
Des migrants arrivent en Crète après avoir été secourus par les gardes-côtes grecs (archives). Crédit : EPA
Le 17 décembre, une trentaine de migrants, majoritairement soudanais, ont été condamnés à des peines de prison allant jusqu’à la perpétuité par le tribunal de La Canée, sur l’île grecque de Crète. Les exilés étaient poursuivis pour « promotion et transport illégaux de migrants en situation irrégulière ». L’intensification des arrivées sur l’île en 2025 a entraîné une hausse des procès de migrants accusés d’être des passeurs.
Ce sont de jeunes migrants qui ont pris un bateau pour tenter de rejoindre l’Europe. Arrivés sur l’île de Crète, au sud de la Grèce, plusieurs d’entre eux ont été arrêtés et accusés d’être des passeurs.
Mercredi 17 décembre, le procès de 31 de ces jeunes exilés – majoritairement soudanais – s’est tenu devant le tribunal de La Canée, deuxième ville de Crète où les arrivées de migrants se sont accélérées en 2025.
Au terme d’un procès jugé expéditif par les collectifs de soutien aux migrants en Grèce, dix Soudanais ont été condamnés à dix ans de prison et quatre Égyptiens à des peines de prison à vie. L’examen des cas des 17 autres accusés a été renvoyé au 29 décembre.
Le tribunal grec a reconnu les migrants coupables de « transport illégal de migrants en situation irrégulière » et a estimé que leur implication avait été plus ou moins importante.
Une accusation dont se défendent ces jeunes hommes qui affirment avoir été contraints de prendre les commandes d’une embarcation ou de suivre ses coordonnées GPS sous la menace d’une arme à feu.
« Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour survivre »
C’est notamment le cas de Bada, un Soudanais de 19 ans. « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour survivre […] Tout ce que je veux, c’est un endroit sûr où je pourrais dormir en paix. Je ne suis pas un criminel », a déclaré le jeune homme au collectif allemand de:criminalize, qui lutte contre la criminalisation des migrants.
En soutien aux 31 accusés, une soixantaine d’exilés soudanais, hébergés dans plusieurs centres de Grèce, se sont déclaré en grève de la faim pour deux jours, mercredi 17 et jeudi 18 décembre, ont rapporté plusieurs groupes de soutien aux migrants dans le pays.
En Grèce, les procès de ce type sont devenus très fréquents ces dernières années mais jusqu’ici la Crète n’était que peu concernée. Mais, en 2025, la grande île du sud de la Grèce a connu trois fois plus d’arrivées de migrants qu’en 2024. Cette augmentation s’explique par la hausse de la fréquentation de la route maritime de Tobrouk, qui part de l’Est de la Libye vers Gavdos et la Crète.
En conséquence, les procès de migrants pour « transport illégal de migrants en situation irrégulière » se sont également multipliés. Selon un activiste souhaitant rester anonyme, entre 15 et 20 cas de ce type sont désormais jugés chaque mois par le tribunal de La Canée.
Une communauté soudanaise « bien organisée »
Pour soutenir ces exilés accusés de trafic d’êtres humains mais qui assurent ne faire partie d’aucune organisation de passeurs, des collectifs d’activistes se sont créés. Mustafa Ahmed est membre des groupes « Mataris » et « 50 out of many ».
« La communauté soudanaise en Grèce est bien organisée, explique-t-il à InfoMigrants par téléphone. Depuis avril, nous avons créé des groupes de communication pour partager les coordonnées des organisations d’aide et nous entraider. Nous avons commencé à 45 personnes et aujourd’hui, notre groupe compte 950 membres répartis dans les îles et les villes. Chaque camp ou centre a son propre groupe, et il existe également un groupe général qui opère dans toute la Grèce. »
Selon lui, les exilés arrêtés à leur arrivée en Crète passent environ six mois en détention avant de comparaître devant un tribunal. Pendant ce temps, ils sont enfermés dans les prisons d’Avlona, au nord d’Athènes, ou de La Canée, en Crète.
Des centres de détention où les conditions de vie sont « inhumaines », juge Spyridon Pantazis, avocat grec en droit pénal qui a déjà défendu des exilés soudanais. Les détenus « vivent dans des cellules surpeuplées […], sans accès à des produits de première nécessité et de soins, et soumis à une peur et une insécurité constantes », détaille-t-il par écrit à InfoMigrants.
Simple déclaration des gardes-côtes
Depuis plusieurs années, les procès de migrants se multiplient en Grèce. Les accusations sont généralement les mêmes : des jeunes hommes tout juste arrivés sur le sol grec en bateau de manière irrégulière sont arrêtés et accusés d’être des passeurs, sur la seule foi du témoignage d’un garde-côte – ou d’autres passagers.
Placés en détention, puis jugés pour des motifs tels que « transport illégal de ressortissants de pays tiers sur le territoire grec », « mise en danger de la vie d’autrui », ils écopent souvent de peines de prison de plusieurs décennies car les peines sont multipliées par le nombre d’occupants sur le bateau.
Des pratiques judiciaires qui inquiètent Spyridon Pantazis. « Nous sommes confrontés à une multiplication d’affaires dans lesquelles les tribunaux se fondent uniquement sur une déclaration des gardes-côtes, sans que la défense ait la possibilité de les interroger en audience publique dans le cadre d’un véritable procès pénal contradictoire […] De telles pratiques soulèvent de sérieuses préoccupations quant au respect des garanties d’un procès équitable prévues à l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’Homme ».
L’avocat dénonce également le manque d’accès des prévenus à une défense et une traduction convenable en amont et durant le procès. « La qualité des services d’interprétation et de traduction […] est exceptionnellement médiocre et ne répond pas aux exigences minimales d’un procès équitable administré par l’État », déplore le conseil qui estime par ailleurs que « 90 % [des accusés] n’ont pas d’avocat » et se voient désigner un avocat commis d’office « au début de l’audience ».
Interrogés sur la question de la présence d’avocats et de traducteurs aux côtés des migrants lors de leur procès, les services du tribunal de La Canée n’ont pas répondu à nos questions.
Source https://www.infomigrants.net