. Mais c’était avant, bien avant, désormais, le puzzle se complète tout seul… et surtout il n’aura pas besoin de nous, sinon pour le défaire. Trángas ne dira certes pas toute la vérité, et il se déclare alors proche des Anglo-Saxons à chaque occasion, sauf qu’il n’est pas démenti, ni attaqué en Justice, et que son récit corrobore avec les numéros du cirque d’hiver politique qui est disons le nôtre, et qui ne nous divertira alors plus jamais.

De son côté, l’universitaire philosophe et théologien Chrístos Yannarás n’écrit pas autre chose à travers ses chroniques, celles que Kathimeriní publie, pourtant presse très autorisée, le style est différent mais et pourtant:

“Ils portent le titre de la ‘Gauche radicale’, pourtant, ils n’hésitent pas un seul instant à ‘lécher là exactement où ils ont craché durant des années’: Ils n’ont pas hésité à vendre les idéologies, les dogmes et les étendards révolutionnaires, à changer d’identité politique du jour au lendemain. Ils n’ont pas hésité à ignorer un référendum populaire qu’ils ont eux-mêmes provoqué comme à se transformer sans la moindre vergogne en valets des marchés financiers et de l’OTAN, comme autant, de se transformer en petits compères de Merkel. Et tout cette ridiculisation, uniquement pour le plaisir du pouvoir.”

“Dans le contexte actuel de la culture mondialisée et des impressions d’une réalité alors préfabriquée, l’Histoire n’est plus écrite par les épigones de Thucydide mais par ces ‘intellectuels organiques’, ces mandarins embauchés au service des marchés financiers et de l’OTAN. En Grèce, les mandarins locaux, manifestement et de manière alors flagrante, ils se passionnent pour la réélection de Tsípras lequel a été acheté de manière même ostentatoire, ou de celle de Kyriákos Mitsotákis manifestement insuffisant. De Fófi Genimatá du PASOK, de Stávros Theodorákis du parti de la Rivière, des Aubedoriens, voire autant, des staliniens incurables du PC, voilà ce qui complète ainsi la procession funéraire. Et dire que nous avons été gouvernés par de concitoyens au psychisme alors malade, c’était souvent vraisemblable. Aujourd’hui c’est alors flagrant”, quotidien “Kathimeriní” du 20 janvier 2019.

Un premier bilan du rassemblement au café. Athènes, le 20 janvier 2019

Dimítris Konstantakópoulos, il faut dire durant un autre temps conseiller à la Défense et aux Affaires étrangères pour SYRIZA, avant son accession au pouvoir, journaliste alors expérimenté et fin analyste des réalités grecques et géopolitiques de notre temps bien lourd, il adresse depuis son blog un appel désespéré à l’encontre de Tsípras:

“Je me suis rendu à la manifestation du dimanche, comme ce fut le cas l’année dernière. Je veux, à chaque fois que je le peux, voir de mes propres yeux et ainsi entendre ce que les gens ont à dire, leur parler et me faire ma propre opinion. Malgré les déclarations trompeuses et ridicules de la Police, le rassemblement était très massif et révélait ainsi toute l’inquiétude que suscite cette affaire pour une partie alors la plus importante du peuple grec. La présence massive de la jeunesse était même très impressionnante.”

“Je ne souhaite pas commenter les descriptions hideuses de la presse progouvernementale, rappelant les pires périodes du stalinisme grec et mondial. Les manifestants ayant participé au rassemblement, ils étaient pour la plupart les Grecs ordinaires. Rien de plus, rien de moins.”

“J’espère que le Premier ministre ainsi que les députés, comprendront enfin que la question de cet accord Macédonien n’appartient pas à la thématique ordinaire, courante, ceci parce qu’il touche à l’identité la plus profonde du peuple grec. Dès le début, lorsque cette question a été soulevée en janvier 2018, j’ai souligné qu’il ne peut être résolu que par un référendum. Quelle que soit l’opinion que l’on peut avoir sur cet Accord, il doit être soumis à référendum avant son éventuelle ratification, le soumettre alors au jugement du peuple grec, comme cela a également été réclamé par grand nombre de personnalités, parmi eux d’éminents représentants de notre culture, tels que Míkis Theodorákis, personnalités venant autant de la gauche que de la droite.”

“C’est la seule solution qui préservera la démocratie comme son fonctionnement à travers notre système politique, autant d’ailleurs que l’unité nationale du peuple grec et empêchera pour tout dire l’apparition de facteurs qui favorisent le Schisme, la division. Aucun Grec, démocrate et patriote ne veut voir dans notre pays une telle situation aux conséquences à chaque fois dévastatrices pour les Grecs, voire de Guerre civile, à chaque fois qu’elles sont apparues dans notre histoire”, Dimítris Konstantakópoulos sur son blog, le 21 janvier 2019.

La fin du rassemblement. Athènes, le 20 janvier 2019 (presse grecque)

Peine visiblement perdue et pourtant émouvante. Au soir du 22 janvier lorsque ceux des partis (supposés) de l’Opposition ont réclamé le texte final des amendements que ceux de Skopje auraient apporté à leur Constitution, histoire de dégager les articles ouvertement irrédentistes aux dépens des pays voisins, notamment la Grèce et la Bulgarie, sans quoi, l’Accord macédonien ne devait même pas être discuté au Parlement d’Athènes, Katroúgalos, ministrion délégué aux Affaires Étrangères et surtout étranges, a présenté la version en anglais, imprimée et téléchargée depuis le site Internet du Parlement de Skopje, en précisant que les changement n’y figurent pas parce qu’au pays voisin, on y ajoute seulement des Annexes à la fin du texte fondamental. Il a même promis sa traduction en grec en sollicitant toute la bonne science… des services de son ministère, presse grecque du 21 janvier 2019. Ahurissant.

Peine donc visiblement perdue. Comme pour les textes du mémorandum de la Troïka, les députés Syrizístes, et à l’époque aussi ceux de la nouvelle Démocratie et des autres partis aujourd’hui pulvérisés, ils ne l’auront même pas lu. Ainsi Tsípras et les siens, ils auraient été achetés comme le suggèrent des analystes si différents, à l’instar de Trángas ou de Yannáras, et on dirait que ces Syrizístes l’ont bien cherché et voulu. Cela se nomme un crime, et plus précisément celui de la haute trahison. Telle est en tout cas l’idée que les Grecs se partagent de plus en plus.

Dans les cafés, à travers les médias, dans la rue, des Grecs évoquent alors de plus en plus souvent les termes de l’article 120 de notre Constitution: “Le respect de la Constitution et des lois qui y sont conformes, ainsi que le dévouement à la Patrie et à la République constituent un devoir fondamental de tous les Hellènes. L’usurpation, de quelque manière que ce soit, de la souveraineté populaire et des pouvoirs qui en découlent est poursuivie dès le rétablissement du pouvoir légitime, à partir duquel commence à courir la prescription de ce crime. L’observation de la Constitution est confiée au patriotisme des Hellènes, qui ont le droit et le devoir de résister par tous les moyens à quiconque entreprendrait son abolition par la violence.” Histoire de se consoler ?

L’heure du bilan, on y est presque. Bilan provisoire, déjà lourd. Votre… blog observe alors médusé, et il participe comme il peut à la tragédie actuelle, c’est-à-dire, devant ce crime organisé d’en haut. Je remercie les lectrices/lecteurs et ami(e)s du blog pour leur soutien essentiel en ces terribles moments.

Merci. En Attique, janvier 2019

Ne l’oublions pas, la Grèce n’est qu’un exemple, hélas, il y en a bien d’autres. Ailleurs aussi, actualité oblige, la presse systémique évoque un “nouveau texte de coopération et d’intégration”. Les peuples intéressés en jugeront.
Bilan provisoire, déjà lourd, pauvres peuples. Bûches brulées, pays sur les braises

Votre… blog observe alors médusé. Mimi et Hermès de Greek Crisis, janvier 2019
* Photo de couverture: Au Mont Athos, janvier 2019

Grèce vote de confiance

En Grèce, Tsipras bricole une nouvelle majorité pour éviter des élections anticipées
Par Amélie Poinssot Mediapart
Avec 151 voix pour et 148 voix contre, le vote de confiance convoqué mercredi soir par le Premier ministre grec Alexis Tsipras lui a permis de sauver les meubles. Jusqu’à quand

 

Ce n’est pas le virage centriste de Syriza, ni son échec à sortir la Grèce des rails de l’austérité qui aura soudainement affaibli Tsipras. Mais une histoire vieille de trente ans qui touche aux démons nationalistes grecs : le nom d’un État frontalier de la péninsule hellène, connu en Europe sous le nom de Macédoine, et dont l’appellation officielle est en passe de devenir la République de Macédoine du Nord.

Depuis des mois, le gouvernement grec était engagé dans une négociation avec Skopje pour sortir de ce « conflit du nom » qui empoisonnait les relations entre les deux pays. En juin, ils avaient abouti à un accord qui a été validé, la semaine dernière, par le parlement macédonien.

Problème : la droite et le camp nationaliste grecs ont toujours refusé au voisin balkanique le nom de Macédoine, qui devait être réservé, selon eux, à la partie nordique de la Grèce, la région de Thessalonique. Officiellement, pour Athènes, le pays voisin portait le doux nom de « ΠΓΔΜ » – sigle dans l’alphabet hellénique pour « Ancienne République yougoslave de Macédoine ».

Du point de vue nationaliste grec, la Macédoine antique, terre d’Alexandre le Grand et de Philippe II, se limite aux frontières de la Grèce actuelle, bien que ce ne soit pas établi scientifiquement. Pour Skopje, l’enjeu n’est pas tant historique que diplomatique : tant que ce conflit du nom n’était pas résolu, ce petit État de quelque deux millions d’habitants ne pouvait pas rejoindre l’Otan, Athènes ayant mis son veto à l’adhésion d’un pays portant le nom de Macédoine.

Alexis Tsipras face au leader de l'opposition, pendant le débat précédant le vote de confiance au Parlement, le 16 janvier 2019 © Reuters Alexis Tsipras face au leader de l’opposition, pendant le débat précédant le vote de confiance au Parlement, le 16 janvier 2019 © Reuters

Le gouvernement Tsipras a voulu sortir de cette impasse. Las, c’était oublier qu’il gouvernait avec un partenaire quelque peu encombrant : le parti souverainiste des Grecs indépendants (Anel). Cette alliance bancale formée en 2015 avait permis jusque-là à Syriza, à défaut d’avoir la majorité absolue au parlement, de se maintenir au pouvoir avec une majorité de 155 députés sur 300 (145 Syriza, 6 Anel).

À l’automne, la coalition a cependant commencé à se craqueler. En octobre, le ministre des affaires étrangères Nikos Kotzias a démissionné sur fond de désaccord avec l’Anel. Et ce week-end, c’est le leader d’Anel lui-même, le ministre de la défense Panos Kammenos, qui a quitté l’exécutif, sonnant le glas de la coalition Syriza-Anel et provoquant la plus grande crise politique depuis les élections de septembre 2015.

Voulant éviter des législatives anticipées (le prochain scrutin doit se tenir en octobre), Tsipras s’est donc empressé de bricoler une nouvelle majorité et de se soumettre, mercredi soir, à un vote de confiance du Parlement après de longues heures de débat. Pari réussi, mais de justesse : 151 députés sur 300 ont voté en faveur de ce gouvernement affaibli. Parmi eux, cinq élus, en rupture avec leur groupe parlementaire, proviennent d’Anel et l’un vient de Potami (« Rivière »), petit parti libéral apparu sur l’échiquier politique en 2015. Autrement dit… la manœuvre ne change pas grand-chose sur le fond.

La décision du Premier ministre grec de s’en remettre à un vote des députés était risquée. Le thème de la Macédoine est très sensible en Grèce, et Tsipras n’a pas l’opinion publique avec lui sur ce sujet. À Thessalonique, plusieurs manifestations se sont tenues ces derniers mois pour s’opposer à l’accord avec Skopje, et la droite conservatrice de Nouvelle Démocratie a soufflé sur les braises pour préparer son retour au pouvoir. Le parti dirigé par l’héritier Kyriakos Mitsotakis a voté « non » d’un seul bloc au gouvernement Tsipras, tout comme les socialistes du PASOK qui cherchent désespérément à exister. Sans surprise, les seize députés néo-nazis d’Aube dorée ont également voté contre l’exécutif.Au-delà de la question du nom de la Macédoine, qui peut paraître absconse pour un observateur extérieur, la manœuvre de Tsipras augure en réalité de nouveaux développements qui vont probablement éloigner, une fois de plus, Syriza de sa gauche radicale d’origine. C’est du moins ce que l’on pouvait comprendre, entre les lignes, de l’intervention pendant les débats de Yannis Dragasakis, numéro 2 du gouvernement et principal acteur du virage social-démocrate de Syriza. « Le vote de confiance ne porte pas sur une majorité de circonstance dont l’objectif serait de rallonger la vie du gouvernement pour quelques mois, a-t-il dit. C’est au contraire le début d’une refondation générale du paysage politique qui vise une nouvelle majorité progressiste, un large partenariat qui va travailler à un programme pour l’avenir de la Grèce. »

Tsipras n’a pas dit autre chose en fermant la séance mercredi soir, posant les bases d’un « dilemme » entre, d’un côté, « le pôle progressiste avec pour noyau Syriza » et, de l’autre, une alliance entre Nouvelle Démocratie et Aube dorée. Rassembler l’ancienne gauche et le centre pour faire face aux droites nationalistes… Voilà un objectif qui ressemble fort au message d’Emmanuel Macron pour les élections européennes.

Source https://www.mediapart.fr/journal/international/170119/en-grece-tsipras-bricole-une-nouvelle-majorite-pour-eviter-des-elections-anticipees

Géopolitique tombale La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Géopolitique tombale

Athènes, sous un soleil hésitant et une bonne partie du pays toujours sous la neige. Ombre et lumière comme évidemment pour les affaires humaines. Semaine grecque largement crépusculaire, marquée par la démission théâtralisée de Pános Kamménos de son poste de Ministre de la Défense dimanche 13 janvier, une démission accompagnée du retrait du gouvernement. Semaine autant marquée par la visite de la Chancelière Angela Merkel deux jours auparavant, histoire d’inspecter… la bonne marche de la colonie. Les habituels valets politiques se sont exécutés comme d’habitude. Le pays… sous la neige

Un temps de chien. Grèce Centrale, janvier 2019

C’est surtout l’accord Macédonien celui que Kamménos fait semblant de ne pas accepter, accord comme on sait, imposé par Berlin, Bruxelles et Washington et qui doit être ratifié par la simple chambre d’enregistrement, autrement-dit le “Parlement”, lorsque les Grecs lui sont opposés à près de 80% d’après les sondages, bien entendu sans referendum… mais réclamé depuis sa démission par la marionnette Kamménos. Jeu de rôle nous sommes nombreux en Grèce à considérer que tout cela n’est qu’un scenario imposé, et pour tout dire, mal interprété. Notons que les voisins Slavomacédoniens avaient invalidé leur référendum sur la question par le boycott. Rien n’y fait, la géopolitique est une marmite où les peuples ont rarement l’usage de la louche. Un temps de chien, ou simplement… “histoires de la Grèce et des Balkans” comme dirait mon ami Olivier Delorme.

Rien n’y fait donc, et pour ce qui est du “Parlement” à Skopje, certains journalistes de ce pays, mais également d’autres journalistes depuis Athènes alors prétendent, “que le tarif très convaincant pour faire passer l’accord auprès des députés récalcitrants s’élèverait entre cinq et huit millions de dollars par tête, et pour le même résultat probable et prochain en Grèce, on ignore quel serait l’équivalent en euros de cette… realpolitik alors très germanique”, émissions de la zone matinale et du soir sur la radio 90.1 FM, journalistes Trángas et Kalarrýtis, semaine du 7 janvier 2019, cité de mémoire.

Déjà, au “Parlement” à Athènes, la partie visible des tractations en cours, tiennent de la volatilité et autant excitation dont font preuve les députés des petits partis. De celui dit de la Rivière et du journaliste Stávros Theodorákis, une création à notre humble avis bruxelloise et berlinoise, ceux du parti des Centristes de Vassílis Levéntis propulsé comme on sait par les medias depuis 2012, enfin et surtout, des élus plus opportunistes que jamais du parti des Grecs (prétendument) Indépendants de Pános Kamménos qui se dit opposé à l’accord Macédonien de Tsípras, allié de SYRIZA au pseudo-pouvoir jusqu’à cette semaine et dont la moitié des élus sont passés du côté SYRIZA, à la fois pour voter la confiance au gouvernement, vote prévu jeudi prochain, et surtout ensuite le terrible accord macédonien de Tsípras.

Hiver grec. Grèce Centrale, janvier 2019
Garde Evzone en tenue d’hiver. Athènes, janvier 2019 (presse grecque)
‘La Division Merkel’ à Athènes. Presse grecque, le 9 janvier 2019

Toute cette agitation des “mouches scatophages” du dernier fumier politique grec n’est d’ailleurs pas sans lien avec la visite d’Angela Merkel à Athènes cette semaine. Et comme tous les journalistes de la colonie grecque ne sont pas encore totalement muselés, Státhis Stavrópoulos issu de la vielle gauche, écrit dans “To Pontíki” sous un ton très moqueur, “que Tsípras aurait déjà dicté son agenda à Madame Merkel, ainsi l’obergruppenfuhrer allemande exercera ses pressions à Mitsotákis de la Nouvelle Démocratie pour que ce dernier puisse se monter complaisant au sujet toujours de l’affaire Macédonienne. Puis, Tsípras toujours, il fera sans doute preuve de courage lorsqu’il évoquera devant la Chancelière la double question du prêt forcé et des réparations de guerre que l’Allemagne n’a jamais voulu régler, faisant suite aux années 1940 et à son autre Occupation de la Grèce.” Obergruppenfuhrer, était un grade de général dans l’Allgemeine SS et dans la Waffen-SS, du temps de l’autre Reich, celui des années 1940.

“Allez, Madame Merkel et toi Monsieur Trump, mangez encore plus de Grèce, encore plus de Croatie ou de Serbie, mangez du Kurdistan, de la Syrie et de l’Irak, dévorez les pensions, les salaires, les ressources, les humains, mangez même votre mère, privatisez vos enfants et régurgitez tout jusqu’à la pétarade. De même, vous autres qui êtes leurs domestiques, fermez vos gueules, cessez de parler, car vous alignez mensonge sur mensonge, et donc tant de grossièretés et d’inepties morbides. Rassasiez-vous des restes et taisez-vous par-dessus les maigres pensions des veuves comme par-dessus la perte de la patrie”, “To Pontíki” du 9 janvier 2019.

Et aux yeux de… l’autre presse, et je remercie l’ami du blog Jean-Marie N. de m’avoir signalé cet article: “L’Allemagne ‘assume complètement la responsabilité des crimes’ commis par les nazis en Grèce pendant la Seconde Guerre mondiale. ‘Nous sommes conscients de notre responsabilité historique. Nous savons aussi quelle souffrance nous avons infligée à la Grèce (…) durant la période du national-socialisme’, a admis vendredi Angela Merkel lors de sa première visite à Athènes depuis 2014, avant de s’entretenir avec le président de la République hellénique, Prokópis Pavlópoulos et le Premier ministre, Aléxis Tsípras. Une repentance pour tenter d’apaiser le climat tendu entre les deux pays au pic de la crise grecque (2010-2014), et qui persiste depuis: l’Allemagne reste associée dans l’esprit des Grecs aux politiques strictes de rigueur imposées au pays pour éviter le risque d’un défaut de paiement et une implosion de la zone euro.”

Angela Merkel et Aléxis Tsípras. Athènes, le 10 janvier 2019 (presse grecque)
L’Occupation allemande et son image chez les autres. Presse allemande en 2015
Vision grecque de la… nouvelle Occupation allemande. Presse grecque, janvier 2019

“Aussitôt élu en 2015, Aléxis Tsípras, le leader de la gauche radicale Sýriza s’était rendu à Kaisarianí où 200 résistants ont été exécutés en 1944. Une façon de rappeler à la chancelière l’histoire les traces indélébiles laissées par les nazis en Grèce, qui ont occupé ce bout d’Europe d’avril 1941 à octobre 1944 (et même jusqu’à l’armistice en 1945 pour certaines régions de Crète). Environ 800 villages furent entièrement décimés et 70 000 personnes assassinées. Privations, famines (on estime à 300 000 le nombre de personnes mortes uniquement de la faim: la Grèce perdit environ 8% de sa population. Hitler obligea aussi le pays à ‘participer à l’effort de guerre nazi’: 476 millions de reichsmarks furent empruntés à la Banque de Grèce, l’équivalent de 10 milliards d’euros, considérés comme un prêt forcé”, rapporte Fabien Perrier, correspondant de “Libération” à Athènes.

Le reportage est suffisamment juste, sauf que la presse française, surtout autorisée n’écrira jamais que les crimes commis par les nazis en Grèce ou ailleurs, sont les crimes commis par les forces très exactement allemandes, liées à une histoire et à une vision géopolitique d’avant comme d’après, et que le nazisme n’est pas né à Tombouctou. La presse mainstream, elle ne dira surtout pas que la continuité entre l’avant et l’après Hitler, dont d’ailleurs le projet européiste final, n’est pas qu’une légende propagée par les… populistes. Pour mieux comprendre cette continuité, il suffit de consulter par exemple les travaux de l’historien britannique Mark Mazower, et notamment son ouvrage: “Hitler’s Empire. Nazi Rule in Occupied Europe”. Il me semble que ce livre d’analyse et d’histoire n’a pas été traduit en français, tandis qu’il a été traduit en grec et publié à Athènes dès 2009. Simple hasard ?

Ce même reportage ne nous dit pas non plus que la couronne de fleurs déposée par la Chancelière devant la Tombe du Soldat Inconnu à Athènes, elle a été aussitôt piétinée et détruite par des manifestants instituteurs, proches du PC grec quelques heures après, et que ces manifestants ont été il faut dire très violemment “aménagés” par les forces de l’ordre. Un élu communiste a perdu l’usage d’une oreille, tandis qu’une institutrice et syndicaliste a été blessée à la tête. “Nous sommes conscients de notre responsabilité historique. Nous savons aussi quelle souffrance nous avons infligée à la Grèce”, comme dirait la Chancelière. L’histoire ne se répète pas, la géopolitique si.

Imagerie populaire. Athènes, janvier 2019
L’institutrice blessée Theodora Drimala. Athènes, le 11 janvier 2019, presse grecque
La couronne déposée par Angela Merkel piétinée. Athènes, le 11 janvier 2019, presse grecque

Et pour compléter les funestes réalités de l’Occupation, celle des années 1940, il faut rappeler certaines données historiques que les spécialistes de la période, dont Thános Verémis, et Nikos Maratzídis avaient rappelé lors d’une très longue émission, d’une durée de près de huit heures, en rediffusion samedi 12 janvier sur la radio d’ailleurs très systémique, Skáï 100.1 FM. D’abord, et concernant l’emprunt obligatoire durant l’Occupation, l’Allemagne avait obligé la Grèce à fournir aux forces occupantes, vivres, travail, matériel, produits et services contre de bons de reconnaissance de cette dette sur… papier simple mais officiel, dont d’ailleurs une infime partie, environ 1% du total, ayant été remboursé peu avant le départ des troupes allemandes de la Grèce continentale en 1944.

D’après même l’historien Hagen Fleischer, cet emprunt obligatoire lequel équivalait au PIB annuel grec, avait autant servi pour une part non négligeable, à financer les besoins de l’Armée Rommel en Afrique du Nord, ainsi que l’essentiel des… frais générés par la logistique de l’extermination des communautés juives de Grèce et des Balkans. Rappelons que l’importante communauté juive de Thessalonique, elle a été quasi-complètement exterminée lors de l’Holocauste.

Pour les autres chiffres, l’Occupation Allemande, entre avril 1941 et octobre 1944, a laissé derrière elle un pays largement broyé, 26% des habitations étaient détruites, 1.200.000 Grecs sans-abri, 97% des infrastructures de transport détruites dont le Canal de Corinthe, 70% des installations des ports comme le Pirée, Patras ou Vólos devenues inutilisables, 90% du matériel roulant des trains et des lignes détruits, et aussi près du tiers des équipements hydrauliques. Donc et en dépit de la propagande, une certaine Grèce n’est pas prête à oublier et encore moins à passer outre… de cette dette allemande, sauf on dirait “nos” politiciens.

Rue d’Athènes, janvier 2019
Tsípras menteur. Athènes, janvier 2019
Angela Merkel et Prokópis Pavlópoulos. Athènes, le 10 janvier 2019, presse grecque

Notons aussi que la Grèce a été dépecée en trois zones d’Occupation, allemande, italienne et bulgare, et que suite aux événements italiens de l’été et de l’automne 1943 et notamment l’armistice de Cassibile , la zone italienne a été réunie avec la zone allemande, et il faut ici préciser, que la Macédoine orientale et la Thrace, régions alors grecques sous Occupation bulgare, elles ont été annexées de fait par la Bulgarie, et leurs habitants grecs déportés, massivement, voire exécutés, le tout, avec une amorce de remplacement de la population grecque par des une population arrivée de manière organisée de la Bulgarie.

Notons aussi que la géopolitique de l’Allemagne dans les Balkans autant que celle du Kominterm d’ailleurs, elles visaient à promouvoir le Macédonisme slave et/ou bulgare, pour ainsi à terme, amputer la Grèce des régions de la Macédoine et de la Thrace, un Macédonisme agressif, et ouvertement affiché toujours actuellement depuis Skopje et l’ex-République Yougoslave de Macédoine, y compris à travers son irrédentisme inscrit dans la Constitution de ce pays.

D’où tout le danger du projet germano-occidental imposé en l’absence des peuples intéressés et qui consiste à baptiser ce pays en “République de Macédoine du Nord”. Les autres habitants de la planète qui ne sont pas obligés que de connaître l’histoire des Balkans, penseront qu’il y a une Macédoine du Sud, en réalité la région historique grecque avec laquelle les voisins Slaves n’ont aucun rapport, ni culturel, ni linguistique, à unifier un jour avec la… “République de Macédoine du Nord”. Notons encore l’exemple de la Bulgarie, actuellement et d’après les déclarations officielles, y compris de son Président Roumen Radev, elle ne reconnaît pas la langue dite “Macédonienne” (langue appartenant au groupe slave méridional et d’ailleurs considérée comme faisant partie du bulgare), et encore moins l’ethnicité homonyme, considérant qu’il s’agit en réalité de frères un peu marginalisés, vivant de l’autre côté de la frontière, reportage de la presse grecque, décembre 2018. Ainsi, le rejet de cet accord déjà néfaste par l’immense majorité des Grecs n’est pas le fait d’un nationalisme exacerbé comme le prétend la propagande Syrizo-mondialiste, mais une réaction attendue face à une agression, une usurpation de l’identité culturelle, et surtout face à un putsch géopolitique et même politique.

Car à non humble avis, le but ce n’est pas d’imposer un accord dangereux, voire humiliant les Grecs ou les voisins Slaves, mais d’arriver un jour, à un compromis sincère et surtout prometteur de paix et d’amitié. Tel a été le cas d’ailleurs entre la Grèce et la Bulgarie, lorsque dans les années 1960, Sofia a officiellement abandonné toute visée territoriale sur la Macédoine et la Thrace grecques. Depuis, et indépendamment des gouvernements en place, régime des Colonels compris, les relations entre les deux pays n’ont cessé de s’améliorer.

Semaine ainsi très crépusculaire, marquée par la visite de la Chancelière, histoire de vérifier la bonne tenue de la colonie grecque. L’histoire qui ne se répète pas… et pourtant. On se balade non loin de la demeure du célèbre en son temps Ioánnis Kolétis, chef du parti… français, et homme politique du siècle bien d’avant. Comme l’écrit mon ami Olivier Delorme dans “La Grèce et les Balkans”, au sujet du Congrès de Berlin , c’était en cette année 1878… disons si lointaine:

“Le Congrès de Berlin apparaît comme l’acmé de cette diplomatie du ‘concert européen’ dans lequel certains veulent vois aujourd’hui une instance irénique ayant évité à l’Europe un conflit majeur. Mais outre que ce concert ne fut longtemps qu’un syndicat de gouvernements réactionnaires surtout préoccupé d’éviter la propagation des idées libérales et de faire régner la paix des cimetières – en Espagne, en Pologne, en Italie, en Grèce -, cette instance qui, dans l’ordre international, s’apparente à ce qu’est l’oligarchie dans l’ordre politique interne, ne sut jamais, de Laybach en 1821 à Berlin en 1878, dégager les solutions susceptibles d’assurer à l’Europe du Sud-Est un minimum de stabilité et de paix. Elle ne sut créer les conditions du conflit suivant. Ce que son but ne fut jamais que la recherche du compromis entre des impérialismes contradictoires (…) dans ce jeu, les États nés des luttes nationales de libération cruelles, voire tragiques, furent toujours traités en pions, non en acteurs.”

Délabrement. Athènes, janvier 2019
Un temps de chien ! Athènes, janvier 2019
La maison de Kolétis. Athènes, janvier 2019

“Le Congrès de Berlin évite certes un conflit entre Russes, Autrichiens et Anglais. Mais en faisant la paix sur le dos des peuples de la région, en les tenant à l’écart d’une négociation dont le résultats leur est ensuite imposé sans qu’on ait le moins du monde sollicité leur consentement, il met en place la logique qui conduit, dès 1885, à la remise en cause de la carte qu’il a dessinée par l’union de la Roumélie orientale à la Bulgarie, à la guerre serbo-bulgare qu’elle provoque, à la guerre gréco-turque de 1897, à la guerre civile larvée de Macédoine, au carnage des guerres Balkaniques de 1912-1913, et finalement à l’attentant de Sarajevo qui sert de détonateur au premier conflit mondial en 1914.”, Olivier Delorme dans “La Grèce et les Balkans”, tome I.

Sauf qu’en 2019, c’est cette géopolitique tombale qu’elle impose aux Grecs (et ce n’est qu’un exemple) l’apraxie comme la paralysie, en plus du fait, que les supposées élites politiques et intellectuelles trahissent alors la souveraineté, leur patrie et autant les droits des citoyens. La Grèce n’arrive pas à faire usage de la puissance géopolitique à son niveau rien que pour se défendre, tandis que Gauche et Droite alors autorisées, se sont mises au service de la mondialisation occidentale, dont de celle de l’Union européenne sous le contrôle de l’Allemagne… pour les affaires disons locales.

Lors d’une réunion ouverte des Comités de la capitale pour la défense de la Macédoine grecque, tenue à Athènes dimanche 13 janvier dans la salle de l’Ancien Parlement, débat, notons-le, couvert… par la seule presse russe, les journalistes et universitaires invités, dont les journalistes et analystes Nikos Igglésis et Stávros Lygerós et le géopoliticien Konstantinos Grívas enseignant à l’École Militaire, ils ont, entre autres, rappelé ce que ce blog ne cesse de répéter depuis hélas si longtemps, à savoir l’importance du mécanisme de l’euro d’abord et de l’Union européenne ensuite dans cette neutralisation sans précédent des réactions possibles des États, des nations et des peuples.

Car l’euro, et plus exactement la dette des pays en euros, n’est l’équivalent que d’une prison de très haute sécurité sous la surveillance des élites économiques d’abord allemandes. Avant l’an 2000, 75% de la dette grecque était édité en monnaie nationale, la drachme, lorsqu’en 2002 elle est exprimée et détenue à 100% en monnaie étrangère, en cette sorte de Reichsmark allemand du nouveau siècle que les autres pays ne contrôlent pas ou sinon si peu. La Grèce, pour ne rester… que dans son exemplarité, elle est ainsi devenue une colonie de la dette, ce qui conduit au bout du processus à l’anéantissement économique, démographique, culturel et ainsi géopolitique du pays. D’où sans doute toute l’utilité de l’exemple grec pour les autres peuples de la dite Union européenne, il ne faut en arriver là, aussi, parce que la dite construction européenne est synonyme de haine et des conflits en gestation entre les pays comme au sein des sociétés concernées, d’où autant la nécessité à accélérer son démantèlement et ceci dans l’urgence.

Pour la petite histoire et pour le reportage, ajoutons que cette réunion des Comités pour la défense de la Macédoine grecque, elle avait été directement saluée par Vassílis Levéntis, chef du parti du Centre, ainsi que par Yórgos Patoúlis, maire de Maroússi et proche de la Nouvelle Démocratie. Je ne dirais pas que leur présence m’est parue bien convaincante, les lecteurs de ce blog, savent combien je reste très réservé et méfiant devant les politiques, surtout depuis le… choc SYRIZA, et ainsi la fin effective du système politique grec, en tout cas, aux yeux de ceux qui s’efforcent autant que faire se peut, à réfléchir sur nos réalités bien apocalyptiques.

Réunion des Comités de la Macédoine grecque, Athènes dimanche 13 janvier, 2019
Konstantínos Grívas, Nikos Igglésis et Stávros Lygerós. Athènes, le 13 janvier
Vassílis Levéntis, chef du parti du Centre. Athènes, le 13 janvier
Yórgos Patoúlis, maire de Maroússi. Athènes, le 13 janvier

Athènes et le Pirée alors sous leur temps d’hiver et une bonne partie de la Grèce toujours sous la neige. L’Orthodoxie fêtera toujours la mémoire des néo-martyres du 19e siècle à l’instar de Saint Georges de Jannina, exécuté par les Ottomans en 1838, tandis que la Chancelière est déjà rentré en Métropole.

Le Congrès de Berlin… en 2019, il se nomme Union européenne et OTAN, faisant la soi-disant paix sur le dos des peuples de la région, en les tenant à l’écart d’une négociation dont le résultats leur est ensuite imposé sans qu’on ait le moins du monde sollicité leur consentement. Sauf qu’il y a un lustre de pseudo-démocratie, et que les marionnettes, à la manière de Tsípras et de Zaev, le Premier ministre de l’ex-République Yougoslave de Macédoine, ils font semblant de négocier et de décider, au besoin, en violation flagrante et délibérée des volontés de “leurs” peuples, referendums rarement organisés compris.

Saint Georges néo-martyre. Monastères des Météores, janvier 2019
Neige en Grèce. Thessalie, janvier 2019
Au Pirée et en hiver. Janvier 2019

Le peuple se rebiffe alors comme il peut. Des rassemblements sont prévus en ce mois de janvier pour stopper l’accord Macédonien imposé par Berlin, Bruxelles et Washington et qui devrait être ratifié par les marionnettes d’ici comme d’ailleurs.

Déjà au “Parlement” à Athènes, pour la partie visible des tractations en cours, elle tient de la volatilité et autant de l’excitation dont font preuve les députés des petits partis, sauf qu’une liste contenant les données personnelles des élus du parti de Kamménos… circule alors sur Internet depuis cette semaine… et que leurs téléphones sont submergés de messages… les menaçant de mort au cas où ils vont dire ‘oui’ à l’accord Macédonien de Tsípras, presse grecque du 12 janvier. Régime… “démocratique” et ses conséquences.

Politiciens ainsi durablement et même… fièrement installés dans le cynisme et l’hybris, et voilà que la boîte de Pandore s’ouvre peu à peu. Austérité et géopolitique même combat ! Après tout, Hermann Göring, au sujet des populations aux pays très exactement occupés, il avait déclaré sans état d’âme que “les riches seront appauvris, les pauvres mourront, et l’Allemagne vaincra à la fin” (samedi 12 janvier, radio Skáï 100.1 FM).

Athènes pluie et humidité, un temps de chien certes, mais c’est surtout nos chats adespotes animaux sans maîtres qui retiennent alors toute notre attention. Histoire de la Grèce et des Balkans !

Chat adespote. Athènes, janvier 2019

* Photo de couverture: Angela Merkel à Athènes. Janvier 2019, presse grecque

Grèce solidaire des gilets jaunes

Gilets jaunes à Athènes :  » Avec Macron, l’histoire de la France, c’est celle de la Grèce en accéléré » par Fabien Perrier

Des centaines de Grecs ont manifesté ce week-end leur soutien au mouvement des gilets jaunes et comptent poursuivre leurs actions de solidarité. Pour eux, le cœur du problème se trouve dans les politiques européennes.

Soutien aux gilets jaunes en Grèce : acte 3. Samedi 15 décembre, pour la troisième fois à Athènes, des Grecs ont souhaité témoigner de leur solidarité au mouvement né en France. Devant l’ambassade de France, des dizaines de militants de mouvements de gauche (Confrontations – Ligne rouge) ont brandi pancartes et hauts-parleurs. A deux pas de la place de la Constitution, où est situé le Parlement grec, des dizaines d’autres, du parti Unité Populaire, ont revêtu un gilet jaune avant de manifester dans la capitale.
« Les gilets jaunes montrent la voie »

Retraitée, Mania Balsefki est dans les rangs d’Unité Populaire, petit parti d’extrême gauche né d’une scission de Syriza, en août 2015. Pour elle, « les peuples de l’Europe doivent actuellement suivre la voie des gilets jaunes. Nous rencontrons des problèmes communs, l’austérité touche toute l’Europe. » Elle se félicite de l’émergence du mouvement en Belgique, en Italie… et des manifestations sur d’autres thèmes sociaux en Hongrie ou encore en Albanie. « Les gilets jaunes montrent la voie », affirme-t-elle. Economiste et membre, lui aussi, de ce parti, Yannis Tolios ajoute : « Nous manifestons contre la politique de Macron en France. » Selon lui, « les gilets jaunes expriment les intérêts vitaux des travailleurs, en France mais aussi en Grèce. Ils contestent fondamentalement les politiques menées dans l’eurozone, par l’oligarchie, qui sont en réalité des politiques d’austérité », c’est-à-dire des baisses des dépenses publiques, des salaires et des pensions, accompagnées de hausses des taxes.

Ces politiques, la Grèce les a vécues de la façon la plus extrême entre 2010 et 2015. Le salaire minimum, de 751 euros pour tous en 2010, passe à 586 euros brut, et même 510 euros pour les moins de vingt-cinq ans. Les conventions collectives ont été supprimées et la primauté a été donnée aux accords d’entreprise qui peuvent même être conclus avec des « associations de personnes », au détriment de la représentation syndicale. Quant aux prud’hommes, ils ont été abolis… Parallèlement, l’économie a plongé dans une récession incessante – pendant cette période, le produit intérieur brut a chuté de 25%.

« Je n’aurais rien contre un appel européen de solidarité »
« Quand je vivais en France, en 2010, et que j’expliquais à mes amis que les lois passées en Grèce arriveraient en France, que nous n’étions qu’un cobaye, ils ne voulaient pas me croire… », soupire Alkistis Prepi. Cette architecte urbaniste de 33 ans est, elle, devant l’ambassade de France. Autour d’elle, les manifestants brandissent des drapeaux rouges. La jeune femme poursuit : « Partout, les classes populaires subissent actuellement une paupérisation ; elle produit des « oubliés » et ces mouvements, comme les Indignés en Grèce en 2011, leur redonnent la voix. Les lois qui passent en France s’inscrivent clairement dans le contexte de l’austérité que les dirigeants européens veulent appliquer partout en Europe. Avec Macron, c’est l’histoire grecque… mais en accéléré. » En accéléré… jusque dans la répression, affirme-t-elle, rejointe par Kostas Ksotopoulos. Menuisier, il suit de près le mouvement des gilets jaunes. « Nous sommes là en solidarité, car nous comparons leur situation avec la nôtre. En outre, nous voulons dénoncer la façon dont la police a réagi contre les manifestants. Quand nous avons vu les véhicules blindés de l’armée dans Paris, des lycéens agenouillés et les bras sur la tête devant la police, nous ne pouvions pas en croire nos yeux. »

En Grèce, le mouvement trouve un écho. Au sein même de Syriza, le parti au pouvoir, ils sont nombreux à signaler leur sympathie pour les gilets jaunes. Le député Costas Douzinas a même déclaré : « Je n’aurais rien contre un appel européen de solidarité. »

Source https://www.marianne.net/monde/gilets-jaunes-athenes-avec-macron-l-histoire-de-la-france-c-est-celle-de-la-grece-en-accelere

Appel contre la répression des mouvements sociaux en Grèce

En plus de l’austérité imposée aux Grecs depuis huit ans, le gouvernement Syriza met en danger les libertés civiles du pays en réprimant personnalités politiques et militants.

Appel contre la répression des mouvements sociaux en Grèce Par Un collectif , de politiques et de personnalités civiles

Tribune.

La crise grecque ne fait plus la une des journaux, mais le peuple grec continue de souffrir de l’austérité implacable qui lui est imposée depuis plus de huit ans. Ceux qui s’opposent aux politiques des memoranda sont confrontés à une répression croissante. Les actions contre les saisies et la vente aux enchères des logements sont particulièrement prises pour cible. A la suite des diktats des créanciers à la Grèce, le gouvernement Syriza a considérablement intensifié, au cours des deux dernières années, la pression sur les propriétaires endettés pour aider les banques privées à recouvrer leurs emprunts. Une législation spéciale a été adoptée en décembre 2017 qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à six mois de prison pour les opposants aux saisies. En outre, le gouvernement a déplacé les procédures de vente aux enchères des salles de tribunal vers une plateforme électronique activée par des notaires de l’intérieur de leur cabinet.

Depuis le début de l’année, des dizaines de militants à travers le pays ont fait l’objet de poursuites et plusieurs procès sont en cours. Parmi les personnes mises en cause, figurent Panayiotis Lafazanis, ancien ministre de l’Energie du premier gouvernement Syriza et désormais secrétaire d’Unité populaire, Elias et Leonidas Papadopoulos, tous deux membres fondateurs du réseau « Je ne paierai pas » ainsi qu’Elias Smilios, conseiller municipal de la région de Thessalonique. C’est la première fois depuis la chute de la dictature qu’un dirigeant d’un parti politique démocratique fait l’objet de poursuites judiciaires pour ses activités militantes. En outre, les poursuites à l’encontre de ces militants ont été engagées par une branche spéciale des services de sécurité, le Département pour la protection de l’État et du régime démocratique, qui n’a fait preuve d’aucune activité à l’encontre d’Aube dorée ou de tout autre parti d’extrême droite. Ces militants risquent des peines de prison pouvant aller jusqu’à huit ans et demi.

C’est un moment critique pour la démocratie et les libertés civiles en Grèce. Nous exigeons l’abandon des poursuites à l’encontre tous les militant·e·s du mouvement contre les saisies et ventes aux enchères des logements. Nous exprimons notre solidarité à tous les Grecs confrontés à la répression pour leurs actions en faveur des droits sociaux.

Signatures collectives :

CUP (Candidature d’unité populaire), Catalogne ; Union Syndicale Co.Bas, Espagne ; Groupe parlementaire de La France insoumise ; Habita Association pour le droit au logement et à la ville, Portugal ; ODG Observatoire sur la dette et la globalisation, Espagne ; Plataforma de Afectados por la Hipoteca (PAH), Espagne ; Procés Constituent, Catalogne ; Sindicat de Llogaters i Llogateres (Syndicat des locataires), Espagne ; Association des Locataires Witten, Allemagne.

Premiers signataires :

Gilbert Achcar, politiste, SOAS, Université de Londres ; Tariq Ali, écrivain, Londres ; Cinzia Arruzza, philosophe, New School, New York ; Alain Badiou, philosophe, professeur émérite à l’ENS, Paris ; Ludivine Bantigny, historienne, Université de Caen ; Diego Borja, ancien ministre de l’économie de l’Équateur ; Noam Chomsky, linguiste, MIT, Etats-Unis ; Jorge Costa, député, Bloc de Gauche Portugal ; Sevim Dagdelen, député au Bundestag, Die Linke ; Fabio De Masi, député au Bundestag, Die Linke ; Irene Escorihuela, Présidente de l’Observatoire DESC, Espagne ; Sònia Farré Fidalgo, députée En Comú Podem, Espagne ; Teresa Forcades, Procés Constituent, Catalogne ; Heike Hänsel, députée au Bundestag, Die Linke ; Eric Hazan, éditeur, Paris ; Stefano Fassina, député Liberi e Uguali, ancien vice-ministre des Finances de l’Italie ; Pierre Khalfa, Fondation Copernic, Paris ; Stathis Kouvélakis, philosophe, King’s College Londres ; Costas Lapavitsas, économiste, SOAS Université de Londres ; Frédéric Lordon, philosophe et économiste, CNRS ; Francisco Louça, économiste, Université de Lisbonne ; Jean-Luc Mélenchon, président du groupe parlementaire de la France Insoumise ; Manolo Monereo, député, Podemos ; Michaël Löwy, sociologue, directeur émérite de recherche CNRS, Eric Toussaint, CADTM, Belgique ; Miguel Urban, député au Parlement Européen, Podemos ; Eleni Varikas, Professeure émérite, Université de Paris 8.

La liste complète des signataires disponible ici.

Source https://www.liberation.fr/debats/2018/11/27/appel-contre-la-repression-des-mouvements-sociaux-en-grece_1694566

Black Mayday La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque

Black Mayday

Athènes entre soleil et pluie. Températures très naturellement en baisse, bois qui brûle, nuits grecques de plus en plus chargées et enfumées. Pays alors des asthmatiques qui ne sortent plus de chez eux. En Épire, en Grèce du Nord, ou en Thessalie, c’est autant la période des premières neiges. Nos derniers touristes de l’été même prolongé, quittent alors la Grèce, tandis que… ceux de l’arrière-saison déambulent déjà dans les rues de la capitale, photographiant, tantôt les monuments, tantôt nos chiens et chats, animaux adespotes et fières de l’être.

Touriste, Place de la Constitution. Athènes, novembre 2018

L’été n’est certes plus, mais l’hiver athénien actuel reste emblématique des enjeux actuels d’après la presse. Entre autres, il apparaît le thème de cette discorde entre promoteurs et acquéreurs nouveaux dans l’immobilier, essentiellement dans le vieux centre-ville. Sans oublier les banques détentrices de milliers d’unités d’habitation ; désormais elles.les bradent au profit des fonds rapaces, installés de manière visiblement appuyée en Grèce depuis l’été 2015, moment historique de… la radicalisation hyper-capitaliste de SYRIZA.

Comme ailleurs, les bureaux et les locaux commerciaux plutôt classiques, se transforment en unités du méta-tourisme de type Airbnb. Notons que plus de la moitié du parc Airbnb à Athènes appartient aux dits investisseurs, le plus souvent étrangers, arrivés depuis peu sur le territoire de l’ex-pays, presse grecque en 2018, par exemple le quotidien “Kathimeriní” en mars dernier.

Par les temps qui courent et qui coulent, les médias accordent tous leurs violons pour promouvoir ce “Vendredi noir”, en… bon grec comme en bon français “Black Friday”, celui des commerçants et des enseignes, si possible méta-nationales, histoire de berner sans doute une dernière fois… avant le clash génocidaire planétaire, notre humanité finissante des classes moyennes. Une classe moyenne mondiale largement uniforme, sauf lorsque cette dernière s’habille parfois en gilet jaune. Oui, c’est vrai que la presse grecque, fréquemment aux ordres de Berlin, alors “ignore” pratiquement tout, des récents événements français, tout comme elle minimise bien entendu, la portée de la résistance des Italiens face aux dictats de Berlin et de Bruxelles.

Place de la Constitution. Athènes, novembre 2018
Touristes et animaux adespotes. Athènes, novembre 2018
Promotion immobilière. Athènes, novembre 2018

Comme l’affirme ainsi à très juste titre mon ami Olivier Delorme au sujet des totalitarismes si actuels, “auxquels, par là, il s’apparente, le projet européen est avant tout oligarchique et technocratique: le pouvoir doit être exercé par ceux qui ont des compétences techniques, par ceux qui savent – qui savent notamment mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui empêcheront ces peuples de faire des bêtises. Mais imposer le dessaisissement des peuples dans le cadre national est impossible autrement que par la force, le coup d’État, la dictature”.

“En réalité, si l’on regarde l’Europe économique aujourd’hui, les pays qui vont le mieux sont tous hors de l’UE ou de l’euro et ne souhaitent pas y entrer. Les seules exceptions sont l’Allemagne – surtout -, les Pays-Bas et l’Autriche pour qui l’euro, sous-évalué par rapport à ce que serait le taux de change de leur monnaie nationale, est un puissant instrument de dumping. Pour tous les autres, l’euro qui, du fait même de sa nature et de ses règles – irréformables – est et restera structurellement surévalué, constitue un pesant boulet qui les ralentit ou qui les tue.” “Putsch Magazine”, 20 novembre 2018. Bas, très bas Empire.

Sur nos radios pas totalement contrôlées peut-être, on peut distinguer ces voix, à l’instar de la radio 90.1 FM du Pirée, voix qui répètent sans cesse que le pays devenu territoire est occupé par l’européisme et par Berlin, et que Berlin et Bruxelles placent leurs hommes un peu partout, surtout et d’abord au sein du gouvernement. Les Grecs le savent, sauf que leur univers, leur teneur disons anthropologique, culturelle, économique et sociale, se trouvent désormais suffisamment désarticulés pour que l’action collective puisse alors reprendre de manière efficace. Contrairement, espérons-le, aux gilets jaunes en France, dont l’existence par exemple économique n’est pas encore tout à fait détruite, alors espoir ?

Ce qui ne veut pas dire que le pays réel grec ne manifeste plus. Cette semaine par exemple, les retraités ont manifesté à Athènes comme ailleurs à travers le pays, presse grecque de la semaine. De même, ceux du personnel de la Santé Publique ont déversé du foin bien gras devant le dit Ministère des Finances. Ce dernier, il est placé comme on sait, entièrement sous le contrôle de Bruxelles et de Berlin. D’ailleurs, c’est “l’Autorité Indépendante des Recettes fiscales” (“Establisment and operation of Independent Authority for Public Revenue” IAPR) qui récolte taxes, impôts et amendes, ainsi que le fruit bien attardé des saisies et qui décide de leur usage, Autorité laquelle “jouit d’une indépendance opérationnelle, d’une autonomie administrative et financière et qu’elle n’est pas soumise au contrôle, ni à la surveillance des organismes gouvernementaux ou d’autres autorités administratives” (grecques).

Retraités en colère. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Ceux de la Santé Publique. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Ceux de la Santé Publique. Athènes, novembre 2018 (presse grecque)
Préparation du… Vendredi Noir. Athènes, novembre 2018
Vendredi… très noir. Athènes, novembre 2018

Une agence… fiduciaire, notons-le, ainsi non-grecque, mise en place en 2016, depuis l’acte final de la mise-à-mort de la Grèce par la bande et la gauche des criminels et autres traîtres à la Tsípras et visiblement heureux de l’être, une structure enfin, en réalité illégale… si l’on considère autant que faire se peut la Constitution, théoriquement toujours en cours mais seulement théoriquement. Là encore, comme il vient d’être décrit pour une… condition collective humaine et européenne désormais analogue très actuelle, nous sommes face à un totalitarisme et autant “un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt – c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs – à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes.”

Le pays réel plus disloqué que jamais, il patauge, également il faut dire dans sa colère. Les grandes villes sont beaucoup plus touchées que les campagnes, cela-dit, ces dernières se vident de plus en plus de leurs habitants. Comme il est noté ailleurs, “le plus dur est de maintenir le potentiel d’un peuple intact, c’est pourquoi on cherche à le remplacer ou à la faire changer de sexe quand on n’incendie pas son sol comme ici ou là.” Bas Empire, beau pays des musées et des sites archéologique, du Péloponnèse à la Macédoine, en passant par la Thessalie et ainsi par Delphes.

Nos touristes apprécient, surtout par temps clément, autres réalités grecques, voire romaines, fresques antiques, stèles tombales et même théâtres que les écoliers visitent derrière leurs guides… parfois même en suivant les animaux adespotes maîtres des lieux et de tout temps, même si, les températures sont très naturellement en baisse, et qu’en Thessalie en altitude, il a même neigé la semaine dernière.

Site archéologique et écoliers en visite. Macédoine grecque, novembre 2018
Traces humaines exposées au musée. Macédoine grecque, novembre 2018
Traces humaines exposées au musée. Macédoine grecque, novembre 2018
Neige à Tríkala et en altitude. Thessalie, novembre 2018 (presse locale)
Maîtres des lieux. Grèce, novembre 2018

Ces derniers jours, le gouvernement cynique et impavide de l’escroc Aléxis Tsípras multiplie les annonces quant aux reformes prétendument “enfin positives, après tant d’années d’austérité”. L’année électorale 2019 se prépare, et le principal vivier en la matière pour les gouvernements grecs sont et demeurent toujours les réseaux clientélistes que constituent d’abord les agents et autres embauchés, même temporaires, de la fonction publique, y compris territoriale et locale. SYRIZA constitue en ce moment son armée électorale prétorienne, composée d’agents pour l’instant non-titulaires, aux traitements certes souvent faibles, sauf que bien fréquemment, ces gens sont placés n’importe où et n’importe comment, occupant de nombreux postes plutôt dans l’inactivité, tandis que d’autres secteurs du Service public manquent cruellement de personnel qualifié.

Les Syrizístes excellent autant dans le népotisme, lorsque par exemple, ministres et députés font alors embaucher une bonne part de leur parentèle, le tout, en affirmant le contraire, car le cynisme les déborde, mais également et fatalement la haine, que ces derniers provoquent partout ailleurs en dehors de leurs réseaux clientélistes. Dans le même cadre politique électoraliste, d’après les dernières données d’ailleurs officielles, les agents non-titulaires de l’État ont vu leurs rétributions progresser de 16,7% en moyenne entre 2014 et 2017, tandis que le salaire moyen des employés du privé a encore diminué de 3%. Ainsi et désormais, le salaire moyen dans la Fonction publique dépasse de 53% le salaire moyen pour l’ensemble de l’économie grecque, tandis que ce même salaire moyen des employés de l’hôtellerie et restauration, il se situe seulement à -62% du salaire moyen national, d’après la presse grecque de la semaine.

Au même moment, l’économie grecque a perdu en dix ans, près d’un million de postes qualifiés, de cadres et de techniciens supérieurs, entre ceux, près de 600.000, qui ont quitté le pays, et les autres qui vivotent, faisant du sur place au beau et fière pays des presque trente millions de touristes an, presse grecque de la semaine. Même les enquêteurs bien Allemands de chez Movinga GmbH, admettent dans une récente enquête à travers cent villes du monde et autant meilleurs lieux pour trouver et exercer un travail, que la ville arrivant en fin de classement pour trouver un travail et ensuite pour l’exercer c’est bien Athènes. Bienvenue dans l’Europe Allemande… de l’Exposition Coloniale façon nouveau siècle.

Ceux dits ‘d’en bas’. Thessalie, novembre 2018
En faillite. Athènes, novembre 2018

Le système paupérise le plus grand nombre, pour fabriquer des assistés dépendants, lesquels vont incarner le rôle des prétoriens dociles à bas coût.

Le tout, dans un climat d’abord inventé et néanmoins désormais réel, de désintégration des liens comme des solidarités, entre les branches et entre les catégories socioprofessionnelles, pour ne pas dire entre même les réseaux d’amis ou à l’intérieur des familles.

Car voilà que cette gauche thatchérienne des Tsiprosaures, partage avec les maîtres-fous du méta-capitalisme, la même haine de la classe moyenne et du pays réel des travailleurs rescapés du génocide économique en cours, “cette gauche kérosène – celle qui navigue d’aéroport en aéroport pour porter dans les universités du monde entier, et dans tous les ‘Festival de Cannes’, la bonne parole ‘écologique’ et ‘associative’ qui ose leur faire la leçon à ceux ‘d’en bas’ sur ce point”, comme il est très justement noté ailleurs.

Monument funéraire, Antiquité tardive. Macédoine grecque, novembre 2018
Modernité tardive. Athènes, novembre 2018
Petit restaurant. Athènes, novembre 2018

Dernière trouvaille des Tsiprosaures, le supposé maintient du montant des retraites versées, voire, sa prétendue augmentation d’environ 20€ par mois, lorsque la suppression pour tous les bénéficiaires de la retraite supplémentaire EKAS pour les très petites retraites, retraite dite auxiliaire en Grèce, vient d’être effective, ce qui représente une diminution des pensions de l’ordre de 200€ mensuels en moyenne, et c’est une mesure mémorandaire signée Tsípras. Les éditorialistes du site du “Plan-B”, évoquent à très juste titre cette dernière “tromperie de Tsípras face aux retraités, une mesure austéritaire exigée de la Troïka du temps déjà du gouvernement de droite de Samarás, sauf que ce dernier à l’époque, il n’avait pas cédé”.

L’article inclut d’ailleurs le texte original de cet “accord” récent datant du 23 mai 2018 sur la suppression de la retraite supplémentaire, accord signé entre la gouvernance de la marionnette Tsípras et la Troïka, en précisant que le texte en question n’avait été publié qu’en anglais: “iv. Eliminate EKAS. Phase out the solidarity grant (EKAS) for all pensioners by end-December 2019, reducing it by EUR 570 million by 2017; EUR 808 million by 2018; and EUR 853 million by 2019. The authorities will adopt as a prior action the Ministerial Decision setting all the details for the awarding of EKAS in 2019”, site Internet du “Plan-B”, 23 novembre 2018. Très Bas Empire et ses Colonies.

Statuettes funéraire. Antiquité Tardive, Macédoine grecque, novembre 2018
Archéologues du siècle dernier. Musée en Macédoine grecque, novembre 2018
Monnaie issue de Rome Antique. Musée en Macédoine grecque, novembre 2018

Le pays réel mis à mal, conserve toutefois ses codes dans la mesure du possible, ainsi que certains des usages humains, c’est-à-dire, situés aux antipodes des vendredis et autres journées sombres du para commerce alors supposé permanant. Face aux thatchériens de tous les pays réunis, devant aussi la gauche et la droite kérosène, “le bas peuple”, d’après ce que j’entends dans la rue ou dans les cafés en Grèce et pas seulement, rêve de… pendre tous ses princes sous les lampadaires, tant la haine on dirait de classe, déborde alors de partout.

Dans le milieu fabriqué de l’Occident contemporain, celui de la méta-modernité et de l’obsolescence de l’Homme, les cadavres des régimes supposés représentatifs et démocratiques sont désormais très rapidement éliminés par des organismes décomposeurs et nécrophages, c’est-à-dire par des supposées élites et par leurs marionnettes. Et ce n’est plus un abus de langage, lorsque depuis quelques semaines, on entend à la radio certains journalistes qualifier Tsípras “de termite et de vermine dévorant le pays, et la société grecque”, à l’instar de la zone matinale sur 90.1 FM.

Faute de mieux, et de manière humaine à travers ce que l’on pourrait alors qualifier d’économie enfin durable, des habitants du pays réel et de la ville de Larissa, capitale de la Thessalie, ont eu par exemple la bonne idée… que d’habiller certains poteaux de leur ville par les blousons dont ils n’ont plus l’usage. Blousons si possible imperméables et solides, offerts ainsi en libre service et à destination de leurs concitoyens encore plus paupérisés… devant le froid de l’hiver qui arrive.

Ailleurs, et toujours sous le regard des animaux adespotes, à Athènes ou à Thessalonique, des autocollants un peu vieillis sauf évidemment pour ce qui tient de leur message, appellent à boycotter Coca-Cola, car “Fabriqué en Bulgarie, consommé en Grèce et imposé en Suisse”. Notre beau pays “d’en bas”, contrairement aux politiciens compatibles Sóros, ceux que l’on nomme aussi désormais “les Sorites” à travers certains médias en Grèce, ne mâche plus ses mots et n’utilise point ce langage lénifiant de gauche comme de droite, lorsque il s’agit entre autres de… rendre la soi-disant “transition écologique acceptable”.

Ainsi, d’Athènes à Rome, en passant par la France des gilets jaunes, les humbles sujets du totalitarisme européiste, finissent alors par découvrir les causes, autant que les causeries de l’hybris planétaire qui gouverne, il faut préciser, dans l’anomie la plus totale. D’où sans doute ce clin d’œil à l’Italie actuelle, lorsque son drapeau a été placé bien en évidence dans une galerie d’Athènes, signe encore des temps qui sont les nôtres.

Boycottons Coca-Cola. Thessalonique, novembre 2018
Blouson offert. Ville de Larissa, Thessalie. Presse locale, novembre 2018
Le drapeau italien. Athènes, novembre 2018
Sous leur regard. Athènes, novembre 2018

Le pays entre soleil et pluie. “Les journées à venir se tiennent devant nous – comme un alignement de cierges allumés – petits cierges dorés, chauds, pleins de vie.”
“Les journées révolues restent derrière nous,-triste rangée, cierges éteints ;-les plus proches de nous encore un peu fumants,-cierges froids, fondus et penchés.”, d’après Constantin Caváfis (ou Cavafy), le grand poète et son poème “Cierges”, traduit par Michel Volkovitch. Cavafy est le poète d’Alexandrie, comme Umberto Saba est celui de Trieste, ou Baudelaire le poète de Paris. Cavafy, “né en 1863 à Alexandrie, la ville où se trouvait la plus grande bibliothèque de l’Antiquité, qui avait recueilli les manuscrits d’Aristote, cette ville dont le destin était d’attirer les écrivains, ces êtres épris de mémoire, qui accueillit Flaubert, Rimbaud, Forster, et Lawrence Durrell, une ville dont on vous dit sans cesse qu’il eut fallu la connaître, il y a vingt, trente ans, une capitale – la plus grande – de la mémoire.”

Les journées révolues restent derrière nous, et les élèves en voyage scolaire, admirent encore l’Imaret, ce symbole de l’ancienne ville de Kavala en Macédoine grecque, un des plus importants monuments ottomans en Grèce. Ce complexe impressionnant était un kulliye destiné à l’enseignement islamique, créé par Méhémet-Ali en 1817, lui-même natif de la ville, vice-roi d’Égypte de 1804 à 1849 et généralement considéré comme le fondateur de l’Égypte moderne. L’Égypte, la Grèce, l’Empire ottoman, l’Orient en quelque sorte.

Les journées à venir se tiennent devant nous, températures en baisse, bois qui brûle, nuits grecques enfumées. En Grèce du Nord, c’est le moment des premières neiges, lorsque les sucreries et autres pâtisseries de Noël ont déjà fait leur apparition derrière les vitres des boulangeries. On remarque aussi en ces années sismiques, combien les monastères croulent alors sous le nombre croissant de visiteurs laïques. “Nous recevons de bien nombreux fidèles, c’est dans l’air du temps”, me disait récemment un moine rencontré au Nord de la Grèce.

On comprendra alors aisément qu’après le piètre accord Macédonien des Sorites à la Tsípras, celui que l’immense majorité des Grecs rejette d’après même les sondages de la presse athénienne largement germano-compatible, voilà que le pseudo-accord du même… génotype, entre le chef de l’Église de Grèce Ierónymos et Tsípras, ne passe alors pas.

L’Imaret, Kavala, novembre 2018
Sucreries de Noël, Athènes, novembre 2018
Produits des Monastères. Boutique à Athènes, novembre 2018
Produits des Monastères. Boutique à Athènes, novembre 2018

Car ce même langage lénifiant de gauche comme de droite, lorsque il s’agit entre autres de… rendre la soi-disant “transition culturelle acceptable” irrite encore plus les esprits du pays réel, dans la mesure où de tromperie en trahison, l’hybris qui s’accumule appelle forcément la Némésis, rappelons-le, chez les Anciens, celle de la juste colère des dieux et du châtiment céleste, assimilée à la vengeance et à l’équilibre à imposer de nouveau. Némésis, dont le mot dérive du verbe grec “némeïn”, signifiant répartir équitablement, distribuer ce qui est dû.

L’observateur curieux des nouvelles mentalités, remarquera enfin combien ces productions, réelles ou en tout cas estampillées des Monastères, sont de plus en plus recherchées en Grèce, c’est certes une forme de commerce mais ce n’est certainement pas le vendredi bien sombre des mondialisateurs. En tout cas et dans le contexte actuel, la tradition Monastique Orthodoxe représente aux yeux des Grecs un espoir, ou sinon du moins, une ultime ouverture spirituelle devant l’effondrement des idéologies politiques. D’où sans doute cette guerre ouverte faite aussi à l’Orthodoxie, depuis les caniveaux des Sorites, plus crépusculaires que jamais. Cela-dit, aux dernières nouvelles, les Sorites Tsiprosaures retireraient leur projet de reforme relative aux relations entre l’Église et l’État, “pour un moment plus propice d’ici quelques mois”, d’après en tout ca la presse grecque au soir du 23 novembre. Les masques sont déjà tombés, en attendant la chute des arlequins diront certains.

Et quant aux tavernes des Grecs, sur leurs murs on y découvre souvent ces photographies de jadis issues du monde rural, dont ces réunions officielles ou festives, en présence des popes et d’ailleurs des gendarmes. Au même moment, sur les marchés circulent autant ces autres vieilles photos, représentant les grands compositeurs du chant populaire et du bouzouki, preuve -s’il en faut- de l’intérêt porté par les Grecs à leur culture populaire et nationale. Finalement, les peuples ont la peau dure !

Photo d’antan. Taverne grecque, novembre 2018
Ceux de la musique populaire. Photos à Athènes, novembre 2018

Bouzouki ou pas, nos derniers touristes de l’été, même prolongé, ont déjà quitté le pays, tandis que… ceux de l’arrière-saison déambulent déjà dans les rues de la capitale, photographiant, tantôt les monuments, et tantôt nos chiens et nos chats, animaux adespotes et fières de l’être.

Certains sites archéologiques sont désormais désertés de tous, devenant ainsi et enfin propices à la réflexion et à la méditation, autant que les monastères, faisant ainsi face à l’hybris pour l’instant dominante.

Site archéologique déserté. Macédoine grecque, novembre 2018

L’histoire en a vu bien d’autres c’est certain, et les journées à venir se tiennent devant nous, y compris pour votre blog, prospère en idées… mais pour le reste paupérisé. Comme hélas de coutume, dans quelque jours, “Greek Crisis” du haut de ses sept ans, lancera sa campagne annuelle de soutien financier de fin d’année.

Passer comme on dit l’hiver, aux nuits grecques de plus en plus lourdes et enfumées avant le Printemps, peut-être autant celui des peuples. Modernité tardive !

Animal adespote. Nord de la Grèce, novembre 2018

Le rapport sur les effets de l’austérité en Grèce

La démocratie n’est pas à vendre. La lutte pour la souveraineté alimentaire à l’ère de l’austérité en Grèce

Les mesures d’austérité ont accru la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire en Grèce et ont violé le droit humain à l’alimentation de son peuple. Comment est-ce arrivé et qui est responsable?

Auteurs : Stephan Backes , Jenny Gkiougki , Sylvia Kay , Constantinidis de Charalampos , Emily Mattheisen , Christina Sakali , Eirini Tzekou , Leonidas Vatikiotis , Pietje Vervest  Rédacteurs Deborah Eade En collaboration avec FIAN International , Agroecopolis  ProgrammesJustice agraire et environnementale

 

Résumé

Ce rapport examine les effets de l’austérité en Grèce sur le droit à l’alimentation. Il conclut que l’État grec et les États membres de la zone euro ont violé le droit du peuple grec à l’alimentation en raison des mesures d’austérité requises par trois protocoles d’accord (2010, 2012 et 2015). En d’autres termes, les mesures d’austérité imposées à la Grèce étaient contraires au droit international des droits de l’homme.

En août 2018, le Conseil européen a célébré la fin du troisième mémorandum d’accord, louant les efforts de la Grèce et la solidarité européenne. Cependant, comme le montre ce rapport, il y a peu à célébrer. Les mesures d’austérité ont non seulement accru la pauvreté et l’insécurité alimentaire, mais elles ont également consolidé un régime commercial agroalimentaire qui perpétuera les inégalités en matière d’accès et de contrôle des aliments.

Le rapport examine les impacts de l’austérité sur les producteurs de denrées alimentaires et les initiatives de consommateurs / coopératives, ainsi que les impacts sociaux sur la population grecque en général. En se concentrant sur le droit humain à l’alimentation, le rapport met en évidence l’impact de la crise économique grecque qui a touché tous les aspects de la vie des gens. L’accent mis sur les producteurs de denrées alimentaires et les zones rurales attire également l’attention sur un aspect négligé de la crise grecque, ces secteurs et régions manquant souvent de voix et de reconnaissance dans la politique et la prise de décision nationales.

Les résultats sont basés sur des entretiens directs et un travail de terrain original, complétés par des entretiens (y compris avec de hauts responsables de l’État), ainsi que sur une analyse de données macroéconomiques et une revue de la littérature de textes clés.

Les conclusions du rapport sont surprenantes.

1. Les mesures d’austérité ont accru la pauvreté rurale et l’insécurité alimentaire

Selon les estimations, en 2017, 38,9% des habitants des zones rurales de la Grèce sont menacés de pauvreté *.

Le chômage rural a grimpé de 7% en 2008 à 25% en 2013, tandis que le revenu rural par habitant a chuté de 23,5% pendant les années de crise (2008-2013).

L’insécurité alimentaire en Grèce a également augmenté – les prix des denrées alimentaires ayant augmenté plus rapidement que ceux de la zone euro pendant la crise, malgré la forte chute des revenus intérieurs et du coût de la main-d’œuvre. Cela a entraîné une baisse des dépenses alimentaires en termes totaux, mais une augmentation des dépenses alimentaires totales par rapport aux dépenses mensuelles totales de 16,4% en 2008 à 20,7% en 2016. – La proportion de ménages qui ne peuvent pas se permettre un repas avec viande, poulet, poisson (ou équivalent végétarien) tous les deux jours, par exemple, a doublé pendant la crise, passant d’environ 7% en 2008 à plus de 14% en 2016.

– La proportion de ménages avec des enfants incapables de se payer un repas à base de protéines sur une base quotidienne a doublé, passant de 4,7% en 2009 à 8,9% en 2014. Selon les statistiques de l’UE, 40,5% des enfants en 2016 étaient en situation de privation matérielle et sociale.

– Globalement, la crise a entraîné un changement notable des modes de consommation avec la substitution des produits alimentaires plus coûteux par des produits moins coûteux.

* L’UE définit cette personne comme une personne gravement défavorisée sur le plan matériel, située au-dessous du seuil de pauvreté après les transferts sociaux ou vivant dans des ménages où les adultes sont employés moins de 20% du temps.

2. Les mesures d’austérité ont particulièrement affecté les petits producteurs et négociants de produits alimentaires

Les mesures défavorables aux agriculteurs comprenaient:

Des taxes plus élevées et des coûts de production plus élevés dus au remplacement d’un régime d’imposition distinct pour les agriculteurs par un système normalisé d’imposition du revenu, ainsi que de taux de TVA plus élevés sur les intrants agricoles, notamment les engrais, les pesticides, les aliments pour animaux et semences et le diesel; et l’introduction d’une nouvelle taxe sur les terres agricoles. La part des taxes dans la valeur ajoutée agricole nette est passée de 4% entre 1993 et ​​2010 à 15,4% en 2016.

L’abolition de l’Organisation de l’assurance agricole spécialisée (OGA) et sa fusion avec un système généralisé de sécurité sociale ont entraîné une augmentation des cotisations de nombreux agriculteurs. Outre les impacts directs, un certain nombre de réformes structurelles ont considérablement fait pencher la balance en faveur des plus grands détaillants en alimentation et des commerçants privés au détriment des petits producteurs. Ces réformes comprenaient:

La libéralisation du commerce de détail, par exemple la levée des restrictions sur certains produits vendus dans les supermarchés, la flexibilisation de la législation du travail et le passage au commerce du dimanche.

La libéralisation du commerce de gros, en particulier la privatisation de l’Organisation des marchés et de la pêche centraux, auparavant administrée et rentable, le principal opérateur alimentaire de gros du pays, responsable des 2 principaux marchés du pays et de 11 marchés du poisson.

• Les privatisations, y compris les privatisations de la Banque agricole de Grèce (ATE) et de la grande coopérative laitière AGNO. Il en résulte une augmentation des coûts pour les agriculteurs qui ont moins accès au crédit rural, aux services financiers spécialisés et aux conseils agronomiques.

3. Les mesures d’austérité ont frappé un secteur alimentaire rural déjà affaibli et vulnérable par les tendances à long terme

L’agriculture en Grèce reste une partie importante de l’économie, représentant près de 4% du PIB du pays (plus du double de la moyenne de l’UE) et fournissant 12% des emplois du pays en 2016, mais elle est en déclin depuis le début des années 1980. L’entrée de la Grèce dans la Communauté économique européenne en 1981 et plus tard, l’UE – et la politique agricole commune – ont ouvert les petits agriculteurs grecs à une concurrence accrue. Cela a entraîné un certain nombre de vulnérabilités dans le système agroalimentaire grec avant la crise, notamment:

• Une baisse régulière de la production agricole nationale et une dépendance croissante à l’égard des importations de produits alimentaires ont entraîné une balance commerciale des produits alimentaires négative. Entre la fin des années 1980 et le début de la crise en 2008, le déficit du commerce des produits alimentaires dépassait fréquemment 1% du produit intérieur brut (PIB) du pays, tandis que sur la période 2005-2011, les importations représentaient près de 40% de la consommation intérieure.

• Recours accru aux subventions alimentaires, la part de la valeur ajoutée nette dans l’agriculture augmentant de 23% en 1993 à 81% en 2008.

• Un secteur des supermarchés en croissance qui a intensifié les conditions monopolistiques vis-à-vis des producteurs et des consommateurs.

Ces tendances ont porté atteinte à la souveraineté alimentaire de la Grèce, transformant la Grèce en exportateur net de produits alimentaires en importateur net. Pourtant, plutôt que de remédier à ces vulnérabilités, les trois protocoles d’accord (2010, 2012 et 2015) ont accéléré ces tendances. L’examen des exigences structurelles des mémorandums suggère un projet idéologique délibéré de transformation de l’État et de restructuration de l’économie grecque en faveur de certains secteurs du capital, tels que les grandes chaînes de supermarchés (transnationales). La crise a fourni un moyen de la mettre en œuvre.

4. Le filet de sécurité sociale du gouvernement grec était insuffisant pour prévenir l’insécurité alimentaire et la pauvreté

Le gouvernement grec a mis en place un certain nombre de programmes sociaux visant à constituer un filet de sécurité contre les conséquences de l’austérité et à répondre aux préoccupations urgentes liées à l’insécurité alimentaire. Parmi ces mesures, citons l’adoption d’une loi sur l’aide humanitaire prévoyant des subventions pour l’alimentation, le loyer et l’électricité pour les personnes et les familles à faible revenu. Ce programme a ensuite été remplacé par un programme de solidarité sociale qui offre aux ménages à faible revenu une allocation mensuelle.

 

Tout en répondant aux besoins les plus élémentaires, l’aide du Régime a été limitée: elle ne prévoyait que 30 à 200 euros par ménage et par mois, avec 100 euros supplémentaires pour chaque adulte et 50 euros par enfant. Les critères d’éligibilité stricts limitent l’aide aux cas de privation matérielle les plus graves, tandis que les exigences relatives à la condition de ressources excluent de nombreuses personnes qui y auraient droit en raison de ses dispositions restrictives et bureaucratiques. La couverture dans les zones rurales a également été limitée.

En conséquence, des fondations privées, des organisations caritatives, des ONG et l’Église grecque ont dû combler certaines de ces lacunes – offrant notamment des repas scolaires gratuits, des banques alimentaires et des soupes populaires, ainsi que des épiceries sociales offrant des produits alimentaires, des vêtements et des produits de nettoyage. matériaux de base et autres biens de base destinés aux particuliers et aux familles à faible revenu.

Certains de ces programmes bénéficient du soutien des municipalités locales et, dans le cas du programme de cantines scolaires, du gouvernement central, ils ne sont guère plus que des pansements collants. Les réponses fondées sur les droits de l’homme, telles que le soutien aux emplois et des salaires justes, qui s’attaqueraient aux causes profondes de la faim et de l’insécurité alimentaire doivent être beaucoup plus centrées au premier plan.

5. Les réponses populaires menées par les communautés fournissent de vraies solutions et laissent présager l’émergence d’une nouvelle politique alimentaire

Face aux politiques gouvernementales imposées par la troïka, qui sapent la souveraineté alimentaire – et ne parviennent pas à en atténuer les effets – de nombreuses initiatives communautaires locales ont vu le jour pour aider les populations à accéder plus facilement à la nourriture.

Celles-ci reflètent des tendances politiques différentes, varient en termes d’infrastructures et s’engagent différemment avec les États et les marchés. Ils comprennent des cuisines solidaires, des coopératives alimentaires, des marchés «sans intermédiaires», des collectifs et des réseaux d’autosuffisance alimentaire, des programmes d’agriculture soutenue par la Communauté (ACS), ainsi que toute une gamme d’autres coopératives agricoles, des modèles d’exploitation agricoles alternatifs et des entreprises de producteurs.

L’appel à une «économie solidaire» est devenu un cadre essentiel dans lequel de nombreuses réponses locales ont articulé leurs demandes et leurs aspirations. Cette économie sociale et solidaire (ESS) a connu une croissance massive au cours des années de crise: en 2013, 372 entreprises sociales étaient enregistrées, contre 585, 714 et 907 respectivement en 2014, 2015 et 2016.

En construisant un tel contre-pouvoir basé sur des pratiques innovantes, des expérimentations sociales et des infrastructures contrôlées par les personnes, ce mouvement ouvre la voie à une résistance populaire à l’austérité, mais également à un nouveau système alimentaire transformateur juste. Cela va au-delà de la demande de prix des denrées alimentaires abordables et de la protection des agriculteurs pour véritablement défier le pouvoir structurel du secteur agroalimentaire des entreprises et faire progresser les alternatives populaires.

6. Le droit à l’alimentation a été violé en Grèce

Le droit à une nourriture suffisante est fortement inscrit dans le droit international des droits de l’homme et son contenu normatif mentionne plusieurs éléments (disponibilité, accessibilité, adéquation, durabilité) qu’il convient de préserver.

Le droit à une nourriture suffisante est également étroitement lié à d’autres droits économiques, sociaux et culturels (DESC), ce qui signifie que la violation d’un droit entraîne souvent la violation d’autres droits. Le droit à la santé, à la vie, à l’eau et à un logement convenable sont les déterminants fondamentaux du droit à l’alimentation.
Plusieurs mesures d’austérité – y compris la modification des taxes agricoles et des régimes de sécurité sociale et la tendance à la privatisation et à la libéralisation du commerce – ont directement contribué à affaiblir le droit à l’alimentation en Grèce. D’autres mesures telles que la réduction du salaire minimum et la réduction des retraites ont également porté atteinte à ce droit fondamental de l’homme et contrevenu à d’autres droits économiques, sociaux et culturels, tels que le droit au travail, au logement et à la santé.
Les États ont l’obligation de réaliser les droits de l’homme. Cette obligation inclut la réalisation progressive des droits socio-économiques avec le maximum de ressources disponibles, ce qui interdit, à première vue, des mesures rétrogrades * qui limiteraient ou réduiraient les niveaux existants de jouissance des droits consacrés. Des mesures rétrogrades ne peuvent être prises que dans des circonstances très limitées et sur la base de conditions essentielles – telles qu’un suivi et une évaluation attentifs, la prise en compte de tous les droits, ne garantissant aucun impact disproportionné sur les plus vulnérables – aucune de ces mesures n’a été appliquée par le gouvernement grec. Le large éventail de mesures rétrogrades prises, combiné à la hausse du coût de la vie, constitue une preuve suffisante que le droit à l’alimentation a été violé en Grèce.

* Par mesures régressives, on entend toute mesure impliquant un recul du niveau de protection des droits de l’homme dû à la décision intentionnelle d’un État .

7. La responsabilité des violations du droit à l’alimentation incombe à la fois au gouvernement grec et aux États membres de la zone euro, ces derniers assumant sans doute une plus grande part de responsabilité.

Lorsqu’un droit de l’homme est violé, cela signifie qu’il y a eu violation de l’obligation de respecter, protéger et réaliser ce droit. De nombreux acteurs ont été impliqués dans les négociations ayant abouti aux trois MoU. Les obligations en matière de droits de l’homme existent territorialement et, dans certaines circonstances, extraterritoriales.

À la suite des mesures d’austérité, la Grèce a violé le droit humain à l’alimentation des habitants de la Grèce. Cependant, les États membres de la zone euro, en tant que prêteurs directs, sont également responsables du fait qu’ils ont signé les protocoles d’accord et ont probablement fait pression sur le gouvernement grec pour qu’il le fasse. Les États membres de la zone euro – en tant qu’États parties au Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et à d’autres instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme – ont donc manqué à leurs obligations extraterritoriales de respecter le droit à l’alimentation de la Grèce. Les États de la zone euro auraient non seulement dû s’abstenir d’exiger des mesures ayant une incidence sur le droit à l’alimentation, mais ils auraient également dû procéder à des études d’impact des mémorandums sur les droits humains. Ces EIDH sont requises avant, pendant et après le passage des protocoles d’accord, mais n’ont jamais été réalisées.

En outre, tous les États européens ont manqué à leurs obligations en matière de droits de l’homme en agissant et en prenant des décisions au sein d’organisations intergouvernementales et d’institutions financières internationales, telles que le Fonds monétaire international. En tant que composante du système des Nations Unies, ce dernier est tenu de respecter la Charte des Nations Unies, qui comprend un engagement en faveur de la réalisation progressive des droits de l’homme. Il ne devrait certainement pas prendre de mesures qui constitueraient une violation des droits de l’homme.

Les membres de la troïka affirment que la responsabilité des conséquences des protocoles d’accord incombe exclusivement à l’État grec. Cet argument est faux car, avec la Grèce, il s’agissait des signatures conjointes des trois mémorandums d’accord. Par conséquent, la responsabilité des violations du droit à l’alimentation est également partagée. En fait, on peut affirmer que la responsabilité des États membres de la zone euro est beaucoup plus grande, étant donné les preuves d’une ingérence directe ou même d’une contrainte exercée par les États membres de la troïka sur la Grèce pour qu’elle signe les protocoles d’accord.

Le présent rapport est axé sur la Grèce, mais ses conclusions sont pertinentes sur le plan international. La Grèce n’est pas une exception. De nombreux autres pays, à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe, se trouvent dans des situations similaires, contraints d’appliquer des politiques technocratiques dictées par des mesures d’austérité qui entraînent des violations des droits économiques, sociaux et culturels, y compris du droit fondamental à l’alimentation. L’expérience de la Grèce montre également que les violations de ces droits fondamentaux ne concernent pas uniquement les pays du Sud. Ils se produisent dans le «Nord» mondial. La faim, l’insécurité alimentaire, la pauvreté et la privation matérielle sont des problèmes européens. Les droits de l’homme sont universels, ce qui signifie que tous les gouvernements ont l’obligation de les respecter. Il est temps que l’UE agisse conformément à ces obligations et place les droits de l’homme au-dessus des besoins des marchés financiers.

L’austérité infligée à la Grèce soulève la question des indemnisations

Les dommages causés par l’austérité en Grèce soulèvent la question de la responsabilité des institutions européennes. Et d’une éventuelle indemnisation. 40 % des populations rurales sont aujourd’hui exposées au risque de pauvreté en Grèce.

« Le niveau des dommages pourrait augmenter la responsabilité de l’UE, mais le problème est d’identifier ceux qui ont été directement touchés par les mesures d’austérité et qui pourraient porter l’affaire devant les tribunaux », a-t-il déclaré.

Selon lui, l’article 340 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne « stipule très clairement que les dommages causés par la faute des institutions européennes devraient être indemnisés ».

Olivier de Schutter, qui a été rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation de 2008 à 2014, a commenté un rapport publié le 20 novembre, qui concluait que les mesures d’austérité prises pendant la crise grecque avaient conduit à une violation du droit à l’alimentation.

Il a noté que le droit à l’alimentation avait tout simplement été ignoré lorsque des mesures d’austérité avaient été conçues et appliquées en Grèce.

Violation du droit à l’alimentation

Les auteurs du rapport écrivent que la Grèce s’est retirée du programme de sauvetage de huit ans en août dernier, et qu’il est maintenant temps de discuter de ce que l’austérité a laissé derrière elle, en particulier en ce qui concerne la durabilité des zones rurales et le droit à l’alimentation.

Selon leur rapport « La démocratie n’est pas à vendre : Lutte pour la souveraineté alimentaire durant l’époque de l’austérité en Grèce », réalisé par l’Institut transnational, FIAN International et Agroecopolis, les plans de sauvetage ont porté un coup à l’économie rurale du pays.

Le rapport note que près de 40 % des habitants des zones rurales de Grèce sont exposés au risque de pauvreté, tandis que le chômage dans ces mêmes zones a bondi de 7 % en 2008 à 25 % en 2013.

De même, le revenu rural par habitant a diminué de 23,5 % au cours de la période 2008-2013.

En outre, l’insécurité alimentaire a doublé pendant la crise, passant de 7 % en 2008 à plus de 14 % en 2016, tandis que 40 % des enfants grecs souffrent de privations matérielles et sociales.

La situation s’est particulièrement détériorée entre 2010 et 2013, lorsque le prix des denrées alimentaires a augmenté alors que les revenus chutaient fortement. Les auteurs du rapport ont noté que les petits exploitants, en particulier, ont été énormément touchés par l’augmentation des cotisations sociales, de l’impôt foncier et sur les revenus ainsi que par l’augmentation de la TVA sur les produits agricoles.

Le rapport explique que le secteur agricole grec était déjà vulnérable avant la crise. Lorsque la Grèce a rejoint l’UE en 1981, elle était exportatrice nette de produits agricoles. Mais depuis lors, elle s’est débattue avec le déficit du commerce alimentaire et a commencé à dépendre des importations.

Commentant ces conclusions, Harry Konstantinidis, co-auteur du rapport de l’Université du Massachusetts, explique que le secteur agroalimentaire déjà vulnérable a été encore plus comprimé pendant la mise en œuvre des politiques d’austérité.

« Nous soulignons que le droit à l’alimentation en tant que droit de l’homme a été gravement compromis pendant la crise, le nombre de personnes en Grèce qui connaissent l’insécurité alimentaire étant passée, selon Eurostat, de 7,6 % de la population en 2009 à 13,2 % en 2017 », a-t-il rappelé.

« Nous cherchons à savoir quels acteurs doivent être tenus responsables de cet échec et nous cherchons à contribuer à un débat qui renforcerait la production alimentaire durable et l’accès à l’alimentation tant en Grèce qu’en Europe en général », a ajouté Harry Konstantinidis.

Sylvia Kay, politologue et co-auteure du rapport, a déclaré que plusieurs initiatives citoyennes avaient été prises pendant la crise et a souligné le rôle des différentes entités sociales qui ont fait preuve de solidarité envers les personnes dans le besoin.

Elle a également évoqué l’initiative « du producteur au consommateur », qui visait à raccourcir la chaîne d’approvisionnement alimentaire en supprimant les intermédiaires pour obtenir de meilleurs prix pour les consommateurs.

Selon Sylvia Kay, l’initiative était « une bouée de sauvetage » lancée aux personnes dans le besoin qui ont réussi à acheter de la nourriture 20-50 % moins chère que les prix au supermarché.

Source https://www.euractiv.fr/section/economie/news/eu-institutions-are-liable-for-greek-bailout-damage-former-un-official-says/

Lire aussi notre article résumé du rapport https://www.grece-austerite.ovh/le-rapport-sur-les-effets-de-lausterite-en-grece/

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