Le directeur de l’ONG d’aide aux migrants Aegean Boat Report détenu en Norvège en vue de son extradition en Grèce

Tommy Olsen, directeur de l’ONG Aegean Boat Report, a été arrêté en Norvège après que la justice grecque a émis un mandat d’arrêt européen à son encontre en février. Athènes accuse notamment ce défenseur des migrants de « complicité de trafic d’êtres humains » et d’ »activités criminelles ».

C’est un signal inquiétant envoyé aux défenseurs des droits humains. Le directeur de l’ONG Aegean Boat Report, Tommy Olsen, a été arrêté à son domicile de Tromsø, en Norvège, lundi 16 mars, à la suite d’un mandat d’arrêt européen émis à son encontre par la Grèce en février.

Ce défenseur des migrants a comparu devant le tribunal de district de Nord-Troms et Senja puis a été placé en détention provisoire pour une semaine, dans l’attente de son extradition vers la Grèce validée par la justice.

Le procureur Bent Strand a estimé ne voir « aucun motif de rejeter cette demande » d’extradition. « Lorsque la Norvège adresse des demandes similaires à d’autres pays, nous attendons qu’elles soient traitées correctement. Nous sommes tenus d’en faire autant lorsque d’autres pays nous sollicitent », a-t-il déclaré au média norvégien Verdens Gang (VG).

Le mandat d’arrêt visant Tommy Olsen a été émis par les autorités grecques dans le cadre d’une enquête ouverte en 2022 contre lui et Panayote Dimitras, de l’ONG Greek Helsinki Monitor.

Les investigations portent sur des faits survenus à l’été 2021 à proximité des îles grecques de Kos et Farmakonisi : à ce moment-là, Aegean Boat Report a transmis aux autorités locales de Kos des informations sur un groupe de migrants qui l’avait contactée afin qu’ils soient hébergés et puissent déposer une demande d’asile. En clair, la Grèce reproche aux militants d’avoir été contact avec des migrants avant qu’ils ne foulent le sol grec.

Dans cette affaire, les autorités grecques estiment que Tommy Olsen et son association sont coupables de « complicité de trafic d’êtres humains » et d’ »activités criminelles ».

En mai 2024, un procureur grec a repris ces accusations et émis un mandat d’arrêt national contre Tommy Olsen. Depuis cette date, le Norvégien ne s’est plus rendu en Grèce car il risquait d’y être arrêté et emprisonné. Le 11 février 2025, la police norvégienne a informé l’avocat de Tommy Olsen qu’un mandat d’arrêt européen avait cette fois-ci été émis contre lui.

Depuis sa création en 2017, Aegean Boat Report documente également les opérations de refoulement vers la Turquie menées par les gardes-côtes grecs en mer Égée. Des opérations devenues quasiment systématiques et régulièrement dénoncées par des journalistes et de nombreuses organisations de défense des droits humains.

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« Notre travail se limite à surveiller, documenter et communiquer avec les autorités lorsque des personnes en détresse ou nouvellement arrivées sont localisées », s’était défendu, mi-février, Tommy Olsen, qui risque jusqu’à vingt ans de prison en Grèce.

L’arrestation du directeur d’Aeagean Boat Report n’a pas suscité de vague de condamnations en Norvège. Seule une députée, membre du Sosialistisk Venstreparti (Parti socialiste de gauche), a estimé que « la Norvège ne p[ouvait] pas renvoyer des défenseurs des droits de l’Homme vers un pays où ils risquent d’être victimes de persécutions politiques », rapporte Le Monde.

« L’arrestation de Tommy Olsen en Norvège est scandaleuse et liée à une intensification alarmante de la répression des défenseur·e·s des droits humains imposée par la Grèce », a condamné Dinushika Dissanayake, directrice régionale adjointe pour l’Europe à Amnesty international.

« Les charges retenues contre Tommy Olsen et Panayote Dimitras ne sont étayées par aucun élément de preuve et constituent une utilisation abusive de la législation anti-passeurs. Elles doivent être abandonnées […] « Les autorités norvégiennes doivent immédiatement libérer Tommy Olsen et ne doivent pas céder aux tentatives de la Grèce de l’extrader », a-t-elle ajouté.

L’arrestation de Tommy Olsen « met en lumière la criminalisation croissante de la solidarité en Europe, à un moment où l’UE négocie de nouvelles règles en matière de trafic de migrants qui pourraient pénaliser davantage l’aide humanitaire apportée » aux exilés, a mis en garde la Plateforme de coopération internationale sur les migrants sans papiers (Picum).

Selon ses chiffres, au moins 142 militants ont été poursuivis en 2024 pour avoir aidé des migrants dans l’Union européenne. Par ailleurs, au moins 91 migrants en Italie, en Grèce et en Espagne ont par ailleurs été incriminés pour facilitation de la migration irrégulière, de contrebande et d’autres chefs d’accusation.

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En janvier, après huit ans de procédure judiciaire, le président de la cour criminelle de Mytilène, chef-lieu de l’île de Lesbos, a annoncé la relaxe de l’ensemble des 24 travailleurs humanitaires poursuivis en Grèce pour trafic de migrants. Ils étaient accusés des crimes de « constitution d’une organisation criminelle », et de « facilitation illégale de l’entrée de ressortissants étrangers de pays tiers en Grèce ». Ils encouraient jusqu’à 20 ans de prison.

Mais quelques jours plus tard, le 5 février, le gouvernement grec a adopté une nouvelle loi faisant de l’appartenance à une ONG une circonstance aggravante dans les infractions pénales liées à l’immigration.

Source https://www.infomigrants.net/fr

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