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Grèce : incendie, solidarité et colère

Par rédaction

LA GRÈCE BRÛLE… DEUIL, SOLIDARITÉ, COLÈRE ! par Constant Kaimakis

La Grèce brûle…encore une fois. Après les terribles incendies de 2007 du Péloponnèse et d’Eubée, les médias s’accordent à qualifier les incendies de ces derniers jours comme les plus terribles et meurtriers de l’ histoire récente de la Grèce.
Qu’importe les chiffres… Au bout du compte ce seront sûrement encore trop de morts et de blessés, de pauvres grecs traumatisés déjà durement frappés par 10 années de crise.
7… 12… 40… ou plus de départs simultanés de feux dans des zones différentes, réparties sur des fronts géographiques éloignés ( Attique, Crète, Péloponnèse ) des villes durement touchées: KINETA, VOUTZA, MATI, NEA MAKRI, KALAMOS, OROPOS, RAFINA, CORINTHE, environs de CHANIA … et encore et toujours des milliers et des milliers d’hectares partis en fumée, maisons, voitures, hôtels, clubs de vacances… rien n’aura résister cette fois aux vents de feu déchainés…
Après des inondations fin 2017, renouvelées en juin 2018 , ces incendies , eux aussi suivi d’inondations hier après midi à Athènes sont là pour nous rappeler que désormais il faudra compter avec une dialectique Incendie/Inondation: au vu du réchauffement climatique et des dérèglements engendrés, il y aura de plus en plus de cycles alternant pic de chaleur ,et donc incendies, et pic pluviométrique, et donc inondations… Au moment où brûle la Grèce, les forêts Suédoises, le nord de l’Europe mais aussi…le cercle polaire comptent des incendies géants ! 
Si jusqu’ici en Méditerranée, nous savions que nous devions compter avec ces incendies ravageurs et depuis peu avec cette alternance incendies/inondations, parfois, comme en Grèce, cela peut prendre une tournure encore plus dramatique car à la crise environnementale vient se rajouter des crises économico-sociales et politiques.

3 jours de deuil, bien sûr…

Une formidable solidarité … encore et toujours, dans un pays qui connait la résistance , qui sait se relever et rebondir à chaque nouveau drame. Avec des formes inédites … dues à un autre drame, celui des Migrants-Réfugiés, qui sont aujourd’hui une composante démographique de la population vivant en Grèce et qui n’ont pas hésiter à venir apporter leur soutien avec leurs très faibles moyens , et à venir donner leur sang, parfois leur seule et dernière richesse…

Deuil… Solidarité… mais déjà la COLÈRE …

Car bien sûr les grecs sont malheureusement aguerris en matière d’incendie. 
Fin août 2007, 77 personnes avaient péri dans des incendies de forêts sans précédent, qui avaient ravagés 250.000 hectares dans le Péloponnèse-sud et l’île d’Evia (nord-est d’Athènes). En 2012, cinq personnes accusées d’avoir des responsabilités dans ces incendies ont été condamnées à dix ans de prison avec sursis par un tribunal du Péloponnèse: un vice-préfet, un ancien maire, le chef des pompiers locaux, un pompier saisonnier et une femme accusée d’avoir provoqué un incendie alors qu’elle faisait la cuisine. 
Les grecs pensaient que les « autorités » comme ils disent en avaient tirer les leçons…
Cette fois, à MATI, qui semble avoir été l’épicentre de la terreur incendiaire, on parle encore des mêmes causes: une urbanisation dense et anarchique, l’absence de plan d’évacuation… Pire, dans cette cité balnéaire construite dans les 60’ on a pas hésité à sacrifier des forêts entières pour construire au milieu des Pins… Le témoignage de Μαργαρίτα Καραβασίλη , ex-secrétaire du corps des inspecteurs de l’environnement dans une interview à Realfm 97,8 rapportée par le Journal des Rédacteurs, est édifiant . Elle affirme que L’État est corrompu à tous les niveaux : les plans d’urbanisation de cette zone ont subi des pressions des constructeurs, architectes, urbanistes et propriétaires de l’époque quitte à donner quelques bakchichs…Pour elle, « cette zone n’est jamais entrée dans le projet urbain  » de Néa Makri dans le respect de la législation. Le développement urbain des 80′-90′ a généré de grosses contradictions avec notamment toute la difficulté de « normaliser » le territoire au vu des législations actuelles. Dans une zone à 80% forestière… l’ urbanisation galopante s’est faite à l’arrache ! et ce depuis les 60’…sans respect de l’environnement, de la sécurité des biens et des gens… Et elle conclut en disant que dans la dernière phase de développement urbain pour la période 2006-2008, « la pression a été très forte dans une zone qui comportait déjà de nombreuses irrégularités… maisons, hôtels, clubs de vacances sont arrivés jusqu’au littoral, mais avec des clôtures, et l’impossibilité souvent d’accéder à la mer. À Mati où s’est produit la tragédie, il semble qu’il n’y avait plus d’accès à la plage car c’était devenu des  » StockYards » ( parc à bestiaux…) » Tout est dit… Et les photos et vidéos vus ces jours-ci témoignent de ce piège où le vent de 9-12 beaufort a soufflé comme un lance flamme sur les gens piégés dans leur voiture , leur maison, et même sur les plages pour celles et ceux qui ont pu y accéder.
Et puis il y a les 10 années de crise, avec leurs 4 mémorandum et leur arsenal de mesures austéritaires qui ont cassé les Services Publics de la Protection, de l’Environnement, et l’ensemble des autres Services publics.Dans ces cas de crise majeure, on mesure alors l’étendu des dégâts: 
– dégraissage des effectifs POMPIERS et PROTECTION CIVILE ( _ 4000 postes) et pb de leur STATUT NON PERMANENT ( qui a valu de nombreuses grèves, manifestations etc…) , 
– NON RENOUVELLEMENT de matériel, vétuste, mal adapté aux grands feux de forêts ,
– AFFAIBLISSEMENT des administrations concernées ( pb de coordination des autorités, manque d’agents souvent en Burn Out et surchargés, etc…) . 
On peut aussi y rajouter la question de la RÉFORME FORESTIÈRE votée cette année qui a provoqué des grèves d’éleveurs/agriculteurs en janvier dernier. 
Enfin, d’une façon générale l’impact des politiques austéritaires dans la vie quotidienne des grecs: Transports, Santé, Environnement, Écologie etc… Cet ensemble, et sûrement encore d’autres aspects, fait, font que en cas de crise grave liée à un pic climatologique ( Chaleur/Incendies etc…mais il y a qcqs semaines c’était les INONDATIONS…), ces MANQUES, ces DIFFICULTÉS etc… se TRANSFORMENT en VECTEURS DRAMATIQUES, en CAUSES MORTELLES…

C’est pourquoi la colère ne peut qu’éclater chez les pompiers qui avaient averti des risques qu’on prenait et qui expliquaient qu ‘ils ne luttaient pas pour des « privilèges » …mais pour la sécurité des gens…, chez les personnels de santé qui ont déjà bien du mal à gérer le « quotidien normal » des équipements sanitaires et sociaux…imaginez en temps de crise avec des grands brulés, blessés graves etc… jusqu’aux légistes qui ont du mal à identifier les corps par manque de moyens et d’infrastructure.
Et la colère des habitants aussi ,qui en plein deuil national ont envahi le Conseil municipal de Marathon: http://www.iefimerida.gr/…/entasi-sto-dimotiko-symvoylio-ma…
Car par manque de moyens dus à des services publics fracassés, on a du mal à avoir de l’eau, de l’électricité, des médicaments, des soins …

Les enquêtes en cours diront sûrement qui sont les « criminels » …

Mais certains aiment à rappeler que L’État, LES GOUVERNEMENTS passés et actuels ont du mal à faire respecter les articles de la Constitution grecque quand à la protection de l’environnement : Article 24 – Constitution de Grèce – Protection environnement Article 117 – Constitution de Grèce – propriété rurale,forêts,expropriation,zones d’habitation cf http://kinisienergoipolites.blogspot.com/2018/07/24-117.html

PLEURER LES MORTS ET LES BLESSÉS, DÉCRÉTER 3 JOURS DE DEUIL NATIONAL , FAIRE APPEL À L’AIDE INTERNATIONALE…etc C’EST BIEN SÛR LE MINIMUM , mais cela ne gommera pas d’un coup de baguette magique 10 ans de CRISE, 10 ans d’Austérité, 10 ans de CASSE des SERVICES PUBLICS !

 

Migrants: «La collaboration entre Rome et Tripoli passe pour assassine»

Par rédaction

Publié par Alencontre le 19 – juillet – 2018 Par Dominique Dunglas

A peine hissée hors de l’eau par les secouristes de l’ONG Proactiva Open Arms, les yeux hagards, Josepha est en état de choc, incapable de parler, déshydratée et en hypothermie après avoir dérivé pendant 48 heures accrochée à un morceau d’épave. Au second plan, gisent sur une planche de bois flottante le cadavre d’une autre femme et celui d’un enfant de 3 ou 4 ans. La photo de cette Camerounaise de 40 ans est à la une des principaux quotidiens transalpins, le nouveau symbole du drame qui se joue tous les jours entre les côtes de l’Afrique et celles de l’Europe.

Josepha était à bord d’un canot pneumatique se dirigeant vers l’Italie, avec à son bord 165 migrants, dont 39 femmes et 12 enfants, intercepté lundi soir par les gardes-côtes libyens. Conformément aux accords passés avec l’Italie, les soldats ont transféré les migrants sur leur vedette pour les ramener sur les côtes libyennes. Tous? Non.

Selon Oscar Camps, le fondateur de Proactiva Open Arms, deux femmes et un enfant ont refusé de monter à bord du bateau des gardes-côtes par crainte de retourner dans l’enfer des prisons libyennes. Les soldats auraient alors coulé le canot pneumatique et abandonné les trois migrants dans les débris flottants. «Ce sont des assassins qui ont été enrôlés par l’Italie», a déclaré Oscar Camps. Et l’écrivain et journaliste italien Roberto Saviano s’en est pris directement à Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur: «Salvini, quel plaisir prends-tu à voir mourir des enfants?»

Une version des faits toutefois démentie par Rome et Tripoli. Une journaliste allemande qui était à bord de l’unité de la marine libyenne a confirmé que le canot avait bien été coulé mais qu’à sa connaissance, il n’y avait plus personne à bord.

La filière italienne meurtrière

Sans doute ne connaîtrons-nous jamais la vérité. Reste que les tentatives désespérées d’échapper au retour en Libye se succèdent lorsque les migrants comprennent que leur voyage vers l’Europe est un échec. Le 13 juillet, alors que Matteo Salvini avait interdit l’accostage en Sicile d’un vieux chalutier avec 450 migrants à bord, une trentaine d’entre eux s’étaient jetés à l’eau pour essayer de rejoindre à la nage les bateaux italiens. Le bilan officiel, certifié par la marine transalpine, est de quatre morts.

Les statistiques du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés donnent l’ampleur de l’aggravation du drame qui se joue sur la route du canal de Sicile. Depuis le début de l’année, 1143 migrants sont morts en mer, 1100 sur la route vers l’Italie, 300 sur la route vers l’Espagne. Durant les six premiers mois de 2017, un migrant sur 38 perdait la vie durant la traversée. Désormais, c’est un migrant sur sept qui périt entre les côtes africaines et l’Europe. Et avec sensiblement le même nombre de départs, la filière italienne se révèle beaucoup plus meurtrière que celle qui conduit en Espagne. Fermeture des ports italiens, interdiction faite aux ONG de s’approcher des côtes pour permettre aux gardes-côtes libyens de reconduire directement les migrants interceptés dans les geôles d’où ils venaient: la politique mise en œuvre par Matteo Salvini est donc tenue en partie responsable de cette augmentation des morts.

Rien ne semble toutefois freiner la détermination du ministre de l’Intérieur. Au mépris des lois internationales, il veut désormais que les navires militaires italiens rapportent directement les migrants interceptés dans leur port de départ. Selon lui, les conditions de sécurité et de respect des droits de l’homme en Libye le permettent.

Ce n’est pas ce qui se lisait dans les yeux de Joséphine. (Article publié dans le quotidien Le Soir, en date du 19 juillet 2018)

Source http://alencontre.org/europe/migrants-la-collaboration-entre-rome-et-tripoli-passe-pour-assassine.html#more-50596

Grèce : expulsion d’un des 35 accusés de Moria

Par rédaction

I.T., originaire de Guinée vient d’être expulsé vers la Turquie par une procédure qui présente de telles irrégularités qu’elle doit être qualifiée d’illégale. Débouté en première instance de sa demande d’asile, il avait explicitement manifesté son intention de faire appel. I.T. fait partie de 35 de Moria, arrêtés dans le tas après les incidents du 18 juillet 2017 dans le hot-spot de Moria. Le rejet de sa demande d’asile lui a été communiqué pendant sa période de détention préventive et, étant donné l’absence d’avocat et de traducteur qualifié, il n’avait aucun moyen de comprendre le sens du document qui lui a été remis.  La décision de la Commission d’Asile lui fut notifiée en décembre 2017 tandis qu’il était emprisonné à Athènes ; qui plus est ce document porte le code et la signature d’un interprète en français.

Après le procès et la condamnation  de 32 de ses codétenus à 26 mois de prison en sursis de,   I.T. fut remis en liberté et transféré à Lesbos du fait du confinement géographique dans les îles de tous ceux qui sont rentrés après la déclaration commune UE-Turquie. Le 12 juin il fut de nouveau arrêté. Ce n’est qu’à ce moment que le dossier comportant le rejet de sa demande a été communiqué à ses avocats. Ceux-ci ont immédiatement fait savoir à la police leur intention de faire appel  pour que sa demande soit examinée par la Commission de Recours, un droit inaliénable dans un état de droit. Cet appel serait déposé hors délais, étant donné que I.T. n’a pas été en mesure de comprendre le document au moment où celui-ci lui a été notifié. L’introduction d’un recours hors délais est une procédure dérogatoire habituelleμ prévue par la loi, laquelle exige juste que les motifs du retard soient explicités. Le HCR avait également prévenu les autorités de l’intention de  I.T. de faire appel. Le lendemain, lorsque ses avocats se sont présentés pour déposer le recours, ils ont eu la mauvaise surprise d’apprendre que leur client venait d’être expulsé à la Turquie. Cette expulsion illégale constitue une violation flagrante des droits les plus élémentaires garantis, par la légalisation grecque et européenne.  (source Efimeride tôn Syntaktôn)

Voir aussi le communiqué de Legal Centre of Lesbos où d’autres expulsions non conformes à la législation sont dénoncées et de ce cas précis il est dit :  “The second individual was deported on the morning of 13 June 2018. This was despite the fact that for days he had been expressing to the police his desire to appeal the rejection of his asylum claim. Lawyers from HIAS and the Legal Centre also spoke with the Mytilene police department the day before he was deported and informed the police that they would be filing an appeal on his behalf. On the morning of 13 June 2018, he was deported to Turkey. This individual, a Guinean national, claims that he was a victim of torture, and will be subject to persecution if returned to his country. Regardless of whether his claim is credible, he has the right to appeal the rejection of his claim. Even though untimely, it is not the police who have the authority to accept or reject his appeal, but the Asylum Service. His right to appeal was clearly denied, and his deportation was illegal as police were aware that he would be appealing the denial of his claim and they proceeded with the deportation in any case.”

Le communiqué  du Legal Centre Lesbos où plusieurs autres violations de droits sont dénoncées Report on Rights Violations and Resistance in Lesvos

Film La tourmente grecque en accès libre

Par rédaction

Le documentaire de Philippe Menut : « LA TOURMENTE GRECQUE,  un coup d’État financier » (version intégrale en HD) en ligne ci-dessous .

Il avait présenté ce documentaire lors de son passage à Grenoble le 10 octobre 2016. Voici la version actualisée.

Les causes et les conséquences de la crise grecque. Quels enseignements pour la France et l’Europe. Le néolibéralisme est à l’œuvre en Grèce… Privatisation des profits et socialisation des pertes.
La Grèce est un laboratoire  (à la fois pour les politiques libérales imposées à un peuple), mais aussi pour les, forces progressistes d’Europe et du Monde.

La démocratie existe-t-elle en Grèce?

Par rédaction

La démocratie existe-t-elle en Grèce? Revendications historiques d’une assemblée constituante et de l’indépendance nationale  Iskra–24/06/2018

Intervention de Panayotis Lafazanis, secrétaire du Conseil politique d’Unité Populaire, à l’Unity Festival le samedi 23 juin à l’Université d’Agriculture

« La démocratie existe-t-elle en Grèce ou bien notre pays est-il tombé dans quelque chose de pire qu’une république bananière ? »

« La restauration d’une vraie démocratie, de bout en bout, par une assemblée constituante et la réalisation de la souveraineté et de l’indépendance nationales sont les deux grands problèmes actuels de notre pays et les revendications historiques de notre époque ».

Panayotis Lafazanis a poursuivi, en soulignant : « Qui sont donc ceux qui ont autorisé les Tsipras-Kaménos et avec eux un président de la démocratie-fantôme à signer la décision d’une instance informelle de l’UE, l’Eurogroupe, avec laquelle le pays se vend et se compromet depuis des décennies ?

Où et quand y a-t-il eu un débat concernant cette décision et quel corps populaire représentatif l’adoptera ?

De quel droit Tsipras-Kaménos et leurs autres béquilles mémorandaires, dans un Parlement sans opposition, ont-ils accepté comme prétendue réforme de la dette une normalisation qui ne la réduit pas même d’un euro, mais simplement en transfère davantage tout le fardeau à ceux qui ont la malchance d’être affaiblis depuis dix ans ?

Avec quelle autorisation et de quel droit Tsipras-Kaménos et leur gouvernement désintégré ont engagé (ou plutôt, c’est ce que pensent ceux qui les utilisent) le pays, sans que le peuple ni même le Parlement aient leur mot à dire sur une austérité courant environ jusque 2060 ?

Comment, jusqu’à quel point et dans quelle démocratie un gouvernement peut en quelques mois engager un peuple et hypothéquer un pays pour des décennies ?

Comment, jusqu’à quel point et de quel droit Tsipras-Kaménos-Tsakalotos ont signé à l’Eurogroupe pour brader les entreprises publiques stratégiques et rentables comme : DEI (entreprise grecque d’électricité), AIA (Aéroport international d’Athènes), DESFA (compagnie grecque du gaz), ELPE (Compagnie grecque du pétrole), les ports de plaisance de Alimos, Egnatia, DEPA (entreprise publique du gaz), Eydap (Compagnie des eaux d’Athènes), Eyath (Compagnie des eaux de Thessalonique) et les ports périphériques d’Igoumenitsa, Corfou, Alexandroúpolis, Kavala, etc. ?

Comment, sans aucune approbation populaire et sans que le peuple soit consulté, peut-on livrer à des états étrangers et des intérêts multinationaux tout le Bien public, acquis par la sueur et les larmes, comme s’il s’agissait du fief des gouvernants ?

« Il est dramatique », a continué Panayotis Lafazanis, que « Tsipras-Kaménos et à leurs côtés le Président de la République ,Prokopis Pavlopoulos, avec les autres mémorandaires en société au parlement fonctionnent comme des expéditionnaires de la troïka et de la classe financière européenne, comme des fiduciaires d’une oligarchie intérieure asservie à l’étranger et d’un européisme totalitaire, étouffant la terre, l’économie , la société et le futur de la jeunesse grecque ».

« Les deux grandes revendications historiques de notre époque », a constaté Panayotis Lafazanis, « pour lesquelles nous nous battons, afin que notre terre et notre peuple respirent et renaissent, sont d’une part le rétablissement profond et total de la démocratie, à travers une assemblée constituante qui mettra fin au diktat totalitaire et financier de l’euro et d’autre part la souveraineté nationale et l’indépendance par rapport à une Grèce qui s’est transformée en soutien euroatlantique politique et militaire, hypothéquant sa sécurité et plus encore son intégrité.

À présent, un nouveau patriotisme contemporain, au côté de l’internationalisme, devient absolument nécessaire pour une Gauche du XXIe siècle, s’agissant pour cette dernière de s’affirmer à nouveau comme force hégémonique nationale concernant les profondes transformations sociales et l’indispensable sauvegarde et la refondation de notre patrie ».

Traduction : Merci à Vanessa de Pizzol

Source https://unitepopulaire-fr.org/2018/07/10/la-democratie-existe-t-elle-en-grece-de-p-lafazanis-lae/

La Grèce après l’accord du 21 juin

Par rédaction

  À la merci d’un courant violent : la Grèce après l’accord du 21 juin

05/07/2018 ou la vie sauvage par Dimitris Alexakis

Du Parlement allemand à l’Assemblée hellénique, les déclarations faites ces derniers jours par les dirigeants européens permettent de se faire une idée plus précise de la situation qui sera celle de la Grèce à compter du 20 août prochain  et de proposer une lecture de l’accord conclu le 21 juin à rebours des déclarations célébrant «la fin de l’Odyssée» (Moscovici), la «renaissance» grecque («Le Point»), la concorde européenne retrouvée.

L’accord de l’Eurogroupe prévoit un rééchelonnement sur 10 ans d’une part conséquente de la dette grecque [2] (extension de la maturité des titres), un «coussin de sécurité» de 15 milliards d’euros faisant office de réserve de précaution et le reversement au compte-gouttes des bénéfices réalisés par la BCE sur ses titres de dette hellénique ; ces dispositions sont conditionnées par l’obligation faite aux autorités grecques de dégager au cours des années qui viennent un excédent primaire correspondant à 3,5% (puis à 2,2%) du PIB, objectif ne pouvant être poursuivi qu’au prix d’un prolongement à durée indéterminée des politiques d’austérité [3].

Sur les questions cruciales de la dette, du financement, de la politique sociale et du «retour à la croissance» :

▶ Un pays surendetté, contraint de contracter de nouveaux emprunts pour rembourser les emprunts antérieurs, dont la dette s’aggravera mathématiquement à moyen et long terme et dont les excédents resteront dédiés au désendettement. Rien de neuf, donc, sinon le fait que le ratio dette / PIB obtenu après huit années d’austérité sévère [4] signe l’échec des politiques imposées par le FMI et les instances européennes. En Grèce, sous des formes chaque fois différentes, le refrain d’une «sortie des mémorandums» scande l’actualité politique depuis le début de la crise. L’accord de l’Eurogroupe s’inscrit dans cette logique et doit d’abord être lu comme une énième tentative de camoufler l’échec initial. Le déni originel (faire comme si l’État grec n’était pas en faillite mais simplement confronté à un défaut ou une pénurie de liquidités) est reconduit : il s’agit à présent de faire comme si cette dette était soutenable alors que l’imposition d’une politique frappant croissance et productivité à la racine et grevant lourdement le produit intérieur brut ne cesse de l’alourdir. La figure qui s’impose n’est pas celle d’Ulysse revenant au pays natal après dix ans d’errance [5] mais celle de Sisyphe.

▶ Un pays à la merci des marchés et qui devra s’acquitter de taux d’intérêt plus élevés que ceux qui lui étaient demandés dans le cadre du «programme d’assistance» qui s’achève. Comme l’indique Olivier Passet, la question des taux d’intérêt réels et des écarts de crédit est plus que jamais au cœur des divergences et des fractures de la zone euro. Les pays du sud à fort taux de chômage subissent actuellement, selon les termes de cet analyste, une «double peine» : des taux d’intérêt nominaux plus élevés, qui intègrent «une prime de risque sur la dette souveraine», «pénalisent l’investissement» et «freinent la croissance». Dans le cas de la Grèce, deux précédentes ventes d’obligations test ont été réalisées à des taux d’intérêt trois fois supérieurs à ceux assurés dans le cadre des programmes soutenus par la BCE ; ces taux pourraient s’avérer plus importants encore à partir de la fin août.

Les agences de notation, qui ont joué un rôle-clef dans le déclenchement / dévoilement de la crise [6], continuent de situer la Grèce dans la catégorie des États à risques. Certains investisseurs seront dissuadés d’investir dans les obligations grecques ; d’autres exigeront un rendement élevé, variant en fonction de la conjoncture et de la conformité du gouvernement grec aux orientation néo-libérales. Après avoir légèrement rehaussé la note de la Grèce, les analystes de Moody’s et de Standard & Poor’s rappellent que l’accord serait tenu pour caduc si le gouvernement venait à remettre en cause les mesures austéritaires passées et à venir. À compter du 20 août, les diktats de la Troïka seront simplement remplacés par ceux des fonds d’investissement et des agences de notation ; le commandement sera directement exercé par «les marchés», mais son contenu ne changera pas.

▶ Une politique économique «sous étroite surveillance» (à défait d’être «sous tutelle») et sans marge budgétaire réelle. Si les revues régulières opérées par la Troïka ne sont plus à l’ordre du jour, le Premier ministre grec n’a pas obtenu le «Clean Exit» demandé mais une «surveillance renforcée» ; les initiatives du gouvernement grec continueront d’être scrutées à la loupe [7]. Le thème de l’indépendance recouvrée («la Grèce peut désormais se libérer de la tutelle européenne ; les sacrifices consentis par la société grecque, soutenus par la solidarité européenne, ont porté leurs fruits») est d’ailleurs accueilli sur place avec ironie, indifférence ou scepticisme.

▶ La poursuite des politiques d’austérité (coupes sur les retraites, abaissement du seuil d’imposition au détriment de foyers à revenus modestes ou faibles jusqu’alors exemptés) demeure la condition sine qua non des dispositions ouvrant la voie au refinancement de la Grèce sur les marchés. Le pays devra, selon le FMI, poursuivre sur la voie des réformes et ne pas faire machine arrière ; toute «dépense sociale ciblée» devra être approvisionnée par la diminution des pensions et l’abaissement du seuil d’imposition ; l’accent devra être mis sur «l’amélioration de la compétitivité», donc sur «la dérégulation du marché du travail». Aux antipodes des envolées lyriques du commissaire français à l’économie, le ministre des finances allemand précisait ces jours-ci devant le Bundestag [8] que les réformes ne s’arrêteraient pas en Grèce avec l’achèvement du troisième mémorandum. «Nous veillerons à ce que la Grèce poursuive la politique de réformes entreprise ces dernières années.»

▶ Les chiffres attestant d’un «retour de la croissance» doivent être replacés dans le contexte qui est le leur : récession de longue durée, chômage structurel élevé, baisse de près de 30% du PIB en huit ans. Comme le remarque par ailleurs O. Passet, «la reprise conjoncturelle du sud» n’offre que «l’illusion d’une convergence retrouvée en Europe» : «[Les pays périphériques] sont certes repartis d’un point de vue conjoncturel», mais «il s’agit d’un effet de rebond mécanique après une purge sans précédent». Avant d’affirmer que ce mouvement est pérenne, il conviendrait de scruter en profondeur «les moteurs de long terme de la croissance», où «le constat est sans appel» : «toujours pas le moindre souffle de productivité». Rien d’étonnant à cela, puisque ces pays ont vu migrer nombre de leurs jeunes diplômés [9] et ont sacrifié «plusieurs années d’investissement stratégique». Seuls les pays du cœur et du nord de l’Europe disposent en définitive de «la puissance de feu budgétaire» qui leur permettrait de faire face à un choc ou un retournement conjoncturel. Si la Grèce est en fort excédent, cet excédent «restera dédié au désendettement» ; or, «la faiblesse du parachute budgétaire participe dans les récessions à l’érosion du potentiel de croissance.»

L’accord de l’Eurogroupe peut être effectivement interprété comme un «tournant» [10]. Les formules de «sortie de crise» ou de «fin des mémorandums» n’en sont que l’emballage, mais la «sortie sur les marchés», elle, est bien réelle, et rappelle la mise à l’eau d’un navire dont chacun sait qu’il risque d’émettre un signal de détresse dès sa sortie au large. Peut-être les dirigeants européens ont-ils simplement voulu saisir au vol une occasion favorable («l’amélioration conjoncturelle» évoquée plus haut) et «risquer une sortie»? On peut cependant remarquer qu’en cas d’accident, de choc ou de retournement, la Grèce ne pourra désormais plus s’en prendre qu’à elle-même, le débat sur la responsabilité de l’UE dans la fragilisation de l’économie locale et dans l’opération initiale de renflouement de banques privées par de l’argent public étant (une fois de plus) escamoté.

«Stocker les problèmes pour les renvoyer à plus tard» : le diagnostic établi par l’association Finance Watch dans une étude européenne publiée ces jours-ci s’applique de toute évidence à cette fausse sortie de crise. Les dirigeants européens tablent-ils sans le dire sur une restructuration future de la dette grecque, lorsque les circonstances politiques seront réputées plus favorables, que les contribuables allemands, hollandais ou français et leurs parlements respectifs seront mieux disposés à envisager une remise de dette réelle [11]?

Le tableau est pour l’heure celui d’un pays condamné à long terme, au moins jusqu’en 2060, à une forme de stagnation, durablement étranglé par ses obligations de remboursement et qui n’aura d’autre choix, au nom du maintien dans la zone euro et du service de la dette, que de continuer à pressurer la main-d’œuvre locale, à brader ses richesses, ses territoires et son potentiel touristique, dans le sens d’un tourisme de masse aux conséquences environnementales désastreuses [12]. La Grèce des mémorandums fait d’ores et déjà l’objet d’un gigantesque transfert de titres de propriété et cette tendance, plutôt que d’être freinée par l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement se réclamant de la «gauche radicale», s’est considérablement accentuée à partir de juillet 2015.

S’il n’est pas certain que la confiance des marchés revienne, la défiance des citoyen.ne.s, elle, ne cesse de monter ; à partir de l’écrasement des négociations de l’été 2015, cette défiance s’exprime en Grèce comme dans le reste de l’Europe à travers toutes les variantes de l’exploitation politique du sentiment national — du souverainisme au néo-fascisme. Confrontée à ce qui lui apparaît comme un courant porteur, une partie de la gauche se laisse entraîner dans le piège par ressentiment, «anti-germanisme» voire refus de la défaite et de la mélancolie [13] ; comme si, à partir de l’écrasement de la gauche grecque, l’initiative et la dynamique politiques avaient basculé de l’autre côté de l’échiquier politique et comme si les signifiants nationaux étaient parvenus à occuper la place, laissée vacante par la défaite de 2015, qui était auparavant celle des revendications de justice, de solidarité et de préservation des ressources naturelles.

Ce délitement impose de procéder à une analyse précise des causes de la défaite grecque. Si le gouvernement grec a effectivement perdu la partie en juillet 2015, c’est d’abord, à mon sens, pour avoir perdu la bataille de l’opinion européenne ; pour n’avoir pas su contrer la propagande massive qui, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas ou dans les pays baltes, est parvenue à neutraliser la conscience de classe (intérêts et ennemis communs) de retraité.e.s modestes ou pauvres, de précaires courant de mini-jobs en mini-jobs, d’employé.e.s miné.e.s par la crainte du chômage, pourtant confronté.e.s, quels que soient les pays, aux mêmes maux. La logique néo-libérale l’a d’abord emporté sur ce terrain, rien d’autre que celui des classes sociales, en parvenant à retourner les classes moyennes et populaires des pays créanciers contre les classes moyennes et populaires des pays endettés, en encourageant le ressentiment d’une infirmière allemande à l’égard de sa camarade grecque (ou portugaise, italienne, espagnole…) et en instrumentalisant à cette fin le sentiment national (caricatures racistes de tel quotidien hollandais, couvertures du «Spiegel», sarcasmes de tel éditorialiste du «Monde» imitant l’accent grec sur les ondes de France-Culture, sortie ouvertement raciste du président de l’Eurogroupe, refrain en boucle : travailleurs vertueux du Nord appelés à payer pour le Sud fainéant…). Une offensive idéologique fondée sur l’opposition nord / sud et sur l’application d’une grille de lecture morale aussi simpliste qu’efficace («Il faut toujours payer ses dettes» [14]) à la réalité complexe, opaque au plus grand nombre, des mécanismes contemporains de l’endettement, est ainsi venue se greffer sur les déséquilibres structurels de la zone euro, et les a renforcés.

La manœuvre de longue haleine consistant à instiller des signifiants et des préjugés nationaux afin de diviser celles et ceux qui se trouvent également en butte, à travers tout le continent, au démantèlement de l’État-providence n’est pas que le fait de l’extrême-droite : elle est au cœur de la stratégie de domination néo-libérale et s’est avérée particulièrement payante dans le cas de la Grèce. Ce constat devrait, a contrario de l’illusion nationaliste, nous engager à rechercher les voies d’une alliance de classes porteuse des expériences, revendications et initiatives politiques des victimes de l’austérité.


(Athènes, 5 juillet 2018) {Le titre de cet article est emprunté au très beau roman d’Henry Roth Mercy of a Rude Stream (éd. de l’Olivier, 1994, pour la traduction française). La première partie de cet article a été publiée le 25 juin sous le titre Souveraine dette.}


[1] Arrivée à échéance du troisième Mémorandum, d’un montant de 86 milliards d’euros, signé par le gouvernement grec quelques semaines après le référendum de juillet 2015 par lequel près de 62% des votants avaient rejeté un plan de réformes analogue.

[3] Lire à ce sujet L’Europe propose à la Grèce un plan de sortie irréaliste, Martine Orange, Mediapart.

[4] La dette grecque se monte aujourd’hui à 320 milliards d’euros, soit 179% du PIB.

[5] Lire à ce sujet le texte publié par Pierre Moscovici sur son blog au lendemain de l’Eurogroupe du 21 juin.

[6] Lire ce calendrier des premières années de la crise grecque.

[7] En particulier par le Fonds européen de stabilité.

[8] Le Parlement allemand a validé ce vendredi par un scrutin nominal l’accord de l’Eurogroupe sur la Grèce par 410 votes pour, 226 votes contre, et 7 abstentions.

[9] Comme le rappelle Michel Husson dans un article récent à propos de la Grèce : «Environ un tiers de la population de 15 à 29 ans, pour une bonne partie des personnes qualifiées, a quitté le pays» (Un long calvaire s’annonce pour la Grèce, «Alternatives économiques»).

[10] Selon l’expression de Benoît Cœuré, membre du directoire de la BCE, dans un entretien au «Figaro ».

[11] Lire à ce sujet l’entretien accordé par Klaus Regling, directeur du Mécanisme européen de stabilité, au journal «Ta Nèa» : la surveillance de la Grèce «devra se poursuivre jusqu’à ce que tout l’argent soit remboursé». Jusqu’en 2060 ? «Oui. La Commission arrêtera quand 75 % auront été remboursés, mais pas nous. Nous surveillerons jusqu’à l’échéance finale.»

[12] A propos de l’importance cruciale du secteur touristique, lire Michel Husson, Un long calvaire s’annonce pour la Grèce, «Alternatives économiques».

[13] C’est notamment le cas, en Grèce, de la prise de parole du compositeur Míkis Thèodorákis, figure historique de la gauche grecque, lors d’un rassemblement organisé par la droite, l’ultra-droite et l’Église orthodoxe contre la proposition de résolution du conflit sur le nom de la Macédoine ; cette intervention publique a malheureusement reçu le soutien de l’ancienne présidente du Parlement grec sous le premier gouvernement Tsípras, Zoé Konstantopoúlou, et de certaines figures emblématiques de la contestation des politiques d’austérité, au nom de la défense d’un «grand mouvement populaire».

[14] Lire à ce sujet l’introduction de Dette : 5000 ans d’histoire (David Graeber, éd. Les Liens qui Libèrent, 2013, pour la traduction française).

Grèce : Protéger les droits des migrants

Par rédaction

Grèce : il faut agir immédiatement pour protéger les droits de l’homme des migrants

Migreurop  Print Greece: immediate action needed to protect human rights of migrants Athènes, Greece 29/06/2018.

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La Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Dunja Mijatović, rencontre les bénéficiaires d’un programme de vie semi-autonome pour les mineurs non accompagnés à Athènes, en Grèce. © CoE / 2018 / Giorgos Moutafis

« L’humanité et l’hospitalité dont la population et les autorités grecques ont fait preuve envers les migrants ces dernières années sont vraiment remarquables. Malgré ces efforts, la situation reste toutefois préoccupante et des mesures supplémentaires sont nécessaires pour protéger les droits de l’homme des personnes contraintes de fuir leur pays », a déclaré Dunja Mijatović, Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, à l’issue de sa visite de cinq jours en Grèce, qui était aussi consacrée aux effets de l’austérité sur les droits de l’homme.

Notant la baisse significative des arrivées de migrants en Grèce ces deux dernières années, la Commissaire a souligné que, si les flux actuels restent difficilement gérables par ce seul pays, l’Europe dans son ensemble peut cependant y faire face sans difficultés majeures. « Il est grand temps que tous les États membres du Conseil de l’Europe, unis autour des valeurs qui fondent l’Organisation, traitent cette question dans un esprit de responsabilité collective et de solidarité », a estimé la Commissaire.

Il est nécessaire que les autorités grecques agissent rapidement pour améliorer les conditions d’accueil des migrants, notamment dans les hotspots. La restriction géographique imposée aux nouveaux arrivants soumet les îles de la mer Égée orientale (où sont situés les hotspots) et leur population à une forte pression, ainsi que la Commissaire a pu le constater à Lesbos. « Je suis très préoccupée par les mauvaises conditions de vie qui prévalent dans le centre d’accueil et d’identification de Moria, où le nombre de migrants est plus de trois fois supérieur à la capacité théorique et qui s’est déjà agrandi de manière anarchique. Cette situation met en danger les droits de l’homme des personnes hébergées. Si des dispositions ne sont pas prises immédiatement, le surpeuplement, l’insécurité et le manque d’hygiène, exacerbés par la hausse des températures, risquent d’avoir des conséquences catastrophiques cet été pour des migrants qui sont dans l’incertitude quant à leur avenir », a indiqué la Commissaire, qui a également mis en garde contre les tensions qui ne manqueront pas d’augmenter entre les personnes hébergées dans le centre, mais aussi entre les autres habitants de l’île. Soulignant la nécessité d’agir rapidement, la Commissaire a appelé les autorités grecques à transférer davantage de personnes vers le continent. Elle les a aussi appelées à accélérer le traitement des demandes d’asile, tout en garantissant pleinement le caractère équitable des procédures, à augmenter la capacité des structures d’accueil de tout le pays et à améliorer leur qualité. « Les normes peuvent être respectées dans des camps temporaires, comme je l’ai observé dans le camp de « Kara Tepe », un centre ouvert géré par la municipalité de Mytilène ; toutefois, compte-tenu de la durée de la procédure d’asile, il est également nécessaire d’augmenter le nombre de structures d’accueil adaptées à un séjour prolongé », a-t-elle ajouté. La Commissaire a salué le travail inestimable accompli par les acteurs de la société civile et par les partenaires internationaux dans ce domaine.

En outre, Dunja Mijatović a souligné la nécessité d’améliorer et d’accélérer la procédure d’évaluation de la vulnérabilité, pour mieux protéger les droits de toutes les personnes vulnérables, dont les victimes de la traite et de la violence sexuelle ou sexiste, les personnes handicapées et les personnes ayant des problèmes de santé mentale ; ces dernières sont de plus en plus nombreuses car un séjour prolongé dans un centre d’accueil où les conditions de vie sont mauvaises a des effets délétères. En outre, la Grèce compte actuellement 3 500 mineurs non accompagnés, dont les besoins en matière de soins et d’hébergement ne sont toujours pas satisfaits. La Commissaire a noté avec préoccupation que beaucoup d’entre eux seraient sans abri ou sont privés de liberté en application du régime de la « détention de protection ». « La nouvelle loi sur le placement en famille d’accueil va dans le bon sens et j’espère que sa mise en œuvre sera concluante. Si les enfants ayant droit au regroupement familial rejoignent rapidement leurs proches installés ailleurs en Europe, cela contribuera aussi à améliorer la situation. De plus, j’encourage les autorités à développer les modes alternatifs de prise en charge, tels que le programme de vie semi-autonome géré par l’ONG METAdrasi, dont j’ai rencontré des bénéficiaires », a-t-elle ajouté.

Enfin, la Commissaire a observé que la Grèce est devenue un pays de destination, après avoir été un pays de transit. « En conséquence, l’intégration est d’une importance capitale, pour les migrants eux-mêmes et pour la cohésion sociale de la Grèce. Les ONG mènent plusieurs projets dans ce domaine et je note que le ministère de la Politique migratoire a l’intention de développer les programmes d’intégration. Je salue ces initiatives et j’encourage les autorités grecques et leurs partenaires à intensifier leurs efforts en ce qui concerne l’apprentissage de la langue et la formation professionnelle, le regroupement familial et les possibilités d’obtenir un permis de séjour de longue durée, puis d’accéder à la naturalisation », a déclaré la Commissaire.

Pour ce qui est des effets des mesures d’austérité, Dunja Mijatović a noté que plusieurs droits de l’homme avaient été durement impactés, notamment les droits à la santé et à l’éducation. Les coupes budgétaires pratiquées dans le secteur de la santé, associées à la baisse générale des salaires et des pensions, ont entravé l’accès aux soins, dans une période où la crise économique faisait augmenter les besoins, notamment en matière de santé mentale. « Dans ce contexte très difficile, l’adoption, en 2016, d’une loi sur la couverture médicale universelle a constitué un progrès majeur. Toutefois, comme j’ai pu le constater lors de ma visite du centre social métropolitain d’Elliniko, un certain nombre de patients n’ont toujours pas accès aux soins requis par leur état. J’encourage donc les autorités à améliorer la mise en œuvre de cette loi et à lever les obstacles qui entravent l’accès aux soins », a dit la Commissaire.

L’austérité a également eu de lourdes conséquences pour le droit à l’éducation. « Les fusions et les fermetures d’établissements scolaires, les réductions de budget et de personnel et la baisse du volume horaire d’enseignement ont soulevé des questions importantes du point de vue de l’accès à l’éducation et de la qualité de l’éducation pendant la crise économique. Je salue la décision d’augmenter le budget de l’éducation en 2017 et 2018, et j’encourage les autorités à intensifier leurs efforts dans ce domaine, de manière à garantir à tous le plein accès à une éducation de qualité et inclusive », a déclaré la Commissaire.

« La fin du troisième programme d’ajustement économique offre une occasion de remédier aux effets négatifs de l’austérité sur les droits de l’homme et la Grèce ne devrait pas la manquer», a estimé Dunja Mijatović. « J’appelle les autorités grecques à profiter de ce changement de circonstances pour renforcer la protection effective des droits à la santé et à l’éducation, et à soumettre toute nouvelle mesure à des études d’impact sur les droits de l’homme et l’égalité », a-t-elle ajouté.

Au cours de sa visite, la Commissaire a rencontré le Président de la République hellénique, le Président du Parlement, le ministre de la Justice, de la Transparence et des Droits de l’homme, le ministre de la Santé, le vice-ministre de l’Éducation, de la Recherche et des Cultes, le vice-ministre de la Politique migratoire, l’Ombudsman et des membres de la Commission nationale des droits de l’homme. Elle s’est aussi entretenue avec des responsables locaux et des représentants de la société civile et d’organisations internationales.

La Commissaire publiera prochainement un rapport sur sa visite en Grèce.

https://www.coe.int/en/web/commissioner/view/-/asset_publisher/ugj3i6qSEkhZ/content/greece-immediate-action-needed-to-protect-human-rights-of-migrants?_101_INSTANCE_ugj3i6qSEkhZ_languageId=fr_FR

Néocolonialisme et “crise des migrants »

Par rédaction

Néocolonialisme et  » crise des migrants » ( Il Manifesto) par Manlio DINUCCI

Des États-Unis à l’Europe, la “crise des migrants” suscite de vives polémiques intérieures et internationales sur les politiques à adopter à propos des flux migratoires. Partout cependant ceux-ci sont représentés selon un cliché qui inverse la réalité : celui des “pays riches” obligés de subir la croissante pression migratoire des “pays pauvres”.

On dissimule ainsi la cause de fond : le système économique qui dans le monde permet à une minorité restreinte d’accumuler de la richesse aux dépens de la majorité croissante, en l’appauvrissant et en provoquant ainsi l’émigration forcée.

Concernant les flux migratoires vers les États-Unis, le cas du Mexique est emblématique. Sa production agricole s’est écroulée quand, avec le NAFTA (l’accord nord-américain de “libre” commerce), les EU et le Canada ont inondé le marché mexicain avec des produits agricoles à bas prix grâce à leurs propres subventions publiques. Des millions de paysans se sont retrouvés sans travail, venant grossir le bassin de main d’oeuvre recrutée dans les maquiladoras : des milliers d’établissements industriels le long de la ligne de frontière en territoire mexicain, possédés ou contrôlés, pour la plupart, par des sociétés étasuniennes, dans lesquels les salaires sont très bas et les droits syndicaux inexistants.

Dans un pays où environ la moitié de la population vit dans la pauvreté, a augmenté la masse de ceux qui cherchent à entrer aux États-Unis. D’où le Mur le long de la frontière avec le Mexique, commencé par le président démocrate Clinton quand en 1994 est entré en vigueur le Nafta, poursuivi par le républicain Bush, renforcé par le démocrate Obama, ce même mur que le républicain Trump voudrait maintenant compléter sur tous les 3000 Km de frontière.

Concernant les flux migratoires vers l’Europe, est emblématique le cas de l’Afrique. Elle est richissime en matières premières : or, platine, diamants, uranium, coltan, cuivre, pétrole, gaz naturel, bois précieux, cacao, café et de nombreuses autres.

Ces ressources, exploitées par le vieux colonialisme européen avec des méthodes de type esclavagiste, se trouvent aujourd’hui exploitées par le néocolonialisme européen s’appuyant sur des élites africaines au pouvoir, une main d’œuvre locale à bas coût et un contrôle des marchés intérieurs et internationaux.

Plus de cent compagnies cotées à la Bourse de Londres, britanniques et autres, exploitent dans 37 pays de l’Afrique sub-saharienne des ressources minières d’une valeur de plus de 1000 milliards de dollars.

La France contrôle le système monétaire de 14 ex colonies africaines par le biais du Franc CFA (à l’origine acronyme de “Colonies Françaises d’Afrique”, recyclé en “Communauté Financière Africaine”) : pour conserver la parité avec l’euro, les 14 pays africains doivent verser au Trésor français la moitié de leurs réserves monétaires.

L’État libyen, qui voulait créer une monnaie africaine autonome, a été démoli par la guerre en 2011. En Côte d’Ivoire (aire CFA), des sociétés françaises contrôlent le gros de la commercialisation du cacao, dont le pays est premier producteur mondial : aux petits cultivateurs restent à peine 5% de la valeur du produit final, si bien que la majeure partie vit dans la pauvreté. Ce ne sont que quelques exemples de l’exploitation néo-coloniale du continent.

L’Afrique, présentée comme dépendante de l’aide extérieure, fournit à l’extérieur un paiement net annuel d’environ 58 milliards de dollars. Les conséquences sociales sont dévastatrices. En Afrique sub-saharienne, où la population dépasse le milliard et se compose à 60% d’enfants et jeunes d’âge compris entre 0 et 24 ans, environ les deux tiers des habitants vivent dans la pauvreté et, parmi ceux-ci, environ 40% – c’est-à-dire 400 millions – dans des conditions de pauvreté extrême.

La “crise des migrants” est en réalité la crise d’un système économique et social insoutenable.

Manlio Dinucci

Edition de mardi 26 juin 2018 de Il manifesto

Traduit de l’italien par M-A P.

Photo : Alami Stock Photo

Source https://www.legrandsoir.info/neocolonialisme-et-crise-des-migrants-il-manifesto.html

Un long calvaire s’annonce pour la Grèce

Par rédaction

Par Michel Husson Economiste, membre du Conseil scientifique d’Attac 02/07/2018

Le troisième « plan de sauvetage » de la Grèce (Memorandum of Understanding) va s’achever au mois d’août, même si elle n’est pas encore sortie d’affaires, comme l’a bien montré Jacques Adda. L’accord « final » conclu entre la Grèce et ses créanciers repose au fond sur trois faux-semblants : il voudrait effacer les effets sociaux de près de dix ans d’austérité aveugle ; il s’appuie sur des perspectives économiques incohérentes ; enfin, il instaure une mise en tutelle à durée indéfinie de la Grèce.

Novlangue européenne

L’accord a souvent été accueilli par des commentaires exprimant un soulagement obscène, compte tenu de l’état de délabrement du pays. La palme revient sans doute à Pierre Moscovici qui n’hésite pas à écrire sur son blog : « Tel Ulysse de retour à Ithaque, la Grèce arrive enfin à destination aujourd’hui, dix ans après le début d’une longue récession. Elle peut enfin souffler, regarder le chemin parcouru et contempler de nouveau l’avenir avec confiance. » C’est le coup de pied de l’âne à un peuple que l’on a délibérément maltraité, et cet étalage d’autosatisfaction a quelque chose d’intolérable. Le commissaire salue les sacrifices du peuple grec qui étaient nécessaires pour éloigner « le plus grand péril de cette odyssée » qui, pour lui, n’était ni la misère, ni le chômage, ni les maladies, ni les suicides, ni les exils, mais ce « monstre appelé Grexit. »

Le « rapport de conformité » (Compliance Report) de la Commission européenne est lui aussi un long satisfecit qui décrit point par point la bonne mise en oeuvre par le gouvernement grec des conditions associées à « l’aide » reçue. Tout au long de ce texte, une insupportable novlangue est de règle. Prenons l’exemple de la santé publique : pour la Commission, « les autorités ont rempli leur engagement de continuer à rationaliser les dépenses globales de santé. » Cette assertion est d’un cynisme effarant, au regard de la situation réelle qui est celle-ci : « le système national de santé grec a été démantelé par l’application d’un ensemble de mesures imposées depuis 2010 par les créanciers de la Grèce dans les secteurs de santé primaire, secondaire et pharmaceutique » comme l’analyse la chercheuse Noëlle Burgi, dans un article très documenté.

Des conditions de vie dantesques

Une enquête menée à Athènes dresse un tableau saisissant des conditions de vie. 43 % des ménages déclarent ne pas avoir les moyens de payer le chauffage de leur logement ; 52 % disent qu’ils ne pourraient faire face à une dépense imprévue de 500 euros, 49 % qu’ils n’ont pas les moyens de partir en vacances. Six personnes interrogées sur dix sont restées au chômage plus de deux ans. 10 % seulement des chômeurs sont indemnisés, à 360 euros par mois.

Toujours à Athènes, la consommation de psychotropes a été multipliée par 35 entre 2010 et 2014, celle des benzodiazépines par 19 et celle des antidépresseurs par 11. Ces dernières données sont tirées d’un article du Monde diplomatique qui résume les résultats d’une étude originale menée sur les eaux usées de la ville.

Comment, dans ces conditions, la Grèce peut-elle « contempler de nouveau l’avenir avec confiance » ?

Déconomie

Si un tel déni est difficilement supportable, les projections économiques accompagnant l’accord sont, elles, proprement hallucinantes. Le document de référence reproduit le même scénario qui a fait long feu depuis 2010. La Grèce est censée maintenir un excédent primaire élevé tout en renouant avec la croissance. L’excédent primaire – soit la différence entre les recettes et les dépenses hors intérêts de la dette – est la variable-clé, qui mesure la capacité de la Grèce à honorer ses engagements. En très bon élève, la Grèce a pour l’instant tenu, et au-delà, cet objectif. Il était de 0,5 % du PIB en 2016 et ce fut 3,9 % ; puis 2 % en 2017, et ce fut 4,2 %.

Pour complaire à ses créanciers, le gouvernement grec a présenté une stratégie budgétaire à moyen terme entérinée par la Commission européenne dans son rapport de conformité. Elle est manifestement délirante : le scénario postule une croissance qui augmente progressivement jusqu’à 2,6 % en 2020 avant de ralentir à 1,9 % en 2022. C’est évidement optimiste, mais c’est surtout totalement déraisonnable quand en même temps l’excédent primaire devrait augmenter progressivement de 3,5 % du PIB en 2018 à 4,3 % en 2022.

Une telle prévision sort complètement des clous et on pourrait lui adresser la formule utilisée par la Cour des comptes européenne dans son rapport sur l’intervention de la Commission dans la crise financière grecque : « La commission a établi des projections macroéconomiques et budgétaires séparément et ne les a pas intégrées dans un modèle. » Mais croire qu’il pourrait exister un modèle capable d’engendrer une telle trajectoire est une pure fiction. Tous les économistes sérieux savent qu’on ne peut maintenir longtemps un tel excédent primaire, comme le rappelait le FMI en 2016 dans son analyse de soutenabilité de la dette grecque : « un excédent primaire de 3,5 % du PIB est difficile à atteindre et à maintenir à long terme, en particulier après de longues périodes de récessions et face à un chômage structurel élevé. »

Impossible reprise

Plutôt que de dépenser son énergie à critiquer les supposées erreurs commises par les auteurs de ces scénarios rocambolesques, il vaut mieux mettre les pieds dans le plat et dire que ces idiots utiles n’en ont au fond rien à faire. Il s’agit d’un habillage technocratique du seul chiffre qui importe, à savoir l’excédent primaire, parce qu’il représente la capacité de la Grèce à payer ses intérêts. Il n’y a que cela qui compte. La contrepartie de cette saignée est la poursuite des réformes structurelles, notamment la baisse des dépenses sociales, en particulier les pensions dans le cas de la Grèce, ainsi que le blocage de tout investissement public.

Cette trajectoire est incompatible avec une reprise de la croissance. Jusqu’à la crise, l’investissement tirait la productivité horaire du travail. Depuis la crise, son volume a été divisé par trois, retrouvant à peine son niveau de 1990 ; et la Grèce est l’un des rares pays européens, peut-être le seul, où la productivité horaire du travail recule, au rythme de 1 point par an. Cette tendance sera d’autant plus difficile à inverser que les forces vives sont parties : environ un tiers de la population de 15 à 29 ans, pour une bonne partie des personnes qualifiées, a quitté le pays. Cette perte de substance va encore aggraver le déséquilibre démographique et l’impact des réformes des retraites, d’autant plus que le nombre de naissances a baissé depuis le crise.

Le commerce extérieur de la Grèce est aujourd’hui à peu près équilibré. Mais ce résultat n’a pas été atteint par une reprise des exportations qui auraient été dopées par les fameuses « réformes » : c’est l’effet mécanique de la chute des importations pendant la crise. Toute reprise véritable conduirait à de nouveau à un déficit en raison de la dépendance de la Grèce notamment en biens d’investissement, et cela dans un contexte où les capitaux étrangers seraient évidemment réticents à financer ce déficit.

C’est en regardant du côté des exportations de la Grèce que l’on peut discerner à quoi le pays est destiné. Ses principales ressources spécifiques sont, en simplifiant un peu, la flotte commerciale (mais les armateurs grecs paient peu d’impôts et les ports seront peu à peu vendus à des groupes chinois ou autres) et le tourisme. Ce dernier est à peu près le seul secteur en expansion et représente en 2016 un quart des exportations et 7,5 % du PIB. Selon le rapport du World Travel & Tourism Council sur la Grèce, les effets induits du tourisme sur l’économie conduisent à une contribution totale de 18,6 % du PIB en 2016. Près d’un quart (23,4 %) de l’emploi total serait lié à l’industrie touristique. La stratégie est donc toute trouvée : continuons à attirer les touristes qui abandonnent les pays à risque, avec des tarifs attractifs.

Une dette insoutenable

Les négociations sur la dette grecque sont au fond une fantasmagorie. Personne ne croit vraiment à la soutenabilité à moyen ou long terme de la dette grecque. Le FMI s’est retiré du jeu parce qu’il n’y croit pas, et même la Commission européenne a émis de discrètes réserves. L’Eurogroupe fait semblant de croire au rétablissement de la soutenabilité de la dette grecque en prétendant que le ratio dette/PIB devrait diminuer progressivement pour passer de 188,6 % en 2018 à 168,9 % en 2020, puis 131,4 % en 2030 et 96,8 % … en 2060.

Mais cela, encore une fois, n’est que de l’habillage pour récuser toute nouvelle annulation de la dette. Le refus des créanciers n’est pas fondé sur la confiance dans la validité de leurs scénarios, mais s’explique par la volonté de discipliner leur débiteur grec. Leur objectif est au fond de se donner les moyens de récupérer un maximum d’argent et de reporter le plus tard possible leurs pertes éventuelles.

Il suffit pour s’en rendre compte d’examiner l’échéancier qui vient d’être entériné (il est régulièrement compilé par trois journalistes du Wall Street Journal sur la page Greece’s Debt Due). Le profil est aberrant : après un léger retrait en 2018 (8 milliards de dollars), les remboursements bondissent à près de 12 milliards en 2019. Puis, ils baissent à 4 milliards en 2020 et 2021. Les montagnes russes s’enchaînent : un creux un peu après 2040 et puis, brusquement, cela repart comme un feu d’artifice pendant cinq ans (après une petite pause en 2051) jusqu’à l’annulation finale en 2060 !

La Grèce, endettée… jusqu’en 2060 !

Echéancier annuel des remboursements de la dette grecque

En milliards de dollars. Source: Wall Street Journal

Cette trajectoire chaotique s’explique par le traitement différencié des dettes auprès des différents créanciers. Aujourd’hui la dette de la Grèce est de 294 milliards de dollars qui se répartissent comme suit:

Répartition des détenteurs de la dette grecque (en milliards de dollars)
FESF (Fonds européen de stabilité financière) 131
Gouvernements de la zone euro 53
MES (Mécanisme européen de stabilité) 37
Investisseurs privés 34
Détenteurs de Bons du trésor 15
Fonds monétaire international 12
Banque européenne d’investissement 12

Source : Wall Street Journal

Les Etats et institutions européennes, qui détiennent 80 % de la dette grecque, n’auraient-ils pas pu se concerter, ne serait-ce que pour réduire le « mur » de 2019 où « les besoins bruts de financement s’élèveront à 21 milliards d’euros en principal et en intérêts » comme le souligne la Cour des comptes européenne ? La moitié de ce besoin de financement correspond à la Banque centrale européenne, la même qui refuse de fournir des liquidités en échange de titres de la dette grecque. Une partie des profits réalisés sur les achats de titres grecs par les pays de l’eurozone sera finalement restitué à la Grèce, mais au compte-goutte (voir cette pétition citoyenne de WeMove.EU). L’accord prévoit néanmoins une réserve de précaution de 15 milliards d’euros (contestée au Parlement allemand), ce qui est un moyen d’admettre que le calendrier n’est pas réaliste.

Tout est donc en place pour que le mécanisme infernal de boule de neige s’enclenche à nouveau : la Grèce devra emprunter de nouveau sur les marchés pour faire face à ses échéances, mais à 3, 4 ou 5 %.

Le secret de Polichinelle

Klaus Regling, le directeur général du Mécanisme Européen de Stabilité (ESM, European Stability Mechanism), tire évidemment un bilan positif de l’action de l’Eurogroupe. Dans un discours prononcé devant l’Hellenic Bank Association, le 12 juin dernier, il commence par « féliciter le peuple grec et ses dirigeants politiques pour cette évolution vers une économie plus moderne. » L’objectif est maintenant que la Grèce ait accès aux marchés après l’achèvement du programme : c’est important pour la Grèce mais aussi, soit dit en passant pour l’institution qu’il dirige, puisque elle en est « le principal créancier. » Et il est vrai que l’agence de notation Standard & Poor’s a annoncé, le 25 juin, qu’elle relevait la note de la dette grecque B à B+, ce qui n’empêchera pas que la Grèce devra se financer à des taux élevés. On peut en effet se demander qui se risquerait à prêter à la Grèce sans une prime de risque « rassurante ».

Mais Klaus Regling ne dissimule pas un certain pessimisme : « Permettez-moi de dire en même temps que l’accès de la Grèce aux marchés reste fragile. Retrouver la confiance des investisseurs implique de faire preuve d’un engagement total en faveur des réformes, mais même cela pourrait ne pas suffire dans le cas de la Grèce. » Il faudra donc la surveiller, notamment grâce au Système d’alerte précoce (Early Warning System) dont dispose l’ESM et cette surveillance devra, dans le cas de la Grèce, être « plus serrée et plus complète que dans n’importe quel pays. »

Quelques jours plus tard il livre le fond de sa pensée, dans une interview assez incisive et reproduite sur le site de l’ESM. A la question de savoir si la dette de la Grèce pourrait être déclarée soutenable à long terme, Klaus Regling répond par la négative, suivie d’une formule ampoulée sur le rôle des mesures à moyen terme. Et combien de temps faudra-t-il, lui demande-t-on, que la Grèce fasse des réformes pour rassurer les marchés ? Là encore, la réponse en dit long : « la mise en œuvre des réformes est une tâche permanente. Elle n’est jamais achevée. C’est vrai pour tous les pays du monde, pour tous les pays de l’Union européenne et donc aussi pour la Grèce. Peut-être un peu plus dans le cas de la Grèce, en raison de l’histoire récente de l’économie grecque qui met fin à une période d’ajustement difficile. »

Pas de sortie de crise à l’horizon

Le chef de l’ESM se fait encore plus précis : la surveillance de la Grèce, via le Early Warning System « devra durer jusqu’à ce que tout l’argent soit remboursé ». Jusqu’en 2060 ? demande l’interviewer et Regling répond : « Oui. La Commission arrêtera quand 75 % auront été remboursés, mais pas nous. Nous surveillerons jusqu’à l’échéance finale ». Et il y aura même une « surveillance renforcée » avec « une évaluation tous les trois mois » mise en place pendant « un certain nombre d’années. »

La déclaration finale de l’Eurogroupe du 22 juin, contient d’ailleurs une clause de revoyure : « L’Eurogroupe examinera à la fin de la période de grâce du FESF, en 2032, si des mesures supplémentaires sont nécessaires. » Cette surveillance sert à vérifier que « les engagements sont honorés et qu’il n’y a pas de retour en arrière sur les réformes importantes qui sont nécessaires pour ramener la Grèce sur un sentier de croissance plus élevé. » Bref, la Grèce reste sous tutelle.

Le simili-accord conclu entre la Grèce et ses créanciers européens a été présenté comme une sortie définitive de la crise. C’est doublement faux. L’accord ne peut pas effacer les dommages systématiquement infligés à la société grecque et dont les effets ne sont pas effacés. Il n’ouvre pas non plus une nouvelle trajectoire pour l’économie grecque. Et ces deux constats ne sont pas sans rapport.

Source https://www.alternatives-economiques.fr/un-long-calvaire-sannonce-grece/00085215

Migrants et migraines La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Par rédaction

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Migrants et migraines

Juillet et ses températures déjà entières. En mer, on peut parfois croiser imprudemment un de ces géants du grand large transportant l’ultime pacotille de notre si bas monde, tandis que sur terre, c’est carrément le cloaque. Sous l’Acropole, à part nos animaux adespotes attitrés bien en leur place, seuls les orages de la météo sont passés, les idiots utiles qui “gouvernent” alors demeurent.

Sous l’Acropole. Athènes, juin 2018

Alexis Tsípras s’est rendu à Thessalonique mercredi 4 juillet pour une réunion avec ses homologues, bulgare, serbe et roumain, sauf que pour la première fois dans pareils cas, la réunion s’est tenue au sein de l’hôtel près de l’aéroport et non pas en ville, par crainte d’affronter la colère des manifestants de Thessalonique… très remontés il faut dire. Tous les accès conduisant à l’hôtel de l’aéroport ont été barrés par les forces de l’ordre… afin de protéger le Premier ministre le plus haï en Grèce depuis 1945. Tsípras, qualifié à juste titre de traître partout en Grèce et d’abord dans ses régions du nord, Épire, Macédoine et Thrace, n’a donc pas quitté l’hôtel, sauf pour reprendre l’avion vers Athènes le même soir.

En cette Grèce du nord depuis l’accord paraphé entre la “Grèce” de Tsípras et l’ARYM du Premier ministre Zoran Zaev, les élus SYRIZA sont pris à partie et même parfois ils sont quasiment agressés par les citoyens, dès qu’ils osent se montrer en public, comme cette semaine à Kavala pour le député SYRIZA Yórgos Papaphilippou… sauvé de justesse grâce à sa bonne garde policière.

Athènes, juillet 2018

Ensuite, l’autre dernière histoire drôle du pantin Tsípras, c’est qu’il acceptera en Grèce bon nombre de migrants que l’Allemagne refoulera après avoir fait son tri et son marché au détriment comme toujours des autres pays de la pseudo UE. C’est Angela Merkel qui vient d’annoncer son accord avec le valet Tsípras, ce dernier n’aura même pas informé au préalable le “Parlement”, (quotidien “Kathimeriní” du 4 juillet 2018). Encore une fois, et faisant suite à l’affaire macédonienne, Alexis Tsípras “décide” seul, contre l’immense majorité du peuple grec et contre les intérêts du pays. Jusqu’à quand ?

Sur le thème macédonien, le ministre Yórgos Katroúgalos (SYRIZA), joint au téléphone par le journaliste de la radio 90,1 FM, vient de déclarer que même si la majorité des citoyens s’oppose à la politique de l’exécutif sur le dossier macédonien, “le gouvernement n’organisera pas de référendum comme il ne considère pas non plus, que sa décision doit être validée à l’Assemblée de manière large, c’est-à-dire, approuvée par les deux tiers des députés. Et ceci, étant donné que sur ce type de dossiers hautement émotionnels, on ne doit pas poser les questions par référendum, qui plus est, en ce moment et sur ce dossier, lorsque le peuple ne raisonne nullement par un procédé d’une logique disons froide, mais seulement, il s’agite sous la seule force et influence d’un processus affectif”, (émission de Dimítris Takis, le 3 juillet 2018, et c’est à la minute 40’ du fichier sonore archivé sur le serveur de la radio).

Nos animaux adespotes attitrés. Athènes, juin 2018
Nos animaux adespotes photographiés. Athènes, juin 2018

Notons que Katroúgalos, Stalinien dans sa jeunesse, puis Pasokien, notamment durant un moment, conseiller au cabinet de la gouvernance de Yórgos Papandréou, sous l’influence comme on sait des… “thaumaturges” de Soros, est très précisément ce ministre ayant proposé et même… donné son nom à la dernière loi assassine des retraites et ceci, de manière… automatique et permanente.

Comme l’écrit ailleurs à sa manière Nicolas Bonnal, Katroúgalos appartient à cette “droite néocon et libertaire contrôlée par les bobos (un lecteur de Blondet parle de clones: Tsípras, Macron, Sanchez ou Casado, Trudeau, etc.), les féministes humanitaires – et sans enfants – dans le genre de May ou Merkel (elles sont de droite, pas vrai ?) – laquelle droite – continuera de rendre des comptes aux bourreaux-comptables de la mondialisation et de sacrifier un peuple rendu distrait par son Smartphone ou par ses matches de foot.”

Le schéma, pleinement discernable, devient désormais classique. Katroúgalos, Tsípras et consorts, agitateurs au verbiage historiquement gauchisant ayant toujours prétendu s’exprimer au nom du peuple sans jamais y croire en réalité, autant personnages politiques largement minoritaires dans la société du pays réel (SYRIZA fut un parti du 3% avant la dite crise grecque), arrivent ainsi au pouvoir préparées par les mondialisateurs et par le mensonge, sans la moindre morale de l’intérêt public, ni du pays, ni de la nation, somme toute, pour assassiner à la fois leur gauche, le peuple et le pays. Vaste chantier…

Athènes, juillet 2018
Propagande. Paris, juillet 2018 (photo de mon ami Arnauld)
Faire les poubelles. Athènes, juillet 2018

Approchés et finalement intégrés par le systémisme, entre autres celui du financier Soros, ils appliquent en bonnes marionnettes toutes les instructions de son programme ubuesque qui vise à démanteler les pays (déjà) de l’Europe, leur culture ainsi que leur identité, par exemple en exacerbant (voire en fabriquant) les différences et les différents ethniques, à la manière par exemple de l’ex-Yougoslavie ou de la Syrie. Et maintenant, c’est le tour de l’Espagne avec la mise en place du cabinet Sanchez fils spirituel de Soros, et de la Grèce avec Tsípras, fils… adoptif de Soros.

Les moyens mis en œuvre dans ce but sont variés, l’austérité, la surimposition, la prédation immobilière, la destruction du travail et de son cadre juridique après près de deux siècles de luttes sociales, la récupération enfin des migrants de partout y compris d’Allemagne, ceci via des ONG aux affaires bien juteuses sans la moindre légalité sur le terrain du (non) contrôle des frontières, et d’ailleurs, sans jamais poser la question du choix démocratique aux peuples concernés, quant à l’accueil ou non, d’un nombre de migrants alors croissant.

Ainsi, comme pour d’autres réalités implacables et similaires, l’argumentaire (face au journaliste de 90,1 FM) du ministrion Katroúgalos, est issu de cette même affirmation élitiste et la croyance dans la puissance et les privilèges de cette élite, affirmation volontairement et autant renforcée par la déshumanisation et la dégradation de… l’ennemi, c’est-à-dire du peuple. Pauvres pays de l’extrême, ancien et nouveau monde, et pour notre cas grec, pauvre pays d’Épicure, de surcroît très touristique !

Pays… d’Épicure. Grèce, 2018
Hôtel à vendre. Île d’Égine, juillet 2018
Hôtel à vendre. Île d’Égine, juillet 2018

Cependant, tout le monde en Grèce, s’accorde pour observer que sur l’affaire macédonienne, les… apatrides de SYRIZA ont largement sous-estimé la portée de leurs actes, autant que le caractère tectonique de la réaction populaire alors suscitée. Leurs maîtres, ainsi que le gotha des spécialistes en matière de mécanique sociale leur auraient très probablement suggéré que le crime passerait presqu’inaperçu dans la mesure où les Grecs dans leur grande majorité sont quotidiennement occupés et pour tour dire accablés, par leurs propres affaires déjà de survie.

Seulement, la presse fait encore et en partie son travail, ainsi, les Grecs sont par exemple désormais informés que l’accord de Tsípras – Zaev n’est déjà pas conforme à la Convention de Vienne quant aux conditions préalables et nécessaires pour la rédaction et la réalisation d’un traité international entre deux pays. Ceci, parce que par exemple, aucune possibilité de désengagement n’est prévue en cas de la non-validation de l’accord par les deux parlements.

Ensuite l’équilibre et la symétrie quand au processus de validation de l’accord dans les deux pays ne sont pas non plus respectés. D’une part, il y a la réalité du référendum sur l’accord que le gouvernement de Skopje a très justement annoncé pour l’automne prochain, et en même temps du côté grec, il y a le refus de référendum en Grèce de la part des criminels Syrizistes.

Après, l’accord, contrairement aux usages internationaux, ne précise pas les termes utilisés, notamment, lorsqu’il est question “d’irrédentisme à proscrire dans les propos publics et privées”, ce dernier terme (son contenu) n’est aucunement expliqué, sachant que l’irrédentisme officiel (annexion de l’ensemble des territoires de la Macédoine géographique) est formellement exprimé dans la Constitution de l’ARYM, ainsi qu’à travers les manuels scolaires de ce pays. Notons enfin, que le Comité pour la défense de la Macédoine grecque est très officiellement appelé aussi, Comité pour défendre le non-changement des frontières dans les Balkans, c’est donc clair, pas de revendication territoriale du côté grec.

De même, cet accord ne prévoit pas le recours automatique à la Cour internationale de Justice (CIJ), siégeant à La Haye, au cas où, un futur différent pourrait surgir. Ce qui veut dire qu’entre autres, comme le droit à la libre expression des opinions est protégé par la Constitution grecque, le fait de proscrire ce qui pourrait être caractérisé comme relevant de l’irrédentisme constitue une manière indirecte de céder des éléments de la souveraineté du pays.

Local associatif des anciens marins. Égine, juin 2018
Bateau Liberty. Anciens marins. Égine, juin 2018
Immeuble à vendre. Égine, juin 2018

Pour Alexis Tsípras, certaines décisions et réformes ne sont pas populaires en Grèce, sauf qu’il estime que sont gouvernement doit… foncer dans le progressisme, tel est également le sens de son propos au moment où il été interviewé par les journalistes du Point. Et à travers le même nouvel ordre d’idées, Dimítris Vitsas, Ministre de la (non) politique migratoire, vient de déclarer que 151 députés (sur un total de 300) suffisent pour valider l’accord macédonien, (quotidien “Kathimeriní” du 5 juillet 2018).

Visiblement, comme le fait également remarquer à juste titre le journaliste Lámbros Kalarrytis (et ses invités) sur la radio 90,1 FM, “Tsípras donne tout de cette la Grèce, celle qui n’a jamais été la sienne. Les droits des Grecs, la souveraineté, les frontières, la patrie. Et pour ce qui est du programme électorale présenté à Thessalonique par Tsípras en septembre 2014, aucune mention n’a été faite à la politique migratoire, et encore moins au dossier macédonien.”.

“Ainsi, Tsípras présente la petite faveur, au demeurant minable, accordée par Angela Merkel, lui permettant de retarder de quelques mois seulement l’augmentation du taux de la TVA appliqué aux îles de mer Égée orientale, comme légitimant l’accord de son ‘gouvernement’ avec Berlin au sujet de l’accueil forcé et pour tout non désiré par l’immense majorité des Grecs, des migrants que l’Allemagne refoulera”, (émission du 2 juillet 2018). Autrement-dit, la dette très contestée a imposé à la Grèce la politique impériale de Berlin et des rapaces internationaux, dont la politique austéritaire et l’augmentation de l’imposition. La politique économique de la Grèce se décide entre Berlin et Bruxelles, Tsípras a offert en gage et pour 99 ans l’ensemble des biens publics et des richesses existantes et futures du pays (voir hydrocarbures et gaz naturel) aux Troïkans, et voilà que pour n’appliquer que l’unique et alors inique politique migratoire de Berlin au détriment des autres pays de l’Européisme réellement existant, Merkel accorde un… petit miroir à l’indigène Tsípras, comme demain elle l’offrira à l’aborigène Mitsotakis.

Église. Égine, juin 2018
Église. Égine, juin 2018

“Ceux du gouvernement évoquent la présence en Grèce de 58.000 migrants, un chiffre entièrement faux évidemment. Sauf qu’en Grèce (où d’ailleurs, migrants et refugiés ont été dans un premier temps accueillis avec tant d’humanité entre 2014 et 2015), nous avons dépassé le seuil de faisabilité acceptable, tant du point de vue démographique, économique et culturel quant à l’accueil et l’installation des populations de ce type sur notre sol. L’Allemagne, une fois de plus, elle exporte ses problèmes contre la volonté, contre les intérêts et contre l’identité culturelle en partie commune des peuples européens.”

“La présence massive de populations en majorité musulmanes en somme inassimilables, et l’abolition des frontières signifient de fait l’abolition des pays concernés et en même temps de leur souveraineté nationale, entre autres, sous la pression des ONG illégales, pratiquant de fait le trafic d’êtres humains et le commerce humanitaire. Et c’est en même temps la fin de l’UE, car de nombreux pays réagissent à très juste titre à cette situation, pour enfin défendre leurs intérêts nationaux”.

“Et ceci lorsque des centaines de milliers de musulmans s’installent et s’installeront en Grèce, pays de dix millions d’habitants, où 700.000 jeunes Grecs ont quitté le pays, obligés à le faire par la crise et pour tout dire ouvertement incités par les mondialisateurs. Il y a pourtant plus de 1,5 millions de chômeurs au pays lorsque l’ensemble du système politique reste indifférent à leur sort, et nous vivons alors au quotidien cette mélancolie permanente des parents, car pratiquement toutes les familles grecques sont concernées par cette forme de deuil”.

Au pays des figues. Grèce, juillet 2018
Au pays des chats. Athènes, juillet 2018

“Et l’on observe qu’au moment où il n’y a plus d’investissements productifs en Grèce et pour cause, les capitaux sont toujours trouvés pour gonfler les effectifs des ONG à la Soros. J’ai récemment appris qu’une seule ONG emploie en Grèce plusieurs centaines de personnes, et que les Syrizistes, placent alors leurs enfants sans travail au sein des ONG de ce type. Le but même, à peine caché de SYRIZA, c’est d’accorder à terme la nationalité grecque aux milliers de migrants pour enfin se maintenir électoralement, lorsqu’il a trahi le peuple grec et ainsi, il est définitivement détesté par l’immense majorité des citoyens”, Lámbros Kalarrytis (et ses invités) sur la radio 90,1 FM, le 2 juillet 2018.

Au pays des figues et des chats rien ne va plus, sauf que la boucle de l’exégèse est on dirait désormais bouclée. Bouclée comme une cravate à Tsípras, bouclée comme une corde autour du cou du pays. Le système politique, largement hétéronome et mafieux, alors fait semblant de s’emballer. Panos Kamménos, ministrion de la Défense, allié de Tsípras et chef du parti des Grecs Indépendants en décomposition a déclaré lundi matin dans une conférence de presse qu’il ferait tomber le gouvernement si l’accord macédonien n’est pas validé par 180 députés ou sinon par référendum. Le même soir, il déclarait à la télévision qu’il ne quittera pas le gouvernement et qu’il soutiendra Tsípras jusqu’au bout, (presse grecque du 4 juillet 2018). Le pouvoir rend aveugle… et alors crétin.

Au même moment, le parti finissant de “la Rivière” et de Stávros Theodorakis, pur produit des… créationnistes de Bruxelles et de Berlin, étiqueté compatible Soros, se sépare de sa coalition avec les anciens népotistes historiques des débris du PASOK. C’est, officiellement, pour “servir le pays et épauler un futur gouvernement dans le but de faire adopter l’accord macédonien”. Stávros Theodorakis a même commenté sa rencontre cette semaine avec le… Proconsul Pierre Moscovici, évoquant précisément “l’éventualité de voir en Grèce la formation d’un futur gouvernement plus dynamique” .

Voiliers loués. Cap Sounion, juin 2018
Caïque… musée. Égine, juin 2018

Les marionnettes s’agitent et les maîtres fous du jeu préparent alors le nouveau spectacle sur le théâtre des opérations. Encore, et comme par hasard, le chef de la Nouvelle démocratie, le germano-compatible Kyriákos Mitsotakis, le… favori des sondages évidemment, a déjà usé de sa motion de censure à l’encontre du gouvernement et qui n’est pas passée comme prévu, sachant qu’il ne pourra pas y revenir avant six mois.

Parallèlement, et comme les néonazis de l’Aube dorée ne remplissent plus tellement leur rôle, à la fois d’épouvantail et d’entrave à toute résistance patriotique organisée du pays réel, le système s’apprêterait à créer de nouveau, un faux parti de la dignité et de la résistance, cette fois situé à droite, après… avoir adopté comme on sait l’animal de compagnie politique SYRIZA. Le but c’est de canaliser le choix politique des Grecs, surtout dans l’éventualité d’une insuffisance alors largement avérée des pseudo-partis politiques actuels.

Bateau et touristes. Égine, juin 2018

Récapitulons, en tout cas pour le moment. La dette, la dite austérité, la Troïka, l’affaiblissement du pays, la destruction des droits des travailleurs et de l’économie réelle, la perte de sa souveraineté ainsi que le danger démographique et identitaire que constitue la question migratoire, forment alors un ensemble explosif.

Alexis Tsípras poussera alors jusqu’au bout cette politique totalitaire façonnée dans les ateliers du mondialisme et de l’Européisme, où d’ailleurs, lui et ses autres amis de la dernière mafia politique picorent depuis déjà un moment. En parfaite d’ailleurs concordance avec l’entreprise Soros, “ce vilain garçon qui a appauvri les gens dans le monde entier avec ses machinations financières et qui a travaillé dur pour perturber et détruire les cultures et les sociétés locales en utilisant les initiatives de l’Open Society, sa firme activiste aux multiples tentacules”.

Ainsi, comme l’a fait remarquer le journaliste Andréas Mazarakis dans son émission radio, aussitôt Tsípras a-t-il accordé le nom de “Macédoine du nord” aux voisins Slavomacédoniens de l’ARYM, comme par hasard, les Antifa d’Athènes (liés comme on sait à Soros), appellent via leurs affiches, au changement du nom de la région grecque de la Macédoine, en “Macédoine du sud”, en promotion ouverte de l’irrédentisme de Skopje (autant financé par Soros), visant entre autres au dépeçage de la Grèce, (émission du 4 juillet 2018, radio 90,1 FM). Contrairement à ce que Tsípras raconte depuis deux semaines, son accord macédonien n’apaise pas les passions balkaniques, bien au contraire, il met en danger la bien précaire déjà situation géopolitique dans la région.

Alexis Tsípras entame une politique de reculades au caractère dangereusement stratégique dans l’ensemble des dossiers de la politique étrangère grecque, contre de gains pitoyables et d’ailleurs éphémères en matière de politique politicienne interne. Rien que pour cette attitude et pour le référendum trahi par son Putsch parlementaire en 2015, Alexis Tsípras devrait un jour être jugé pour haute trahison.

Il impose en même temps toute une série de mesures facilitant l’installation de migrants que le pays ne désire pas, comme il ne peut pas les intégrer, qui plus est, en transformant à terme de nombreux territoires grecs en terres musulmanes, ce qui permettra si le processus n’est pas stoppé, à réaliser le rêve géopolitique de reconquête de la Grèce chrétienne (par exemple celle des îles grecques de la mer Égée), par une Turquie islamisée et néo-Ottomane.

Déjà, sans trop l’annoncer dans les médias, SYRIZA, ce “gouvernement” de l’euthanasie nationale et historique ainsi que les ONG, lesquelles le plus souvent le remplacent sans la moindre légitimité démocratique, installent ici ou là à travers toute la Grèce continentale de structures accueillant les migrants, avec il faut le noter, l’aimable participation des élus locaux, ces derniers ayant toujours couru derrière les affaires juteuses, et de l’argent dans cette affaire il y en a.

Retraités manifestants. Athènes, juin 2018

Et lorsque le Grecs accablés posent alors la question tout à fait rationnelle, pourquoi ce pays qui fait partir ses enfants et qui sombre devait être forcé d’accueillir les migrants depuis la Turquie comme depuis d’Allemagne, qui plus est, sous de conditions lamentables, avec à la clef le remplacement partiel mais suffisant de sa population, la réponse de l’internationale mondialiste (Européistes, Syrizistes, Antifa et consorts), remâche alors le vieux cannabis avarié du  droit-de-l’hommisme, de l’humanitarisme et du multiculturalisme à toutes les sauces.

Le tout, contre l’avis et la volonté des citoyens, qui sont les seuls pouvant légalement et légitimement décider du degré et du moment d’ouverture et de fermeture de leur pays. Enfin en Grèce, après huit années de “gestion” comme de mutation, et de mutilation troïkannes, ceci, entre humiliations et atteintes à la dignité du peuple grec et d’abord à la Constitution du pays, l’immigration de masse imposée par les mêmes centres de pouvoir impériaux et autant par la Turquie, ne peut que provoquer une blessure de plus et de trop au sentiment populaire de souveraineté nationale.

Rappelons également, ce que Cornelius Castoriádis faisant remarquer (en 1984) au sujet des empires coloniaux, à travers le cas de la Nouvelle Calédonie: les “populations immigrées minoritaires qui comme toujours dans ces cas-là sont plutôt du côté de la puissance dominante (un peu comme les Indiens en Afrique du Sud) ; ces derniers en particulier n’ont aucune envie de voir les Canaques établir un État indépendant”, Cornelius Castoriádis, “Thucydide, la force et le droit”.

Actuellement, les mondialisateurs impériaux (la puissance dominante) qui détruisent États et nations en Europe et ailleurs, organisent cette massification de la présence de migrants sur le sol de l’Europe, sachant que les migrants (très sélectivement Musulmans) sont et seront de leur côté. D’ailleurs ces migrants, déjà déracinés (généralement par ces mêmes mondialisateurs) partagent avec les européistes (dont la classe politique à la SYRIZA qui nous serinent les insanités postmodernes) et avec les administrateurs coloniaux, ce même usage des termes… comme des terres. Pour les uns, comme autant pour les autres, les pays de l’Europe ne doivent être que de simples terrains d’exploitation et de conquête, d’en bas comme d’en haut, sans évidemment partager (lorsqu’ils ne lui sont pas hostiles) ni l’histoire, ni la culture et encore moins les usages des peuples d’Europe, pour l’instant encore majoritaires chez eux.

La maison de Níkos Kazantzákis. Égine, juin 2018

Sous un autre angle, c’est très exactement le propos des dirigeants politiques de la Turquie, affirmé ouvertement depuis d’ailleurs bien longtemps. “Le problème gréco-turc sera résolu par la démographie” avait ainsi argumenté Turgut Özal en son temps, préfigurant le courant néo-ottomaniste d’Ahmet Davutoglu, repris par Recep Tayyip Erdogan. Ce n’est pas par hasard non plus que c’est face aux îles grecques dont la population est à 100% chrétienne et que la Turquie revendique ouvertement, que les dirigeants de la Turquie et leurs passeurs, ONG comprises, font… patienter tant de milliers de jeunes musulmans, au demeurant déracinées et malheureux.

Et lorsque Tsípras et plus amplement les Syrizistes… apatrides, estiment qu’en accordant massivement la nationalité grecque aux migrants, ils remplaceront ainsi… les électeurs qui leur manquent et qui leur manqueront de plus en plus, eh bien, ils se trompent. Un des axes centraux de la politique de la Turquie actuelle, explicitement décrite dans l’ouvrage phare d’Ahmet Davutoglu , “Profondeur stratégique” .

C’est le renforcement du rôle politique des populations musulmanes dans tous les Balkans sous le contrôle de la Turquie, entre autres, par la création de partis politiques musulmans et/ou turco-musulmans, et ce c’est qui se passerait alors en Grèce comme déjà en Bulgarie. Je dois également remarquer ce que peu de médias évoquent, et pour cause. Le “gouvernement” SYRIZA/ANEL ne tient que par une majorité de 152 députés sur 300 au total dans l’hémicycle (145 SYRIZA et 7 ANEL), mais deux députés SYRIZA sont issus de la minorité musulmane de Thrace, ces derniers seraient suffisamment “confirmés et encadrés” par Ankara. C’est aussi une… grille de lecture possible et parallèle des événements en cours !

Notons aussi qu’à chaque fois que le président Erdogan entre en pourparlers avec les Européens, les flux de migrants qui entrent en Europe depuis la Turquie s’arrêtent pour quelques heures, histoire de monter qui est réellement le maître du jeu géopolitique dans l’affaire.

Au pays d’Alexis Zorbás et de son auteur Níkos Kazantzákis, la saison se dit touristique et fière de l’être… lorsque Airbnb finit par détruire ce qui subsistait de l’équilibré des réalités urbaines à Athènes, faisant suite à huit années de la dite crise grecque.

En ce mois de juillet aux températures déjà entières, la boucle est bouclée et nous le savons. Entre le dossier macédonien, les mensonges de Tsípras – Moscovici sur la situation de la Grèce, et enfin le dossier migratoire qui est surtout géopolitique et ensuite seulement humanitaire, en dépit de la propagande ambiante, la… vraie crise grecque ne fait que commencer. Le pays, son peuple, son territoire sont en danger de mort.

Décidément, sur terre c’est carrément le cloaque. Maigre consolation pourtant, sous l’Acropole, nos animaux adespotes attitrés sont toujours bien en leur place.

Animal adespote. Athènes, juillet 2018

* Photo de couverture: Au large… Grèce, juin 2018

6 juillet 2018 publié par Panagiotis Grigoriou  voir et soutenir son site http://www.greekcrisis.fr mais aussi pour un voyage éthique, pour voir la Grèce autrement “De l’image à l’imaginaire: La Grèce, au-delà… des idées reçues !”   http://greece-terra-incognita.com/

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