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Blocus sur le bateau Aquarius

AQUARIUS  :  UNE HONTE EUROPEENNE

L’idéal européen envoyé par le fond. Lundi 11 juin, le gouvernement italien a maintenu mordicus sa décision de fermer tous les ports du pays à l’Aquarius, navire humanitaire bloqué en mer depuis la veille alors qu’il faisait route vers la Sicile avec 629 migrants à son bord, dont 123 mineurs isolés et sept femmes enceintes.

Dans l’urgence, et dans un silence assourdissant côté français, c’est le premier ministre espagnol qui s’est dressé pour offrir une solution de rechange au bateau de SOS Méditerranée, affrété en collaboration avec Médecins sans frontières (MSF).« Il est de notre obligation d’aider à éviter une catastrophe humanitaire et d’offrir un “port sûr” à ces personnes », a réagi Pedro Sánchez lundi après-midi, en proposant que la ville de Valence, sur la côte est du pays, recueille l’ensemble des exilés, dont plusieurs ont été récupérés ce week-end in extremis alors que leurs embarcations pneumatiques étaient déjà en train de couler. Pour le socialiste, il s’agit simplement que « l’Es­pagne ho­nore [ses] en­ga­ge­ments in­ter­na­tio­naux en ma­tière de crise hu­ma­ni­taire ».

Lundi dans la soirée, l’équipage de l’Aquarius (qui a « repêché » plus de 30 000 migrants en quatre ans) indiquait cependant qu’il ne bougeait pas, « dans l’attente d’instructions de la part des autorités maritimes compétentes », rappelant que trois jours minimum de mer seraient nécessaires pour rejoindre Valence.

D’après un communiqué diffusé par l’ONG, aucune vie à bord n’est plus en péril immédiat, mais « tous les rescapés sont épuisés et déshydratés parce qu’ils ont passé de longues heures à la dérive dans des canots. Il y a beaucoup de rescapés brûlés par le mélange d’essence et d’eau de mer ». Réagissant au blocus italien, le président de l’association semblait se frotter les yeux pour y croire : « Nous ne pouvons pas imaginer que des préoccupations politiques prévalent sur la situation humanitaire de centaines de personnes tout juste sauvées d’une noyade certaine et qui viennent de quitter l’enfer libyen. »

Et pourtant. Le blocus italien a été annoncé dimanche par le ministre de l’intérieur en personne, Matteo Salvini, entré au gouvernement le 31 mai à la faveur d’une coalition entre son parti d’extrême droite (La Ligue) et les populistes du M5S, formée à l’issue des législatives de mars dernier. C’était lui déjà, le 3 juin, qui avait prévenu que l’Italie ne deviendrait pas « le camp de réfugiés de l’Europe » et qui avait appelé les 500 000 « clandestins » du pays à « faire leurs valises ». Au-delà de ces paroles incendiaires, Matteo Salvini avait besoin d’un acte symbolique, le voici.

L’Aquarius a dû stopper les gaz dimanche alors qu’il croisait grosso modo à équidistance des côtes italiennes et maltaises, précisément à 35 milles nautiques de la Sicile et 28 milles de Malte, l’Italie estimant qu’il revenait plutôt à son micro-voisin, lui aussi membre de l’Union européenne, d’accueillir les 629 migrants.« Malte n’est pas l’autorité qui coordonne le dossier et n’en a pas la compétence », a répliqué le porte-parole du gouvernement maltais, prêt à un long bras de fer diplomatique -sa marine s’est contentée lundi soir de ravitailler l’Aquarius en bouteilles d’eau et en nouilles. Son argument ? Les sauvetages opérés durant le week-end par l’Aquarius (au nombre de six) ont tous été supervisés par le Centre de coordination des secours (MRCC) de Rome. Mieux : une partie des 600 passagers ont été tirés de leurs embarcations précaires par des gardes-côtes transalpins, qui les ont ensuite transbordés sur le navire de SOS Méditerranée, épaulés d’un hélicoptère et d’un vaisseau de la marine italienne.

Pour le correspondant du Monde à Rome, tout s’est même « passé comme si les autorités italiennes avaient cherché à “remplir” le plus possible l’Aquarius » afin que l’annonce du blocus par Matteo Salvini produise un impact maximal, le jour où des élections municipales étaient organisées notamment en Sicile, où la Ligue jouait très gros.

« L’Italie commence à partir d’aujourd’hui à dire non au trafic d’êtres humains, non au business de l’immigration clandestine », a tonné Matteo Salvini, dans un texte publié sur Facebook. « Malte n’accueille personne, la France repousse les migrants à sa frontière, l’Espagne défend ses frontières avec les armes En Europe, tout le monde s’occupe de ses affaires. » Alors lui aussi désormais : « Fermons les ports », a revendiqué le leader d’extrême droite, slogan qui se répand depuis comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux.

En réplique, plusieurs maires de ports siciliens ou situés dans la région déshéritée des Pouilles, de Palerme à Tarente, en passant par Messine, proposaient d’ouvrir leurs portes à l’Aquarius. Naples est « prête à sauver des vies humaines », a ainsi tweeté le premier édile de la ville Luigi de Magistris, qualifiant Matteo Salvini de « sans-cœur ». Mais au regard du droit italien, cette décision ne saurait leur revenir.« Merci aux maires qui ouvrent leurs bras, a tout de même applaudi le Sea-Watch, autre navire humanitaire affrété par une ONG allemande, sans migrant à son bord ces jours-ci, mais que Matteo Salvini menace de laisser lui aussi sans point de chute en Italie. Vous êtes les ports de l’humanité ! »

Confronté à ce scénario lamentable, la Commission européenne a simplement demandé, lundi, « un règlement rapide » du bras de fer entre Malte et l’Italie, tandis qu’un porte-parole du gouvernement allemand en appelait au devoir « humanitaire » et au sens des responsabilités de toutes les parties. Sollicité par Mediapart, le cabinet de Gérard Collomb, le ministre de l’intérieur français, n’a pas réagi à ce stade. Ni plus ni moins que le président de la République, silencieux.

De leur côté, les eurodéputés socialistes fustigent, dans un communiqué, ce « bras de fer entre pays européens fuyant [leurs] responsabilités communes », estimant que l’attitude italienne « relève d’un comportement illégal », que celle des autorités maltaises mérite « une condamnation morale ». Surtout, ils s’inquiètent de la capacité de l’Union européenne à se mettre d’accord sur la réforme du règlement de Dublin, qui prévoit depuis 2003 que l’État responsable d’une demande d’asile est celui par lequel le migrant est arrivé (bien souvent la Grèce et l’Italie, pays de « première ligne »), qui autorise par exemple Paris à demander le renvoi vers Rome de tous les demandeurs d’asile de France ayant laissé des empreintes dans la « Botte ».

À cent lieues d’une véritable solidarité européenne, ce texte a tellement exaspéré les gouvernements transalpins successifs que les forces de l’ordre italiennes laissent de plus en plus de migrants traverser le pays sans les enregistrer, et qu’elles font mariner nombre de demandes de transfert émises par Paris – moins de 1 000 ont pu être effectués vers l’Italie en 2017.

Le refoulement de l’Aquarius « démontre une fois encore le besoin urgent d’une alternative au règlement de Dublin », clament de leur côté les eurodéputés écologistes, jugeant que celui-ci « fait peser une pression disproportionnée sur les États membres situés aux frontières extérieures de l’UE ». L’alternative à leurs yeux ? « Un système plus juste tenant compte des liens [familiaux] » et « appliquant un quota d’admission équitable entre États membres ». En attendant, ils demandent « à Emmanuel Macron de s’engager en faveur du respect des droits fondamentaux » et à la France de permettre à l’Aquarius « de débarquer ses passagers dans un port français ». Si ce n’est cette fois-ci, alors la suivante !

« [Il faut] partager la responsabilité des demandeurs d’asile entre tous les pays de l’UE », abonde Ian Brossat, chef de file des communistes aux élections européennes et adjoint d’Anne Hidalgo à la mairie de Paris (qui a déjà demandé un « moratoire » dans l’application de « Dublin » après l’évacuation du campement du Millénaire).

Au niveau européen, cependant, les discussions sur la réforme du règlement sont aussi mal engagées que possible. Le règlement de Dublin est « mort », a même clamé le secrétaire d’État à l’immigration belge, Théo Francken, lors d’une réunion des ministres de l’intérieur le 4 juin dernier. Nationaliste flamand, il s’est déclaré partisan décomplexé de la politique du « push-back », soit justement du refoulement des bateaux de migrants.

Alors que le sujet est inscrit à l’ordre du jour du prochain conseil européen (des 28 et 29 juin), le texte élaboré par l’actuelle présidence bulgare de l’UE n’a quasiment aucune chance d’être adopté – il esquisse certes un dispositif de répartition par quotas pour alléger les pays « de première ligne », mais ce dernier serait uniquement actionnable en cas de « situation exceptionnelle », à l’issue d’un vote à la majorité qualifiée. En l’état, cette proposition ne satisfait ni la Grèce ni l’Italie, qui réclament beaucoup plus de solidarité. Et il va déjà beaucoup trop loin pour d’autres – notamment en Europe centrale ou orientale.

Face au gouffre politique, les réflexions partent d’ailleurs dans tous les sens. Mardi 5 juin, le premier ministre danois a ainsi annoncé que son pays était en discussion avec l’Autriche (qui doit bientôt assumer la présidence tournante de l’UE) et « d’autres pays » pour proposer la création de « centres communs de réception et d’expulsion » situés en dehors du territoire de l’UE, semble-t-il en Albanie ou au Kosovo. La solidarité est décidément en berne.

Pour mémoire, afin de décharger un peu la Grèce et l’Italie, la Commission européenne avait lancé en 2015 une expérience de « relocalisation » des demandeurs d’asile au sein de l’UE, permettant de contourner « Dublin » à petite échelle, au bénéfice de migrants appelés à décrocher sans trop de difficulté le statut de réfugiés (ressortissants syriens ou érythréens par exemple). Alors qu’il était prévu de « relocaliser » moins de 100 000 migrants à l’échelle de toute l’UE, seuls 35 % des objectifs ont été remplis au 31 mai.

La France, par exemple, n’a exécuté que 25 % de ses objectifs en accueillant 5 000 demandeurs d’asile venus de Grèce surtout, un peu d’Italie. Une goutte d’eau.

Piège en haute mer

Piège en haute mer

En Méditerranée, le ballet macabre des gardes-côtes libyens

Interceptions, intimidations, violence: la tension est à son comble entre les Libyens et les bateaux de sauvetage affrétés par les ONG.

«Le Temps» a passé deux semaines à bord de l’Aquarius, un bateau humanitaire qui se retrouve ballotté entre les vagues, les méthodes de pirates des gardes-côtes et les enjeux géopolitiques. Reportage

  • Reportage: Adrià Budry Carbó
  • Photos et vidéos: Camille Pagella

Ce n’est encore qu’une minuscule tache blanche dans l’immensité marine. Depuis la passerelle de l’Aquarius, le Genevois Basile Fischer ajuste une dernière fois ses jumelles. Trop gros pour être un déchet, et cette forme arrondie, proue en avant… Le sauveteur de garde du navire humanitaire en est désormais «sûr à 100%». A quelques milles nautiques, un bateau pneumatique surchargé tente de gagner les eaux internationales, loin de la Libye.

«SOS, MSF: préparez-vous pour intervention!» Le grésillement des talkies-walkies surprend le personnel en plein déjeuner dominical. En quelques minutes, la cafétéria se vide pourtant et les 39 membres de l’équipage de l’Aquarius rejoignent leur poste. Parmi eux, deux journalistes du Temps, embarqués pour une rotation de deux semaines. Sur le pont, le staff de Médecins sans frontières (MSF) – qui loue l’Aquarius à une compagnie privée allemande avec SOS Méditerranée – se prépare à prodiguer d’éventuels premiers secours aux passagers en détresse. A tribord, les sauveteurs ont déjà mis deux des trois zodiacs de secours à la mer. Les secondes s’écoulent comme des minutes pour les membres de l’équipage. Mais, alors que ceux-ci commencent à distinguer les quelque 120 occupants de l’embarcation de fortune, l’hélice de l’Aquarius cesse de tourner.

Bouée inaccessible

«Stand-by!» A bord, c’est l’incompréhension. Une vedette des gardes-côtes libyens fond désormais à grande vitesse sur le bateau pneumatique. L’emblématique Aquarius si facilement identifiable à sa couleur orange – et ses 77 mètres sont immobilisés à deux milles nautiques (3,7 kilomètres) de l’embarcation en détresse. Comme une bouée inaccessible.

Casquette vissée sur la tête et lunettes noires, Nick Romaniuk jongle entre les fréquences radio pour tenter de joindre le capitaine de la vedette libyenne Zuwara. Le responsable des opérations de sauvetage (ou «sarco», dans le jargon) a la mine grave. Comme les six autres personnes présentes dans le poste de commandement du bateau. La seule réponse intelligible sera finalement un tranchant «Go away».

Dans l’ordre des priorités d’un sarco, la sûreté de l’équipage passe avant celle des naufragés. D’expérience, Nick Romaniuk sait également qu’approcher l’Aquarius trop près d’une opération de sauvetage provoque un «effet aimant». Concrètement, des tentatives désespérées de fuite à la nage pour le rejoindre.

Migrants à la mer

Les deux zodiacs de sauvetage continuent de flotter à une centaine de mètres du bateau. L’opération libyenne est en passe de virer à la catastrophe. Au moins quatre personnes ont sauté à la mer après avoir été interceptées. Le clapotis de leurs bras est à peine perceptible. Sur l’Aquarius, tout le monde retient sa respiration, sauf l’adjoint du sarco, qui décrit la situation grâce à ses jumelles.

«On a failli les tirer de cet enfer (…) Ça s’est joué à quelques minutes, à quelques milles…»

Basile Fischer, sauveteur genevois sur l’Aquarius

«Des vies sont en danger. Nous devons être en mesure d’intervenir!» Nick Romaniuk plaide désormais directement auprès du MRCC. Le Centre italien de coordination des sauvetages est devenu, faute d’alternative libyenne, l’autorité décisionnaire pour toute cette partie de la Méditerranée. Ce jour-là, les fonctionnaires romains ont pourtant choisi de transférer la responsabilité du sauvetage aux Libyens. Malgré la proximité d’un navire mieux équipé pour ce type d’opérations et la présence d’une équipe médicale.

«Go away!» Le crépitement de la radio exige cette fois que l’Aquarius s’éloigne à 5 milles nautiques afin de ne pas «interférer» dans l’opération. Dans un mouvement lent, le navire humanitaire finit par s’éloigner du lieu du sauvetage.

Ceux qui s’approchent trop près

Le paradigme migratoire est en plein bouleversement en Méditerranée centrale, principale route vers l’Italie, empruntée par 181 000 personnes en 2016 et 119 000 en 2017, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. L’Union européenne y sous-traite désormais les opérations de sauvetage aux gardes-côtes libyens. Les migrants sont désormais «interceptés» puis ramenés dans la chaotique Libye post-Kadhafi, le pays qu’ils tentaient précisément de fuir.

INFOGRAPHIE. La carte des morts en Méditerranée depuis 2005, par Levi Westerveld, publiée dans «Le Temps» en décembre 2017. Chaque point rouge représente un décès en mer.

Plus d’informations sur cette carte: Méditerranée, le cimetière marin

Source https://www.letemps.ch/grand-format/piege-haute-mer

Grèce : rapport sur les demandes d’asile

Rapport annuel de 2017 pour la Grèce publié par Asylum Information Database où on trouve les chiffres concernant les demandes d’asile et les décisions prises en première instance et en appel. Le rapport a été établi par le Greek Council for Refugees.

http://www.asylumineurope.org/reports/country/greece

Les demandes d’asile en 2017 augmentent et s’élèvent à 58.661, c’est à dire 8,5% de demandes de toute l’UE et avec la population grecque, 5.295  par million d’habitants ce qui est le c’est le plus haut pourcentage par habitant pour toute l’Europe.

Particulièrement alarmant est le traitement des demandes des Syriens dans les îles : parmi les 1.276 demandes examinées, pour 912 la Turquie fut considérée « pays tiers sûr », ce qui veut dire que 71,4% de demandes furent rejetés en première instance.

Ce qui est également alarment  est l’inversion de tendance entre les décisions en appel avec l’ancienne procédure et la nouvelle. On constate que là où avec les anciennes Commissions de Recours il n’y avait pas de décisions négatives  nettes mais renvois pour statuts humanitaires, avec la nouvelle composition de Commissions et l’intégration à celles-ci des juges, le pourcentage de refus net s’élève à 93,63%. Ce pourcentage particulièrement inquiétant de refus en deuxième instance laisse supposer que les juges agissent en fonction de critères politiques, et notamment en fonction de l’accord UE-Turquie.

Le rapport constate que pendant l’année des pressions ont été exercées par les autorités européennes et grecques afin de restreindre le nombre de demandeurs reconnus comme personnes vulnérables, ce qui leur octroyait le droit d’échapper au confinement géographique aux îles. Ce qui a eu comme résultat  que plusieurs personnes vulnérables n’ont pas été reconnues comme telles et ont été privées de soins médicaux et de aide humanitaire.  Un autre point noir est la systématisation de la détention pour les demandeurs déboutés.

L’ensemble du tableau dressé par ce rapport est plus qu’alarmant

VS

SOS Méditerranée Une 6eme naissance à bord

Une 6e naissance dans un contexte houleux

Il était 15h45, en ce samedi après-midi du 25 mai, lorsqu’il a poussé son premier cri dans la clinique de l’Aquarius. Sa maman, presque incrédule d’avoir survécu aux sévices subis durant une année en Libye et à la traversée en mer, a lâché dans un souffle : « Miracle ». Ce sera le nom que portera ce magnifique garçon de 2,8 kg.

La jeune maman, malgré son état d’épuisement, est aussitôt sortie sur le pont et a présenté Miracle à ses compagnons de voyage… Une joie immense a alors envahi l’assistance, les chants des femmes se sont élevés comme une libération, comme un cri au ciel pour lui avoir donné la vie, et avoir conservé la leur. Rare moment de pur bonheur à bord.

Si cet enfant et sa mère sont vivants, cela relève en effet presque du miracle. Détenue pendant plus d’un an en Libye avec son compagnon, la jeune femme y a été torturée, brisée, affamée, rançonnée, mais a finalement réussi à s’enfuir. Elle a pris la mer une première fois le mercredi mais le moteur du bateau pneumatique a cessé de fonctionner peu après avoir quitté la plage et tous les occupants ont été ramenés à terre. Les passeurs les ont alors obligés à se cacher en attendant leur retour. Elle est restée terrée là pendant 24 heures, terrifiée, sans eau ni nourriture.  Les passeurs sont revenus un jour plus tard, les poussant de nouveau dans cette mer de ténèbres, pour une traversée tout aussi effrayante.

Jeudi matin, le canot  pneumatique surchargé est repéré, puis secouru par le navire de la marine italienne San Giorgio. A la nuit tombée, les 69 rescapés, dont 4 femmes enceintes, sont finalement transbordés vers l’Aquarius, où ils sont pris en charge par les sauveteurs de SOS MEDITERRANEE et le personnel médical de Médecins Sans Frontières.

L’Aquarius contraint et forcé d’arrêter les recherches

Le lendemain, le temps est au beau fixe. Conditions météorologiques favorables pour des départs de Libye à bord d’embarcations de fortune. Le coordinateur des sauvetages arrive sur la passerelle, sa mine est grave. Ailleurs dans l’immensité, les marins-sauveteurs savent qu’il y a très certainement des embarcations en péril et des centaines de personnes qui ont besoin d’aide. Au cours de la matinée, les signalements du Centre de coordination des sauvetage se succèdent, les unités de secours présentes sur la zone sont débordées. Entre jeudi et vendredi 1500 personnes sont secourues en pleine mer à l’Est de Tripoli.

Mû par les valeurs de solidarité en mer, l’Aquarius offre son assistance, mais l’ordre du Centre de coordination de secours maritime à Rome est sans appel : l’Aquarius doit repartir vers les côtes avec seulement 69 passagers à son bord, alors qu’il pourrait en accueillir beaucoup plus, déchargeant ainsi les autres bateaux de sauvetage. C’est la deuxième fois que SOS MEDITERRANEE est confrontée à pareille situation en quelques semaines.

Pendant ce temps, peut-être, d’autres enfants ne verront jamais le jour. Personne n’entendra jamais la prière de leur mère, perdue dans la grande bleue. Les marins le savent. Alors la naissance de Miracle vient mettre un peu de baume au cœur des équipes. L’Aquarius débarquera finalement les 70 rescapés à Catane, en Sicile, le dimanche 27 mai au matin avant de repartir en mer. Bon vent, petit Miracle !

Lire le communiqué du 26 mai 

Voir la vidéo de la célébration sur le bateau

PHOTOS : Guglielmo Mangiapane / SOS MEDITERRANEE

Face à l’inacceptable, agissons pour porter secours et sauver des vies http://www.sosmediterranee.fr/

 

Camp de Moria Surpeuplement dangereux

Grèce: Surpeuplement dangereux, accès à la santé  insuffisant à Moria

Alors que le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, se rend à Lesbos, en Grèce, pour une conférence régionale, Médecins Sans Frontières (MSF) prévient que la situation à Lesvos atteint, une fois de plus, un point de rupture. Suite à la politique continue du gouvernement grec de contenir à tout prix les migrants et les réfugiés dans les îles grecques, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants à Lesbos vivent dans des conditions sordides et surpeuplées, sans accès aux soins de santé. Avec environ 500 nouvelles personnes arrivant à Lesvos chaque semaine, le surpeuplement, ainsi que la demande accrue de soins de santé et d’autres services, poussent le camp à la rupture. MSF appelle les autorités grecques à transférer immédiatement les personnes de Lesvos vers le continent et, en outre, à étendre immédiatement la fourniture de soins de santé sur l’île.

Dans le camp gouvernemental de la Moria, il y a actuellement plus de 7 000 personnes dans un camp qui a été construit pour un maximum de 2 500 personnes. Les conditions de vie et la réduction des soins médicaux représentent un risque élevé pour la santé et la vie des personnes prises au piège sur l’île.

« Le camp de la Moria est à la fois dangereux et insalubre, en particulier pour les enfants. Chaque jour, nous traitons de nombreuses conditions d’hygiène telles que les vomissements, la diarrhée, les infections cutanées et d’autres maladies infectieuses, et nous devons ensuite retourner ces personnes dans les mêmes conditions de vie à risque. C’est un cercle vicieux insupportable », explique Declan Barry, coordinateur médical de MSF. «Le mélange de conditions de vie insalubres et dangereuses qui augmentent le taux de maladies infantiles, les obstacles à l’obtention de conditions de récupération appropriées pour les enfants malades et l’accès insuffisant aux services de santé représentent une tempête parfaite pour la santé et le bien-être des enfants. « 

MSF – qui fournit des soins pédiatriques et des soins de santé sexuelle et reproductive aux femmes vivant dans le camp de la Moria depuis la fin de 2017 – a vu la demande de services pédiatriques doubler au cours des deux derniers mois. La demande pour notre service de santé sexuelle et reproductive ce mois-ci est le double de celle du mois précédent. Au cours des dernières semaines, les équipes de MSF ont traité 60 patients pédiatriques par jour et ont également refoulé environ 15 patients par jour, incapables de répondre aux besoins médicaux croissants des enfants dans le camp. Ceci est extrêmement alarmant étant donné que l’accès aux soins de santé est limité la nuit et le week-end dans le camp de la Moria, et que les enfants ayant besoin de soins médicaux sont très vulnérables.

En outre, la fourniture de soins de santé primaires pour les adultes dans le camp de Moria est extrêmement limitée, avec très peu d’autres consultants médicaux fournissant des soins de santé pendant la semaine et une seule organisation bénévole fournissant un service de santé réduit pendant la nuit et le week-end. Le seul hôpital public de Lesvos est débordé et en sous-effectif, et les patients ont du mal à accéder aux services spécialisés qu’il fournit.

« Pendant des mois, nous avons mis en garde contre une détérioration dramatique de la santé et de la santé mentale à Lesbos. Les autorités n’ont pas répondu à ce besoin très clair et actuel, et la souffrance de la population continue de se dégrader: chaque jour dans notre clinique, nous voyons des patients ayant des besoins urgents, y compris de nombreux cas de tentatives de suicide et d’automutilation », explique Katerina Katopodi, infirmière MSF à Lesvos. « Nous exhortons le gouvernement grec à mettre un terme à cette politique de confinement inhumaine et insoutenable sur les îles et à augmenter immédiatement la fourniture de soins médicaux à ces familles poussées à leurs limites ».

Source http://www.msf.org/en/article/greece-overcrowded-dangerous-and-insufficient-access-healthcare-moria

Thessalonique Des centres d’accueil au bord de l’explosion

Comme le révèle le média local ThessNews, les centres d’accueil de la région de Thessalonique ( Diavata et Lagkadikia) sont au bord de l’explosion car plein à craquer.

Ces derniers temps, un flux continu de réfugiés ont passé la rivière Evros en provenance de Turquie. Il semblerait que Erdogan joue de sa capacité à ouvrir le robinet des flux migratoires pour peser dans ses relations avec l’UE… Ces centaines de migrants et réfugiés ont pour résultat de venir exploser la capacité grecque en matière d’hébergement. Cela a eu pour résultat de créer des tensions inter-ethniques parmi eux avec parfois des affrontements.

Les journalistes du média local ThessNews ont mené une enquête que nous rapportons ici :

Dans le centre de Diavata, les réfugiés dorment à même le sol sur des couvertures…les uns sur les autres et on a érigé plus de 60 tentes dans la cour intérieure de la structure. Ces tentes prévues pour 3, accueillent 5 personnes. Le long de la clôture, où il y a des arbres, vivent plus de 100 réfugiés au cours des dix derniers jours, qui sont venus dans leur majorité de Afrin. Les témoignages sont accablants: « Nous sommes partis il y a un mois d’ Afrin et ces 10 derniers jours, nous sommes arrivés à Thessalonique. Nous avons traversé la frontière par la rivière, l’eau était à la taille. Nous étions trois familles, 13 personnes avec de jeunes enfants. Nous avons payé des trafiquants 1.500 euros chacun. Nous vivons dans les tentes jusqu’à 5 personnes ensemble. C’ est très difficile… » raconte Ntelal du camp de Diavata, tenant dans ses bras un bébé de six mois.

Même situation dans le camp de Lagkadikia où on a monté à la va vite des petites tentes ou des petits préfabriqués. Ce camp initialement devait accueillir 400 personnes. Après les dernières arrivées, les réfugiés, principalement des Kurdes, vivent dans un bâtiment d’environ 50 mètres carrés, à plus de 50-60 personnes tous ensemble, femmes, hommes et enfants. Ils dorment sur le sol sur des couvertures et ceux qui ne rentrent pas, dans des tentes.
« Nous sommes ici depuis 10 jours. Je suis enceinte et la situation est très difficile. Nous dormons sur le sol sur des couvertures et nous n’avons pas encore commencé les procédures d’asile. On ne peut pas rester dans un si petit espace tous ensemble « décrit Nazir.

Ces centaines de réfugiés et de migrants qui traversent la frontière ont récemment triplé et les structures d’accueil sont insuffisantes.
Selon des données récentes, seulement en Avril 2018, plus de 2900 personnes ont franchi l’Evros.

Le porte-parole du ministère Nikos Ragos, a déclaré la semaine dernière à ThessNews qu’on ne va pas créer de nouvelles structures d’hébergement, mais une expansion des capacités dans ceux qui existent déjà.

La région d’Evros est très préoccupée. Le maire de Orestiada, Vassilis Mavridis, fait remarquer que le renforcement des forces de police ne résoudra pas le problème si on ne renforçe pas le département d’asile. « Nous savons que de nombreuses personnes sont arrivées à l’aéroport d’Istanbul, en particulier des pays d’Afrique sub-saharienne. Tous ceux-ci trouveront leur chemin vers la Grèce. Nous ne pouvons pas être un vignoble non clos, en particulier pour les migrants économiques. Le bouclier de l’Èvros est difficile, il est une réalité. Il devrait y avoir un flux normal en fonction des capacités du pays d’accueillir ces gens » , a déclaré le maire à Radio Thessalonique.

Selon le maire, l’Èvros est un passage attrayant pour les réfugiés et les migrants, car le coût est faible par rapport au passage par les îles, et l’Èvros est exclu de l’accord UE-Turquie et des déportations de migrants. Les 120 policiers supplémentaires envoyés ces jours-çi par l’État, ne résolvent pas le problème. Selon le Maire, il faut un vrai service d’asile.

Près d’un million de réfugiés en quatre ans :

A partir de 2014, le pays vit avec le grand problème des réfugiés. Près d’un million de personnes sont passées ces dernières années via l’Evros ou la mer Égée en Grèce. Plus précisément en 2014 sont arrivés dans le pays 41 038 personnes, et cela a plus que quadruplé au cours des deux dernières années, avec 173 450 personnes, c’est tombé à 29,718 en 2017 après l’accord UE-Turquie, alors que les trois premiers mois de l’année on a compté 7.145 arrivées. Au total depuis 2014 jusqu’au premier trimestre de 2018 ont été enregistrés pour avoir pénétré dans le pays, 856 723 réfugiés et immigrants.
En ce qui concerne la nationalité, depuis le début de 2017 jusqu’à aujourd’hui sont venus 14 419 Syriens , 7.281 Irakiens, 4069 Afghans , 1158 Congolais, 939 Algériens, 902 Palestiniens, 802 Iraniens, 530 Pakistanais, 451 Koweitiens et 626 apatrides.

CK

Convoi solidaire mai appel urgent

Le collectif de Grenoble qui a participé à la collecte pour le prochain convoi solidaire organisé par le collectif Anepos relaie l’appel de Yannis Youlountas qui alerte sur le niveau faible de remplissage des camions et des dons.

Grèce : appel urgent à solidarité

 A quelques jours du départ, le taux de remplissage des 17 fourgons atteint péniblement 60% et, pire encore, les dons ne sont qu’à 30% de l’objectif nécessaire. Alerte rouge.

GRÈCE : APPEL URGENT À SOLIDARITÉ

Le tri et chargement de la collecte dans le sud-est de la France a été effectué ce mercredi près de Marseille (photo). Celui du sud-ouest vient de commencer ce week-end près d’Albi.

Le bilan est le même : alors que les billets de ferry ne sont plus échangeables, les 17 fourgons peinent à se remplir ! Le taux de remplissage vient seulement de dépasser la moitié de la capacité totale et approche lentement des deux tiers. Nous attendons les toutes dernières collectes pour en savoir plus.

Côté dons, c’est l’alerte rouge : ils sont beaucoup plus bas que précédemment (30% de l’objectif) alors que les besoins sont encore plus importants, tant la situation est difficile : cuisines sociales gratuites, dispensaires médicaux autogérés, squat de réfugiés, collectifs solidaires et de luttes, etc.

La raison est simple. Elle est logique et légitime. Cette année, en France, vous avez été très sollicités par d’autres actions de solidarité, nombreuses et importantes, telles que :
– caisses de grève (cheminots, postiers, etc.) ;
– soutien aux victimes des violences policières ;
– collectes pour la ZAD ;
– collectes pour les migrants (à la frontière italienne et ailleurs).

On comprend très bien et on vous en félicite. Mais la Grèce reste la ligne de front principale contre le durcissement du capitalisme en Europe, ainsi que le grand piège à ciel ouvert des migrants. Beaucoup de nos lieux autogérés sont exsangues. Les collectifs de luttes sont écrasés de procès (parfois des dizaines, comme pour Rouvikonas). Les stocks de vivres sont au plus bas, six mois après le convoi de novembre 2017.

Les 45 camarades prêts à partir (de France et de Belgique) partent bénévolement et se déplacent à leurs frais. Ils prennent également le risque d’être harcelés par les autorités policières et inquiétés par les groupes fascistes (qui la dernière fois n’avaient pas manqué de nous menacer et de titrer à notre sujet dans leurs journaux en Grèce).

Nous comptons donc sur vous pour un petit coup de pouce, aussi modeste soit-il. La somme des petits (ou grands) gestes nous permettra peut-être d’atteindre l’aide nécessaire ou, au moins, de s’en rapprocher.

SI VOUS NE DEVEZ DONNER QU’UNE SEULE FOIS EN 2018 POUR NOS LIEUX ET ACTIONS EN GRÈCE, C’EST MAINTENANT QU’IL EST ESSENTIEL DE LE FAIRE.

Vu l’urgence et la proximité du départ, choisissez le soutien par virement ou par Paypal plutôt que par chèque (temps d’envoi postal + temps de traitement + temps d’encaissement).

Iban pour virement et bouton Paypal sur cette page :
http://lamouretlarevolution.net/spip.php?rubrique15

Merci de ne pas oublier la Grèce, première ligne de front contre le durcissement du capitalisme en Europe et grand piège à ciel ouvert des migrants.

Yannis Youlountas et les 44 autres camarades prêts à partir
Collectif artistique et solidaire ANEPOS

PS : principaux destinataires déjà aidés :
http://lamouretlarevolution.net/spip.php?rubrique14

[Mise à jour à 13h00] Si vous choisissez Paypal, sachez que ce site demande désormais d’ajouter aussi les chiffres après la virgule : ne vous trompez pas (une camarade qui voulait donner 200 euros tout à l’heure a donné 2,00 euros avant de s’en rendre compte par hasard).

Réfugiés : solidarité et luttes contre la menace raciste et fasciste

« La lutte continue pour que les réfugiéEs ne soient pas isolés dans des camps de rétention dans les îles »

NPA : Les articles de la rubrique Idées n’expriment pas nécessairement le point de vue de l’organisation mais de camarades qui interviennent dans les débats du mouvement ouvrier. Certains sont publiés par notre presse, d’autres sont issus de nos débats internes, d’autres encore sont des points de vue extérieurs à notre organisation, qui nous paraissent utiles.

Entretien. Alors que 35 migrantEs sont jugés par la justice grecque en raison de leur participation à une manifestation contre leurs conditions de détention sur l’île de Lesbos, nous avons rencontré Petros Constantinou, coordinateur de la Keerfa (Mouvements unis contre le racisme et la menace fasciste), et conseiller municipal Antarsya à Athènes.

Avec la Keerfa, vous dénoncez notamment « l’Europe forteresse ». Concrètement, de quoi s’agit-il ?

Les gouvernements des pays de l’UE appliquent des politiques racistes envers les immigréEs, en fermant les frontières, en abolissant les droits des réfugiéEs et l’asile, transformant l’Europe en une forteresse remplie de barrières et de camps de concentration, et la Méditerranée en tombe pour des milliers qui fuient l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique. Ces politiques ouvrent la voie à une nouvelle montée de l’extrême droite et des partis fascistes en Europe.

Des interventions impérialistes, comme la dernière attaque de l’alliance États-Unis-France-Grande-Bretagne contre la Syrie, déracinent encore plus de personnes de leur pays. Les gouvernements eux-mêmes qui se présentent comme les sauveurs du peuple syrien, ferment leurs frontières aux réfugiéEs et renforcent les discriminations envers eux. Soixante-dix ans après la signature de la Convention de Genève, le droit à l’asile est miné au nom de politiques de loi, d’ordre et de sécurité et des choix ouvertement racistes avec l’islamophobie en tant qu’expression dominante. Les accords UE-Turquie-Libye depuis mars 2016 tentent de bloquer les réfugiés hors de l’UE en finançant des camps sur le territoire de la Turquie et la Libye, où réapparaît le commerce d’esclaves. Ils militarisent la garde des frontières avec Frontex et l’OTAN. En Grèce, ils imposent l’isolement des réfugiés dans les îles.

Ils désorientent les travailleurEs en accusant les immigrés d’être responsables de la pauvreté et du chômage.

Comment se manifeste la solidarité avec les migrantEs en Grèce ?

La résistance en Grèce est massive. En 2015, les réfugiéEs, avec un énorme mouvement de solidarité dans un pays de travailleurEs appauvris par les mémorandums et la troïka, ont réussi à briser les frontières et arriver partout en Europe. En 2016, les gouvernements de l’UE, notamment avec les accords avec la Libye et la Turquie, se sont retournés contre ce mouvement.

Des milliers de travailleurEs et de jeunes, avec leurs syndicats et leurs collectifs, ont soutenu les réfugiéEs. Aucun n’est resté sans nourriture ni sans toit. Ils ont revendiqué et imposé au gouvernement que les enfants des réfugiéEs soient inscrits dans les écoles publiques.

Comment réagit l’extrême droite ? 

Les néonazis d’Aube dorée, derrière le masque du parent indigné, ont essayé d’organiser une réaction à l’inscription des enfants dans les écoles. Ils ont échoué quand les syndicats d’enseignantEs, les associations de parents d’élèves, mais aussi tous les partis de la gauche, le Parti communiste, Antarsya, Unité populaire, ainsi que des gens de Syriza, ont défendu les écoles et fait plier les fascistes.

Le mouvement en Grèce après l’assassinat de Pavlos Fyssas en 2013 par les néonazis d’Aube dorée, avec un soulèvement massif et une grève générale, a imposé le procès d’Aube dorée et l’emprisonnement de plusieurs de ses cadres.

Les fascistes sont isolés et les attaques contre les immigréEs provoquent la colère. Le gouvernement Syriza-Anel fait face à d’importantes critiques en raison de la poursuite des politiques racistes. Le 17 mars des milliers de gens ont manifesté à Athènes avec les réfugiéEs, exigeant l’abolition de l’accord raciste UE-Turquie. Dans les îles de Lesbos, Chios et Samos, des réfugiéEs entament des grèves de la faim et organisent des manifestations pour gagner la liberté de circulation ; la police attaque les mobilisations et des réfugiéEs se retrouvent en procès. La lutte continue pour que les réfugiéEs puissent s’installer dans les villes et non dans des lieux-ghettos hors des villes, et pour qu’ils ne soient pas isolés dans des camps de rétention dans les îles.

Comment s’articulent les luttes de solidarité avec les migrantEs et le reste des mobilisations sociales ?

Le mouvement ouvrier, avec ses luttes et ses revendications, construit le front contre le racisme et contre les fascistes. Les travailleurEs municipaux, les écoles, les hôpitaux revendiquent des fonds et le renforcement des services de santé, d’éducation et de protection sociale, avec plus de personnel afin de pouvoir prendre soin de tous, locaux et immigrés. Ils demandent le droit à l’hébergement pour touTEs, ainsi que le droit au travail sans discriminations.

En mai 2017, des travailleurEs immigrés d’une usine de plastique ont fait grève pendant 19 jours quand le patron a frappé un des ouvriers qui demandait ses droits. Ils ont créé un syndicat et ont eu le soutien de toute la gauche. En bravant les intimidations racistes du patron, ils l’ont obligé à accepter un accord.

Et quand à nouveau les fascistes ont commencé à organiser des pogroms et des attaques contre des travailleurs agricoles à Aspropyrgos, des manifestations massives ont été organisées dans la région, obligeant la police à cesser de couvrir les fascistes qui ont été ensuite envoyés en prison et les attaques ont cessé.

Quel rôle pour la Keerfa ? 

Unis dans l’action commune de toute la gauche et des syndicats, la Keerfa mobilise beaucoup de monde qui peut barrer la route au racisme et aux fascistes. Cela a une importance énorme pour que les fascistes ne puissent pas profiter du mécontentement et gagner des gens à cause des compromis du gouvernement Syriza avec les capitalistes, avec son implication dans les antagonismes militaires dans la région, avec l’accord avec Israël et l’Égypte pour le contrôle de nouveaux gisements d’hydrocarbures. La voie reste ouverte pour que les gens qui se sont battus contre les mémorandums continuent de s’orienter vers la gauche même si cette lutte a été trahie par Syriza.

Propos recueillis par la rédaction

Source https://npa2009.org/idees/international/la-lutte-continue-pour-que-les-refugiees-ne-soient-pas-isoles-dans-des-camps-de

SOS Méditerranée : le rôle du médiateur culturel à bord du bateau

Médiateur culturel, trait d’union entre rescapés et sauveteurs

 Le 23 avril, 537 personnes ont été débarquées dans le port de Trapani, en Sicile, après avoir été sauvées par les équipes de SOS MEDITERRANEE. S’ils s’en sont sortis, c’est en partie grâce au médiateur culturel présent à bord de l’Aquarius. [Lire le communiqué sur le sauvetage]  Seraina, une jeune femme de 24 ans, a occupé cette fonction dont on ne parle pas beaucoup, et qui a pourtant une importance capitale dans la réussite des opérations de sauvetage. Elle a choisi de nous décrire ici son rôle et son expérience à bord. 

« Restez calme, n’ayez pas peur. Tout va bien se passer. Nous allons vous amener en sécurité à bord du bateau orange ». Tels sont les premiers mots entendus par les naufragés lorsque les canots de sauvetage de SOS MEDITERRANEE approchent une embarcation en détresse. Ils sont prononcés par le médiateur culturel, un membre de l’équipe de Médecins Sans Frontières (MSF). Véritable interface entre les personnes en détresse et les sauveteurs, son rôle est primordial. Lors de la première approche d’une embarcation en détresse, chaque mot et chaque geste comptent pour éviter qu’un mouvement de foule ne fasse chavirer le canot.

Le médiateur culturel accompagne les rescapés de la première minute du sauvetage jusqu’au débarquement dans un port sûr. Etudiante en sécurité internationale et résolution des conflits, Seraina parle couramment six langues. Elle conçoit son rôle comme « un pont » entre les équipes et les naufragés d’une part, et entre les équipes de MSF et SOS MEDITERRANEE d’autre part.

« La panique est contagieuse ! »

Dès la première rencontre visuelle avec une embarcation en détresse, elle essaie de discerner l’origine géographique et la langue des personnes afin d’établir une relation de confiance le plus rapidement possible. Personne d’autre ne communique avec les naufragés lors de la première approche. « Parfois, je ne sais pas, alors je demande ‘English ? Français ? Arabi ?’  Il faut discerner la langue dominante dès les premières secondes. C’est parfois un mélange de trois langues », raconte Seraina. Dans ce cas, pour ne pas perdre l’attention des personnes qui ne comprennent pas l’une des langues, le médiateur culturel doit faire des phrases très courtes et alterner les langues toutes les 5 secondes.

Seraina cherche d’abord et avant tout le calme avant de parler. Puis, elle se met debout sur le canot de sauvetage près de l’embarcation en détresse et donne le premier message : « nous sommes une organisation humanitaire. Nous allons vous amener à bord de notre bateau. Il y aura assez de place pour tout le monde. Vous êtes sains et saufs. N’ayez pas peur. Restez bien calmes. Nous allons vous donner des instructions. Il faudra bien les suivre pour que tout se passe bien. Nous allons venir vous chercher un par un ». Enfin, elle explique pourquoi et comment enfiler les gilets de sauvetage, prêts à être distribués.

Un message essentiel pour établir un lien de confiance duquel dépend en grande partie le bon déroulé de l’opération de sauvetage et, surtout, pour éviter la panique. « La panique est contagieuse. La situation peut très vite devenir critique, avec des gens qui tombent à l’eau, et qui peuvent se noyer et mourir ».

« J’ai très vite appris l’importance d’être constamment en contact avec les rescapés »

Le médiateur culturel représente l’équipe des marins-sauveteurs : son regard, son comportement, son calme, la lenteur de ses gestes, son sourire reflètent la confiance que les naufragés peuvent placer dans l’équipe. « Les personnes qui nous font face nous observent. Elles ont toutes appris à observer, à interpréter chaque fait et geste. C’est comme ça qu’elles ont survécu jusque-là. Elles voient si on a l’air inquiet, si on ne les regarde pas droit dans les yeux. Il s’est souvent passé des années avant qu’elles aient pu faire confiance à quelqu’un. Hocher de la tête, faire un signe de la main pour dire bonjour : cela fait une très grande différence pour rassurer les gens ».

Et si le contact est perdu ne serait-ce qu’une seconde avec les naufragés ? « Si je regarde vers le bas, les gens s’agitent, commencent à parler entre eux. J’ai très vite appris l’importance d’être constamment en contact avec eux. Leur parler pour les occuper, pour qu’ils évitent de penser à leur situation actuelle qui est très dangereuse ».

Le médiateur culturel doit s’adapter à la variété d’émotions auxquelles il fait face : incertitude, peur, panique, enthousiasme, excitation, joie. « Parfois l’une domine, mais c’est généralement un mélange. Il faut être prêt à tout ». Pour se préparer, Seraina doit « se stabiliser » elle-même, se maintenir dans « un calme d’acier ». « Je me rends compte de la responsabilité énorme qui m’incombe. Dans ces moments-là, si je laissais place à mes émotions, elles nuiraient au succès de l’opération. Il faut attendre que le sauvetage se termine pour les digérer ». Une fois le premier message passé et la situation stabilisée, le médiateur culturel ne communique plus verbalement avec les personnes en détresse. Il passe le relais au coordinateur adjoint des sauvetages qui leur donne les instructions pour débuter l’opération.

« Un petit ange qui s’avance vers nous »

Le médiateur culturel se transforme alors en véritable sauveteur. Grâce aux gestes de premiers secours répétés à bord, Seraina a sauvé plusieurs vies. Elle raconte que lors d’un sauvetage critique, elle a effectué un massage cardiaque à une personne retrouvée sans vie dans l’eau. A son retour à bord de l’Aquarius, alors qu’elle pensait que cela n’avait pas suffi : « l’infirmier s’est avancé vers moi, en me souriant. « Regarde ce monsieur là-bas, c’est celui qu’on a sorti de l’eau ». Je vois un homme par terre avec les yeux ouverts. Je le regarde, il me regarde et il cligne des yeux, comme pour me dire bonjour et merci. Je me suis rendu compte qu’il avait survécu ».

Seraina avoue avoir été touchée plusieurs fois par les mots des rescapés après un sauvetage à bord de l’Aquarius : « vous étiez comme un petit ange qui s’avançait vers nous. On se souviendra toujours de vous », lui a-t-on dit.

Comprendre les parcours, recueillir les témoignages, préparer à « l’après »

Après un sauvetage, le planning du médiateur culturel ne désemplit pas : il recueille des témoignages tout au long du trajet entre la zone de sauvetage et le port de débarquement pour comprendre le parcours des rescapés et les souffrances subies. « C’est le moment le plus difficile. Les témoignages malheureusement se ressemblent tous beaucoup. Parmi les centaines de personnes que j’ai interrogées pendant six mois à bord, une seule m’a dit qu’elle n’avait pas été torturée. J’ai appris plus tard qu’elle ne m’avait en fait pas tout dit ».

Ces informations sont primordiales car elles sont à la base du rôle de témoin que se donnent MSF et SOS MEDITERRANEE. « On espère que la communauté internationale agisse face à ces témoignages. » 

En fin de traversée, réunissant les rescapés en groupe, le médiateur culturel donne le dernier message qui les prépare à l’arrivée, à ce qu’on leur demandera quand ils arriveront sur le quai. Il les informe également des difficultés qui les attendent après la parenthèse de sérénité à bord de l’Aquarius. Ce moment est important : pour la première fois depuis longtemps, les rescapés se projettent sur ce qui les attend.

Après six mois d’une rare intensité, Seraina a dû se résoudre à débarquer. Lorsqu’elle en parle autour d’elle, elle décrit une « indignation qui a grandi avec le temps, contre le manque d’empathie » envers les histoires individuelles, toutes uniques et semblables à la fois, qu’elle a tant de fois écoutées… en français, en anglais ou en arabe.

Propos recueillis par Laura Garel

Photo : Anthony Jean / SOS MEDITERRANEE

Source http://www.sosmediterranee.fr/journal-de-bord/mediateur-culturel-trait-d-union-entre-sauveteurs-et-rescapes

Lesbos des réfugiés attaqués par un groupe d’extrême droite

A Lesbos (Grèce) 35 réfugiés blessés lors d’une violente attaque par un groupe d’extrême droite

La nuit de la honte à la place Sappho de Mytilène, à Lesbos.

Pendant toute la nuit du dimanche au lundi un groupe d’extrême droite avait attaqué des réfugiés, femmes et enfants compris, principalement des afghans qui occupaient la place Sappho pour protester contre la lenteur des procédures administratives et  contre leur confinement prolongé sur l’île.

Un  groupe d’extrême droite composé principalement des membres du Mouvement Patriotique de Lesbos et de l’Aube Dorée (néonazis grecs), avait attaqué les familles de réfugiés, femmes et enfants de bas âge compris, en leur lançant de fusées de détresse, des pétards, de pierres et de pavés.   En hurlant « Brulez-les vifs », « , « Jetez-les à la mer », « Ils veulent islamiser le pays », le groupe déchaîné balançait contre les réfugiés même des bancs arrachés de la place. Les réfugiés avaient formés un groupe compact, en encerclant d’une triple chaîne humaine les femmes et les enfants qu’ils essayaient de protéger de pierres et des fusées, par des bâches improvisées. Plusieurs solidaires sont accourus sur place pour leur porter secours. La violence des attaques était telle, que, selon le témoignage d’un témoin oculaire, même les secouristes n’osaient pas s’approcher pour évacuer les blessés, car ils étaient pris à partie par les attaquants, de sorte que c’était les solidaires qui transportaient les blessés sur des brancards improvisés vers les ambulances.

Selon le reportage du quotidien grec Journal des Rédacteurs (Efimerida tôn Syntaktôn)  la police s’est interposée, mais sans  procéder à l’interpellation et l’arrestation du groupe d’extrême droite et sans faire le nécessaire pour le dissoudre à temps leur regroupement. Les agents  de police auraient eu comme  consigne d’encercler les réfugiés sans pour autant arrêter les attaquants.

Après des heures de heurt, le groupe d’extrême droite s’en pris à n’importe quel réfugié qu’il croisait dans d’autre quartier en ville.  Bilan incertain, selon le Journal des Rédacteurs, probablement quelques 35 blessés dont certains graves, parmi les réfugiés.

Tôt le matin, vers 5.30 la police a évacué la place obligeant les réfugiés de monter à des cars qui les ont conduits au camp de Moria. Ceux d’entre eux qui ont refusé de  retourner au hot-spot de Moria,  ont été arrêtés : il s’agirait de 120 réfugiés et de deux ressortissants grecs, faisant probablement partie du groupe de solidaires qui ont accouru sur place pour assister les réfugiés.

La place Sappho est vide, les réfugiés rentrés au hot-spot ou pire en prison, le groupe d’extrême droite continue à nuire en toute impunité. L’Europe est sauve….

 Jusqu’à présent, la police n’a pas détenu un seul attaquant, bien que ce soit une communauté plutôt petite, où tout le monde connaît tout le monde.

Source http://www.efsyn.gr/arthro/astynomiki-epiheirisi-meta-ta-epeisodia-akrodexion

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