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L’urgence d’abolir les bases coloniales britanniques à Chypre.

Par Alfie Howis

Alors que la Flottille de la Liberté pour Gaza approchait des eaux palestiniennes, un avion espion britannique a décollé d’une base militaire britannique à Chypre pour surveiller Gaza. Malgré le récent changement de discours sur les relations avec Israël, la Grande-Bretagne reste profondément impliquée dans le génocide des Palestiniens. Ses efforts se concentrent autour de sa base militaire RAF Akrotiri à Chypre, qu’elle utilise pour lancer ces vols espions, qui transmettent des renseignements, notamment des données de ciblage, directement à l’armée israélienne. Ces bases sont des vestiges coloniaux, abritant des troupes et des agents de renseignement américains, un affront à la souveraineté chypriote et une atteinte à la réputation internationale de la Grande-Bretagne ; elles doivent être fermées.

En mai, la Grande-Bretagne a annoncé la suspension des négociations commerciales avec Israël concernant un nouvel accord commercial, et a sanctionné une poignée de colons et d’entreprises de Cisjordanie impliqués dans la construction de colonies. Cette décision a été accompagnée des propos les plus durs que le ministre des Affaires étrangères David Lammy ait tenus à l’égard d’Israël depuis le début du génocide en 2023, critiquant directement « l’extrémisme » des ministres israéliens, sans toutefois qualifier les actions israéliennes de génocide.

Ces actions et ces paroles ont été gravement affaiblies et sonnent creux face au soutien continu de la Grande-Bretagne aux actions d’Israël. Quelques semaines seulement après la suspension des négociations commerciales, le soi-disant « Lord » Ian Austin, envoyé commercial du gouvernement, fervent sioniste et principal saboteur de Corbyn, est apparu à Haïfa pour promouvoir les relations commerciales avec Israël. Quelques semaines auparavant, un rapport du Mouvement de la jeunesse palestinienne et des Travailleurs pour une Palestine libre avait montré que les exportations d’armes britanniques vers Israël avaient augmenté depuis la suspension partielle des licences d’armes en 2024, laissant soupçonner que ces mesures n’avaient eu que peu d’impact ou n’avaient servi que de paravent pour maintenir le soutien.

Le commerce et les exportations d’armes, bien qu’importants, ne constituent pas la principale contribution matérielle de la Grande-Bretagne au génocide israélien à Gaza ; les renseignements le sont. Ces renseignements sont recueillis via les bases militaires britanniques à Chypre, la RAF d’Akrotiri et la RAF de Dhekelia. Ces bases ne sont pas louées au pays hôte, Chypre, mais constituent un territoire souverain britannique similaire à des territoires d’outre-mer comme Gibraltar ou les Bermudes, mais sans autonomie, sans élections ni aucune forme d’administration civile. De ce fait, Chypre n’a aucun pouvoir sur ces bases, qui représentent 3 % de son territoire, et aucun fonctionnaire responsable ne les gouverne, leur chef effectif étant un officier du ministère de la Défense à Westminster, actuellement le vice-maréchal de l’air Peter Squires , commandant des forces britanniques à Chypre.

Les bases chypriotes ont toujours joué un rôle de renseignement. La décision britannique de conserver et de séparer illégalement le territoire de Chypre lors de son indépendance en 1960 s’explique en partie par leur utilité comme poste d’écoute et station de collecte de signaux en Asie occidentale. En 1974, les États-Unis ont empêché un projet britannique de fermer les bases en raison de leurs importantes capacités de collecte de signaux, et ont accepté de payer un montant inconnu de coûts de base en échange de leur maintien en activité et d’un accès américain accru. Le Quartier général des communications du gouvernement (GCHQ) dirige le volet renseignement des bases, une branche de l’État encore plus secrète et irresponsable que le ministère de la Défense.

Les missions d’espionnage britanniques à Gaza depuis Chypre sont assurées par des avions Shadow R1 pilotés , qui effectuent généralement des missions de plus de cinq heures d’affilée, souvent plusieurs fois par semaine, depuis octobre 2023. Le reportage sur ce sujet a été mené par Matt Kenard , qui a suivi ces vols et les a portés à l’attention de la communauté internationale. Il a démontré que ces vols se poursuivront en juin 2025. Ces avions sont capables de collecter des renseignements optiques détaillés, ce qui signifie concrètement qu’ils peuvent voir des objets et des événements au sol en haute qualité, ainsi que d’autres capteurs. Ces données sont transmises directement à Israël et vraisemblablement utilisées pour orienter les attaques à Gaza. Il est bien établi qu’Israël massacre un grand nombre de civils à Gaza, rasant des villes, des hôpitaux et des écoles, tout cela avec l’aide des services de renseignement britanniques.

.Les bases servent également au transport de marchandises militaires vers Israël, ont potentiellement hébergé des avions de l’armée de l’air israélienne et pourraient servir de point de passage pour les forces spéciales américaines vers Gaza . Ces bases ont une multitude de fonctions néfastes, constituant un atout polyvalent extrêmement efficace pour le soutien britannique et américain au génocide israélien. Aucune de ces fonctions n’est isolée, mais sont coordonnées pour un soutien efficace maximal à Israël, dans le plus grand secret. Les bases constituent un emplacement idéal pour de telles opérations ; les colonies militarisées et gouvernées de manière non responsable ont historiquement été utiles pour de telles fonctions. L’importance des bases est directement liée à la nature de leur statut de colonie, profondément antidémocratique, sans population locale affranchie, avec un système judiciaire dans une zone grise et trouble, sous régime militaire, et maintenue sous occupation par la seule force.

L’utilisation de Diego Garcia dans les îles Chagos, à l’île Maurice occupée, est un cas d’utilisation similaire, sans population locale (expulsée depuis longtemps) et sans administration civile. La base pourrait rivaliser avec Akrotiri en termes d’importance pour les opérations militaires britanniques à l’étranger, bien que sous un contrôle américain encore plus direct qu’à Chypre. Dans ce cas, seules la pression internationale et l’intervention de la Cour internationale de Justice (CIJ) ont contraint le Royaume-Uni à rétrocéder le territoire à l’île Maurice dans le cadre d’un accord non encore mis en œuvre, qui maintiendra les bases ouvertes, mais dont la souveraineté sera techniquement transférée.

Le précédent mauricien montre que le transfert de souveraineté n’est pas une solution miracle, car il n’implique pas automatiquement la fermeture des bases ; cependant, il doit être considéré comme une option importante et un pas vers une plus grande responsabilisation et une pression accrue. Le gouvernement chypriote, tout comme le gouvernement mauricien, est complice du fonctionnement des bases. Chypre a revendiqué la souveraineté sur les zones des bases et a parfois tenté de négocier leur cession ; cependant, elle n’a pas insisté sur la question et n’a fait aucun effort, pour autant qu’il soit reconnu publiquement, pour influencer le fonctionnement des bases depuis 2023, et encore moins pour faire campagne en faveur de leur transfert. En fait, des avions militaires israéliens et britanniques ont probablement utilisé des aéroports à Chypre même depuis le début du génocide, comme le révèle Genocide Free Cyprus , et comme le montre la figure 2, les États-Unis maintiennent une présence militaire à Chypre au-delà des zones occupées par les Britanniques.

.Le mouvement palestinien et antigénocide à Chypre, mené par des groupes comme « Chypre sans génocide », fait pression sur l’État chypriote pour qu’il réduise sa dépendance aux intérêts occidentaux. Ils l’incitent à affirmer sa souveraineté sur les territoires britanniques occupés et à user de leur influence pour influencer les opérations sur les bases. Ce mouvement sera crucial pour garantir que Chypre ne cède pas et ne maintienne pas les bases ouvertes dans le cadre d’un éventuel accord de souveraineté, comme l’a fait Maurice.

Au Royaume-Uni, CODEPINK Britain a lancé une campagne pour la fermeture des bases anglo-américaines à Chypre , soutenue par des groupes tels que Stop The War et Peace and Justice Project. CODEPINK a organisé une manifestation devant le ministère de la Défense en mars et a fait pression pour que cette question soit inscrite à l’ordre du jour des groupes palestiniens et anti-guerre. Des députés indépendants tels que Jeremy Corbyn, Zarah Sultana et Adnan Hussein ont soulevé la question au Parlement, propulsant la campagne sur les bases anglo-américaines au large de Chypre au cœur de Westminster. Basés dans la métropole impériale, les mouvements britanniques ont le devoir de considérer ces bases comme un problème colonial et doivent user de leur pouvoir pour demander des comptes à l’État britannique. Les mouvements britanniques doivent s’opposer non seulement à l’implication des bases dans le génocide, mais aussi à leur existence en tant que conglomérat impérial de militarisme incontrôlé, de vassalité américaine et d’occupation irresponsable.

La fermeture des bases chypriotes et le retrait des troupes et des agents de renseignement britanniques sont une possibilité réelle, et non un objectif idéaliste. Tout au long de l’histoire des bases après l’indépendance de Chypre, la Grande-Bretagne a envisagé leur fermeture, sous peine de coûts d’entretien élevés, de diminution de la capacité d’ingérence en Asie occidentale et de l’embarras d’une anomalie postcoloniale vidant de sa substance les prétentions britanniques à respecter les règles d’un ordre international équitable. En 1974, 2004 et 2010, des plans ont été élaborés pour fermer les bases, céder une superficie limitée de territoire à Chypre ou réduire la présence des troupes britanniques. L’intérêt des États-Unis à maintenir les bases ouvertes et à les utiliser pour leurs propres opérations de renseignement a joué un rôle majeur dans leur maintien, mais un regain de militarisme et un budget militaire en plein essor sous Keir Starmer semblent avoir réduit les chances de changement du statu quo sous ce gouvernement. Quoi qu’il en soit, faire campagne contre les bases est d’une importance cruciale, et dans le sillage de la position internationale de plus en plus intenable et instable d’Israël, les militants doivent continuer à faire pression et à attirer l’attention sur les bases aussi longtemps que ce génocide continue et au-delà.

The Urgency of Abolishing Britain’s Colonial Bases in Cyprus - World BEYOND War

Source https://worldbeyondwar.org

Manifestation de solidarité avec la Palestine à Athènes

Des milliers de personnes ont manifesté cet après-midi, lundi et jour férié, de la place Panormos à l’ambassade d’Israël à la suite d’un appel lancé tôt dans la matinée lorsque la piraterie israélienne sur le navire Madelein par la Flotte de la Liberté a été connue. C’était l’un des rassemblements les plus massifs et peut-être les plus militants qui se sont tenus jusqu’à présent en solidarité avec la Palestine.

Au sommet de la marche, un grand drapeau palestinien a été placé et de derrière se trouvaient les bannières de la paroisse palestinienne, la « Marche de Gaza », l’Alliance Stop War, le Parti socialiste travailliste, les syndicats étudiants beaucoup d’autres collectifs, organisations et partis de gauche.

La présence de jeunes ainsi que de combattants de Palestine et d’autres pays arabes qui scandaient des slogans non-stop en grec, anglais et arabe a été massive.

Avec des slogans « Gaza, Gaza ne pleure pas – la Palestine ne mourra jamais », « Libérez – libérez Gaza », « De la rivière à la mer la Palestine sera libre », « Liberté en Palestine », « Victoire en Intifanta », « L.A., Porte, Palestine – Il n’y a pas de paix sans justice », « fermez les bases, ouvrez les frontières », « fermez les ambassade les sionistes, ces assassins de civils et d’enfants » la marche a atteint l’ambassade d’Israël.

Dans la salutation adressée par le porte-parole de la paroisse palestinienne, il a appelé tout le monde à intensifier le combat pour forcer le gouvernement Mitsotakis et l’UE à cesser de soutenir la guerre génocidaire d’Israël contre Gaza, à briser le confinement menant à la famine, à rendre ses prisonniers Madelein, à arrêter le sioniste les colonies, pour ouvrir la voie à un État palestinien démocratique du fleuve à la mer, pour tous les résidents palestiniens sans distinction de religion, de race, de nationalité.

Les manifestants ont ensuite défilé vers Kifissia avec la procession qui s’est terminée sur la place Panormos. Chaleureux était l’accueil des gens dans les voitures et sur les trottoirs alors que beaucoup de gens étaient déjà rassemblés à l’ambassade quand le cortège est arrivé. La foule était si nombreuse que les tentatives de MAT pour « restreindre » la région au début et finalement échouent.

Reportage : Giorgos Pittas

Photo : Stelios Michailidis / Solidarité du travail

Source https://www.facebook.com/media/set?vanity=ergatiki&set=a.1135681615261279

Tensions Grèce-Turquie : un révélateur de la fragilité de l’OTAN

Les tensions entre la Grèce et la Turquie se ravivent autour de la question de l’armement. L’unité retrouvée de l’OTAN à la suite de l’agression russe en Ukraine montre ses contradictions et sa fragilité.

Irena Mathilde

La semaine dernière, lors de sa rencontre avec Joe Biden, le premier ministre grec a pris la parole devant le Congrès américain et demandé aux parlementaires de prendre en compte les violations de l’espace aérien de la Grèce par la Turquie lorsqu’ils décideraient de leur politique d’armement pour la défense en Méditerranée orientale. Par ces déclarations, Mitsotakis cherchait à empêcher la vente d’avions F16 par les États-Unis à la Turquie qui, après avoir été exclue du programme d’avions de chasse américains F-35 pour avoir acheté le système de défense antiaérienne russe S-400, cherche à moderniser son armement. En réaction, Erdogan a annoncé qu’il ne participerait pas à une « réunion stratégique de conseil » où il aurait dû rencontrer son homologue grec, expliquant : « Nous étions convenus de ne pas impliquer de pays tiers dans notre différend […]. Il n’existe plus pour moi. Je n’accepterai jamais de le rencontrer. Nous allons poursuivre notre chemin avec des responsables politiques honorables. »

Alors que l’union de l’OTAN vient tout juste de se reconstituer autour de la guerre en Ukraine, les tensions internes réapparaissent et menacent cette unité retrouvée.

La Turquie tente de se repositionner sur la scène internationale et les tensions avec la Grèce se ravivent

Ayant une histoire commune de tensions et d’affrontements armés, la Grèce et la Turquie étaient au bord d’un nouveau conflit armé en 2020, quand la Turquie a envoyé des navires dans les eaux méditerranéennes disputées avec la Grèce pour explorer des hydrocarbures tout ijuste découverts et dont la valeur était estimée à 400 milliards de dollars sur 25 ans. Depuis, les deux pays continuent de se livrer une concurrence aiguë, dont l’armement est la pierre angulaire. En décembre 2020, la Grèce achetait ainsi 18 Rafales à la France, retournant la situation à son avantage et plaçant la Turquie face à un adversaire doté d’avions de chasse plus modernes que les siens, la pénalisant par là dans ce jeu des puissances dans lequel la domination des airs est un élément central. En septembre 2021, la France annonçait de plus vendre de nouvelles armes de contrôle maritime et trois frégates militaires d’ici 2024 à la Grèce. Pour la Turquie, l’achat d’avions F16 aux États-Unis constitue donc un moyen essentiel de moderniser son armement pour rétablir la balance.

Or, depuis la guerre en Ukraine, l’ensemble des puissances impérialistes ont fait bloc derrière l’OTAN, mettant les frictions internes sous le tapis. La Turquie et la Grèce ont même fait mine de se réconcilier lors de la rencontre entre Mitsotakis et Erdogan à Istanbul au mois de mars. Mais l’unité de l’OTAN est très précaire, et la guerre en Ukraine n’efface pas la lutte pour les intérêts économiques et géopolitiques de ses membres. La Turquie, en particulier, cherche à se repositionner sur le plan géopolitique depuis son isolement sur la scène internationale après l’achat des missiles S-400.

C’est en ce sens qu’il faut comprendre les déclarations d’Erdogan à l’adresse de Mitsotakis, mais également son opposition apparente à l’intégration de la Finlande et de la Suède dans l’OTAN. En profitant de la condition d’approbation à l’unanimité pour intégrer l’alliance transatlantique, Erdogan tente ainsi de négocier une place de choix au sein de cette dernière. Son opposition constitue en effet pour lui un moyen de faire pression sur la Suède pour négocier la fin de son embargo sur la vente d’armes depuis 2019 et, surtout, un moyen de s’assurer la vente des avions F-16 par les États-Unis. Tout cela dans un contexte de forte crise politique en Turquie : avec une inflation à 70% en avril selon les chiffres officiels, la plus forte depuis 20 ans, la popularité d’Erdogan est au plus bas. User des ressorts nationalistes lui permet ainsi de créer un semblant d’unité nationale et de reconstituer sa base de soutien autour de sa politique internationale.

L’OTAN face à la guerre en Ukraine : une unité retrouvée très fragile

Dans ce contexte, si d’habitude, les Occidentaux ont tendance à soutenir la Grèce, cette fois-ci, les États-Unis prennent des pincettes. Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale des États-Unis, a ainsi affirmé à propos de l’opposition de la Turquie au sein de l’OTAN : « Nous avons confiance dans le fait qu’au bout du compte, la Finlande et la Suède auront un processus d’adhésion effectif et efficace et que les préoccupations de la Turquie pourront être traitées. » Et pour cause : la Turquie est une alliée bien trop importante, notamment par son contrôle des détroits reliant les mers Noire et Méditerranée.

Or, pour la France, qui est habituée à être un allié indéfectible de la Grèce, la situation est plus compliquée. Depuis plusieurs années, le gouvernement français attise le conflit entre les deux puissances pour défendre ses intérêts économiques et géopolitiques. Le contrat de vente des 18 Rafale à la Grèce, de 2 milliards d’euros en tout, constituait ainsi un beau cadeau pour une de ses plus grosses entreprises, Dassault Aviation. En outre, le soutien de la France à la Grèce doit se comprendre par sa volonté de maintenir et d’étendre son hégémonie en Méditerranée, où elle se heurte à l’avancée de la Turquie, autour de la découverte des gisements gaziers mais également de la concurrence pour les marchés, les routes commerciales et les partenariats avec les pays méditerranéens. En somme, il n’est pas dit que sur ce dossier-là, l’OTAN fasse bloc.

Dans cette concurrence, les travailleurs et les classes populaires vont payer la facture

Dans cette résurgence des tensions entre la Grèce et la Turquie, ce sont bien les travailleurs et les classes populaires qui vont payer la facture. Selon le Financial Times, la livre turque a déjà chuté de plus de 1% ce mardi en raison de la politique étrangère d’Erdogan, les factures des importations augmentent et les réserves en devise de la banque centrale turque ont connu le 13 mai la plus forte baisse de l’année. L’inflation, elle, connaît son plus haut niveau depuis 20 ans, et la population turque fait déjà face à une augmentation terrible du coût de la vie.

Mais ces tensions se traduisent également sur le terrain le plus brutal et inhumain qui puisse exister. Ce mardi, le gouvernement grec a ainsi annoncé que ses garde-côtes avaient empêché 600 migrants d’entrer en Grèce sous prétexte que la Turquie ne respectait pas l’accord « UE-Turquie » de 2016 prévoyant une surveillance de la frontière par les autorités turques. En 2020, quand la Turquie avait ouvert ses frontières pour que les migrants passent en Grèce, ce sont 102 personnes qui étaient mortes lors de la traversée pendant l’année. Une fois de plus, les migrants se retrouvent au milieu du conflit réactionnaire entre la Grèce et la Turquie.

En somme, les contradictions du bloc de l’OTAN refont surface et menacent son unité tout juste retrouvée. Dans ce contexte, ce sont les travailleurs et les classes populaires qui vont payer la facture des tensions réactionnaires internes au bloc et de la remilitarisation de l’Europe.

Source https://www.revolutionpermanente.fr/Tensions-Grece-Turquie-un-revelateur-de-la-fragilite-de-l-OTAN

Les États-Unis et la Grande-Bretagne tentent à nouveau de détruire l’État chypriote

Par Dimitris Konstantakopoulos

L’ancien Premier ministre du Portugal et ancien dirigeant de l’Internationale socialiste (elle existe toujours pour ceux qui ne le savent pas), Antonio Guterres, qui a été élu Secrétaire général de l’ONU avec l’aide des États-Unis et de la Grande-Bretagne, a décidé, au milieu de la pandémie de coronavirus, mais aussi d’une pandémie de crises internationales, de se rendre à Genève et d’y rester assis pendant presque une semaine entière.

Il ne s’est pas rendu à Genève pour traiter les nombreuses et menaçantes crises de la paix mondiale. Il n’est pas allé en Suisse pour essayer de coordonner les efforts internationaux de lutte contre le coronavirus, ou pour promouvoir la nécessité de faire face à une crise climatique extrêmement urgente qui menace directement la survie même de l’humanité et de sa civilisation.

Non, rien de tout cela. M. Guterres ne se préoccupe pas tant aujourd’hui de l’Ukraine, de l’Iran ou des tensions en mer de Chine méridionale, de la résurgence de la menace des armes nucléaires et biologiques, ou de la pandémie de la dette mondiale.

M. Guterres brûle désormais de faire régner la paix à Chypre, un petit État membre de l’Union européenne situé en Méditerranée orientale. Il y a effectivement un conflit à Chypre qui aurait dû, si possible, être résolu il y a longtemps, de manière démocratique et durable. Mais la dernière fois que des armes ont été entendues sur l’île, c’était en 1974. Pourquoi M. Guterres considère-t-il qu’il est plus urgent et important de s’occuper de Chypre plutôt que de la situation dans le Donbass ou au Myanmar ? Est-il simplement l’idiot utile de l’OTAN ?

Une conférence convoquée contre tous les principes fondamentaux de la Charte de l’ONU

A Genève, le Secrétaire général des Nations Unies organise et prête le prestige de sa fonction à une conférence sur la constitution et le statut international de la République de Chypre, membre de l’Union européenne et des Nations Unies, avec la participation de la Grande-Bretagne et de la Turquie. Vous conviendrez qu’il est plutôt aberrant d’inviter l’État qui a créé le problème chypriote (la Grande-Bretagne) et l’État qui a envahi Chypre (la Turquie) à décider de sa constitution !

Mais en réalité, personne n’aurait dû être invité à la conférence, pour une raison très simple. La République de Chypre est un État indépendant, membre de l’ONU et de l’UE. Une conférence internationale, avec la participation de tout autre État, pour examiner et probablement décider de sa constitution est tout simplement inconcevable.

Cela représente déjà la plus grave violation de la Charte des Nations unies, c’est le moins que l’on puisse dire. Les constitutions des États ne doivent pas être rédigées lors de conférences internationales, avec l' »aide » et l’accord d’autres États. Elles doivent être rédigées soit par des assemblées constituantes, soit par d’autres organes de pouvoir internes, et décidées par les citoyens des États concernés, de préférence par référendum. C’est la procédure qui a été suivie à Chypre jusqu’en 2016. Selon la procédure suivie, les représentants des Chypriotes grecs et des Chypriotes turcs négociaient une solution, y compris une nouvelle constitution. S’ils parvenaient à s’entendre, leur accord était soumis à un référendum. Cette méthode garantissait que le résultat serait accepté par la population et conduirait à une solution pacifique et stable du problème chypriote.

À l’intérieur de Chypre, des voix (minoritaires) ont toujours critiqué cette méthode de résolution du problème par les pourparlers intercommunautaires. Certains pensaient qu’aucun dialogue ne pourrait porter ses fruits si les troupes turques ne quittaient pas l’île avant les pourparlers. Le Conseil de sécurité de l’ONU attend depuis 1974 le retrait des troupes étrangères, selon les résolutions qu’il a votées. D’autres personnes à Chypre ont proposé de convoquer une Assemblée constituante.

Mais, en tout cas, les pourparlers intercommunautaires avec une disposition pour un référendum, même s’ils n’ont pas pu résoudre le problème chypriote, constituent un filet de sécurité contre la possibilité très réelle d’essayer d’imposer à la population de l’île une solution monstrueuse dont elle ne veut pas, comme ils ont essayé de le faire en 2002-04, créant ainsi plus d’instabilité et une forte probabilité de conflits armés sur l’île, comme dans le passé, ou, dans le cas le plus extrême, même une guerre entre la Grèce et la Turquie.

Déjà en convoquant cette conférence, M. Guterres nous ramène à la période de la Sainte-Alliance, qui a régné sur l’Europe après la défaite de Napoléon. Une période que nous pensions définitivement résolue après la Seconde Guerre mondiale, avec la création des Nations unies et la reconnaissance internationale du principe d’autodétermination des peuples et des nations.

Nous espérons que cette étrange insistance à résoudre le problème chypriote maintenant n’est pas liée à de nouveaux plans aventureux au Moyen-Orient ou contre la Russie, mais, étant donné l’histoire du conflit chypriote, nous ne pouvons pas en être si sûrs.

Une conférence sur l’UE sans l’UE

D’ailleurs, tout accord qui pourrait être trouvé à Genève aura un impact très important sur l’UE elle-même, son fonctionnement et ses relations internationales. Pourtant, M. Guterres a interdit à l’UE d’envoyer ne serait-ce que des observateurs à une conférence sur l’avenir de l’un de ses membres et sur elle-même, bien plus que ne l’imaginent les dirigeants plutôt erratiques de l’UE actuelle.

Parce que, entre autres choses, le plan discuté à Genève pour une solution au problème chypriote donne à la Turquie, bien avant qu’elle n’adhère à l’UE elle-même, des droits de veto dans l’UE, par le biais du partage égal de Nicosie dans le vote de l’UE entre les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs, contrôlé de près par Ankara. D’une certaine manière, cela place la Turquie dans l’UE avant qu’elle n’y entre ! Bien entendu, cela rend Londres extrêmement heureux, car cela fournit à la Grande-Bretagne une arme précieuse avec laquelle elle pourra exercer une pression, une influence et même un chantage sur l’UE, même après le Brexit, liant également, éventuellement, la Turquie à l’Occident. Cela peut provoquer d’énormes crises.

Cela se serait produit dès 2004, si la grande majorité des citoyens de la République de Chypre n’avaient pas rejeté le Plan Annan lors du référendum qui a eu lieu à l’époque, ignorant les pressions sans précédent et les menaces claires et ouvertes qu’ils ont reçues des Américains, des Européens et d’une très grande partie de l' »élite » chypriote et grecque. (*)

Un petit État d’importance mondiale. L’Occident et Chypre

Chypre est une île de la Méditerranée orientale, colonisée en deux vagues par les Grecs minoens au cours du deuxième millénaire avant J.-C. et toujours habitée aujourd’hui par une écrasante majorité de Grecs (82% de la population). La République de Chypre est un petit État. Son importance géopolitique globale est cependant inversement proportionnelle à sa taille et cela a été la malédiction de son peuple au fil du temps, puisqu’elle a vu l’île devenir l’objet des invasions conquérantes de tous les empires qui ont voulu dominer la Méditerranée et le monde.

Toute forme de solution au problème chypriote affectera profondément non seulement l’équilibre entre la Grèce, la Turquie et l’Union européenne, mais tous les équilibres mondiaux. Cela rend encore plus étrange le fait que le Secrétaire Général des Nations Unies n’ait pas pris soin d’inviter, même en tant qu’observateurs, les représentants des cinq membres permanents du Conseil de Sécurité, afin que tout le monde soit un peu plus confiant que la solution à trouver ne perturbera pas, mais consolidera la paix et la stabilité dans la région méditerranéenne et au niveau international.

Ce n’est pas la première fois que les puissances occidentales s’intéressent à la « résolution » du problème chypriote. Chaque fois qu’elles l’ont fait, aucune paix n’a été établie en Méditerranée, des coups d’État ont été provoqués (en Grèce et à Chypre), des troubles ont éclaté à Chypre même, et la Grèce et la Turquie ont failli entrer en guerre. Cela s’explique par le fait que leur objectif permanent n’était pas de résoudre le conflit entre les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs, qu’ils ont tout fait pour créer en premier lieu, mais de l’utiliser pour enlever le contrôle de l’île à ses habitants, pour la contrôler complètement, en raison du grand rôle qu’elle a joué dans toutes leurs interventions au Moyen-Orient élargi et dans le contexte de la guerre froide avec l’Union soviétique dans le passé, avec la Russie aujourd’hui. Celui qui contrôle Chypre, la Crète, Malte et Gibraltar règne sur le monde », aurait dit Henry Kissinger.

Et parce que c’est précisément le cas, la CIA a organisé un coup d’État à Athènes en 1967, puis a utilisé la dictature imposée par elle-même pour en organiser un à Nicosie en 1974, copie exacte du coup d’État organisé par Kissinger en 1973, à Santiago du Chili. La seule différence est que Makarios a survécu, contrairement à Allende, et que Son Excellence M. Kissinger a mis en œuvre la deuxième phase, en encourageant l’invasion turque de Chypre, après s’être assuré au préalable que les forces armées grecques contrôlées par la CIA ne réagiraient pas à cette invasion. Le résultat final de tout cela a été que le peuple chypriote a subi plus de pertes, en pourcentage de sa population, que l’Irak lors de l’invasion de 2003 et, également, le nettoyage ethnique de centaines de milliers de Grecs du nord de l’île.

Le problème chypriote lui-même et le conflit entre les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs ont été créés historiquement par la Grande-Bretagne elle-même, afin de ne jamais permettre l’indépendance de l’île qui était sa colonie, en appliquant le principe « diviser pour régner », tant à Chypre qu’entre la Grèce et la Turquie. Le 28 juillet 1954, l’honorable Harry Hopkins, ministre des Colonies du Royaume-Uni, s’adressant à la Chambre des Communes, a déclaré que Chypre appartenait aux parties du Commonwealth qui ne peuvent jamais espérer devenir pleinement indépendantes. C’est la politique constante de l’État britannique depuis lors, et c’est la seule raison pour laquelle Londres et Washington traînent M. Guterres à Genève.

La conférence convoquée à Genève ne cherche pas, et ne peut pas, de par sa composition même, chercher une solution démocratique et durable au problème chypriote, conformément aux principes de l’ONU. Une telle solution doit être trouvée par les habitants de l’île eux-mêmes et, si elle est trouvée par leurs représentants, elle doit être approuvée ou rejetée par référendum par les citoyens eux-mêmes. Personne en dehors de Chypre n’a le droit et ne peut avoir son mot à dire sur le statut interne ou international de la République de Chypre, bien plus, ceux qui sont invités à Genève par Guterres ne peuvent pas et n’ont pas le droit d’avoir leur mot à dire sur Chypre sur ordre de Washington et Londres, cette dernière étant la puissance qui a créé le problème de Chypre, et Ankara la puissance qui a envahi Chypre en 1974.

Du plan Annan à la conférence de Genève. Le rôle de Victoria Nuland

En 2004, l’architecte du plan Annan, le britannique Lord Hannay, perdant son sang-froid, déclare à CNN Turk que si les Chypriotes grecs (soit 82% de la population chypriote) votent non au référendum sur le plan Annan, « nous leur proposerons encore et encore un référendum jusqu’à ce qu’ils disent oui ».

Pour que cela soit possible, ils ont tout essayé, tant au premier plan qu’à l’arrière-plan des scènes politiques chypriotes, grecques et internationales, depuis 2004. Nous ne pouvons pas exclure que l’une des motivations des guerres économiques lancées contre la Grèce et Chypre, était de créer les conditions pour que le plan Annan soit adopté.

Mais il s’est avéré impossible de modifier la conscience profonde des citoyens chypriotes. Il ne semblait pas qu’ils seraient prêts à voter pour une solution qui mettrait fin à l’indépendance et à la souveraineté de l’État dans lequel ils vivaient, ainsi qu’à la démocratie, annulant tout avantage de l’UE pour Chypre, et faisant entrer la Turquie dans l’UE par la fenêtre chypriote.

L’affaire menait à une impasse. Mais le mot impasse est inconnu de l’ancienne secrétaire d’État américaine chargée de la question chypriote, Victoria Nuland, comme le prouve son rôle si important, en tant que conseillère de Dick Cheney, dans la préparation de l’invasion de l’Irak en 2003, amorçant une série de désastres au Moyen-Orient qui ne sont pas encore terminés, ainsi que son rôle de premier plan dans le coup d’État de Kiev en 2014, qui a détruit les relations entre l’Europe et la Russie, au profit des États-Unis, et lancé la nouvelle guerre froide.

Mme Nuland, en coopération avec l’État britannique, toujours désireux de jouer un rôle central dans toutes les affaires sales de ce monde, après avoir réalisé qu’il était impossible de faire se suicider les Chypriotes en votant pour les plans monstrueux élaborés par les lords britanniques, a conçu la formule de cette conférence internationale, dans le seul but d’abolir l’État chypriote existant par un accord international, puisqu’elle ne pouvait pas le faire disparaître par référendum. Le mécanisme de l’Union européenne, qui agit probablement sur le plan international comme une Union américaine, a également participé à la conspiration. Cela a été illustré par l’imprudence de Mme Morgherini, qui a déclaré que l’UE était prête à reconnaître tout État issu de la conférence de Genève !

La mise en œuvre de cette idée, avec laquelle Ankara était également d’accord, a été entreprise par le Secrétariat général de l’ONU et les politiciens de Chypre et de Grèce, dépendants des États-Unis, déjà écrasés par les guerres économiques contre ces deux pays.

Que va-t-il se passer maintenant si cette conférence parvient à ses fins ?

Une solution injuste, dont ils ne veulent pas et qui n’est pas durable, sera imposée au peuple chypriote. La clarté dans les relations de souveraineté protège la paix. L' »ambiguïté constructive » de la diplomatie britannique est le moyen de provoquer un conflit. C’est pourquoi il est fort probable que la solution négociée ne fonctionnera pas, mais provoquera, comme les plans britannique et américain pour Chypre l’ont fait dans le passé, des conflits sanglants entre Chypriotes grecs et entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs, et exacerbera également la tension entre la Grèce et la Turquie.

Toute solution injuste et antidémocratique à Chypre, imposée à ses habitants contre leur gré, ne rapprochera pas la paix de Chypre et de la Méditerranée. Elle créera les conditions de nouveaux conflits, menacera la paix en Méditerranée orientale et deviendra une bombe à retardement pour l’Union européenne elle-même. Elle contribuera également à la probabilité de nouvelles aventures au Moyen-Orient et contre la Russie.

( * ) En mettant sur un pied d’égalité 82% de Chypriotes grecs et 18% de Chypriotes turcs, le plan Annan abolit la règle de la majorité, c’est-à-dire la démocratie. Comme cet « État » ne serait pas en mesure de prendre des décisions, le Secrétaire général de l’ONU (et non le Conseil de sécurité) nommerait trois juges étrangers qui concentreraient entre leurs mains tout le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire final, en violation du principe de séparation des pouvoirs et de tout concept de souveraineté nationale et populaire. Très probablement, compte tenu de la situation politique internationale, ces juges exprimeraient les intérêts des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d’Israël. Ces juges, et une pléthore d’autres fonctionnaires internationaux, nommés par le Secrétaire général de l’ONU à des postes critiques dans le nouvel État, désigneraient, à l’expiration de leur mandat, leurs successeurs. Le nouvel « État » n’aurait pas le droit fondamental de tous les États à l’autodéfense et ne disposerait pas de ses propres forces armées. Le plan Annan est probablement la constitution la plus monstrueuse qui ait été proposée dans l’histoire du monde et constitue un renversement complet de tous les principes fondamentaux qui se sont appliqués après la Renaissance, les Lumières, les révolutions française, anglaise et américaine, ainsi qu’après la victoire sur le nazisme et la création de l’ONU. Malgré son rejet, ce plan reste sur la table des négociations sur la question chypriote et il constitue la base des négociations qui se tiennent actuellement à Genève.

Guerre et paix en Méditerranée orientale

Par Dimitris Konstantakopoulos 21 septembre 2020

La décision de la Turquie de retirer ses activités de surveillance des navires en Méditerranée orientale, où les zones maritimes ne sont pas délimitées et sont revendiquées à la fois par la Grèce et la Turquie, a entraîné au moins une récession temporaire dans le dangereux différend en Méditerranée orientale.  entre la Grèce et la Turquie.

Cependant, rien n’a été résolu. Les dangers d’une guerre gréco-turque, avec d’énormes conséquences internationales, ou bien d’une crise longue et dangereuse, sont toujours présents, surtout si l’on considère la « guerre civile » au sein de l’establishment occidental entre les forces plus conservatrices et le parti d’une « guerre des civilisations » permanente. Cette « guerre civile » a déjà trouvé son expression dans les activités de Mme Merkel, qui a négocié un premier moratoire gréco-turc, pour ensuite voir M. Pompeo, une figure de proue du néoconisme, intervenir et le torpiller en 48 heures.

La Grèce surveille la Turquie, la Turquie surveille la Grèce et l’UE surveille les deux. Mais les dirigeants politiques, tant à Athènes qu’à Ankara, ne semblent pas se rendre compte des jeux plus généraux qui déterminent le conflit gréco-turc, comme cela a toujours été le cas dans l’histoire. Un exemple classique est la crise de 1974, lorsque Kissinger a poussé la junte militaire installée à Athènes par les États-Unis à organiser un coup d’État à Chypre, puis la Turquie à envahir l’île
M. Pompeo passe maintenant une grande partie de son précieux temps (car il est occupé par la Chine, l’Iran, le Belarus et l’Amérique latine, entre autres) à voyager à Chypre et en Grèce. Les observateurs ne comprennent pas très bien pourquoi il effectue ces voyages et quel est le véritable message qu’il a transmis à huis clos au président Anastasiades.

M. Pompeo s’efforce de persuader les Allemands qu’il travaille aussi pour la paix et le désengagement, mais nous devrons juger ses véritables intentions par les résultats pratiques de ses voyages, et non par ce qu’il dit.

Nous avons expliqué dans nos précédents articles qu’une guerre entre la Grèce et la Turquie n’aura pas de vainqueurs, elle n’aura que des perdants. Les deux pays disposent d’un grand nombre d’armes de destruction et d’une sorte de « parité stratégique ». Même si l’un parvient à détruire une grande partie des forces armées de l’autre (ce qui est tout à fait improbable), il lui restera la possibilité de porter un coup de riposte dévastateur. Les deux pays (et Chypre) remonteront à deux cents ans en arrière, tandis que les intérêts clés de l’Europe, de la Chine et de la Russie seront affectés. Une forte dose de « chaos » sera ajoutée à une planète qui est déjà dans un état sui generis « d’avant-guerre » (« Extrême-Orient, Moyen-Orient, crise sanitaire et économique profonde, quasi guerre civile américaine »).
L’élément le plus étonnant et le plus tragique de la crise actuelle est qu’en réalité elle a commencé sur des questions inexistantes ou presque. La Turquie veut obtenir le plus possible des hydrocarbures de la Méditerranée orientale, mais il n’est pas certain qu’ils existent et quel est le coût de leur extraction, surtout dans un contexte d’effondrement des économies pétrolières et du recul des combustibles fossiles.
Les gouvernements de la Grèce, de Chypre et de la Turquie semblent nier la réalité d’un déclin systémique de la demande mondiale de pétrole et de gaz, un déclin si grave qu’il menace déjà la viabilité économique de la plupart des États du Moyen-Orient. Quand on lit les divers amiraux turcs qui disent qu’il y a des réserves de gaz pour cinq cents ans en Méditerranée orientale, on comprend facilement que les imbéciles et les provocateurs ne manquent dans aucun des deux pays et que c’est une raison pour laquelle nous pouvons nous retrouver en guerre.

Extrêmement fragilisée, la Turquie pensait aussi que nous sommes en 1920 et non en 2020 et que la Grèce, Chypre et Israël l' »excluraient » de la Méditerranée, en construisant le gazoduc EastMed d’Israël à la Grèce et en s’alliant entre eux. Mais le gazoduc EastMed, fortement soutenu par les États-Unis et Israël, ne sera presque jamais construit, car il est trop cher, aucun gisement n’a été trouvé pour justifier son coût, l’Italie, le destinataire du gaz n’a pas donné son accord et l’Europe s’éloigne des combustibles fossiles et leur prix s’est effondré. Le seul résultat de ce projet de gazoduc a été jusqu’à présent de provoquer une grave crise entre la Grèce et la Turquie et on est en droit de se demander si ce n’était pas le but de l’opération dès le début.

La prétendue alliance entre la Grèce, Chypre et Israël semble dépourvue de tout contenu susceptible de menacer la Turquie. C’est plutôt une façon pour les élites grecques et chypriotes de justifier auprès de leur opinion publique les énormes concessions qu’elles ont faites à Israël, sans rien en retour.

Tayip Erdogan a maintenu une attitude très modérée à l’égard de la Grèce jusqu’à il y a deux ans et surtout un an, lorsqu’il a commencé à intensifier son agression contre Athènes. Aujourd’hui, fidèle à un maximalisme sans limites, qui a souvent par le passé piégé le nationalisme turc lui-même, comme par exemple en Syrie, a sorti du placard une série de revendications scandaleuses contre la Grèce. Seul le Parthénon n’a pas encore été demandé par la Turquie

Les responsables turcs interpellent souvent les Grecs à se souvenir de leur expédition en Asie mineure qui a conduit au désastre. Il semble qu’il ne leur vienne pas à l’esprit que les conclusions sont valables pour quiconque s’étend trop, y compris la Turquie elle-même.

En particulier, la Turquie a soulevé la question de plus de 150 îles dans lesquelles la Grèce a exercé sa souveraineté pendant un siècle, avec l’argument peu sérieux que le traité de Lausanne de 1923 ne les mentionne pas nommément.

En outre, Ankara souhaite la démilitarisation des îles de la mer Égée orientale, comme le prévoit le traité de Lausanne. Ce traité a été signé en 1923, alors que la Turquie voulait bloquer une deuxième campagne d’Asie Mineure contre elle et qu’il y avait encore d’importantes populations grecques en Asie Mineure.

Les îles de la mer Égée orientale n’ont commencé à être militarisées à des fins de défense par la Grèce qu’après 1975. La décision n’a été prise par la Grèce qu’après l’invasion turque de Chypre (où les troupes turques sont toujours présentes) et le nettoyage ethnique de 300 000 Grecs. En outre, la Turquie a construit la plus grande flotte amphibie du monde, qui est basée en face des îles grecques, avec pour seule mission possible de les envahir. Chaque année, elle organise des exercices militaires avec exactement ce scénario.

Selon certaines informations, M. Pompeo et M. Maas s’apprêtent à discuter des demandes de démilitarisation de la Turquie. Ce dernier, que personne n’a jamais confondu avec Bismarck, se distingue par la combinaison d’une grande franchise allemande (et la difficulté conséquente de suspecter même les pièges américains et néoconservateurs), avec le fort pro-américanisme du SPD.
Cependant, aucun gouvernement grec ne peut discuter de la démilitarisation des îles. S’il le fait, il tombera très rapidement et nous aurons très probablement une droite extrémiste pro-américaine et pro-israélienne, ce qui facilitera une guerre.
En d’autres termes, M. Erdogan aura réalisé ce que ses conseillers nous disent depuis des années et dont il a peur : que les États-Unis et Israël utilisent la Grèce et Chypre contre lui ! !!

Après 1955, et plus encore après 1972, à l’instigation des Britanniques et des Américains, la Turquie a fait un grand nombre de réclamations contre la Grèce et Chypre. Se transformant en instrument de l’Occident contre les Grecs, elle n’a pas vraiment gagné grand-chose, sauf pour Chypre, où elle occupe un tiers de l’île, mais cela n’est reconnu par personne, alors qu’elle paie depuis de nombreuses décennies le coût politique, économique et diplomatique considérable de l’occupation.

En réalité, la pression exercée par la Turquie facilite beaucoup plus l’octroi de la souveraineté de la Grèce et de Chypre à l’Occident, à l’OTAN etc. qu’à la Turquie elle-même !

La crise de 1996 n’a pas abouti à la prise d’Imia par la Turquie, mais à sa « neutralisation ». Les Américains veulent contrôler la mer Égée, qui est l’extension du détroit. Ils veulent saper la souveraineté grecque dans la région, ils utilisent la Turquie pour y parvenir, mais la dernière chose qu’ils pensent est de permettre à Ankara de contrôler toute la mer Égée, tant sa côte continentale que ses îles. Pas question de laisser Ankara s’alimenter sur les îles grecques.

La même chose s’est produite avec le plan Annan pour résoudre le conflit chypriote, un plan d’inspiration américaine, britannique et israélienne. Ce plan (rejeté par la population lors d’un référendum) établissait à Chypre un protectorat postmoderne dirigé, indirectement mais clairement par les États-Unis, la Grande-Bretagne et Israël, à travers un labyrinthe de dispositions, le secrétaire général de l’ONU (pas même le Conseil de sécurité) nommant trois juges internationaux qui cumuleraient le pouvoir ultime exécutif, judiciaire et législatif entre leurs mains et nommeraient leurs successeurs !!!

Pour que la paix soit stable, tout accord doit être équilibré. Compte tenu des positions des deux parties, et de leur place dans les idéologies nationales respectives, on peut difficilement imaginer comment ces différends peuvent être réglés facilement.
Le « parti de guerre » international pourrait être utile s’il faisait pression sur l’élite grecque pour qu’elle franchisse ses lignes rouges nationales et fasse de sérieuses concessions de souveraineté, soi-disant à la Turquie, mais en réalité à l’OTAN et aux États-Unis. De telles concessions, par le biais d’accords internationaux, sont généralement irréversibles. Si l’élite grecque les accepte, alors un nationalisme grec d’extrême droite peut gagner du pouvoir à Athènes d’une manière ou d’une autre.

On espère qu’Athènes et Ankara pourront contrôler la dynamique de la confrontation avant qu’elle ne les contrôle, bien que l’examen microscopique des forces souterraines à Athènes et Ankara poussant à une escalade soit convaincant pour la détermination des forces internationales qui veulent mener au conflit, ou au moins à la perpétuation de la crise.
La solution optimale serait de trouver un moyen de diviser le plateau continental entre la Grèce, Chypre et la Turquie et de geler les questions restantes, qui n’ont aucune chance réaliste d’être résolues maintenant.

Si cela n’est pas possible, la deuxième meilleure solution pour la paix en Méditerranée et pour tous les pays concernés, serait de geler tous les conflits et d’attendre des temps meilleurs. C’est ce qui s’est passé il y a de nombreuses années dans la mer Caspienne également, lorsque les divergences entre ses pays ont failli conduire à des conflits militaires.

La Grèce et la Turquie sont toutes deux confrontées à de très graves crises économiques et sanitaires. Elles sont situées à la périphérie d’une région qui risque de devenir inhabitable en raison du changement climatique. Il est ridicule pour eux de penser en termes de l’an 1000 ou 1500, dans une situation mondiale qui est, comme le souligne Noam Chomsky, la plus dangereuse de l’histoire de l’humanité.

Et sans même une épreuve de force, la course aux armements dans laquelle une confrontation prolongée les mènera, suffit à les détruire même sans guerre et à annuler leurs marges de politique étrangère indépendante !

Source http://www.defenddemocracy.press/war-and-peace-in-eastern-mediterranean/


Un commentaire sur l’article de Dimitri Konstantakopoulos sur la « stratégie du chaos ». 24/09/2020 Par Yannis Mavros

La « stratégie du chaos » à laquelle nous assistons à l’échelle mondiale trouve son origine dans la réaction des États-Unis à l’émergence de l’Eurasie comme centre de gravité géoéconomique et géopolitique de la planète, une évolution qui marginalise effectivement l’Amérique et les États-Unis comme « île » à la périphérie (voir « Le Grand Échiquier » de Zbignew Brzezinski).

Si elle est laissée à elle-même, la logique du développement économique conduit inexorablement à l’intégration de l’Eurasie en tant qu’entité géoéconomique (et donc géopolitique) où la Russie jouerait un rôle pivot reliant la Chine et l’Europe, laissant peu de marge de manœuvre à l’Inde et marginalisant le Japon. La « stratégie du chaos » est essentiellement la tentative désespérée des États-Unis d’utiliser leur puissance militaire, ainsi que leur influence politique sur les différentes élites de l’Occident, afin de contenir, voire d’arrêter, cette évolution et de retarder indéfiniment la perte de l’hégémonie mondiale des États-Unis, quoi qu’il arrive. Cela implique de fomenter des tensions et des crises dans le monde entier en appelant à la « médiation » de la gendarmerie mondiale afin de sauvegarder et de promouvoir les intérêts américains et de perpétuer son implication dans tous les coins du monde. Le fait que cette aspiration ne soit plus soutenue par la prédominance incontestable de l’économie et de la culture américaines sur ses adversaires et qu’elle nécessite l’application de la force brute est ce qui rend cette stratégie carrément imprudente et menaçante pour tous.

C’est dans ces conditions et les graves menaces qu’elles font peser tant sur la Grèce que sur Chypre que nous devons traiter avec la Turquie. La « stratégie » nationale de « l’appartenance à l’Occident » de la Grèce*, traditionnellement l’expression idéologique de sa dépendance servile, menace à présent de faire de nous une zone tampon sacrifiable pour l’endiguement de la Turquie (avec ou sans changement de régime) si elle ne nous transforme pas à terme en un appendice de la Turquie (scénario de « finlandization ») dans le cas (et dans la mesure) où cette dernière est reconquise pour l’Occident. Le fait de minimiser l’importance globale de la Grèce pour l’Occident (et l’Orient d’ailleurs !) en la réduisant à la dimension géopolitique et géoéconomique laisse présager un désastre non seulement pour la Grèce et l’Occident. L’importance de la Grèce et sa contribution potentiellement inestimable aux affaires mondiales et à la paix internationale découlent de sa civilisation et plus particulièrement de son héritage de liberté et de démocratie. C’est pourquoi il est impératif de formuler une stratégie nationale alternative globale qui permettra à la Grèce et à Chypre de prendre l’initiative de libérer l’Europe tant de la tutelle américaine, qui la dresse contre la Russie, que de la domination allemande, qui non seulement a coûté et coûte encore si cher à nous, Grecs, mais menace de détruire l’Europe une fois de plus.

*Au cours de la guerre froide, on pouvait incontestablement parler de stratégie mais, compte tenu du changement radical des circonstances, elle est devenue de plus en plus une sorte de relique, une appellation erronée qui a été perpétuée par défaut, à savoir par l’incapacité (et la corruption) de la classe dirigeante et des différentes élites à formuler et à proposer à la nation une stratégie adaptée au présent.

Source http://www.defenddemocracy.press/a-comment-on-dimitri-konstantakopoulos-article-on-chaos-strategy/
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Non, le coronavirus n’est pas le responsable de la chute des cours boursiers

4 mars par Eric Toussaint

On assiste à une grosse crise des bourses de Wall Street, d’Europe, du Japon et de Shanghai, et certains en attribuent la responsabilité au coronavirus. Au cours de la dernière semaine de février 2020, la pire semaine depuis octobre 2008, le Dow Jones a baissé de 12,4 %, le S&P 500 a baissé de 11,5 % et le Nasdaq Composite a baissé de 10,5 %. Même scénario en Europe et en Asie pendant la dernière semaine de février. À la bourse de Londres, le FTSE-100 a baissé de 11,32 %, à Paris le CAC40 a chuté de 12 %, à Francfort le DAX a perdu 12,44 %, à la bourse de Tokyo, le Nikkei a baissé de 9,6 %, les bourses chinoises (Shanghai, Shenzhen et Hong-Kong) ont également baissé. Lundi 2 mars suite à des (promesses d’) interventions massives des banques centrales pour soutenir les bourses, les indices sont repartis à la hausse sauf à Londres. Le mardi 3 mars, la banque centrale des États-Unis, la Fed, paniquée, a baissé de 0,50 % son taux directeur, ce qui constitue une baisse considérable. Le nouveau taux directeur de la Fed se situe désormais dans une fourchette de 1 à 1,25 %. Il faut savoir que le taux d’inflation aux États-Unis entre février 2019 et janvier 2020 a atteint 2,5 %, cela veut dire que le taux d’intérêt réel de la FED est négatif. La grande presse écrit que cette mesure vise à soutenir l’économie américaine menacée par l’épidémie de COVID-19. Le quotidien français Le Figaro titre « Le coronavirus précipite une forte baisse du taux directeur de la Fed » (https://www.lefigaro.fr/conjoncture/coronavirus-la-fed-baisse-ses-taux-de-0-5-point-a-la-surprise-generale-20200303 voir aussi en anglais https://edition.cnn.com/2020/03/03/investing/federal-reserve-interest-rate-cut-coronavirus-emergency/index.html ). Or la mauvaise santé de l’économie américaine date de bien avant les premiers cas de coronavirus en Chine et ces effets sur l’économie mondiale (voir https://www.cadtm.org/Panique-a-la-Reserve-Federale-et-retour-du-Credit-Crunch-sur-un-ocean-de-dettes). En résumé, la Fed et la grande presse, à sa suite, ne disent pas la vérité quand elles expliquent que la mesure est destinée à faire face au coronavirus. Malgré la décision de la Fed, le mardi 3 mars, le S&P 500 a à nouveau baissé de 2,81 %, le Dow Jones a baissé de 2,9 % (https://edition.cnn.com/2020/03/03/investing/dow-stock-market-today/index.html ). Les 3 et 4 mars, plusieurs bourses asiatiques ont connu également une baisse. Il ne faut pas exclure une remontée de la bourse à New York le 4 mars pour saluer le retour de Joe Biden dans la course à la présidentielle aux États-Unis lors des primaires démocrates du 3 mars car cela représente pour eux un soulagement face à Bernie Sanders qui reste néanmoins en tête. Joe Biden est clairement le candidat de l’Establishment démocrate et des milliardaires qui soutiennent ce parti. A noter également que Donald Trump a dans un tweet la semaine passée lié son sort à celle de la bourse à Wall Street. Le 26 février, il a appelé ses collègues du 1 % le plus riche à ne pas vendre leurs actions et à soutenir la bourse. Il a en plus affirmé que s’il était réélu à la présidence des États-Unis en octobre 2020 la bourse grimpera énormément tandis que s’il perd on assistera à un crash boursier d’une ampleur jamais vue (selon le Financial Times, Trump a annoncé que « The market will “jump thousands and thousands of points if I win,” … “and if I don’t, you’re going to see a crash like you’ve never seen before . . . I really mean it.” https://www.ft.com/content/399783e2-57e9-11ea-a528-dd0f971febbc ). Ce qui va se passer précisément sur les marchés boursiers dans les jours et les semaines qui viennent est imprévisible mais il est très important d’analyser les véritables causes de la crise financière en cours.

Les grands médias affirment de manière ultra simplificatrice que cette chute généralisée des bourses de valeur est provoquée par le coronavirus et cette explication est reprise largement sur les réseaux sociaux. Or ce n’est pas le coronavirus et son expansion qui constituent la cause de la crise, l’épidémie n’est qu’un élément détonateur. Tous les facteurs d’une nouvelle crise financière sont réunis depuis plusieurs années, au moins depuis 2017-2018 (voir https://www.cadtm.org/Tout-va-tres-bien-madame-la datant de novembre 2017 ; https://www.cadtm.org/Tot-ou-tard-il-y-aura-une-nouvelle-crise-financiere datant d’avril 2018 ; voir plus récemment Source : https://pour.press/les-conditions-sont-reunies-pour-une-nouvelle-crise-financiere-eric-toussaint/). Quand l’atmosphère est saturée de matières inflammables, à tout moment, une étincelle peut provoquer l’explosion financière. Il était difficile de prévoir d’où l’étincelle allait partir. L’étincelle joue le rôle de détonateur mais ce n’est pas elle qui est la cause profonde de la crise. Nous ne savons pas encore si la forte chute boursière de la fin février 2020 va « dégénérer » en une énorme crise financière. C’est une possibilité réelle. Le fait que la chute boursière coïncide avec les effets de l’épidémie du coronavirus sur l’économie productive n’est pas fortuit, mais dire que le coronavirus est la cause de la crise est une contrevérité. Il est important de voir d’où vient réellement la crise et de ne pas être berné par les explications qui dressent un rideau de fumée devant les causes réelles.

Les grands médias affirment de manière ultra simplificatrice que la chute généralisée des bourses de valeur est provoquée par le coronavirus […] Or, l’épidémie n’est qu’un élément détonateur. Tous les facteurs d’une nouvelle crise financière sont réunis au moins depuis 2017-2018

Le Grand Capital, les gouvernants et les médias à son service ont tout intérêt à mettre sur le dos d’un virus le développement d’une grande crise financière puis économique, cela leur permet de s’en laver les mains (excusez-moi l’expression).

La chute des cours boursiers était prévue bien avant que le coronavirus fasse son apparition.

Le cours des actions et le prix des titres de la dette (appelés aussi obligations) ont augmenté d’une manière totalement exagérée par rapport à l’évolution de la production au cours des dix dernières années, avec une accélération au cours des deux ou trois dernières années. La richesse du 1 % le plus riche a aussi fortement crû car elle est largement basée sur la croissance des actifs financiers.

Il faut souligner que le moment où intervient la chute des cours boursiers est le résultat d’un choix (je ne parle pas de complot) : une partie des très riches (le 1 %, le Grand Capital) a décidé de commencer à vendre les actions qu’il a acquises car il considère que toute fête financière a une fin, et plutôt que la subir il préfère prendre les devants. Ces grands actionnaires préfèrent être les premiers à vendre afin d’obtenir le meilleur prix possible avant que le cours des actions ne baisse très fortement. De grandes sociétés d’investissements, de grandes banques, de grandes entreprises industrielles et des milliardaires donnent l’ordre à des traders de vendre une partie des actions ou des titres de dettes privées (c’est-à-dire des obligations) qu’ils possèdent afin d’empocher les 15 % ou 20 % de hausse des dernières années. Ils se disent que c’est le moment de le faire : ils appellent cela prendre « leurs bénéfices ». Selon eux, tant pis si cela entraîne un effet moutonnier de vente. L’important à leurs yeux est de vendre avant les autres. Cela peut provoquer un effet domino et dégénérer en une crise généralisée. Ils le savent et se disent qu’ils finiront par s’en tirer sans trop de mal comme cela s’est passé pour un grand nombre d’entre eux en 2007-2009. C’est le cas notamment aux États-Unis, des deux principaux fonds d’investissement et de gestion d’actifs BlackRock et Vanguard qui s’en sont très bien tirés, de même que Goldman Sachs, Bank of America, Citigroup ou les Google, Apple, Amazon, Facebook, etc.

Un autre élément important est à souligner : le 1 % vend des actions d’entreprises privées, ce qui provoque une chute de leur cours et entraîne la chute des bourses. Or dans le même temps, ils achètent des titres de la dette publique considérés comme des valeurs sûres. C’est notamment le cas aux États-Unis où le prix des titres du trésor étatsunien a augmenté suite à une demande très forte. À noter qu’une augmentation du prix des titres du trésor qui se vendent sur le marché secondaire a pour conséquence de baisser le rendement de ces titres. Les riches qui achètent ces titres du Trésor sont disposés à un faible rendement, car ce qu’ils cherchent, c’est la sécurité à un moment où le cours des actions des entreprises est en baisse. En conséquence, il faut souligner qu’une fois de plus c’est bien les titres des États qui sont considérés par les plus riches comme les plus sûrs. Gardons cela en tête et soyons prêts à le dire publiquement car il faut s’attendre à ce que revienne bientôt le refrain bien connu de la crise des dettes publiques et des craintes des marchés à l’égard des titres publics.

Le Grand Capital (le 1 %) a réduit la part qu’il investit dans la production et a augmenté la part qu’il met en circulation dans la sphère financière

Mais revenons à ce qui se passe à répétition depuis un peu plus d’une trentaine d’années, c’est-à-dire depuis l’approfondissement de l’offensive néolibérale et de la grande dérèglementation des marchés financiers [1] : le Grand Capital (le 1 %) a réduit la part qu’il investit dans la production et a augmenté la part qu’il met en circulation dans la sphère financière (c’est y compris le cas d’une firme « industrielle » emblématique comme Apple). Il a fait cela au cours des années 1980 et cela a produit la crise du marché obligataire de 1987. Il a refait cela à la fin des années 1990 et cela a produit la crise des dot-com et d’Enron en 2001. Il a remis cela entre 2004 et 2007 et cela a produit la crise des subprimes, des produits structurés et une série de faillites retentissantes dont celle de Lehman Brothers en 2008. Cette fois-ci, le Grand Capital a principalement spéculé à la hausse sur le prix des actions en bourse et sur le prix des titres de la dette sur le marché obligataire (c’est-à-dire le marché où se vendent les actions des entreprises privées et les titres de dettes émis par les États et d’autres pouvoirs publics). Parmi les facteurs qui ont entraîné la montée extravagante des prix des actifs financiers (actions en bourses et titres des dettes privées et publiques), il faut prendre en compte l’action néfaste des grandes banques centrales depuis la crise financière et économique de 2007-2009. J’ai analysé cela notamment dans https://www.cadtm.org/La-crise-de-la-politique-des-banques-centrales-dans-la-crise-globale

Ce phénomène ne date donc pas du lendemain de la crise de 2008-2009, il est récurrent dans le cadre de la financiarisation de l’économie capitaliste. Et avant cela, le système capitaliste avait aussi connu des phases importantes de financiarisation tant au 19e siècle que dans les années 1920, ce qui avait abouti à la grande crise boursière de 1929 et la période prolongée de récession des années 1930. Puis le phénomène de financiarisation et de dérèglementation a été en partie muselé pendant 40 ans suite à la grande dépression des années 1930, à la Seconde Guerre mondiale et à la radicalisation de la lutte des classes qui s’en est suivi. Jusqu’à la fin des années 1970 il n’y a plus eu de grandes crises bancaires ou boursières. Les crises bancaires et boursières ont fait leur réapparition quand les gouvernements ont donné toutes libertés au Grand Capital pour faire ce qu’il voulait dans le secteur financier.

Les crises bancaires et boursières ont fait leur réapparition quand les gouvernements ont donné toutes libertés au Grand Capital pour faire ce qu’il voulait dans le secteur financier

Revenons à la situation des dernières années. Le Grand Capital, qui considère que le taux de rentabilité qu’il tire dans la production n’est pas suffisant, développe les activités financières non directement liées à la production. Cela ne veut pas dire qu’il abandonne la production, mais qu’il développe proportionnellement plus ses placements dans la sphère financière que ses investissements dans la sphère productive. C’est ce qu’on appelle aussi la financiarisation ou la mondialisation financiarisée. Le capital « fait du profit » à partir du capital fictif par des activités largement spéculatives. Ce développement de la sphère financière augmente le recours à l’endettement massif des grandes entreprises, y compris de firmes comme Apple (j’ai écrit une série d’articles là-dessus https://www.cadtm.org/La-montagne-de-dettes-privees-des-entreprises-sera-au-coeur-de-la-prochaine).

Le capital fictif est une forme du capital, il se développe exclusivement dans la sphère financière sans véritable lien avec la production (voir encadré : Qu’est-ce que le capital fictif ?). Il est fictif au sens où il ne repose pas directement sur la production matérielle et sur l’exploitation directe du travail humain et de la nature. Je parle bien d’exploitation directe car évidemment le capital fictif spécule sur le travail humain et sur la nature, ce qui généralement dégrade les conditions de vie des travailleurs·ses et la Nature elle-même.

Qu’est-ce que le capital fictif ?

« Le capital fictif est une forme de capital (des titres de la dette publique, des actions, des créances) qui circule alors que les revenus de la production auxquels il donne droit ne sont que des promesses, dont le dénouement est par définition incertain ».Entretien avec Cédric Durand réalisé par Florian Gulli, « Le capital fictif, Cédric Durand », La Revue du projet : http://projet.pcf.fr/70923.

Selon Michel Husson, « le cadre théorique de Marx lui permet l’analyse du « capital fictif », qui peut être défini comme l’ensemble des actifs financiers dont la valeur repose sur la capitalisation d’un flux de revenus futurs : « On appelle capitalisation la constitution du capital fictif » [Karl Marx, Le Capital, Livre III]. Si une action procure un revenu annuel de 100 £ et que le taux d’intérêt est de 5 %, sa valeur capitalisée sera de 2000 £. Mais ce capital est fictif, dans la mesure où « il ne reste absolument plus trace d’un rapport quelconque avec le procès réel de mise en valeur du capital » [Karl Marx, Le Capital, Livre III]. Michel Husson, « Marx et la finance : une approche actuelle », À l’Encontre, décembre 2011, https://alencontre.org/economie/marx-et-la-finance-une-approche-actuelle.html

Le capital fictif est une forme du capital, il se développe exclusivement dans la sphère financière sans véritable lien avec la production. Il est fictif au sens où il ne repose pas directement sur la production matérielle et sur l’exploitation directe du travail humain et de la nature

Pour Jean-Marie Harribey : « Les bulles éclatent quand le décalage entre valeur réalisée et valeur promise devient trop grand et que certains spéculateurs comprennent que les promesses de liquidation profitable ne pourront être honorées pour tous, en d’autres termes, quand les plus-values financières ne pourront jamais être réalisées faute de plus-value suffisante dans la production. » Jean-Marie Harribey, « La baudruche du capital fictif, lecture du Capital fictif de Cédric Durand », Les Possibles, N° 6 – Printemps 2015 : https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-6-printemps-2015/debats/article/la-baudruche-du-capital-fictif.
Lire également François Chesnais, « Capital fictif, dictature des actionnaires et des créanciers : enjeux du moment présent », Les Possibles, N° 6 – Printemps 2015 : https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-6-printemps-2015/debats/article/capital-fictif-dictature-des

Je suis d’accord avec Cédric Durand quand il affirme : « Une des conséquences politiques majeures de cette analyse est que la gauche sociale et politique doit prendre conscience du contenu de classe de la notion de stabilité financière. Préserver la stabilité financière, c’est faire en sorte que les prétentions du capital fictif se réalisent. Pour libérer nos économies de l’emprise du capital fictif, il nous faut engager une désaccumulation financière. Concrètement, cela renvoie bien sûr à la question de l’annulation des dettes publiques et de la dette privée des ménages modestes, mais aussi à la diminution des rendements actionnariaux, ce qui se traduit mécaniquement par une diminution de la capitalisation boursière. Ne nous y trompons pas, de tels objectifs sont très ambitieux : ils impliquent inéluctablement de socialiser le système financier et de rompre avec la liberté de circulation du capital. Mais ils permettent de saisir précisément certaines conditions indispensables pour tourner la page du néolibéralisme. » Cédric Durand, « Sur le capital fictif, Réponse à Jean-Marie Harribey », Les Possibles, N° 6 – Printemps 2015 : https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-6-printemps-2015/debats/article/sur-le-capital-

Le capital fictif souhaite capter une partie de la richesse produite dans la production (les marxistes disent une partie de la plus-value produite par les travailleurs·ses dans la sphère de la production) sans mettre les mains dans le cambouis c’est-à-dire sans passer par le fait d’être investi directement dans la production (sous la forme d’achat de machines, de matières premières, de paiement de la force de travail humaine sous la forme de salaires, etc.). Le capital fictif, c’est une action dont le possesseur attend qu’elle donne un dividende. Il achètera une action Renault si celle-ci promet un bon dividende mais il pourra aussi revendre cette action pour acheter une action General Electric ou Glaxo Smith Kline ou Nestlé ou Google si celle-ci promet un meilleur dividende. Le capital fictif, c’est aussi une obligation de dette émise par une entreprise ou un titre de la dette publique. C’est aussi un dérivé, un produit structuré… Le capital fictif peut donner l’illusion qu’il génère par lui-même des profits tout en s’étant détaché de la production. Les traders, les brokers ou les dirigeants des grandes entreprises sont convaincus qu’ils « produisent ». Mais à un moment donné, une crise brutale éclate et une masse de capitaux fictifs repart en fumée (chute des cours boursiers, chute des prix sur le marché obligataire, chute des prix de l’immobilier…).

Les traders, les brokers ou les dirigeants des grandes entreprises sont convaincus qu’ils « produisent ». Mais à un moment donné, une crise brutale éclate et une masse de capitaux fictifs repart en fumée

Le Grand Capital, de manière répétée, veut croire ou faire croire qu’il est capable de transformer le plomb en or dans la sphère financière, mais de manière périodique la réalité le rappelle à l’ordre et la crise éclate.

Lorsque la crise éclate il faut faire la distinction entre l’élément détonateur d’une part (aujourd’hui, la pandémie du coronavirus peut constituer le détonateur) et les causes profondes, d’autre part.

Au cours des deux dernières années, il y a eu un ralentissement très important de la production matérielle. Dans plusieurs grandes économies comme celles de l’Allemagne, du Japon (dernier trimestre 2019), de la France (dernier trimestre 2019) et de l’Italie, la production industrielle a reculé ou a fortement ralenti (Chine et États-Unis). Certains secteurs industriels qui avaient connu un redémarrage après la crise de 2007-2009 comme l’industrie de l’automobile sont rentrés dans une très forte crise au cours des années 2018-2019 avec une chute très importante des ventes et de la production. La production en Allemagne, le principal constructeur automobile mondial, a baissé de 14 % entre octobre 2018 et octobre 2019 [2]. La production automobile aux États-Unis et en Chine a également chuté en 2019, de même en Inde. La production automobile chute fortement en France en 2020. La production d’un autre fleuron de l’économie allemande, le secteur qui produit les machines et les équipements, a baissé de 4,4 % rien qu’au mois d’octobre 2019. C’est le cas également du secteur de la production des machines-outils et d’autres équipements industriels. Le commerce international a stagné. Sur une période plus longue, le taux de profit a baissé ou a stagné dans la production matérielle, les gains de productivité ont aussi baissé.

En 2018-2019, ces différents phénomènes de crise économique dans la production se sont manifestés très clairement, mais comme la sphère financière continuait de fonctionner à plein régime, les grands médias et les gouvernements faisaient tout pour affirmer que la situation était globalement positive et que ceux et celles qui annonçaient une prochaine grande crise financière s’ajoutant au ralentissement marqué dans la production, n’étaient que des oiseaux de malheur.

Le point de vue de classe sociale est aussi très important : pour le Grand Capital, tant que la roue de la fortune dans la sphère financière continue de tourner, les joueurs restent en piste et se félicitent de la situation. Il en va de même pour tous les gouvernants car ils sont présentement liés au Grand Capital, tant dans les vieilles économies industrialisées comme l’Amérique du Nord, l’Europe occidentale ou le Japon, qu’en Chine, en Russie ou dans les autres grandes économies dites émergentes.

Malgré le fait que la production réelle a cessé en 2019 de croître de manière significative ou a commencé à stagner ou à baisser, la sphère financière a continué son expansion

Malgré le fait que la production réelle a cessé en 2019 de croître de manière significative ou a commencé à stagner ou à baisser, la sphère financière a continué son expansion : les cours en bourse ont continué d’augmenter, ils ont même atteint des sommets, le prix des titres des dettes privées et publiques a continué sa progression vers le haut, le prix de l’immobilier a recommencé à croître dans une série d’économies, etc.

En 2019, la production a ralenti (Chine et Inde), a stagné (une bonne partie de l’Europe) ou a commencé à baisser dans la deuxième moitié de l’année (Allemagne, Italie, Japon, France) notamment parce que la demande globale a baissé : la plupart des gouvernements et le patronat interviennent pour faire baisser les salaires, les retraites, ce qui réduit la consommation car l’endettement des familles, en augmentation, ne suffit pas à pallier à la baisse de revenus. De même, les gouvernements prolongent une politique d’austérité qui entraîne une réduction des dépenses publiques et des investissements publics. La conjonction de la chute du pouvoir d’achat de la majorité de la population et la baisse des dépenses publiques entraînent une chute de la demande globale et donc une partie de la production ne trouve pas de débouchés suffisants, ce qui entraîne une baisse de l’activité économique [3].

Il est important de préciser de quel point de vue on se situe : je parle de crise de la production non pas parce que je suis un adepte de la croissance de la production. Je suis pour l’organisation (la planification) de la décroissance afin de répondre notamment à la crise écologique en cours. Donc, personnellement, la chute ou la stagnation de la production au niveau mondial ne me chagrine pas, au contraire. C’est très bien si l’on produit moins de voitures individuelles et si leurs ventes chutent. Par contre pour le système capitaliste, il n’en va pas de même : le système capitaliste a besoin de développer sans cesse la production et de conquérir sans cesse de nouveaux marchés. Quand il n’y arrive pas ou quand cela commence à coincer, il répond à la situation en développant la sphère de la spéculation financière et en émettant de plus en plus de capitaux fictifs non reliés directement à la sphère productive. Cela semble fonctionner pendant des années, et puis à un moment donné des bulles spéculatives éclatent. À plusieurs moments de l’histoire du capitalisme, la logique d’expansion permanente du système capitaliste et de la production s’est exprimée par des guerres commerciales (et c’est de nouveau le cas aujourd’hui notamment entre les États-Unis et ses principaux partenaires) ou bien par de véritables guerres, et cette issue n’est pas tout à fait exclue aujourd’hui.

Il faut entamer immédiatement et planifier de manière urgente la décroissance pour combattre la crise écologique. Il faut produire moins et mieux

Si l’on se situe du point de vue des classes sociales exploitées et spoliées qui constituent l’écrasante majorité de la population (d’où l’image des 99 % opposés au 1 %), il est clair que la conclusion est qu’il faut rompre radicalement avec la logique d’accumulation du capital qu’il soit productif ou financier, ou productif financiarisé, peu importe les appellations. Il faut entamer immédiatement et planifier de manière urgente la décroissance pour combattre la crise écologique. Il faut produire moins et mieux. La fabrication de certains produits vitaux pour le bien-être de la population doit croître (constructions et rénovations de logements décents, transports collectifs, centres de santé et hôpitaux, distribution d’eau potable et épuration d’eaux usées, écoles, etc.) et d’autres productions doivent radicalement baisser (voitures individuelles) ou disparaître (fabrication d’armes). Il faut réduire radicalement et brutalement les émissions de gaz à effet de serre. Il faut reconvertir toute une série d’industries et d’activités agricoles. Il faut annuler une grande partie des dettes publiques, et dans certains cas l’entièreté de celles-ci. Il faut exproprier sans indemnité et transférer dans le service public les banques, les assurances, le secteur de l’énergie et d’autres secteurs stratégiques. Il faut donner d’autres missions et d’autres structures aux banques centrales. Il existe d’autres mesures telles la mise en œuvre d’une réforme fiscale globale avec une forte taxation du capital, une réduction globale du temps de travail avec des embauches compensatoires et le maintien des niveaux de salaire, la gratuité des services de santé publique, de l’éducation, des transports publics, des mesures effectives pour garantir l’égalité entre les sexes. Il faut répartir les richesses en respectant la justice sociale et en faisant primer les droits humains et le respect des fragiles équilibres écologiques.

La grande masse de la population qui voit ses revenus réels diminuer ou stagner (c’est-à-dire son pouvoir d’achat réel) compense cette baisse ou cette stagnation par le recours à l’endettement pour maintenir son niveau de consommation, y compris sur des questions vitales (comment remplir son frigo, comment assurer la scolarité des enfants, comment se déplacer pour aller au travail s’il faut acheter une voiture car il n’y a pas de transports en communs, comment payer certains soins de santé, etc.). Il faut apporter des solutions radicales à cet endettement croissant d’une majorité de la population aux quatre coins de la planète et recourir à des annulations de dette. Il faut donc annuler une grande partie des dettes privées des ménages (notamment les dettes étudiantes, les dettes hypothécaires abusives, les dettes abusives de consommation, les dettes liées au microcrédit abusif…). Il faut augmenter les revenus de la majorité de la population et améliorer fortement la qualité des services publics dans la santé, l’éducation, les transport collectifs, en pratiquant la gratuité.

Nous devons mener la lutte contre la crise multi-dimensionnelle du système capitaliste et nous engager résolument sur la voie d’une sortie écologiste-féministe-socialiste. Il s’agit d’une nécessité absolue et immédiate

Nous sommes confrontés à une crise multidimensionnelle du système capitaliste mondial : crise économique, crise commerciale, crise écologique, crise de plusieurs institutions internationales qui font partie du système de domination capitaliste de la planète (OMC, OTAN, G7, crise dans la Fed – la banque centrale des États-Unis –, crise dans la Banque centrale européenne), crise politique dans des pays importants (notamment aux États-Unis entre les deux grands partis du grand capital), crise de santé publique, guerres… Dans l’esprit d’un grand nombre de personnes dans de nombreux pays, le rejet du système capitaliste est plus élevé qu’il ne l’a jamais été au cours des cinq dernières décennies, depuis le début de l’offensive néolibérale sous Pinochet (1973), Thatcher (1979) et Reagan (1980).

L’abolition des dettes illégitimes, cette forme de capital fictif, doit s’inscrire dans un programme beaucoup plus large de mesures supplémentaires. L’écosocialisme doit être mis au cœur des solutions et non laissé de côté. Nous devons mener la lutte contre la crise multidimensionnelle du système capitaliste et nous engager résolument sur la voie d’une sortie écologiste-féministe-socialiste. Il s’agit d’une nécessité absolue et immédiate.

Notes

[1Voir Éric Toussaint, Bancocratie, 2014, chapitre 3 « De la financiarisation/dérèglementation des années 1980 à la crise de 2007-2008 ».

[2L’industrie automobile allemande emploie 830 000 travailleurs et 2 000 000 d’emplois connexes en dépendent directement (Source : Financial Times, « German industrial output hit by downturn », 7-8 décembre 2019).

[3Concernant l’explication des crises, parmi les économistes marxistes, « deux grandes « écoles » se font face : celle qui explique les crises par la sous-consommation des masses (la surproduction de biens de consommation) ; et celle qui les explique par la « suraccumulation » (l’insuffisance du profit pour poursuivre l’expansion de la production des biens d’équipement). Cette querelle n’est qu’une variante du vieux débat entre les partisans de l’explication des crises par « l’insuffisance de la demande globale » et ceux de l’explication par la « disproportionnalité ». » Ernest Mandel. La crise 1974-1982. Les faits. Leur interprétation marxiste, 1982, Paris, Flammarion, 302 p. À la suite d’Ernest Mandel, je considère que l’explication de la crise actuelle doit prendre en compte plusieurs facteurs qu’on ne peut pas la réduire à une crise produite par la surproduction de biens de consommation (et donc une insuffisance de la demande) ou bien par la suraccumulation de capitaux (et donc l’insuffisance du profit).

Auteur.e Eric Toussaint :  Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.

Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

Source www.cadtm.org/Non-le-coronavirus-n-est-pas-le-responsable-de-la-chute-des-cours-boursiers

Soutenez SOS MEDITERRANEE

Jeudi 21 novembre à la Maison des associations de Grenoble le collectif en partenariat avec SOS MEDITERRANEE proposait la projection du film  » 10 jours en mer , la véritable histoire de l’Aquarius  » support au débat.

La présence de deux membres de l’association , Syphax ( délégué régional mobilisation territoriale ) et Laurence (chargée de communication sur le bateau ou à terre) a permis de faire un point d’actualité depuis l’arrêt des sauvetages suite à l’immobilisation de l’Aquarius et la reprise avec le nouveau bateau Océan Viking . Le public a pu échanger sur toutes des questions techniques liées au sauvetage lui même mais ce qui les interpellaient le plus étaient d’ordre politique.

A l’issue du débat le public a pu apporter son soutien financier à l’association. Si vous n’avez pas pu assister à cette soirée vous pouvez toujours le faire sur le site de SOS MEDITERRANEE   https://don.sosmediterranee.org


215 rescapés secourus par l’Ocean Viking en trois jours

Nicholas Romaniuk, coordinateur des opérations à bord de l’Ocean Viking, navire de sauvetage affrété par SOS MEDITERRANEE et opéré en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF) :

« Hier, l’Ocean Viking a secouru 90 personnes. Le sauvetage s’est déroulé dans les eaux internationales, à 82 milles nautiques (152 km) des côtes libyennes.

Nous avons cherché ce bateau sans arrêt pendant près de 24 heures, ce qui a été très éprouvant pour les équipes à bord de l’Ocean Viking. Alarm Phone a signalé l’embarcation en détresse mercredi aux autorités libyennes en mettant l’Ocean Viking en copie.

Heureusement, nous avons pu repérer l’embarcation pneumatique à l’aide de jumelles depuis la passerelle du navire. Les survivants nous ont indiqué que le bateau avait quitté Khoms, en Libye, mardi soir. Il avait fait route vers l’est et se dirigeait vers le milieu de la Méditerranée. Quasiment toutes les personnes à bord de cette embarcation auraient péri si l’Ocean Viking n’avait pas été dans la zone ou s’il n’avait pas été en capacité de les secourir.

D’après mon expérience, la situation actuelle en Méditerranée centrale est pire qu’elle ne l’a jamais été ces dernières années. Il n’y a pas de coordination dans la région. Il semble y avoir un mépris total pour les personnes fuyant la Libye par bateau et qui risquent ainsi de perdre la vie. C’est extrêmement frustrant et très dangereux pour les personnes elles-mêmes. Ces deux derniers jours, il a été reporté sur les réseaux sociaux qu’une embarcation aurait fait naufrage et que de nombreuses personnes auraient péri. L’Ocean Viking a effectué trois opérations de sauvetage et mis en sécurité 215 personnes au cours des trois derniers jours : une embarcation pneumatique mardi, une embarcation en fibre de verre mercredi et une autre embarcation pneumatique hier. Nous avons dû travailler d’arrache-pied et parcourir de grandes distances pour réussir à les secourir.

L’Ocean Viking se dirige actuellement vers le nord. Il a demandé aux centres de coordination de sauvetage en mer (MRCC) italiens et maltais d’assigner un lieu sûr pour y débarquer les 215 survivants, après que les autorités libyennes aient attribué Tripoli comme “lieu sûr”. Nous avons dû répondre que nous ne pouvions pas y aller, puisqu’aucun port en Libye n’est actuellement considéré comme un « lieu sûr » selon le droit international. »

Photos: Avra Fialas / SOS MEDITERRANEE

Source http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/decl-22-11-2019

 

Un autre monde est possible ! Certains ont déjà commencé !

13 février par Gustave Massiah

Recension du livre de Olivier Bonfond – IL FAUT TUER TINA. 200 propositions pour rompre avec le fatalisme et changer le monde (Editions du Cerisier – Belgique – 2017)

Avec IL FAUT TUER TINA, Olivier Bonfond nous offre un très important et très beau livre. Il contribue à proposer une stratégie pour répondre au modèle dominant, au néolibéralisme qui caractérise la phase actuelle de la mondialisation capitaliste. Il participe au renouvellement de l’altermondialisme.

Qui est donc cette TINA et pourquoi est-elle si nocive ? TINA résume « There Is No Alternative » qui avait été lancé et popularisé par Margaret Thatcher quand elle était première ministre en Grande Bretagne, en 1979. Elle a imposé, avec Ronald Reagan, président des États-Unis en 1981, le néolibéralisme. Margaret Thatcher répondait aux critiques et aux luttes sociales en affirmant « il n’y a pas d’alternative ». Elle a préfiguré le caractère « austéritaire » du néolibéralisme, combinant austérité et autoritarisme, en combattant ceux et celles qui le contestent et en les traitant de rêveurs, d’ennemis à éliminer par tous les moyens, y compris les répressions et les guerres.

TINA résume l’idéologie néolibérale. Cette idéologie est très bien exposée dans deux livres qui sont parus dans les années 1990. La Fin de l’Histoire et le dernier Homme, paru en 1992, de Francis Fukyama explique que si le capitalisme peut éventuellement être amélioré, il ne peut pas être dépassé ; le marché et la « démocratie de marché », c’est la fin de l’Histoire. Et Samuel Huttington, avec La crise des civilisations, paru en 1996, explique que les conflits sociaux ne sont pas prioritaires. Ce qui compte, ce sont les guerres de civilisations et de religions, avec l’islam constituant le danger principal.

En quoi consiste ce modèle néolibéral qu’il est interdit de contester ? Dès la fin des années 1970, le modèle social libéral est mis en cause. Il a été adopté par Roosevelt en 1933, mais n’a été appliqué qu’en 1945 après une guerre mondiale. Il repose sur une conception « fordiste » de l’industrie et une conception keynésienne de l’État social. Il répondait à la contestation du capitalisme portée par l’alliance stratégique entre les mouvements ouvriers qui se référaient à la révolution de 1917 et les mouvements de libération nationale pour la décolonisation. La contre-révolution néolibérale commence après les crises pétrolières de 1973 et 1977 ; elle est une réponse aux avancées de la décolonisation et prépare la chute du bloc soviétique achevée en 1989.

Le modèle néolibéral repose sur une idée simple, ce qui contribue à son succès : il suffit de laisser faire le marché et d’ajuster l’économie de chaque pays au marché mondial. Il faut laisser faire les acteurs de la « modernité » et du « progrès », à savoir les entreprises multinationales et le capital financier. La nouvelle forme du libre-échange, c’est d’interdire toute limitation des importations, de laisser les multinationales investir sans contrôle où elles veulent et de retirer leurs bénéfices comme elles veulent, de donner le contrôle aux actionnaires, de réorienter les politiques économiques au profit des actionnaires, de démanteler les États sociaux et les politiques sociales, de réduire les salaires et d’affaiblir les résistances ouvrières et sociales par la précarisation.

Ce nouveau cours de la mondialisation capitaliste se heurte tout de suite à la résistance des peuples. Le mouvement anti-systémique de la mondialisation néolibérale commence dès le début, c’est ce qui prendra le nom du mouvement altermondialiste. La première phase de l’altermondialisme s’oppose à la politique de l’ajustement structurel et à la crise de la dette menée, à l’initiative du G7, par la Banque Mondiale et le FMI. Dès la fin des années 1970, les mouvements contre cette recolonisation, contre la dette et l’ajustement structurel sont très actifs dans les pays du Sud. Après 1989, le néolibéralisme cherche à mettre en place un système international qui corresponde à ses intérêts. Il met en avant l’Organisation Mondiale du Commerce, pour compléter la Banque Mondiale et le FMI et va chercher à marginaliser les Nations Unies.

La deuxième phase de l’altermondialisme, de 1989 à 1999, conteste les institutions internationales, dont le G7, l’Union Européenne et les institutions de Bretton Woods. Elle met en avant un nouveau mot d’ordre qui culminera aux manifestations contre l’OMC, à Seattle en 1999 : « le droit international ne doit pas être subordonné au droit aux affaires ». A partir de 2000, le mouvement altermondialiste organise les Forums sociaux mondiaux, contre le Forum économique de Davos qui illustre la fusion des classes dominantes : les classes politiques et les classes financières. Il mettra en avant un nouveau mot d’ordre, contestant TINA : Un autre monde est possible.

La crise financière de 2008 montre les limites du néolibéralisme. Les insurrections de 2011 dans plusieurs dizaines de pays démontrent l’exaspération des peuples contre le système et dénoncent la corruption portée par la fusion des classes politiques et financières, l’explosion des inégalités et des discriminations, les injustices écologiques ainsi que l’illusion démocratique de nos sociétés. Dès 2013 et 2014, confirmant la stratégie du choc de Naomi Klein, commence une période de contre-révolutions caractérisées par une accélération des politiques d’austérité et la montée en puissance des idéologies racistes, xénophobes, sécuritaires et anti-migrants. Un renouvellement du mouvement altermondialiste, qui ne se résume pas aux forums sociaux mondiaux, est nécessaire.

Le livre d’Olivier Bonfond, IL FAUT TUER TINA, s’inscrit dans le renouvellement de l’altermondialisme. Il propose une réponse idéologique et pratique à TINA. La meilleure manière de contester TINA, c’est de démontrer qu’il y a des alternatives à la fois concrètes et crédibles au capitalisme néolibéral. C’est ce que fait Olivier Bonfond dans son livre. Il identifie et présente plus de 200 propositions qui témoignent qu’un autre monde possible est déjà en route.

La première partie s’attache à une réflexion fondamentale, celle de la définition de l’alternative. Elle affirme dès le début qu’il s’agit de la recherche des autres mondes possibles et non pas d’un monde mythique. Elle s’intéresse à une alternative radicale en ne se laissant pas enfermer dans les propositions gradualistes comme notamment les OMD et les ODD. L’objectif doit être l’émancipation des peuples, à partir des droits humains fondamentaux, de l’écologie et de la démocratie. Les axes stratégiques impliquent de renforcer les mobilisations populaires, de s’attaquer à la racine des problèmes, mais aussi de ne pas envisager les alternatives de manière isolée. La proposition est celle d’une alternative radicale et d’une voie non-capitaliste, impliquant nécessairement des ruptures et des dynamiques révolutionnaires.

Les trois autres parties esquissent un programme, celui d’une transition sociale, écologique et démocratique. La deuxième partie cherche à mettre l’économie au service des peuples. Elle propose quatre démarches : la maîtrise du financement du développement ; la rupture du cercle infernal de la dette (Olivier Bonfond travaille depuis 15 ans au sein du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes) ; la triple rupture économique, celle du dogme de la croissance illimitée, celle du dogme de l’initiative privée et de l’austérité, celle du dogme du libre-échange ; enfin, la maîtrise des banques.

La troisième partie s’attache à prendre soin des êtres humains et de la planète. Elle part de la lutte contre les inégalités en commençant par l’égalité par rapport à la santé ; du féminisme et des droits des femmes ; des droits sociaux, de la sécurité sociale et des services publics renforcés ; de l’agriculture, de l’alimentation et de la souveraineté alimentaire ; des migrations et du choix de construire des ponts, pas des murs ; de l’écologie, du climat et des biens communs qui sont entendus comme le patrimoine commun de l’humanité.

La quatrième partie s’attache à la construction d’une démocratie réelle. Elle part de la démocratie à partir d’une citoyenneté active et critique, articulant démocratie représentative, participative et démocratie directe ; de la nécessité de refonder les institutions internationales ; de la culture, de l’éducation, de l’éducation populaire ; de la communication et de la nécessaire libération des médias ; de l’intime liaison entre les initiatives locales et les actions globales, entre les actions individuelles et les actions collectives.

Un autre élément doit être souligné. Les 200 propositions concrètes qu’Olivier Bonfond développe dans son livre s’appuient sur de nombreux encarts mettant en évidence des exemples de changements concrets et de mobilisations victorieuses. Par exemple, dans le cas de l’action contre des lois injustes, il illustre la désobéissance civile en rappelant le Larzac, en 1971 à 1981, la place Taksim à Istanbul, en 2013, les Zones à défendre, les ZAD, et celle de Notre Dame des Landes, à partir de 2014. Il montre que des gouvernements peuvent reprendre le contrôle de leurs richesses au profit des peuples, que d’autres sauvetages financiers sont possibles, comme par exemple en Suède en 1991, qu’il est possible de refuser de payer la dette et de faire plier les détenteurs de capitaux, etc.

C’est l’histoire souterraine qui affleure et qui porte les transformations profondes qui sont à l’œuvre. Il s’agit de rendre visibles les alternatives, de les renforcer, et de passer de la floraison d’initiatives à la définition d’un projet cohérent et d’une stratégie efficace. Par son livre, Olivier Bonfond y contribue.

Le site (www.bonnes-nouvelles.be) est le prolongement et le complément du livre IL FAUT TUER TINA. Le site poursuit l’objectif de rendre visibles les petites et grandes victoires qui, bien que partielles et insuffisantes, nous aident à rompre avec le fatalisme et peuvent constituer des sources d’inspiration pour nos actions individuelles et collectives. Récemment, la newsletter a présenté les 40 plus belles victoires sociales, écologiques, démocratiques et culturelles de 2018 ; choisies parmi les 150 victoires recensées sur le site en 2018.

Auteur.e Gustave Massiah

Source http://www.cadtm.org/Un-autre-monde-est-possible-Certains-ont-deja-commence

Manifeste : Médicament un bien commun

Pour un monde de solidarité, de coopération, de fraternité et de liberté

Nous proposons à tous les acteurs et usagers du secteur de la santé, à se mobiliser pour l’appropriation sociale et publique de la chaine du médicament.

Il est nécessaire et urgent de faire valoir les valeurs de solidarité et d’universalité au fondement de nos systèmes de santé. Il faut donc arracher le pouvoir de décisions à une infime minorité d’humains, actionnaires et décisionnaires, pour obtenir une réponse réelle aux besoins de milliards d’humains

Pour une appropriation sociale du médicament
Manifeste

Nous affirmons :

  • La santé est un droit universel : les Etats, les pouvoirs publics, tous les acteurs agissant dans le domaine de la santé, doivent garantir un égal accès de toutes et tous aux soins et traitements de qualité.
  • L’accès aux médicaments est un droit de la personne fondé sur le droit inaliénable aux soins.
  • L’égalité d’accès aux médicaments est une condition indispensable à la jouissance du droit à la santé. En ce sens, le médicament est un bien commun de l’humanité, sous condition d’une appropriation collective et démocratique des peuples, dans chaque pays et à l’échelle planétaire.
  • La nécessité de supprimer la notion de propriété privée et de monopole des droits de propriété intellectuelle sur les médicaments attribués par les brevets d’invention.
  • Vouloir rompre avec la logique de la rentabilité financière pour donner la primauté à la protection de la santé publique.
  • Le principe d’une santé publique et environnementale à l’échelle planétaire, la création d’un nouvel écosystème, la refondation des coopérations internationales et la mise en place d’une sécurité sociale à vocation universelle

Contexte : La production des médicaments, analysée comme une production de marchandises,ne répond pas aux besoins des populations :

Le marché mondial du médicament représente un chiffre d’affaire dépassant les 1000 milliards d’Euros avec une rentabilité de 20%, le plus rentable du capitalisme, donnant aux industries pharmaceutiques un pouvoir considérable dans le secteur économique.Considérant le médicament comme un simple bien marchand, les industries pharmaceutiques dépensent plus en frais de commercialisation, marketing, lobbying qu’en Recherche & Développement (R&D) tout en justifiant les prix de vente par le coût de la R&D.

Sous prétexte de traitements innovants, un jeu de dupes s’établit entre les gouvernants, les décideurs de la santé et les dirigeants des multinationales du médicament qui obtiennent que leur soient payées au prix fort des molécules au service médical parfois modeste. Ils ponctionnent ainsi partout dans le monde les systèmes de prévoyance et les fonds publics comme celui de la Sécurité Sociale en France. Au mépris de la santé publique,et dans un manque total de transparence, les groupes pharmaceutiques s’assurent ainsi une source de profits confortables, à la grande satisfaction des actionnaires.

L’industrie pharmaceutique, propriétaire des brevets de molécules championnes dela profitabilité, les blockbusters, a exploité à son maximum cette politique pour dominer le marché, générant des milliards de dollars. Au point de saturer par des molécules équivalentes certains domaines thérapeutiques alors que d’autres fondamentaux sont délaissés. A la recherche de nouvelles stratégies, les Big Pharma externalisent d’une part leur recherche vers les laboratoires publics ou de petites sociétés, et d’autre part, se réorientent vers le développement de produits biologiques, plus difficiles à copier, leur permettant ainsi d’exiger des prix exorbitants. Ces nouvelles thérapeutiques ne pourront bénéficier qu’aux marchés solvables. Cette logique commerciale oriente la recherche de manière discriminée conduisant à l’arrêt des recherches dans plusieurs axes thérapeutiques essentiels.

L’application du système juridique des brevets aux médicaments donne un pouvoir discrétionnaire aux multinationales pour fixer les prix de vente. Le médicament est soumis au droit commun des produits brevetables. Sous l’argument d’inciter l’investissement en R&D dans les secteurs privés, l’application du système juridique des brevets aux médicaments préserve les firmes pharmaceutiques de toute concurrence durant les 20 années d’exclusivité. Depuis les années 1980, à l’instigation des grandes entreprises pharmaceutiques, les droits de la propriété intellectuelle sur les médicaments ne cessent d’être renforcés. Ainsi, sous l’égide de l’OMC, les accords sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC – Marrakech, 1994) fixent un modèle d’exploitation agressif de la propriété intellectuelle à l’échelle internationale, aggravé par les dispositions ADPIC+. Enfin sous couvert de développement de thérapies géniques et via les partenariats public-privé, les entreprises privées ont obtenu l’exploitation des titres de propriété intellectuelle sur les résultats de la recherche publique universitaire, leur permettant ainsi d’étendre la brevetabilité au domaine du vivant ((Bay-Dole-Act ; US : 1980 – Europe : au cours des années 1990). C’est souvent le cas des thérapies ciblées dans le traitement des cancers (en fonction des caractéristiques génétiques), dont les prix sont tellement faramineux que seules des populations étroites ayant les moyens financiers pourront en bénéficier. Le prix de vente des médicaments, les marges qui en sont issues, ne s’expliquent que par l’application des brevets et le monopole qui en découle. La principale conséquence est d’avoir rendu difficile voire impossible l’accès de populations entières aux médicaments.

Ce que nous voulons :

  • L’accessibilité universelle aux soins de santé et aux médicaments. Les autorités publiques doivent garantir ce droit selon les critères d’égalité, de qualité et de sécurité, ce qui implique une politique publique de santé, des services publics et des budgets de recherche à la hauteur des besoins.
  • Refuser la marchandisation des soins de santé dont les médicaments pour que les objectifs de santé publique ne soient plus dominés par le consumérisme des produits pharmaceutiques. Les médicaments essentiels lorsqu’ils sont « disponibles,économiquement abordables, de bonne qualité et bien utilisés » permettent de répondre aux besoins prioritaires de la population en matière de santé.
  • Refuser l’utilisation de population comme cobayes humains, contre nourriture ou toute autre rétribution, pour l’expérimentation de nouvelles molécules.
  • La sortie des stratégies de l’industrie pharmaceutique qui ont pour objectif la profitabilité du capital et exercent de fortes pressions sur les politiques publiques de santé. Pour ce faire,doivent se mettre en place de nouveaux modèles de R&D, de production et de distribution de produits de qualité, contrôlés par les citoyens.
  • Libérer et promouvoir la recherche : L’organisation et les orientations de recherche fondamentale doivent être libres de toute contrainte et ne pas être assujetties aux visées financières des firmes pharmaceutiques. L’utilisation des résultats de la recherche et le développement des innovations pouvant conduire à des améliorations thérapeutiques doivent être définies en fonction des besoins de santé publique de la population mondiale,dans l’intérêt général et sous maitrise citoyenne. Les coopérations internationales doivent être encouragées et les financements publics fournis à la hauteur nécessaire. Les résultats,au fur et à mesure de nouvelles découvertes ou innovations, doivent être rendus publics afin que le fond de connaissances scientifiques du monde soit enrichi et les savoirs partagés.
  • Refonder la législation internationale en matière de propriété intellectuelle et industrielle appliquée aux médicaments, sur la base de la primauté de la santé publique.

o Le système des brevets sur les médicaments doit être abrogé. Les dérogations obtenues par certains pays permettant de contourner les brevets (licence obligatoires), ont certes fait temporairement reculer les firmes aux exigences exorbitantes, mais sans régler le problème sur le fond et le long terme.

o Dénoncer les Accords sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC) et les dispositions ADPIC+ qui font perdre toute latitude en matière de politique de santé publique aux pays en voie de développement, et limitent celle des pays développés potentiellement producteurs.

o Le système des brevets sur les médicaments doit être abrogé. Les dérogations obtenues par certains pays permettant de contourner les brevets (licence obligatoires), ont certes fait temporairement reculer les firmes aux exigences exorbitantes, mais sans régler le problème sur le fond et le long terme.

o Dénoncer les Accords sur les Aspects des Droits de Propriété Intellectuelle qui touchent au Commerce (ADPIC) et les dispositions ADPIC+ qui font perdre toute latitude en matière de politique de santé publique aux pays en voie de développement, et limitent celle des pays développés potentiellement producteurs.

o Revenir sur la directive Européenne 98/44 relative à la brevetabilité des séquences génétiques et des organismes contenant des entités brevetables.

Nous proposons à tous les acteurs et usagers du secteur de la santé, à se mobiliser pour l’appropriation

Pour signer http://medicament-bien-commun.org/

Grandes entreprises française : un impact désastreux pour la société et la planète

Attac France, en partenariat avec l’Observatoire des multinationales, publie ce rapport qui synthétise le véritable bilan des entreprises du CAC 40 en matière de justice sociale, justice écologique et justice fiscale.

A l’occasion du Forum économique mondial de Davos 2019 et de la deuxième édition du « Choose France summit », Attac France fait une série de propositions concrètes lesquelles, si elles étaient mises en œuvre par les pouvoirs publics, contribueraient à répondre aux exigences de justice sociale, fiscale et climatique, aujourd’hui portées par la majorité de la population.

Dans ce rapport il est révélé qu’entre 2010 et 2017 : les impôts versés par les entreprises du CAC 40 ont baissé de 6,4 % en valeur absolue, alors que leurs bénéfices cumulés ont augmenté de 9,3 % et les dividendes versés aux actionnaires de 44 % en valeur absolue également sur la même période, tandis que leurs effectifs en France ont baissé de 20 %.

  • Quelle justice sociale alors que les profits des grandes entreprises françaises, les dividendes et les rémunérations des hauts dirigeants s’envolent quand les effectifs mondiaux stagnent et qu’ils diminuent fortement en France ?
  • Quelle justice climatique alors que les émissions de CO2 des sites les plus polluants du pays ont augmenté de 5 % en 2017 et que ces émissions, notamment issues d’entreprises du CAC 40, échappent largement à la fiscalité carbone ?
  • Quelle justice fiscale alors que les entreprises du CAC 40 ont plus de 2 500 filiales dans les paradis fiscaux et payent moins d’impôts aujourd’hui qu’en 2010 ?

Pour afficher le rapport en « plein écran », cliquez sur ce lien

Source https://france.attac.org/nos-publications/notes-et-rapports/article/nouveau-rapport-d-attac-les-grandes-entreprises-francaises-un-impact-desastreux

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