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Une enquête menée par Reporters United révèle que des composants de systèmes d’armes de la société israélienne Elbit Systems étaient transportés de Grèce vers Israël à bord d’avions de passagers d’Aegean Airlines, classés non pas comme matériel militaire mais comme « biens courants ».
D’après les conclusions de l’enquête , 14 transferts de matériel militaire, totalisant 603 kilogrammes, ont été effectués entre 2021 et 2024 via des vols Aegean entre Athènes et Tel Aviv. Parmi ces transferts, six ont eu lieu en 2024, soit après que la Cour internationale de Justice de La Haye a rendu son avis en janvier de la même année concernant le possible génocide à Gaza, ce qui confère une importance politique et morale particulière à ces révélations. Il convient de rappeler que le destinataire de ce matériel militaire, Elbit Systems , est la plus grande entreprise privée d’équipement de défense en Israël et un fournisseur clé de l’armée israélienne.
Contrairement aux rapports précédents qui présentaient la Grèce comme une plaque tournante du transport de matériel militaire vers Israël, cette enquête démontre que la Grèce était un expéditeur direct de composants militaires. Les expéditeurs étaient, d’une part, la société grecque d’équipement de défense AKMON SA et, d’autre part, l’armée de l’air hellénique elle-même.
La compagnie Aegean a confirmé à Reporters United avoir transporté les cargaisons en question, mais a précisé ne pas être responsable de leur contenu, un transitaire étant intervenu et seul habilité à contrôler les marchandises et à délivrer les licences d’exportation nécessaires. Elle a par ailleurs affirmé que les cargaisons n’étaient pas classées comme matériel militaire, mais comme marchandises courantes. Elle n’a cependant pas nié connaître l’expéditeur, le destinataire et la nature générale des produits.
La plupart des cargaisons provenaient d’AKMON SA, une entreprise basée à Ano Liosia et spécialisée dans la production de câbles pour les applications de défense et aérospatiales. Les câbles exportés portent la désignation « MIL-SPEC », ce qui signifie qu’ils répondent aux spécifications militaires du département de la Défense des États-Unis et sont conçus pour fonctionner dans des conditions extrêmes. Reporters United souligne qu’il ne s’agit pas de simples produits commerciaux, mais de composants spécialement fabriqués pour être utilisés dans des systèmes d’armes, tels que des missiles, des chars, des navires de guerre et des aéronefs. AKMON reconnaît elle-même que ses produits sont fabriqués exclusivement sur la base des spécifications techniques du client et ne constituent pas des systèmes autonomes, confirmant ainsi leur nature militaire spécialisée.
Deux autres envois, contenant des pièces d’aéronefs, ont été effectués par l’armée de l’air grecque, probablement dans le cadre de la maintenance de systèmes acquis auprès d’Elbit. Ces cargaisons ont été expédiées de la région d’Elefsina vers les installations d’Elbit à Ashdod. Ni l’état-major de l’armée de l’air ni le ministère de la Défense nationale n’ont répondu aux questions des journalistes.
La question centrale qui se pose est celle de savoir qui a délivré les licences d’exportation nécessaires.
Le journal To Vima (propriété de l’oligarque Evangelos Marinakis) – principal journal du centre politique qui donne traditionnellement le ton du débat dans les cercles de l’establishment grec – a conclu son éditorial du dimanche 5 octobre par une sombre prédiction d’une «crise politique prolongée, avec tout ce que cela implique…». Le même jour, le journal Kathimerini, principal quotidien du centre droit traditionnel (propriété de l’armateur Giannis Alafouzos), qui déclarait encore récemment sa conviction que «Mitsotakis n’avait pas de rival», a désormais inversé son jugement: «Le prochain adversaire de Mitsotakis… n’aura pas de rival.»
Les prévisions défavorables pour l’avenir de Kyriakos Mitsotakis [premier ministre depuis 2019], le leader de l’aile ultra-néolibérale qui dirige le parti Nouvelle Démocratie, sont évidentes dans les sondages d’opinion. Selon tous les sondages, Nouvelle Démocratie recueille actuellement moins de 25% des voix parmi ceux qui ont l’intention de voter. Un tel résultat exclut toute perspective pour la droite de former un gouvernement reposant sur un seul parti. Mais ce n’est pas tout. Vingt-cinq pour cent est le seuil fixé par la loi électorale pour que le parti en tête reçoive un «bonus» de 50 sièges supplémentaires au parlement, une disposition qui a été instituée pour renforcer les perspectives de stabilité gouvernementale. Cela soulève la possibilité sérieuse qu’après les prochaines élections, Nouvelle Démocratie se retrouve avec une petite fraction parlementaire, devenant ainsi le premier à perdre les avantages que la loi électorale accorde au parti en tête. Dans un tel scénario, une coalition entre Mitsotakis et le PASOK social-démocrate ou l’extrême droite nationaliste ne suffirait plus pour former un gouvernement. Une coalition tripartite plus large serait nécessaire et, compte tenu de la situation politique actuelle, si un gouvernement de coalition bipartite est particulièrement difficile, un gouvernement tripartite semble impossible.
Si les sondages d’opinion se confirment lors des élections (prévues pour 2027, mais qui pourraient avoir lieu en 2026), le capitalisme grec se dirige vers une crise de «gouvernabilité» avec des risques importants dans le contexte économique et géopolitique conflictuel de la période. Et sans solution alternative visible, du moins pour l’instant.
En fait, toutes les prévisions politiques reposent sur des sables mouvants. Lors des élections postérieures à 2019, dans la société grecque traditionnellement politisée, l’abstention a atteint des niveaux historiques. Environ 50% des électeurs inscrits ont refusé de se rendre aux urnes, les taux d’abstention étant plus élevés principalement dans les zones ouvrières. Parmi les 50% restants qui ont voté et ont l’intention de voter à nouveau, la majorité déclare dans tous les sondages que le critère décisif pour leur vote sera la lutte contre l’inflation et l’effondrement de l’État social. Pour ne laisser aucun doute sur la manière dont les évolutions sociales se reflètent dans l’arène politique, l’ancien Premier ministre Antonis Samaras [juin 2012-janvier 2015], représentant de l’aile droite dure, aujourd’hui exclu de Nouvelle Démocratie, a récemment déclaré que sous la direction de Mitsotakis, la droite grecque «a perdu 1,3 million d’électeurs depuis 2019, et cette perte est définitive». Si Antonis Samaras met finalement sa menace à exécution et crée un nouveau parti politique, situé entre Nouvelle Démocratie et l’extrême droite nationaliste et religieuse, les perspectives de Mitsotakis subiront un coup supplémentaire.
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La question sociale/de classe est à l’origine du déclin rapide actuel du parti néolibéral Nouvelle Démocratie, qui était arrivé au pouvoir triomphalement après la crise et la défaite de SYRIZA en 2019 et avait réaffirmé sa force après l’effondrement de SYRIZA en 2023 (suite à la défaite électorale qui a contraint Alexis Tsipras à démissionner).
Dans un pays où les salaires et les retraites sont restés pratiquement «gelés» pendant une décennie, l’inflation s’est avérée être un fléau pour les revenus réels de ceux qui vivent de leur travail. En 2025, l’inflation s’élevait à 2,6%, tandis que les prévisions pour 2026 sont de 2,2%. Cependant, l’inflation réelle sur les biens de consommation courante pour le gros de la population a grimpé en flèche. Les syndicats estiment que les prix des denrées alimentaires ont augmenté de plus de 13% par an ces dernières années! Le coût du logement (loyer, électricité, eau, télécommunications, etc.) est devenu totalement inabordable. Selon les estimations des syndicats, et conformément à notre expérience courante, un salaire ou une pension mensuelle moyenne ne suffit qu’à une famille de trois personnes pour vivre au seuil de pauvreté pendant 20 jours par mois. Un exemple révélateur de ce processus d’appauvrissement est qu’au cours de l’été 2025 50% de la population locale n’avait pas les moyens de s’offrir ne serait-ce que quelques jours de vacances.
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Malgré son déclin, Mitsotakis fait face à cette situation avec un engagement absolu en faveur des contre-réformes néolibérales.
Après le vol des réserves des fonds de sécurité sociale, qui ont été utilisées pour rembourser une partie de la dette après 2012, la classe ouvrière grecque dispose désormais de l’un des pires systèmes de sécurité sociale d’Europe. L’âge de la retraite est déjà fixé à 67 ans, et une pension complète nécessite 40 ans de vie active. La pension moyenne n’est que de 841 euros, la plus basse de la zone euro, tandis que la pension minimale, dont vivent 18% des retraité·e·s, est de 470 euros! Cinquante-cinq pour cent des retraités vivent avec une pension inférieure à 700 euros par mois. Et pourtant, en 2026, une réforme encore plus défavorable de ce système misérable est prévue. L’âge limite sera porté à 69 ans, tandis que le niveau actuel des pensions devra être réduit (!) de peut-être jusqu’à 30% (!!). Au-delà de la tendance générale à la réduction, les plans du gouvernement prévoient d’utiliser les ressources des fonds de la sécurité sociale pour financer… des programmes d’armement! Je ne sais pas si le gouvernement survivra lorsque ces changements réactionnaires seront officiellement introduits, mais cela donnera certainement lieu à une bataille sociale et politique majeure.
En Grèce, la durée moyenne du temps de travail des salariés est la plus élevée d’Europe. Elle atteint 1886 heures par an, soit 316 heures de plus que la moyenne de 1570 heures des États membres de l’UE.
Selon les statistiques officielles, 21% de la main-d’œuvre travaille plus de 45 heures par semaine. Et cela selon les statistiques officielles, alors que tout le monde sait qu’après l’affaiblissement délibéré de tous les mécanismes de contrôle et d’inspection sur le marché du travail, la situation réelle est bien pire. La preuve irréfutable en est la recrudescence des «accidents» mortels sur le lieu de travail: jusqu’en 2019, leur nombre variait entre 25 et 30 par an, alors que dans les premiers mois de 2025, 131 travailleurs ont perdu la vie dans des «accidents» du travail. Dans ce contexte désastreux, le gouvernement organise une réforme qui rendra tous les aspects du temps de travail extrêmement flexibles. Le projet de loi proposé par le brutal ministre du Travail, Niki Kerameos, légalise une journée de travail pouvant aller jusqu’à 13 heures (!!!) pour un seul employeur, établit des «contrats» d’un ou deux jours, permet l’embauche ou le licenciement ainsi que la modification des horaires de travail sur simple SMS de l’employeur, prévoit la fragmentation des congés annuels obligatoires en plusieurs parties, en fonction des besoins de l’entreprise, etc. [Le parlement a approuvé la loi pour l’introduction des 13 heures le 14 octobre par une majorité de 158 sur 300 députés.]
L’ampleur du défi a été ressentie par les membres du mouvement syndical. La pression exercée sur l’alliance bureaucratique entre le PASOK et les syndicalistes de droite – qui contrôle la Confédération générale des travailleurs du secteur privé (GSEE) – a contraint la GSEE à déclarer, après un certain temps, une grève nationale de 24 heures le 1er octobre, puis une autre le 13 octobre. La méthode de l’appareil bureaucratique syndical est bien connue: il déclare une grève pour faire baisser la pression interne de la base, sans rien faire pour l’organiser efficacement. Néanmoins, l’importance de ces grèves ne peut être sous-estimée. Le temps de travail devient un terrain de bataille avec le gouvernement, et les sections les plus radicales du mouvement syndical, qui sont plus fortes à la base, ont la possibilité – et l’obligation! – d’organiser les prochaines étapes.
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Les scandales politiques ont été un autre facteur majeur de l’affaiblissement politique du gouvernement Mitsotakis. Il y a trois ans, la scène politique a été secouée par des révélations concernant un mécanisme illégal de surveillance et d’écoute téléphonique qui enregistrait secrètement les communications et la vie privée des opposants et des «amis» de Kyriakos Mitsotakis.
L’entourage du Premier ministre a utilisé les services secrets nationaux et collaboré avec une société composée d’anciens membres des services secrets israéliens (qui commercialisent un logiciel espion illégal baptisé «Predator») afin de surveiller le leader du PASOK Nikos Androulakis [depuis 2021], les responsables parlementaires de SYRIZA, plusieurs ministres de Nouvelle Démocratie, les dirigeants de l’armée, de nombreux diplomates, des hommes d’affaires connus, ainsi que des milliers de citoyens dont les noms restent inconnus. Les dirigeants de Nouvelle Démocratie ont payé un prix politique considérable, mais ont finalement réussi à contrôler les révélations et à protéger le réseau qui dirigeait la surveillance.
Il n’en a pas été de même avec le dernier scandale en date à l’OPEKEPE (l’agence qui distribue les subventions européennes aux agriculteurs et aux éleveurs). Malgré les efforts du gouvernement pour dissimuler la vérité, il a finalement été révélé que les fonds d’aide européens, au lieu d’atteindre les agriculteurs et les éleveurs, ont fini entre les mains des responsables du parti Nouvelle Démocratie, qui les ont utilisés (au-delà du financement de leur train de vie luxueux) pour mettre en place un mécanisme d’achat massif de votes dans les zones rurales. L’implication du Parquet européen [1] dans cette affaire risque d’entraîner la suspension, voire la suppression des subventions européennes, ce qui aurait un impact direct sur les relations du parti au pouvoir avec une grande partie des agriculteurs. Et ces révélations ont, jusqu’à présent, «brûlé» deux ministres de premier plan: Lefteris Avgenakis, ancien ministre de l’Agriculture (et «homme d’influence» important dans la circonscription électorale cruciale de Crète) et son successeur au ministère de l’Agriculture, Makis Voridis (étoile montante de l’extrême droite qui est toutefois allié à Kyriakos Mitsotakis).
Plus que tout, Mitsotakis a payé le prix du scandale entourant la tentative du gouvernement de dissimuler sa responsabilité dans le crime de Tempé [accident ferroviaire ayant provoqué la mort de nombreux étudiants]. Les parents et les proches des 57 personnes qui ont péri dans la collision injustifiable et absurde de deux trains à Tempé se sont organisés collectivement et ont rejeté les tentatives visant à clore l’affaire rapidement et sans heurts. Leurs appels à protester ont donné lieu à des manifestations empreintes de colère et d’une ampleur considérable à l’échelle nationale. Récemment, la grève de la faim de Panos Routsi, un livreur albanais, père d’un des jeunes tués à Tempé, a suscité un énorme soutien populaire, des gens se rassemblant chaque jour devant sa tente installée devant le bâtiment du Parlement, sur la place Syntagma. Cette lutte a contraint le gouvernement à un recul embarrassant: l’exhumation des corps et une enquête médico-légale approfondie sur les causes de leur mort ont été ordonnées. L’enquête porte sur l’affirmation des proches selon laquelle, au-delà de la responsabilité pénale de la collision entre les deux trains, il existe également une grave responsabilité dans le transport illégal de produits chimiques et de carburant dans l’un des wagons, qui a provoqué la grave explosion qui a augmenté le nombre de décès parmi les passagers. Si cette allégation est confirmée (révélant le lien entre la société privée Hellenic Trains et le gouvernement avec les principaux réseaux de contrebande de carburant à Athènes), cela pourrait probablement porter un coup fatal à Mitsotakis. [Selon un récent sondage, demandé par Palapolitika Radio, 9 Grecs sur 10 pensent que la corruption a augmenté (67,4%) ou est au même niveau (23,2%) sous le gouvernement de Nouvelle Démocratie. – KTC, 16 octobre 2025]
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Pour contrer tout cela, le gouvernement Mitsotakis avait deux «atouts» principaux à faire valoir.
Premièrement, il avait assuré une croissance rapide du capitalisme grec, atteignant une croissance du PIB supérieure à la moyenne européenne (selon les données de l’OCDE, 2% de croissance en 2025 et une prévision de 2,1% en 2026). Il est vrai que les banques, bénéficiant de l’accord conclu avec les créanciers en 2018 (un accord faussement qualifié de sortie des «mémorandums» d’austérité), ont retrouvé leur rentabilité et distribuent à nouveau de généreux dividendes à leurs actionnaires. Il est vrai que, profitant de la hausse incontrôlée des prix, de nombreuses entreprises ont retrouvé une rentabilité élevée dans des secteurs spécifiques (raffineries, alimentation, énergie, logistique, santé privée, etc.). Il est vrai que les armateurs grecs, dans un contexte d’instabilité géopolitique, ont confirmé leur position de leader dans la concurrence maritime internationale. Et il est exact que les entreprises «traditionnelles» comme les nouvelles «start-ups» ont profité du passage à une «économie de guerre» pour faire de grands progrès (principalement en tant que fournisseurs de grandes multinationales) dans le domaine des armes et des technologies connexes. Cependant, tout cela est lié à l’augmentation sans précédent des inégalités sociales. La promesse du gouvernement selon laquelle la croissance finirait par profiter aux couches les plus défavorisées de la société s’est avérée être une vaste fraude politique.
Deuxièmement, Mitsotakis s’est appuyé sur sa promesse de conduire à une «mise à niveau géopolitique» du capitalisme grec par rapport à son concurrent direct en Méditerranée orientale, à savoir la Turquie. D’énormes ressources ont été allouées à cette fin. Le programme d’armement de l’État grec avait pris des proportions importantes bien avant que Trump n’exige une augmentation des dépenses militaires de tous les États membres de l’OTAN. En consolidant l’axe diplomatique et militaire avec l’État d’Israël (les fondements d’un tel accord avaient été établis sous Tsipras), Mitsotakis a fait de l’État grec le plus fervent partisan de Netanyahou dans la région. Cherchant à exploiter les failles créées dans les relations américano-turques par la politique étrangère plus «non alignée» et «multidimensionnelle» d’Erdogan, Mitsotakis a promu un renforcement sans précédent des relations gréco-états-uniennes et une expansion significative de la présence de l’OTAN en Grèce. Le port de Souda en Crète est désormais devenu la base la plus importante de l’OTAN en Méditerranée, le port d’Alexandroupolis est devenu la «porte d’entrée» du corridor terrestre stratégique de l’OTAN vers la mer Noire et l’Ukraine, tandis que dans de nombreuses régions du pays (Thessalie, Péloponnèse, etc.), de nouvelles installations de l’OTAN ont vu le jour ou d’anciennes ont été agrandies dans le cadre d’activités opaques et secrètes. Le mouvement de masse de solidarité avec la Palestine, exigeant la rupture immédiate des relations étroites avec l’État d’Israël, a naturellement ciblé tous ces paramètres d’identification profonde à l’impérialisme euro-atlantique.
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Cependant, on ne peut pas jouer indéfiniment avec les dures réalités de la géographie et des données démographiques. En raison de sa situation géographique et de sa taille, l’importance de la Turquie pour les impérialistes euro-atlantiques reste considérable. Les efforts déployés par Trump et les dirigeants européens pour réintégrer plus fermement Erdogan dans le camp politique de l’OTAN laissent en suspens la stratégie concurrentielle des gouvernements grecs de ces dernières années. Les voix des principaux «experts» de l’État grec, qui affirment publiquement que le moment est venu d’adopter une politique de «compréhension» avec la Turquie, alertent Mitsotakis sur un nouveau casse-tête politique. En effet, ni son parti ni ses alliés ne sont prêts pour un tel changement, si et quand les développements internationaux le rendront nécessaire.
Tout cela signifie que le gouvernement réactionnaire et néolibéral à l’extrême dirigé par Kyriakos Mitsotakis est désormais un gouvernement instable et faible.
Personne ne pense qu’il soit encore sûr de parier que «Mitsotakis restera jusqu’en 2027», date à laquelle son deuxième mandat prendra fin. Les médias grand public, ainsi que des groupes de députés et de responsables de Nouvelle Démocratie, discutent désormais ouvertement de tous les scénarios possibles: la possibilité de recourir à des élections anticipées après une crise gouvernementale soudaine, la possibilité d’un changement de direction au sein de Nouvelle Démocratie avant les prochaines élections, ainsi que la possibilité d’un «atterrissage brutal»: Nouvelle Démocratie se présentant aux urnes avec Mitsotakis à sa tête, subissant une défaite et se trouvant dans l’incapacité de former un gouvernement. Il faudrait alors organiser de nouvelles élections – après un changement de direction au sein du parti de droite – et trouver des partenaires pour former un gouvernement de coalition, ce qui reste une question ouverte.
Je ne doute pas que ce gouvernement aurait été renversé depuis longtemps s’il avait été confronté à une opposition efficace.
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Cependant, en Grèce aujourd’hui, l’opposition parlementaire est enlisée dans une profonde crise politique et organisationnelle.
Le PASOK, le parti social-démocrate historique, a frôlé l’extinction en adoptant des politiques d’austérité néolibérales et en gouvernant en coalition avec la droite pendant les années de crise. La nouvelle direction dirigée par Nikos Androulakis a réussi dans une certaine mesure à reconstruire la force du parti, mais il est clair qu’elle n’a pas le pouvoir politique nécessaire pour sortir des limites d’un parti mineur «de deuxième rang», dont l’influence électorale oscille juste au-dessus ou en dessous de 12%. Sur la question cruciale des perspectives gouvernementales, Androulakis rejette toute alliance avec Mitsotakis, mais reste ouvert à la possibilité d’une coalition avec la droite sous une nouvelle direction de ND.
SYRIZA a été mise en pièces. Ceux qui ont conservé l’étiquette du parti, sous la direction de Sokratis Famellos (ancien social-démocrate, président de SYRIZA depuis novembre 2024), sont en recul constant et, selon certains sondages, ils pourraient même être confrontés au problème existentiel d’atteindre les 3% (quorum) lors des prochaines élections, seuil fixé par la loi électorale pour entrer au parlement. Une scission «de gauche», appelée la Nouvelle Gauche, qui a quitté SYRIZA en 2023 refusant de subir l’humiliation totale que représentait l’ère de Stefanos Kasselakis à la tête du parti [du 24 septembre 2023 au 8 novembre 2024], se trouve bien en dessous du seuil de survie parlementaire. Ceux qui ont suivi Stefanos Kaselakis dans sa nouvelle aventure, après qu’il a été exclu de la direction de SYRIZA et a quitté le parti, sont désormais politiquement absents, tandis que dans les sondages ils oscillent quelque part en dessous des 3%.
Dans ce paysage de désintégration, dont il porte la responsabilité décisive, Alexis Tsipras tente de réapparaître en «messie», annonçant son grand «retour». Tsipras s’adresse désormais à un public qui dépasse les limites de son ancien parti: il parle d’une large recomposition du «progressisme» qui inclura des parties de SYRIZA, des parties du PASOK, mais aussi des parties «démocratiques» du centre-droit. La politique qu’il met en avant dans ce sens témoigne d’une transformation politique complète: Tsipras se déclare désormais partisan du «capitalisme démocratique» et insiste sur la nécessité d’un «virage patriotique» sur toutes les questions de la rivalité gréco-turque pour la souveraineté en Méditerranée orientale. Traditionnellement en Grèce, flatter le nationalisme anti-turc a été une caractéristique indéniable de tous les escrocs politiques.
Le projet «Retour de Tsipras» bénéficie du soutien de certains acteurs majeurs de la classe dirigeante (notamment les oligarques Vagelis Marinakis et Dimitris Melissanidis [transport maritime et pétrole], entre autres). Cependant, on ne sait pas encore s’ils lui réservent un rôle important ou s’il sera écarté comme un citron pressé une fois que les transformations nécessaires et inévitables du champ politique actuel auront été menées à bien.
L’extrême droite conserve une base électorale cumulée de plus de 10%, répartie entre ses principales composantes: le parti nationaliste Solution grecque dirigé par la star de la télévision trash Kyriakos Velopoulos; le parti fondamentaliste religieux «Niki» qui se réfère à la tradition obscurantiste grecque orthodoxe; les yuppies racistes de La voix de la raison, dirigés par Aphrodite Latinopoulou [membre du Parlement européen, elle reprend tous les thèmes de l’extrême droite], fan de Trump. L’effondrement du parti nazi Aube dorée lors de son affrontement avec le mouvement antifasciste après le meurtre de Pavlos Fyssas (en 2013), ainsi que la tradition politique grecque qui consiste à attirer les figures «sérieuses» de l’extrême droite au sein du large mouvement Nouvelle Démocratie, ont pour l’instant privé l’extrême droite du personnel politique et du potentiel de leadership nécessaires pour permettre une croissance massive similaire à celle observée dans d’autres pays européens. Mais seulement pour l’instant. L’arrivée de la nouvelle ambassadrice américaine en Grèce, Kimberly Guilfoyle [ex-procureure du district San Francisco, personnalité de l’audiovisuel], est anticipée par l’extrême droite organisée, et également saluée par la presse, comme un «tournant» dans les efforts visant à développer un courant «trumpiste» dans la sphère politique grecque.
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Au sein de la gauche organisée, la principale force reste le Parti communiste grec (KKE). À l’approche de son 22e congrès (janvier 2026), il semble qu’il s’en tiendra à sa tactique actuelle: éviter les responsabilités qui correspondent à la dimension de son organisation, éviter les initiatives politiques qui pourraient conduire à des conflits non maîtrisables, et préférer un processus de croissance lent et contrôlé, mesuré principalement par l’augmentation progressive de son influence électorale.
Le document principal présentant les positions politiques du Comité central du KKE en vue du 22e congrès, dominé par le slogan «la question centrale est le PARTI!», ne laisse aucun doute sur cette orientation vers un développement centré sur soi-même, par petites étapes et, surtout, contrôlées.
La gauche anticapitaliste radicale conserve une force considérable et a joué un rôle de premier plan dans le mouvement de solidarité avec la Palestine. Cependant, les problèmes de consolidation politique et organisationnelle restent préoccupants et entravent les initiatives politiques «majeures» qui permettraient une contre-attaque.
Dans le domaine électoral, MERA25 s’est distingué – en alliance avec l’Unité populaire – comme un choix visible, sous la direction et la représentation de Yanis Varoufakis. L’analyse politique floue de Varoufakis, qui cible un certain «techno-féodalisme» et un certain «capitalisme cloud», ses positions politiques douteuses sur l’UE existante (mais aussi, plus récemment, sur la Chine et la Russie), ainsi que le fonctionnement de haut en bas de cette alliance, ont conduit à deux tentatives électorales infructueuses qui n’ont pas été expliquées par le parti. Cela devrait servir d’avertissement pour la prochaine fois.
Dans ce contexte, DEA, en collaboration avec cinq autres organisations de la gauche anticapitaliste radicale, a lancé une initiative visant à créer une démarche politique unifiée qui rejette à la fois le sectarisme égocentrique et la soumission à l’opportunisme politique. Dans le cadre de cette initiative, la question de la constitution d’une alliance électorale plus large reste posée et souhaitable, mais avec des conditions politiques préalables et une orientation politique plus claires.
Cependant, ces questions font déjà l’objet d’un autre article, qui sera publié ultérieurement. Le bon départ de notre initiative (en collaboration avec nos camarades de l’APO, Anametrisi, Metavasi, Xekinima et KEMA) et la participation importante à nos premiers événements publics nous permettent d’envisager les prochaines étapes avec optimisme. (Article reçu le 15 octobre 2025)
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[1] Le Parquet européen est un organe indépendant de l’Union européenne chargé de rechercher, poursuivre et renvoyer en jugement les auteurs d’infractions pénales portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union telles que la fraude, la corruption, le blanchiment de capitaux, la fraude transfrontière à la TVA. Le Parquet européen a commencé ses activités le 1er juin 2021. (Réd.)
Ces rassemblements, organisés en hommage aux victimes et pour dénoncer la gestion gouvernementale de la crise, ont pris une ampleur considérable dans plusieurs villes du pays
Publié le 3 mars 2025
Une mobilisation massive
À Athènes, plus de 180.000 personnes se sont rassemblées devant le Parlement, selon les estimations de la police. Au total, la mobilisation dans tout le pays a réuni plus de 325.000 participants. Des milliers de manifestants se sont également réunis à Thessalonique, Patras, Héraklion et Larissa, ville proche du lieu de l’accident ferroviaire.
D’abord pacifiques, les manifestations ont progressivement dégénéré dans plusieurs villes. À Athènes, des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Selon les autorités, ces violences ont fait treize blessés, tandis que 27 personnes ont été arrêtées.
Une grève paralysant le pays
En parallèle, une grève générale de 24 heures a été observée, paralysant les transports publics, les écoles, les universités et les administrations. Les commerces du centre d’Athènes ont en grande partie fermé en signe de solidarité avec les manifestants. Les syndicats dénoncent une négligence gouvernementale persistante et réclament des mesures de sécurité plus strictes dans les infrastructures ferroviaires.
Un mouvement de solidarité international
La diaspora grecque s’est également mobilisée à l’étranger. Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes européennes, notamment à Londres, Paris, Berlin et Bruxelles. Aux États-Unis, des manifestations de solidarité ont été organisées à New York et Chicago, où vivent d’importantes communautés grecques. À Nicosie, une marche silencieuse a également été organisée en mémoire des victimes.
Une réponse controversée du gouvernement
Face à cette mobilisation massive, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a reconnu l’ampleur du « traumatisme collectif » causé par la catastrophe ferroviaire. Il a toutefois dénoncé l’« instrumentalisation politique de la douleur humaine » et a promis une enquête approfondie sur les causes de l’accident. Le gouvernement a également annoncé un renforcement des mesures de sécurité dans les transports ferroviaires, mais ces promesses restent insuffisantes aux yeux des manifestants.
Et après ?
Des nouveaux rassemblements sont d’ores et déjà prévus pour le mois de mars, notamment le 13 et le 25, date de la fête nationale grecque. Les syndicats et les associations de victimes comptent maintenir la pression sur le gouvernement pour obtenir des réformes concrètes et des réponses claires sur les responsabilités de la catastrophe ferroviaire.
Cette journée du 28 février a démontré que la colère du peuple grec reste vive, et que la quête de vérité et de justice continue de mobiliser une grande partie de la population.
Des manifestations gigantesques à travers la Grèce
Des centaines de milliers de manifestant.e.s ont envahi la place Syntagma à Athènes et d’autres villes grecques pour réclamer la fin de la dissimulation et exiger des comptes.
Menelaos Myrillas / SOOC
Des rassemblements ont été organisés dans 365 villes à travers la Grèce et à l’étranger pour marquer le deuxième anniversaire de la tragédie ferroviaire de Tempé, qui a coûté la vie à 57 personnes. Les principales fédérations syndicales en Grèce ont lancé une grève à l’échelle nationale, avec la participation des enseignant.e.s, des gens de mer, des travailleur.euse.s de la santé, des transports publics et de la culture.
Maria Karystiannou, présidente de l’Association des familles des victimes de Tempé, qui a perdu sa fille dans la tragédie, est arrivée tôt le matin à Syntagma, où la foule avait déjà envahi le centre d’Athènes jusqu’à la place Omonia. Voir son intervention
Une étudiante a pris la parole en premier, en lisant les noms des personnes décédées dans la catastrophe ferroviaire. À chaque nom appelé, la foule scandait « présent » et « présente » en chœur.
Elle a ensuite dénoncé la privatisation des services publics, soulignant que :
« ceux qui ont gouverné ce pays sont les responsables de ce crime, car ils ont vendu les chemins de fer à des entités privées. Hellenic Train a privilégié ses bénéfices au détriment de nos vies et continue de le faire, tout en démantelant et en dégradant systématiquement le réseau ferroviaire, conformément à la ligne directrice de l’UE. »
Elle a également condamné les tentatives du gouvernement de dissimuler l’affaire et a appelé à la nationalisation du chemin de fer, déclarant au Parlement, « Pour nous, votre culpabilité est indéniable. »
Un autre étudiant a souligné que « le véritable coupable, c’est la logique du ‘tentons le coup et voyons où ça nous mène’ de ce gouvernement et des précédents, qui ont vendu les chemins de fer au nom du profit.
« Tout comme ils ont vendu les trains, ils vendent maintenant la santé, l’eau et chaque aspect de nos vies. » Il a averti que « le prochain désastre de Tempé est en attente de se produire dans les écoles sous-effectifs où les plafonds s’effondrent, dans les transports publics qui demeurent des pièges mortels, et dans les universités non seulement sous-financées mais aussi en voie de privatisation. »
Ensuite, les conducteur.rice.s de trains ont pris la parole pour souligner les pénuries dans le secteur ferroviaire, la dissimulation et la falsification des preuves dans l’affaire de Tempé. Aux côtés des proches des victimes, un discours puissant a également été prononcé par Kyriaki Griva, mère d’une victime de féminicide.
« Je m’adresse aux meurtriers de nos enfants. Vous avez insulté et traité nos morts avec mépris. Leurs restes gisent dans des lieux secrets. Vous avez commis le plus grand sacrilège, et Némésis vous rendra votre dû », a déclaré Maria Karystiannou, tandis que la foule en dessous scandait « assassins, assassins ».
Pendant ce temps, le collectif anarchiste Rouvikonas a mené une intervention sur le toit de Hellenic Train à Athènes, où les militant.e.s ont suspendu une bannière en mémoire de la tragédie de Tempé. Vingt-cinq d’entre eux ont été arrêté.e.s, et poursuivi.e.s pour trouble à l’ordre public.
85 personnes ont été placées en détention et 41 arrêtées dans le centre d’Athènes. Il faut noter que le ministre de la Protection du citoyen, Michalis Chrysochoidis, avait déclaré que “la police grecque sera présente” et, selon lui, “afin d’assurer la sécurité des citoyens et des rassemblements, pour qu’ils puissent assister, exprimer leur volonté, et partir en toute sécurité, et que l’objectif de cet événement soit pleinement atteint.”
Les manifestations ont eu lieu le lendemain de la publication du rapport de l’Agence hellénique d’enquête sur la sécurité aérienne et ferroviaire (EODASAAM), qui pointe l’abandon du chemin de fer, l’absence de systèmes de sécurité, le manque de personnel, le sous-financement, et la possible présence d’un carburant inconnu ayant causé l’incendie après la collision, entraînant la mort de 5 à 7 victimes. Le rapport évoque aussi que des preuves précieuses ont été perdues en raison du remblayage du site de l’accident. Le gouvernement, par l’intermédiaire de son porte-parole Pavlos Marinakis, a tenté de détourner l’attention des conclusions de l’EODASAAM, affirmant que “le rapport réfute les accusations de dissimulation”.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a également fait une déclaration provocante dans sa publication pour le deuxième anniversaire de la tragédie de Tempé, évoquant « des erreurs humaines et les insuffisances chroniques de l’État » sans faire mention des responsabilités de son gouvernement. Malgré une tentative de se donner l’image d’unificateur, en s’adressant à la fois aux manifestant.e.s et à celles et ceux qui commémorent discrètement les victimes, il a une fois de plus attaqué l’opposition, l’accusant d’« exploitation politique de la souffrance humaine ».
Thessalonique – « La plus grande manifestation jamais recensée »
Des centaines de milliers de personnes ont envahi les rues dès le début de la matinée, se rassemblant devant la statue de Venizelos.
Les manifestant.e.s ont envahi la place Aristotelous, Egnatia et les rues autour avant de se diriger vers la Nouvelle Gare, où un blocage symbolique a été organisé, tandis que d’autres se sont dirigés vers Kamara, où des affrontements mineurs ont éclaté.
SOOC
« Nous avons perdu onze collègues, des cheminots de tout le secteur. Cinquante-sept familles ont été brisées. Et nous, les travailleurs, sommes devenus moins nombreux.», a déclaré Nikos Tsaklidis, employé de Hellenic Train et parent d’une victime.
Le photojournaliste Orestis Panagiotou a été touché à la tête par une grenade assourdissante, ce qui lui a valu des points de suture. Il a quitté l’hôpital avec une audition diminuée.
Cela fait suite à la manifestation du 26 janvier, où le photojournaliste Marios Lolos avait lui aussi été touché par une grenade assourdissante, subissant des lésions à l’oreille et des contusions. Lolos et l’Association des Photojournalistes de Grèce avaient alors dénoncé les actions de la police, qualifiant cet acte de « meurtrier » et déclarant :
« Les grenades assourdissantes ne doivent pas être lancées en l’air »
Si vous avez raté le film en présence de Yannis Youlountas le 4 avril 2024 à Grenoble il sera présent lors de la projection au cinéma théâtre de La Mure le 21 janvier 2025 à 20h .
Résumé :
Grèce, 2019 à 2023. Mitsotakis remplace Tsipras au pouvoir en Grèce et promet d’en finir avec Exarcheia, un quartier rebelle et solidaire d’Athènes. Mais la résistance s’organise et des renforts arrivent d’autres villes d’Europe. Le cri de ralliement devient No Pasaran ! Au fil des années, d’autres luttes s’étendent du nord au sud de la Grèce pour défendre la terre, la mer et la vie : en Crète, en Thessalie, en Épire… Même sur l’île de Paros dans les Cyclades, la population manifeste sur les plages devenues payantes et réussit à ce qu’elles redeviennent un bien commun, pour le bonheur de tous. Quand tout semble s’effondrer, à Athènes comme ailleurs, une même réponse se fait entendre : « nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs. »
A l’occasion de cette tournée sur chaque lieu de projection une collecte est organisée à destination des lieux autogérés solidaires en Grèce . Le point collecte se trouvera à proximité du cinéma .
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a vécu des moments difficiles lors de sa visite à Kandanos, sur l’île de Crète, un village bombardé par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les autorités locales, les législateurs et les représentants des forces armées, des forces de police importantes ainsi que des survivants en colère s’étaient rassemblés sur la place du village avec des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Justice » et « Indemnisation ».
Kandanos a été l’un des premiers villages de Crète à être rasé par les occupants allemands le 3 juin 1941, en représailles à la résistance locale. Ils avaient érigé un panneau : « Ici se tenait Kandanos, détruit en représailles du meurtre de 25 soldats allemands, pour ne plus jamais être reconstruit ».
Certains survivants âgés ont scandé « Justice ! Justice ! », tandis que le président allemand s’entretenait avec des survivants, qui ont soulevé la question des réparations, demandant que justice soit faite pour les crimes commis par les nazis. Toutefois, l’Allemagne et le président Steinmeier ont réaffirmé hier que la question des réparations était close.
Ioanna Kandaraki, 93 ans, a déclaré : « Nous avons les larmes aux yeux pour les crimes, le désastre et les meurtres de femmes enceintes, d’enfants, de personnes âgées alitées qui ont été exécutés sur les lits.Pour quelle raison ?Qu’avons-nous fait ?Qui avait le droit de venir en Crète, en Grèce, et de faire ces choses ?Sommes-nous allés en Allemagne pour commettre les mêmes abominations qu’eux ?
Ne devrions-nous pas défendre nos enfants, notre pays ?Et si nous les quittions ?Feraient-ils de même ?Nous voulons être traités comme des personnes.Les morts sont partis, mais les vivants se souviennent qu’ils ont menacé de massacrer tous les villageois.Ceux d’entre nous qui ont vécu ne peuvent décrire avec quelle nostalgie ils ont vécu.Ces choses ne se paient pas, elles restent dans votre âme et vous les emportez avec vous. »
« Je ne veux pas tenir la main du boucher », a déclaré l’un des descendants des survivants au président allemand. Un descendant d’une autre victime a déclaré « Il y a 80 ans, vous avez exécuté nos parents, maintenant vous nous exécutez pour la deuxième fois ».
M. Steinmeier a reçu un « accueil froid » de la part des autorités du village de Kandanos, près de La Canée, a indiqué le média local zarpanews.gr. Il a visité le musée commémoratif de l’Holocauste de Kandano et a prononcé un discours dans l’auditorium de l’ancienne mairie du village.
M. Steinmeier a découvert que la Grèce et l’Allemagne avaient des responsabilités communes, a évité de mentionner le mot « compensation », mais a déclaré en grec qu’il demandait pardon, a souligné le site d’information local.
« Je suis horrifié et j’ai honte parce que les inscriptions de Kandanos montrent à quel point la guerre de conquête de l’Allemagne a été impitoyable.Aujourd’hui, je visite ce lieu de la honte allemande.
Kantanos est l’un des premiers villages rasés par les soldats allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont brûlé des maisons, tué des habitants.Un jour plus tôt, ils avaient déjà ravagé Kontomari et Alikianos, puis Viannos et d’autres villages.Tous les Juifs de Crète ont également été déplacés.
Dans toute l’Europe, il y a de tels lieux.Certains sont plus connus, d’autres ont été oubliés.C’est pourquoi il est si important d’être ici aujourd’hui.
Les Allemands ont réagi à la résistance avec une cruauté indescriptible.Kurt Student a été condamné, mais pas pour les crimes qu’il a commis contre la population civile grecque.
« Aujourd’hui, je voudrais demander pardon au nom de l’Allemagne », a déclaré le président en grec.
Sans mémoire, il n’y a pas d’avenir.Je souhaite que nous trouvions la force d’assumer ensemble nos responsabilités.De construire des ponts.Le fonds germano-grec travaille sur la mémoire historique commune.Où pourrait-on commémorer les valeurs européennes, si ce n’est en Grèce ?La démocratie dans les pays de l’UE est remise en question, même dans mon propre pays.Et nous aurons un avenir commun si nous défendons les valeurs démocratiques »
Dans son discours, le maire de Kantanos-Selinos, Antonis Perrakis, a déclaré, entre autres :
« L’Europe est confrontée à une crise multiforme qui menace sa cohésion et son existence.Le spectre du fascisme plane à nouveau sur l’Europe, de façon plus moderne et sous un autre nom aujourd’hui.Il y a quatre jours, notre pays a célébré le NON à Mussolini qui a conduit aux premières victoires contre le fascisme.La résistance du peuple de Crète a été suivie d’exécutions et de destructions.
Le panneau qu’ils ont installé à Kantanos indique qu’il a été détruit pour ne jamais être reconstruit.
Il existe environ 120 villages martyrs correspondants dans toute la Grèce.Les lieux martyrs de Crète sont la résistance au révisionnisme de l’histoire et le point de départ pour parler à nouveau de paix.Je souhaite et j’espère que la déposition de la couronne sera enregistrée dans la pratique, afin que la discussion sur la restitution des réparations allemandes puisse commencer.Une question bilatérale ne peut être close par une décision unilatérale d’une seule partie.Si l’Allemagne reconnaît pleinement ses responsabilités pour son passé nazi, elle doit agir en conséquence ».
L’UE a détruit son pays ….Nous sommes les prochains. Pour Élucid, Yánis Varoufákis revient sur ses années de combats contre le capitalisme mondialisé responsable de tant d’inégalités, mais également sur la crise grecque, symptomatique de la nature profonde de l’Union européenne : austéritaire, dysfonctionnelle et antidémocratique. Il déclare : Ils ont préféré traiter la Grèce comme un rat de laboratoire, comme une expérience avec l’objectif de l’appliquer un jour à la France … Voir l’entretien d’1h12mn sur Elucid
Il faut comparer les résultats grecs avec ceux des européennes de mai 2019 (Syriza gouvernait) et des législatives 2023 (venant après celles de mai). Constat évident : l’abstention assez forte est cette fois impressionnante : 41 % puis 46 %, aujourd’hui 58,6 % ! Ceci marque la déconsidération totale du cadre politique actuel.
La campagne se jouait sur des enjeux nationaux, et les résultats posent la question de la crédibilité de la gauche face à un gouvernement de droite imposant misère, répression, sur fond de scandales propres à cette droite ultralibérale. L’abstention à gauche doit faire réfléchir : quelques mois après la formidable mobilisation pour les universités, les jeunes se sont davantage abstenus !
Défaite cinglante pour Mitsotakis
Mitsotakis est le grand perdant : loin de son objectif minimum de 33 %, la droite obtient 28,3 % et perd 1 million de voix depuis 2023. C’est une claire condamnation de la vie chère, mais aussi de ses mensonges sur la catastrophe de Tèmbi, sans oublier les critiques sur sa droite (mariage homosexuel). La direction flotte, mais la politique reste la même (des centaines de licenciements à Larko).
C’est l’extrême droite qui sort gagnante, avec le parti d’un dangereux farfelu, qui affirme détenir des lettres de Jésus : seul parti à progresser aussi en voix, il obtient 9,3 % (4,4 % en 2023), dont les électeurs de Chryssi Avgi. Même si dispersée, l’extrême droite cumule environ 20 %, sur fond de discours nationaliste, raciste et hyper réac.
Pari raté de Syriza et gauche perdante
Ce qui constitue le « centre gauche » est aussi perdant : Kasselakis, le chef de Syriza, promettait plus de 20 % : il a 14,9 % (23,7 % en 2019, 17,8 % en 2023). Androulakis, dirigeant du Pasok, annonçait qu’il deviendrait le second parti : il reste troisième avec 12,8 %. Ces résultats provoquent crise de direction au Pasok et crises d’orientation, de nombreux cadres plaidant pour « l’union du centre gauche » comme seule alternative.
Rien de mieux à gauche : certes le KKE (PC grec) a 9,2 % (5,3 % en 2019, 7,7 % en 2023), mais il perd des voix, et si ce score traduit son apparition sur le terrain, sa limite demeure. Les diverses forces réformistes au discours plus radical restent sous les 3 %, notamment Mera25 (DIEM grec : 2,5 %) et Nea Aristera (scission de Syriza refusant Kasselakis : 2,4 %). Et Antarsya, qui pendant des années laissait espérer une gauche anticapitaliste ouverte, s’est repliée sur une campagne de sortie de l’Union européenne, réservée autrefois aux nationalistes de gauche. Résultat : 0,5 % avec 21 000 voix (0,6 % et 36 000 voix en 2019, 0,3 % et 16 000 voix en juin 2019, mais 0,5 % et 32 000 en mai). Tableau d’autant plus désespérant que tout le monde est content de ses propres résultats !
Dans ce paysage, le Nouveau Front populaire en France fait réagir : soit pour condamner les réformistes (NAR), soit pour faire « de même » avec un front populaire unissant… Syriza et le Pasok ! C’est donc à des forces unitaires à gauche, comme Anametrissi, et surtout au mouvement social d’imposer l’unité dans les luttes et les discussions unitaires en vue d’un programme alternatif de gauche !
Thessalonique : mensonges de Georgiadis sur les reports de chimiothérapie faute de lits
par Christos Avramidis
De nouveaux incidents de santé publique sont constamment révélés, avec le dernier incident impliquant une patiente atteinte d’un cancer à l’hôpital de cancérologie Theageneio de Thessalonique qui l’a appelée moins de 24 heures avant son rendez-vous de chimiothérapie prévu pour le reporter, « parce qu’il n’y avait pas de lit d’hôpital », selon la plainte de son fils.
Le journaliste Christos Avramidis a rendu la plainte publique après avoir recoupé les informations rapportées.
Le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, a traité personnellement la plainte, réfutant le journaliste avec un tweet connexe , citant même des données de l’administration de l’hôpital.
Malheureusement pour lui, le médecin de l’hôpital, Anastasios Butis, a répondu nommément au ministre que certains traitements étaient effectivement reportés . La plainte est donc tout à fait vraie et le ministre de la Santé a encore une fois été surpris en train de mentir.