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Le massacre de Pylos

Une autre entrée mortelle dans la forteresse de l’Europe : la nécessité de parler de ce qui s’est passé , de crier une fois de plus que les gardes côtes grecs, en complicité avec Frontex, l’Etat grec et en définitive l’UE, tuent tous les jours aux frontières de l’Europe.

Le texte «  The Pylos Massacre » a été publié dans Mytilene en août 2023. Il a été imprimé en grec et en anglais, est disponible en différentes langues en ligne et est gratuit. Son utilisation est gratuite à des fins non commerciales. Assurez-vous d’examiner les rapports publiés en relation pour plus d’informations.

Lire notre déclaration publique : https://borderviolencelesvos.noblogs.org/post/2023/06/15/these-are-not-accidents-theyre-murders/

Lire notre déclaration aux garde-côtes grecs  :  https://borderviolencelesvos.noblogs.org/post/2023/06/14/statement-on-pylos-to-the-hellenic-coastguard/

Obtenez le PDF grec file:///C:/Users/Acer/Downloads/Pylos_Final_El.pdf

Obtenez le PDF français   file:///C:/Users/Acer/Downloads/Pylos_Final_Fr(2).pdf

Source https://borderviolencelesvos.noblogs.org/post/2023/08/07/the-pylos-massacre/

Attaques racistes/fascistes

FACE À LA RECRUDESCENCE DE MEURTRES ET ATTAQUES RACISTES/FASCISTES, BRISONS LE SILENCE COMPLICE !

Alors que l’extrême droite est plus que jamais dans l’ADN du nouveau gouvernement Mitsotakis, que les Spartiates sont désormais au Parlement avec Solution grecque et Niki, que le nazi Kasidiaris tente de participer aux élections municipales, on constate une augmentation des attaques fascistes et racistes dans les rues athéniennes.  

Shiraz Saftar, un jeune homme de 25 ans originaire du Pakistan, a été assassiné le 12 août dernier à Perissos, dans une zone où de nombreuses attaques racistes ont déjà été recensées. L’assassinat de Shiraz est survenu quelques jours après le meurtre de Michalis Katsouris par des hooligans nazis à Nea Filadelfia, à l’extérieur du stade de l’AEK. Ce nouveau meurtre réveille les souvenirs de celui du travailleur pakistanais Shahzat Loukman, tué à Petralona par des membres de l’organisation criminelle et nazie Aube dorée il y a dix ans. Tout comme Shahzat, Shiraz a été tué tôt le matin. Tout comme Shahzat, Shiraz se rendait au marché où il travaillait. 

Le 16 juin dernier à Peristeri, c’est Gulam Abbas qui a été victime d’insultes racistes et islamophobes, menacé de mort par un automobiliste qui l’a finalement blessé à la tête. La plainte de cet autre travailleur pakistanais pour violence raciste n’a pas été transmise au Département de la police grecque prétendant lutter « contre la violence raciste ». Le 9 juillet dernier, c’est Fiaz Ahmad, immigré pakistanais vivant à Sepolia, qui a été agressé au visage par une personne vêtue de noir et armée d’un poing américain. Toujours en juillet dernier, Nazir Ahmed, travailleur pakistanais a subi des insultes racistes et été agressé par son patron à Plateia Anixi.

Comme souvent en Grèce (et ailleurs), il est impossible de connaître les détails et l’ampleur de ces violences et de ces meurtres ciblant des personnes racisées. Il existe une indifférence voire la complicité de nombreux médias, de la police, de la justice (celle de classe, souvent discriminante envers les personnes opprimé.es/ racisées et indulgente envers les personnes de pouvoir et les fascistes) et d’une large partie de la société. Ce climat de haine est propice à des violences structurelles, qui sont souvent à la fois racistes, islamophobes, classicistes et sexistes. 

Toujours, nous serons des ennemi.es féroces des fascistes et des racistes de toutes sortes. Toujours, nous serons aux côtés des victimes du racisme, du fascisme et du capitalisme.   Ensemble, nous luttons contre le régime meurtrier des frontières, contres les Etats et leurs hommes de main racistes.  L’entraide et l’autodéfense antifascistes sont nos armes !

Assemblée du squat de réfugié.es/migrant.es Notara 26

SOS MEDITERRANEE Les sauvetages s’enchaînent

Communiqué de SOS MEDITERRANEE

Voilà 24 heures que les opérations de sauvetage et de stabilisation d’embarcations en détresse s’enchaînent pour les équipes de l’Ocean Viking.

Hier après-midi, nos équipes ont secouru 272 personnes, dont neuf bébés, lors de trois opérations de sauvetage dans les eaux internationales au large de la Libye. Puis, tôt ce matin, alors que nous remontions en direction du Nord de l’Italie, nous avons repéré de nouvelles embarcations en détresse dans le « couloir tunisien ». Nos équipes leur portent secours, en coordination avec les autorités italiennes. C’était déjà sur cet axe migratoire, reliant Sfax en Tunisie à l’île italienne de Lampedusa, que l’Ocean Viking avait porté secours à la majorité des 623 personnes sauvées les 10 et 11 août derniers.

A l’heure où nous vous écrivons, nos équipes sont pleinement mobilisées et la séquence opérationnelle s’annonce, à nouveau, extrêmement intense.

La répétition du scénario de la dernière mission de l’Ocean Viking le prouve : la situation humanitaire en Méditerranée centrale est absolument critique. Pourtant, ces derniers jours, trois autres navires d’ONG ont été placés en détention administrative pour une vingtaine de jours par les autorités italiennes vidant encore un peu plus la zone de moyens de recherche et de sauvetage cruciaux.

Notre présence en mer est vitale, et c’est grâce à votre soutien que nous sommes aujourd’hui en Méditerranée, pour porter secours à celles et ceux qui se noient.

https://sosmediterranee.f

Evros : le visage brutal du régime frontalier européen

07 août 2023

Un groupe est bloqué depuis plus de trois semaines sur un petit îlot de la rivière Evros. Leur histoire comprend d’innombrables appels de détresse, des agressions physiques, des violences sexuelles, la non-assistance alors qu’une aide médicale immédiate était nécessaire, et le mépris total d’un arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a accordé au groupe des mesures provisoires et ordonné à l’État grec de leur fournir de l’aide. Il s’agit d’un autre exemple clair de la réalité brutale que les gens endurent à la frontière terrestre entre la Turquie et la Grèce.

Le 21 juillet 2023, un groupe de personnes a tendu la main à Alarm Phone. Les 52 personnes – dont plusieurs enfants et personnes âgées souffrant de graves problèmes de santé – nous ont raconté qu’elles étaient bloquées sur un petit îlot près du village de Lagyna, en territoire grec, au milieu de la rivière Evros, qui fait frontière entre la Grèce et la Turquie. En appelant le téléphone d’alarme pour demander de l’aide, ces personnes nous ont informés qu’elles étaient déjà bloquées sur l’îlot depuis huit jours. A 14:19 CEST le même jour, Alarm Phone a alerté les autorités grecques, ainsi que Frontex, l’UNHCR et diverses ONG par email au sujet des personnes en détresse, en partageant leur localisation et leur demande d’assistance immédiate et urgente.

À ce moment-là, nous ne savions pas que ce serait le début d’une odyssée de plus de deux semaines, sans fin en vue, qui comprendrait d’innombrables courriels et appels aux autorités, des protestations publiques via les médias sociaux pour mobiliser pour l’évacuation, une décision ignorée de la Cour européenne des droits de l’homme et une violence barbare continue de la part des forces grecques contre le groupe.

Le lendemain de l’alerte, les autorités grecques ont informé Alarm Phone des efforts déployés conjointement avec Frontex pour rechercher le groupe : « […] nous tenons à vous informer qu’après des recherches approfondies menées par les autorités grecques et les patrouilles conjointes de Frontex dans la zone indiquée par les coordonnées et plus largement, aucune présence humaine n’a été trouvée ». Ce n’est pas la dernière fois que les autorités grecques affirment avoir été incapables de trouver le groupe malgré des « recherches approfondies ».

Quelques jours plus tard, le 26 juillet, les personnes nous ont raconté qu’elles avaient entendu des bruits de voiture la veille du côté grec de la rivière, mais qu’elles attendaient toujours l’aide dont elles avaient un besoin urgent. Dans le même temps, leur état s’aggravait de jour en jour : ils ont fait état de blessures et de divers problèmes de santé, et nous ont dit que la santé mentale de chacun se détériorait rapidement en raison des difficultés persistantes auxquelles ils étaient confrontés. L’acte violent consistant à laisser des personnes bloquées pendant des jours sur un îlot ne risque pas seulement d’entraîner des blessures physiques, mais constitue en soi un tourment mental qui traumatise les gens. À ce stade, la non-assistance des autorités grecques et de Frontex était déjà préjudiciable aux personnes appelant à l’aide, mais la situation allait continuer à se détériorer au cours des prochains jours.

Le 27 juillet, à 8h18 CEST, les autorités grecques ont à nouveau affirmé avoir recherché les personnes : « […] nous aimerions vous informer qu’après des recherches approfondies menées par les autorités grecques et la patrouille Frontex à l’endroit indiqué par les coordonnées et plus largement, aucune présence humaine n’a été trouvée ». Et ce, bien que la région d’Evros soit une zone frontalière hautement militarisée, où l’UE a investi des centaines de millions d’euros pour fortifier la frontière. Les technologies déployées dans la région comprennent des capteurs, des caméras thermiques et des drones – mais malgré cela, les autorités grecques et Frontex déclarent qu’ils sont incapables de trouver un groupe dont la localisation est clairement indiquée ? C’est très embarrassant. S’il est clair que leur déclaration est un mensonge flagrant, il est remarquable que les autorités grecques et Frontex aient atteint un point où des contrevérités aussi évidentes sont devenues implicites dans leurs activités opérationnelles. Pour en arriver là, ces stratégies doivent être largement acceptées dans leurs rangs et démontrent ainsi que les moyens brutaux de dissuasion utilisés aux frontières de la Grèce se sont normalisés, passant de la violence ouverte et brutale à la désinformation et à la non-assistance. Cela est particulièrement vrai dans la région d’Evros, comme l’ont démontré les jours suivants les développements dont nous avons été témoins dans cette affaire.

Un jour plus tard, le 28 juillet, le groupe nous a de nouveau parlé d’activités sur la rive grecque de la rivière : les personnes avaient repéré une voiture noire garée « du côté grec » et un drone qui les survolait. Peu après, ils ont déclaré avoir été attaqués par la police et ce qu’ils ont décrit comme des « mercenaires » : « La police et les mercenaires nous ont pris d’assaut. Ils ont commencé à frapper le monde. Et maintenant, nous sommes dans l’eau ». Ils nous ont envoyé plusieurs vidéos montrant l’attaque cruelle.

Nous avons immédiatement informé les autorités de l’attaque. Il est clair que dans cette zone frontalière hautement militarisée et contrôlée, une telle attaque n’aurait pas pu se produire sans un certain niveau de coordination de la part des autorités – celles-là mêmes qui prétendaient depuis des jours qu’elles ne pouvaient pas perdre de temps.

Nous avons immédiatement informé les autorités de l’attaque. Il est clair que dans cette zone frontalière hautement militarisée et contrôlée, une telle attaque n’aurait pas pu se produire sans un certain niveau de coordination de la part des autorités – celles-là mêmes qui affirmaient depuis des jours qu’elles ne parvenaient pas à localiser le groupe. Après l’attaque, les gens nous ont dit qu’ils étaient choqués et dévastés. Cependant, cette attaque n’a pas marqué la fin de leurs souffrances. Le groupe nous a dit qu’après l’attaque, les autorités turques les avaient forcés à retourner sur le même îlot qu’auparavant.

Avec l’initiative Rule39, une demande de mesures provisoires auprès de la Cour européenne des droits de l’homme a été déposée le 1er août. À ce moment-là, nous étions en contact avec les personnes depuis 11 jours. Pendant toute cette période, les autorités étaient au courant de l’existence du groupe et de ses appels à l’aide. Malgré cela, les appels à l’aide du groupe sont restés ignorés. De plus, au lieu de recevoir de l’aide, les personnes ont été violemment attaquées.

Dans la matinée du 2 août, la réponse de la Cour européenne des droits de l’homme est arrivée : la Cour avait accordé les mesures provisoires et ordonné à la Grèce de fournir de la nourriture, de l’eau et une assistance médicale. Nous avons immédiatement informé les autorités, y compris Frontex et le HCR, de cette décision et réitéré le besoin urgent d’assistance pour le groupe.

Dans la matinée du 3 août, les autorités grecques ont envoyé un autre courriel, affirmant une fois de plus avoir cherché, mais pas trouvé, les personnes. Dans le même temps, les personnes ont partagé avec nous des vidéos les montrant en train de crier bruyamment à l’aide. En désespoir de cause, le groupe a décidé de traverser la rivière lui-même. C’est extrêmement dangereux : chaque année, des dizaines de personnes meurent dans la rivière Evros, dont les forts courants souterrains peuvent noyer les gens. Heureusement, ils ont réussi à traverser la rivière et sont arrivés sains et saufs sur la rive grecque, ce qu’ils ont documenté par plusieurs vidéos qu’ils ont envoyées à Alarm Phone. Ils ont déclaré avoir parlé à deux personnes portant des chemises sur lesquelles était écrit « police ». C’est à ce moment-là qu’un chapitre incroyablement violent de leur voyage a commencé.

Après avoir appris que le groupe parlait avec la « police », les équipes d’Alarm Phone ont de nouveau appelé différents postes de garde-frontières et de police, notamment ceux de Soufli, Alexandroupolis et Thrace. Tous nos appels sont restés sans réponse. Entre-temps, les personnes ont indiqué qu’elles avaient été mises dans des voitures et nous ont dit qu’elles craignaient d’être ramenées en Turquie. La position qu’ils nous ont communiquée les montrait près de Soufli :

Nous avons continué à appeler les autorités, mais soit elles n’ont pas décroché, soit elles ont rejeté la responsabilité en affirmant que l’affaire ne relevait pas de leur compétence, soit elles ont refusé de donner des informations.

Peu après minuit le 4 août, les personnes ont de nouveau contacté Alarm Phone. Ils ont été repoussés en Türkiye et sévèrement battus. Une femme du groupe a expliqué ce qui leur était arrivé après avoir été emmenés dans la voiture :

Elle nous a raconté comment, après une demi-heure dans la voiture, les jeunes hommes et même certaines femmes ont été sévèrement battus. Les agresseurs ont dépouillé les femmes de tous leurs vêtements et ont forcé les jeunes hommes à ouvrir les yeux pour regarder les femmes déshabillées. Ils ont ensuite roué les hommes de coups. La femme a déclaré que le groupe était inquiet car deux des hommes attaqués ont été battus à mort. Les agresseurs ont même battu les femmes âgées et leur ont dit de retourner dans leur pays. Le groupe a de nouveau été forcé de retourner sur l’îlot et a signalé que plusieurs personnes manquaient à l’appel, dont les deux hommes qui avaient été violemment battus.

Les gens nous ont dit qu’ils avaient été gravement secoués et indignés, et qu’ils voulaient désespérément savoir ce qu’il était advenu de leurs amis disparus, dont ils craignaient qu’ils ne soient morts. Ils ont indiqué que parmi leur groupe se trouvaient des bébés de trois ans qui sont, à juste titre, extrêmement perturbés psychologiquement et traumatisés par l’agression violente de la police grecque. « S’il vous plaît, pouvez-vous les aider ? La Turquie et la Grèce les ont laissés en plan. Savons-nous où se trouvent les personnes disparues ?

Nous voulons savoir ce qu’il est advenu des personnes disparues. Qui est responsable de cette attaque brutale et de ces violences sexuelles ? Et quel a été le rôle de Frontex dans toute cette histoire ? Comment peut-on ignorer les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme ? Et pourquoi l’aide a-t-elle été refusée à plusieurs reprises à des personnes qui en avaient un besoin urgent ?

Non seulement les attaques ont soumis les gens à une violence manifeste, mais la non-assistance continue a conduit à de nombreuses urgences médicales – notamment trois personnes âgées atteintes de diabète ayant besoin d’une assistance médicale, une personne âgée souffrant de problèmes circulatoires au niveau de la jambe, qui était violette des deux côtés, une femme enceinte souffrant de contractions et d’hémorragies, et plusieurs enfants faibles, en détresse mentale et gravement piqués par des moustiques. Il convient également de noter que le groupe nous a expliqué qu’il n’avait plus d’eau ni de nourriture depuis plusieurs jours et qu’il était contraint de boire l’eau de la rivière, ce qui comporte un risque d’empoisonnement.

Malheureusement, il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais plutôt de la répétition d’un schéma trop familier. Le niveau incroyable de violence utilisé – qui ne peut être compris que comme des formes systématisées de torture et de brutalisation – contre les personnes en déplacement est odieux. Il illustre la déshumanisation implicite du régime migratoire européen raciste. En outre, elle démontre un dysfonctionnement évident des institutions européennes, où les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme sont facilement ignorées par la Grèce, sans conséquence. Au lieu d’être obligées de prendre des mesures, les autorités grecques ont simplement répondu à Alarm Phone et à la CEDH que les personnes ne pouvaient pas être localisées. Une fois de plus, nous voyons comment Frontex est impliqué dans une situation qui a abouti à un refoulement brutal.

Le 6 août, les personnes étaient toujours bloquées sur l’îlot. Elles étaient également dans un état de détresse qui ne cessait de s’aggraver. Ils ont exprimé leur choc et leur incrédulité quant au fait qu’une décision de la CEDH ne compte manifestement pas en Grèce. Ils ont eux-mêmes appelé le 112 plus de 50 fois et écrit des courriels à Frontex et aux autorités grecques, mais au lieu de recevoir l’aide dont ils ont tant besoin, ils ont été victimes d’attaques répétées et vicieuses.

Au petit matin du 7 août, le groupe nous a de nouveau contactés pour signaler une nouvelle attaque, nous disant que « des mercenaires nous ont attaqués alors que nous étions endormis [sur l’îlot], et nous avons été renvoyés en Turquie ». Ils nous ont ensuite raconté qu’ils avaient été récupérés par l’armée turque, qui les forçait à rentrer en Grèce. Le groupe était incroyablement angoissé et a déclaré qu’il était « devenu un ballon de football entre l’armée grecque et l’armée turque ». Alors que la situation n’est pas prête de s’arrêter et que les personnes, qui ont un besoin urgent d’aide médicale, sont repoussées de part et d’autre de la rivière par les forces grecques et turques, nous insistons à nouveau sur le fait que ces attaques doivent cesser et que les personnes doivent recevoir l’aide dont elles ont besoin de toute urgence.

Nous, ainsi que le groupe actuellement bloqué sur l’îlot, sommes choqués et indignés – même si nous sommes témoins de tels crimes et attaques contre les personnes en mouvement presque quotidiennement, et avec une intensité croissante. Nous continuerons à lutter contre la normalisation de cette violence et ne pardonnerons jamais à ceux qui en sont responsables. Alors que la Grèce tente de dissimuler le massacre de Pylos, dont les garde-côtes helléniques sont responsables, le visage réel et impitoyable du régime frontalier grec reste clairement visible dans la région d’Evros, tout comme la complicité de l’UE.

Source https://alarmphone.org/en/2023/08/07/evros-the-brutal-face-of-the-european-border-regime/

Traduit par Deepl

SOS MEDITERRANEE L’urgence de repartir en mer

ÉDITO du 20 juillet 2023
Le 11 juillet dernier, alors que nous venions de débarquer 57 rescapé.e.s dans le port de Civitavecchia en Italie, les autorités italiennes nous ont informé.e.s que notre navire l’Ocean Viking était placé en détention pour une durée indéterminée.

C’est un coup dur pour notre mission, quelques jours après que les garde-côtes libyens eurent tiré des coups de feu à proximité de notre équipe et de personnes rescapées, le vendredi 7 juillet après-midi, lors d’une opération de sauvetage. Cet incident, le troisième cette année impliquant des garde-côtes libyens, s’inscrit dans un contexte d’insécurité croissante en Méditerranée.

Alors que les associations humanitaires comblent le vide mortel laissé par les États européens, ces entraves s’ajoutent à l’obligation de débarquer dans des ports éloignés, écartant ainsi les navires humanitaires de la zone des sauvetages. Pendant ce temps, 1931 décès ont été recensés en Méditerranée depuis le début de l’année 2023 (OIM), parmi lesquels 289 enfants, soit deux fois plus que l’année dernière sur la même période, a alerté récemment le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF).

Car les départs s’accélèrent des côtes nord-africaines dans des conditions de chaleur étouffante, accroissant encore les risques pris par les personnes qui fuient la Libye et auxquelles nos équipes apportent les premiers soins et assistance à bord.

Face à l’ensemble de ces défis, nous restons déterminé.e.s et mettons tout en œuvre pour reprendre au plus vite notre mission vitale !

L’équipe de SOS MEDITERRANEE
#RepondezACeSOS
Source https://sosmediterranee.fr

Ocean Viking bloqué

Détention de l’Ocean Viking 

Communiqués et Déclarations

Marseille, 13 juillet 2023 - Le 11 juillet 2023, à la suite d’une inspection de contrôle par l’État du port (PSC) d’une durée de sept heures, menée par les garde-côtes italiens dans le port de Civitavecchia, en Italie, l’Ocean Viking, a été placé en détention par les autorités italiennes, pour une durée indéterminée. Le navire affrété par SOS MEDITERRANEE depuis 2019 est opéré en partenariat avec la Fédération Internationale des sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge (FICR). Des discussions sont en cours avec les parties prenantes concernées.

L’inspection a abouti à l’identification d’un nombre très limité de déficiences techniques et administratives. Malheureusement, l’une d’entre elles nécessite une investigation plus approfondie, impliquant les différents acteurs de la certification et l’armateur. Il s’agit d’une interprétation restrictive de la convention SOLAS (Safety of Life at Sea – 1974), un accord international qui établit les normes de sécurité minimales pour la construction, l’équipement et l’exploitation des navires. Cette interprétation restrictive faite par les autorités italiennes concerne des éléments qui n’ont jamais été signalés au cours des sept précédents contrôles par l’Etat du port subis par l’Ocean Viking depuis quatre ans. Cette interprétation des exigences de la Convention SOLAS est d’autant plus surprenante qu’elle n’est pas conforme à l’interprétation et à l’application communément admise du règlement concerné.  

SOS MEDITERRANEE travaille activement avec toutes les parties prenantes concernées pour trouver des solutions afin de retourner en mer le plus rapidement possible, alors que l’année 2023 s’est déjà révélée particulièrement meurtrière en Méditerranée. 

La détention de l’Ocean Viking intervient cinq jours après un incident de sécurité auquel son équipage a été confronté. Le vendredi 7 juillet, des coups de feu ont été tirés à moins de 100 mètres de l’équipe de secours humanitaire et des naufragés par les garde-côtes libyens après un sauvetage – incluant une femme et cinq enfants non accompagnés – alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Ocean Viking.   

Non seulement, les navires humanitaires comblent le vide mortel laissé par les États européens en Méditerranée centrale et sauvent des vies, mais ils sont eux-mêmes mis en danger durant les sauvetages par les tirs des garde-côtes libyens parrainés par l’UE. De plus, ces navires sont ensuite envoyés dans des ports éloignés pour débarquer les rescapés, avant d’être de surcroît détenus par les autorités. 

Le début de l’année a été particulièrement tragique avec plus de 1 890 morts en Méditerranée ; cette réalité déjà sombre est encore exacerbée par la détention actuelle de l’Ocean Viking, qui doit donc temporairement suspendre les opérations de sauvetage vitales menées par SOS MEDITERRANEE et de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR).  “La situation en Méditerranée est très préoccupante. Les travailleurs humanitaires y sont attaqués alors que les taux de mortalité sont alarmants. Nous avons besoin de toute urgence d’une présence continue de navires de sauvetage pour porter secours à un nombre croissant d’embarcations en détresse. La détention actuelle compromet considérablement notre capacité à sauver des vies dans les eaux internationales », déclare Sophie Beau, co-fondatrice et directrice générale de SOS MEDITERRANEE France.  

SOS MEDITERRANEE condamne toute tentative de mettre en danger la vie de son équipage et des rescapés. Les travailleurs humanitaires, les civils et les naufragés ne peuvent en aucun cas être une cible. L’organisation espère que l’Ocean Viking pourra reprendre ses opérations de sauvetage dès que possible.

Crédit photo : Claire Juchat / SOS MEDITERRANEE

Source https://sosmediterranee.fr/communiques-et-declarations/cp-detention-ocean-viking/

Grèce : des migrants filmés menottés et yeux bandés dans un camion à Kos

Une vidéo publiée ce lundi 26 juin par l’ONG Aegean boat report montre une dizaine de migrants entassés dans une camionnette, les mains attachées dans le dos et les yeux bandés, à l’est de l’île de Kos, en Grèce. Les autorités à l’origine de cette capture n’ont pas été identifiées, tout comme la destination des passagers.

C’est une vidéo qui fait froid dans le dos. L’ONG Aegean boat report a publié ce lundi 26 juin sur Twitter une vidéo montrant un groupe de migrants menottés, les yeux bandés, et entassés à l’arrière d’une camionnette aux fenêtre obstruées.

L’ONG a été contactée à plusieurs reprises par une femme enfermée dans le véhicule (non visible dans la vidéo) et implorant de leur venir en aide. « Une femme nous a appelés à deux reprises ce lundi, raconte Tommy Olsen, fondateur d’Aegean boat report. La communication était compliquée car elle parlait arabe et pas anglais. Elle a expliqué que son groupe de migrants avait été battu par des forces de police non identifiées. Leurs affaires ont été confisquées, ils se sont fait attacher les mains et on leur a bandé les yeux », précise-t-il.

Selon lui, parmi les 14 migrants du groupe, syriens et palestiniens, il y aurait deux enfants dont les mains n’ont pas été entravées, comme on peut le constater dans la vidéo. C’est l’un d’eux qui aurait pu filmer la scène, selon Tommy Olsen.

« Forces de police » non identifiées

Dans une série de messages vocaux écoutés par InfoMigrants, une femme appelle à l’aide : « S’il vous plaît, s’il vous plaît, mes mains sont attachées, nous avons pu filmer sans qu’ils me voient, venez nous aider. Regardez ce qu’il nous est arrivé et comment ils nous traitent », dit-elle.

Dans la vidéo, on aperçoit et on entend deux hommes discuter en grec. Ils évoquent d’ailleurs la ville de « Marmari » à Kos. De leur côté, les migrants sont assis à même le sol du véhicule, et restent silencieux. L’un d’eux demande tout de même : « Toilettes », à un moment. D’après la localisation satellite du téléphone, la scène aurait eu lieu dans le nord-est de l’île, elle même située à seulement 4 kilomètres de Bodrum, en Turquie.

Carte de l'île grecque Kos (marquée en rouge) située à quelques kilomètres de la Turquie | Crédit : Google Maps
Carte de l’île grecque Kos (marquée en rouge) située à quelques kilomètres de la Turquie | Crédit : Google Maps

Risque de refoulement en Turquie

D’après Tommy Olsen, ce genre de scène est plausible dans les îles grecques de la mer Egée. « C’est assez courant depuis quelques années. En Grèce, nous avons des unités de police spéciales qui sont déployées pour garder les frontières. Elles sont notamment présentes sur les îles, elles conduisent des véhicules banalisés, utilisent des technologies de pointe comme des drones, et peuvent donner des ordres à la police locale. ces unités sont très entraînées », explique l’humanitaire.

Tommy Olsen dit avoir perdu le contact avec les gens du véhicule depuis le début d’après-midi : « On pense qu’ils vont être placés sur une embarcation pour être refoulés en Turquie, estime-t-il. En général, quand on leur bande les yeux et qu’on les menotte, ce n’est pas pour les emmener dans un camp de réfugiés ».

Contactée, la mairie de Kos assure que « l’incendie observé sur cette vidéo relève de la juridiction du gouvernement et pas de la municipalité » et rappelle que « Kos a traité des milliers de réfugiés dans le respect des droits humains ».

>> À (re)lire : Grèce : démantèlement d’un réseau de passeurs entre la Turquie et l’île de Kos

Les refoulements en Turquie, bien qu’illégaux, ont été fréquemment documentés par les ONG internationales ces dernières années. Les garde-côtes grecs sont régulièrement pointés du doigt pour ces pratiques. Sur les huit premiers mois de l’année 2022, la Grèce a bloqué l’entrée de plus de 150 000 migrants sans papiers à ses frontières terrestres et maritimes.

Le mois dernier, le New-York time a révélé comment les garde-côtes grecs avaient placé sur un canot à la dérive en mer Égée un groupe de migrants, en majorité des enfants, dont un nourrisson. Le groupe se cachait sur l’île de Lesbos quand il a été intercepté puis placé sur une embarcation en mer. A la suite de cette publication, la Commission européenne a demandé l’ouverture d’une enquête indépendante.

La rédaction d’InfoMigrants reçoit aussi régulièrement des témoignages d’exilés racontant avoir été refoulés en mer par les garde-côtes grecs. Le dernier date de mai 2022 lorsque Brian expliquait qu’un bateau floqué d’un drapeau grec a repoussé son groupe de migrants vers les eaux turques. « Ils nous ont crié dessus et ont pointé leurs armes sur nous », témoignait le jeune homme.

Source https://www.infomigrants.net/fr/post/49931/grece–des-migrants-filmes-menottes-et-yeux-bandes-dans-un-camion-a-kos

Responsabilité de l’Europe – Charnier en Méditerranée

Crimes sans châtiment – ou comment l’UE transforme la Méditerranée en charnier liquide

Le naufrage du 14 juin en mer Ionienne est venu s’ajouter à la longue série noire de tragédies similaires dont une partie seulement bénéficie de couverture médiatique, ou même d’un quelconque signalement. Avec sans doute plus de 650 morts (104 survivants sur un total de 750 à 800 personnes à bord), ce naufrage est d’ores et déjà le second plus meurtrier jamais enregistré en Méditerranée, après celui du 19 avril 2015 (plus de 900 morts) au large des côtes libyennes mais dépassant la « tragédie de Lampedusa » d’octobre 2013 (366 corps retrouvés).

Pourtant, aussi terrifiantes soient-elles, ces tragédies ne représentent qu’une fraction des pertes humaines occasionnées par les traversées de la Méditerranée que tentent quotidiennement réfugié·es et migrant·es venant du Sud global à bord d’embarcations de fortune. Les estimations varient mais ce qui est certain c’est qu’elles se comptent par dizaines de milliers rien que pour la dernière décennie : 27000 depuis 2014 selon Missing Migrant Project, entre 17 et 18000 pour la période 1993-2014 selon d’autres estimations, parmi les plus modérées. Il s’agit donc d’une véritable hécatombe, qui s’est produite et se déroule quotidiennement, sans que cela soulève d’émotion particulière en dehors d’événements perçus comme exceptionnels à l’instar des naufrages évoqués ci-dessus.

Au-delà de la comptabilité macabre, il y a bien sûr la question des responsabilités politiques. Celles des États bien entendu, mais s’agissant de notre continent, celle de l’instance qui définit dans le détail et met en œuvre le cadre d’ensemble, à savoir l’Union européenne (UE). Car, contrairement à ce qui est souvent dit les frontières européennes n’ont pas toujours été létales pour les populations venues du Sud, et, en tout cas, certainement pas à l’échelle à laquelle les opinions publiques se sont habituées depuis des décennies. Le phénomène cesse d’être marginal à partir de 1990, lorsque commencent à se mettre en place les dispositifs de l’espace Schengen, et il ne prend de l’ampleur qu’à partir de 1995, lorsque le dispositif s’applique pleinement.

C’est donc la politique dite d’ « externalisation des frontières », revers de la « libre circulation » (fort relative) à l’intérieur de celles-ci qui, en réduisant drastiquement (et de façon croissante), les voies d’accès régulières aux Etats-membres de l’UE pour les personnes venant en particulier du Sud global a conduit à des trajets de plus en plus dangereux et mortels. La méthodique construction de ce qu’on appelle couramment l’« Europe forteresse » s’est ainsi traduite par une politique délibérée de « laisser mourir » à une échelle de masse.

Cette politique est désormais justifiée par la « promotion de notre mode de vie européen » selon la dénomination officiellement adoptée par l’UE pour désigner le domaine au sein duquel prend place la politique d’asile et de migration. Implicitement mais non moins clairement, une vie non-européenne, en particulier si elle est non-blanche et/ou non-chrétienne, peut passer par pertes et profits, au nom de la défense des prétendues « valeurs » qui fondent l’« Europe » telle que les divers traités du néolibéralisme constitutionnalisé l’ont façonnée au fil des décennies.

 À vrai dire, une telle escalade meurtrière ne saurait surprendre de la part d’une construction issue d’un continent d’où est partie l’expansion coloniale et impérialiste, avec le cortège d’horreurs qui l’a accompagnée. C’est de cette Europe que parlait Frantz Fanon quand il écrivait, en conclusion des Damnés de la terre : « Voici des siècles que l’Europe a stoppé la progression des autres hommes et les a asservis à ses desseins et à sa gloire ; des siècles qu’au nom d’une prétendue ‘aventure spirituelle’ elle étouffe la quasi-totalité de l’humanité. Regardez-la aujourd’hui basculer entre la désintégration atomique et la désintégration spirituelle. (…) L’Europe s’est refusée à toute humilité, à toute modestie, mais aussi à toute sollicitude, à toute tendresse. Elle ne s’est montrée parcimonieuse qu’avec l’homme, mesquine, carnassière, homicide qu’avec l’homme. »

C’est avec cette Europe – et avec cet « Occident »-là – qui aujourd’hui encore osent parader en modèles de morale et de civilisation sur la scène internationale, qu’il nous faut radicalement et définitivement rompre.

Pour notre commune humanité, il y a urgence.

Stathis Kouvélakis

Athènes, 16 juin 2023, manifestation de protestation contre les politiques de migration et d’asile

Source https://www.contretemps.eu/crimes-frontex-europe-exil-migrations-morts-grece-naufrages/

L’insécurité alimentaire des réfugiés augmente en Grèce

Asile et migration – L’insécurité alimentaire des réfugiés augmente en Grèce, dénonce une ONG

(Belga) L’insécurité alimentaire des réfugiés et demandeurs d’asile augmente en Grèce, dénonce lundi l’ONG INTERSOS qui fournit des repas à Athènes à plus de 5.000 exilés.

Asile et migration - L'insécurité alimentaire des réfugiés augmente en Grèce, dénonce une ONG
Selon le rapport publié lundi, 59% des personnes à qui l’ONG est venue en aide n’avaient accès à suffisamment de nourriture qu’entre une à trois fois par semaine. Ils se trouvaient ainsi dans une insécurité alimentaire sévère selon les critères de l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. Depuis février 2022, 5.932 personnes ont été intégrées au programme « Nourriture pour tous » d’INTERSOS, dont 54% de mineurs. Mais en un an, la liste d’attente a quadruplé et plus de 2.000 exilés sont dans l’attente de cette aide. « Après la période de Covid-19, de nombreux réfugiés qui travaillaient au noir se sont retrouvés sans aides de l’État, en détresse. Ensuite l’inflation a empiré la situation », souligne Matina Stamatiadou en charge du projet pour l’ONG. « Des enfants vont à l’école le ventre vide et s’évanouissent. Les parents nous disent qu’ils doivent choisir entre payer le loyer et leur offrir de bons repas », ajoute-t-elle. Fin décembre 2022, la fin du programme ESTIA, financé par l’Union européenne et lancé en 2015 pour aider les demandeurs d’asile à accéder à un logement, a également accentué les difficultés des réfugiés. Pour Lefteris Papagiannakis, directeur du Conseil grec pour les réfugiés qui coopère avec INTERSOS dans la mise en place du programme, ce manque d’accès à la nourriture fait « partie d’une même politique en Grèce envers les demandeurs d’asile, qui sont confrontés à la violence aux frontières, à l’isolement dans les camps et aux obstacles systématiques à la protection sociale et à l’intégration ». Depuis son arrivée au pouvoir il y a quatre ans, le gouvernement conservateur grec a durci sa politique migratoire. (Belga)
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Les trois sauvetages les plus marquants

Gros bateau en bois surchargé et menaçant de chavirer, réanimation d’urgence d’un bébé tombé à l’eau, panique sur une embarcation pneumatique dégonflée à l’arrivée des garde-côtes libyens… Jérôme, Édouard et Claire racontent le moment le plus marquant de leurs nombreuses missions comme membres de l’équipe de sauvetage.

Chacune de nos 351 opérations en mer réalisées depuis mars 2016 avec l’Aquarius puis l’Ocean Viking, était pour le moins exceptionnelle. Pour tout dire, rien n’est – et ne devrait être – habituel dans cette situation où des femmes, des enfants et des hommes, véritables naufragé.e.s ayant traversé des épreuves sans nom, se retrouvent livré.e.s aux caprices de la mer et à l’avidité des passeurs qui profitent de leur détresse pour les entasser à prix fort sur des embarcations impropres à la navigation. Pourtant, si nos marins sauveteurs et sauveteuses ont conservé en mémoire le visage de dizaines de rescapé.e.s et autant de souvenirs de missions improbables, certains moments les ont marqué.e.s à tout jamais.

Jérôme : « Mais comment font-ils tenir autant de monde sur un bateau comme ça ? »

 

Pour sa première mission en mer, en 2021, Jérôme a eu droit à l’un des pires cauchemars des équipes de sauvetage. Aux temps de l’Aquarius, entre 2016 et 2018, les grands bateaux en bois, qui peuvent contenir jusqu’à 1 000 personnes, comptaient parmi les embarcations rencontrées fréquemment. Mais on lui avait dit qu’il n’y en avait plus. Dangereusement surchargés, y compris dans les cales où l’on entasse sans ménagement les femmes et les enfants, ces monstres instables menacent de se retourner au moindre mouvement de foule ou à la première vague. Et Les chances de survie sont quasi nulles si cela se produit. Devenus plus rares ces deux dernières années, en été 2021, ils ont eu tendance à faire leur réapparition et depuis 2022, des grands bateaux de pêcheurs avec jusqu’à 800 personnes à bord partent de l’est de la Libye, rapporte le site d’information Info Migrants. Alors qu’il ne s’attendait pas du tout à cette « rencontre » avec de si grands bateaux, Jérôme en a fait l’expérience et raconte sur cette vidéo inédite cette expérience troublante. « On aurait pu me mettre des claques que je n’aurais rien senti ! » confie-t-il.

Édouard : « On voit des trucs de dingue et on n’en parle pas. »

 

 Laurin Schmid / SOS MEDITERRANEE
 Laurin Schmid / SOS MEDITERRANEE

Le 27 janvier 2018 compte parmi les événements les plus traumatisants de toute l’histoire de SOS MEDITERRANEE. Ce jour-là, plusieurs dizaines de personnes sont tombées à l’eau à l’arrivée des équipes. Une trentaine ne survivront pas. « On voit des trucs de dingue et on n’en parle pas. » Édouard, marin-sauveteur sur l’Aquarius dès 2016, mettra des mois avant de coucher sur le papier son récit de cette opération dantesque. Extraits.

Baz crie : « Le bébé, là-bas ! » C’est mon cauchemar. Je l’ai vu et depuis le premier moment, je me suis dit : « c’est foutu pour lui, regarde pas ». Mais voilà qu’on arrive dessus. « Je le prends ! » Voilà c’est dit, je tends le bras, je plonge ma main dans l’eau. Puis tout l’avant-bras, pour attraper la barboteuse molletonnée du bout des doigts. Je le soulève hors de l’eau, il est lourd, plein de flotte. (…) Je dois lui faire un massage cardiaque. Le canot de sauvetage se cabre. Le moteur gueule, on n’entend plus que ça et Baz qui essaie de gueuler plus fort dans sa radio pour prévenir les équipes médicales. Son teint est presque blanc, lui qui devrait avoir la peau noire. Foutu pour foutu, je n’y vais pas de main morte. Je me rends compte que je masse un peu vite alors je cherche les paroles de la chanson qu’on nous donne pour bien faire. Et je me retrouve à chanter « staying alive » en pleurant à moitié, et je le regarde, je chante pour lui. « Écoute-moi garçon ! » (…) J’écarte les jambes et je cherche mes appuis pour assurer ma position avant de me lever. Je lance le décompte, en continuant de masser, comme à l’entraînement. 10, 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2, 1 ! Les mains de Baz sont juste là, parfaitement placées. Je lui passe le bébé, il le passe à d’autres mains tout aussi bien placées. (…) Une fois revenu à bord on a demandé comment allaient les bébés. On a eu un petit temps avant de croire qu’ils étaient tous revenus à la vie. On a pleuré, on s’est pris dans les bras, mais on n’a rien dit de plus.

Lire tout le témoignage d’Edouard

Claire « Les garde-côtes libyens foncent sur nous à pleine vitesse. C’est la panique ! »

Claire Juchat / SOS MEDITERRANEE
Claire Juchat / SOS MEDITERRANEE

Lorsqu’on lui demande le moment qui l’a le plus marquée, Claire écarquille les yeux et souffle : « il y en a tellement ! »  Elle finit par évoquer cette fois où les garde-côtes libyens ont failli provoquer un naufrage au moment où son équipe secourait un pneumatique dégonflé. Un scénario qui se produit de plus en plus souvent.

Nous sommes en avril 2022. Nous sommes en train d’évacuer les personnes en détresse depuis l’embarcation surchargée vers les canots de sauvetage. Les conditions sont vraiment médiocres. Une vedette des garde-côtes libyens arrive sur nous à pleine vitesse. Elle tourne autour de l’embarcation pneumatique dégonflée que nous secourons, causant de fortes vagues. Leur arrivée créé une immense panique parmi les naufragé.e.s. Épouvantées, de nombreuses personnes essaient de sauter directement dans le canot de sauvetage depuis l’épave. Le canot est assailli. Pour ces personnes, retourner dans ce qu’elles appellent « l’enfer libyen » est pire que la mort.  On tente de les calmer, le bruit des moteurs est assourdissant. Grâce à de nombreuses manœuvres, personne ne tombe à l’eau. Pourtant, tout au long du transfert, les garde-côtes libyens continuent leurs manœuvres dangereuses, jusqu’à la fin !

Je me souviens que sur l’autre canot de sauvetage, juste avant, Jérémie [chef de l’équipe de sauvetage] venait d’extraire un tout petit bébé, un nourrisson d’à peine deux mois ! Ce n’est qu’une fois en sécurité sur l’Ocean Viking, environ deux heures après le sauvetage, qu’en discutant avec les gens, je me suis rendue compte que 12 personnes étaient tombées à l’eau durant la nuit avant qu’on arrive. Il y avait de grosses vagues, l’embarcation était surchargée, certaines personnes ont glissé et ont disparu dans l’eau noire. Celles et ceux qu’on a secouru.e.s étaient donc en état de choc, auquel s’est ajouté la peur d’être ramené.e.s en Libye. Au cours des jours, je suis devenue assez proche de la maman de ce bébé. Et je me disais que son petit avait déjà vécu tant d’atrocités en si peu de temps de vie : l’enfer libyen, la traversée, la mort de 12 personnes, les dangereuses manœuvres des garde-côtes libyens… Lorsqu’elle a débarqué avec son bébé, j’étais vraiment émue et triste à la fois à l’idée que ces deux êtres devraient encore affronter de nombreuses difficultés.

Source https://sosmediterranee.fr/focus/les-trois-sauvetages-les-plus-marquants/

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