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État espagnol. Salaire minimum et orientation syndicale

le  15 janvier 2018 Par Miguel Salas pour Alencontre

Il est évident que l’un des problèmes les plus importants que la crise économique a engendré depuis 2008 est l’inégalité sociale croissante. L’abîme économique, culturel et social entre les classes est une caractéristique du capitalisme.

Pendant les années de prospérité économique, l’inégalité que la crise actuelle a encore élargie, semblait pouvoir être réduite. Or, les 10% les plus riches disposent aujourd’hui des mêmes revenus que 50% du total de la population. 12,9 millions de personnes sont menacées d’exclusion et de pauvreté, la moitié des chômeurs ne reçoivent aucune allocation et la moitié de ceux qui la reçoivent ne perçoivent qu’une allocation du niveau de l’assistance sociale.

Nous sommes à la queue de l’Europe dans la distribution des revenus. En 2016, le coefficient de Gini, qui mesure l’inégalité dans la répartition des revenus entre les ménages, place l’Espagne en queue de pelotons de l’UE-28, juste devant la Roumanie, la Lituanie et la Bulgarie.

En ce qui concerne la distribution de la fortune (patrimoine), selon l’enquête financière de la Banque d’Espagne portant sur les ménages, l’inégalité de la distribution de la fortune entre eux a doublé en 12 ans seulement. Si en 2002, les 50% des ménages les plus riches disposaient d’un patrimoine moyen de 6,6 fois plus élevé que le 50% des ménages, cette différence est de 12,2 fois en 2014. La plus riche de la moitié du pays a augmenté son patrimoine moyen de 29%, tandis que la moitié la plus pauvre l’a réduit de 30%.

Le salaire moyen a été dévalué autour de 7% en ces années de crise. Et l’inégalité entre les diverses couches salariales a considérablement augmenté, car 10% des salarié·e·s u bas de l’échelle ont perdu 22,5% jusqu’en 2015. De plus, le nombre de chômeurs et chômeuses ne descend pas au-dessous de 3,7 millions et les salaires ne permettent pas de vivre à 31% de ceux et celles qui travaillent et qui même disposant d’un emploi se retrouvent sur la ligne de crête de la situation de pauvreté (pas de quoi répondre aux besoins de base).

L’augmentation des prix des services de base a été brutale et a absorbé une grande partie des augmentations salariales. Au début de 2018, le gaz a augmenté en moyenne de 6,2%, l’électricité de 10%, et pour l’eau au environ d’un euro par mois (selon la zone géographique). Les péages routiers, les transports publics, les télécommunications et même les timbres-poste ont augmenté. Dans ce tableau comparatif, vous pouvez voir la relation entre l’augmentation du prix des services de base et celle des salaires.

En dix ans, le prix de l’eau a augmenté de 76%; dugaz de 48%; de l’électricité de 87%, tandis que les salaires de seulement 13%. En 2007, pour payer ces services de base, 9% du salaire médian était nécessaire, maintenant 14%. Beaucoup d’autres éléments statistiques pourraient être ajoutés, comme la perte du pouvoir d’achat des retraites, ce qui illustre la brutalité de la crise capitaliste pour la majorité des familles ouvrières.

Accord sur le salaire minimum

Dans ce contexte d’inégalité croissante, le 26 décembre 2017, a été signé un accord promu par le gouvernement entre lui, les syndicats CCOO (Commissions ouvrières), l’UGT (Union générale des travailleurs) et les employeurs afin que le gouvernement accepte de fixer le salaire minimum à 850 euros, et cela sur trois ans, avec une hausse de 4% cette 2018, de 5% en 2019 et de 10% en 2020. Mais à la dernière minute, le gouvernement a introduit des clauses qui conditionnent l’accord à ce que l’économie ait enregistré une croissance réelle du PIB de 2,5% ou plus et une augmentation de l’affiliation moyenne à la Sécurité sociale de plus de 450’000 personnes. Le non-respect de ces conditions ouvrirait un mécanisme de renégociation des augmentations.

Cet accord peut bénéficier directement à quelque 530 000 travailleurs et indirectement à la négociation de conventions collectives dans les secteurs à bas salaires. Mais, l’accord a toute une série de limites et de répercussions politiques qui doivent être prises en compte. Par exemple, le salaire minimum est également une référence pour les dépenses sociales car il détermine les allocations directes ou indirectes des prestations sociales, des indemnités pour chômage, de l’aide au logement, etc.

Toutefois, l’accord ne comprend pas l’augmentation du salaire minimum pour l’IPREM (Indicateur public de revenu à effets multiples); derrière ce nom pompeux réside la référence pour les prestations sociales, qui restent à 537 euros.

La décision, non sans importance, de conditionner l’évolution du salaire minimum à l’évolution de la situation économique incertaine, pourrait aboutir à ce que cet accord «si important » pourrait s’enliser dans des eaux polluées, donc mieux lancer la campagne sur des airs triomphalistes et qualifier cet accord selon des termes précis.

Les gouvernements utilisent souvent le salaire minimum comme une arme politique de promesses qui ne se concrétisent souvent pas. En tant que président Zapatero [avril 2004-décembre 2011] a promis que le salaire minimum atteindrait 800 euros. Or, nous ne sommes pas encore arrivés là! Mariano Rajoy est en train de poser sur la photo avec les dirigeants syndicaux après une défaite électorale difficile en Catalogne. Il promet aussi, reste à voir si l’accord sera tenu. Ce montage photographique de Mariano Rajoy vise également à neutraliser le projet de loi soumis par Unidos Podemos et qui a été approuvé par une majorité simple en novembre 2016, contre le vote du PP et l’abstention de Ciudadanos. Dans ce projet de loi était indiqué une augmentation du salaire minimum jusqu’à 800 euros pour 2018 et 950 en 2020. Il est clair que, Le PP l’a ignoré et a empêché le gouvernement de mettre en œuvre une décision du Parlement.

Et pour faire la clarté sur la situation, rappelons qu’en 2017 le salaire minimum (SMI) a augmenté de 8% (pour 2018, l’accord a fixé la hausse à 4%). Pour quelle raison? Est-ce que M. Rajoy est devenu fou? Non, c’est plus simple. Rajoy avait besoin de votes pour son élection à la fin de l’année 2016 et pour y parvenir, il a dû accepter à cette augmentation de 8%. Rappelons également la protestation légitime, à cette époque, des deux principaux syndicats. La Gaceta Sindical des CCOO, en novembre 2016, a déclaré: «Ce qui s’est passé avec le SMI n’a pas été un bon précédent, car au-delà d’une hausse jugée insuffisante par CCOO, les syndicats ont demandé un SMI de 800 euros en 2017 et l’augmentation convenue entre le PP et le PSOE c’était 707,60 euros. Ce qui est intolérable fut d’enlever au dialogue social [entre patron et syndicat] un sujet qui est de sa compétence exclusive». Rappelons que selon l’accord passé le 26 décembre 2017 le salaire minimum pour 2018 sera de 736 euros, loin des 800 que les syndicats ont demandés pour 2017!

Autrement dit, il semble que le salaire minimum soit un instrument utilisé ou caché, que ce soit pour une investiture ou pour une photo avec des «acteurs sociaux»[patrons et syndicats]. Or, ce dont on a besoin, c’est d’un revenu suffisant pour satisfaire des besoins élémentaires.

A l’offensive! Quelle offensive?

Ce qui semble évident, c’est qu’un plan et une mobilisation aussi large et généreuse que possible sont nécessaires pour inverser la situation présente. Les bénéfices des sociétés croissent trois fois plus que les salaires et les dividendes versés aux actionnaires ont augmenté de 10% au premier semestre de 2017, alors que les salaires ont perdu 0,6% de leur pouvoir d’achat (jusqu’en novembre 2017 selon l’accord convenu les salaires ont augmenté de 1,43% en moyenne, contre une hausse moyenne des prix à la consommation de 2,04%) et les retraites ont perdu 1,8 point. Et tout cela dans un contexte terrible de précarité professionnelle.

Il y a quelques jours, le secrétaire des CCOO, Unai Sordo, a déclaré en Estrémadure que les «CCOO veulent être le fer de lance de l’offensive contre l’inégalité». On répète du côté des CCOO et de l’UGT que la grande bataille est la lutte contre l’inégalité, puisque la croissance économique ne se traduit pas par de meilleures conditions de vie, par des salaires décents, ou par un emploi de qualité. Les CCOO de Catalogne insistent depuis des mois sur le fait ququ’il faut poursuivre l’offensive contre la précarité et récupérer les droits sociaux et les salaires. A la fin de l’été 2017, la direction des CCOO a annoncé: «La négociation collective va faire faire à un automne difficile et les syndicats sauront y faire face avec détermination et force, et si nécessaire, nous étudierons la possibilité d’un appel en faveur d’une vaste campagne d’information et de mobilisation pour la défense des salaires (aussi du pouvoir d’achat perdu en 2017), et pour l’emploi de qualité et une protection sociale».

Et pourtant, le peu d’efforts faits pour renverser la situation et recouvrer les droits et les salaires n’a pas été couronné de succès. Pour passer à l’offensive, il ne suffit pas d’appeler une ou plusieurs assemblées de délégué·e·s, puis de continuer comme si de rien n’était, en gérant le quotidien. Il faut constater que le mouvement syndical n’est absolument à la hauteur de la gravité de la situation ; qu’il s’est considérablement affaibli conjointement à son rôle actif dans les conflits sociaux, tant au niveau de l’entreprise, du secteur public et face aux employeurs. Une tâche énorme de récupération de capacités s’affirme. Le «dialogue social» est réel quand vous avez établi et démontré suffisamment de force pour imposer les exigences des travailleurs et travailleuses. Ce n’est n’est pas une question de responsabilité – que tout le monde assume celles qui lui reviennent – mais il s’agit d’établir les raisons de difficultés présente et, surtout, le plan à mettre en place, avec les mesures nécessaires et les mobilisations qui s’y attachent, pour récupérer le terrain perdu.

Le syndicalisme de classe continue d’être un outil essentiel pour la lutte contre les inégalités et il a son terrain spécifique pour la développer, dans les accords conventionnels et/ou les négociations sectorielles, dans son pouvoir de représentation vis-à-vis des employeurs et de l’Etat. Il faudrait tendre vers des mobilisations plus larges et unitaires et une convergence dans la négociation collective entre différentes entreprises ou secteurs.

Le syndicalisme seul n’a pas eu en tant que tel la force de résister aux politiques néolibérales mises en œuvre contre les classes laborieuses. Pour cette raison, il faut chercher à établir le maximum d’alliances et se situer sur un plan d’égalité avec les autres mouvements sociaux qui luttent contre les politiques économiques actuelles, les marées [mouvements des salarié·e·s du secteur, avec l’appui des usagers]pour la santé publique ou les marées pour la défense de l’éducation publique et les mouvements des retraité·e·s et les associations de quartier, en lutter contre les atteintes aux droits démocratiques, etc. etc.

Un troisième élément, non moins important, est la nécessité de lier, d’une manière ou d’une autre, la mobilisation et la lutte pour améliorer les conditions de vie et de travail aux changements politiques. Nous devons nous battre maintenant et exiger des revendications maintenant, mais beaucoup d’entre elles sont impossibles sans changement de gouvernement, sans donner un «virage à gauche» en politique, à travers la pression sociale et électorale. Il ne s’agit pas que le syndicalisme se substitue à quoi que ce soit, mais il s’agit d’additionner pour changer. En juin 2016, le CCOO et l’UGT ont présenté 20 mesures pour un gouvernement de changement, parmi lesquelles ressortaient un plan de choc pour l’emploi, l’abrogation des réformes du travail, la fin des politiques d’austérité, l’augmentation des salaires et du salaire minimum, etc..

Relier les exigences immédiates de la lutte pour l’emploi, contre la précarité, pour de meilleurs salaires avec les exigences sociales et le changement politique est ce qui peut ouvrir une perspective pour résoudre les difficultés réelles dans le développement de la mobilisation générale contre les politiques néolibérales et leurs gouvernements. (Article publié sur le site Sin Permiso le 13 janvier 2018; traduction A l’Encontre)

https://alencontre.org/europe/espagne/etat-espagnol-salaire-minimum-et-orientation-syndicale.html

Fosse sceptique La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Fosse sceptique

Semaine mouvementée. La… terre a même fini par bouger. Au soir du lundi 15 janvier, le texte dit “des prérequis” au mémorandum intermédiaire était adopté au “Parlement”. Nos manifestants affligés avaient alors quitté la place de la Constitution depuis un moment déjà, lorsque peu avant 22h30, un séisme qualifié de modéré d’une magnitude de 4,4 a été fortement ressenti dans la capitale. Chez “Greek Crisis”, Mimi s’est mise à miauler, tandis que le jeune Hermès s’est aussitôt réfugié sous le canapé, preuve s’il en fallait… que la terre ne ment pas !

La place a retrouvé sa… normalité. Athènes, janvier 2018

La grande place historique et centrale d’Athènes a pu retrouver… toute sa normalité en ces temps décidément hors normes (démocratiques entre autres), retrouver ses passants, ses quelques touristes hivernaux, surtout ses animaux adespotes et néanmoins nourris par les policiers qu’y stationnent de manière permanente.

Le texte long de 1.531 pages, a été… adopté au pays des adaptés, et cela même par une majorité désormais renforcée il faut le signaler. Aux 153 (très… chers) élus SYRIZA et ANEL (le petit parti de droite, allié des Syrizistes), s’est jointe une certaine Théodora Megalooikonomou , ex-parlementaire du parti dit de l’Union des Centristes de Vassilis Leventis, petite formation politique ayant fait sont entrée au “Parlement” en 2015 et dont le chef serait, aux dires de nombreux observateurs, une personnalité mentalement (et relativement) déséquilibrée.

L’épisode… Megaloéconomiste (Megalooikonomou) est suffisamment révélateur des funèbres réalités politiques actuelles. D’abord, il faut préciser que l’Union des Centristes de Leventis ne sera plus présente au “Parlement”, d’après les sondages en tout cas. Ensuite, Théodora Megalooikonomou, marchande de métaux précieux et bijoutière au Pirée comme sa famille, avait été parmi les rares financeurs du petit parti de Leventis durant plusieurs années (presse grecque, janvier 2018), et qu’aux temps des difficultés économiques, ce dernier en guise de retour, il lui avait offert la première place éligible sur la liste des candidats que son parti présenta aux élections législatives de 2015.

Vendeur de billets de loterie. Place de la Constitution, janvier 2018
Le train… heureux et vide. Athènes, place de la Constitution, janvier 2018
Rares touristes. Place de la Constitution. Janvier 2018

L’élue du Pirée, considérant que le parti de Vassilis Leventis ne replissait plus son rôle… de (futur) propulseur vers le “Parlement”, elle a aussitôt mis son cap ailleurs. Interviewée sur son choix tout nouveau et Syriziste, Théodora Megalooikonomou a même déclaré ceci:

“Je choisi désormais d’appartenir à la majorité SYRIZA car je trouve que ce que fait Alexis Tsipras est bon. Ainsi, je voudrais contribuer à son œuvre. J’ai pris la décision d’intégrer SYRIZA plutôt que la Nouvelle Démocratie de Kyriákos Mitsotakis, car ayant attentivement écouté les deux chefs politiques, j’ai remarqué que lorsque Kyriákos Mitsotakis nous disait que finalement, ‘un plus un égale trois’, Alexis Tsipras expliquait qu’alors ‘un plus un égale deux’. Donc je ne pouvais pas faire autrement que de me ranger derrière Alexis Tsipras” (citée de mémoire, Radio 90,1 FM, matinée du 17/01/2018), tandis que dans une interviewe accordée à un journal plutôt “people” en novembre 2017 , Théodora Megalooikonomou déclarait… qu’elle “souhaite s’inscrire dans une école de journalisme pour apprendre à s’exprimer et à rédiger des articles en autonomie”.

Démocraties d’opérette, politiciens marionnettes… et notamment commerce. Déjà en son temps (306 avant J.-C), Épicure dont la pensée fut entre autres une réaction évidente à la désagrégation de la ville-État dans laquelle l’homme-citoyen avait trouvé traditionnellement la possibilité de se réaliser et de satisfaire ses aspirations, le grand philosophe donc, faisait alors remarquer que la seule raison pour laquelle les hommes entrent en politique, c’est leur désir d’obtenir, richesses, pouvoir et gloire. Alexis Tsipras a, non seulement remercié publiquement la… bijoutière du Pirée, mais il l’a également aussitôt officiellement invité au palais du Premier ministre .

Les soldats Evzones gardent toujours les lieux. Place de la Constitution, Athènes, janvier 2018
Le… retour aux sources de l’Orthodoxie. Presse grecque, Athènes, janvier 2018
Les animaux adespotes des lieux. Devant le “Parlement”, Athènes, janvier 2018

Tel un fantôme pour tout dire authentique, le dernier manifestant solitaire posant devant le “Parlement” et devant les journalistes, il était porteur du message tant de fois répété: “Peuple réveille-toi, ils nous paupérisent les uns après les autres et nos enfants avec, de manière pseudo-démocratique”. Il s’est éclipsé à la tombée de la nuit, aussitôt après le vote des “élus”, comme celui de Théodora Megalooikonomou.

Les soldats Evzones gardent ainsi les lieux, et en synchronie, une certaine presse suggère… le retour aux sources de l’Orthodoxie. En attendant, seuls les animaux adespotes du secteur semblent encore pouvoir nous surveiller… offrant ainsi la possibilité d’un regard sur nos affaires humaines comme “politiques” que l’on qualifierait aujourd’hui d’épicurien.

Peut-être aussi, pour nous rappeler cette ultime réponse de l’oracle de Delphes, donnée au tragique empereur Julien: “Le temple est en ruine. – Phébus ne parle plus. Les lauriers sont flétris. – Et les flots de la source à jamais sont taris.” Et c’était le dernier oracle rendu à Julien, dit l’Apostat, en 362 après J.-C.

Jardins d’Athènes, et Jardin d’Épicure. Six longues secondes de bruit et alors le tremblement de terre qui s’est produit à une profondeur de seulement cinq kilomètres et son épicentre a été localisé à 24 kilomètres au nord-est de la capitale, non loin de Marathon, lieu encore historique et symbolique. Les spécialistes auront précisé que la zone de l’épicentre du séisme se caractérisait par de “petites failles qui n’ont pas la capacité de déclencher quelque chose de plus important”. Notre terre bouge, notre histoire alors se remue. Nous voilà rassurés !

Les nouveaux assistés devant la résidence du Premier ministre. Presse grecque, janvier 2018
“Ne touchez pas au droit de grève”. Athènes, le 15 janvier 2018 (presse grecque)
Devant le “Parlement”. Athènes, le 15 janvier 2018 (presse grecque)
Les Institutions (Troïka). Presse grecque (janvier 2018)

Les Syrisocrates actuels mettent en ce moment en place certains types d’allocations (au demeurant fort dérisoires), sauf que pour que les paupérisés de l’Hellade au chômage sans indemnités puissent les percevoir, ils ne doivent plus posséder grand chose en biens (immobiliers et autres). Autrement-dit, ils doivent brader leurs biens (et ainsi détruire irrémédiablement leur identité sociale, symbolique et économique), avant d’espérer… en l’arrivée improbable de l’aumône du nouvel ordre lorsque par exemple de très nombreux députés Syrizistes possèdent chacun… plusieurs dizaines de biens immobiliers.

C’est alors un volet essentiel, consubstantiel même à la mutation imposée aux sociétés occidentales (en plus de la destruction du travail, des salaires et des droits des travailleurs), besogne politique rémunérée pour la quelle la dite “gauche radicale” et Alexis Tsipras (probablement propulsé à la tête de SYRIZA pour cette raison en 2008) auront si bien accepté et incarné le rôle. Il y a de quoi lever les yeux vers les cieux, et remercier autant toute l’équipe de l’Ambassade de France à Athènes pour ses vœux de bonne année. Nous en avons grandement besoin.

L’équipe de l’Ambassade de France à Athènes, vœux de bonne année. Athènes, janvier 2018
Il y a de quoi lever les yeux vers les cieux. Athènes, temps de crise

Le “gouvernement” prépare en ce moment la liste des prochaines privatisations pour ce qui est des grands ports du pays, après ceux d’Athènes (Pirée) et de Thessalonique, l’heure viendra pour les deux portes d’entrée en Grèce depuis l’Adriatique, Patras et Igoumenítsa, et ensuite au menu, il aura Mykonos, Corfou et Héracleion en Crète. C’est aussi cela les 1.531 pages approuvées sans être lues par la bijoutière du Pirée… devenue à l’occasion la dernière perle de SYRIZA.

Enfin, notons que la nouvelle de la privatisation de nouveaux ports grecs, tient d’abord d’un reportage de la Deutsche Presse-Agentur GmbH, Agence de Presse allemande… en Métropole, communication par la suite reproduite par les médias grecs. Il y a de quoi complimenter parfois (et sans aucun esprit d’ironie) les journalistes Allemands pour leur travail. .

En attendant sans doute des jours meilleurs, (et) cette fois-ci à Thessalonique justement, 68 regards de chaussée et autres plaques d’égout ont été subtilisées en une seule nuit, “c’est inuit et c’est fort inquiétant” annoncent-on depuis la Municipalité . Place de la Constitution (à Athènes), les promeneurs curieux peuvent alors découvrir sur une façade le message suivant: “Du vent, du vent, pour que ce choléra de politiciens s’en aille. Quelle Démocratie ?”

“Du vent, du vent, pour que ce choléra de politiciens s’en aille. Quelle Démocratie ?”. Athènes, janvier 2018
Scepticisme. Place de la Constitution, Athènes, janvier 2018
L’arbre où le pharmacien retraité Dimitri Christoúlas s’est suicidé en 2012. Athènes, janvier 2018
Tri… parallèle des déchets, travail effectué par les migrants. Athènes, janvier 2018

La paupérisation, la criminalisation de l’économie, la trahison de toute la classe politique, la Grèce, enfin entre fosse septique (comme sceptique) et le tout-à-l’égout. En somme, tel est le dernier… des progrès comme des “progressistes” à la SYRIZA, et c’est peut-être en son sein que désormais Théodora Megalooikonomou finirait par apprendre à s’exprimer et à rédiger des articles en autonomie.

Il y a de quoi en rire, cela étant dit, l’alphabétisation même des marionnettes politiciens ne constituerait plus un prérequis nécessaire à l’exercice de leur… fonction. En 2016, Alexis Tsipras l’inculte suffisant, en vol à bord d’un avion entre Paris et Strasbourg avait ainsi déclaré… qu’il venait de quitter le sol français (considérant que Strasbourg… c’est une ville allemande) .

Semaine mouvementée, la… terre qui bouge, les travaux du tramway à Athènes, le film sur Marie Calas, l’ouvrage en sa mémoire, sa disparition, les condoléances de son médecin parisien, puis celles de Rapanakis, alors capitaine du vraquier Artemision II, le navire appartenant à l’époque à la grande cantatrice. Ses cendres sont (ou ce que l’on pense être comme telles) ont été dispersées en 1980 entre le Golfe Saronique et la mer Égée. Naviguer… toujours naviguer.

Artemision II dans les années 1970 (presse grecque)
Télégramme du capitaine Rapanakis en 1977. Athènes, janvier 2018
Les condoléances du médecin de Maria Calas à Paris (1977). Athènes, janvier 2018
Travaux du tramway. Athènes, janvier 2018

Chanter, écrire, témoigner, naviguer. Le poète Séféris l’avait déjà superbement noté en 1963 à sa manière:

“Qu’est-ce qui a le plus compté dans ma vie ? Ma réponse spontanée est: d’écrire une phrase ou même un mot juste. Ce qui rachèterait pour moi la souffrance de vivre. Mais ce n’est pas si simple car, ainsi formulée, cette affirmation peut donner naissance à bien de malentendus, à commencer par l’accusation d’esthétisme et d’indifférence à l’action ou à la vie. Or ce n’est absolument pas le cas car je veux ainsi exprimer ma position morale: un mot est le résultat d’une vie intense, d’un grand travail et d’une relation profonde avec les hommes.” (Séféris, note inédite, 1963, “Essais, Hellénisme et Création”, Mercure de France, 1987).

Fosse… sceptique, funèbres réalités politiques actuelles et pourtant séisme, alors qualifié de modéré d’une magnitude de 4,4. Chez “Greek Crisis”, Mimi qui s’est mise à miauler, le jeune Hermès se refugiant sous le canapé.

Mimi et Hermès de Greek Crisis. Athènes, janvier 2018
* Photo de couverture: “Peuple réveille-toi…”. Place de la Constitution, Athènes, le 15 janvier 2018, (presse grecque)

mais aussi pour un voyage éthique, pour voir la Grèce autrement “De l’image à l’imaginaire: La Grèce, au-delà… des idées reçues !”   http://greece-terra-incognita.com/

Grève et marche à Athènes contre une réforme du droit de grève

Par Agence Reuters

ATHENES (Reuters) – Plusieurs milliers de Grecs ont manifesté vendredi dans le centre d’Athènes contre des réformes que le Parlement doit adopter la semaine prochaine en échange d’une nouvelle aide internationale.

Une grève, la première de l’année en Grèce, a parallèlement provoqué de nombreuses perturbations dans la capitale.

Le métro d’Athènes, emprunté quotidiennement par 938.000 usagers, est resté portes closes, provoquant d’importants embouteillages dans la ville de 3,8 millions d’habitants.

Les dockers ont paralysé le trafic portuaire et les hôpitaux publics ont dû faire appel à du personnel de remplacement.

D’autres arrêts de travail sont programmés lundi, jour de l’examen par le Parlement d’un projet de loi prévoyant notamment une réorganisation des prestations familiales, la mise en place d’une nouvelle procédure pour les saisies de biens immobiliers et un durcissement des conditions d’appel à la grève.

« Pas touche à la grève ! », « Non à l’esclavage moderne » ou « Soulèvement ! » ont crié des manifestants lors d’une marche qui a rassemblé quelque 20.000 personnes dans le centre d’Athènes.

Des incidents se sont produits devant le Parlement, où les élus débattaient du projet de loi. La police est intervenue brièvement à l’aide de gaz lacrymogène pour disperser quelques individus tentant d’approcher le bâtiment.

Le projet de loi est dénoncé par de nombreux Grecs, qui ont vu leurs revenus chuter et leurs conditions de vie se dégrader fortement depuis le premier plan de sauvetage financier du pays en 2010.

Deux autres plans de renflouement ont été accordés depuis par les Européens et le Fonds monétaire international (FMI).

« Cela revient à abolir le droit de grève. De telles choses ne s’étaient produites que sous la junte », a déclaré un officier de marine à la retraite, George Papaspyropoulos, en référence à la dictature des colonels (1967-74).

« Ce gouvernement n’a de gauche que le nom, mais en réalité, c’est une junte », a-t-il dit.

Le gouvernement est dirigé depuis 2015 par l’alliance de gauche Syriza.

Pour le moment, un syndicat peut lancer un appel à la grève s’il est soutenu par un tiers de ses membres. La nouvelle loi relèverait ce seuil à 50%.

Le gouvernement justifie ces réformes par la nécessité de recevoir de l’argent frais. Le troisième plan de renflouement, toujours en cours, expire en août.

Jusqu’à présent, la Grèce a perçu 40,2 milliards d’euros sur les 86 milliards prévus. Elle espère recevoir prochainement une nouvelle tranche de 4,5 milliards.

Constant Kaimakis vidéos :

les manifestants sont nombreux https://youtu.be/9kyqueOf2YA  https://youtu.be/Nyd41qv-PkE
les manifestants et les lacrymogènes  https://youtu.be/OyP4UG9-qnY
https://youtu.be/j47hGufinTo

Grèce : émigration des médecins

« Hémorragie dans la santé : En 10 ans, 12 408 médecins grecs sont partis travailler en Europe

Depuis 10 ans on assiste à une véritable hémorragie dans le secteur de la santé en Grèce avec 12 408 médecins qui ont émigré à l’étranger. Le Président de l’Association des Médecins d’Athènes ( ISA) ne décolère pas : « L’Angleterre, l’Allemagne, Chypre, la Suède, les Emirats Arabes Unis, la France… les accueille, alors que nous les avons formés…nous sommes la « matrice » des ressources médicales pour d’autres pays ! ».

Il dénonce cette fuite dans le domaine vital de la science médicale avec le départ de milliers de médecins, principalement des spécialistes, dans divers pays européens et autres à la recherche d’un emploi qu’ ils ne trouvent pas chez eux.

Si jusqu’en 2009 cet exode concernait principalement de jeunes médecins diplômés, il s’agit depuis 2010 du départ de médecins spécialistes, des médecins qui ont étudié et ont acquis une spécialité grâce à l’investissement du système éducatif et du système de santé en Grèce. Au cours des six dernières années , le nombre de médecins spécialistes fuyant la Grèce a plus que doublé le nombre de médecins non qualifiés.

En 2017, ont demandé et obtenu les certificats nécessaires auprès de l’ISA, 1293 médecins, dont 923 spécialistes et 370 sans spécialité médicale. En 2016 , étaient partis 862 qualifiés et 306 non qualifiés. En 2015 , les départs étaient encore plus importants avec 356 médecins qualifiés et 1165 non qualifiés. En 2014 , on a enregistré une « fuite » au total de 1 380 médecins, dont 1.006 de scientifiques qualifiés. En 2013 , ont quitté 1 488 médecins, avec 1086 d’entre eux qualifiés. 2012 , a été enregistrée comme l’année « noire » de la dernière décennie pour la « fuite » des ressources médicales : ont quitté la Grèce 1 808 médecins avec 1 166 médecins qualifiés.

 » Le chômage, l’ incertitude et le manque de méritocratie poussent le personnel le plus qualifié dans le pays pour chercher sa fortune à l’ étranger. La Grèce s’est maintenant transformée en une matrice d’exportation d’un potentiel médical , mais qui bénéficient à d’ autres pays « , a déclaré le président de l’ ISA, M. George Patoulis.

Selon M.Patoulis la « saignée » des scientifiques n’est pas traitée: « Aucun responsable n’ a traité la fuite des cerveaux. En particulier en ce qui concerne les médecins , la situation est très déprimante. Je crois que si la politique de santé ne change pas, la « saignée » s’intensifiera. On ouvre des postes pour les unités sanitaires locales (Tommy) et on propose des salaires de 1200 euros.

Quelle est l’incitation donnée à un médecin qualifié pour rester en Grèce lorsque vous pouvez demander une position autre rémunération et d’ autres dynamiques en Europe? « Demande M. Patoulis.

De plus ce phénomène de départs des médecins grecs à l’ étranger s’accentue avec le départ à la retraite des médecins du système national de santé (NHS). Selon la Fédération nationale des médecins hospitaliers Association (POEDIN), la nécessité pour les médecins spécialisés dans les hôpitaux du NHS dépasse les 6000 postes. Au ministère de la Santé les données actuelles comptabilisent 7271 médecins du NHS et 2.000 autres médecins auxiliaires .

« Cette inflation de jeunes médecins et la politique de santé inexistante au niveau du gouvernement ont provoqué une situation suffocante pour le monde médical. Dans quel autre pays voit on une situation perverse et paradoxale: un système de santé en effondrement basé sur du personnel âgé , et les jeunes médecins à la recherche d’ un emploi à l’ étranger? Qui, quand et comment transmettre les connaissances dans les hôpitaux grecs aux jeunes médecins ? « note profondément préoccupé M. Patoulis.

CK

Vivre avec la pension des parents

LA MOITÉ DES GRECS VIVENT GRACE AUX PENSIONS DES PARENTS !

Édifiant, le reportage que vient de publier le journal américain Wall Street Journal qui a interviewé de nombreux jeunes forcés de retourner à la maison familiale pour joindre les deux bouts et qui vivent grâce aux pensions des parents retraités.

Ainsi témoigne, Lumbi Nychas, âgé de 33 ans qui il y a 2 ans est revenu dans sa chambre d’enfant, après sa faillite de ses ventes de bijoux. Quelques mois plus tard, il rentra chez lui ainsi que sa sœur, avec son mari et leur fille. Aujourd’hui, tout repose en grande partie sur la pension de leur père âgé de 67 ans.

Comme le décrit le WSJ, le système de retraite en Grèce est devenu un réseau social de facto pour les citoyens les plus vulnérables du pays, avec des millions de personnes âgées qui utilisent leur pension de retraité pour fournir ce qui est nécessaire à leurs familles.

Cette vaste dépendance des pensions explique la douleur ressentie par les Grecs alors que le gouvernement se prépare à présenter une nouvelle série de coupes dans les retraites en 2018 et 2019. Les retraités devraient voir leur pension réduite d’un cinquième, jusqu’à la treizième réduction qui s’applique dès le début du protocole d’accord en 2010.

« Étant donné que la société grecque repose en grande partie sur le paiement des pensions, les dépenses consacrées aux retraites sont plus importantes que les autres formes de dépenses sociales qui pourraient être utilisées pour lutter contre les fléaux de l’Europe, tels que la pauvreté, les taux de natalité, l’inégalité des revenus et l’imprévisibilité de la main-d’œuvre pour l’économie d’aujourd’hui « , a indiqué le journal.

Il poursuit: « Les pensions en Grèce représentent désormais 17,4% du produit intérieur brut, selon les derniers chiffres du ministère grec du Travail, le taux le plus élevé en Europe. En dépit de coupes successives, les dépenses de retraite en pourcentage du PIB ont atteint leur point culminant de la crise, alors que l’économie du pays a diminué de plus d’un quart « .

« Dans les années 1950 et 1960, plus de la moitié des Grecs qui recevaient des pensions n’avaient pas cotisé. Jusqu’en 2011, les coiffeurs, les mannequins et les diffuseurs de recettes de télévision d’Etat occupaient des «emplois lourds et insalubres», pour lesquels une année de cotisation produisait les mêmes avantages que trois années payées par un comptable ou un détaillant » poursuite le Wall Street Journal.

Comme il le souligne, l’abandon de telles exagérations crée le sentiment que les Grecs plus âgés, peut-être sans leur propre responsabilité, ont souffert de l’avenir de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Avec le stress d’attirer les électeurs, les gouvernements ont favorisé la retraite anticipée.

« Avec l’effondrement de l’économie grecque et le chômage à 21%, les retraités constituent la principale source de revenus pour la moitié des habitants du pays », note la publication.

Il poursuit: « En 2016, la Grèce a octroyé 30 milliards d’euros en pensions, mais moins de 1 milliard d’euros de prestations de chômage, qui n’indemnise que un grec sur trois au chômage… Le pays dépense moins de 2% du PIB pour soutenir les familles, le logement et la lutte contre la pauvreté ».

Et comme le conclut le Wall Street Journal, tout ceci rend particulièrement douloureux les réductions de pensions exigées par les créanciers internationaux en Grèce, en particulier après de nombreuses coupes précédentes.

CK

La mesure humaine La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Dans cette rubrique il évoque Lávrion et ses mines qui devinrent aussi un des principaux centres des luttes sociales et politiques en Grèce, dont la révolte du 7 avril 1896 et réagit à l’approbation de l’aménagement de l’ancien aéroport d’Ellinikon.

La mesure humaine

 

À Athènes, l’année 2018 celle de la météo, a bien commencé avec des températures (disons) saisonnières qui ont atteint 15 °C par endroits. Les mieux pourvus, et ceux ayant pu se permettre une si rare exception qui toujours confirme la règle, se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique. Au même moment, le “gouvernement” aura encore “légiféré”, essentiellement par décrets entre le 1er et le 2 janvier, pour… le meilleur des méta-mondes. Ah… la bonne année !

Bords de mer en Attique. 1er janvier 2018

Encore heureux, nous ne connaissons pas pour l’instant cette ère “prometteuse” lorsque les… avatars iront se ruer par milliers sur les exosquelettes ou sur les… bio-conservateurs (encore) réellement existants, rien que parce que ces derniers auront tout simplement voulu faire si possible preuve d’héliotropisme. Ainsi, l’époque qui est la nôtre, elle roule déjà sur l’herbe, celle que nos futures chèvres… numérisées ne mangeront plus. Autrement-dit, de… blabla-car à blabla-corps, ce ne serait finalement qu’une affaire de chemin à parcourir.

Fuyant donc les tavernes des bords de mer (et pour cause), votre humble chroniquer et toute sa crise avec, ont plutôt préféré pour cette première journée de l’année calendaire rendre hommage au… Chaos, comme autant rendre hommage au passé des humains, à leurs lieux d’une certaine mémoire, s’agissant des mines de Lávrion, vestiges allant de l’antiquité au 19e siècle. C’est un beau coin que je fais parfois visiter à mes participants aux programmes Greece Terra Incognita guère loin du Cap Sounion et du célèbre Temple de Poséidon.

Et c’est dans cette partie de l’Attique, qu’on y découvre aussi ce fameux gouffre, un effondrement géologique tel un trou béant que les locaux font semblant d’attribuer parfois à une météorite… que personne n’a certainement jamais vu. Ce… trou, se nomme paraît-il “Chaos” depuis l’Antiquité. Oui, en cette première journée de 2018 nous avons visité… Chaos, pour ensuite rendre aussi hommage à l’Homme !

Lávrion et en face ; les îles de Makrónissos et de Kéa. Janvier 2018
Taverne des bord de mer. En Attique, le 1er janvier 2018
Passé industriel et minier. Lávrion, janvier 2018
Chaos. En Attique, janvier 2018

Et comme le fait remarquer (par mail) à très juste titre mon ami (ami aussi du blog, il tient aussi son propre blog) Jean-François: “C’est bien d’avoir revisité le site du Chaos: en prévision du prochain effondrement qui nous contraindra à remettre en question l’échange marchand, le lieu devrait reprendre une bonne charge symbolique et devrait devenir l’omphalos (nombril) du monde ! Au vu des images, je doute fort que la théorie du météore soit la bonne. Je pense plus à l’effondrement de la voûte au-dessus d’une poche soudain vidée de ce qui la remplissait – eau ou gaz.”

“C’est comme pour le capitalisme qui ne disparaîtra pas à cause d’une météorite de contestations, de grèves ou de partis politiques, mais à cause de sa base théorique, laquelle induit mécaniquement de grosses bulles, ontologiquement ‘éclatantes’ !!!”. Alors… méditons sur Chaos, comme sur tout le reste (ou le restant) !

Les pauvres et les moins… pauvres Grecs, n’aiment décidément pas vraiment marcher. Contrairement aux bords de mer, nos vestiges industriels puis notre… Chaos, n’ont pas été à l’honneur en ce 1er janvier. Nous y avons rencontré seulement quatre heureux Allemands, retraités et (quasi) habitants de la colonie. Le bon sens alors pratique !

Lávrion, alors bourgade connue depuis l’Antiquité classique pour l’exploitation des mines d’argent ayant pu permettre à Athènes de battre monnaie et surtout d’armer sa flotte durant l’époque classique (Guerres médiques et Guerre du Péloponnèse), revient dans l’actualité au XIXe siècle lorsqu’une société franco-italienne décida de relancer l’activité minière.

Depuis l’Antiquité. Lávrion, janvier 2018
Passé et présent. Lávrion, janvier 2018
Musée des mines… comme des luttes. Lávrion, janvier 2018

La localité qui se créa autour de cette activité prit alors le nom “les Usines” en français (en grec “Ergastiria”, de la Compagnie française (plutôt franco-italienne) des mines de Lávrion, “Roux – Serpieri – Fressynet CIE”, omniprésente en son temps. Les mines furent d’ailleurs la cause d’un sérieux différend diplomatique entre les deux pays (France et Grèce) entre 1871-1872, où d’ailleurs Jules Ferry avait été nommé au poste d’Ambassadeur à Athènes pour mieux suivre l’affaire.

Le Parlement hellénique avait voté une loi stipulant expressément que les minerais anciens ne faisaient pas partie de la concession (française). Reprises par une compagnie grecque, les mines firent également l’objet de la première bulle spéculative de la Grèce contemporaine par la (nouvelle) Compagnie Française des Mines du Lávrion.

Cette Compagnie Française des Mines du Lávrion introduisit d’ailleurs en Grèce, la dite “organisation scientifique du travail”, en l’occurrence le système Bedaux système qui pourrait se résumer en… “Travailler mieux ou gagner moins”. Et aussi pour rappel en cette première journée ensoleillée de 2018, Lávrion et ses mines devinrent aussi un des principaux centres des luttes sociales et politiques en Grèce, dont la révolte du 7 avril 1896. C’est le nom de la petite rue… forcement en pente, bien en face du musée des mines… comme des luttes.

Cette grande grève avait duré 18 jours, une première à l’époque. Les principales revendications des travailleurs en ce supposé lointain 1896, (les mines où ils travaillaient était propriété de la deuxième société minière franco/italienne), ont été essentiellement: la suppression des sous-traitants… au versement des salaires alors intermédiaires entre les employés et les patrons, le paiement donc des travailleurs désormais directement par l’entreprise, l’augmentation de leur paye journalière à 3,5 drachmes (au lieu de 2,5), et la mise en place d’un hôpital ou du moins d’une pharmacie près des mines pour enfin cesser le transfert des blessés vers l’hôpital de Thorikon sur la côte (5 à 10 km depuis les mines).

Car bien souvent, ces ouvriers (définitivement) infortunés mouraient lors de ce transfert en charrette. Les grévistes, réclamaient également un moyen de transfert adapté pour les blessés et les malades, et enfin, la possibilité… d’habiter une varie maison, car jusque-là, ils vécurent dans les cavernes des environs ou dans de nombreuses cabanes de fortune.

Passé industriel et manufacturier. Lávrion, janvier 2018
Traces… humaines. Lávrion, janvier 2018

Il y a plusieurs années, ceux ayant directement vécu cette grève ont livré leur témoignage, tel l’ancien ouvrier Vougioukas, et ils ont décrit plus précisément ces événements historiques:

“Il y avait une tension terrible durant cette première grande grève. Il faut noter que Serpieri – alors directeur général de l’entreprise – avait été déguisé et habillé femme ou en prêtre pour quitter les lieux ! Le gouvernement avait aussitôt dépêché sur place les ‘CRS’ de l’époque, puis un navire de guerre dans la baie, pour y enfermer les grévistes arrêtés. La tension était énorme. Une pierre avait été balancée par un gréviste sur un gendarme, et le conflit avait éclaté. Les gendarmes ont ouvert le feu et quatre ouvriers ont été touchés. La bourgade s’est aussitôt transformée en champ de bataille” (enquête du quotidien communiste “Rizospástis” 24/08/2008) .

Notons qu’en décembre 1896, le procès des 15 grévistes a finalement eu lieu, et ils ont été acquittés, ils retrouvèrent ainsi leurs postes sans conditions préalables. Suite à cette grève, un détachement militaire avait été définitivement et durablement installé près des mines, afin… de anticiper les révoltes des travailleurs.

Anciennes maisons ouvrières et bâtiments de la compagnie. Lávrion, janvier 2018
Ruines et symbolismes rajoutés. Lávrion, janvier 2018
Rue du 7 avril 1896. Lávrion, janvier 2018

Longtemps après, les révoltes ont plutôt cessé, tout comme le travail d’ailleurs. Pourtant, les avatars (déjà) politiques, en précurseurs des… futurs robotonymes se ruent sans vergogne aucune, sur les endosquelettes ou sur les… bio-conservateurs et autres travailleurs (encore) réellement existants.

Début 2018, et les mieux pourvus se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique, tandis que l’escroc politique Alexis Tsipras et les siens (sous forme de commissions dites “d’experts”) décideront alors en comité restreint (clos) et sans la presse (la nouvelle vient de tomber), du sort architectural de l’ancien aéroport d’Ellinikón (ou Hellenikó, également sur la Rivier d’Athènes). Il s’agit bien de ce site dont le “gouvernement de la gauche radicale” a ainsi finalisé la vente aux “promoteurs”. Il fut un temps pas si lointain, où Tsipras se faisaient photographier avec ceux qui luttaient contre cette vente (en réalité, il a été bradé). Tsipras, dernier arriviste de l’ultime gauche dans ce pays, ira ainsi jusqu’au bout de l‘hybris.

On sait que la société privée grecque ‘Lamda Development’, soutenue par le groupe multinational ‘Global Investment’, le groupe chinois ‘Fosun’ et une société d’Abou Dhabi, a emporté le… morceau moyennant donc 915 millions d’euros. Elle devient le propriétaire de l’ancien aéroport sur une zone côtière de 3,5 kilomètres de longueur et une marina, pour lancer son… méga-projet immobilier sur le site de l’ancien aéroport, avec la construction de nombreuses résidences de toute taille et des parcs d’activités, voir d’ailleurs à ce propos les articles… dithyrambiques dans la presse plus autorisée que jamais . Pauvres journalistes, incroyables avatars !

Ce qui s’y joue, tient autant de l’autorisation accordée aux “promoteurs” pour y bâtir toute une série d’immeubles très élevés, et même l’autre dictature, celle des Colonels (1967-1974) avait pourtant renoncé à un projet analogue sous la pression collective comme culturelle (colères certes sourdes). En réalité, le POS régissant la construction à Athènes, interdit ce type d’immeubles bien grands, c’est-à-dire plus hauts que l’Acropole, et cette règle est autant et d’abord morale, d’où l’énormité dans la transgression ainsi commise par… la bande à Tsipras.

Mineurs de Lávrion du temps de jadis (presse grecque)
Mineurs de Lávrion du temps de jadis (presse grecque)
Tsipras, magnifique menteur… contre la privatisation d’Ellinikón. Temps… de jadis (Internet grec)
Vision… cauchemardesque d’Ellinikón. “Quotidien des Rédacteurs”, janvier 2018

D’ailleurs à ce sujet, même au “Quotidien des Rédacteurs” (pourtant journal pro-SYRIZA), on ne peut qu’exprimer de l’indignation devant ce nouveau crime d’Alexis Tsipras (et du “gouvernement” SYRIZA/ANEL):

“Ces… esprits ‘instruits’ du gouvernement veulent ainsi autoriser la construction d’une barrière de bâtiments imposants, une miniature (peut-être une copie) de Dubaï, de tout ce toc, alors réalisé aux limites de l’hybris, (autant) au moyen d’arrangements avec et au sein du para-État gouvernemental. Et pourtant en face, elle se trouve la population locale et les citoyens démocrates qui se révoltent, de même que la plupart des scientifiques cohérents d’esprit : archéologues, architectes, voire les artistes.” (“Quotidien des Rédacteurs” du 3 janvier 2018) .

L’Aéroport international d’Ellinikón était comme on se souvient, cet aéroport historique qui desservait la ville d’Athènes, avant d’être remplacé en 2001 par Elefthérios-Venizélos (aéroport actuel) dont ses promoteurs de l’Allemand Hochtief qui détenait encore 40 % des parts en 2013, ont expressément exigé la fermeture. Pourtant, le bon sens exprimé même publiquement à l’époque avait argumenté en faveur du maintient du site comme deuxième aéroport (à l’instar de Roissy après Orly et après Le Bourget en France). Et comme en 2017, le nombre de visiteurs du pays avoisine les 30 millions par an, voilà que le nouvel aéroport de la capitale n’est guère loin d’être saturé.

Dans ce même… (Nouvel) ordre d’idées, la Tsiprostructure actuelle, prépare une autre bien étrange loi, rendant possibles les juridictions de proximité. Le projet de loi avait été lancé pour rester soi-disant consultable, entre… le 28 décembre et le 3 janvier 2018, comme par hasard. Juridictions de proximité, pourquoi pas dans un sens ?

Sauf que contrairement par exemple, au cas analogue français, là où le juge de proximité, sauf exception, n’est pas magistrat de formation mais recruté dans la société civile, cependant parmi des praticiens du droit et selon des critères légaux (entre autres, il faut soit avoir exercé une profession judiciaire pendant au moins 4 ans, soit avoir une expérience d’au moins 25 ans dans un service juridique d’entreprise ou d’administration), en Grèce, pour ce même recrutement un simple diplôme universitaire (de n’importe quelle discipline) satisferait les exigences liées à cette mission.

De nombreux juges ont aussitôt argumenté à travers la presse pour dénoncer cette “privatisation de la justice” , et très officiellement l’Union des Magistrats laisse exprimer toute son inquiétude, à l’instar des avocats du… pauvre pays, s’exprimant également de la même manière .

2018, Quotidien des Rédacteurs, janvier 2018
Le… ‘Diable de Phalère’. Presse grecque, janvier 2018
Musique populaire et extase. Temps de jadis (presse grecque – janvier 2018)

L’année 2018, celle de la météo a certes bien commencé à Athènes. Fuyant donc les tavernes des bords de mer (et pour cause), votre humble chroniquer et toute sa crise avec, ont plutôt préféré pour cette première journée de l’année calendaire rendre hommage au… Chaos. Au même moment, la presse aime parfois publier certaines photos issues des transes comme des extases de la musique populaire et de son temps, forcément de jadis, histoire de rendre hommage à, Dieux sait, quelles originalités, constitutives de ce dont on a le plus besoin, une référence exacte dans le passé, comme à définir en quelque sorte, une unité de mesure humaine, surtout et d’abord face à l’hybris. Et ce n’est pas gagné…

L’année 2018 sera peut-être le moment où il va falloir apprendre ou réapprendre à nager… en toutes circonstances, planétaires ou comme on dit depuis la novlangue des mondialisateurs, circonstances “locales”. Il fut un temps… de mesure humaine, où nos poètes étaient encore parmi nous, ils caressaient même parfois leurs chats, peut-être aussi, pour ne pas vraiment caresser les oreilles du public.

Le poète Odysséas Elytis et son chat. (Internet grec)
Premières fleurs. Lávrion, janvier 2018
Nager… en toutes circonstances. Hermès de ‘Greek Crisis’, janvier 2018

Oui, ce n’est pas gagné… Au moment des premières fleures en ce 2018 et non loin de l’ancien aéroport d’Athènes, la Municipalité de Phalère vient de financer et d’installé peu avant la fin de l’année dernière, cette sculpture disons d’époque, et il faut dire fort controversée, étant donné que de bien nombreux habitants (à l’instar d’une partie de l’Église locale), estiment qu’elle représenterait… en réalité le diable.

Ah… la bonne année diabolique 2018, de… diablabla-car à diablabla-corps, ce ne serait finalement qu’une affaire de chemin à parcourir, et c’est sans doute aussi pour cette raison que nous avons ainsi visité Chaos fuyant les tavernes des bords de mer.

2018 et votre blog ‘Greek Crisis’ poursuit sa route contre vents et marées, il faut alors l’admettre, de plus en plus souvent… surveillé de près. Puis, lorsqu’on aura légiféré sur les… fausses informations en ligne, il finirait comme l’autre poète de la mer l’avait alors prédit, connaissant le même sort que “ces navires rayés du contrôle des flottes”. Ah… la si bonne année !

Votre blog ‘Greek Crisis’… surveillé de près. Athènes, janvier 2018

mais aussi pour un voyage éthique, pour voir la Grèce autrement “De l’image à l’imaginaire: La Grèce, au-delà… des idées reçues !”   http://greece-terra-incognita.com/

Grèce : encore plus d’agressivité envers les petits créanciers

Les informations que donnent les médias grecs sur la politique à venir de l’État grec envers les citoyens endettés démontrent une agressivité sans précédent vis à vis des petits créanciers, et tout cela pour plaire aux créanciers dans le cadre de l’évaluation du 3 ème mémorandum! Ainsi 1,8 millions d’emprunteurs ayant des difficultés à rembourser leurs dettes de plus de 500 euros sont ciblés par l’administration fiscale. 2,3 millions d’ autres vont vivre chaque mois avec la peur de dépasser cette limite, en fonction des diverses tranches de paiement d’impôt.
Cette situation est unique : jamais auparavant autant ont été confrontés à des ventes aux enchères. Près d’ un contribuable sur trois (soit un ménage sur trois) va connaitre en 2018 des situations sans précédent.

L’accord conclu avec les prêteurs pour fermer la troisième évaluation est à la source de cette situation. En effet, avant le 20 Janvier, le gouvernement aura adopté « dans la douleur »… des centaines de nouvelles dispositions, parmi lesquelles les modifications du code de recouvrement des recettes publiques (KEDE), ouvrant la voie à des ventes aux enchères de masse par l’administration fiscale et les fonds de sécurité sociale.
Le gouvernement a déjà démontré sa détermination à mettre en œuvre le plan avec l’amendement adopté vendredi dernier et mettra immédiatement en application les poursuites d’ office en arrêtant tous ceux qui entravent les ventes aux enchères. De même, il est prévu que les propriétaires soient exclus même par la force de leur maison mise en vente.
Le cocktail des nouvelles mesures est le suivant :
– Les enchères électroniques vont proliférer ( trois fois par semaine au lieu de une actuellement) et vont remplacer le processus traditionnel des tribunaux du comté.
– Bien que souvent reporté par peur des manifestations (après celle du 30 Novembre et les graves incidents au sein du tribunal du comté devant les caméras et pour les beaux yeux de la Troïka afin de finaliser l’évaluation) les ventes aux enchères seront à nouveau organisées, une fois la nouvelle loi adoptée, immédiatement après les vacances.

Les dispositions de la même loi étendent à l’État les dispositions du Code de procédure pénale de sorte que les mêmes règles s’appliquent aux ventes aux enchères qu’aux individus. À partir de seulement 500 euros de dette, le gouvernement exercera nécessairement une action de recouvrement contre les débiteurs.
– Il n’y a pas de protection pour la première résidence prévu par le KEDE, et le gouvernement n’y a pas apporté de modifications au cours des derniers jours pour distribuer un dividende à partir de la surpopulation.
– Dorénavant, la valeur objective ne sera pas entravée afin de vendre aux enchères une propriété pour dettes envers l’État. Basé sur le KEDE, si la propriété n’avait pas obtenu l’objet, il était interdit de vendre, donc toutes les ventes aux enchères étaient pratiquement stériles. Maintenant, l’immobilier ira aux ventes pour les dettes à l’État et la valeur commerciale (c’est-à-dire, sous l’objectif).
– Les temps d’avertissement et de réponse pour le débiteur rétrécissent considérablement. Avec un courrier électronique informatif du Département du Trésor, les délais commenceront à courir sans perdre de temps pour effectuer ou reporter les saisies, étant donné qu’il est automatiquement considéré que le débiteur a pris connaissance du jour de l’envoi (et non reçu) de l’avis.
– À compter du 1er janvier 2018, la mort subite est également prévue pour ceux qui utilisent le régime des  » 100 doses ». Le règlement sera perdu si le débiteur ne paie pas toutes ses nouvelles dettes à temps (en plus des versements qu’il paie). C’est-à-dire, même pour un jour de retard, il va perdre le règlement, sans la moitié ou un mois de marge pour l’empêcher de payer.

Et les personnes qui sont à risque sont nombreuses lorsque l’on sait que sur 4,1 millions de contribuables qui avaient des dettes à l’administration fiscale en Octobre, huit sur 10 (3,5 millions au total) sont aux prises avec de petites dettes d’environ 3 000 euros en moyenne. On sait que près de 2,35 millions d’ emprunteurs doivent , mais ne peuvent pas payer les dettes de seulement 1 à 500 euros. Les 1,75 millions d’ emprunteurs restants doivent plus de 500 euros, mais seulement 400 000 ont des dettes de plus de 10.000 euros.

Source : journal Protothema.

Droit du travail démantelé en Europe

Hold-up social : comment le droit du travail a été démantelé en Europe, sans aucun bénéfice sur l’emploi et les gens

par Elisa Simantke, Harald Schumann

L’Allemagne, la Grèce, l’Italie, la Roumanie, ou encore l’Espagne… Et maintenant la France. Ces dix dernières années, la plupart des pays de l’Union européenne ont subi de profondes réformes du droit du travail. Officiellement, au nom de la lutte contre le chômage. Mais les études réalisées depuis, y compris par les institutions les plus libérales, sont unanimes : leur impact sur l’emploi a été minime. En revanche, ces politiques se sont traduites par une explosion de la précarité et une baisse des rémunérations pour les salariés. Basta !, en collaboration avec les journalistes d’Investigate Europe, vous propose une enquête grand format sur le hold-up des « réformes structurelles ».

La misère de l’emploi précaire a de nombreux visages. Elle peut prendre la forme de contrats de travail sans assurance maladie ni protection sociale. Il peut s’agir de temps partiels qui n’apportent pas un revenu suffisant pour vivre. Ceux et celles que cette misère affecte en sont aussi réduits à s’accrocher à un contrat temporaire après l’autre, ou sont contraints de gagner leur vie en tant qu’auto-entrepreneurs fictifs ou travailleurs prétendument indépendants. Les méthodes varient selon les législations nationales de chaque pays, mais le résultat est toujours le même : des millions d’Européens doivent se contenter d’emplois précaires et mal payés, qui ne leur offrent aucune perspective. Et le phénomène continue de s’étendre.

Le président français Emmanuel Macron souhaite renforcer cette tendance. Dans sa dernière réforme, son gouvernement a par exemple autorisé les employeurs à embaucher des travailleurs pour des projets ponctuels, avec des contrats qui prendront automatiquement fin à l’issue de leur réalisation. Dans le même temps, les accords collectifs nationaux, qui offraient jusqu’ici des protections importantes aux salariés, ont vu leur rôle fortement affaibli.

Un jeune européen sur deux en contrat précaire

Tout ceci à un moment où l’économie européenne se porte un peu mieux qu’elle ne l’a fait depuis dix ans. Dans la seule zone euro, 5,5 millions de personnes ont trouvé un nouvel emploi depuis la fin 2012. Mais selon les données collectées par Eurostat, l’agence de statistiques de l’Union européenne, 4 de ces nouveaux emplois sur 5 sont temporaires ou à temps partiel. Dans leur majorité, ils sont mal rémunérés. Pourtant, les deux tiers des personnes concernées souhaiteraient un emploi permanent à temps plein, comme le confirme la Commission européenne dans son dernier rapport sur le marché du travail dans l’UE. Conclusion du département recherche de la banque américaine Merrill Lynch elle-même : la supposée prospérité actuelle de l’Europe est « de mauvaise qualité ».

Les jeunes en sont de loin les premières victimes. Près de la moitié des travailleurs âgés de moins de 25 ans sont en contrat temporaire. En Espagne, ce chiffre dépasse les 70%. « C’est extrêmement problématique, reconnaît Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’Emploi et aux Affaires sociales. Ils ne peuvent quitter la maison de leurs parents, acheter un logement, faire des projets. Cela affaiblit l’économie toute entière », avertit cette femme politique conservatrice belge. « Les gens qui sont en emploi précaire n’investissent pas dans leurs compétences, et leurs employeurs non plus, explique-t-elle. Plus les emplois sont précaires, moins l’économie est productive. »

Un diagnostic partagé par d’éminents économistes. « Toutes ces formes non-sécurisées d’emploi sont extrêmement coûteuses, à la fois pour les personnes concernées et pour la société dans son ensemble », explique par exemple Olivier Blanchard, longtemps économiste en chef au Fonds monétaire international (FMI).

Des dirigeants européens obsédés par la flexibilité

Mais pourquoi l’emploi précaire atteint-il de tels niveaux ? Que faire pour inverser la tendance ? Dans leur entreprise de dérégulation des marchés du travail, les gouvernements européens et la Commission se sont basés depuis des années sur des hypothèses et des théories qui se sont révélées fausses et irréalistes. Les commissaires et les ministres nationaux en charge de l’économie ont systématiquement cherché à démanteler ou affaiblir les accords sociaux collectifs, combattu les syndicats et, ce faisant, favorisé les inégalités et l’insécurité au travail. Les pays de l’Union européenne sont aujourd’hui pris dans une course au moins-disant en ce qui concerne les salaires et les droits des salariés, rendant toute réponse au seul niveau national encore plus difficile.

Le mot-clé qui résume ces développements est la « flexibilité », explique le syndicaliste français Thiébaut Weber, un économiste chargé de suivre ces questions au sein de la Confédération européenne des syndicats (CES). Les dirigeants européens sont « obsédés par l’idée que le marché du travail est un marché comme les autres et qu’il doit être rendu aussi flexible que possible », précise-t-il. Ce qui signifie permettre aux entreprises d’employer leurs salariés à leur propre discrétion, selon les conditions du marché, et au coût le plus bas possible. En d’autres termes, les employés sont les perdants. Selon Thiébaut Weber, les politiques sociales suivent le même principe à travers toute l’Europe, et « la précarité en est le résultat logique ».

451 réformes du droit du travail en dix ans

De fait, le droit du travail des pays de l’Union européenne a connu une vague de dérégulation depuis deux décennies, qui ne semble pas prête de s’arrêter. L’Organisation internationale du travail (OIT) a recensé, dans les pays dits « développés » et notamment dans l’UE, 451 réformes du droit du travail depuis l’année 2008. La plupart de ces réformes structurelles, comme elles sont appelées dans le jargon des économistes, suivent la même recette : si les travailleurs sont suffisamment flexibles et bon marché, alors les entreprises créent de l’emploi, le chômage baisse, et l’économie croît.

Telle est également la logique sous-jacente à l’« Agenda 2010 » mis en œuvre par l’ancien chancelier fédéral allemand Gerhard Schröder pour casser les prétendues « structures ossifiées » du marché du travail. Les emplois temporaires ont été « libérés des contraintes bureaucratiques » et la limitation de ces contrats temporaires dans les start-ups allongée à quatre ans. Les « mini jobs » et les emplois à bas salaire ont bénéficié d’un traitement fiscal de faveur, et les chômeurs ont été contraints d’accepter n’importe quelle offre d’emploi, aussi mal payée soit-elle. En parallèle, un grand nombre d’entreprises ont choisi de s’exempter des accords salariaux collectifs et de recourir à des travailleurs temporaires, contractualisés ou à temps partiel, pour réduire leurs coûts salariaux.

Le tableau catastrophique de l’emploi allemand

Aujourd’hui encore, ces réformes sont considérées dans l’Europe entière comme une réussite incontestée. Le taux de chômage allemand est tombé au plus bas depuis la réunification (2,5 millions d’Allemands seraient au chômage mais plus de 7 millions occupent un emploi à bas salaire, lire notre article ici). Les hommes politiques des autres pays se plaisent à évoquer le modèle allemand lorsqu’ils veulent déréguler un peu plus le marché du travail national. La chancelière Angela Merkel a elle aussi l’habitude de chanter les louanges des « réformes » allemandes. Ce n’est que grâce à ces réformes que l’Allemagne « a pu distancer la France », a-t-elle affirmé en mai 2017.

Pourtant, le mythe du miracle allemand de l’emploi est trompeur. Certes, le nombre de personnes actives a augmenté de plus de 10 % entre 2003 et fin 2016, passant de 39 à 43 millions. Mais ce résultat n’a été atteint que par le remplacement d’emplois à temps plein par des temps partiels et des mini jobs. En réalité, le nombre d’heures travaillées n’a pas du tout augmenté jusqu’en 2010 ; le travail a seulement été réparti entre davantage de personnes. En outre, depuis 2011, le nombre d’heures travaillées a augmenté beaucoup plus lentement que l’emploi, et reste en deçà du niveau du début des années 90.

Résultat : en 2016, 4,8 millions de personnes en Allemagne vivaient exclusivement de « mini jobs ». Et 1,5 million de personnes supplémentaires occupent des emplois à temps partiel imposé. Sans oublier environ un million d’employés temporaires ou intérimaires, et plus de deux millions de personnes auto-employées, dont la plupart n’a pas assez de travail.

Une « armée de sous-employés à temps partiel »

L’« armée industrielle de réserve » constituée par les chômeurs, d’après la célèbre expression forgée par Karl Marx, « n’a vu sa taille réduite qu’au prix de la croissance d’une armée de réserve de sous-employés à temps partiel ou de sur-employés qui doivent jongler entre plusieurs emplois pour survivre ». C’est ainsi que le sociologue et économiste Oliver Nachtwey, auteur du bestseller allemand La société du déclin [1], résume la situation.

Le prétendu miracle allemand a ainsi condamné des millions de gens à vivre à cheval sur le seuil de pauvreté. Ces personnes doivent se débrouiller avec moins de 60 % du revenu moyen, environ 1070 euros par mois. En dépit d’un taux de chômage très bas, cette catégorie sociale n’a cessé de s’étendre pour atteindre aujourd’hui 16 % de la population. Une grande partie de ceux qui bénéficient encore de contrats à temps plein ont eux-mêmes été laissé sur la touche.

Les plus modestes gagnent moins en 2016 qu’en 1996

En tenant compte de l’inflation, les 40 % les plus modestes des salariés allemands gagnaient moins en 2016 que vingt ans auparavant, comme le gouvernement fédéral a dû l’admettre dans un récent rapport sur la pauvreté et la richesse. Ce qui a conduit le Financial Times à qualifier le miracle allemand de « simple mythe ». Une conclusion partagée par Christian Odendahl, chef économiste du think tank patronal Center for Europe Reform, lequel a résumé la teneur du rapport à destination du public international.

Mais dans les faits, le concept de la flexibilisation du marché du travail s’est transformé en un puissant dogme économique. En Espagne, les contrats à durée déterminée de quelques mois sont devenus la norme. Les Pays-Bas ont également rendus leurs salariés plus « flexibles » à travers diverses formes de contrats à temps partiel. En Italie, le nombre de « faux travailleurs indépendants » a explosé après que les professions libérales comme celles d’avocat ou d’architecte aient été « ouvertes à la concurrence » en 2006, et que l’encadrement des tarifs ait été aboli.

La Pologne, championne de la précarité

Mais c’est peut-être en Pologne que la sécurité de l’emploi a été la plus durement frappée. Pour rendre le pays encore plus attractif vis-à-vis des investisseurs internationaux après son entrée dans l’UE, le gouvernement de Varsovie a apporté en 2004 sa propre innovation dans le secteur des contrats précaires : tous les salariés seraient désormais employés à durée déterminée, et pourraient être renvoyés à tout moment sans avoir à fournir de justification particulière.

En parallèle, le gouvernement polonais a favorisé une expansion massive des contrats limités à des projets particuliers, en dehors du droit du travail. Les personnes concernées se voient refuser toute assurance maladie et toute protection sociale. Elles ne bénéficient pas non plus du salaire minimum. Des multinationales aux PME, de nombreux employeurs se sont rués sur l’aubaine. De sorte qu’aujourd’hui, plus d’un tiers des actifs polonais travaille sans sécurité ou pour des salaires de misère, davantage que dans tout autre pays de l’Union européenne. La législation polonaise sur le travail constitue un « retour au 19ème siècle », s’indigne Adam Rogalezski, secrétaire pour l’Europe de la confédération syndicale polonaise OPZZ.

Mais la Pologne n’est pas un cas isolé. Lorsque la crise financière a entrainé de nombreux pays de l’UE dans la récession, provoquant une forte hausse de la dette publique et du chômage, la dérégulation du marché du travail a été présentée comme la solution magique à tous les maux par la Commission, alors dirigée par le très libéral José Manuel Barroso, et par les ministres des Finances de la zone euro.

La flexibilité salariale, « un dogme religieux »

Pour l’économiste Olivier Blanchard, qui dirigeait au même moment le département de recherche du FMI, ce soudain engouement a quelque chose d’énigmatique. « Avant 2009, les réformes structurelles étaient un sujet secondaire », se souvient-il. Mais elles se sont rapidement transformées en slogan ressassé dans toutes les conférences officielles. « L’idée que l’affaiblissement des syndicats et la flexibilité salariale étaient le moyen de sortir de la crise était exposée comme un dogme religieux. » Ce qui était aussi évidemment, ajoute-t-il, « une manière pour les ministres des Finances et les banques centrales de se défausser du problème sur d’autres. »

Le responsable des questions économiques dans la Commission Barroso, le finlandais Olli Rehn, a appelé les pays frappés par la crise à rechercher « une fixation flexible du salaire et davantage d’incitations à retrouver du travail pour les personnes sans emploi ». Dans le même temps, le patron de la Banque centrale Mario Draghi a mis la pression sur les gouvernements espagnol et italien. Afin de restaurer leur solvabilité, les deux pays devaient « réformer le système de négociation des accords salariaux, et privilégier les accords au niveau de chaque entreprise pour adapter les salaires et les conditions de travail à leurs besoins spécifiques », selon les termes d’une lettre adressées aux dirigeants italiens. De l’Espagne étaient parallèlement demandées « des mesures pour réduire les salaires dans le secteur privé », et l’autorisation de contrats de travail « ne proposant qu’une compensation minime en cas de licenciement ».

Limiter le pouvoir des syndicats

Les fonctionnaires travaillant sous l’égide d’Olli Rehn ont précisé ce qu’ils considéraient comme des réformes « favorables à l’emploi » dans un rapport sur le « développement du marché du travail ». Selon ce document, les réformes souhaitables sont celles qui « assouplissent les conditions des licenciements », « augmentent la durée maximale des contrats à durée déterminée ou d’intérim, ainsi que le nombre maximal de renouvellements », « réduisent le pouvoir de négociation ou la portée des accords collectifs » et « ont pour conséquence de limiter globalement le pouvoir des syndicats en matière de négociation salariale ».

C’est dans les pays les plus exposés à la crise, comme le Portugal, la Grèce ou la Roumanie, que les dirigeants européens ont favorisé de la manière la plus outrancière les intérêts des actionnaires. Les gouvernements de ces derniers pays étaient sous la dépendance des prêts en urgence des autres pays membres de la zone Euro et du FMI. Les fonctionnaires de la « troïka » formée par la Commission, le FMI et la Banque centrale européenne (BCE) ont mis à profit cette situation pour imposer – au nom des créanciers – une réforme radicale du droit du travail et des législations relatives au dialogue sociale, pour le plus grand bénéfice des employeurs.

Le droit social grec laminé sur commande

C’est ainsi qu’en octobre 2011, par exemple, Pierre Deleplanque, patron du producteur de ciment Heracles, lui-même filiale du leader mondial des matériaux de construction Lafarge, a pu transmettre directement ses exigences au chef de la délégation du FMI à Athènes, après un rendez-vous privé avec les fonctionnaires de la troïka. Le journal grec Efimerida ton Sinakton, partenaire d’Investigate Europe, a révélé la teneur de ce document confientiel. Le cadre de Lafarge y demande, outre « la suspension des accords salariaux de branche », l’abolition des accords salariaux en vigueur dans les grandes entreprises « afin de favoriser les accords individuels » et supprimer ainsi toute protection collective pour les employés (sur ce sujet, lire notre article ici).

Tous ces vœux ont été exaucés. Les contrats associés aux prêts d’urgence à la Grèce, intitulés « protocoles d’accord », stipulaient que désormais les salariés pourraient être licenciés en ne recevant qu’une compensation minimale. Les accords salariaux nationaux ou de branche qui avaient été la norme jusqu’alors furent abolis. Aujourd’hui, les négociations ont presque systématiquement lieu à l’échelle de chaque entreprise, le plus souvent directement avec les salariés, sans passer par les syndicats.

De nouvelles lois « ont donné aux employeurs le pouvoir de prendre des décisions unilatérales », comme « la conversion de contrats traditionnels à temps plein en contrats précaires », ont conclu des chercheurs de l’Université de Manchester dans une étude ultérieure, financée – ironiquement – par la Commission européenne. Selon cette étude, d’innombrables contrats permanents ont été transformés depuis 2011 en contrats à temps partiel et à durée déterminée, et dans quatre cas sur cinq sans l’accord des personnes affectées. Le projet visait à rendre l’emploi moins sécurisé, et les salaires ont chuté de 23 % en moyenne.

En Roumanie, les lobbies patronaux rédigent des lois

Selon l’Organisation internationale du travail (OIT), la fin imposée des négociations salariales contrevenait pourtant aux conventions internationales. Ce qui n’a pas suscité d’états d’âme du côté de la Commission européenne. Au contraire, ses fonctionnaires ont décidé d’appliquer les mêmes réformes radicales au Portugal. Dans ce pays, ils ont mis fin à l’expansion des contrats faisant l’objet d’accords négociés au niveau national pour toutes les entreprises d’une même branche, qui étaient jusqu’alors la norme. Avec un succès retentissant. Jusqu’en 2008, environ 45 % des salariés portugais disposaient de contrats liés à des accords de branche nationaux. Six ans plus tard, ce chiffre était tombé à 5 %.

En Roumanie, les fonctionnaires de l’UE ont même excédé leur mandat pour imposer une libéralisation radicale. En posant comme condition à un prêt d’urgence, en 2009, le « dégraissage des enceintes institutionnelles de négociation salariale », ils se sont directement mis au service des intérêts des multinationales et de leurs lobbies.

« Le Council of Foreign Investors et l’US Chamber of Commerce [deux lobbys patronaux américains] ont été impliqués dans la rédaction même des nouvelles lois relatives au marché du travail, pour leur plus grand bonheur », explique la chercheuse Aurora Trif, de l’Université de Dublin, qui a étudié les acteurs impliqués pour une autre étude financée par l’Union européenne. Selon elle, ces deux institutions n’ont même pas cherché à cacher leur influence sur cette législation. On n’est jamais mieux servi que par soi-même.

40 % des employés roumains au salaire minimum : 318 euros par mois

Résultat : un droit du travail permettant aux entreprises de passer leurs employés à temps plein sous des contrats à temps partiel, de proposer des nouveaux contrats à durée déterminée, et de recourir sans aucune restriction aux intérimaires. Dans le même temps, à l’initiative de la Commission européenne, le gouvernement roumain a supprimé tout dialogue social à l’échelle nationale, laissant la négociation des nouveaux contrats à la discrétion des employeurs.

Le système de négociation collective qui prévalait jusqu’alors, s’appliquant à 90% des salariés, « a été pratiquement anéanti », déplore Petru Dandea, secrétaire de la confédération syndicale Cartel Alfa. Les représentants élus du personnel ont également perdu toute protection contre le licenciement, tout comme les employés qui osaient faire grève. En conséquence de ces réformes draconiennes, les salaires ont subi une telle dégringolade que désormais 40% des salariés roumains ne touchent que le minimum légal (318 euros mensuels). « Nous sommes payés comme si nous étions un pays de travailleurs non qualifiés », résume le syndicaliste roumain.

La Commission européenne en a pris bonne note. Lorsqu’un gouvernement ultérieur à Bucarest a annoncé en 2012 qu’il souhaitait encourager à nouveau les accords salariaux nationaux contraignants, les émissaires du commissaire Olli Rehn, avec ceux du FMI, ont mis leur veto. « Nous pressons fortement les autorités de s’assurer que les accords collectifs nationaux ne contiennent pas d’éléments relatifs aux salaires et ne remettent en cause les progrès obtenus avec le nouveau code du travail adopté en mai 2011 », ont-ils écrits au gouvernement. En plein accord avec la Chambre du Commerce des États-Unis, qui a elle aussi signé une lettre de protestation. Le gouvernement a dû faire machine arrière.

Des réformes qui n’ont aucun bénéfice mesurable pour l’économie

Cependant, en intervenant ainsi, Olli Rehn et ses fonctionnaires usurpaient une prérogative qui n’était pas la leur. L’article 153 du Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne prévoit explicitement que l’UE et ses organes n’ont aucune responsabilité quelle qu’elle soit en ce qui concerne les « rémunérations ». Olli Rehn siège aujourd’hui au conseil de la Banque centrale de Finlande. Ne souhaitant pas revenir sur son rôle dans la réforme du droit du travail d’autres pays, il a refusé nos demandes d’entretien. L’ancien ministre des Finances des Pays-Bas, Jeroen Dijsselbloem, qui a supervisé en tant que président de l’Eurogroupe la précarisation massive du travail au Portugal et en Grèce, n’a pas non plus souhaité nous répondre.

Ils n’ont peut-être pas eu tort. Il est en effet clair depuis longtemps que les « réformes structurelles » qui pénalisent les salariés n’ont aucun bénéfice mesurable pour l’économie. « La régulation du marché du travail n’a pas d’effet statistiquement significatif sur la productivité », confirme le rapport annuel 2015 du FMI. Même les économistes de l’OCDE, le club des nations les plus riches, traditionnellement très libéraux, ont dû concéder l’année dernière que « la plupart des études empiriques examinant les effets des réformes visant à flexibiliser le marché du travail suggèrent qu’elles n’ont qu’un impact très limité, voire pas d’impact, sur le niveau de l’emploi ».

Une étude de l’Institut syndical européen, think tank des syndicats du continent, s’est penchée sur la question à partir de sondages approfondis dans huit pays, dont l’Espagne, la Pologne et l’Allemagne. Ces données suggèrent « un résultat très clair », selon Martin Myant, chef économiste de l’Institut : il n’y a « aucune preuve empirique » que la « dérégulation a amélioré l’emploi ou réduit le chômage de certains groupes sociaux ». Mais ces réformes ont été « accompagnées par une augmentation de l’emploi précaire, en particulier dans les pays où la dérégulation a été la plus agressive », ont conclu Martin Myant et ses collègues.

Généralisation du dumping social

Même le président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, qui pressait naguère l’Espagne et l’Italie de modérer les salaires et d’affaiblir les syndicats, semble en proie au doute. Certes, l’économie européenne semble renouer avec la sacro-sainte croissance. Mais pas les salaires. Conséquence : l’inflation reste si basse, que Mario Draghi et ses collègues n’osent pas rétablir les taux d’intérêts à leur niveau traditionnel. « Les modes de fixation des salaires et des prix dans la zone euro ont changé durant la crise, a-t-il récemment déclaré. Par exemple, les réformes structurelles qui ont renforcé le rôle des négociations salariales au niveau des entreprises ont pu rendre les salaires plus flexibles à la baisse, mais pas nécessairement flexibles à la hausse. » Est-ce vraiment une surprise ?

Le mécanisme comporte un risque énorme : les réformes, qui n’ont pas apporté de résultats tangibles, ont enfermé les pays de l’UE dans une course au moins-disant social, en termes de salaires et de conditions de travail. C’est aujourd’hui en France que cette course se poursuit. Le pays compte moins de personnes piégées dans des contrats précaires et mal payés que ses voisins européens.

Pour les patrons français, c’est un désavantage, et ils réclament une « décentralisation » des négociations salariales et des contrats de travail plus flexibles. Emmanuel Macron a exaucé leurs vœux avec sa récente réforme « pro-business », selon les termes du Financial Times, du droit du travail (lire notre article : Priorité à la négociation d’entreprise : pourquoi les salariés ont tout à y perdre).

En France, le processus est en cours

Cette politique est menée en France alors qu’il « n’y a pratiquement aucune preuve que la libéralisation du marché du travail y réduira le taux de chômage », avertit l’économiste de Harvard Dani Rodrik. Cela ne semble pas inquiéter Emmanuel Macron et ses conseillers. Dans l’avenir, employés et patrons seront encouragés à négocier directement au niveau de l’entreprise, et le gouvernement a décidé de restreindre le champ d’application des accords collectifs nationaux. « Nous donnons aux employés et aux employeurs la liberté de s’organiser eux-mêmes », a expliqué un haut fonctionnaire du ministère du Travail, architecte en chef de la réforme d’Emmanuel Macron, dans le cadre d’une entrevue accordée à Investigate Europe. Il n’a cependant pas souhaité que son nom soit cité. Ce technocrate conteste que le but de la réforme soit de réduire les salaires, même les réformes similaires menées en Espagne ou au Portugal ont conduit à ce résultat.

Le gouvernement français a simultanément créé une nouvelle forme d’emploi précaire : à l’avenir, des travailleurs pourront être embauchés dans le cadre de « contrats d’opération » conclus pour un projet déterminé, sans limite formelle de durée, mais qui prendra automatiquement fin au terme de la réalisation du projet.

La France se dirige donc tout droit vers une aggravation de l’insécurité au travail, au moment même où c’est le contraire qui serait nécessaire. « Si nous voulons nous attaquer à la hausse des inégalités, c’est une re-régulation du droit du travail qui est requise, pour renforcer à nouveau le pouvoir de négociation des salariés », déclare par exemple Gustav Horn, dirigeant de l’Institut allemand de macro-économie (IMK), lié aux syndicats. « Les emplois précaires ne doivent pas devenir la norme », estime également Marianne Thyssen, commissaire européenne à l’Emploi et aux affaires sociales, qui déclare avoir abandonné les politiques de dérégulation qui étaient celles de ses prédécesseurs.

Face aux libéralisations, opposer un nivellement par le haut

Existe-t-il une voie pour sortir de l’impasse dans laquelle les dirigeants actuels nous ont précipité ? Une idée fréquemment avancée consisterait à augmenter significativement les contributions des employeurs à la sécurité sociale pour les emplois précaires. Les travailleurs concernés par ces contrats doivent recourir bien plus souvent que les autres aux assurances sociales. Il serait donc logique que les entreprises paient le juste prix de la « flexibilité » imposée à ces employés. « Nous ne voulons plus de profiteurs de nos systèmes sociaux », affirme la commissaire européenne. Serait-ce pour autant suffisant ?

Une autre piste consisterait à réformer la base même des législations européennes du travail, juge Claudio Treves, secrétaire général pour les professions libérale de la confédération syndicale italienne CGIL. Au lieu de réguler tous les types de contrats de travail qui existent au sein de l’UE, le but devrait être de créer une « charte européenne des droits fondamentaux des travailleurs » [2], qui garantisse à chacune et chacun le droit à l’assurance maladie et à l’assurance retraite, ainsi qu’à un salaire minimum décent, quel que soit le type de contrat de travail. Une revendication déjà soutenue par plus de 1,3 millions de personnes en Italie, souligne-t-il.

Les nouveaux défenseurs de la sécurisation du travail n’ont cependant pas encore suffisamment de poids et d’influence pour pousser une telle réforme. Seul un tout petit nombre de précaires sont aujourd’hui membres de syndicats. Mais la situation pourrait évoluer, car l’économie numérique entraine à son tour une explosion de la précarité. Les entreprises de l’économie des plateformes, telles Uber, Foodora ou Amazon, contournent le droit du travail à grande échelle, et leurs employés n’ont souvent aucune forme de protection sociale, de comité d’entreprise ou de protection contre les licenciements. Mais les nouveaux forçats du 21ème siècle pourraient bien vouloir en finir avec cet ordre des choses.

Harald Schumann et Elisa Simantke, pour Investigate Europe

(Traduction : Olivier Petitjean)

source https://www.bastamag.net/Hold-up-social-comment-le-droit-du-travail-a-ete-demantele-en-Europe-sans-aucun

Tragédie à la grecque à la mairie de Madrid ?

20 décembre par Jérôme Duval CADTM 

L’éviction de l’adjoint aux finances à la mairie de la capitale espagnole, coupable d’avoir voulu résister à l’injonction à l’austérité par le pouvoir central, ouvre une nouvelle crise politique.

Balayant le Parti populaire au pouvoir depuis vingt-quatre ans dans la capitale, Ahora Madrid, la coalition dite du changement, avait pris d’assaut la municipalité lors des dernières élections municipales du 24 mai 2015, avec 31,85 % des voix et vingt sièges de conseillers. Le ministre espagnol des Finances et de la Fonction publique, Cristóbal Montoro, qui excelle dans la transposition des règles budgétaires européennes d’austérité au niveau municipal du royaume, obtient la soumission de la ville la plus endettée, jusqu’ici emblème des politiques alternatives au gouvernement central, tout en fissurant le nouveau pouvoir municipal Ahora Madrid, aujourd’hui en pleine crise politique.

Le ministre Montoro déclenche la polémique au sein de la coalition au pouvoir à Madrid

La maire, Manuela Carmena, a décidé lundi 18 décembre de destituer son adjoint aux finances, Carlos Sánchez Mato, quelques heures avant une session plénière d’une cruciale importance, celle devant décider l’approbation ou non du Plan économique et financier (PEF) 2017-2018 fixant les grandes lignes budgétaires de la ville. Or ce PEF inclut des coupes, exigées par le ministre des Finances Montoro, de plus de 533 millions d’euros, dont une grande partie dans les secteurs afférents aux droits sociaux, l’emploi et l’équité, soit 13 % du budget. Refusant de se soumettre, l’adjoint aux finances avait prévu de ne pas assister au vote, refusant de défendre un PEF contraire aux principes de solidarité qu’il défend.

Depuis qu’il est à son poste à la mairie, Sánchez Mato a toujours placé la population madrilène au cœur de sa politique économique, avant les intérêts financiers des créanciers. Voilà sans aucun doute la véritable raison de sa destitution, aboutissement d’une longue querelle avec le ministre Montoro. Pourtant, pendant ses deux années et demie de mandat, Sánchez Mato et son équipe ont démontré qu’une autre politique économique était possible : la municipalité a dégagé un surplus budgétaire de plus d’un milliard d’euros l’année passée et, malgré la gestion libérale calamiteuse du gouvernement précédent du Parti populaire qui avait fait exploser la dette municipale au sommet stratosphérique de 7,7 milliards d’euros en 2012, Sánchez Mato était parvenu à la réduire à 3,5 milliards au deuxième trimestre de cette année 2017, soit moitié moins. Une perspective de genre avait même été introduite dans les budgets. Mais l’augmentation de 73 % des dépenses sociales que Sanchez Mato s’évertuait à placer en priorité, n’était pas du goût du ministre et de son arsenal législatif |1|.

Discipline de vote lors de la session du 18 décembre

Manuela Carmena a été claire envers son équipe municipale, avertissant qu’elle accepterait uniquement les votes en faveur du PEF, les responsables allant contre cette décision devront en assumer les « conséquences ». Lors du vote ce même 18 décembre, le PEF a été approuvé grâce aux votes du Parti populaire (!) et de 14 conseillers de Ahora Madrid (un total de 34 Oui). Le PSOE et Ciudadanos ont voté contre (16 voix contre) et 6 conseillers de Ahora Madrid ont décidé de ne pas prendre part au vote, avec à leur tête Carlos Sánchez Mato. Parmi ces derniers, les conseillers Guillermo Zapata, Celia Mayer et Javier Barbero qui qualifient, dans un communiqué de leur organisation « Madrid 129 » (scission de Ganemos), les derniers événements de grave erreur à même de mettre en danger la confluence qui a porté au pouvoir le gouvernement de Madrid, et laissent entrevoir le possible abandon de leurs responsabilités à la mairie |2|. Car destituer Sánchez Mato revient à se soumettre aux règles illégitimes de Montoro et oblige Carmena à trahir son propre programme, impossible à réaliser dans de telles conditions.

Coup double pour Montoro

Montoro, avec sa gestion intrusive, peut s’enorgueillir de voir approuvé un PEF bien cantonné à sa doctrine libérale qui marquera d’une manière ou d’une autre l’avenir économique de la capitale. Il peut aussi se réjouir d’avoir réussi à ce que la mairie de Madrid, principal moteur du contre-pouvoir municipal avec Barcelone, soit prise dans une crise interne aux conséquences irréversibles à l’approche des prochaines élections municipales de 2019. La victoire est double comme le souligne le journaliste Andres Gil |3|.

Au-delà des résonances de tragédie à la grecque (rappelons-nous l’épisode fatal de la capitulation de Tsipras), la crise au sein du gouvernement municipal de Manuela Carmena, après la destitution de Carlos Sánchez Mato, fait planer la menace d’une rupture au sein de la coalition la plus importante de l’État espagnol, Unidos Podemos, formée en vue des élections générales de 2016 par les partis Podemos et Izquierda Unida au niveau national. En effet, Izquierda Unida n’apprécie guère le soutien du leader de Podemos, Pablo Iglesias, qui affirmait dans une interview à la radio Cadena Ser : « Il y a une loi sur les dépenses, celle de Montoro, à laquelle nous devons nous opposer au Parlement. Cependant, il est logique que les municipalités se conforment à la loi, même si nous ne l’aimons pas » |4|. Ce qui fait dire à Izquierda Unida qu’Iglesias « affirme une chose au Parlement et accepte son contraire à Madrid » |5|.

Réactions en cascade

S’il ne faut pas sous-estimer les dommages collatéraux du séisme politique, il ne faut pas non plus imaginer une soumission aveugle face à la capitulation de Madrid de la part de toutes les forces progressistes arrivées au pouvoir dans nombre de villes d’Espagne en 2015. Aussitôt les réactions ne se sont pas fait attendre : plusieurs adjoints aux finances de plusieurs villes (Cadix, Badalona, Oviedo, Puerto Real et Ripollet) ont publié une tribune « Moi aussi je suis Carlos Sánchez Mato », affichant leur solidarité et leur refus de soumission aux diktats austéritaires. Une rencontre du Réseau des municipalités contre la dette illégitime est prévue à Rivas, près de Madrid, début février et portera le débat sur les enjeux et limites des politiques municipales progressistes face à l’intransigeance d’un gouvernement central qui est prêt à tout pour en découdre avec toute proposition alternative qui émane de ces forces municipales.

Notes

|1| La Loi de rationalisation et soutenabilité de l’Administration locale (« Racionalización y Sostenibilidad de la Administración Local »), connue comme “loi Montoro” plafonne les dépenses des administrations locales et incite prioritairement au remboursement des dettes, fussent-elles illégitimes.

|2| Voir le communiqué de leur organisation « Madrid 129 » : http://madrid129.net/2017/12/18/sobre-el-pef/ et http://administracionpremios.com/zapata-mayer-y-barbero-se-plantean-salir-del-gobierno-de-carmena-tras-el-cese-de-mato/

|3| Andres Gil, « El Ayuntamiento de Madrid se agrieta ; Montoro se frota las manos », eldiario.es, 18 décembre 2017.

|4| « Hay una regla de gasto, la de Montoro, a la que tenemos que hacer oposición nosotros desde el Congreso. Mientras tanto, es lógico que los ayuntamientos tengan que cumplir la ley aunque no nos guste » Pablo Iglesias, Cadena Ser, 18 décembre 2018. http://cadenaser.com/programa/2017/12/18/hoy_por_hoy/1513594510_967705.html

|5| “decir una cosa en el Congreso y aceptar la contraria en Madrid”, citation prise dans « La alianza Podemos-IU salta por los aires tras el cese de Sánchez Mato », El Confidencial, 19 décembre 2017. https://www.elconfidencialdigital.com/politica/alianza-Podemos-IU-salta-Sanchez-Mato_0_3059694024.html

Auteur.e Jérôme Duval est membre du CADTM, Comité pour l’abolition des dettes illégitimes et de la PACD, la Plateforme d’audit citoyen de la dette en Espagne. Il est l’auteur avec Fátima Martín du livre Construcción europea al servicio de los mercados financieros, Icaria editorial 2016 et est également coauteur de l’ouvrage La Dette ou la Vie, (Aden-CADTM, 2011), livre collectif coordonné par Damien Millet

Fiascos La rubrique de Panagiotis Grigoriou

Panagiotis  Grigoriou est Ethnologue et historien, chroniqueur, analyste, initiateur d’un concept de tourisme alternatif  et solidaire en Grèce. Le regard de l’historien et de l’anthropologue sur l’actualité et le vécu de la crise grecque.

Dans cette rubrique il revient sur le mensonge de la  » sortie de la tutelisation mémorandaire en 2018″ et sur la visite en Grèce du Président turc Tayyip Erdoğan.

Fiascos

Nous naviguons au milieu de cette mer semée de fiascos. En ces temps apocalyptiques, nos mots deviennent pesants, en comparaison avec ce que nous avions pu parfois si gentiment formuler par le passé. Le temps même ne compte plus, et nous avec. Oui le temps, car après tout, Balzac avait raison: “Le temps est le seul capital des gens qui n’ont que leur intelligence pour fortune.” D’ailleurs nos attitudes, déjà reformulées et reformatées en témoignent.

“Tout est possible”, et local MSF fermé. Athènes, décembre 2017

“Tout est possible”, peut-on lire en ce décembre 2017 sur le mur d’un ancien local des Médecins Sans Frontières à Athènes, fermé depuis un moment. “Tout est possible”… et d’abord le fiasco. Aux apories et autres dyslexies existentielles de la dernière Grèce contemporaine, s’y ajoutent les dystopies réellement existantes d’une certaine géopolitique (économie comprise) de notre monde supposé moderne, nous voilà… rassurés.

Dans son remarquable essai, “La fin du progrès ?” , l’historien et écrivain Canadien Ronald Wright, fait très justement rappeler certaines vérités visiblement très contemporaines… pour ne pas dire intemporelles: “Utilisant leur arithmétique avancée pour établir un calendrier qu’ils ont appelé ‘compte long’, les Mayas ont étudié les mystères du temps, transcrit les événements astronomiques et formulé des calculs mythologiques loin dans le passé et dans l’avenir – parfois sur des millions d’années. Les calendriers sont une forme de pouvoir ; Jules César, qui a donné son nom au mois de juillet, le savait bien.” (“La fin du progrès ?”, p. 99).

Dans les tristes affaires grecques, c’est alors le contrôle (même relatif) du calendrier prévisionnel des affaires privées comme publiques qu’il devient ainsi impossible, car en réalité volé. Entre la paupérisation touchant de près ou de loin les deux tiers de la population, le survivalisme étendu, le non versement des salaires à près d’un million de salariés du secteur privé, les lois mémorandaires qui tombent du ciel pollué de l’occupation Troïkanne, les lois et réglementations fiscales qui changent dix fois par an ainsi que celle concernant la Sécurité prétendument sociale et les retraites, déjà lorsqu’on n’est pas malade dans ce pays, la visibilité s’arrête au bout du nez ; quelques jours, quelques semaines, la fin du mois.

S’y ajoutent, les mensonges à répétition de la bande à Tsipras et des autres para-politiciens que la colonie jardine encore et hélas. Le dernier mensonge officiel, c’est la prétendue “sortie de la tutelisation mémorandaire en 2018”, lorsqu’on sait par exemple que le mémorandum Tsipras offre potentiellement le contrôle de l’ensemble des biens publics grecs aux prétendus “créanciers” pour 99 ans et que le dépeçage de l’économie grecque et des biens aussi privés, au profit bien entendu d’un nombre alors croissant de rapaces internationaux, ainsi que d’une clique bien locale, largement liée au système mafieux et népotiste des partis supposés politiques.

Toutes les dimensions de la temporalité de la crise grecque ont été ainsi balayées: non seulement les effets immédiats sur chacun, mais aussi les conséquences à long terme, sur les structures du pays, ses institutions, etc. Sous nos yeux, on voit le pays se transformer en un nouveau “cabinet des curiosités” de la vie et de la mort sous un régime en somme novateur, la métadémocratie achronique.

Les municipalités décorent les rues. Athènes, décembre 2017
“Biscuits – 40 jours de carême”. Athènes, décembre 2017
“Épreuve”. Théâtre, Athènes, novembre-décembre 2017

On conviendra que finalement… “innovation” et “embellie” ne sont pas forcément synonymes, notamment dans les affaires humaines. On y observe mieux que nul part ailleurs la mutation de nos régimes oligarchiques-libéraux du monde occidental, autrement-dit nos démocraties “complaisantes”, en des régimes oligarchiques-dictatoriaux et pour le cas grec (et chypriote), l’annulation violente de toute forme (même déjà incomplète) de souveraineté populaire, nationale et étatique. L’évolution aura pris moins d’une décennie, sinon bien moins de temps. Il fallait y penser.

Dans Athènes, on vit le plus souvent au jour le jour, même les coupures calendaires traditionnellement festives apparaissent comme étant bien aberrantes aux yeux du plus grand nombre, disons pour 75% de la population. Les municipalités décorent certes les rues devant les immeubles inachevées depuis 2010, ou devant les boulangeries qui proposent toujours des sucreries et biscuits compatibles… “40 jours de carême”, ou enfin devant les théâtres de quartier passablement désertés, peut-être parce que la pièce du moment se nomme (encore) “Épreuve”.

Question de calendrier toujours, sauf pour les initiés peut-être, personne n’a vraiment compris les raisons ayant motivé cette la visite officielle du président de la Turquie en Grèce la semaine dernière, une visite annoncée la dernière minute et présentée par la presse comme déjà mal préparée par le “gouvernement grec”.

Cela faisait certes soixante-cinq ans qu’un chef d’État turc ne s’est pas rendu en Grèce. Comme le remarque Apostolos Doxiadis, “la dernière a eu lieu avant que Chypre ne devienne indépendante et avant le pogrom d’Istanbul de septembre 1955, événement dramatique qui a marqué le début de la fin pour l’ancienne minorité grecque de la cité turque. Depuis, il s’est passé beaucoup de choses entre la Grèce et la Turquie. Du côté négatif: l’invasion turque du nord de Chypre en 1974 et son occupation, et, plus récemment, l’influx constant de réfugiés arrivant de Turquie pour rentrer en Europe, et d’abord en Grèce. Du côté positif des relations gréco-turques… il n’y a pas grand-chose à en tirer, si ce n’est que les deux gouvernements communiquent de façon civilisée et qu’ils ont tenté de résoudre l’imbroglio de Chypre – sans toutefois y parvenir. Si l’on prend en compte la politique de plus en plus répressive d’Erdogan depuis le coup d’État manqué de juillet 2016, on peut s’étonner de l’invitation par le Premier ministre grec, qui se veut défenseur des droits de l’homme.”

Recep Tayip Erdogan et Prokópis Pavlópoulos (Président grec). Quotidien “Kathimeriní”, décembre 2017
Nos médias… autodérision. “Quotidien des Rédacteurs”, décembre 2017
Un certain calme dans les quartiers d’Athènes. Décembre 2017
De l’inachevé… devenu durable. Athènes, décembre 2017

“Nul doute que Tsipras, malgré sa popularité en baisse, surestime sa propre importance sur la scène internationale. Entre le fait qu’il choisisse de se ridiculiser en parlant un mauvais anglais lors de ses visites à l’étranger (les interprètes professionnels abondent pourtant) et son effort pathétique d’essayer de passer pour un grand homme d’État européen – il a ‘conseillé’ à Martin Schulz de former un gouvernement avec Angela Merkel -, Tsipras surjoue son propre rôle dans une mesure qui frise le ridicule. Il est difficile de pénétrer l’esprit d’un homme d’État à ce point dominé par son orgueil, mais on peut supposer que Tsipras pense qu’en invitant Erdogan il agit comme un médiateur entre la Turquie et le reste du monde – ce qui est, là encore, une illusion. Il est évident qu’il existe des questions importantes à régler entre les deux pays: le sort crucial de l’île de Chypre et celui des réfugiés.” , (“Libération” du 6 décembre 2017).

Ce que remarque Apostolos Doxiadis n’est, comme toujours dans la presse… autorisée, qu’une vérité à minima. D’abord, il n’y aurait peut-être pas grand-chose à en tirer, si ce n’est que les deux gouvernements communiqueraient normalement de façon civilisée, sauf que devant les cameras, les deux présidents se sont violement affrontés verbalement au sujet du Traité de Lausanne. Le climat de la rencontre avait été très lourd au palais présidentiel et le dialogue entre les deux hommes politiques ont même échappé à tout protocole. Recep Tayip Erdogan insistant sur sa volonté de renégociation du Traité de Lausanne, évidemment à la carte (d’après les fantasmes ottomans de l’élite turque) , ce qui est inadmissible pour la Grèce (et pour bien d’autres pays il faut dire). Disons encore à ce propos, qu’accessoirement, Recep Tayip Erdogan fait semblant d’oublier que Traité de Lausanne est autant l’acte de naissance de la Turquie moderne, et il garantie par la même occasion (si ce n’est que du point de vue du Droit international) ses propres frontières.

Dans les quartiers (encore si possible paisibles) d’Athènes, le commun des mortels aura compris que cette visite officielle était au mieux inutile, et au pire, nuisible. Dans les cafés on murmure toute l’amertume devant (et sous) ce “gouvernement” alors cynique, “Quisling”, largement hostile aux intérêts du pays, des travailleurs, de la grande masse des petits et moyens entrepreneurs et parfois même grands, et même à la démocratie. Le 3/4 décembre 2017, le “gouvernement” a tenté à faire voter au “Parlement” la reforme no 69, sur les 113 nouvelles mesures exigées par la Kommandantur Troïkanne, s’agissant bien entendu de la restriction du droit de grève, ainsi que de la (non) indemnisation des travailleurs en cas d’accident sur le lieu de travail ou durant son exercice. L’amendement avait été rajouté au projet de loi relatif au… satellite grec de télécommunication… alors voyons (presse grecque du 4 décembre 2017) .

Une pratique alors généralisée depuis les mémoranda et qui en dit long sur l’aspect criminel (et en déjà inconstitutionnel et illégal) des “gouvernances” (d’abord) économiquement génocidaires sous les escrocs de SYRIZA/ANEL. Le “gouvernement”, craignant la défection de certains députés (majorité de 153 “parlementaires” sur 300) a retiré ces deux amendements pour évidemment revenir de manière impromptue, le jour de Noël par exemple ou pendant une autre période fériée. C’est (autant) pour cette raison que les Grecs ne veulent plus entendre parler de gauche… dans ce pays, la… grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi…

Friche industrielle. Patras, décembre 2017

Et pour revenir aux affaires gréco-turques, et… quant “à régler entre les deux pays (Grèce – Turquie): le sort crucial de l’île de Chypre”, la traduction exacte de cette façon de reformuler les réalités, c’est tout simplement que le but des… manœuvres, n’est ni plus, ni moins le retour de Chypre dans sa situation de colonie britannique (en réalité occidentale et des puissances maritimes), par une forme de Putsch en cours de exécution, auquel Alexis Tsipras et Nikos Anastasiádis (président de la République de Chypre) sont les marionnettes alors complices (voir l’article précédent sur ‘Greek Crisis’ à ce sujet).

Dans l’autre vraie vie… géopolitique, les vendeurs ambulants de petits pains quotidiens préféreront le dialogue avec les animaux adespotes des lieux, plutôt que le prétendu dialogue gréco-turc. Et de leur bon côté, nos animaux adespotes (sans maître) alors imperturbables, autant que ceux de la Turquie voisine comme le démontre si bien le réalisateur turc Ceyda Torun , adespotes imperturbables devant la géopolitique, nous regarderont souvent d’en haut, ou sinon, ils attendront devant le paillasson du pâtissier Konstantinidis, une maison fondée en Asie Mineure, avant justement le Traité de Lausanne et la Guerre gréco-turque en Asie mineure de 1919-1922. Et c’est par les sucreries entre autres, que certains rapports culturels entre les Grecs et les Grecs s’avèreront ainsi indéniables, tandis que pour l’essentiel, les conflits ayant dégénéré en guerres ouvertes entre les deux pays au 20e siècle, ils ont été initiés par les puissances occidentales maritimes. Ce qui laisse alors un goût amer, sucreries ou pas.

Vendeur ambulant et ‘son’ animal adespote. Athènes, décembre 2017
Nos adespotes nous regardent d’en haut. Athènes, décembre 2017
Maison fondée en Asie Mineure. Athènes, décembre 2017
Chatons et chats à donner. Athènes décembre 2017

Sauf que la synchronie lourde s’imposera encore longtemps sur nos adespotes, et d’abord sur nos… sucreries parallèles gréco-turques. Certains analystes estiment en Grèce à l’instar du général à la retraite Yannis Baltzois sur son blog, “qu’à la question ayant prévalu en Grèce lors de l’annonce de la visite – Pourquoi donc recevoir Recep Tayip Erdogan en ce moment et dans quel but précis ? – la réponse n’est certes pas très claire, cependant, nos estimations, ainsi que certaines informations fiables dont nous disposons, indiquent que cette visite avait été encouragée (et peut-être bien imposée) en réalité par les États-Unis, plus précisément au cours de la récente visite du Premier ministre grec à Washington (mi-octobre 2017), au moment où ce dernier avait été reçu par le président Donald Trump.”

“La raison est ainsi liée à l’évolution géopolitique complexe dans l’Est méditerranéen et au Moyen-Orient, et autant à l’attitude et au comportement de la Turquie, ce pays a noué comme on sait des alliances avec la Russie et l’Iran, alliances ‘inacceptables’, si l’on tient compte des objectifs géostratégiques des États-Unis. Enfin, une telle invitation officielle ainsi initiée par la Grèce à l’encontre du président de la Turquie, aurait également reçu l’aval de l’Union européenne et cela pour des raisons géopolitiques similaires.” (Yannis Baltzois sur son blog de géopolitique) .

De même que pour l’analyste en géopolitique Dimitris Konstantakópoulos, “le gros problème aujourd’hui c’est qu’il n’y a pas de gouvernement grec, et encore moins de politique étrangère grecque. Dans le domaine de l’économie, l’Allemagne, l’UE et le FMI gouvernent déjà le pays. Dans le domaine de la politique étrangère, ce sont les États-Unis et l’OTAN qui le gouvernent, tandis qu’Israël joue également un rôle important. Ils décident, et ‘la Grèce’ alors elle exécute. Athènes ne s’autorise la moindre action sans l’autorisation ou l’encouragement des Américains, et ce n’est certainement pas une coïncidence si la visite Erdogan avait été programmée à la suite de la visite à Washington d’Alexis Tsipras, au cours de laquelle le Premier ministre grec a tout offert aux Américains, ce qui expose le pays à de très gros risques. Et le but réel enfin de la visite Erdogan, c’est en effet la question chypriote.”

“Interrogé par l’agence (turque) ‘Anatolie’, M. Tsipras, dit qu’il espère que les deux dirigeants vont envoyer le message commun, depuis Athènes, s’agissant de la poursuivre de leurs efforts pour trouver enfin une ‘solution au problème chypriote’. Le Premier ministre grec semble être si heureux d’avoir fait… face au problème de la dette grecque, à celui des mémoranda et des emprunts, qu’il désire désormais offrir et appliquer à Chypre… toute son expertise ainsi inégalée! Disons enfin que les expérimentations économiques (dictées par la Troïka aux politiciens grecs), elles ont entraîné le plus grand désastre économique et social de l’histoire du capitalisme en une période de paix. Ces mêmes expériences, ayant comme prévu désormais atteint avec le noyau dur de la souveraineté comme de la démocratie, risquent de conduire, non plus seulement à une catastrophe économique mais in fine, à une catastrophe militaire.” (Dimitris Konstantakópoulos sur son blog de géopolitique) .

Ravitaillement d’un ferry en carburant. Patras, décembre 2017
Métiers du port. Igoumenítsa, décembre 2017

Dans l’autre vraie vie toujours, entre friches industrielles et commerciales, navires avitailleurs et ouvriers des ports, nous nous posons ainsi le problème entier… du futur pays comme autant du futur travail dans un temps alors pleinement désoccupé. Il conviendrait d’ajouter non sans amertume, que le factice (numérique et numéraire) s’est alors (définitivement ?) emparé du réel en le dominant, et en le modifiant dans un remodelage ne connaissant plus de bornes, géopolitique du bas monde d’ailleurs ou pas.

Exception faite des dernières limites de l’espèce humaine et dans une autre mesure, des ressources de la planète par exemple, car au-delà, c’est le chaos, le néant. Mais nous en sommes presque. Sans doute même que ce néant serait précédé par la fin voulue des régimes “micro-démocratiques” du monde occidental, et que nous l’observons sans réagir pour l’instant. L’abolition des souverainetés et en dernier lieu, des peuples eux-mêmes, serait mutatis mutandis, un retour “à l’essentiel”, c’est à dire à la prédation des ressources, y compris “humaines”.

Nous observons nos frontières… Entre Corfou et l’Albanie. Décembre 2017

Nous contemplons ainsi nos frontières… pour goût de l’histoire et par besoin de survie, entre Corfou et l’Albanie par exemple, pendant que nous naviguons au milieu d’une mer semée de fiascos et qu’à bord de notre radeau, nous faisons alors feu de tout bois.

Fiascos, épiphénomènes et épiphonèmes. Pour une fois, la presse grecque (dont Internet) aura symboliquement voulu retenir de la visite de Recep Tayip Erdogan en Grèce ce regard qualifié de glacial, que le garde Evzone grec (c’est la Garde Présidentielle) a jeté sur le chef de la Turquie actuelle. “Une photo c’est alors autant explicite que mille mots”. Pour le reste, les heureux citoyens parfois sportifs, peuvent souffler si ce n’est qu’épisodiquement, s’exerçant sur la montagne du mont Hymette par exemple, notamment sans plus dire un seul mot de politique. Les badauds s’y promèneront également sous l’étroite surveillance des chiens adespotes, animaux toutefois pris en charge par les associations du coin. Donc tout ne serait pas encore perdu.

De la relaxation sur le Mont Hymette. Athènes, décembre 2017
Sous le regard des chiens adespotes. Mont Hymette, décembre 2017

En ces temps apocalyptiques, nos mots deviennent de plus en plus pesants en comparaison avec ce que nous avions pu parfois si naïvement formuler par le passé y compris sur ce blog en ces débuts au moment même où le temps ne compte plus, et nous avec.

“Le temps est le seul capital des gens qui n’ont que leur intelligence pour fortune.” En attendant, et dans le “compte long” ou les calculs mythologiques, les nôtres chez ‘Greek Crisis’ et non plus ceux des Mayas, notre Mimi vieillit tandis que notre Hermès grandit.

Mimi de ‘Greek Crisis’. Athènes, décembre 2017

Dans Athènes, on vit le plus souvent au jour le jour, et alors même ces coupures calendaires traditionnellement festives, elles deviennent aberrantes aux yeux du plus grand nombre, disons pour 75% de la population. Les municipalités décorent ainsi les rues devant les immeubles inachevées.

Nous aspirons à un peu de repos, nous espérons que le blog sera toujours lu et soutenu par son public ; les fêtes passeront, nous ferons feu de tout bois, enfin pas grand-chose, laissant les fiascos et les paroles creuses aux politiques et aux journalistes.

Hermès de Greek Crisis. Athènes, décembre 2017
* Photo de couverture: Le président de la Turquie et le regard de l’Evzone. Athènes, 7 décembre 2017 (photo presse grecque)

mais aussi pour un voyage éthique, pour voir la Grèce autrement “De l’image à l’imaginaire: La Grèce, au-delà… des idées reçues !”   http://greece-terra-incognita.com/

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