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Grèce : Désinformation, révolte, croissance ou pillage par YY

Dans le silence des mass-médias occidentaux, la révolte gronde en Grèce et la résistance s’amplifie. Après un mois de novembre très agité (cf. mes messages précédents) et des craintes de troubles qu’auraient fait remonter les services de renseignements grecs fin novembre, les manifestations et affrontements se poursuivent en ce mois de décembre 2016, avec en points d’orgue, des émeutes dans plusieurs villes ce 6 décembre(1), plusieurs actions de sabotage et une nouvelle grève générale ce 8 décembre amplifiée par plus d’une semaine de grève totale du trafic maritime provoquant rapidement un début de blocage de l’économie ces derniers jours.
Autre désinformation : les dirigeants européens racontent partout que la Grèce va mieux, ce qui sous-entend que l’austérité est un remède efficace contre la crise économique et sociale. Ils évoquent à la fois une baisse du chômage et une hausse de la croissance, parmi les grandes nouvelles saluées par des éditocrates.
Baisse du chômage en Grèce ? La bonne blague ! Au contraire : le chômage de longue durée (plus d’un an), celui qui n’est pas indemnisé ni pris en compte, poursuit sa hausse vertigineuse et continue de faire d’innombrables victimes. En plus, des centaines de milliers de Grecs se sont exilés, dont une majorité de jeunes qui, par conséquent, ne pointent plus en Grèce. Pour finir, ceux qui parviennent à trouver du boulot sont payés encore plus mal qu’avant. Les salaires sont en chute libre et les contrats (quand il y en a) sont précaires. On se rapproche petit à petit des emplois journaliers d’autrefois, à une époque où les ouvriers ne savaient pas si on leur donnerait du travail le lendemain. C’est beau le libéralisme.
D’où la même remarque sur la croissance : oui, c’est vrai, sur le papier, La croissance revient en Grèce, mais à quel prix ? La destruction des conquis sociaux, une précarité violente, toujours plus de drames et de situations épouvantables, des anciennes maladies qui réapparaissent, des enfants en état de malnutrition, des retraités qui ont cotisé toute leur vie et qui peinent à se loger et à se nourrir. Une croissance au prix de nombreuses expulsions et saisies de maisons particulières contre lesquelles des collectifs résistent et vont jusqu’à bloquer les tribunaux(2). Une croissance dopée par la grande braderie du bien commun, puisque tout est à vendre en Grèce, et par les grands travaux inutiles et nuisibles : extractivisme, plages bétonnées, complexes hôteliers insensés(3), mutation agricole chimique et dévastatrice… Une croissance des grands portefeuilles, puisque les plus riches sont encore plus riches au détriment de tous les autres : humains, animaux, territoires. Une croissance ? Non, un pillage et une calamité.
Ces mensonges (sur les résultats de l’austérité) et ce silence (sur nos résistances) conduisent à faire croire que telle est la voie à suivre, en cas d’épreuve. Les dirigeants politiques qui, en France, ont cassé le code du travail et se préparent à faire pire, notamment contre la sécurité sociale(4), pourraient un jour se targuer : « L’austérité, il n’en faut pas trop, bien sûr, mais en remède de cheval, même dans une situation désespérée comme en Grèce, vous voyez bien que ça marche ! »
Faux. L’austérité, ça ne marche pas. Les experts qui nous administrent des saignées depuis des années, comme les médecins de Molière au XVIIe siècle, ne font que déplacer la richesse vers les mêmes mains, au détriment de toutes les autres.
Oui, je sais, Tsipras a osé déclaré le 15 décembre à Berlin : « La crise grecque appartient définitivement au passé »(5). Mais, allez vous encore le croire, un an et demi après sa capitulation ? Non, bien sûr, car vous savez ce qui s’est passé depuis le 13 juillet 2015 : une politique de collaboration insupportable. Tous ceux qui, en France, ont choisi de ne plus soutenir sa stratégie depuis lors et de prendre leurs distances ont bien fait. Le théâtre n’a que trop duré. Et nous le savons plus que jamais : en face, nos tyrans ne lâcheront rien, sinon quelques miettes de circonstances pour manipuler l’opinion, à grand renfort de mise en scène. Parallèlement, ils continueront à montrer du doigt des boucs-émissaires (insurgés, réfugiés, militants syndicaux, fonctionnaires…) pour essayer de détourner les regards de leurs agissements en faveur d’un pouvoir toujours plus autoritaire et d’un capitalisme encore plus violent.
Dans ce contexte de mobilisation et de convergence de luttes, nous faisons appel à vous, car l’année qui s’annonce va être cruciale.
Premièrement, nous organisons une nouvelle collecte de fournitures à destination des initiatives solidaires autogérées en Grèce qui en ont besoin (celles que nous vous avons présentées dans nos films, pour la plupart). Autrement dit, il ne s’agit pas d’actions « pour » mais « avec » la population grecque en souffrance et « avec » les réfugiés, dont la majorité fuient la guerre en Syrie. La liste des besoins, fixée avec nos camarades sur place, est ici.
Deuxièmement, après Ne vivons plus comme des esclaves (6) et Je lutte donc je suis (7), nous commençons à préparer un troisième film (toujours en creative commons, gratuit sur internet et à but non lucratif) qui sera également en soutien aux initiatives solidaires autogérées. Si vous voulez en savoir plus et, éventuellement, nous aider, c’est là.
Courage pour l’année à venir. Tenez bon et comptez sur nous pour résister simultanément à l’autre bout de l’Europe.
La lutte continue, en Grèce, en France et ailleurs, dans notre diversité qui fait notre richesse et notre force.
Solidairement,
Yannis Youlountas
(1) Des affrontements ont eu lieu ces derniers jours dans une dizaine de villes, notamment à Thessalonique et surtout à Athènes le 6 décembre :
(2) Lire à ce sujet, l’interview de Filippos Filippides du comité « Vente aux enchères STOP » par Eva Betavatzi du CADTM.

(3) Par exemple, le site d’Hellinikon à Athènes (où de nombreuses initiatives autogérées sont implantées) : bientôt transformé en mini Quatar pour la haute bourgeoisie sur un immense terrain acheté pour moins du dixième de sa valeur. Voir la vidéo.

(4) Voir à ce sujet l’excellent film de Gilles Perret : La Sociale.

(5) Sources en langue française : Reuters, Rfi… Déclaration qui a évidemment provoqué un tollé en Grèce !

(6) Film Ne vivons plus comme des esclaves (2013) : gratuit en intégralité ici (n’hésitez pas à partager ou même profiter des fêtes pour le visionner en groupe et susciter la discussion).

(7) Film Je lutte donc je suis (2015, nouvelle version novembre 2016) : gratuit en version longue ici (n’hésitez pas à partager ou même profiter des fêtes pour le visionner en groupe et susciter la discussion).

Ecopla…vivra ! tous là le 14 janvier pour la reprise de l’usine

Si les VioMé en Grèce tiennent le coup depuis 2011 dans leur lutte c’est parce qu’ils ont notamment le soutien de la population alors pour les Ecopla c’est pareil à 12 salariés ils n’y arriveront pas mais si on est nombreux…

 » Ensemble, nous ferons de cette lutte un symbole, celui de travailleurs qui ne plient pas devant la Finance, qui ne cèdent pas à l’impuissance, qui reprennent en main leur destin commun. Et comme ça, ensemble, nous écrirons une page de l’histoire sociale, l’âme fière et le poing dressé ».

Retour sur la soirée du 14 décembre à Grenoble.

Ce mercredi 14 décembre 2016, une assemblée de soutien aux anciens salarié-es d’Ecopla était lancée par le journal Fakir à la Bourse du travail de Grenoble. L’enjeu : l’occupation de leur usine de Saint-Vincent-de-Mercuze pour pouvoir demain préserver un savoir-faire et des emplois

lire la suite http://www.autogestion.asso.fr/?p=6553

Les revirements et réactions sur la dette grecque

Les réactions suite au revirement de l’Eurogroupe qui suspend les mesurettes sur l’allégement de la dette accordées la semaine précédente

16/12 L’Eurogroupe rallume la mèche avec la Grèce sur la question de la dette par Amélie Poinsot de Médiapart https://www.mediapart.fr/journal/international/161216/l-eurogroupe-rallume-la-meche-avec-la-grece-sur-la-question-de-la-dette

15/12 Ecoutez  ces trois minutes sur France Culture, billet économique au sujet du communiqué de Dijsselbloem,  ministre des finances Pays bas et chef de l’Eurogroupe qui suspend les minuscules toilettages de la dette grecque décidés dernièrement. Question : qui a pris cette décision ? les 28 ministres ont-ils été consultés ? Pourquoi aucun communiqué officiel du groupe, ou du MES ? flou complet sur le fonctionnement de l’eurogroupe ,Les chefs d’état réunis vont-ils réagir ?  https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-economique/nouveau-bras-de-fer-entre-la-grece-et-mais-

15/12 Grèce : le ton monte entre l’Eurogroupe et le gouvernement http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-l-eurogroupe-gele-les-mesures-sur-la-dette-624867.html

10/12 « La dette grecque n’est pas soutenable», martèle le Monsieur Europe du FMI 

http://www.info-grece.com/actualite/2016/12/10/la-dette-grecque-n-est-pas-soutenable-martele-le-monsieur-europe-du-fmi

7/12 Grèce : un « toilettage » de la dette pour encore « gagner du temps par Romaric Godin 

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-un-toilettage-de-la-dette-pour-encore-gagner-du-temps-623058.html

 

Sur les réfugiés semaine 50

Suivez cette belle initiative de ce collectif avec sa charte des communes solidaires et ses actions locales  http://communessolidairesgard.collectif-citoyen.fr

16/12  « Les migrants sont victimes de l’aveu de faiblesse de l’Europe » Propos recueillis par Céline Schoen (à Bruxelles) http://www.la-croix.com/Monde/Europe/Les-migrants-sont-victimes-laveu-faiblesse-lEurope-2016-12-16-1200811201

14/12 L’Allemagne expulse ses premiers réfugiés afghans 

https://www.letemps.ch/monde/2016/12/14/lallemagne-expulse-premiers-refugies-afghans

8/12  L’Union européenne veut autoriser le renvoi de migrants vers la Grèce

https://www.rts.ch/info/monde/8227675-l-union-europeenne-veut-autoriser-le-renvoi-de-migrants-vers-la-grece.html

Déclaration du FMI que faut-il en croire ?

Dans cet article du 13/12/16 Grèce : faut-il croire le FMI dans son rejet de l’austérité Romaric Godin s’interroge sur la déclaration du FMI  http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/grece-faut-il-croire-le-fmi-dans-son-rejet-de-l-austerite-624329.html

La déclaration du FMI du 12/12/16 par Maurice Obstfeld, Conseiller économique et Directeur du Département des études du FMI et Poul M. Thomsen est Directeur du Département Europe du FMI

« le FMI ne demande pas plus d’austérité à la Grèce  »  declaration-fmi

Giorgos et Kostas, visages d’un peuple en résistance

Article de Pavlos Kapatais dans l’Humanité du 15/12/16 qui présente.

Giorgos Vichas, ce cardiologue a fondé avec une poignée de volontaire une clinique gratuite pour ceux qui n’ont plus les moyens de se soigner, 54000 visites au compteur.

Kostas Polychronopoulos, ex cadre dans la pub, au chômage en 2010, il crée en 2011, l’Autre Humain, une cuisine sociale qui a des émules dans tout le pays.

article-humanite-dimanche-15-12-2016-sur-dispensaires-en-grece

VioMé…Ecopla mêmes luttes

affichealu_debout-f6f01Tous à Grenoble le 14 décembre à la bourse du travail à 19h !

Dans notre article du 25/10 nous rappelions la rencontre de Makis Anagnostou, représentant emblématique des VioMé de Théssalonique avec les salariés d’Ecopla http://www.infoadrets.info/grece/vio-me-ecopla-memes-lutte

Depuis quelques semaines, les Ecopla s’interrogent : « Et si on reprenait l’usine ? Et si on faisait tourner les machines ? Et si on fournissait nos clients ? Et si on se payait tout ça ? ». Ca ne vous rappelle rien ? Si : Lip, les années 1970, l’imagination au pouvoir. C’est possible, aujourd’hui et à côté de chez vous.

Mais les Ecopla ne le feront pas seuls : ils ne le feront qu’avec vous.

Ils ne le décideront donc pas seuls : ils le décideront avec vous.

D’où l’idée de ce mercredi 14 décembre : un genre d’« Assemblée nationale ». Vous en êtes les députés. Le cas Ecopla sera discuté, débattu avec vous.

Et ensuite, c’est vous qui voterez. Mais attention : ce vote vous engage. Si vous votez pour que « oui, on reprenne l’usine », ça signifie que, derrière, vous allez alltracter dans votre fac, votre boîte, votre asso, que vous serez présents le Jour J, que vous aurez rempli votre voiture avec quatre, cinq copains, que vous amènerez du vin chaud et une guitare pour réchauffer les corps et les coeurs.

Et comme ça, ensemble, nous serons des milliards à Saint-Vincent-de-Mercuze. Et comme ça, ensemble, nous ferons de cette lutte un symbole, celui de travailleurs qui ne plient pas devant la Finance, qui ne cèdent pas à l’impuissance, qui reprennent en main leur destin commun. Et comme ça, ensemble, nous écrirons une page de l’histoire sociale, l’âme fière et le poing dressé.

Ecopla Scop vivra !

CR réunion du collectif du 5 déc 2016

Réunion du collectif « Citoyens contre l’austérité en Grèce et en Europe » du 05/12/2016

Présents : Christine, Lucienne, Bernard, Liliane, Jojo, Béatrice, Marie-Claude, Max

1) Film d’Angélique Kourounis « Aube dorée : une affaire personnelle »

Demande a été faite à Ras’le front s’ils étaient intéressés pour le projeter. Pour l’instant pas de réponse. Une nouvelle tentative via un autre militant sera faite.

Réponse hors réunion ; la demande a bien été reçue et n’est pas tombée aux oubliettes mais la manifestation habituellement organisée en janvier ne se fera pas en revanche le 21 mars sera une journée internationale contre le fascisme mais on ne sait pas si le film pourrait être projeté.

Christine se renseigne déjà auprès d’Angélique pour savoir si elle est déjà prise dans cette période et quel est son calendrier de projection- débat pour voir les possibilités sur l’Isère.

2) Film sur les VIOME et nouvelle campagne de commandes

Apparemment le film serait maintenant sous titré en Français. Il reste à savoir si la diffusion est possible et à connaitre les droits qui y sont attachés. Une projection à la MDA est prévue courant mars. Cela serait l’occasion de relancer une campagne de commandes des produits VIOME. Le nouveau catalogue et les montants des frais de ports sont à récupérer.

3) Soirée de diffusion du film « Je lutte donc je suis » le 2/12 au Percy

Elle était organisée par l’assoc Béchamelle en présence du réalisateur Yannis Youlountas. Une centaine de personnes étaient présentes. Discussion post film très intéressante, Yannis nous a présenté la situation actuelle en Grèce : nombreuses manifestations, quasi émeutes et répression policière de plus en plus importante. Seize personnes se sont inscrites pour recevoir des informations du collectif.

4) Bilan de la caravane solidaire

Une réunion des collectifs est prévue le 18 ou le 25 février 2017. Il faudra que l’on se détermine pour savoir si l’on participera. Une réunion préparatoire avec le collectif de Lyon serait intéressante pour clarifier une situation … qui a besoin de l’être .

5) Nos relations avec les Grecs de Grenoble, les associations, les syndicats.

Apparemment nous sommes transparents pour l’association Franco-Hellénique, car elle n’a pas fait passer l’info au collectif de la tenue de la conférence qu’elle organise le 14 décembre (Grèce- Europe occidentale, échanges et malentendus) … dommage.

Pour les associations, syndicats le collectif pour le moment maintient à minima l’activité ( tenue du site pour les informations sur la Grèce, quelques films débats avec alerte sur la situation ou défense des luttes (VIoMe) mais ne relance pas le débat sur le désengagement des autres.

6) Prochaine réunion du collectif

lundi 16 janvier 2017 de 17h à 19h salle 200 de la MDA (la salle a été retenue au nom d’Attac)

Italie : un « non » pour dire « basta » à l’Europe

Par Romaric Godin   5/12/16

  L’Italie a dit « non ». Pourquoi ? Le non massif des Italiens à la réforme constitutionnelle de Matteo Renzi révèle l’échec de la politique de réformes promue par la zone euro et, plus généralement, du fonctionnement actuel de l’Europe.

La victoire du « non » au référendum italien est sans appel. Près de 60 % des électeurs qui se sont exprimés ont rejeté la réforme constitutionnelle de Matteo Renzi. C’est bien davantage que ce que prédisaient les sondages : le rejet est franc et massif. Et ce rejet touche au cœur de la logique de la zone euro. Evidemment, on peut, comme à chacun des référendums où l’Europe était au centre des débats et où elle a perdu, trouver des voix de contournement pour pouvoir « continuer comme avant » : le débat ne portait pas sur l’Europe et l’euro, Matteo Renzi a trop personnalisé l’enjeu, les électeurs, dans les référendums, répondent, comme le notent dès ce matin un communiqué des presse du groupe des eurodéputés français, dans les référendums « à beaucoup de questions, surtout celles qui ne leur sont pas posées ». Bref, on peut essayer de regarder ailleurs et tenter de tout faire pour contourner le résultat comme après les trois autres référendums perdus par l’UE depuis juillet 2015 en Grèce, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Pourquoi les Italiens ont répondu à la bonne question

Mais on peut aussi prendre au sérieux la décision nette du peuple italien. Ce « non » pourrait bien être un « non » à la réforme constitutionnelle elle-même. D’abord pour ce qu’elle contenait, ensuite pour ce qu’elle incarnait sciemment. Ce qu’elle contenait d’abord. La réduction du Sénat italien au rang d’une chambre secondaire « à la française » accompagnée d’une loi électorale (« l’italicum ») permettant de dégager des majorités à la chambre, a été perçu par les Italiens comme un déni de démocratie. Depuis vingt ans, l’Italie s’est engagée dans un difficile processus de décentralisation qui était, ici, réduit par un Sénat représentant les régions composés d’élus au suffrage indirect et réduit au rang de spectateur des grandes décisions. Ce renforcement du pouvoir central est mal perçu dans un pays qui s’en méfie naturellement et qui a mis bas en 1992 à la « partitocratie » pour obtenir plus de démocratie, pas moins.

Surtout, chacun savait pourquoi cette réforme était essentielle, pourquoi elle était en réalité « la mère de toutes les réformes ». C’est parce qu’elle était réclamée par les marchés et les autorités européennes. Voici des années que le Sénat est l’élément sur lequel les analystes et les économistes de marché se focalisent : ce serait lui qui empêcherait la « formation d’un gouvernement stable » en Italie. Les Italiens savent parfaitement pourquoi ces pouvoirs extérieurs souhaitent un « gouvernement stable », c’est pour imposer des « réformes » économiques et la politique économique d’ajustement unilatéral de la zone euro. Voici pourquoi ce référendum était bien un référendum sur la zone euro, même et surtout si l’on votait sur le contenu de la réforme elle-même.

L’échec politique de l’UE

La zone euro paie alors ici une série d’échecs. Le premier est politique. Les commentateurs européens ont soigneusement oublié de rappeler un événement qui a été en réalité au cœur de la campagne : le changement de gouvernement du 12 novembre 2011. Ce jour-là, Silvio Berlusconi, président du Conseil, bénéficiant de la confiance de la chambre et du… Sénat, était remercié de facto par la BCE. La Banque centrale menaçait en effet de ne plus soutenir l’Italie sur les marchés si le gouvernement ne changeait pas, si son successeur n’acceptait pas une « politique de réforme » soutenue par une « grande coalition ». Mario Monti, ancien commissaire européen, prit alors les rênes du Palais Chigi, le siège de la présidence du Conseil, dans un moment qui fut interprété par beaucoup comme un coup de force antidémocratique. La politique de Mario Monti fut un désastre qui maintint l’Italie dans sa pire récession de l’après-guerre. C’est précisément cela que les Italiens ont décidé d’empêcher à nouveau ce 4 décembre et voulant conserver un Sénat qui, certes, peut être une source d’instabilité, mais qui est aussi une garantie démocratique minimale contre un nouveau coup de force. La zone euro peut aujourd’hui se lamenter : elle est payée de retour de la monnaie de sa pièce versée voici quatre ans.

L’échec des « réformes »

Le deuxième échec de la zone euro révélé par ce « non » italien, c’est le désastre de la « politique des réformes structurelles » dont la réforme constitutionnelle, rappelons-le, n’avait pas d’autres fonctions que de faciliter la mise en œuvre future. L’Italie n’est pas davantage que la France, le pays « irréformable » que l’on veut bien présenter. Les gouvernements Monti, Letta et Renzi ont procédé à de vastes réformes institutionnelles et économiques. Et le résultat est pour le moins décevant : l’Italie demeure économiquement en panne. Le revenu disponible a reculé depuis 2008 de 12%, le chômage, jadis à moins de 8%, reste au-delà de 11,5% et demeure des plus préoccupants chez les jeunes. L’investissement est faible et l’outil industriel a été fortement réduit. Tout cela alors que le coût salarial a reculé de 5,7 % depuis 2010.  Ces « réformes » n’ont contribué qu’à un affaiblissement de la demande intérieure italienne. Or, Matteo Renzi paie logiquement le prix fort de ce rejet, lui qui s’est présenté comme le chef de file européen de la « réforme » et de la « modernité » et qui est allé vendre en France son « Jobs Act » comme un modèle. Or, le Jobs Act a créé des emplois précaires et souvent mal payés. Surtout, il n’a pas été capable, une fois les subventions massives ôtées, de faire baisser suffisamment le chômage, ce qui est logique au regard de la faible demande intérieure alors précisément que ces emplois créés l’étaient dans les services, donc dans des activités « intérieures ». Pourquoi alors, les Italiens auraient-ils donné un blanc-seing à une politique de réformes aussi peu convaincante.

L’argument du seul « modernisme » ne suffit plus

L’argument creux du « modernisme » ne fonctionne plus, pas davantage que celui qui estime qu’il faut « plus de réformes » lorsque les « réformes » ne fonctionnent pas. Ici, c’est bien encore un des moteurs de la politique européenne qui est mis en cause par les Italiens : celui de l’ajustement unilatéral au sein de la zone euro. L’Italie est une des principales victimes de l’euro : son PIB nominal en euros constants est inférieur à celui de 2000, son PIB par habitant est proche de celui de 1997. Cette stagnation économique s’explique beaucoup par l’aspect non-coopératif de l’Allemagne, souvent un des principaux concurrents de l’Italie. La modération salariale excessive de l’Allemagne en 2000-2010 a pénalisé le secteur exportateur italien, conduisant, grâce à la bulle financière d’alors à une croissance financée par l’endettement privé et public. Puis, l’application de l’austérité a achevé l’incapacité de l’Italie à s’adapter, sauf au prix de sacrifices insoutenables, aux conditions de la zone euro.

Rejet de la stratégie Renzi

Les Italiens sont conscients de cette situation et le « non » est aussi une sanction à la stratégie politique de Matteo Renzi, celle qui considère que les réformes sont un moyen de renforcer l’Italie dans la zone euro et de la faire changer. Le président du Conseil a maintes fois échoué dans ce but : sa présidence européenne en 2014 s’est révélé un désastre et il n’est pas parvenu, comme il l’avait promis à sortir les investissements publics du calcul du déficit dans les critères de Maastricht. Ses nombreux bras de fer avec Bruxelles ont parfois été gagnés, mais ils relavaient surtout du spectacle. Les quelques milliards d’euros gagnés sur le budget n’effaçaient pas les effets des « réformes » ou la paralysie du système bancaire à laquelle conduit l’application de l’union bancaire. Chacun sait en Italie que la seule réforme d’importance de la zone euro est celle où l’Allemagne acceptera de recourir aux investissements publics, y compris de transferts, et de réduire son excédent courant de plus de 8 % du PIB qui asphyxie ses partenaires. Or, les gros yeux de Matteo Renzi et la bonne volonté réformatrice des Italiens n’ont rien changé de ce point de vue. Pourquoi alors accepter une réforme qui inscrirait dans le marbre constitutionnel cette stratégie ? Matteo Renzi a échoué où François Hollande a échoué et où, s’il suit son programme, François Fillon échouera : croire que l’on peut amadouer l’Allemagne avec des réformes ne saurait conduire qu’à des désastres politiques, sans vrai changement pour la zone euro.

Réfléchir sur le « basta » italien

La défaite de la réforme constitutionnelle italienne a donc bien une logique. Et cette logique est le fruit des erreurs répétées des dirigeants européens et italiens. Ce « non » envoyé à la face de l’Europe déchire encore un peu plus le voile de la pseudo-magie des « réformes » et prouve encore un peu plus que la zone euro s’est engagée sur un chemin dangereux. Les Italiens ont dit « basta » à une logique politique et économique à l’œuvre depuis 2010. Traiter ce vote comme un simple risque financier que la BCE devra contenir ou comme une simple crise gouvernementale italienne serait une nouvelle erreur. Le « non » ne conduira pas immédiatement à l’éclatement de la zone euro. Mais détourner la tête ou, encore, une fois, vouloir casser le thermomètre pour casser la fièvre comme le suggérait récemment Jean-Claude Juncker, qui recommandait d’en finir avec les référendum, serait prendre un risque considérable. Jadis le pays le plus europhile du continent, l’Italie est désormais un des plus europhobes. Si la zone euro ne s’interroge pas sérieusement sur les raisons de cette métamorphose, ses jours sont en danger.

http://www.latribune.fr/economie/union-europeenne/italie-un-non-pour-dire-basta-a-l-europe-622191.html

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