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Les plus grandes manifestations de l’histoire de la Grèce ouvrent une nouvelle séquence

Le 28 février dernier, journée de grève générale à l’appel des parents des victimes de la catastrophe ferroviaire de Tempe et de l’ensemble des organisations syndicales et du mouvement social, se sont tenues en Grèce les rassemblements les plus importants de l’histoire du pays. Deux après le désastre, le gouvernement de droite dirigé par Kyriakos Mitsotakis est confronté aux conséquences d’une politique criminelle de saccage des services publics, doublée d’une volonté systématique de dissimuler les véritables causes du drame de février 2023.

Superficiellement recouverte par les bulles du surtourisme et de la spéculation immobilière, la réalité d’un pays profondément miné par des années de politiques néolibérales d’une brutalité inédite en Europe a pris sa revanche. Dans ce texte, Thanos Andritsos et Aliki Kosyfologou analysent les processus qui ont conduit à cette explosion de colère populaire et les défis que les forces de la gauche radicale doivent affronter pour se saisir des possibilités  ouvertes par la nouvelle conjoncture. 

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28 février 2023 : tragédie de Tempe, le plus grand accident ferroviaire de l’histoire du pays : des centaines de blessés et 57 morts, dont une majorité d’étudiant.e.s et de jeunes.

28 février 2025 : À l’occasion du deuxième anniversaire du crime de Tempe, les familles des victimes appellent à la grève générale et à des rassemblements. Les plus grandes manifestations de l’histoire du pays ont lieu à Athènes et dans toutes les villes et villages de Grèce.

Maria Karystianou, mère de Marthi, 20 ans, tuée dans la catastrophe, est la présidente de l’association des parents des victimes de Tempe, est une figure de proue de la lutte menée depuis deux ans. Au moment où la foule est la plus nombreuse, elle prononce le discours de clôture du rassemblement de la place Syntagma, juste en face du parlement grec. Depuis la tribune, elle souligne les ressorts de cet immense déferlement populaire :

Nous qui sommes ici aujourd’hui, dans chaque partie de la Grèce et de la planète, à titre individuel ou collectif, avons fait l’expérience des dégâts causés par un gouvernement injuste, arrogant, échappant à tout contrôle. Nous avons vu le visage cruel et injuste de la corruption désormais omniprésente… Dans le monde d’aujourd’hui, notre amour a créé une vaste union et une vaste étreinte.

Ce sont, en effet, les proches des victimes qui ont suscité le mouvement populaire de ces dernières semaines en Grèce.

L’ampleur des manifestations est sans précédent et la grève générale a été massivement suivie dans la quasi-totalité des secteurs. À Athènes, même les médias mainstream ont annoncé le chiffre de 800 000 manifestant.e.s. Dans de nombreuses régions de Grèce, toute la ville était mobilisée, tandis que des rassemblements significatifs se sont tenus dans des centaines de villes à l’étranger. Dans un pays qui a connu dans son histoire récente des pics de manifestations de masse, et qui a une longue tradition de luttes pour la démocratie, la barre est particulièrement haute. Le fait que celles du 28 février l’ait dépassée est lourd de signification. 

Ces deux dates, le 28 février 2023 et le 28 février 2025, représentent deux tournants majeurs.

A la première correspond le choc du deuil. Sur la ligne ferroviaire la plus fréquentée – en fait la seule qui fonctionne vraiment – et qui relie les deux plus grandes villes de Grèce, 57 personnes sont tuées et des centaines d’autres blessées. Au-delà de la souffrance, la tragédie révèle une réalité que l’on s’efforçait d’oublier, ou plutôt de refouler. 

La seconde marque un choc de colère, de fraternité, de renaissance et d’espoir. Un jour de souffrance, peut-il se transformer en moment de solidarité et d’ouverture vers l’avenir ? Oui, c’est possible lorsque l’expérience de la tragédie est socialisée, lorsque la lutte pour la justice, la châtiment des coupables et la vérité se heurte à l’indifférence du gouvernement, lorsque la douleur et la lutte d’un.e seul.e deviennent la douleur et  la lutte de tou.te.s. Alors, un énorme conflit social surgit, un conflit à la fois nouveau et intemporel, qui porte en lui un lourd héritage de luttes contre l’injustice et la mémoire d’autres vies brisées.

Pour en arriver là, il a fallu le double crime de Tempe.

Le 28 février 2023, on apprend qu’un accident ferroviaire s’est produit sur la ligne Athènes- Thessalonique, mais les circonstances, l’ampleur et le nombre de victimes ne sont pas précisés. Quelques heures plus tard, alors que de nombreuses personnes se rassemblaient à la gare de Thessalonique à la recherche de leurs proches, on apprend que le train 62 de Hellenic Train (la société privée qui gère en situation de monopole la ligne) assurant la liaison entre Athènes et Thessalonique, est entré en collision avec un convoi de marchandises. Les deux trains circulaient en sens inverse sur la même ligne depuis près de vingt minutes. La collision a fait dérailler la plupart des wagons du train de voyageurs et entraîné une explosion et un incendie, très probablement dus à des matières inflammables chargées sur le convoi de marchandises.

Quelques jours plus tard, le gouvernement rejette intégralement la responsabilité de la tragédie sur le chef de gare de Larissa qui a laissé les deux trains circuler sur la même ligne. Attribuer le désastre à une faute individuelle était bien commode pour le gouvernement et l’establishment politique, mais cela ne pouvait convaincre ni les proches des victimes, ni les cheminots et les scientifiques qui enquêtaient, ni la majorité de l’opinion publique.

En effet, une série d’accidents (déraillements et collisions) s’étaient produits au cours des mois précédents, heureusement sans faire de victimes, mais qui auraient dû servir d’avertissement. Les cheminots et leurs organisations syndicales avaient signalé à maintes reprises les problèmes structurels du réseau ferroviaire, l’insuffisance des mesures de sécurité et la gravité des risques encourus. Le président d’ETCS (comité européen de contrôle du trafic ferroviaire), l’autorité qui supervise des projets de signalisation et de sécurité, a révélé l’état de délabrement dans lequel se trouvait le réseau ferroviaire grec. Il a aussitôt démissionné en dénonçant que « les trains étaient autorisés à circuler à 200 km/h sans aucune indication sur l’état de la ligne, même en cas de rails endommagés, avec toutes les conséquences que cela implique pour la sécurité des trains ».

Dans le même sens, quelques mois avant l’accident, le syndicat du personnel roulant avait adressé une lettre d’huissier à l’organisme de gestion du réseau (OSE), au ministère des transports et à la société Hellenic Train qui faisait état de façon détaillée de l’état d’effondrement du réseau et des manquements aux règles élémentaires de sécurité.

Bien que le gouvernement et les grands médias aient refusé pendant deux ans de faire la lumière sur les causes de l’accident, des enquêtes menées par des journalistes indépendants, des experts et des avocats travaillant avec les proches des victimes ont mis en évidence un grand nombre de facteurs qui ont conduit au désastre. 

Se sont ainsi révélés inexistants les systèmes de commandement à distance et de signalisation électronique. Leur installation étaient prévue dans le fameux contrat 717, conclu en 2014, que le consortium AKTOR (l’un des plus grands groupes de construction en Grèce à l’époque) et la multinationale ALSTOM étaient censés mettre en œuvre en deux ans. Onze années et neuf reports de délais plus tard, assortis d’un dépassement de budget à hauteur de 50 %, le projet n’est toujours pas achevé.

Selon l’autorité judiciaire européenne qui enquête sur l’affaire, si le contrat avait été mené à bien, l’accident aurait pu être évité. Quant à l’installation du système de communication sans fil GSMR, elle a débuté en 2008 sous la responsabilité de Siemens et livré dix ans après (!), en 2018. Il a encore fallu trois ans à l’Organisation des chemins de fer helléniques (OSE) pour obtenir la certification mais le système n’était pas toujours pas en fonctionnement jusqu’au jour de l’accident parce que les trains ne possédaient pas l’équipement nécessaire…

Le manque criant de personnel renvoie également à des responsabilités politiques. Sur les 412 chefs de gare nécessaires selon l’organigramme d’OSE, seuls 133 étaient en poste. Sur les 2 500 cheminots que comptait de personnel de l’OSE, moins de 700 étaient en poste le jour de l’accident. Dans cette situation de sous-effectif dramatique, seule une petite partie des postes vacants sont pourvus par des contrats précaires. Au lieu d’embaucher des travailleurs qualifiés dans un secteur aussi sensible et exigeant, le chemin de fer grec ne fonctionne qu’avec un personnel précarisé et jetable, recruté par des procédures opaques et dépourvu de formation adéquate.

Tout cela n’est pas seulement le résultat de l’incompétence du gouvernement, de la connivence entre l’État et les grandes entreprises et du régime d’austérité imposé au pays depuis la signature des mémorandums. Est également en cause une stratégie mise en œuvre en Grèce et en Europe depuis des décennies, qui attaque, privatise et détruit le moyen de transport le plus respectueux des besoins sociaux et de l’environnement : le chemin de fer public.

L’histoire du transport ferroviaire en Grèce est celle d’un processus de dégradation et de privatisation d’un organisme public qui s’est déroulé progressivement mais selon un plan unique. Un plan conçu par de puissantes fractions du capital international, mis en forme par la législation européenne, accéléré et imposé par les mémorandums mis en œuvre par l’ensemble des partis qui se sont succédés au pouvoir (Nouvelle Démocratie, PASOK, Syriza et leurs alliés dans les diverses coalitions gouvernementales). 

Les lignes directrices, implicites ou explicites, de ce plan sont les suivantes :

– La gestion défaillante des directions nommées, les scandales et la corruption impliquant les politiques, et les déficits budgétaires qui en résultent.

– Le dénigrement concerté – en raison des pertes financières – d’une entreprise publique qui fournit un service socialement nécessaire selon des critères de rentabilité du secteur privé.

– la fragmentation de l’organisme unifié de transport et de gestion des infrastructures et la création de filiales diversifiées selon les secteurs et dotées de statuts plus « flexibles ».

– le maintien au sein de l’entreprise publique OSE des services aux coûts les plus élevés et de la gestion des infrastructures et le transfert des parties rentables à des sociétés privées, selon la tactique habituelle de privatisation des profits et de nationalisation des pertes.

– le sous-financement chronique, la dégradation des infrastructures et des services et le manque de personnel, qui débouchent sur le rétrécissement du réseau, la suppression de lignes et la fermeture ou le changement d’affectation des gares. Seules sont maintenues les lignes immédiatement rentables, nécessaires au transport de marchandises ou au tourisme.

– la focalisation commerciale sur la seule ligne Athènes-Thessalonique, la plus fréquentée, avec l’objectif tenter d’augmenter la vitesse des trains sans moderniser le réseau tout en augmentant le prix des billets.

– la transformation de la Grèce en « hub international », en centre de fret et de logistique, qui s’accompagne d’une stratégie géopolitique, liée à la privatisation des ports, visant à revaloriser le rôle du pays dans le système de transport international. Cette stratégie aboutit à la surcharge de l’axe ferroviaire principal du pays (Athènes-Thessalonique) par l’activité de transport de marchandises, avec tout ce que cela implique pour les réseaux de transport de marchandises illégales, de matériaux prohibés, voire de matériel de guerre.

En 2013, la société de transport ferroviaire TrainOSE est transférée à l’organisme chargé de privatiser les biens publics TAIPED, conformément aux mémorandums signés avec l’Union européenne et le FMI. Un appel d’offres est lancé avec un prix de vente fixé à 300 millions mais n’aboutit pas. L’étape suivante est menée à bien par le gouvernement Syriza (2015-2019). Ainsi, en 2017, TrainOSE est vendue pour seulement 45 millions à la société italienne FSI, rebaptisée « Hellenic Train » en 2022.

Dans les semaines qui ont suivi la catastrophe, des rassemblements spontanés et massifs  se sont tenus dans les centres-villes ou de façon plus locale, accompagnés par des manifestations et des mouvements de grève à l’appel des syndicats. La participation des étudiant.e.s et des lycéens, qui s’identifiaient aux victimes de Tempe, jeunes pour la plupart, a été particulièrement importante. Ces mobilisations ont mis en lumière les causes de la tragédie, le délabrement du réseau ferroviaire et les dégâts causés par sa privatisation. Mais, quelques semaines plus tard, les manifestations ont cessé, et peu après, lors des deux scrutins législatifs de mai et juin 2023, la Nouvelle Démocratie au pouvoir sort renforcée, en obtenant 41 % des voix et une majorité de sièges au Parlement. 

Sa victoire, associée à la crise prolongée de l’opposition parlementaire et au déclin des mobilisations, l’a conduite à un triomphalisme arrogant. Les médias, contrôlés par des oligarques proches du pouvoir, se sont chargés de minimiser l’affaire. Chaque fois que des représentants du gouvernement étaient interpellés à ce sujet, ils assuraient avoir confiance dans les procédures judiciaires, dont la lenteur est notoire. Si les questions se faisaient plus pressantes, ils répondaient avec colère que le sujet avait été tranché par leur victoire aux urnes.

Comme c’est souvent le cas des pouvoirs arrogants, ils ont été victimes de leur propre aveuglement. Aujourd’hui, tout apparaît sous un jour différent. Mais comment la situation a-t-elle basculé ?

Les parents des victimes ont été les principaux acteurs de ce combat inégal. Ils et elles se sont souvent retrouvés très seuls, jusqu’à ce qu’ils obtiennent le soutien du peuple tout entier. Au cours de ces deux années, leur combat pour la vérité et le châtiment des coupables a révélé le second crime de Tempe, celui d’une tentative d’étouffement orchestrée par un État et un gouvernement qui n’hésitent pas à falsifier les preuves et à cibler les personnes qui essaient de faire la lumière sur l’affaire. Ce second crime est venu s’ajouter au premier, déclenchant la déferlante de ces dernières semaines. 

Ainsi, le 26 janvier dernier, de grands rassemblements de protestation à l’appel de l’Association des parents des victimes se sont tenus à Athènes et dans d’autres villes de Grèce. Ces manifestations ont été précédées par la diffusion d’un enregistrement audio sidérant effectué dans le train, où l’on pouvait entendre les cris des passagers avant la collision fatale: « Je n’ai pas d’oxygène ». Cette phrase est devenue un mot d’ordre. Elle confirme ce que les proches avaient affirmé, en accord avec les experts, à savoir qu’un incendie avait suivi la collision et tué de nombreux survivants. Plusieurs documents relatifs à la question des produits inflammables et de l’incendie ont été présentés lors de l’événement organisé par les associations étudiantes de l’Université Polytechnique d’Athènes le 19 février 2025.  

La publication des enregistrements audio et des autres documents a renforcé les signalements des représentants des familles quant à la négligence (au mieux) dans l’application des procédures de la part des autorités qui sont arrivées sur les lieux de l’accident et l’obstruction dont l’Etat a fait preuve dans l’enquête sur les causes réelles de la catastrophe. Parmi ses éléments, il faut mentionner l’opération d’enfouissement des débris et de transfert des restes humains, qui a causé la destruction d’indices cruciaux et  aggravé le traumatisme collectif des familles. Cette profanation symbolique est venue souligner l’ampleur de l’indifférence étatique face à une injustice sans précédent.

Pendant des mois, les proches des victimes ont continué à rassembler des preuves, à préparer les futurs procès, à faire la lumière sur les causes de la catastrophe. Ils et elles se sont rendus au Parlement européen, ont multiplié les interventions pour souligner les lacunes, les omissions ou les dissimulations délibérées des enquêtes menées par les autorités. Un grand concert a été organisé en octobre 2024, avec la participation d’artistes de premier plan. Les parents et proches des victimes se sont ainsi assurés du soutien du mouvement ouvrier, de la jeunesse, des milieux de la culture et des intellectuels. Mais ce qui a provoqué le grand basculement, c’est l’irruption cataclysmique de la mobilisation populaire sur le devant de la scène.

Dans un climat de mécontentement social généralisé, la publication de données confirmant ce que les proches des victimes avaient martelé tout au long de la période précédente a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. En outre, l’attitude outrageusement agressive du gouvernement à l’égard des familles, illustrée par les déclarations incendiaires du ministre d’extrême droite Makis Voridis, selon lesquelles la catastrophe de Tempe n’était qu’« un petit problème comparé à ce qui se passe sur la planète », n’a fait qu’alimenter l’indignation.

La Nouvelle Démocratie pensait avec arrogance que sa victoire électorale effaçait l’impact de Tempe et des affaires antérieures. Le gouvernement et les grands médias ont, sans en avoir conscience, été les premiers à pointer les comptes non-réglés du passé. A l’approche des rassemblements annoncés du 28 février, ils ont multiplié les déclarations du type : « ce sera le chaos, comme avec les ‘indignés’ [en référence aux occupations des places de 2011]. Ils veulent renverser Mitsotakis et suivre un plan de déstabilisation. Vous allez perdre votre épargne ».

Les revendications des familles, qui, dans n’importe quelle société démocratique, seraient considérées comme allant de soi, ont été présentées comme des plans de déstabilisation politique. Les gouvernants ont commis la même erreur qu’en 2011-2012 : ils ont sous-estimé la puissance de la réaction populaire et ne se sont pas souvenus qu’instiller la peur ne suffit pas à faire rentrer le peuple dans le rang. Lorsque la « normalité » signifie la mort sur un réseau ferré délabré, l’impossibilité de boucler les fins de mois et l’exode de la jeune génération à l’étranger, lorsque la « stabilité politique » vise à épargner un gouvernement fondé sur la dissimulation et le mensonge, les tentatives d’intimidation restent sans effet. 

Une fois de plus dans l’histoire, ce qui a tout changé, c’est la mobilisation de masse. Le 28 février, on avait le sentiment que tout le monde était dans la rue. Il est important de rappeler cette leçon, qui nous est pourtant depuis longtemps familière. Quelle que soit la colère accumulée, quels que soient les plans échafaudés par les forces opposition (ou leur absence), le pouvoir politique ne peut être ébranlé que par la mobilisation populaire. Et, inversement, la force du pouvoir se nourrit de l’absence de résistance sociale.

Le débat public sur la dissimulation des responsabilités de la catastrophe a eu lieu à un moment d’incertitude économique et de chute continue du niveau de vie. Les conséquences des politiques néolibérales de choc sont ressenties depuis déjà un bon moment. Mais depuis la sortie de la pandémie, les conditions matérielles de la vie quotidienne ne cessent de se détériorer. Les bas salaires, la hausse du coût de la vie – notamment en ce qui concerne les produits alimentaires et de première nécessité  – combinés au délabrement du système public de santé et de la protection sociale, ont eu un impact dévastateur sur la grande majorité de la société.

Le récit gouvernemental d’une « Grèce 2.0 » prospère et l’étalage constant d’arrogance des porte-parole du pouvoir se heurtent aux réalités vécues par les citoyen.ne.s. La Grèce est un pays dont les infrastructures et les services de base sont gravement défectueux, et où se creusent d’énormes inégalités. L’accumulation profite à certaines fractions du capital (dans le tourisme, la construction, les technologies de l’information, le marché immobilier, etc.), qui entretiennent des liens de connivence avec le pouvoir, alors que la majorité de la société est confrontée au risque de pauvreté. La totalité des statistiques européennes et nationales récentes révèlent l’image d’un pays où les grands entreprises réalisent chaque année des profits records, alors que la pauvreté, la faiblesse des salaires, l’insécurité du logement,. sont parmi les plus élevés d’Europe.

Certes, on ne saurait affirmer que le déferlement actuel de colère est le produit direct de l’inégalité sociale. L’affaire de Tempe a une spécificité, mais les processus sociaux n’ont pas qu’une seule cause. Les références du discours de Karystianou citées au début ne sont pas le fait du hasard. Le corps citoyen a désormais fait l’expérience de ce que signifie un pouvoir injuste, incontrôlé et arrogant.

Dans une situation de profonde crise sociale, l’État est devenu de plus en plus insensible au sort des personnes vulnérables et incapable de protéger celles qui en ont le plus besoin. Du féminicide de Kyriaki Griva devant le poste de police où elle s’était rendue pour dénoncer la violence de son ancien partenaire jusqu’au cas de traite des êtres humains à Kolonos [un quartier d’Athènes], en passant par les cas de Vassilis Mangos, mort sous les coups des policiers, ou de celui de Zak Kostopoulos (Zackie O), victime d’un lynchage transphobe, plusieurs affaires récentes ont mis en lumière le fonctionnement défectueux des institutions étatiques. Ce n’est pas une coïncidence si, au cours de la dernière décennie, on a assisté à la multiplications des initiatives de solidarité liées à des cas de négligence grave, voire d’implication active, de l’État qui ont coûté la vie à des citoyen.ne.s. A cela il convient d’ajouter les victimes indirectes, et invisibles, du délitement de la santé publique, de l’absence de soins primaires et d’assistance sociale.

La vie dans la Grèce de l’« après-crise » est une vie bon marché, précaire et difficile pour la majorité de la société. La peur, l’anxiété, le besoin de protection à l’égard de la violence de l’État, ont rendu possible l’identification populaire à la souffrance de celles et ceux qui ont perdu des proches à Tempe. Les citoyen.ne.s ont jugé qu’il n’est pas admissible d’avoir à se confronter à un mur étatique de terreur permanente et de dissimulation lorsqu’on porte des exigences élémentaires de vérité et de justice. Ce sentiment a créé un nouveau « nous », de nouvelles communautés de solidarité qui rappellent celles qui se sont construites dans les pays où la vie des citoyen.ne.s devient vulnérable à l’autoritarisme de l’État. Des communautés qui se dressent contre l’injustice, les crimes d’État, la violence omniprésente et l’impunité.

C’est ainsi qu’est née la plus grande manifestation de l’histoire de la Grèce.

Le 18 août 2015 signale le premier jour de la mise en œuvre du 3e Mémorandum, signé par Alexis Tsipras et mis en œuvre par le gouvernement Syriza suite à leur capitulation face à la Troïka de l’UE et du FMI. Le 26 janvier était le début d’une nouvelle période et le 28 février 2025 marque une césure politique. La pression populaire a déstabilisé le gouvernement Mitsotakis, supposé inébranlable. Les mobilisations se sont poursuivies de façon quotidienne au cours de la semaine qui a suivi. Les plus massives ont été les manifestations du 5 mars, à l’appel des syndicats, celles des étudiants et des lycéens le 7 mars, la manifestation nocturne devant le Parlement pendant le débat sur la motion de destitution contre le gouvernement. La manifestation féministe du 8 mars s’est également déroulée sous le signe de Tempe et s’est terminée devant le siège de Hellenic Train. La répression policière exercée lors de la plupart des rassemblements a renforcé le sentiment d’injustice et de colère.

Compte tenu des rapports de force au Parlement, il était évident que le gouvernement ne pouvait tomber sous le coup d’une motion de censure. Il est néanmoins clair  que Nouvelle Démocratie est confrontée à une crise aiguë de légitimité. Le gouvernement est entré en conflit avec une majorité de la société et avec l’ensemble de la jeune génération. Ce fossé se sera pas comblé par des changements mineurs, par des remaniements ou par l’éviction de figures mineures. Il est non moins illusoire de penser que l’affaire de Tempe sera oubliée au fil du temps.

Il est probable que la dynamique de la mobilisation soit loin d’être terminée. De nouveaux appels émanant des parents des victimes n’ont pas encore été annoncés, mais des appels à des mobilisations se préparent déjà du côté des syndicats et de divers collectifs du mouvement social. Une nouvelle journée de grève a été annoncée pour avril, et il n’est pas exclu que la colère populaire se manifeste également lors des défilés pour la fête nationale du 25 mars, comme cela s’est produit dans le passé.

Il est donc tout à fait possible que la prochaine période soit celle d’une séquence prolongée de luttes et d’instabilité politique semblable à celle 2010-2015, lorsqu’à chaque accalmie succédait une nouvelle poussée de mobilisation. Certes, beaucoup de choses ont changé depuis, et il n’est pas facile de prédire à quoi peuvent ressembler les retombées politiques ou électorales, mais le gouvernement Mitsotakis sera tôt ou tard confronté à une échéance qui entraînera sa chute.

Le bouleversement rapide et inattendu de la situation politique confirme l’adage bien connu de Lénine selon lequel « il y a des décennies pendant lesquelles il ne se passe rien et il y a des semaines pendant lesquelles se passent des décennies ». Pendant toute une décennie, suite à la capitulation de Syriza et à la trahison du « non » du référendum de juillet 2015, la société grecque a vécu sous l’ombre pesante de TINA (There Is No Alternative). Ce sont dix années au cours desquelles le régime néolibéral de choc s’est consolidé, la gauche de gouvernement s’est effondrée et une droite revancharde et autoritaire a sévi. Des luttes ont bien eu lieu, mais, nettement moins massives qu’auparavant, elles sont restées fragmentées, isolées et souvent cantonnées à l’impuissance.

Mais une remontée de la combativité sociale peut ouvrir des voies là où tout semble conduire à une impasse. Certes, la situation comporte également des risques et ouvre de nombreuses questions sans apporter de réponses. Comme on le dit souvent, il y a un « vide » politique dans la mesure où, malgré la crise du pouvoir, aucune autre force émergente ne semble constituer une alternative possible. Malgré cela, il est important de reconnaître qu’un nouveau cycle de possibles s’est ouvert.

Une question urgente qui se pose pour l’ensemble des forces de la gauche est celle de l’absence d’un pôle cohérent capable d’exprimer politiquement les demandes qui émergent actuellement à travers les mobilisations de masse. La question est d’autant plus urgente que la capitulation de Syriza de l’été 2015 continue de hanter l’ensemble de la gauche à l’intérieur et au-delà des frontières du pays.

Mais ce n’est pas la seule question. L’intervention politique de la gauche ne peut se limiter aux projets organisationnels et électoraux, aussi importants soient-ils. La gauche de rupture a un rôle à jouer non seulement dans l’avant et l’après, mais aussi dans le présent d’une grande mobilisation populaire, voire dans l’acte même de descendre dans la rue et de se protéger contre l’arme principale du pouvoir qu’est la répression généralisée. Sur le plan de la préparation des mobilisations, les organisations de gauche, ainsi que le mouvement étudiant et syndical, ont apporté une contribution active, en se tenant aux côtés de l’association des parents et en prenant des initiatives pour soutenir leur lutte et faire en sorte qu’elle touche l’ensemble de la société.

Les forces de la gauche de rupture ont participé corps et âme à un mouvement qu’elles-mêmes n’ont pas initié, et dont le contenu politique pourrait être considéré comme inadéquat par rapport à des programmes plus globaux. Des réticences se sont exprimées quant au caractère vague des revendications, ou sur les risques de récupération de la part de l’extrême droite. Heureusement, ces réticences n’ont pas affecté l’attitude de la quasi-totalité des forces militantes qui ont compris qu’au-delà des affects et des demandes des familles des victimes, un véritable mouvement populaire était en train de prendre forme pour exiger des lendemains meilleurs. C’est ainsi que le peuple devient un sujet capable de changer le cours de l’histoire. Et c’est dans ce tumulte que peut émerger une gauche utile, subversive, vraiment révolutionnaire.

Bien entendu, les tâches de cette gauche ne se limitent pas à une présence physique ou à une contribution organisationnelle à la mobilisation de rue. Son objectif ne peut être que celui de lier les grandes manifestations populaires à un effort soutenu d’organisation « par en bas » de la grande majorité des travailleur.se.s et de la jeune génération la plus touchée par la pauvreté et le démantèlement de l’État-providence. Ce sont ces secteurs qui ont le plus besoin de transports publics, sûrs et abordables, ainsi que d’augmentations de salaires et de droits sociaux.

Les demandes de justice qui dominent ces jours-ci peuvent, à travers l’intervention politique, se lier à un cadre global de rupture avec les politiques néolibérales meurtrières, la privatisation, l’austérité permanente, la pauvreté et la vie chère. Ce n’est ni facile ni évident. Mais il en a toujours été ainsi de l’objectif des parties les plus conscientes du mouvement. Il s’agit d’un objectif à construire dans l’action et non d’une condition préalable de la mobilisation. Dans la lutte, les différentes revendications n’ont pas à s’opposer mais à converger et à s’articuler.

Il est raisonnable de s’inquiéter de l’absence du sujet politique qui pourrait faire émerger une telle perspective. Mais l’impuissance de la gauche à proposer une alternative crédible qui marque fortement la conjoncture actuelle ne peut être surmontée d’un seul coup. On entend souvent dire que la solution ne peut être que le rassemblement des « progressistes » pour former une alternative de gouvernement. Ce point de vue n’est pas absurde. Mais cette proposition méconnaît l’énorme écart politique qui sépare les partis d’une potentielle alliance de « centre-gauche » des forces de la gauche radicale.

En outre, il occulte un fait essentiel. Il y a dix ans, la victoire électorale de Syriza était le fruit d’un vaste processus basé sur la convergence de différents courants de la gauche de rupture et sur des alliances avec des secteurs de l’ancienne social-démocratie et de la base de la droite. Ce bouleversement était le résultat des grandes luttes sociales qui ont émergé en réaction aux diktats de la Troïka. Mais il a conduit à l’échec, à la capitulation, et a profondément blessé les secteurs en lutte et la cause du changement social. Avant de se disloquer, Syriza avait mis en œuvre les politiques prescrites par les Mémorandums, y compris la privatisation du réseau ferroviaire. Une telle unité, basée simplement sur l’opposition au gouvernement de Mitsotakis, ne peut donc être aujourd’hui une solution.

Ce lourd héritage ne doit pas, en revanche, conduire à se désintéresser de la construction d’une proposition politique crédible, rassembleuse, et en même temps porteuse de rupture. La lutte sociale en cours, mais aussi la relance de la confrontation politique est le meilleur terrain de regroupement pour la gauche. A notre avis, une proposition radicale adéquate à la conjoncture comporte deux volets : a) une large action commune au sein du mouvement dans le but de former un bloc social de résistance et de rupture et b) Un processus politique et programmatique d’unité et de recomposition du projet et du front de la gauche de rupture.

En conclusion, nous tenons à nous référer au peuple et à la jeunesse en lutte de Serbie, qui se mobilisent, exactement au même moment que la Grèce, suite à un accident-crime si semblable à celui de Tempe, l’effondrement du toit de la gare de Novi Sad. Comment nos expériences douloureuses, mais aussi nos luttes, ne pourraient-elles pas être liées, et devenir des terrains de solidarité internationaliste et de combat commun contre le capitalisme de pillage et de corruption qui détruit les pays et les sociétés ?  C’est aussi en cela que consiste l’indispensable pari pour l’avenir.

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Aliki Kosyfologou est chercheuse en sciences sociales, titulaire d’un doctorat en sciences politiques et en sociologie. Elle est autrice de nombreuses publications sur les questions de genre et militante dans le mouvement féministe.

Thanos Andritsos est architecte et urbaniste, engagé dans les luttes urbaines et environnementales en tant que chercheur et militant.

Texte écrit pour Contretemps – traduit du grec par Stathis Kouvélakis.

Photo : https://www.facebook.com/initiativegrecque/

Source https://www.contretemps.eu/grece-tempe-catastrophe-ferroviaire-maniifestations-mitsotakis/

Les dernières infos de Grèce et ce qui se prépare par Yannis Youlountas

Au sommaire :
– Point sur la situation en Grèce (remaniement, note de la Grèce, chiffres de la pauvreté, manifestations d’hier à Athènes et ce soir à Thessalonique, bonnes nouvelles dans la lutte contre la station de métro à Exarcheia…).
– Nouvelles projections-débats du film « Nous n’avons pas peur des ruines » dans 11 villes de France jusqu’au 2 avril (aidez-nous à faire tourner l’info sans les médias dominants).
– Appel à soutenir le convoi solidaire qui va partir début avril vers les lieux autogérés en Grèce que vous avez vu dans les films (urgent car, pour l’instant, la plupart des fourgons du convoi n’ont pas beaucoup de collecte).
– Plus de 100 villes de France et alentours sont maintenant points de collecte, pour quelques jours seulement (on recherche aussi des choses qui ne s’achètent pas, certains objets recyclés, regardez la nouvelle liste des besoins, un peu plus bas). Bonjour, Un remaniement ministériel vient d’avoir lieu en Grèce. C’est le septième en six ans, depuis l’arrivée au pouvoir de Kyriakos Mitsotakis. Aucun changement en réalité. Juste un jeu de chaises musicales, une fois de plus. Par exemple, le ministre de l’éducation devient ministre de l’économie, et ainsi de suite, d’un ministère à l’autre : « pose tes deux pieds en canard, c’est la chenille qui redémarre ». Et ça recommence, en dissertant sur la « démocratie représentative » et en faisant la promesse d’entendre la population révoltée. Le cirque médiatique continue. Mitsotakis reste premier ministre. Giorgos Floridis reste ministre de la Justice, malgré le scandale de la non poursuite des responsables de la catastrophe ferroviaire de Tempi. Michalis Chrisokoïdis reste ministre de l’intérieur, malgré les violences policières qui se multiplient.  Rien ne change en réalité, malgré la colère de la majorité des Grecs et 15% de la population descendue dans la rue ces derniers jours (1,6 millions de manifestants dans un pays de 10,4 millions d’habitants).

DE LOIN, LES GRECS SONT LES PLUS PAUVRES DANS L’UNION EUROPÉENNE
Au moment même où le pouvoir est aux abois, l’agence de notation Moody’s annonce qu’elle remonte un peu la note de l’économie grecque (de Ba1 à Baa3). C’est une grosse blague, « une arnaque », aux yeux de la foule en colère : la situation sociale n’a jamais été aussi dramatique pour la base sociale. La preuve ? Regardez le bilan statistique européen des pays les plus pauvres. La Grèce est tombée avant-dernière en chiffres nominaux. Pire encore, par rapport au coût de la vie dans les différents pays de l’Union européenne, la Grèce est de loin le pays où le pouvoir d’achat est le plus bas et où la détresse est la plus grande (source Eurostat, reprise par Euronews).  Vous pouvez lire une synthèse de ce bilan ici, avec plusieurs cartes l’appui :
https://fr.euronews.com/business/2024/12/24/classement-des-salaires-moyens-en-europe-quels-sont-les-pays-ou-les-salaires-sont-les-plus
 
LA FRANCE PREND LE MÊME CHEMIN QUE LA GRÈCE
En réalité, la crise grecque a simplement été un moyen de s’enrichir encore plus pour les plus riches, au prétexte de la dette, en creusant encore plus les inégalités. Le capitalisme s’est durci violemment, d’année en année, entre casse sociale et remise en question du droit du travail, des retraites, des salaires.  Aujourd’hui, le résultat, c’est que les Grecs travaillent toujours plus pour gagner moins, beaucoup moins. L’État a abandonné une partie de ses prérogatives sociales pour se concentrer sur ses prérogatives punitives. Il est plus que jamais le gardien de l’ordre en place au service des puissants, sans même l’illusion d’une compensation sociale. C’est exactement le chemin que prend la France actuellement, dans tous les domaines, car il s’agit d’un modèle économique et social qui tend à se reproduire un peu partout et qui porte un nom : le durcissement du capitalisme. Cette évolution produit aussi le saccage des services publics et la course effrénée au profit dans les branches privatisés. C’est ce qui se passe, par exemple, pour le rail en Grèce. Cela a conduit à une catastrophe ferrovière sans précédent et à un ras-le-bol de la population contre ce modèle économique. Cette colère est aussi politique, sous la forme d’un puissant mouvement dégagiste en ce moment, un peu partout en Grèce (qui demande, entre autres, la démission du premier ministre de droite Mitsotakis).
LES MANIFESTATIONS CONTINUENT, BIEN QUE BEAUCOUP DE MÉDIAS OCCIDENTAUX N’EN PARLENT PLUS Hier soir encore, il y a eu des manifestations dans plusieurs villes, à commencer par Athènes. Cette histoire est loin d’être finie, malgré le choix du silence de plusieurs rédactions de médias occidentaux. Voici quelques photos d’hier soir dans la capitale grecque : 
Autre problème : quand ils veulent bien en parler, les médias dominants vous donnent toujours des chiffres complètement faux concernant le nombre de manifestants, en reprenant uniquement les communiqués de la police grecque qui rabaisse le nombre de manifestants entre 5 et 8 fois moins en moyenne. Et ce n’est pas tout : les agences de presse occidentales présentent souvent nos rassemblements comme de simples moments de deuils, complètement apolitiques, à l’inverse de la réalité. Sans oublier plusieurs médias occidentaux d’extrême-droite qui ont osé essayer de faire passer ces manifestations pour des rassemblements anti-migrants, ce qui est totalement à côté de la plaque (encore des fake news de la part des pseudo « réinformateurs » qui ne cherchent qu’à inciter au racisme). Regardez, ci-dessous, l’affiche de la manifestation de ce soir à Thessalonique. Elle annonce clairement les choses :
« Manifestation contre le crime capitaliste d’État de Tempi ce vendredi 21/03 à 19h00 à Thessalonique, ce n’est pas un deuil national mais la lutte des classes, notre oxygène se trouve dans les occupations, dans les luttes et dans les barricades. »
LES LIEUX AUTOGÉRÉS ET LA RÉSISTANCE GRECQUE ONT BESOIN D’AIDE C’est dans ce contexte que les initiatives solidaires autogérées en Grèce ont besoin de soutien : ce sont des lieux d’entraide, d’horizontalité et de résistance, dans lesquels se prépare la société de demain, fondée sur la liberté authentique et l’égalité réelle, au cœur de la base sociale, partout en Grèce.  Ces lieux et ces collectifs, nous vous les avons présentés dans nos 4 films depuis douze ans. Actuellement, ils ont besoin d’aide et, pour l’instant, le convoi (qui va partir dans deux semaines) manque cruellement de chargement. La plupart des fourgons n’ont pas ramassé assez de collecte. Dans certaines régions de France, ils sont presque vides. Nous sommes très inquiets. Nous avons besoin de vous pour réussir ce défi, à commencer par votre aide pour communiquer horizontalement.

Arrivée d’un convoi solidaire à Exarcheia
100 POINTS COLLECTE POUR QUELQUES JOURS SEULEMENT : 
100 VILLES À FAIRE CONNAÎTRE D’URGENCE Nous avons besoin de votre aide pour faire connaître d’urgence la liste des 100 villes en France et aux alentours où les dons peuvent être apportés pour le convoi solidaire. Ces 100 points collecte sont ici :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38
et là :
http://blogyy.net/2025/03/16/annuaire-complet-des-points-collecte-en-france-et-alentours/
et à la fin de cet email. Cette fois-ci, il n’y a pas de point collecte en Bretagne et dans le Nord, tout simplement parce qu’il n’y a pas de fourgons qui partent depuis ces régions, ni de véhicules qui puissent acheminer des collectes nordistes vers le Sud-Est. Pareil pour la Belgique. Cela dépend, d’un convoi à l’autre, ce n’est jamais pareil. Cependant, même si vous n’avez pas de point collecte près de chez vous, vous pouvez nous envoyer à Martigues ce que vous voulez, par la Poste ou par point relais ou par transporteur. L’adresse : 
ANEPOS – Action Solidarité Grèce
6 allée Hernando 13500 MARTIGUES, France 
(Numéro à donner au transporteur : 06 24 06 67 98) Vous pouvez aussi participer financièrement, pour que les lieux complètent eux-mêmes la livraison des fourgons en achetant, ensuite, sur place ce dont ils ont besoin (voir plus bas). Cuisine sociale du K*Vox
BIEN COMPRENDRE LE SENS DE NOTRE ACTION
Merci de partager, diffuser, bloguer, en parler… Nous avons besoin de vous qui avez vu nos films et savez de quoi il s’agit. Faites bien comprendre qu’il ne s’agit pas d’une action caritative de plus, mais d’une action politique, de mouvement social à mouvement social, par-delà les frontières. Une action solidaire et non humanitaire, dans l’autogestion et l’entraide, pour donner à voir la société que nous désirons, et soutenir en particulier des lieux en Grèce qui correspondent à ce projet de changement de société. Notre action est totalement indépendante des pouvoirs politiques et économiques. Les conducteurs et conductrices des fourgons qui vont partir (une majorité de femmes cette fois) ont pris leurs billets de bateau à leurs propres frais, comme à chaque fois. Votre soutien est uniquement destiné aux lieux solidaires autogérés en Grèce et aux collectifs en luttes. Tout ce que nous vous demandons, c’est d’avoir assez de choses à transporter et, si possible, un peu d’argent aussi pour que ces lieux et collectifs puissent acheter sur place d’autres choses qui leur sont nécessaires.
LA NOUVELLE LISTE DES BESOINS : PAS QUE DU NEUF !
Voici la nouvelle liste des besoins actualisée hier soir, suite à de nouvelles discussions avec nos lieux en Grèce. Vous remarquerez que nous recherchons aussi des choses qui ne s’achètent pas, du recyclage dans divers domaines : draps, téléphones, chaussures, livres, jouets…
À savoir que la plupart des cuisines solidaires autogérées manquent cruellement de légumes secs (lentilles, pois chiches, pois cassés…).
ÉQUIPER LE TROISIÈME VÉHICULE DE POMPIERS AUTOGÉRÉ
Autre exemple, sur un autre sujet : le troisième véhicule de pompiers autogéré (financé en partie avec l’aide du film Nous n’avons pas peur des ruines) nécessite encore 3000 euros pour la phase d’équipement qui doit intervenir dès que possible. Le convoi a pour objectif d’apporter ces 3000 euros dans deux semaines, si la collecte le permet au niveau financier, parmi d’autres actions et structures que nous souhaitons soutenir. La sécheresse frappe déjà dans la moitié sud de la Grèce, du fait du réchauffement climatique. Et les moyens des pompiers de l’État ont encore été réduits (ils sont en chute libre), notamment au prétexte de l’achat d’armes et d’une nouvelle hausse des budgets de l’armée et de la police.
SOLIDARITÉ FACE AUX PROCÈS Votre soutien financier sert également à payer des frais de Justice, notamment de membres de collectifs de lutte présentés dans les films depuis douze ans. Plusieurs intervenants de Nous n’avons pas peur des ruines et des films précédents ont été épaulés dans leurs frais de Justice durant l’année passée. En général, à hauteur de 500 euros par procès. Autre remarque : en 2024, il y a eu plus de compagnonnes que de compagnons dans cette situation. « FIGHT LIKE A GIRL! » disent des tags sur certains murs d’Athènes.
SOUTIEN FINANCIER POUR ACHETER SUR PLACE
Si vous pouvez et voulez aider financièrement ces lieux et collectifs, et leur permettre ainsi d’acheter sur place ce qu’ils souhaitent (souvent en se servant de nos fourgons après avoir été vidés pour aller chercher les autres choses nécessaires), voici les trois façons possibles pour participer : 1- PAR VIREMENT
IBAN de ANEPOS : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730
BIC : PSSTFRPPTOU
Merci de mentionner en objet du virement : Action Solidarité Grèce ou Pompiers ou Procès 2- PAR PAYPALhttps://www.paypal.com/donate?token=pB0cr78_cUMWBtS8MCevV_yceGy29zD0dvy8CUNecjHkJ8IsH23027vqBxVOMI9NrMtQUo07sBmTB2Wh 3- PAR CHÈQUE
À l’ordre de ANEPOS
à envoyer à :
ANEPOS – Action Solidarité Grèce – 6 allée Hernando – 13500 Martigues
(ou Anepos Pompiers ou Anepos Procès) Si vous avez des suggestions ou des propositions, n’hésitez pas à contacter : solidarite@anepos.net
Plus d’informations sur nos actions et créations, ici : 
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38
et là :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique12 Nous n’avons que deux petites semaines pour réussir ce défi. Durant ces deux semaines, plusieurs centaines de solidaires en France, Suisse, Belgique et même à Vintimille en Italie vont se démener pour essayer de collecter et remplir les fourgons (liste à la fin de cet email).
LE CONVOI DE DESPINA Ce convoi solidaire s’appellera, cette fois, « Despina Markopoulou ». C’est le nom d’une amie à nous, membre de plusieurs collectifs solidaires et groupes de luttes à Exarcheia. Une personne formidable, joyeuse et déterminée. Despina vient de succomber d’un cancer à l’âge de 40 ans. Vous vous souvenez peut-être de son apparition dans Nous n’avons pas peur des ruines :
NOUVELLES PROJECTIONS-DÉBATS POUR NOUS RETROUVER, EN PRÉSENCE DE PLUSIEURS DES FOURGONS DU CONVOI Durant les deux prochaines semaines, certains d’entre nous seront également présents aux nouvelles projections-débats du film, avec la version actualisée. Ce sera l’occasion de parler de vive voix des dernières nouvelles de Grèce (qui peuvent donner des idées en France, sait-on jamais ?). Et bien sûr, à chaque soirée, nous serons présents très à l’avance pour le point collecte, avec souvent d’autres membres du convoi, avec leurs fourgons. Vendredi 21 mars CHEMINAS (07 entre ANNONAY et VALENCE)
Samedi 22 mars ST-PAUL-EN-CORNILLON (42 proche de ST-ETIENNE)
Dimanche 23 mars ST-CLAUDE (39)
Lundi 24 mars DIJON (21)
Mardi 25 mars VICHY (03)
Mercredi 26 mars THIERS (63 proche de CLERMONT-FERRAND)
Jeudi 27 mars ESCALQUENS (31 entre TOULOUSE et REVEL)
Vendredi 28 mars TOURNEFEUILLE (31 proche de TOULOUSE)
Samedi 29 mars BERAT (31 entre MURET et CAZERES)
Dimanche 30 mars LUNEL (34 entre NÎMES et MONTPELLIER)
Lundi 31 mars BESSÈGES (30 proche d’AUBENAS)
Mercredi 2 avril MARSEILLE (13) Tous les détails sont ici (horaires, lieux…) :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique15 Si votre situation personnelle rend difficile l’achat de la place de cinéma, faites-nous signe : une invitation à votre nom vous attendra à la caisse du ciné. Cette proposition est valable pour TOUS les précaires dans TOUS les cinémas où nous présentons nos films, DEPUIS TOUJOURS. N’hésitez pas à nous contacter !
COMPTE À REBOURS ! Un petit mot de la mise en ligne du film, simultanément en français et dans une quinzaine d’autres langues, pour vous dire qu’elle a pris un peu de retard. Les groupes de traductions autogérées en espagnol, russe, arabe, hébreu et farsi s’en excusent (et sont presque prêts maintenant), alors que sont déjà prêtes les versions en catalan, portugais, anglais, allemand, italien, grec, français, français sourd et malentendant… Mais vraiment bravo et merci à toutes les équipes de traductions, quelle que soit la vitesse : vous êtes formidables, une fois de plus ! Bref, bientôt, on mettra tout ça en ligne simultanément, comme toujours. On y est presque !
PAS LE MOMENT DE LÂCHER ! Nous savons que la situation n’est pas facile aussi en France, en ce moment, mais, s’il vous plaît, ne laissons pas tomber nos compagnons en lutte au bout de l’Europe. Surtout pas en ce moment. Car partout en Grèce, la révolte gronde et les rues sont régulièrement remplies de manifestants. Nous avons plus que jamais besoin de montrer le projet de société que nous désirons et de pousser dans cette direction, dans le chaos ambiant. Nous devons absolument soutenir ces lieux et collectifs qui résistent dans l’adversité et proposent un autre modèle désirable respectueux et pacifique. Une société sans rapport de domination ni d’exploitation. Concernant tous ces rassemblements et manifestations ces jours-ci, je vous informe régulièrement sur mon blog, au fil des jours, avec souvent des vidéos et des photos. Si vous avez raté ça, c’est ici (et ça continue) :
http://blogyy.net/ Merci de partager ces infos et appels autour de vous, notamment pour nous aider remplir les fourgons pour les initiatives solidaires autogérés en Grèce. Au plaisir de vous revoir bientôt ! Bonne force ! Anarmicalement, Yannis Youlountas, avec les membres du convoi solidaire vers la Grèce d’avril 2025
ANNUAIRE COMPLET DES POINTS COLLECTE EN FRANCE ET ALENTOURS
 convoi solidaire vers la Grèce, mars-avril 2025 ★ 03 VICHY
Point collecte durant une soirée seulement : le 25 mars à partir de 19h30 au cinéma Grand Écran, Centre Commercial Les quatre Chemins, 35 rue Lucas 03200 Vichy
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 20h00) ★ 04 MANOSQUE / SIMIANE-LA-ROTONDE – Tél. 06 68 05 12 74 (Domdom)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 06 CAGNES – Tél. 06 98 15 01 33 (Mi) ou 07 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 06 MENTON – Tél. 06 98 15 01 33 (Mi) ou 07 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 06 NICE – Tél. 06 76 53 06 48 (Thierry)
Point collecte permanent jusqu’au 24 mars ★ 06 NICE – Tél. 06 98 15 01 33 (Mi) ou 07 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 06 VENCE – Tél. 06 98 15 01 33 (Mi) ou 07 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 07 AUBENAS – Tél. 06 06 44 80 32 (JC Banane)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 07 CHEMINAS (entre Annonay et Valence)
Point collecte durant une soirée seulement : le 21 mars à partir de 18h30 à la Chèvrerie, 225 chemin du Ruisseau 07300 Cheminas.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 19h30) ★ 09 ST-GIRONS – Tél. 06 51 36 52 61 (Dominique)
Point collecte permanent jusqu’au 26 mars ★ 10 TROYES – Tél. 07 84 59 83 73 (Engin)
Point collecte permanent jusqu’au 25 mars ★ 11 CASTELNAUDARY – Tél. 06 14 86 42 50 (Rachid)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 11 SAISSAC – Tél. 06 14 86 42 50 (Rachid)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 13 AIX-EN-PROVENCE – Tél. 06 17 05 13 20 (Hélène et Joel)  ou 06 88 30 44 39 (Evelyne) ou 06 66 42 21 91 (Jean-Michel) 
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 ARLES – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 CHATEAURENARD – Tél. 06 37 89 36 57 (Régine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 FOS-SUR-MER – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 FUVEAU – Tél. 06 17 05 13 20 (Hélène et Joel)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 GARDANNE – Tél. 06 17 05 13 20 (Hélène et Joel)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 MARSEILLE
Point collecte durant une soirée seulement : le 2 avril à partir de 18h30 au Théâtre des Chartreux, 105 avenue des Chartreux 13004 Marseille.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 19h00) ★ 13 MARTIGUES – Tél. 06 86 20 35 62 (Nicole)
Point collecte permanent jusqu’au 3 avril ★ 13 MEYREUIL – Tél. 06 17 05 13 20 (Hélène et Joel)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 PORT-DE-BOUC – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 PORT-SAINT-LOUIS – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 SALON-DE-PROVENCE – Tél. 06 88 30 44 39 (Evelyne) ou 06 66 42 21 91 (Jean-Michel) 
Point collecte permanent jusqu’au 3 avril ★ 13 SALIN DE GIRAUD – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 13 ST-SAVOURNIN – Tél. 06 17 05 13 20 (Hélène et Joel)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 18 BOURGES – Tél. 07 84 59 83 73 (Engin)
Point collecte permanent jusqu’au 25 mars ★ 19 BRIVE – Tél. 06 40 70 75 74 (Cathy) ou 06 44 78 19 78 (Didier)
Point collecte permanent jusqu’au 24 mars ★ 19 OBJAT – Tél. 06 40 70 75 74 (Cathy) ou 06 44 78 19 78 (Didier)
Point collecte permanent jusqu’au 24 mars ★ 21 DIJON
Point collecte durant une soirée seulement : le 24 mars à partir de 18h30 à l’espace autogéré les Tanneries, 37 rue des Ateliers 21000 Dijon.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec Yannis Youlountas (lancement du film à 19h00) ★ 23 GUÉRET – Tél. 07 69 87 71 06 (Caroline)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 23 LA SOUTERRAINE – Tél. 07 69 87 71 06 (Caroline) et 06 58 12 94 36 (Nino)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 30 ALÈS – Tél. 06 87 24 84 29 (Catherine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 BAGNOLS-SUR-CÈZE – Tél. 06 06 44 80 32 (JC Banane)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 BAGNOLS-SUR-CÈZE – Tél. 06 87 24 84 29 (Catherine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 BARJAC – Tél. 06 06 44 80 32 (JC Banane)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 BESSÈGES – Tél. 06 51 16 38 14 (Gib)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 30 BESSÈGES
Point collecte durant une soirée seulement : le 31 mars à partir de 18h00 à l’ex « Motown café » de Charbes (bâtiment vert et noir), 272 route de Charbes 30160 Bessèges.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec Yannis Youlountas (lancement du film à 19h00) ★ 30 CORNILLON – Tél. 06 06 44 80 32 (JC Banane)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 EUZET – Tél. 06 07 70 18 65 (Christian)
Point collecte permanent jusqu’au 25 mars ★ 30 NÎMES – Tél. 06 87 24 84 29 (Catherine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 30 NÎMES – Tél. 06 69 56 36 01 (Naomi)
Point collecte permanent jusqu’au 28 mars ★ 30 UZÈS – Tél. 06 87 24 84 29 (Catherine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 31 BÉRAT (entre Muret et Cazères)
Point collecte durant une soirée seulement : le 29 mars à partir de 18h30 à la salle des fêtes 31370 Bérat (avec La Ménardière).
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec Yannis Youlountas (lancement du film à 19h00) ★ 31 ESCALQUENS (entre Toulouse et Revel)
Point collecte durant une soirée seulement : le 27 mars à partir de 19h00 à la salle de l’Oustal, place de l’Enclos 31750 Escalquens.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 20h00) ★ 31 MONTRÉJEAU – Tél. 07 83 45 30 86 (Bastien)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 31 REVEL – Tél. 06 14 86 42 50 (Rachid)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 31 ST-BERTRAND-DE-COMMINGES – Tél. 06 51 36 52 61 (Dominique)
Point collecte permanent jusqu’au 26 mars ★ 31 ST-GAUDENS – Tél. 07 83 45 30 86 (Bastien)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 31 ST-GAUDENS – Tél. 06 51 36 52 61 (Dominique)
Point collecte permanent jusqu’au 26 mars ★ 31 TOURNEFEUILLE (proche de Toulouse)
Point collecte durant une soirée seulement : le 28 mars à partir de 19h30 au Cinéma Utopia, impasse du Château 31170 Tournefeuille.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 20h00) ★ 33 BÈGLES – Tél. 06 58 76 16 08 (Justine et Fifi)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 33 BORDEAUX – Tél. 06 58 76 16 08 (Justine et Fifi)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 33 ILLATS – Tél. 05 56 25 34 33 (Richard)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 33 LANGON – Tél. 05 56 25 34 33 (Richard)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 33 LA RÉOLE – Tél. 06 98 98 94 03 (Christelle) et 07 81 81 97 63 (Bernard)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 33 LA RÉOLE – Tél. 06 82 42 43 44 (Marco)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 33 LOUBENS – Tél. 05 56 71 31 24 et 06 89 12 41 42 (Christian)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 33 ST-SYMPHORIEN – Tél. 05 56 25 34 33 (Richard)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 33 VILLANDRAUT – Tél. 05 56 25 34 33 (Richard)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 34 LUNEL (entre Nîmes et Montpellier)
Point collecte durant une soirée seulement : le 30 mars à partir de 17h30 au cinéma Athénée, 52 rue Lakanal 34400 Lunel (dans le cadre du Festival Traversées).
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 18h15) ★ 34 MONTPELLIER – Tél. 06 69 56 36 01 (Naomi)
Point collecte permanent jusqu’au 28 mars ★ 36 ARGENTON-SUR-CREUSE – Tél. 07 69 87 71 06 (Caroline)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 36 AIGURANDE – Tél. 07 69 87 71 06 (Caroline) et 06 58 12 94 36 (Nino)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 36 CHATEAUROUX – Tél. 07 69 87 71 06 (Caroline)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 36 CREVANT – Tél. 06 58 12 94 36 (Nino)
Centre social et culturel autogéré La Marmite
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 38 GRENOBLE – Tél. 06 72 96 34 37 (Christophe)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 38 GRENOBLE – Tél. 06 81 03 18 32 (Patrick)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 38 VIENNE – Tél. 07 69 14 25 99 (Violaine)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 39 ST-CLAUDE
Point collecte durant une soirée seulement : le 23 mars à partir de 17h00 au cinéma La maison du peuple, à La fraternelle, 12 rue de la Poyat 39200 St-Claude.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 17h30) ★ 42 ST-ÉTIENNE – Tél. 06 07 02 25 48 (Léa)
Point collecte permanent jusqu’au 25 mars ★ 42 ST-PAUL-EN-CORNILLON (proche de St-Étienne)
Point collecte durant une soirée seulement : le 22 mars à partir de 17h00 à la Maison Mémérou, 2 Place du Bourg 42240 St-Paul-en-Cornillon. 
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 18h30) ★ 42 ST-MICHEL-DU-RHÔNE – Tél. 07 69 14 25 99 (Violaine)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 45 ORLÉANS – Tél. 07 84 59 83 73 (Engin)
Point collecte permanent jusqu’au 25 mars ★ 46 CAHORS – Tél. 06 13 37 70 02 (Tim)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 46 CAHORS – Tél. 06 15 38 08 97 (Zoé)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 46 BELFORT-DU-QUERCY – Tél. 06 15 38 08 97 (Zoé)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 47 MARMANDE – Tél. 06 98 98 94 03 (Christelle) et 07 81 81 97 63 (Bernard)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 49 ANGERS – Tél. 06 25 71 45 73 (Le Cercle 49)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 63 THIERS (proche de Clermont-Ferrand)
Point collecte durant une soirée seulement : le 26 mars à partir de 20h00 au cinéma Le Monaco, 17 rue Conchette 63300 Thiers.
À l’occasion de la projection-débat du film « Nous n’avons pas peur des ruines, nous portons un monde nouveau dans nos cœurs » en présence du réalisateur franco-grec (lancement du film à 20h30) ★ 65 ARGELES-GAZOST – Tél. 06 95 32 72 76 (Nanou)
Point collecte permanent jusqu’au 28 mars ★ 65 BAGNÈRES-DE-BIGORRE – Tél. 06 51 36 52 61 (Dominique)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 65 LANNEMEZAN – Tél. 07 83 45 30 86 (Bastien)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 65 LUZ-ST-SAUVEUR – Tél. 06 95 32 72 76 (Nanou)
Point collecte permanent jusqu’au 28 mars ★ 65 TARBES – Tél. 06 83 26 38 22 (Claire)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 65 VIZOS – Tél. 06 95 32 72 76 (Nanou)
Point collecte permanent jusqu’au 28 mars ★ 69 CENVES – Tél. 06 85 63 74 54 (Jean-Luc et Marie-Laure)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 69 CONDRIEU – Tél. 07 69 14 25 99 (Violaine)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 69 LYON ET ALENTOURS – Tél. 06 81 03 18 32 (Patrick)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 71 MÂCON – Tél. 06 85 63 74 54 (Jean-Luc et Marie-Laure)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 71 TOURNUS – Tél. 06 85 63 74 54 (Jean-Luc et Marie-Laure)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 73 CHAMBÉRY – Tél. 06 81 03 18 32 (Patrick)
Point collecte permanent jusqu’au 31 mars ★ 74 ANNEMASSE – Tél. 06 46 25 37 32 (Lucas) ou 06 25 75 59 46 (Mélissa)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 77 MELUN – Tél. 06 89 83 36 99 (Axel)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 81 ALBI – Tél. 05 63 81 55 62 (Annick et Eric)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 81 GAILLAC – Tél. 05 63 81 55 62 (Annick et Eric)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 81 LAUTREC / PERRAMOND – Tél. 06 60 75 97 70 (Nico)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 81 SORÈZE – Tél. 06 14 86 42 50 (Rachid)
Point collecte permanent jusqu’au 27 mars ★ 82 CAUSSADE – Tél. 06 15 38 08 97 (Zoé)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 82 MONTAUBAN – Tél. 06 15 38 08 97 (Zoé)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 83 DRAGUIGNAN – Tél. 07 62 31 00 34 (Charlie)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ 83 FRÉJUS – Tél. 06 98 15 01 33 (Mi) ou 07 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ 84 APT – Tél. 06 68 05 12 74 (Domdom)
Point collecte permanent jusqu’au 30 mars ★ 84 AVIGNON – Tél. 06 37 89 36 57 (Régine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 84 AVIGNON – Tél. 06 87 24 84 29 (Catherine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 84 ISLE-SUR-LA-SORGUE – Tél. 06 37 89 36 57 (Régine)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 87 LIMOGES – Tél. 06 58 92 62 38 (René)
Point collecte permanent au CIRA Limousin, espace associatif Gilbert Roth, 64 avenue de la Révolution
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 89 AUXERRE – Tél. 06 46 02 44 32 (Isabelle)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 89 JOIGNY– Tél. 06 46 02 44 32 (Isabelle)
Point collecte permanent jusqu’au 2 avril ★ 91 CORBEIL-ESSONNES – Tél. 06 89 83 36 99 (Axel)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ SUISSE : GENÈVE – Tél. +33 6 46 25 37 32 (Lucas) ou +33 6 25 75 59 46 (Mélissa)
Point collecte permanent jusqu’au 23 mars ★ ITALIE : VINTIMILLE – Tél. +33 6 98 15 01 33 (Mi) ou +33 7 78 43 61 36 (Clo)
Point collecte permanent jusqu’au 29 mars ★ AUTRES DÉPARTEMENTS FRANÇAIS ET BELGIQUE : des envois sont possibles par la Poste ou par point relais ou par transporteur. L’adresse : 
ANEPOS – Action Solidarité Grèce
6 allée Hernando – 13500 MARTIGUES – France 
(Numéro à donner au transporteur : 06 24 06 67 98) Rappel de la liste des besoins actualisée :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38

Grèce: un 28 février marquant

Tempi manifestation

Publié le 3 mars 2025

À Athènes, plus de 180.000 personnes se sont rassemblées devant le Parlement, selon les estimations de la police. Au total, la mobilisation dans tout le pays a réuni plus de 325.000 participants. Des milliers de manifestants se sont également réunis à Thessalonique, Patras, Héraklion et Larissa, ville proche du lieu de l’accident ferroviaire.

D’abord pacifiques, les manifestations ont progressivement dégénéré dans plusieurs villes. À Athènes, des affrontements ont éclaté entre manifestants et forces de l’ordre. Selon les autorités, ces violences ont fait treize blessés, tandis que 27 personnes ont été arrêtées.

En parallèle, une grève générale de 24 heures a été observée, paralysant les transports publics, les écoles, les universités et les administrations. Les commerces du centre d’Athènes ont en grande partie fermé en signe de solidarité avec les manifestants. Les syndicats dénoncent une négligence gouvernementale persistante et réclament des mesures de sécurité plus strictes dans les infrastructures ferroviaires.

La diaspora grecque s’est également mobilisée à l’étranger. Des rassemblements ont eu lieu dans plusieurs villes européennes, notamment à Londres, Paris, Berlin et Bruxelles. Aux États-Unis, des manifestations de solidarité ont été organisées à New York et Chicago, où vivent d’importantes communautés grecques. À Nicosie, une marche silencieuse a également été organisée en mémoire des victimes.

Face à cette mobilisation massive, le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a reconnu l’ampleur du « traumatisme collectif » causé par la catastrophe ferroviaire. Il a toutefois dénoncé l’« instrumentalisation politique de la douleur humaine » et a promis une enquête approfondie sur les causes de l’accident. Le gouvernement a également annoncé un renforcement des mesures de sécurité dans les transports ferroviaires, mais ces promesses restent insuffisantes aux yeux des manifestants.

Des nouveaux rassemblements sont d’ores et déjà prévus pour le mois de mars, notamment le 13 et le 25, date de la fête nationale grecque. Les syndicats et les associations de victimes comptent maintenir la pression sur le gouvernement pour obtenir des réformes concrètes et des réponses claires sur les responsabilités de la catastrophe ferroviaire.

Cette journée du 28 février a démontré que la colère du peuple grec reste vive, et que la quête de vérité et de justice continue de mobiliser une grande partie de la population.

Source lepetitjournal.com

Deux ans après Tempé

Des manifestations gigantesques à travers la Grèce

Des centaines de milliers de manifestant.e.s ont envahi la place Syntagma à Athènes et d’autres villes grecques pour réclamer la fin de la dissimulation et exiger des comptes.

Menelaos Myrillas / SOOC

Des rassemblements ont été organisés dans 365 villes à travers la Grèce et à l’étranger pour marquer le deuxième anniversaire de la tragédie ferroviaire de Tempé, qui a coûté la vie à 57 personnes. Les principales fédérations syndicales en Grèce ont lancé une grève à l’échelle nationale, avec la participation des enseignant.e.s, des gens de mer, des travailleur.euse.s de la santé, des transports publics et de la culture.

Maria Karystiannou, présidente de l’Association des familles des victimes de Tempé, qui a perdu sa fille dans la tragédie, est arrivée tôt le matin à Syntagma, où la foule avait déjà envahi le centre d’Athènes jusqu’à la place Omonia. Voir son intervention

Une étudiante a pris la parole en premier, en lisant les noms des personnes décédées dans la catastrophe ferroviaire. À chaque nom appelé, la foule scandait « présent » et « présente » en chœur.

Elle a ensuite dénoncé la privatisation des services publics, soulignant que :

« ceux qui ont gouverné ce pays sont les responsables de ce crime, car ils ont vendu les chemins de fer à des entités privées. Hellenic Train a privilégié ses bénéfices au détriment de nos vies et continue de le faire, tout en démantelant et en dégradant systématiquement le réseau ferroviaire, conformément à la ligne directrice de l’UE. »

Elle a également condamné les tentatives du gouvernement de dissimuler l’affaire et a appelé à la nationalisation du chemin de fer, déclarant au Parlement, « Pour nous, votre culpabilité est indéniable. »

Un autre étudiant a souligné que « le véritable coupable, c’est la logique du ‘tentons le coup et voyons où ça nous mène’ de ce gouvernement et des précédents, qui ont vendu les chemins de fer au nom du profit.

« Tout comme ils ont vendu les trains, ils vendent maintenant la santé, l’eau et chaque aspect de nos vies. » Il a averti que « le prochain désastre de Tempé est en attente de se produire dans les écoles sous-effectifs où les plafonds s’effondrent, dans les transports publics qui demeurent des pièges mortels, et dans les universités non seulement sous-financées mais aussi en voie de privatisation. »

Ensuite, les conducteur.rice.s de trains ont pris la parole pour souligner les pénuries dans le secteur ferroviaire, la dissimulation et la falsification des preuves dans l’affaire de Tempé. Aux côtés des proches des victimes, un discours puissant a également été prononcé par Kyriaki Griva, mère d’une victime de féminicide.

« Je m’adresse aux meurtriers de nos enfants. Vous avez insulté et traité nos morts avec mépris. Leurs restes gisent dans des lieux secrets. Vous avez commis le plus grand sacrilège, et Némésis vous rendra votre dû », a déclaré Maria Karystiannou, tandis que la foule en dessous scandait « assassins, assassins ».

Pendant ce temps, le collectif anarchiste Rouvikonas a mené une intervention sur le toit de Hellenic Train à Athènes, où les militant.e.s ont suspendu une bannière en mémoire de la tragédie de Tempé. Vingt-cinq d’entre eux ont été arrêté.e.s, et poursuivi.e.s pour trouble à l’ordre public.

Voir la publication

85 personnes ont été placées en détention et 41 arrêtées dans le centre d’Athènes. Il faut noter que le ministre de la Protection du citoyen, Michalis Chrysochoidis, avait déclaré que “la police grecque sera présente” et, selon lui, “afin d’assurer la sécurité des citoyens et des rassemblements, pour qu’ils puissent assister, exprimer leur volonté, et partir en toute sécurité, et que l’objectif de cet événement soit pleinement atteint.”

Les manifestations ont eu lieu le lendemain de la publication du rapport de l’Agence hellénique d’enquête sur la sécurité aérienne et ferroviaire (EODASAAM), qui pointe l’abandon du chemin de fer, l’absence de systèmes de sécurité, le manque de personnel, le sous-financement, et la possible présence d’un carburant inconnu ayant causé l’incendie après la collision, entraînant la mort de 5 à 7 victimes. Le rapport évoque aussi que des preuves précieuses ont été perdues en raison du remblayage du site de l’accident. Le gouvernement, par l’intermédiaire de son porte-parole Pavlos Marinakis, a tenté de détourner l’attention des conclusions de l’EODASAAM, affirmant que “le rapport réfute les accusations de dissimulation”.

Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a également fait une déclaration provocante dans sa publication pour le deuxième anniversaire de la tragédie de Tempé, évoquant « des erreurs humaines et les insuffisances chroniques de l’État » sans faire mention des responsabilités de son gouvernement. Malgré une tentative de se donner l’image d’unificateur, en s’adressant à la fois aux manifestant.e.s et à celles et ceux qui commémorent discrètement les victimes, il a une fois de plus attaqué l’opposition, l’accusant d’« exploitation politique de la souffrance humaine ».

Des centaines de milliers de personnes ont envahi les rues dès le début de la matinée, se rassemblant devant la statue de Venizelos.

Les manifestant.e.s ont envahi la place Aristotelous, Egnatia et les rues autour avant de se diriger vers la Nouvelle Gare, où un blocage symbolique a été organisé, tandis que d’autres se sont dirigés vers Kamara, où des affrontements mineurs ont éclaté.

SOOC

« Nous avons perdu onze collègues, des cheminots de tout le secteur. Cinquante-sept familles ont été brisées. Et nous, les travailleurs, sommes devenus moins nombreux.», a déclaré Nikos Tsaklidis, employé de Hellenic Train et parent d’une victime.

Le photojournaliste Orestis Panagiotou a été touché à la tête par une grenade assourdissante, ce qui lui a valu des points de suture. Il a quitté l’hôpital avec une audition diminuée.

Voir la publication

Cela fait suite à la manifestation du 26 janvier, où le photojournaliste Marios Lolos avait lui aussi été touché par une grenade assourdissante, subissant des lésions à l’oreille et des contusions. Lolos et l’Association des Photojournalistes de Grèce avaient alors dénoncé les actions de la police, qualifiant cet acte de « meurtrier » et déclarant :

« Les grenades assourdissantes ne doivent pas être lancées en l’air »

Source thepressproject.gr

Un grand texte de Nadia Valavani sur le premier gouvernement Tsipras

Il n’y a pas de doute que le texte de Nadia Valavani, que nous publions ci-dessous, constitue une surprise à la fois inattendue et extrêmement bien venue. Les raisons en sont multiples. Tout d’abord, il se distingue parce qu’il fait exactement ce qu’aucun des protagonistes de l’aventure du premier gouvernement grec de gauche, le gouvernement Tsipras, n’a fait : un bilan critique de ses actes et de leurs conséquences. Et ce, dans un texte presque laconique mais en même temps exhaustif, qui n’a rien à voir avec les logorrhées traditionnelles et d’habitude vides de sens de la gauche grecque.

Ensuite, il se distingue par le fait que ce bilan critique est fait en référence aux deux caractéristiques fondatrices, mais – malheureusement – complètement abandonnées et oubliées aujourd’hui, de la gauche : l’internationalisme et la lutte des classes. Et c’est précisément pour cette raison que le bilan critique de Valavani parvient à identifier dès le départ les causes profondes de l’échec patent du premier gouvernement Tsipras dans son refus « d’affronter ouvertement les créanciers » et de s’adresser « non plus aux gouvernements, mais aux peuples d’Europe et du monde ». (1)

Et enfin, le texte de Valavani se distingue et s’avère d’une immense utilité pour le présent et l’avenir du mouvement ouvrier et socialiste, car en choisissant d’identifier les conséquences à long terme de l’échec du premier gouvernement Tsipras, il parvient à déceler les changements catastrophiques qu’il a provoqués – et continue de provoquer – dans les rapports de forces classistes dans notre pays. En d’autres termes, Valavani explique la crise prolongée et la paralysie de la gauche grecque comme une conséquence directe de la défaite de dimensions historiques subie par le mouvement ouvrier et socialiste grec avec la capitulation de la direction de Syriza en ce funeste mois de juillet 2015 !

Mais, que Mme Valavani nous permette d’ajouter à son bilan une conséquence de plus que nous considérons comme étant peut-être encore plus importante parce que se situant au cœur des malheurs actuels de la gauche grecque et internationale. Le gouvernement Tsipras, et par extension les dirigeants de Syriza, n’ont pas trahi seulement les espoirs des citoyens grecs qui leur avaient fait confiance. Ils ont également trahi les espoirs placés en eux – et accessoirement dans le Podemos espagnol, qui a suivi une trajectoire analogue à celle de Syriza – par des millions de gens de gauche ou même sans parti partout en Europe et même au-delà ! Et c’est précisément parce que ces espoirs qui avaient été placés dans le Syriza grec et le Podemos espagnol ont été trahis à un moment où la crise multiforme s’aggravait, les gauches traditionnelles devenaient de plus en plus paralysées et discréditées, et l’extrême droite était déjà en pleine ascension, que les conséquences internationales de la capitulation du gouvernement Tsipras sont encore plus catastrophiques que les conséquences purement grecques ! Et ceci parce que, en raison de la faillite d’abord de Syriza et ensuite de Podemos, mais aussi en raison de l’incapacité de la gauche à expliquer le pourquoi de cette faillite, il était assez logique de voir tous ces gens qui leur avaient fait confiance et avaient cru en eux comme étant leur ultime bouée de sauvetage, perdre à la fois le moral et la boussole. La suite est bien connue : sur les ruines laissées par cette trahison de tant d’espoirs existentiels de millions de gens ordinaires qui d’ailleurs n’étaient pas tous de gauche, s’est agrandie au point de devenir un monstre gigantesque l’extrême droite dure et ouvertement nostalgique des démons de l’entre-deux-guerres qui menace aujourd’hui l’humanité et la planète d’anéantissement.

Lisez donc avec attention ce texte très important de Nadia Valavani qui, bien que publié il y a déjà un mois, n’a pas suscité la moindre réaction et le moindre commentaire de la part des gens de gauche de toute sensibilité, lesquels préfèrent manifestement l’ignorer ostensiblement…

Note

*Plusieurs fois emprisonnée durant la dictature des colonels, Nadia Valavani a été vice-ministre des Finances du premier gouvernement Tsipras dont elle a démissionné le 15 juillet, dix jours après le referendum populaire dont le résultat (61,31% des Non au chantage de l’UE, de la BCE et du FMI) n’a pas été respecté par la plupart des dirigeants de ce gouvernement et de Syriza.

En 2015, le premier gouvernement Syriza, élu en s’engageant devant le peuple à parvenir à « un compromis honorable pour sortir des mémorandums », après avoir commis – nous avons commis – l’erreur de continuer à payer les tranches de la dette jusqu’à ce que les caisses publiques soient complètement épuisées, s’est retrouvé le dos au mur face à trois alternatives :

La première : affronter ouvertement les créanciers, en s’adressant désormais non plus aux gouvernements mais aux peuples d’Europe et du monde, entouré du prestige conféré par le mandat populaire sans équivoque du Référendum de Juillet – le seul processus électoral au monde qui s’est déroulé avec des banques fermées. À l’époque, selon les dires au conseil des ministres du ministre responsable, la Grèce disposait de six mois de médicaments, de neuf mois d’aliments et de douze mois de carburant. Il faut ajouter à cela un mouvement international de soutien et de solidarité en pleine ascension, à la dynamique imprévisible – si on le laissait se développer sans entrave. Sortirions-nous vainqueurs d’une telle confrontation ? Nul ne peut le savoir. Si oui, cela amorcerait inévitablement le détricotage de la camisole de force budgétaire du Pacte de Stabilité. Dans le cas contraire, il ne s’agirait pas d’une défaite : Ce serait la plus honnête des luttes, un héritage de fierté pour l’avenir – une lutte dont on peut dire sans hésiter qu’elle « continue ».

La deuxième option n’a pas la grandeur de la première, mais elle est également honorable. S’il n’y avait pas l’unité nécessaire pour une telle lutte, que le gouvernement démissionne et que le troisième mémorandum soit introduit par ses admirateurs, par ceux qui soutenaient que si les mémorandums (qui ont détruit d’innombrables vies) n’étaient pas de la Troïka, nous aurions dû les inventer « nous ». Cela aurait sans doute été une défaite, mais une défaite tactique : Les forces nécessaires seraient bientôt réunies à nouveau – ensemble avec le mouvement populaire-, plus mûres et plus sages.

A été suivie la troisième option, contre la volonté populaire déjà exprimée, c’est-à-dire un troisième mémorandum avec ce que Samaras n’a pas osé signer et une « sortie » des mémorandums avec une paupérisation tragique du pays et des humains durant 60 ans – une défaite stratégique, destructrice à long terme : Elle a empoisonné le mouvement et le peuple en lutte avec le TINA thatchérien, a démantelé tout ce qui existait de collectif, a plongé toute la gauche (et pas seulement ceux qui ont dit le « grand oui ») dans une crise existentielle. Dix ans plus tard, nous luttons pour garder notre tête hors de ses eaux usées.

À plusieurs reprises, la gauche a pratiqué la « fuite en avant » sans s’occuper des comptes jamais réglés du passé – d’habitude avec des résultats tragiques. Y a-t-il une chance de surmonter la crise actuelle d’absence de tout ce qui a un vrai sens et une vraie valeur pour le peuple et le pays, uniquement en « contournant » 2015 ?

Traduit du grec

Notes

(1) Dès le lendemain de la formation du premier gouvernement Tsipras, l’auteur de ces lignes avait publié des articles dans lesquels il soulignait que le gouvernement Tsipras n’avait qu’un seul atout et une seule arme contre ses ennemis : la solidarité des millions de citoyens européens qui plaçaient leurs espoirs dans Syriza et son gouvernement. Et c’est pourquoi il exhortait les directions de Syriza et du gouvernement Tsipras à organiser sans perdre de temps cette solidarité internationale en prenant des initiatives concrètes. Voir nos articles :
Quelle réponse de Syriza aux millions de citoyens solidaires de par l’Europe ?
Nos meilleurs alliés, les 300 000 de Puerta del Sol !

Source CADTM France

Et maintenant ? Après le tremblement de terre pour les Tempi

-Que la crucifixion des enfants de Tempe soit le prologue de la résurrection de notre pays.

Par Dimitris Konstantakopoulos   –   28 janvier 2025

Face au soulèvement de plus d’un million, voire de millions de citoyens grecs, qui ont participé spontanément, sans infrastructure organisationnelle digne de ce nom, aux immenses rassemblements qui ont eu lieu à Athènes, dans toutes les villes grecques, et même dans des villes étrangères, de nombreux commentaires sont superflus. Ils sont superflus parce qu’ils risquent de diminuer la grandeur de l’événement. C’est pourquoi nous serons aussi parcimonieux que possible. Après tout, les foules gigantesques qui se sont rassemblées des quatre coins de la Grèce et d’ailleurs sont si éloquentes qu’elles n’ont pas besoin de nous pour les interpréter. Elles parlent d’elles-mêmes.

Voici comment mon collègue Pantelis Savvidis a décrit le rassemblement de Thessalonique sur Facebook. La taille du rassemblement était énorme. Il couvrait toute l’Egnatia. Il rappelait les rassemblements post-opposition. Il y avait une différence. Il y avait quelques slogans, mais ils étaient discrets et éloignés de la partie principale du rassemblement. Les gens étaient unis par un désespoir muet que le volume de participation essayait de briser. Les gens essayaient de faire naître l’espoir qu’après que tant de personnes soient descendues dans la rue en l’absence retentissante de ce qui était considéré comme les principaux médias, quelque chose pourrait changer ».

Photo : Konstantinos Zilo

Et plus loin : « J’ai vu des gens de tout le spectre politique, constitutionnel ou non. De tout le spectre social et de tous les âges. Des jeunes enfants aux personnes âgées marchant avec l’aide d’un parent ou d’une canne. Et ce n’est pas peu dire. Des enfants avec des slogans écrits à la main sur des petits bouts de carton demandant justice. Même des personnes conservatrices et d’autres qui se déclarent de droite. Même les factions gauchistes familières qui respectaient les personnes qui avaient appelé au rassemblement et au moment. Pendant que je restais, le respect était absolu. Et je l’ai vu pour la première fois. Quelque chose a ébranlé l’âme grecque. Quelque chose l’a ébranlé. Tout m’a rappelé ces moments historiques où ils ont poussé un cri silencieux : plus jamais ça ».

Dès le premier instant, l’accident, que l’on qualifie à juste titre de crime, survenu à Tempe a semblé refléter tous les aspects de la profonde crise grecque. Au cours des (non) interrogatoires, la profondeur criminelle du problème, à savoir le système qui gouverne, détruit et aspire la Grèce, est devenue évidente. Derrière les limousines rutilantes des ministres, des agents de l’État et de l’oligarchie, on peut voir un régime que mon collègue Spyros Goutzanis décrit à juste titre dans un article comme un régime de « méthodes mafieuses ». Ils s’obstinent à dissimuler le crime et, en le dissimulant, ils révèlent non seulement les énormes responsabilités des détenteurs du pouvoir, mais aussi la pourriture de la corruption qui a érodé toutes les institutions de l’État.

Photo : Konstantinos Zilos

Source https://www.konstantakopoulos.gr/

La Grèce en ébullition et autres infos

LA GRÈCE EN ÉBULLITION

Ce dimanche à Athènes, de nombreux manifestants ont été arrêtés et blessés. Parmi eux, notre camarade et ami Marios Lolos (photographe des convois solidaires et auteur de l’affiche de L’Amour et la Révolution) a été intentionnellement blessé à la tête par la police grecque. Plusieurs de nos compagnons de lutte ont été arrêtés et roués de coups (aux Propylées, près d’Exarcheia et devant le parlement, en haut de la place Syntagma). Les valets du pouvoir ont fait preuve d’une peur panique face à l’arrivée d’une foule massive. Pendant ce temps, les médias occidentaux n’ont répété comme des perroquets que les chiffres ridicules et mensongers de la police grecque : 40.000 manifestants à Athènes et 80.000 dans toute la Grèce, alors que le nombre réel était autour de 250.000 à Athènes et plus de 500.000 dans toute la Grèce, soit 1/20e de la population du pays. Sur ordre, plusieurs centaines de policiers ont d’abord tenté d’éloigner les journalistes indépendants qui témoignent en images de ces événements, de la violence de la répression et, parfois, des scènes de torture au coin des rues. Comme d’autres vidéastes et photoreporters connus pour être proches du mouvement social, Marios était l’un des plus gênants, une fois de plus, avec son appareil photo et sa persévérance. Il a délibérément été visé à la tête par une grenade de désencerclement qui, heureusement, n’a explosé qu’après le rebond et pas contre sa tête. Sinon Marios serait mort.
Depuis quelques mois, on ne compte plus les violences policières à Athènes et dans le reste de la Grèce. Mais la tension est encore montée d’un cran ce dimanche 26 janvier, alors que les manifestants deviennent toujours plus nombreux contre l’arbitraire, en particulier contre une justice bourgeoise douce avec riches et dure avec les pauvres, et contre le niveau colossal de corruption dans tous les rouages du pouvoir. L’exemple le plus choquant est l’absence de poursuites contre les responsables de la privatisation puis du saccage du rail qui ont directement conduit à la mort de plusieurs dizaines de voyageurs, dont beaucoup de jeunes, dans un accident de train, il y a bientôt deux ans dans la vallée du Tempé (Tempi en grec), entre Larissa et le mont Olympe. Une vallée qu’on surnomme aussi Lykostomo (« la gueule du loup ») depuis l’ère byzantine.

« La Justice ne sera pas faite par le pouvoir criminel. La Justice sera faite par le peuple. »
Depuis la privatisation, les trains sont très peu entretenus, sur des rails en très mauvais état et surtout sans système de sécurité moderne du fait de l’obsession du profit. Il y a bientôt deux ans, l’un de ces trains de voyageurs en perdition a percuté une cargaison de produits chimiques et explosifs qui se trouvait sur la même voie depuis 19 minutes sans que personne ne s’en rende compte. La révolte est d’autant plus grande qu’un enregistrement sonore a récemment été rendu public par la mère d’une des victimes. On y entend sa fille témoigner de la situation, puis suffoquer, avant de conclure en agonisant : « je n’ai pas d’oxygène. » Ces derniers jours, cette phrase est devenu le nouveau slogan du mouvement social qui résume l’étouffement de la société toute entière, à tous les niveaux : « Den echo oxygono » (je n’ai pas d’oxygène). Ce slogan est maintenant repris dans toutes les régions de la Grèce, y compris dans des tout petits villages révoltés, eux aussi, et pas seulement dans des grandes villes réputées pour l’intensité de leurs manifestations et de leurs émeutes. Nous n’avons plus d’oxygène dans ce système économique étouffant qui creuse les inégalités. Nous n’avons plus d’oxygène dans une société toujours plus autoritaire et répressive. Nous n’avons plus d’oxygène dans un monde qui s’autodétruit chaque jour en saccageant la terre et la mer qui agonisent, elles aussi.

Je n’ai plus d’oxygène
LA PEUR CHANGE DE CAMP
À Athènes plus qu’ailleurs, sur ordre des responsables politiques effrayés, la police a fait usage de beaucoup de violence pour tenter de disperser la manifestation gigantesque qui a envahi tout le centre-ville, provoquant une importante indignation. Les arrestations en masse ont également beaucoup choqué, ainsi que de nouveaux cas de torture aux coins de plusieurs rues. La colère ne cesse de monter contre l’autoritarisme du pouvoir et de sa police. De plus, jeter massivement du gaz lacrymogène sur une manifestation qui scande « Je n’ai plus d’oxygène, j’étouffe », c’est jeter de l’huile sur le feu, surtout quand, parmi les nombreuses personnes gazées se trouvent des dizaines d’enfants dans des poussettes et plusieurs familles des victimes.


Forte répression ce dimanche en Grèce
Après avoir essayé d’enterrer l’affaire et d’empêcher les poursuites contre les hauts-responsables, le gouvernement grec panique maintenant de plus en plus face au mécontentement généralisé de la population. Sa volonté de nous empêcher de filmer ou photographier certaines choses est symptomatique de l’évolution du régime, à l’instar de ce qui s’est passé pour Marios et pour beaucoup d’autres journalistes indépendants avant lui (par exemple, plusieurs des créateurs du film Nous n’avons pas peur des ruines se sont retrouvés à l’hôpital, blessés suite à des charges latérales avec l’objectif de provoquer des mauvaises chutes, alors que nous étions en train de filmer sans comprendre ce qui nous arrivait, comme le confirment des dizaines de témoins). La pseudo liberté de la presse continue de fondre comme neige au soleil, mais nous ne baissons pas les bras, bien au contraire, avec toujours plus de soutien dans une population qui semble se réveiller d’un sommeil forcé, chaque jour plus nombreuse à prendre conscience de la situation globale et à protester.
En Grèce comme ailleurs, beaucoup de monde comprend de mieux en mieux que ce système politique est à bout de souffle, qu’il n’est pas réellement démocratique mais profondément autoritaire et qu’il est capable de bien pire dès qu’il se sent en danger. Bien sûr, ni en Grèce ni en France, nous ne sommes encore au degré le plus violent, celui d’une dictature qui élimine physiquement ses opposants. Mais la montée du fascisme est bien là, visible, palpable, mystificatrice et décidée à frapper toujours plus fort. Ce système économique et politique ne cesse de creuser les inégalités, partout dans le monde, et de nous conduire dans l’impasse. Il n’arrive plus à bercer d’illusions la masse des exploités et a donc décidé d’utiliser massivement son joker, une fois de plus : en montrant du doigt des boucs-émissaires parmi les plus précaires et en lâchant ses partisans les plus enragés contre toutes celles et ceux qui menacent ses intérêts. L’enjeu actuel est donc, plus que jamais, la prise de conscience de ce qui se déroule sous nos yeux : un durcissement du capitalisme et de la société autoritaire qui franchit de nouveaux paliers, d’année en année ; le conditionnement de ses forces répressives, principales et auxiliaires ; la transformation du sourire carnassier des puissants en une grimace inquiète et jusqu’au boutiste. Le masque est en train de tomber. Et sous ce masque, il n’y a jamais eu autre chose que le mépris et le plaisir de dominer. Derrière les oripeaux de la société de consommation et du bourrage de crâne télévisé sous le contrôle des milliardaires, il y a, en réalité, un refus absolu de nous laisser prendre nos vies en mains. Derrière les discours polis et démagogues, il y a le visage de la mort. Sous le masque de nos principaux dirigeants, il y a le fascisme. Voilà pourquoi nous manquons d’oxygène dans cette société absurde et mortifère. Voilà pourquoi nous sommes de plus à plus nombreux à vouloir sortir de la préhistoire politique de l’humanité.
 
Ce n’était pas un malheur arrivé par hasard, c’était un crime !
UN NOUVEAU SLOGAN QUI VA PLUS LOIN QUE SON SENS PREMIER

La Grèce a été le berceau du germe de la démocratie. Une démocratie très imparfaite, en particulier parce qu’elle était réservée à 10% de la population athénienne : uniquement les hommes libres payant des impots. Mais, à la différence de sa pâle copie contemporaine, c’était une démocratie directe. Et y participer activement était un devoir, une nécessité et même un plaisir parfois. À l’inverse, parler aujourd’hui de démocratie représentative est un oxymore : c’est une association de deux mots qui n’ont rien à voir et se contredisent profondément. Il n’y a de vraie démocratie que directe, en gérant nos affaires nous-mêmes. Si en Europe occidentale, vous manquez également d’oxygène, si vous étouffez dans cette société liberticide et inégalitaire, si vous voulez essayer de changer le cours des choses, c’est le moment de le dire en reprenant notre slogan. Un même slogan par-delà les frontières qui prétendent nous diviser. Un slogan pour dire stop. Un slogan pour appeler à un autre futur que celui qu’on veut nous imposer en ce moment. Parce qu’il y a des fleurs dans les ruines du vieux monde et parce que nous portons ensemble un monde nouveau dans nos cœurs, reprenons ensemble ce slogan : « Nous n’avons pas d’oxygène. » Solidarité avec Marios Lolos et toutes les autres victimes des puissants qui nous étouffent et que nous finirons, tôt ou tard, par renverser. Maud et Yannis Youlountas avec le collectif filmique et plusieurs intervenants du film Nous n’avons pas peur des ruines
 
DES NOUVELLES DU PROCHAIN CONVOI SOLIDAIRE
Le prochain convoi solidaire vers la Grèce partira début avril. Si vous avez envie de venir avec votre fourgon ou véhicule utilitaire, pensez à vous présenter à : solidarite@anepos.net Attention : les frais de la traversée entre Ancona et Patras (ou Igoumenitsa pour celles et ceux qui vont livrer le nord de la Grèce) ont encore augmenté. Nous vous conseillons de faire des estimations avant de vous engager (par exemple, jetez un coup d’oeil sur le budget calculé par mappy itinéraire jusqu’à Ancona, ainsi que le budget du ferry selon la taille de votre véhicule, mais n’allez pas jusqu’à réserver car nous prendrons ensemble un même ferry et pas n’importe lequel). Nous recherchons également des personnes qui auront l’occasion d’aller à Martigues en provenance de divers coins de France et de Belgique dans les prochaines semaines. Le but est de nous aider à la mise en place des points collecte qui se préparent actuellement. La liste complète des points collecte sera donnée prochainement. Si vous pouvez participer, faites nous signe (sans oublier de nous préciser votre téléphone) : solidarite@anepos.net
 
SUPPLÉMENTS À LA LISTE DES BESOINS POUR LE CONVOI SOLIDAIRE
La liste des besoins est disponible ici :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique38 Les principaux lieux et collectifs déjà aidés sont là :
http://paspeurdesruines.net/spip.php?rubrique12 

On vient de nous transmettre des besoins supplémentaires : 
1- Les pompiers anarchistes de Rouvikonas sont à la recherche de Biafine, de Riopane, de spray spécial contre les brûlures, de sérum physiologique pour les yeux, de Doliprane et d’extincteurs (même petits). 

2- Plusieurs cuisines sociales gratuites sont à la recherche de pâtes, riz et légumineuses, mais aussi d’épices et, éventuellement, de noix et d’autres fruits secs.  
L’un des très nombreux sans abri dans les rues d’Athènes, le 2 janvier 2025, durant une maraude à laquelle j’ai participé, avant de rentrer en France pour la tournée 
3- Plusieurs collectifs sont à la recherche de téléphones mobiles, même des vieux modèles, mais sans oublier le chargeur 😉 

4- Nos bibliothèques sociales multilingues en Grèce recherchent actuellement des livres en français, mais aussi anglais, arabe, allemand et perse. Nous remercions tous les auteurs et autrices francophones qui nous ont déjà donné des ouvrages, ainsi que plusieurs éditeurs, notamment les Éditions Libertaires. Nous remercions particulièrement nos amis du Club du Livre Libertaire qui ont lancé cette idée dès le début de la tournée du film pour compléter les rayons des bibliothèques sociales multilingues en Grèce, mais aussi pour nous donner plus de moyens d’agir et pour amplifier notre travail d’éducation populaire. Un grand merci à toutes et tous. Les livres et autres dons peuvent aussi être directement envoyés à l’adresse : Anepos – Action Solidarité Grèce – 6 allée Hernando 13500 Martigues (si vous avez des questions ou hésitations sur quelque chose, contactez-nous au 0624066798 ou 0618268495, en cas d’absence, laissez un message sur le répondeur, nous vous rappellerons). 

5- Les couches pour bébé les plus nécessaires en ce moment sont les n°3, 4 et 5. Le lait infantile qui manque le plus est le 2ème âge (surtout 6 mois à 18 mois). 

6- La section féministe de Rouvikonas remercie les personnes et collectifs qui ont participé aux livraisons passées de serviettes féminines, à plusieurs reprises. Des serviettes féminines qui ont ensuite été distribuées par la section féministe de Rouvikonas dans Athènes, dans le cadre de la propagation de nos idées parmi les précaires. D’autres livraisons seraient les bienvenues, à l’occasion du prochain convoi solidaire. 

7- Plusieurs squats et lieux autogérés recherchent aussi des machines à laver, cuisinières électriques, micro-ondes et frigos. Mais contrairement aux petits dons, le fourgon principal de la tournée du film ne peut pas les ramasser lors des projections-débats. C’est aux membres du convoi solidaire qui préparent leur départ en Grèce de ramasser autour d’eux, dans leur zone, le matériel électroménager encombrant. Idem pour les vélos (plutôt des tailles adultes si possible).
Merci de nous éviter d’avoir à faire des réparations sur ces appareils et véhicules juste avant le départ, car nous avons beaucoup d’autres choses à faire (préparation et spécialisation des fourgons pour livrer ici et là, mini formation des nouveaux par les anciens, organisation d’événements, concerts et repas, pour aider à collecter des fonds, etc.). L’idéal est de nous transmettre des choses déjà prêtes à être livrées. Merci d’avance. 

8- Par le passé, on nous a déjà transmis de la peinture. Ne pas hésitez à nouveau, si vous en avez sous la main, bien sûr (rouge et noire de préférence). Mais surtout n’en achetez pas : d’une part c’est lourd et d’autre part, mieux vaut permettre aux collectifs d’acheter sur place ce dont ils ont le plus besoin. Il est aussi arrivé qu’on nous demande de faire passer une bouteille de vin ou de bière à un personnage du film : pas de souci également… avec modération 😉
PROPAGER LE FILM ET SES IDÉES AU-DELÀ DES FRONTIÈRES
Donnez les moyens au film Nous n’avons pas peur des ruines d’être présenté hors de France et de Grèce : https://www.gofundme.com/f/donnez-les-moyens-au-film-detre-presente-ailleurs-en-europe Texte de l’appel : « Les traductions du film se terminent ou sont déjà terminés dans une douzaine de langues (un immense merci aux équipes de traductions). D’autres suivront. Les demandes de projection du film en présence du réalisateur, hors de France et de Grèce, se multiplient par dizaines pour les semaines et les mois à venir. Nous en recevons encore plus que pour les trois films précédents, avec presque toujours la demande que le film soit accompagné par un intervenant grec et/ou par le réalisateur Yannis Youlountas. Cependant, ces déplacements sont couteux, beaucoup plus qu’à l’intérieur de la France et de la Grèce, et la plupart des lieux qui nous sollicitent ont des moyens limités : centres sociaux autogérés, cinémas associatifs, squats, lieux de lutte, zones à défendre, centres culturels autogérés, collectifs solidaires… Beaucoup ont prévu de participer aux frais de déplacement, bien sûr, mais très peu sont ceux qui peuvent rassembler le montant nécessaire à chaque fois. Même les voyages en train coutent très cher en Europe. Par exemple, les 4 déplacements en train : de Macon à Amsterdam, puis Amsterdam à Marburg, puis Marburg à Louvain, puis Louvain à Macon, ont coûté 1185 euros pour deux intervenants et étaient à partager entre trois rendez-vous, dont deux lieux autogérés aux faibles moyens. Résultat : nous avons reçus 680 euros au total pour cela durant les trois rendez-vous, soit un peu plus de la moitié des frais de déplacement. Sur cette mini tournée en Europe, nous sommes donc en déficit de 500 euros. Mais ces déplacements étaient nécessaires pour aider à lancer le film dans ces pays (première au Pays-Bas, première en Allemagne et première en Belgique flamande). Et cette mini tournée est loin d’être le plus coûteux des projets qu’on nous demande à travers le continent ! Voilà pourquoi nous sollicitons exceptionnellement votre soutien pour permettre au film Nous n’avons pas peur des ruines d’être présenté dans un maximum d’endroits, hors de France et de Grèce, dans les prochains mois, y compris des endroits modestes, squats et lieux autogérés, qui n’ont pas beaucoup de moyens. Si nous pouvions au moins arriver à la moitié de l’objectif (4000 euros sur 8000), cela nous permettrait de répondre favorablement à des demandes essentielles pour la diffusion du film et la propagation de ses idées.Nous nous adressons uniquement à celles et ceux qui peuvent nous aider à cela. Si vous êtes dans une situation précaire, ne vous mettez pas plus en danger financièrement. Faites circuler l’info. C’est aussi une façon de nous aider. Merci d’avance,

Grèce report de chimiothérapie faute de lits

Thessalonique : mensonges de Georgiadis sur les reports de chimiothérapie faute de lits

par Christos Avramidis

De nouveaux incidents de santé publique sont constamment révélés, avec le dernier incident impliquant une patiente atteinte d’un cancer à l’hôpital de cancérologie Theageneio de Thessalonique qui l’a appelée moins de 24 heures avant son rendez-vous de chimiothérapie prévu pour le reporter, « parce qu’il n’y avait pas de lit d’hôpital », selon la plainte de son fils.

Le journaliste Christos Avramidis a rendu la plainte publique après avoir recoupé les informations rapportées.

hébreu

Le ministre de la Santé, Adonis Georgiadis, a traité personnellement la plainte,  réfutant le journaliste avec un tweet connexe , citant même des données de l’administration de l’hôpital.

Malheureusement pour lui,  le médecin de l’hôpital, Anastasios Butis, a répondu nommément au ministre que certains traitements étaient effectivement reportés . La plainte est donc tout à fait vraie et le ministre de la Santé a encore une fois été surpris en train de mentir.

Source: koupandoras.gr

Grèce : la deuxième mort de Syriza, ou de la tragédie à la farce

Par Stathis Kouvélakis

Syriza traverse actuellement ce qui pourrait bien être sa crise finale après l’élection à sa tête d’un ancien trader : Stefanos Kasselakis. Celui-ci a pris la succession d’Alexis Tsipras après la déroute électorale récente du parti, en bénéficiant d’un large soutien des médias dominants et d’un système de « primaire interne » qui permet à toute personne s’inscrivant en ligne et payant la somme de deux euros de participer à l’élection du chef du parti.

Stathis Kouvélakis analyse dans cet article ce qui apparaît d’ores et déjà comme la « deuxième mort » de Syriza, la première renvoyant à la capitulation en rase campagne de l’été 2015 face à la Troïka (Banque centrale européenne, Fonds monétaire international et Commission européenne). Celle-ci conduisit Tsipras à mener une politique d’une extrême brutalité pour les classes populaires et, ainsi, à transformer Syriza de parti de la gauche radicale en parti de l’austérité néolibérale.

***

On connait sans doute les phrases par lesquelles commence le Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte de Marx : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire surgissent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d’ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce ».

Ce « quelque part » fait référence à un passage des Leçons sur la philosophie de l’histoire qui établit un parallèle, d’une part, entre le passage de Rome de la république à l’empire et celui de la France de la monarchie à la république, et, de l’autre, entre le destin de César, celui de Napoléon et celui de la dynastie des Bourbons. Selon Hegel, le meurtre de César est censé ramener la république, en mettant fin au pouvoir personnel, mais il aboutit à sa fin irrévocable et à l’instauration du régime impérial, d’un césarisme sans César que le meurtre de celui-ci a rendu possible. Napoléon et les Bourbons sont chassés deux fois du pouvoir, et ce n’est qu’au terme de cette réitération que l’irréversibilité de la fin du pouvoir qu’ils ont incarné est véritablement actée.

Hegel en tire une sorte de loi de l’histoire selon laquelle « la répétition réalise et confirme ce qui au début paraissait seulement contingent et possible »[1]. Un événement n’est définitivement enregistré que lorsque, par sa répétition, sa nécessité, c’est-à-dire son caractère irréversible, est reconnue. Cette répétition n’est en fait jamais une répétition à l’identique, elle s’effectue toujours sous une forme déplacée.

Toutefois, l’idée d’un passage de la tragédie à la farce est, pace Marx, déjà bien présente chez Hegel, qui caractérise la « Restauration » des Bourbons de « farce qui a duré 15 ans »[2]. La normalité propre à l’ère bourgeoise tend à refouler les moments troubles qui ont scandé son émergence. Pour autant, si toute idée de retour en arrière s’avère illusoire, cette illusion fait elle-même partie du processus qui, par le jeu de la répétition, enregistre la césure de l’événement.  

Le désastre que vit la Grèce, et en particulier la gauche grecque, depuis le terrible été 2015 apparaît comme un cas d’école de cette « ruse de la raison historique ».

Entre les deux morts, la séquence 2015-2023 

La dernière en date des tragédies d’un pays qui en a connu bien d’autres est donc survenue en ce terrible été 2015,  lorsqu’Alexis Tsipras capitule en rase campagne face à la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne, Fond Monétaire International), et accepte un plan néolibéral de choc (connu en tant que « 3e Mémorandum ») bien pire que celui que l’électorat grec venait de rejeter quelques jours auparavant, lors du référendum du 5 juillet. Mais l’ampleur de la catastrophe était telle qu’elle fit l’objet d’un déni, habilement cultivé par Tsipras et ceux qui l’ont suivi au sein de son parti, avec l’appui enthousiaste des classes dominantes grecque et européennes.

Syriza a pu ainsi remporter le scrutin anticipé de septembre 2015 en laissant croire que l’acceptation du 3e Mémorandum n’était qu’un recul tactique et en promettant de mettre en œuvre un « programme parallèle », censé neutraliser ses retombées négatives. Les quatre ans qui ont suivi ont toutefois été marqués par l’application à la lettre des recettes néolibérales draconiennes gravées dans le marbre de cet accord, sans la moindre mesure compensatoire, transformant la Grèce en pays modèle du néolibéralisme au sein de l’UE.

L’électorat sanctionne lourdement Syriza au scrutin européen de mai 2019, en le plaçant (à 23,7% contre 35,6% en septembre 2015), dix points derrière une droite revigorée, assurée de revenir au pouvoir. Sentant le vent du boulet, Tsipras bouscule de quelques mois le calendrier électoral et appelle à un scrutin législatif anticipé pour juillet. La manœuvre porte ses fruits, ou du moins quelques-uns.

Certes, Syriza sort perdant, à près de neuf points derrière Nouvelle Démocratie. Mais il progresse de près de huit points par rapport aux européennes, atteignant un score inespéré de 31,5%. La perspective d’un retour de la droite au pouvoir a suscité un ultime réflexe de vote-barrage. Ce réflexe s’était nourri de la réaction suscitée par les manifestations nationalistes du printemps précédent contre l’accord signé avec la République de Macédoine du Nord, qui avaient vu se constituer un front commun entre l’extrême droite et les secteurs les plus radicaux de Nouvelle Démocratie.

Ce score a créé l’illusion, propagée conjointement par Syriza et le système politico-médiatique, selon laquelle on assisterait au retour à un système bipartisan comme celui que le pays avait connu des années 1970 à la crise de 2010. A la seule différence que c’était désormais le parti d’Alexis Tsipras qui était censé occuper la place qui fut naguère celle du Pasok, celle d’une force d’alternance gouvernementale face à la droite. 

Cette illusion renvoyait de fait à une autre, plus profonde : celle qui refusait d’admettre le caractère irréversible de ce qui s’était passé l’été 2015, et qui s’était prolongé lors des quatre années qui avaient suivi, à savoir la mutation de Syriza d’un parti de la gauche radicale en véhicule d’une forme particulièrement dévastatrice de néolibéralisme, assortie d’une mise sous tutelle du pays pendant plusieurs décennies[3].  

Mai-juin 2023 : le naufrage électoral

L’effondrement électoral de Syriza au scrutin de mai 2023, confirmé et aggravé dans celui qui a suivi (de 31,5% en 2019 à 20% en mai puis à 17,8% en juin), a mis fin à cette illusion. Au cours des quatre années précédentes, Syriza s’était contenté de mener une opposition superficielle, ne contestant aucune orientation de fond de la droite.

Au parlement, ses députés ont voté 45% des lois proposées par le gouvernement de Mitsotakis, y compris les plus emblématiques comme celle autorisant la vente à un prix symbolique du terrain de l’ancien aéroport d’Elliniko à l’oligarque Yanis Latsis, associé à des capitaux qataris, ou les pharaoniques contrats d’armement, d’un montant de près de 15 milliards à ce jour, qui ont conduit au doublement du budget de la défense entre 2020 et 2022. Syriza s’est chargé lui-même de rappeler quotidiennement que la capitulation de 2015 et son mandat gouvernemental ne constituaient en rien une « parenthèse » forcée mais bien une rupture qui n’admettait aucun retour en arrière. 

Par ailleurs, Tsipras a engagé une mutation de la structure organisationnelle de Syriza en ouvrant largement le parti à des personnalités « centristes », en général issues du Pasok, qui avaient approuvé tous les Mémorandums signés avec la Troïka lors de la période 2010-2015. Le nom du parti a été modifié en 2020 en « Syriza-Alliance progressiste », avec l’ambition d’en faire une force capable de couvrir l’espace du « centre-gauche » et d’apparaître comme une force d’alternance stable. Et, surtout, Tsipras a instauré en 2022 un système de « primaire interne », ouverte à toute personne s’inscrivant en ligne et payant la somme de deux euros.

Seul candidat, Tsipras est élu président du parti par une « base » fictive de 170 mille personnes – jusqu’à l’été 2015 Syriza comptabilisait 35 000 membres, mais il s’agissait alors de vrais membres affiliés à une section locale ou d’entreprise. A la tête d’un parti vidé de toute substance militante et transformé en machine électorale au service du leader, Tsipras pensait aborder avec une relative sérénité les scrutins de 2023. L’objectif était sinon de gagner une majorité, du moins être en mesure de constituer une coalition gouvernementale « progressiste » avec le Pasok et accoucher ainsi d’un pôle de centre-gauche sur le modèle du PD italien. 

Dans ce contexte, la double déroute de mai et juin 2023, la seconde amplifiant la première, a provoqué un séisme interne. Dans une ambiance lugubre, Tsipras démissionne quelques jours après la gifle électorale de juin. Il laisse un parti démoralisé et, surtout, dépourvu d’identité et de repères autres que le culte du leader et l’obsession de revenir au pouvoir.

De nouvelles « primaires » sont convoquées pour septembre, et une proche de Tsipras, Efi Achtsioglou, se présente comme la successeure désignée, bénéficiant de l’appui de l’appareil. Elle fait partie du groupe de quadras qui ont accédé à la notoriété en occupant d’importants portefeuilles ministériels entre 2015 et 2019. Elle-même, en tant que ministre du travail, a lié son nom à deux lois qui restreignent drastiquement le droit de grève (désormais soumis à un vote préalable des membres du syndicat, sur le modèle des lois Thatcher) et suppriment les négociations tripartites (syndicats-patronat-Etat) sur le SMIG, désormais fixé par décret. 

Tout paraissait joué, jusqu’à ce qu’un outsider absolu, Stefanos Kasselakis se déclare candidat à la fin août et remporte aisément le scrutin (qui s’est déroulé en deux tours, selon les règles fixées en 2022). Que s’est-il passé ?

Qui est Stefanos Kasselakis ?

Dans les conditions actuelles d’affaiblissement au niveau mondial des partis politiques, le succès d’un outsider comme Kasselakis pourrait paraître trivial. Il l’est toutefois moins si on prend en compte ce qui fait la singularité du personnage et de son ascension éclair sur la scène politique. L’originalité du cas consiste en ce que l’outsider en question ne fonde pas une nouvelle formation, par-delà les clivages établis du champ politique, mais, défiant toute prévision, parvient à s’imposer à la tête d’un parti héritier d’un courant historique de la gauche et qui, malgré son affaiblissement, reste la principale force d’opposition au parlement grec. 

A première vue, le succès de Kasselakis se présente comme une simple combinaison des techniques de com qui font l’essence de la « post-politique » actuelle. Jeune, riche, sportif, ouvertement gay (mais sans promouvoir d’agenda LGBT+ particulier), Kasselakis paraît incarner lui-même l’« image » de nouveauté, celle du « rêve grec » qu’il promet à ses partisans.  La campagne-éclair qui l’amène à la présidence de Syriza est entièrement basée sur des petites vidéos (six, soit un total 43 minutes), de rares interviews (il arrête rapidement un exercice qui le met en difficulté), et, avant tout, sur le recours intensif aux réseaux sociaux.

Le candidat-surprise est aussitôt adoubé par les médias audiovisuels, qui lui assurent une visibilité extraordinaire, entièrement basée sur l’étalage complaisant de son style de vie (son chien, son mari, sa salle de fitness, ses sorties etc.). Son discours est à l’image de sa campagne : il se présente comme un visage neuf, « l’homme capable de battre Mitsotakis », dégagé de tout « boulet idéologique » à l’opposé des « hommes (et femmes) d’appareil » qu’il affronte dans le cadre des primaires de Syriza.  

Lors des interviews, son ignorance des sujets les plus élémentaires de la politique grecque est flagrante. Malgré son succès supposé dans le monde des affaires, il semble ignorer le montant du taux d’imposition des sociétés en Grèce et, nonobstant les saillies « patriotiques » dont il parsème ses discours, il n’a qu’une vague idée des problèmes qu’affronte le pays dans ses rapports avec la Turquie. Ses propositions sont aussi floues que sommaires, mais toutes s’insèrent dans la grammaire néolibérale : moins d’impôts, suppression du service militaire obligatoire et promotion d’une armée de métier, « égalité des chances » et « rêve grec pour tous ».

Peu après son élection à la présidence du parti, il prononce devant l’assemblée générale annuelle du patronat grec un discours remarqué, qui dissipe le nuage de fumée qui a entouré sa campagne. Il y défend une vision qui « ne diabolise pas le capital et le voit comme un outil pour la prospérité, pour la réduction des inégalités à travers une croissance forte ». Selon cette version de la « théorie du ruissellement », le « mot travail doit être un appel à la ‘collaboration’, pour un nouveau contrat social par lequel les travailleurs participent activement à la croissance de l’entreprise ». 

La clé du succès de Kasselakis se trouve sans doute dans cette adéquation entre un discours à peu près vide de contenu, au sens où il se contente de surfer sur les clichés (au sens imagé) du néolibéralisme, et son incarnation dans un visage juvénile, dépourvu de toute épaisseur, donc entièrement modelable (et modelé) par les techniques de la com. Il apparaît comme la transposition dans le champ de la politique de la figure de l’« ambianceur », pour reprendre une catégorie de Nicolas Vieillescazes : quelqu’un qui diffuse une certaine vision, en l’occurrence néolibérale, mais de façon vague, quasiment subreptice, qui évite toute affirmation et propos « clivant » et se fond ainsi dans l’ « ambiance » régnante, puissamment aidé en cela par son (apparente) absence de passé. Davantage qu’une véritable singularité, Kasselakis apparaît comme un produit d’algorithmes, simple figuration de la logique anonyme du système politique et de l’ordre social dont il est l’expression. 

Si Kasselakis a pu s’en tenir pendant sa courte campagne pour la présidence de Syriza (à peine plus de deux semaines) à un discours infra-politique, c’est qu’il est lui-même un inconnu à peu près complet non seulement sur la scène politique mais aussi dans la vie publique du pays. Sa désignation par Alexis Tsipras sur les listes de Syriza (dans une position non-éligible) aux scrutins de mai et juin 2023 au titre de personnalité de la diaspora[4] est passée à peu près inaperçue.

Ayant quitté la Grèce à l’âge de 14 ans, il est résident permanent aux Etats-Unis jusqu’au début de l’année dernière. C’est dans ce pays que s’est déroulée la totalité de sa carrière professionnelle, qui l’a vu passer du statut de trader de la Goldman Sachs à celui d’armateur, une trajectoire qui lui donne l’aura du self-made man dont il ne cesse de se prévaloir. Pourtant, un voile d’opacité entoure la nature exacte de ses activités entrepreneuriales.

De récents reportages de la presse grecque pointent une structure labyrinthique de sociétés au statut juridique complexe, dont les principales sont basées au Delaware, un  Etat de la côte Est des Etats-Unis connu pour son statut de paradis fiscal et pour la règle de confidentialité qu’il applique quant à la propriété des sociétés qui y sont enregistrées. Tout cela au mépris de la législation grecque qui interdit aux élu.es et aux dirigeant.es de partis représentés au parlement d’être propriétaires de sociétés dont le siège se trouve hors du pays.

Même le passage par la Goldman Sachs est controversé : Kasselakis aurait été licencié pour « performance insuffisante », alors que lui-même assure l’avoir quittée de son propre gré pour reprendre des études supérieures. De même, il apparaît que, loin d’être le self-made man qu’il prétend, son entrée dans le monde des affaires s’est effectuée grâce à l’appui de la société de son père et à celui du puissant armateur Marcos Nomikos.

Que sa trajectoire ait été celle d’un capitaine ou, plus vraisemblablement, celle d’un chevalier d’industrie, Kasselakis n’est pas un inconnu au sein de la communauté gréco-étatsunienne. Il a tenu pendant des années une chronique consacrée à l’économie dans son organe emblématique, The National Herald, un quotidien ultra-conservateur (et soutien notoire de la dictature des colonels qui a sévi de 1967 à 1974) mais qui entretient de puissants liens « bipartisans » avec l’establishment politique et économique étatsunien. Kasselakis y publie ses chroniques parfois sous son nom, parfois sous le pseudo d’Aristotelis Oikonomou, en hommage à l’armateur mythique Aristotelis Onassis

La presse grecque a abondamment fait état de ses publications passées, qui ne laissent aucun doute sur son positionnement idéologique et politique – même si l’effet de ces révélations a été habilement neutralisé par le tapage communicationnel qui a entouré sa campagne. Tout au long de la crise des années 2010-2015, Kasselakis a vigoureusement défendu la thérapie de choc de la Troïka, jugeant que les salaires grecs sont trop élevés (y compris le salaire minimum), et que les licenciements de fonctionnaires et les coupes dans les services publics imposés par la thérapie de choc étaient « insuffisants ».

Il proposait comme modèle la politique économique de Reagan et la création d’universités privées. Il considérait Syriza, et en particulier Alexis Tsipras, comme un « danger » pour le pays comparable à celui que Trump représentait pour les Etats-Unis (lui-même était pourtant enregistré comme électeur républicain à New York de 2013 à 2019). Il avait affiché, en 2015, son soutien à l’actuel premier ministre Konstantinos Mitsotakis lors des primaires de la droite et salué, en 2019, la victoire de Nouvelle Démocratie (dirigée par Mitsotakis), lorsqu’elle succède au pouvoir à Syriza.

Dans un entretien accordé en juillet 2023 à l’édition en langue anglaise du quotidien athénien Kathimerini, alors qu’il s’était déjà présenté comme candidat sur les listes de Syriza, il se targue de « son excellente relation avec Mitsotakis, qui date de 2012, quand il était simplement député ». Dans le même entretien, il déclare avoir accepté la proposition de Tsipras de figurer sur les listes de son parti car il « pense qu’avec lui (Tsipras) nous pourrions créer l’équivalent grec du Parti Démocrate [étatsunien], qui pourrait mettre en œuvre un ensemble de changements politiques allant de projets de loi bipartisans sur l’économie et la réforme de la justice à des protections progressistes sur les droits de l’homme, le logement, la pauvreté, etc. ».

L’aboutissement d’un long délitement

L’élection d’une telle personnalité à la tête d’un parti comme Syriza, qui compte 20 ans d’existence et plonge ses racines dans l’histoire mouvementée de la gauche communiste grecque, a bien quelque chose de vertigineux. De la tragédie on est effectivement passé à la farce, mais le spectacle a continué à attirer des spectateurs. Il s’est en effet trouvé 70 mille personnes pour soutenir Kasselakis lors du second tour des primaires (56% du total) contre 56 mille à sa rivale, Efi Achtsioglou. Comment expliquer cette adhésion ?

Il faut tout d’abord mentionner la déstructuration idéologique profonde induite par le cynisme impudent d’une formation de la « gauche radicale » qui renie ses engagements fondamentaux, bafoue le résultat d’un référendum qu’elle a elle-même organisé, et s’accroche au pouvoir pour poursuivre la politique néolibérale d’une grande brutalité engagée par ses prédécesseurs. La perte de repères qui s’ensuit nourrit le nihilisme et les mues les plus improbables, y compris au sein de ce qui restait de l’électorat de Syriza.

Vient ensuite l’impact de la procédure de la primaire qui substitue au principe d’un parti constitué de militants souverains celui d’un agrégat anonyme et atomisé, constitué de membres fantômes à deux euros, aisément manipulable par les médias et le buzz des réseaux sociaux. Sans la figure de Tsipras, qui maintenait l’apparence d’une continuité, le parti centré autour de son leader est apparu pour ce qu’il était devenu : une coquille vide.  

Avec ce mélange d’inconscience et de sincérité qui caractérise les outsiders, Kasselakis a déclaré  que « si Syriza fonctionnait correctement, s’il avait une base sociale, une réserve de cadres et de jeunes, il y aurait évidemment quelqu’un d’autre qui aurait pris la place que j’occupe aujourd’hui. Le fait que j’aie été élu n’est pas un signe de bon fonctionnement. Je l’admets. Si j’ai été élu, c’est parce que les gens voulaient quelque chose de différent ».

Toutefois, la victoire d’un candidat aussi improbable n’a été possible que du fait du discrédit de ses concurrents. Usés par un exercice du pouvoir impopulaire, ayant appliqué sans broncher des politiques néolibérales aux antipodes complets des engagements de Syriza, ils et elles en ont payé le prix lorsque le désastre électoral est survenu. Incarnant la continuité et une forme de légitimité « partidaire », Efi Achtsioglou en particulier pensait que les primaires seraient une promenade et menait une campagne routinière et « centriste ».

C’est précisément ce qui l’a conduit à la défaite : brocardée en tant que représentante d’une ligne et d’une équipe qui avait échoué, elle n’avait pas grand-chose à opposer à la « guerre-éclair » communicationnelle d’un Kasselakis, avec son profil d’« homme neuf », vierge de tout lien avec le Syriza de gouvernement, adossé au système médiatique mais bénéficiant également de la bienveillance implicite de Tsipras. Sa défense de « l’identité de gauche » du parti ne pouvait qu’apparaître que comme le reliquat démonétisé d’une époque révolue.

La force de Kasselakis a été précisément d’affirmer la rupture avec une identité devenue sans objet. Une fois de plus, l’injonction que le « révisionniste » Eduard Bernstein lançait à la socialdémocratie allemande à la fin du 19e siècle – « qu’elle ose paraître ce qu’elle est » – a fait la preuve de son efficacité. Profitant du désarroi créé par la déroute électorale, le candidat surprise a su mobiliser les procédures mises en place par Tsipras pour construire une base de supporters à partir des technologies qu’appellent ces mêmes procédures : le buzz des réseaux sociaux et le tapage médiatique.

Son succès illustre ce que Gramsci appelait un processus déjà bien avancé de « transformisme » et dont la racine n’est pas à chercher ailleurs que dans la capitulation de l’été 2015. C’est aussi la raison pour laquelle son OPA sur Syriza a bénéficié, dans un premier temps (mais qui était le plus crucial), de la bienveillance de Tsipras et du soutien de ses plus proches collaborateurs au sein du cercle dirigeant.

Syriza sous le leadership de Kasselakis  

Si l’on appliquait à Kasselakis les critères dont il se réclame lui-même, le bilan de ses six premiers mois à la présidence du parti est pour le moins décevant, si ce n’est catastrophique. Les élections régionales et municipales d’octobre dernier ont été une humiliation pour le parti, qui a perdu le peu de bases municipales qui lui restaient.

Presque partout il a été dépassé par le Pasok, qui a remporté un succès spectaculaire et inattendu en délogeant (au second tour) la droite de la municipalité d’Athènes, l’ex-maire n’étant autre que le neveu du premier ministre Mitsotakis. Pire, Syriza est talonné au niveau national par le Parti communiste, qui connaît un redressement sensible et contrôle actuellement cinq municipalités importantes, dont celle de Patras, 3e ville du pays (conquise en 2014). Suite à ce premier test électoral, Syriza est relégué en 3e position (autour du 12%) dans la quasi-totalité des sondages, à deux points en moyenne derrière le Pasok. 

Ce qui a fait la une des médias au cours des mois qui ont suivi, ce ne sont plus tant les opérations de com’ de son président (malgré la publicité accordée à l’anniversaire de son chien Farly…) mais les déboires internes du parti et les révélations sur ses activités professionnelles aux Etats-Unis. Son élection a été suivie de vagues de départ de Syriza (pendant plusieurs semaines, la presse publiait quasi-quotidiennement des lettres collectives de départ signées par des dizaines, parfois des centaines de membres), des exclusions de députés, et rapidement, par le départ des principaux courants « historiques » : « Parapluie », qui se voulait l’aile gauche du parti (son candidat, Euclide Tsakalotos, ancien ministre de l’économie et des finances, avait recueilli 8,3% des voix lors du 1er tour des primaires), et le groupe dit « 6+6 », qui regroupe les quadras de l’ancienne direction autour de Tsipras, dont la candidate, Efi Achtsioglou, a affronté Kasselakis lors du second tour des primaires (elle avait obtenu 36% lors du premier).

Ces deux courants ont d’abord créé un groupe parlementaire, avec 11 députés sur les 47 élus sous l’étiquette Syriza en juin 2023, puis un parti nommé « Nouvelle Gauche ». Celui-ci a tenu sa première conférence nationale début mars et élu à sa tête Alexis Charitsis (47 ans), qui a détenu divers portefeuilles dans les gouvernements Tsipras.

Bien que se voulant garante de l’« identité de gauche », qu’elle accuse Kasselakis d’avoir abandonnée, Nouvelle Gauche se veut également la meilleure défenseure du bilan gouvernemental de Syriza, auquel ses principaux dirigeants restent associés. L’argument est que la cause de la crise du parti remonte à 2019. Seraient en cause l’incapacité à mener une opposition crédible et la politique d’« ouverture vers le centre » impulsée par Tsipras, ainsi que la transformation de l’organisation en machine au service du leader. La capitulation de 2015 et les quatre années de politiques néolibérales drastiques qui ont suivies font l’objet d’un non-dit, si ce n’est d’un déni. La proposition politique de Nouvelle Gauche revient en fin de compte à entretenir l’illusion d’un possible « tsiprisme sans Tsipras », dans la continuité du « Syriza de gouvernement » des années 2015-2019.

Par contraste, le Syriza de l’ère Kasselakis joue une carte de distanciation partielle avec le bilan du Syriza au pouvoir. Flirtant avec une rhétorique populiste, il dénonce certains aspects de la politique de la période 2015-2019 qui ont particulièrement affecté les couches moyennes (surtaxation des professions libérales et des indépendants) ou les retraités. Naviguant au gré des sondages et des trouvailles des communicants, le « progressisme » du « nouveau » Syriza offre une combinaison de platitudes néolibérales agrémentées d’une pincée de populisme.

Parmi les principaux appuis de l’actuel président issus de l’ancien Syriza, on trouve Pavlos Polakis, ancien ministre de la santé. Personnage histrionesque maniant constamment l’insulte sur les réseaux sociaux , il y relaie l’argumentation des antivax ainsi que des propos nationalistes et xénophobes, frisant parfois le racisme. De son côté, Kasselakis ne manque jamais une occasion de mettre en avant son « patriotisme » et d’affirmer son soutien aux montants astronomiques des dépenses militaires engagées par le gouvernement actuel (que Syriza a par ailleurs toujours soutenues au parlement). 

Le 4e congrès de Syriza, qui s’est tenu fin février, a été marqué par l’intervention de dernière minute de Tsipras au moyen d’une lettre rendue publique la veille de son ouverture. Quelques jours auparavant, Kasselakis avait adressé aux « membres » un « questionnaire en ligne » qui remettait en cause l’ensemble des « fondamentaux » de Syriza : nom et emblème du parti, positionnement dans l’axe droite-gauche, nécessité de « changements radicaux » dans sa structure.

Ce questionnaire a suscité la réaction de la quasi-totalité des anciens « barons » du parti et forcé Tsipras à intervenir. Dans une ultime tentative d’affirmer son influence au sein du parti, Tsipras dénonce à la fois ceux qui l’ont quitté pour créer Nouvelle Gauche et le leadership de Kasselakis, à qui il reproche d’avoir été élu sans avoir ouvert ses cartes. Il lui demande en conséquence de procéder à des nouvelles élections pour la présidence du parti, faisant ainsi monter d’un cran le niveau, déjà très élevé, de tension interne.

Le congrès lui-même a donné une image de chaos indescriptible, la plupart des participant.es n’étant pas des délégué.es élu.es (les sections se trouvant dans l’incapacité de tenir des réunions) mais une masse de supporters du nouveau leader, huant systématiquement les opposant.es dans une ambiance digne des jeux de cirque romain. Malgré l’annonce d’une candidature opposée à Kasselakis (celle d’Olga Gerovassili, un profil comparable à celui d’Achtsioglou en plus âgé), le congrès a repoussé in fine la proposition de tenue de nouvelles élections dans une caricature de délibération. Les médias ont abondamment parlé de farce, et comparé le congrès aux spectacles satiriques kitsch de la scène populaire du Pirée Delphinario.

Pourtant, que ce soit en termes d’image personnelle ou de stratégie, Kasselakis sort incontestablement renforcé de l’épreuve : débarrassé de toute opposition interne, il a rompu le lien symbolique avec Tsipras et mis un terme à toute velléité de son ancien leader d’interférer dans les affaires du parti. Il a désormais carte blanche pour mener au bout sa transformation de Syriza en parti libéral à l’américaine. Ses premières décisions ont consisté à mettre en place un schéma d’organisation d’inspiration explicitement entrepreneuriale : le parti est géré par son président, entouré de son staff et de plusieurs « think tank » thématiques.

Le projet de changement de nom n’est que reporté, sans doute pour le lendemain du scrutin de juin prochain. Reste à savoir si cette opération est en mesure d’améliorer la performance électorale, qui s’annonce calamiteuse, aux élections européennes. Les derniers sondages indiquent certes un léger redressement, et redonne à Syriza la deuxième place, légèrement devant le Pasok, mais à plus de vingt points derrière Nouvelle Démocratie et toujours sensiblement en-deçà du score de  juin 2013.

Même si lui-même s’en défend, et réclame à être jugé en fonction du résultat lors du prochain scrutin législatif (prévu pour 2027), le leadership de Kasselakis apparaît fragile. Mais on peut d’ores et déjà affirmer que sa mission historique est accomplie : la deuxième mort de Syriza est maintenant un fait accompli. Le passage de la tragédie à la farce laisse derrière lui une gauche exsangue et une société déboussolée, à la merci de démagogues sans scrupules, qui ne cachent même plus leurs liens avec les puissances d’argent. 

*

Notes

[1] G. W. F. Hegel, Leçons sur la philosophie de l’histoire, Paris, Vrin, 1979, p. 242.

[2] Ibid., p. 343.

[3] Les engagements en matière d’excédents budgétaires, de remboursement de la dette et de mise sous hypothèque du patrimoine public de la Grèce contractés en 2018 par le gouvernement Tsipras, lors de l’accord de « sortie » du 3e Mémorandum, courent jusqu’en 2060. Par ailleurs, le Trésor public de la Grèce, tout comme l’Institut de statistiques, sont devenus des autorités « indépendantes », placées sous le contrôle indirect de l’Union européenne. 

[4] Les partis grecs sont tenus d’inclure un quota de candidat.e.s de la diaspora depuis que le vote a été accordé, sous des conditions très restrictives, aux résident.e.s à l’étranger.

Source https://www.contretemps.

Niveau de vie : les Grecs tout en bas de l’échelle européenne

Un coût de la vie élevé, des revenus faibles : en termes de niveau de vie, les Grecs figurent parmi les moins bien lotis de l’Union européenne, selon Eurostat. Seule la Bulgarie fait pire.

Le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n'est pas encore une réalité pour une large partie de la population.
Le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n’est pas encore une réalité pour une large partie de la population. (Nurphoto Via AFP)

Par Basile Dekonink

Une inflation alimentaire à deux chiffres, des salaires qui peinent à suivre, des loyers qui flambent, l’essence à plus de deux euros le litre… et un constat : au sein de l’Union européenne (UE), les Grecs figurent parmi les plus démunis en termes de niveau de vie, selon la dernière étude d’Eurostat.

D’après l’institut statistique européen, la Grèce disposait en 2023 d’un PIB par habitant exprimé en standard de pouvoir d’achat équivalent à 67 % de la moyenne européenne, soit la 26e place des 27 Etats membres – seule la Bulgarie fait pire.

Immenses disparités

Cet outil statistique est fréquemment utilisé par Eurostat pour évaluer la richesse réelle des citoyens européens, en gommant les différences de prix entre les pays. De quoi mettre en évidence d’immenses disparités parmi les Vingt-Sept : les Luxembourgeois, en tête de classement, ont par exemple un niveau de richesses 2,4 fois plus important que la moyenne européenne.

Les Français se situent presque exactement dans la moyenne, tandis que les Grecs ont un PIB réel par habitant un tiers inférieur, à l’avant-dernière position. Pour le gouvernement de Kyriakos Mitsotakis, dont le bilan économique est le premier actif, la statistique est cruelle.

Lire aussi :

ENQUÊTE – Comment la Grèce est sortie du purgatoire financier

En Grèce, un « miracle économique » à deux vitesses

Forte d’une croissance supérieure à la moyenne européenne (2,2 % en 2023), sur la voie du désendettement, la Grèce regagne en effet la confiance des investisseurs, et le Premier ministre hellène n’hésite pas à en faire un argument électoral. « La Grèce a passé la dernière décennie à s’éloigner de l’Europe, elle passera la prochaine à converger avec elle », confiait il y a quelques semaines aux « Echos » Alexis Patelis, le conseiller économique du dirigeant.

L’embellie est telle que le pays est sorti de la catégorie des « obligations pourries » de deux des trois grandes agences de notation (S&P et Fitch) et a été sacré « économie la plus performante de 2023 » par le magazine « The Economist ».

Mais le « miracle économique » grec, comme le vante Kyriakos Mitsotakis, n’est pas encore une réalité pour une large partie de la population, qui souffre d’une décennie de dépression historique et d’austérité. En 2009, avant la crise, le PIB réel par habitant des Grecs mesuré par Eurostat s’élevait encore à 95 % de la moyenne européenne.

Coût de la vie élevé

En 2024, le salaire minimum vient tout juste d’être rehaussé de 780 à 830 euros brut (la deuxième augmentation en deux ans), mais le salaire annuel moyen est toujours 25 % au-dessous du niveau d’avant-crise. Les retraites, elles, souffrent encore des onze plans de baisse successifs.

Le coût de la vie est par ailleurs élevé : si les Grecs figurent parmi les plus pauvres de l’Union européenne, la Grèce est en revanche en 18e position en termes de niveau des prix parmi les Vingt-Sept, toujours selon Eurostat.

Le gouvernement ne parvient notamment pas à endiguer l’inflation des denrées alimentaires, en hausse de 6,7 % sur un an en février. Le prix des carburants est également en hausse tandis que les loyers ont flambé de 20 % depuis 2018, selon la Banque de Grèce. Conséquence : 26,3 % de la population, soit 2,7 millions de personnes, est exposée au risque de pauvreté. Un chiffre stable depuis 2010.

Basile Dekonink (Correspondant à Athènes)

Source https://www.lesechos.fr

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