| Vous avez certainement suivi dans les médias les déclarations de M. Castaner, ministre de l’intérieur, à propos des ONG de sauvetage en mer vendredi dernier. Ces déclarations jettent le discrédit sur notre action, nous publions aujourd’hui cette lettre ouverte afin que les faits soient rétablis. Il nous semble primordial de la partager avec vous car vous êtes au cœur de l’action de SOS MEDITERRANEE. C’est grâce à votre soutien, et à celui de milliers de citoyens européens, que nous avons porté secours à près de 30 000 personnes en détresse en Méditerranée centrale et que nous repartirons bientôt en mer. Merci d’être à nos côtés, L’équipe de SOS MEDITERRANEE Lettre ouverte à M. Castaner
Monsieur le Ministre, Nous avons pris connaissance de vos déclarations concernant les ONG de sauvetage en mer, lors de la conférence de presse clôturant la réunion des ministres de l’intérieur du G7, vendredi 5 avril. A la question suivante d’un journaliste : « Nous savons que M. le Ministre italien Matteo Salvini, a une position très claire concernant le rôle des ONG en mer Méditerranée, c’est-à-dire que les ONG aident les filières de passeurs. Je voudrais savoir si sur ce point en particulier il y a un accord entre les pays européens au sein du G7 ? », vous avez répondu : « Vous semblez découvrir une réalité documentée et évoquée depuis juillet 2017. (…) Ce que nous savons, c’est que les ONG jouent un rôle essentiel pour apporter une aide aux migrants, cela ne fait aucun doute. Toutefois, en Méditerranée centrale, on a observé de façon tout à fait documentée, je vous le dis, une réelle collusion, à certains moments, entre les trafiquants de migrants et certaines ONG. On a observé que certains navires d’ONG étaient ainsi en contact téléphonique direct avec des passeurs qui facilitaient le départ des migrants depuis les côtes libyennes dans des conditions effroyables, souvent au péril de leur vie. Les ONG, dans ce cas-là, ont pu se faire complices des passeurs. Les ONG doivent avoir une attitude responsable.» Ces propos relaient de graves accusations à l’encontre des ONG de sauvetage en mer, dont l’action a été attaquée en Italie dès le début de l’année 2017, dans un climat politique délétère. Or à notre connaissance il ne s’agit que de rumeurs : aucune de ces accusations n’a jamais été démontrée ni étayée par la moindre preuve. Aucune des procédures judiciaires entamées n’a abouti. Aucune de ces allégations ne peut viser SOS MEDITERRANEE. Parce que vos déclarations portent atteinte à leur honneur et à leur considération et jettent un discrédit général sur les acteurs du sauvetage en mer, dont l’action est plus que jamais aujourd’hui entravée en Méditerranée centrale, nous vous demandons instamment des précisions, des preuves, à l’appui de ces allégations Nous vous demandons également de rétablir les faits concernant les ONG de sauvetage, telles que SOS MEDITERRANEE, qui travaillent systématiquement dans le respect absolu du droit maritime international, en toute transparence et en totale coordination avec les autorités maritimes, ce que vous n’ignorez pas. Nous n’avons jamais eu et n’aurons jamais le moindre contact avec les passeurs et trafiquants d’êtres humains dont nous sommes les premiers à condamner les agissements criminels. Nous vous rappelons que la mer Méditerranée centrale reste l’axe migratoire le plus mortel au monde où plus de 18.000 personnes ont perdu la vie ces cinq dernières années. Pourtant, le droit y est bafoué depuis le mois de juin 2018, avec la fermeture des ports italiens et le transfert des responsabilités du sauvetage aux garde-côtes libyens. Depuis, aucun mécanisme de débarquement des rescapés conforme au droit maritime n’a été mis en place par les États européens. Pour conclure, Monsieur le Ministre, vous demandez que les ONG aient une attitude responsable. Nous en appelons à votre responsabilité pour faire cesser les attaques infondées, et protéger les acteurs du sauvetage en mer injustement incriminés. Car, alors que l’Union européenne a progressivement abdiqué son devoir d’assistance en Méditerranée centrale, il est de votre responsabilité et de celle des autres États européens de faire appliquer le droit. Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de notre haute considération. Francis Vallat Sophie Beau Président Cofondatrice et directrice générale |
Son nom est devenu le symbole du droit de manifester en France. Geneviève Legay, 73 ans, porte parole d’Attac dans les Alpes-Maritimes et figure militante locale, a été gravement blessée le 23 mars alors qu’un cordon de police chargeait une manifestation des gilets jaunes à Nice. De multiples images montrent cette militante, gilet jaune sur le dos et drapeau arc-en-ciel « Pace » dans les mains, scander « liberté de manifester » peu avant une charge policière au cours de laquelle sa tête a heurté un poteau métallique. Si Geneviève Legay a subi plusieurs fractures du crâne, souffre d’hématomes sous-duraux, et de quatre fractures des côtes, « les nouvelles sur son état de santé vont dans le bon sens », selon son entourage.
Une plainte contre X pour « violences volontaires en réunion avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique sur personne vulnérable » et « subornation de témoin » a été déposée le 25 mars par les enfants de Geneviève Legay. L’avocat de la famille, Arié Alimi, indique que des policiers seraient venus dans la chambre d’hôpital de la victime. « Selon Geneviève, une policière lui a demandé à plusieurs reprises de préciser qu’il s’agissait d’un cameraman qui l’avait poussée ou qui était à l’origine de sa chute. Elle s’en est émue auprès de ses filles : le simple fait d’avoir essayé d’orienter son témoignage consiste en une subornation de témoin », souligne Arié Alimi. La plainte déposée par la famille Legay vise également le préfet des Alpes-Maritimes, qui fixe la stratégie du maintien de l’ordre, pour « complicité de violences volontaires aggravées ». Une deuxième plainte visant les « violences volontaires » à l’encontre d’un de ses membres a été déposée le 26 mars par l’association Attac France.
Les versions s’opposent
Jean-Michel Prêtre, le procureur de la République de Nice, a ouvert dès samedi après-midi « une enquête classique en recherche des causes des blessures ». Le 25 mars, il a affirmé que Geneviève Legay n’avait « pas été touchée intentionnellement », et n’a eu « aucun contact avec un agent de sécurité ». « Elle a été poussée, la chute est intervenue alors que les forces de l’ordre intervenaient pour une action de dispersion », a t-il précisé, mais « il est difficile de savoir qui exactement était derrière elle ».
C’est une toute autre version que livre Arié Alimi. « Le procureur considère que les vidéos dont il dispose ne permettent pas de matérialiser un contact direct avec les autres forces de l’ordre. Il se trouve qu’il y a d’autres vidéos permettant de matérialiser un contact direct. » « C’est bien un membre des forces de l’ordre qui a poussé Geneviève » assure-t-il. Plusieurs vidéos, filmées par les journalistes de France 3 ou de CNews, ainsi que des photos et des témoignages étayent la version d’un contact direct entre un policier et la manifestante, contrairement à ce qu’avance le procureur. L’avocat réclame sa démission « immédiate ».
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Bataille pour le droit de manifester
Emmanuel Macron a suscité l’indignation en souhaitant à Geneviève Legay « un prompt rétablissement, et peut-être une forme de sagesse ». « Pour avoir la quiétude, il faut avoir un comportement responsable », a t-il déclaré, rappelant qu’une interdiction administrative de manifester dans une grande partie de Nice avait été prise. « Geneviève était dans la rue pour le droit de manifester, dans un contexte de mobilisations sociales important », rappelle Annick Coupé, porte-parole d’Attac France. « Il y a une exigence de justice sociale sur laquelle le gouvernement refuse de répondre depuis des mois. L’interdiction administrative de manifester est une fuite en avant dans la répression, et jamais la répression n’a réglé les questions sociales de fond. Nous sommes fiers d’avoir des militants comme Geneviève qui descendent dans la rue pour défendre des droits fondamentaux. »
« Dans trois mois j’aurai 85 ans et ce n’est pas à Emmanuel Macron ou à un préfet de dire si je peux sortir un samedi », lance Susan George, présidente d’honneur de l’association Attac. « Nous avons tous le droit de manifester et nous allons continuer de le faire. » Alors que des rassemblements de solidarité se multiplient partout en France à l’initiative de citoyens, syndicats, associations et organisations politiques, l’association Attac a lancé un appel à dons pour prendre en charge les frais de justice.
A l’occasion de la 19e journée de manifestation des gilets jaunes le 23 mars, le journaliste David Dufresne a recensé 24 signalements de violences policières. Depuis le début du mouvement en novembre 2018, le journaliste fait état de 232 blessures à la tête, 22 éborgnés et 5 mains arrachées. Le 1er décembre dernier, lors de l’Acte II des gilets jaunes, une octogénaire, Zineb Redouane est décédée à l’hôpital après avoir été touchée au visage par un éclat de grenade lacrymogène lancée par des CRS, alors qu’elle se tenait à la fenêtre de son appartement. Un comportement sans doute irresponsable, puisqu’aucune excuse officielle n’a été, depuis, exprimée.
Sophie Chapelle
Photo : © CGT Campus 06 / rassemblement de soutien à Geneviève Legay, Nice, le 25 mars 2019

















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