Des questions restent sans réponse ce jeudi sur les circonstances de la collision entre un navire des garde-côtes grecs et une embarcation transportant des migrants au large de l’île de Chios, tard mardi soir, qui a coûté la vie à 15 hommes, femmes et enfants et en a blessé 25 autres.
Trois des blessés sont toujours en soins intensifs à l’hôpital général de Chios, certains souffrant de blessures légères ont déjà pu sortir.
D’autres ont subi des interventions chirurgicales et les fœtus de deux femmes enceintes ont dû être retirés par chirurgie car ils étaient décédés. Parmi les blessés figurent 11 enfants.
Arrestation d’un trafiquant d’êtres humains
L’un des survivants, un Marocain de 31 ans toujours hospitalisé pour ses blessures, a été arrêté mercredi, d’autres survivants l’ayant désigné comme le pilote du bateau et le trafiquant.
L’homme a été arrêté et déféré devant le procureur pour aide à l’entrée illégale, entrée illégale sur le territoire grec, désobéissance et provocation de naufrage.
Le procureur lui a rendu visite à l’hôpital pour lui signifier les charges.
Version officielle : le trafiquant a causé la collision
Alors que le récit du gouvernement soutient que le pilote de l’embarcation est responsable de tout car il a dirigé le bateau vers le navire des garde-côtes, la direction du ministère de la Marine et des garde-côtes a ordonné une enquête interne pour déterminer les causes de la collision.
Il est regrettable que la caméra du navire des garde-côtes, avec quatre officiers à bord, n’ait pas été activée et qu’aucune image n’ait capturé l’incident.
« Même si elle avait été activée, elle n’aurait pas enregistré l’incident car ce sont des caméras qui filment au loin et non à courte portée », selon la version officielle.
Le porte-parole du gouvernement, Pavlos Marinakis, a également adopté la même version, affirmant que « le capitaine du navire des garde-côtes n’a pas jugé nécessaire l’activation de la caméra ».
Tous les patrouilleurs sont équipés d’une caméra car les autorités sont tenues d’enregistrer chacune de leurs opérations.
Bien entendu, une fois de plus, et selon les informations du quartier général des garde-côtes, elle n’avait pas été activée par les membres de l’équipage afin de filmer l’incident.
Le ministre des Migrations connaît les résultats de l’enquête avant même qu’elle ne commence
Selon le quotidien efsyn.gr, avant même la conclusion de l’enquête interne, le ministre des Migrations et de l’Asile, Thanos Plevris, défendant comme toujours la stratégie de dissuasion ferme, a félicité les garde-côtes « pour avoir sauvé les personnes trouvées en mer et pour garder les frontières de notre patrie », comme il l’a déclaré devant le Parlement grec lors d’une session plus tôt ce jeudi.
Plevris a souligné que les 24 personnes ont été secourues par les autorités grecques et non par des « humanitaires professionnels », ajoutant que « les criminels sont les trafiquants qui ont mis 40 personnes dans un bateau de huit mètres et, quand les garde-côtes leur ont demandé de s’arrêter, ils ont voulu partir et ont percuté leur navire ».
De plus, le ministre populiste a soutenu dans son discours d’ouverture sur le projet de loi concernant la « migration légale » que « tous les députés qui n’ont pas voté pour les dispositions sur les ONG sont du côté des trafiquants ».
Jusqu’à présent, l’enquête se concentre sur les témoignages des rescapés ainsi que sur les conclusions des autopsies pratiquées sur les corps des 15 défunts.
« Le navire des garde-côtes nous est passé dessus… »
Les survivants ont déclaré :
💥 « Il n’y a eu aucun signal sonore de la part du navire portuaire grec. »
💥 « Soudain dans l’obscurité, au milieu de la nuit et alors que nous avancions à très faible vitesse, nous avons vu un énorme projecteur tomber sur notre bateau. »
💥 Et puis la phrase qu’ils utilisent est « les garde-côtes nous sont passés dessus » !
💥 « Le bateau a chaviré et nous sommes tombés à la mer… »
Les survivants contredisent la déclaration officielle des garde-côtes grecs énoncée ci-dessous : « Le pilote de l’embarcation ne s’est pas conformé aux signaux lumineux et sonores du navire des garde-côtes, il a au contraire fait marche arrière et le bateau a percuté le côté droit du navire des garde-côtes. »
S’exprimant devant les chaînes de télévision et d’autres médias, le personnel infirmier a déclaré que les blessures des survivants n’étaient pas causées par la « noyade » mais qu’il s’agissait de blessures graves, semblables à celles de violents accidents de voiture ou de collisions.
« C’était comme si plusieurs accidents de voiture s’étaient produits en même temps… tant d’enfants… », a déclaré une infirmière, selon un reportage d’Alpha TV.
Selon un scénario circulant depuis mercredi après-midi : « le pilote du bateau a percuté le navire des garde-côtes qui était plus lourd et plus haut que l’embarcation des migrants, avec pour conséquence que de nombreux passagers se sont retrouvés sous la coque du navire et ont été tués sur le coup ou blessés. »
Enquête médico-légale terminée
L’enquête médico-légale sur le décès des 15 migrants est terminée, a rapporté jeudi soir l’agence de presse d’État amna.gr.
Des échantillons d’ADN ont été prélevés à des fins d’identification des corps, a-t-il été annoncé jeudi.
Une équipe de quatre médecins légistes et trois coroners est arrivée à Chios mercredi, suite à une décision du ministre de la Justice, basée sur un protocole spécial de gestion de crise.
Des échantillons d’ADN ont été prélevés pour identifier les corps, a-t-on annoncé, cependant, les conclusions médico-légales n’ont pas été rendues publiques jusqu’à présent.
Le nombre de passagers disparus reste inconnu
Le nombre total de passagers à bord de l’embarcation de migrants reste inconnu, tout comme la possibilité qu’il y ait encore des disparus.
Selon les garde-côtes, cinq patrouilleurs et des hélicoptères participent à l’opération de recherche et de sauvetage, sans résultats positifs pour le moment. Selon certains médias, un père a déclaré son fils de 12 ans « disparu », n’ayant pu retrouver son garçon bien-aimé ni parmi les survivants, ni parmi les morts.
Voir aussi le premier rapport de KTG : 15 morts, 25 blessés lors de la collision d’un bateau de migrants avec un navire des garde-côtes grecs.