Titre de l’auteur

Autem vel eum iriure dolor in hendrerit in vulputate velit esse molestie consequat, vel illum dolore eu feugiat nulla facilisis at vero eros et dolore feugait.

Author Archive by rédaction

Une lettre des Viome et prochaine commande

Collègues de la classe ouvrière européenne et mondiale !

L’objectif de cette lettre est de se faire connaître dans ce coin géographique où nous sommes déjà depuis environ 10 ans. Également pour demander votre soutien à notre projet qui est né des entrailles de la classe ouvrière.

Chez BIO.ME, en 2011 nos patrons abandonnent l’usine sans payer personne . Ne pouvant rien faire pour obtenir ce qu’ils nous devaient nous avons senti la pauvreté et la misère envahir nos vies. Grâce à l’assemblée des ouvriers, nous avons décidé, avec un pourcentage énorme à l’époque, de prendre l’usine et de la travailler au mieux de nos capacités. Nous avons trouvé des moyens de reprendre la production et de fabriquer des produits bénéfiques et nécessaires à la famille populaire.

A travers le contrôle social que nous recherchons de toute façon, on nous a d’abord proposé de produire des nettoyants puis des nettoyants naturels, des nettoyants écologiques et des produits d’hygiène et de soins personnels.

Depuis neuf ans, nous produisons et améliorons ces produits, afin qu’ils soient utiles mais aussi accessibles à tous les utilisateurs et non à quelques-uns, comme le font les entreprises qui produisent des produits pour que seule une caste de personnes qui peuvent se les permettre les utilise.

Nous fabriquons ces produits sans accepter aucune sorte de soutien financier des États, de l’Union européenne, de l’église ou de tout patron. Nous avons décidé d’être payés uniquement sur les produits que nous fabriquons et de ne pas laisser le travail être dévalorisé en tant qu’emploi, mais en tant que moyen de survie.

Parallèlement à la production, nous avons décidé que de la même manière la distribution devait se faire, c’est-à-dire sans intermédiaires et sans patrons, qui imposent leur propre valeur au produit et sous-estiment l’effort de travail en comprimant notre salaire.

C’est pourquoi cette lettre est écrite, non seulement pour trouver des moyens de distribuer nos produits à chaque main-d’œuvre européenne et mondiale, mais aussi pour obtenir des produits de qualité à des prix bien meilleurs que ceux proposés aux patrons – car pour nous, la demande ne joue pas un rôle dans le prix du produit, mais l’effort qu’il faut pour produire le produit.

Nous invitons les syndicats d’usine et secondaires à nous contacter, à la fois pour trouver des moyens pour que les produits vous parviennent, et pour maintenir en vie l’usine de BIO.ME, qui produit avec contrôle du travail et est régie par l’assemblée des employés.

Nous ne demandons aucune forme de charité, mais nous demandons votre solidarité en soutenant l’usine et en acceptant les produits dont vous avez besoin et vous les obtenez certainement de quelque part. Nous attendons votre e-mail pour trouver des moyens pour que les produits vous parviennent.

Combat et solidarité,

les salariés de la Coopérative BIO.ME

Le comité Grenoblois soutien depuis 2016 les VioMe. Nous publierons prochainement les modalités pratiques pour une commande groupée 1e semestre 2022.

Un convoi solidaire pour la Grèce

Message de Yannis Youlountas
Bonjour et bonne année de luttes !

Surtout ne soyez pas tristes, ne baissez pas les bras, malgré la morosité ambiante : il se passe plein de bonnes choses un peu partout en dépit du contexte très difficile et de l’autoritarisme étouffant.

Comme promis durant l’automne, plusieurs fourgons solidaires vont partir en Grèce durant cet hiver 2022.

Le but : soutenir les lieux et initiatives solidaires autogérées du mouvement social qui résistent et aident les précaires grec-ques et exilé-es abandonné-es par l’État. En effet, la situation des exilé-es s’est fortement agravée depuis le mois d’octobre (60% des aides financières ont été coupées). Une raison de plus de soutenir les collectifs qui font face à cette ignominie, dans l’entraide et l’autogestion, sur un plan horizontal et sans subvention ni soutien du pouvoir et de ses valets. Une action par-delà les frontières, de mouvement social à mouvement social.

Pour en savoir plus sur nos actions et nos destinataires, allez voir la fin de ce message (textes, comptes-rendus de convois précédents, photos, vidéos…).

Pour connaître la liste des besoins, elle est ici :
Vous pouvez télécharger cette liste des besoins principaux en grand format en suivant ce lien : http://blogyy.net/wp-content/uploads/2022/01/LISTES-DES-BESOINS-HIVER-2022-CONVOI-SOLIDAIRE-GRECE.jpg
Voir également la carte des points de collecte

Un premier fourgon va partir de Montreuil dès le 5 janvier (la collecte est donc urgente en région parisienne), d’autres vont partir en convoi en février, puis en mars, de Nevers, Marseille, Albi, Grenoble, Bordeaux, Martigues… (il est encore possible de partir avec nous si vous avez un véhicule).

Vous remarquerez que beaucoup de départements n’ont pas de points collecte cette fois, faute de fourgon dans ces zones : si vous connaissez un moyen de transférer les colis d’un éventuel nouveau point collecte (en Bretagne, Lorraine ou Belgique par exemple) vers l’un de ceux déjà indiqués sur la carte, banco ! Sinon, certain-es se regroupent parfois pour faire appel à un transporteur.

Pour contacter les points collecte qui commencent déjà à rassembler les denrées et le matériel :

ANNUAIRE COMPLET DES POINTS COLLECTE EN FRANCE

Convoi solidaire vers la Grèce, hiver 2022

★ 06 ANTIBES – Tél. 06 83 17 00 85 (Natalia)
Point collecte permanent jusqu’au 31 janvier★ 09 FOIX – Tél. 06 30 05 96 80 (Jean-Pierre)Point collecte urgent jusqu’au 8 janvier★ 10 TROYES – Tél. 06 45 55 21 11 (Claudine)

ou 06 32 51 97 20 (Dom)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 11 ARQUES – Tél. 0633965988 (Denis)
Point collecte urgent jusqu’au 8 janvier
★ 11 CASTELNAUDARY – Tél. 06 47 28 55 37 (Odile)
Point collecte permanent jusqu’au 28 janvier
★ 13 ARLES – Événement avec collecte
Le 3 février (organisé par ATTAC Arles)
Rencontre au sujet de la situation en Grèce, de l’actualité des luttes et des actions du mouvement social, en présence de Maud et Yannis Youlountas et d’autres anciens des convois solidaires
★ 13 MARSEILLE – Tél. 06 18 25 76 24 (Anne)
Point collecte permanent jusqu’au 31 janvier
★ 13 MARTIGUES – Tél. 06 86 20 35 62 (Nicole)
Point collecte permanent jusqu’au 31 janvier
★ 13 PORT-SAINT-LOUIS – Tél. 06 22 97 69 30 (Sylvie)
Point collecte permanent jusqu’au 31 janvier
★ 19 BRIVE-LA-GAILLARDE – Tél. 07 83 45 30 86 (Bastien)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 31 MURET – Tél. 06 59 48 54 63 (Cass)
Ne pas envoyer de texto, appeler directement
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 33 BORDEAUX – Tél. 06 31 12 79 68 (Philippe)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 34 MONTPELLIER – Tél. 06 52 39 13 89 (Ime)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 34 MONTPELLIER – Tél. 06 69 56 36 01 (Naomi)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 34 SÈTE – Tél. 06 78 00 05 79 (Valérie)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 38 GRENOBLE – Tél. 06 72 96 34 37 (Christophe)
Point collecte permanent jusqu’au 5 février
★ 38 GRENOBLE – Tél. 06 81 03 18 32 (Patrick)
Point collecte permanent jusqu’au 5 février
Une permanence  sera assurée par le comité Grenoblois le vendredi 21 janvier de 14h à 16 h devant la MC2 à Grenoble en présence d’un membre participant au convoi.
★ 46 BELFORT-DU-QUERCY – Tél. 06 15 38 08 97 (Zoé)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 46 CAHORS – Tél. 06 84 87 86 26 (Cécile)
Point collecte permanent jusqu’au 25 janvier
★ 58 NEVERS – Tél. 06 88 85 63 74 (Émilie et Clément)
Point collecte permanent jusqu’au 5 février
(et événement probable le 17 janvier, à préciser)
★ 71 MÂCON – Tél. 06 85 63 74 54 (Jean-Luc)
Point collecte permanent jusqu’au 7 février
★ 71 TOURNUS – Tél. 06 85 63 74 54 (Jean-Luc)
Point collecte permanent jusqu’au 7 février
73 CHAMBÉRY – 06 73 56 76 50 (Yannick)
Point collecte permanent jusqu’au 22 janvier
★ 73 CHAMBÉRY – Événement avec collecte
Le 22 janvier (date et lieu à confirmer)
Point collecte permanent jusqu’au 22 janvier
Org. FA de Chambéry
★ 81 ALBI – Tél. 07 69 35 81 37 (Clément)
Point collecte permanent jusqu’au 28 janvier
★ 81 LAGRAVE – Tél. 05 63 81 55 62 (Annick et Eric)
Point collecte permanent jusqu’au 28 janvier
★ 81 MARSSAC-SUR-TARN – Tél. 06 01 83 24 61 (Josie et Patrice C.)
Point collecte permanent jusqu’au 28 janvier
★ 81 AUSSILLON – Tél. 06 83 75 30 10 (Patrice K.)
Ne pas appeler, mais envoyer un texto
Point collecte permanent jusqu’au 28 janvier
★ 81 MOULAYRES – Événement avec collecte
Le dimanche 9 janvier de 15h à 19h à la salle communale

Si vous préférez transmettre un soutien financier, cela permet aux collectifs sur place de compléter eux-mêmes ce qu’on apporte et ça diminue la charge à transporter.

1- Pour effectuer un virement à ANEPOS

IBAN : FR46 2004 1010 1610 8545 7L03 730

BIC : PSSTFRPPTOU

Objet : « Action Solidarité Grèce »

2- Pour participer via PAYPAL, suivre le lien :

https://www.paypal.com/donate/?cmd=_s-xclick&hosted_button_id=LMQPCV4FHXUGY

3- Pour envoyer un chèque à l’ordre de ANEPOS

Adresse postale : ANEPOS – Action Solidarité Grèce – 6 allée Hernando – 13500 Martigues

Contact, suggestions, propositions : solidarite@anepos.net

Tél. France 06 24 06 67 98 / Tél. Grèce (0030) 694 593 90 80

– – – – –

Depuis 2009, le collectif artistique et solidaire ANEPOS, basé dans le Tarn, les Bouches-du-Rhône et à Athènes, mène des centaines d’actions en Grèce en partenariat avec une quarantaine de collectifs du mouvement social qui s’organisent face à l’austérité : dispensaires médicaux autogérés gratuits, entraide contre les expulsions, cuisines solidaires gratuites, centres sociaux autogérés, hébergements et actions de soutiens aux exilé-es, outils coopératifs, livres et films en creative commons visibles gratuitement sur internet et finançant en moyenne à 50% les convois solidaires (Ne vivons plus comme des esclaves, Je lutte donc je suis, L’Amour et la Révolution), rencontres-débats… Encore un grand merci pour votre soutien et/ou votre participation aux nombreux convois passés, avec de 3 à 26 fourgons à chaque départ !

Si vous désirez partir avec nous avec votre véhicule, au départ de la France, de la Suisse ou de la Belgique, laissez-nous vos coordonnées (en vous présentant brièvement) à : solidarite@anepos.net

Sur place, après avoir participé à la livraison, vous pouvez soit rester avec nous, agir, aider, discuter, bricoler dans les lieux, faire des tas de choses utiles, soit continuer votre route en vacances sans autre engagement. C’est vous qui choisissez.

Suite du message et source  http://blogyy.net/2022/01/01/nouveau-convoi-solidaire-vers-la-grece/

Assemblée ouverte pour la défense du squat biologique

Thessalonique : Ne touchez pas au squat Biologica ! [semaine solidaire 10-17 janvier 2022]

Thessalonique. Grèce. Nous appelons à une semaine de solidarité avec le terrain squatté et libéré de Biologica Squat du 10 au 17 janvier 2022. Nous appelons à ce que cette semaine soit une autre raison pour les révolutionnaires, les individus et les collectifs en Grèce, en Europe et dans le monde entier à manifester leur solidarité par tous les moyens possibles, avec une voie qu’ils jugent convenable pour les 34 ans des terrains libérés de Biologica Squat qui est désormais sous la menace d’expulsion. Chaque expulsion a son prix. Préparez-vous, prenez garde, la solidarité est notre arme.

Ne touchez pas au squat biologique !

Le jeudi 18 novembre 2021, nous avons remarqué quelques « modifications » à l’intérieur du bâtiment biologique et plus particulièrement à l’intérieur de la zone du foyer, depuis l’installation de plaques de plâtre qui bloquaient la moitié de l’espace en laissant un couloir entre les deux entrées du bâtiment. Ils ont même eu l’audace de laisser des marques distinctes sur les murs, dont le mur du squat en préfigurant leur démolition.

Après une recherche connexe au ministère de la Gouvernance numérique et dans le programme « Diaygeia » (plateforme en ligne du gouvernement), nous avons remarqué que le 16 septembre 2021, une construction a été attribuée,  pour un projet de 1.320.600,00 euros , avec le sujet : « AMÉNAGEMENT DE L’ESPACE INTÉRIEUR DU REZ-DE-CHAUSSÉE DU DÉPARTEMENT DE BIOLOGIE, POUR LES BESOINS DE SOS (École des sciences, bâtiment de quartier) ».  Leur calendrier exige que le projet spécifique soit livré dans les 16 mois suivant sa publication – dès la signature de l’accord et de leurs plans, il est clair qu’ils ont l’intention de transformer la zone squattée en une « salle d’attente », quelque chose de « hautement nécessaire » pour le fonctionnement de l’école. En effet, il ressort de l’accord que la démolition des murs est prévue dans les 4 mois suivant sa signature (c’est-à-dire mi-janvier), que la menace d’expulsion devient directe.  Déjà recteurs et aménageurs des universités se sont mobilisés pour la reconfiguration des espaces « utilitaires » et leur achèvement.

Résumé du texte collectif de squat biologique ( athens.indymedia.org/post/1615907 )

Le squat biologique, étant un espace de résistance cohérent au cours des 34 dernières années à l’intérieur du campus universitaire de l’Université Aristote de Thessalonique (AUTH), a accueilli un certain nombre de groupes, d’individus, d’idées et d’actions qui ne sont pas limités par les frontières, barres et clôtures. Actuellement, le squat met à disposition des espaces pour le squat Terra Incognita, le Fonds de solidarité pour les prisonniers et combattants persécutés, le Biologica qu’ils coordonnent à travers l’assemblée politico-administrative de l’espace auto-organisé. En dehors de l’activité de groupes et de collectifs, diverses initiatives d’individus sont menées dans le lieu, qui visent la diffusion d’idées et la propagande à travers des outils de contre-information,

Cette activité globale de l’espace fait obstacle à la normalité dominante de la doctrine « paix-ordre-sécurité » et perturbe l’appareil d’État qui lance une attaque tous azimuts. Les expulsions d’espaces auto-organisés et de squats se produisaient depuis toujours dans l’histoire des mouvements anarchistes et radicaux, donc dans la dernière période nous reconnaissons une escalade dans l’effort pour réprimer la voix d’encouragement de la résistance et la mobilisation du côté du gouvernement démocratique de Mitsotakis. Avec les outils de criminalisation et de ciblage des espaces et des individus résistants, attaque directement les structures de l’espace universitaire afin d’obtenir le contrôle absolu et de réaliser ses plans de gentrification et le contrôle social plus large. Des expulsions de squats de la propriété de l’université, Terra Incognita,

L’espace occupé de Biologica en raison de sa position à l’intérieur de l’université, est un point de référence fixe et une partie intégrante de l’accompagnement pratique et de la solidarité aux luttes étudiantes contre le projet de loi anti-éducatif de Kerameos-Chrissochoidis (Loi 4777/2021), la restructuration globale de l’éducation et la création de la police universitaire. Ce projet de loi qui a été voté dans la nuit en pleine pandémie, il concerne la base minimale d’inscription, les retraits d’étudiants, les mesures disciplinaires ainsi que l’entrée contrôlée dans les universités. Avec cette loi comme prétexte, la voie s’ouvre pour l’abolition de facto de l’asile universitaire et la prévalence du contrôle total, de la surveillance et de l’exclusion des activités et projets politiques de la communauté universitaire.

La collaboration État-capital voudrait bien que nous gardions le silence mais nous avons d’autres intentions pour leurs plans répressifs et de gentrification. Par des procédures politiques, nous nous opposons à la répression et nous proposons l’auto-organisation et la solidarité au niveau local et international. Dans ce contexte, nous avons formé une assemblée de solidarité ouverte contre la menace d’expulsion du squat Biologique. Collectifs et individus, nous choisissons de défendre le squat biologique tant sur le plan politique et social qu’émotionnel, car pour nous c’est un point de rencontre intégral avec des événements, des structures de solidarité et des luttes. Grâce à cette procédure particulière, nous essaierons de faire obstacle à une attaque à venir et de l’empêcher collectivement.

Pas un pas en arrière, 34 ans ne suffisent pas

Aucune menace de l’État ne restera sans réponse

Solidarité avec les squats et les luttes étudiantes

Assemblée ouverte pour la défense du squat biologique

source : enoughisenough14.org/2021/12/24/thessaloniki-hands-off-the-biologica-squat-solidarity-week-10-17-of-january-2022/#more-101314

L’Italie abandonne les poursuites contre Carola Rackete

Le tribunal d’Agrigente, en Sicile, a abandonné toutes les poursuites contre la capitaine du Sea-Watch 3. Carola Rackete était poursuivie pour avoir, en 2019, forcé l’entrée dans le port de Lampedusa avec 42 migrants secourus au large de la Libye. « Dans notre histoire moderne, les violations des droits les plus graves n’ont pas été perpétrées par des individus mais par des États », a réagi la militante.

C’est une victoire pour les associations d’aide aux migrants en mer. Le tribunal d’Agrigente, en Sicile, a définitivement abandonné les poursuites contre Carola Rackete, a-t-on appris jeudi 23 décembre. La capitaine du Sea-Watch 3 était poursuivie pour avoir forcé en juin 2019 l’entrée dans le port de Lampedusa avec 42 migrants secourus au large de la Libye. Le ministre de l’Intérieur de l’époque, Matteo Salvini, avait refusé de laisser accoster le navire humanitaire dans le cadre de sa politique des ports fermés.

Carola Rackete a agi dans l’accomplissement du devoir de sauvetage prévu par le droit international de la mer

Plus de deux ans plus tard, le tribunal a estimé que Carola Rackete avait fait son devoir en protégeant les personnes à bord de son bateau, et que la décision de Matteo Salvini était « contre les normes ». « Carola Rackete a agi dans l’accomplissement du devoir de sauvetage prévu par le droit national et international de la mer », note la juge en charge de l’affaire Micaela Raimondo.

Selon cette dernière, « un navire en mer ne peut être considéré comme un lieu sûr : en plus d’être à la merci d’évènements météorologiques défavorables, il ne permet pas le respect des droits fondamentaux des personnes secourues ». Idem pour la Libye, dont les ports ne sont pas des lieux de sécurité, en raison des conditions de vie des migrants dans le pays où « des milliers de [personnes] sont en détention arbitraire et sont soumis à la torture », signale encore la juge, en se basant sur un rapport du Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR).

Matteo Salvini encourt quant à lui toujours 15 ans de prison

Dans un communiqué, la capitaine a salué cette décision, critiquant par la même occasion la politique migratoire des États membres de l’Union européenne (UE). « Dans notre histoire moderne, les violations des droits les plus graves n’ont pas été perpétrées par des individus mais par des États », estime Carola Rackete. « Au cours des dernières années l’UE et ses États membres ont dépenser des millions pour militariser la frontière (…) L’agence européenne de protection des frontières Frontex est complice du retour forcé de milliers de personnes victimes de graves violations des droits humains en Libye. Des refoulements illégaux sont perpétrés en Grèce, en Croatie et en Pologne« , rappelle la militante.

>> À (re)lire : Carola Rackete, la capitaine du Sea Watch 3 devenue icône de la défense des migrants

Ce n’est pas la première fois que Carola Rackete obtient gain de cause. En mai dernier, la justice italienne avait rejeté une plainte déposée par le parquet sicilien d’Agrigente à l’encontre de la capitaine. Elle était accusée, dans la même affaire, de « violences contre un navire de guerre » pour avoir tenté une manœuvre dangereuse contre une vedette des douanes italiennes qui voulait l’empêcher d’accéder au port.

De son côté Matteo Salvini n’en a revanche pas fini avec la justice. Le leader de l’extrême-droite italienne est accusé de séquestration et d’abus de pouvoir, et encourt jusqu’à 15 ans de prison. Il avait interdit en août 2019 le débarquement de 147 migrants secourus en mer par l’ONG Open Arms et refusé pendant six jours de le laisser accoster à Lampedusa.

Source https://www.infomigrants.net/fr/post/37446/litalie-abandonne-les-poursuites-contre-carola-rackete-la-capitaine-du-seawatch-3

Grèce : face aux restrictions, les migrants cherchent d’autres routes

Face à la politique migratoire restrictive mise en place par le gouvernement conservateur grec, les migrants et les passeurs cherchent d’autres routes pour entrer en Europe. Un phénomène qui s’observe particulièrement à travers les accidents.

Avec notre correspondant à Athènes, Joël Bronner

En Grèce, des dizaines de migrants ont été portés disparus à la suite du naufrage de leur canot au large de l’île de Folegandros, dans l’archipel des Cyclades. Les garde-côtes grecs ont précisé avoir pour l’instant porté secours à douze personnes, dont des enfants, tandis que trois personnes au moins sont décédées.

Trois corps sans vie ont été retrouvés mercredi 22 décembre près de l'île grecque de Folegandros.
Trois corps sans vie ont été retrouvés mercredi 22 décembre près de l’île grecque de Folegandros.

Cet accident, relativement éloigné des îles de la mer Égée où se situent les camps de réfugiés, semble témoigner des tentatives de la part des migrants et demandeurs d’asile de trouver des routes alternatives, à l’heure où la Grèce durcit continuellement sa politique migratoire.

Les autorités l’ont maintes fois répété depuis cet été, le pays ne veut pas redevenir « la porte d’entrée de l’Europe ». Un statut que la Grèce avait acquis à l’occasion de la crise migratoire de 2015 et 2016, lorsque plus d’un million de personnes étaient arrivées sur le continent européen, en provenance en particulier de Syrie, d’Irak et d’Afghanistan.

Éviter les îles de la mer Égée comme Lesbos et Samos

Au pouvoir depuis 2019, le gouvernement conservateur grec ne cesse de durcir la politique migratoire du pays, avec notamment la multiplication des rejets de demandes d’asile, des camps de plus en plus fermés, ou encore des refoulements très fréquents.

Face à ce durcissement, passeurs et migrants cherchent des routes alternatives, qui évitent les îles de la mer Égée, telles que Lesbos et Samos. Un phénomène, qui s’observe particulièrement au moment des accidents.

En octobre, une embarcation de 400 migrants a ainsi dérivé plus à l’ouest, entre Rhodes et la Crète, avant d’être secourue. Sur l’ensemble de la Méditerranée, la dangerosité des routes migratoires a causé officiellement la mort, cette année, de plus de 1 300 personnes. Un « cimetière froid sans pierre tombale », dont s’est ému le pape, à Lesbos, au début du mois.

Source https://www.infomigrants.net/fr/post/37402/grece–face-aux-restrictions-les-migrants-cherchent-dautres-routes

En Grèce, la liberté de la presse en souffrance

Athènes (AFP) – L’assassinat cette année d’un journaliste à Athènes et la multiplication de tentatives d’intimidation de journalistes en Grèce témoignent d’un recul de la liberté de la presse dans ce pays de l’UE, s’inquiètent experts et reporters interrogés par l’AFP.

En 2021, la Grèce a perdu cinq places sur le classement mondial de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF), se situant désormais à la 70e place sur 180 pays, derrière la Pologne et la Mongolie.

« Plus de 130 cas de violations de la liberté de la presse ont été répertoriés ces dernières années », explique à l’AFP George Pleios, professeur des études de communication et des médias à l’Université d’Athènes.

Il évoque des « obstacles » pour couvrir des événements en lien avec la crise migratoire, des « intimidations » ou des détentions de journalistes, et des « attaques policières » contre des photoreporters lors de manifestations.

L’an dernier, au moins deux femmes journalistes ont dû démissionner dénonçant publiquement des phénomènes de « censure » et « de contrôle » du gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis.

L’exécutif a riposté qu’il « respectait totalement l’indépendance des journalistes ».

Fabien Perrier, correspondant de médias francophones en Grèce, témoigne à l’AFP d’une lettre de protestation à la direction du quotidien Libération sur son article critiquant les travaux du site de l’Acropole d’Athènes.

« On m’a reproché mon opinion et non pas les faits », déplore ce journaliste, auteur d’une biographie de l’ex-Premier ministre de gauche, Alexis Tsipras.

L’hiver dernier, lorsque les médias ont rapporté, photos à l’appui, que le Premier ministre avait violé à deux reprises les règles du confinement, des journalistes ont reçu des courriels de protestation du gouvernement.

« Surveillance » présumée

Début novembre, un vif échange en pleine conférence de presse entre Kyriakos Mitsotakis et une journaliste néerlandaise a fait le buzz sur les réseaux sociaux. Elle l’accusait de « mentir » sur les allégations de refoulements de migrants, que le gouvernement nie catégoriquement.

Cette reporter, Ingeborg Beugel, a dit avoir ensuite reçu « des menaces » avant de quitter temporairement le pays.

Le 13 novembre, la publication par le quotidien grec Efsyn de documents des services secrets grecs, attestant de « la surveillance » d’un journaliste a provoqué l’indignation d’organisations de journalistes grecques et étrangères.

Ce journaliste, plus tard embauché par l’AFP, est l’auteur d’un article publié en avril sur le site Solomon sur un jeune migrant en rétention.

En réponse à l’AFP, le ministre d’Etat George Gerapetritis a démenti « toute surveillance des journalistes ».

« La Grèce adhère pleinement aux valeurs d’une société démocratique et à l’état de droit, en particulier le pluralisme et la liberté de la presse », a-t-il écrit.

« Sacro-sainte » indépendance

Dans une seconde lettre à l’AFP, vendredi, le ministre a jugé l’indépendance des médias « sacro-sainte ».

« Si nous n’adhérons pas toujours à ce que les médias écrivent, nous défendons (…) le droit d’une presse libre à travailler sans entrave et indépendante de toute interférence extérieure », a-t-il assuré.

Mais aucune enquête n’a été ouverte sur la véracité et la fuite des documents publiés par Efsyn.

« Le gouvernement et les médias pro-gouvernementaux tentent d’enterrer l’affaire », a déclaré à l’AFP l’auteur de l’article, Dimitris Terzis.

Tout récemment, une loi prévoyant jusqu’à cinq ans de prison en cas de désinformation a été fustigée par RSF, qui dénonce « une atteinte à la liberté de la presse ».

« L’ombre de la peur »

En outre, la Grèce a été choquée en avril par l’assassinat de Giorgos Karaïvaz, 52 ans, rubricard judiciaire.

Il s’agit du deuxième meurtre d’un reporter en onze ans à Athènes, après celui de Sokratis Giolias, 37 ans, en 2010, revendiqué par un groupe extrémiste.

Dans les deux cas, les auteurs n’ont pas été identifiés.

RSF a relevé « les insuffisances des mesures prises par les autorités pour protéger les reporters dans le pays ».

« Cela laisse la profession dans l’ombre de la peur », estime aussi George Pleios.

Selon plusieurs experts, l’aggravation de la situation tient à la connivence entre les groupes de médias et le pouvoir public, sur fond d’intérêts politico-financiers.

« La relation problématique entre médias et pouvoir public n’est pas un phénomène nouveau », souligne Lambrini Papadopoulou, professeure en charge des médias à l’Université d’Athènes.

Pendant la pandémie, les aides de l’Etat ont été « disproportionnellement » distribuées aux médias, le gouvernement étant accusé par l’opposition d’avoir privilégié les médias qui lui sont proches. Une enquête parlementaire est en cours.

« La pandémie et la chute des recettes publicitaires ont accru la dépendance des médias à l’égard de l’Etat », explique l’universitaire Maria Komninou.

L’analyste des médias Georges Tzogopoulos relève aussi la propension « limitée » de certains médias à « critiquer la gestion gouvernementale de la pandémie », se contentant parfois de « copier-coller les communiqués de presse » ministériels.

Source https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20211219-en-gr%C3%A8ce-la-libert%C3%A9-de-la-presse-en-souffrance?fbclid=IwAR0ajFfiMcmOxp2D91GTCc3FH85Me7YUe9N-vwhY79ZZdRu78laaY8G2LLE

La Grèce, nouvelle batterie pour l’Europe ?

Partie 2 de la série « Grèce : une démocratie perdue »

14 décembre par Eva Betavatzi

 

Juillet 2021, énorme présence policière lors d’une manifestation contre l’implantation d’éoliennes à Agrafa.

.
Le gouvernement grec actuel mène une politique qui vise à l’extraction des ressources naturelles du pays au bénéfice de compagnies privées, grecques ou étrangères, au détriment de tous les êtres humains et non-humains présents sur le territoire.
  Sommaire
  • Le nouveau productivisme « vert »
  • Le désastre écologique en cours est lié à la crise de la dette publique
  • Effets sociaux et environnementaux des coupes budgétaires
  • L’exploitation du gaz fossile pourrait mené à un conflit armé
  • L’hypocrisie à son comble à la COP26

 Le nouveau productivisme « vert »

Agrafa est une zone montagneuse située à quelques kilomètres au Nord de Patras. Les crêtes des montagnes font partie du réseau Natura 2000. Or, le gouvernement grec y prévoit l’implantation de 530 aérogénérateurs de 150m de hauteur, soit un ensemble de parcs éoliens industriels qui devrait couvrir 80 % des sommets de la région. Ce projet colossal bénéficiera surtout aux filiales de la très grande entreprise de construction Ellaktor SA. En septembre 2019, des actions de blocage avaient été organisées pour stopper les premiers travaux de terrassements sur les crêtes, le gouvernement grec avait alors réagi en envoyant sa police pour escorter les bulldozers et encercler la zone. Depuis lors, plusieurs manifestations ont été organisées dans les montagnes d’Agrafa, à Karditsa et à Athènes, pour réclamer l’arrêt immédiat des travaux. Chacune d’entre elles a été fortement encadrée par les forces de l’ordre. Certain·es opposant·es sont aujourd’hui poursuivi·es en justice pour leurs actions.

Les parcs éoliens s’implantent un peu partout en Grèce dans les îles et sur le continent. D’après les membres de la plateforme « Save Agrafa », plus de 16.000 demandes introduites à ce jour concernent des aérogénérateurs d’une hauteur supérieure à 100 m, et 73 % des territoires concernés par ces demandes sont des zones naturelles protégées, des îles, des forêts, des crêtes de montagnes. Au nom de « l’intérêt général », des zones Natura 2000 ont littéralement été offertes par le gouvernement grec à des compagnies privées pour qu’elles puissent y implanter leurs parcs éoliens, leurs barrages hydroélectriques et leurs panneaux solaires ainsi que toute l’infrastructure qui les accompagne (réseau de câblages à haute tension, routes, transformateurs, …). Ainsi, la prétendue transition énergétique se traduit par l’augmentation de la productivité soi-disant « verte » d’énergie, qui vient simplement s’ajouter aux autres, la privatisation et l’accaparement de territoires collectifs, ainsi que la bétonisation et plus largement l’industrialisation de territoires vivants jusque-là préservés. Cette prétendue « transition » n’est pas écologique, elle incarne une vision néolibérale qui ne peut que promouvoir des projets productivistes destructeurs plutôt qu’une diminution et une décentralisation énergétiques. De nombreuses organisations environnementales, communautés locales et militant·es écologistes s’opposent à ces projets imposés à travers le pays.

.
Projets éoliens en Grèce (licences d’installation, d’opération, de production et en cours d’évaluation), source : Autorité de régulation de l’énergie (RAE)

.

Certaines régions de Grèce sont traversées par des vents forts, un cadre qui semble idéal pour la production d’énergie éolienne, d’autant plus que deux tiers de la production électrique actuelle du pays repose sur les combustibles fossiles (63,1 % en 2019 [1]). Néanmoins, l’exploitation industrielle du vent imposée par le gouvernement grec et l’UE, se développe comme un projet extractiviste classique : exploitation d’une ressource locale et commune sans aucune concertation avec les habitant·es et les pouvoirs locaux, accompagnée d’investissements importants du gouvernement central au bénéfice d’entreprises privées nationales ou multinationales. En 2018, l’UE avait déjà octroyé 2,8 milliards d’euros à la Grèce, majoritairement sous forme de prêts, pour le développement de l’industrie éolienne. Une partie de l’argent du programme NextGenerationEU lui est également consacrée [2]. En juin dernier, le Ministre de l’Énergie annonçait un budget d’1 milliard supplémentaire pour la transition « verte » [3], qui inclut d’autres développements que les parcs éoliens. C’est 10 fois plus que le budget pour la santé.

Le discours dominant est largement en faveur de l’industrie éolienne dont le développement n’est jamais critiqué, malgré l’absence de concertation avec les populations locales, la privatisation de territoires protégés, la destruction d’écosystèmes et les bénéfices engendrés par de grandes compagnies privés. Les médias alimentent le faux débat qui oppose le développement des énergies dites renouvelables à celui des énergies fossiles, comme si la question de l’industrialisation des territoires n’avait pas lieu d’être, comme si les opposant·es aux projets éoliens industriels n’aimaient tout simplement pas les aérogénérateurs et préféraient les énergies fossiles. C’est évidemment faux.

Les médias refusent également d’évoquer l’impact des infrastructures éoliennes de taille industrielle sur les petits commerces, le tourisme, les activités agricoles, les paysages et l’environnement, ignorant ainsi les milliers de vie, humaines et non-humaines, qui seront ou sont déjà affectées. De telles infrastructures ne sont pourtant pas écologiquement soutenables. La manière dont les éoliennes sont produites, leur durée de vie limitée, les infrastructures routières et de câblages nécessaires pour leur acheminement et la distribution de l’énergie produite, les conséquences environnementales de leur implantation et celle du stockage de l’énergie ne sont pas débattues. Les développements industriels éoliens s’inscrivent dans la continuité de la logique productiviste, avec toutes les exigences de quantité et de centralité que cela implique. L’inverse d’une transition énergétique, qui serait pourtant plus que nécessaire.

Ainsi, au-delà des aspects proprement écologiques, il est important de souligner le caractère anti-démocratique de ce type de développement. Une production énergétique décentralisée, localisée et gérée par les habitant·es, usagers et usagères, qu’elle soit éolienne ou d’une autre nature, devrait faire partie des solutions à envisager. Aussi, la réduction massive de notre production énergétique doit être mise urgemment au centre des débats.

Les compagnies étrangères restent invariablement les premières bénéficiaires de l’industrie éolienne. Ainsi, dans les Cyclades, on retrouve Schneider Electric, Acusol, Siemens et Tesla. La classe dirigeante de l’UE profite doublement du développement de cette industrie en Grèce, d’abord parce qu’elle permet à ses compagnies de développer leurs activités dans le pays, ensuite parce que grâce aux financements (majoritairement des prêts) octroyés à la Grèce, une part importante de l’énergie produite sera distribuée vers le continent, ce qui permettra aux autres pays de réduire leur propre empreinte carbone. Les opposant·es à ces projets prennent conscience que la Grèce est en train de devenir la batterie de l’Europe.

 Le désastre écologique en cours est lié à la crise de la dette publique

Depuis plus d’une décennie, la Grèce doit rembourser une dette colossale à ses créanciers, une contrainte qui motive les gouvernements successifs à couper dans les dépenses publiques pour certains secteurs essentiels (santé, éducation, transports publics, … mais pas pour la police et l’armée) et à trouver des moyens d’augmenter leurs recettes. Les secteurs productifs du pays ne sont pas nombreux, ne se portent plus très bien, et sont loin de satisfaire les créanciers. L’augmentation de la dette publique grecque et l’exigence de son remboursement ont creusé un faussé qui explique en partie cette euphorie étatique pour les énergies renouvelables et fossiles. Comme pour les pays du Sud global, la Grèce s’est donc engagée dans la voie de l’extractivisme intensif. Le soleil, le vent, le gaz fossile, le charbon, l’or, sont les principales ressources extraites du sol et du ciel grec.

Aujourd’hui le ratio dette publique par rapport au PIB est de 206,20 % – 354 milliards d’euros – le plus haut taux que le pays n’ait jamais connu. Pour rappel, en 2009, après révision frauduleuse des statistiques [4], le taux d’endettement était à 127 %. À l’époque, on disait de la Grèce qu’elle était « au bord de la faillite ». Aujourd’hui le gouvernement s’endette en se vantant de pouvoir « enfin » le faire sur les marchés financiers, ce qui manifeste d’une situation à la fois absurde et tragique. Absurde car la plupart des pays des Suds s’endettent aujourd’hui sur les marchés privés, le gouvernement grec n’a donc pas de quoi se vanter, et tragique car les créanciers privés sont les moins enclins à négocier les conditionnalités des prêts qu’ils octroient, que la dette augmente férocement et que la capacité de remboursement du pays dans l’avenir est loin d’être certaine.

Source : Agence de gestion de la dette publique, 30 septembre 2021
https://www.pdma.gr/en/public-debt-strategy/public-debt/composition-of-debt/maturity-profile-en

.. .

Effets sociaux et environnementaux des coupes budgétaires

Au-delà des effets environnementaux, les mesures d’austérité, qui découlent des accords du pays avec les créanciers, ont eu des effets sociaux néfastes sur la population grecque. Il est important de rappeler les coupes dans les retraites, l’augmentation du chômage [5], la crise du logement, les atteintes au droit du travail, mais aussi les nombreuses coupes budgétaires notamment dans les secteurs de l’éducation et de la santé (secteur pour lequel les dépenses représentent un tiers de moins que la moyenne européenne, soit 5 % du PIB). La Grèce n’a reçu que 100 millions d’euros d’aide en 2021 pour la santé alors que le secteur avait subi des coupes plus importantes les années précédentes. En 2020, l’économie est entrée dans une récession plus profonde qu’estimée initialement, à cause des effets de la pandémie, ce qui a contribué à accentuer les effets sociaux négatifs du processus austéritaire enclenché depuis plus d’une décennie même si le gouvernement actuel joue avec les chiffres du taux de croissance pour rassurer les marchés.

Les mesures d’austérité ont également contribué à la propagation des incendies de l’été 2021 qui ont détruits 120.000 hectares de terres, des milliers de maisons, des petits commerces, des lieux publics, etc. Le Nord de l’île d’Eubée a été complètement ravagé alors que les projets éoliens prévus là n’ont pas encore été suspendus. Ces incendies ont été considérés comme le seul résultat de la crise climatique par le Premier ministre, sans qu’il ne fasse mention des coupes budgétaires directement liées. Celles-ci ont touché les autorités forestières – dont le budget total s’élève aujourd’hui à 1,7 millions alors que les forêts recouvrent 1/3 du pays – mais aussi les services de protection incendie. Les opérations sont structurellement sous-financées depuis des années et les services forestiers et de protection incendie souffrent d’un manque criant d’effectif et d’équipements.

Le désastre écologique qui a touché l’île d’Eubée ainsi que d’autres régions de Grèce dont l’Attique (région d’Athènes) n’a pas permis une remise en question de ces politiques austéritaires alors qu’elle s’avère nécessaire pour éviter et minimiser les prochains désastres. Au contraire, le gouvernement continue dans sa lignée néolibérale et prévoit un programme de reboisement, contesté par certains experts, en sollicitant le secteur privé ou les partenariats public-privé. L’investissement privé comme modèle de développement constitue indéniablement une menace pour les espaces naturels. Une loi, dite « anti-environnementale » par ses nombreux et nombreuses opposant·es, votée en catimini en plein premier confinement en pose les fondements.

La loi anti-environnementale, socle d’un projet extractiviste imposé

La loi anti-environnementale a été votée en catimini le 5 mai 2020, en plein confinement, alors que la présence parlementaire lors des plénières et des commissions était restreinte et les auditions limitées. Quelques semaines plus tôt, 23 organisations environnementales avaient réagi au projet de loi, avec plus de 1.500 remarques, ignorées du ministre de l’Environnement et de l’Énergie, Kostas Hatzidakis. Soixante mouvements et collectifs ont ensuite réclamé le report du vote parlementaire étant donné la crise sanitaire, et exigé qu’un processus de concertation soit engagé dans le but d’une révision profonde, voire d’un retrait total du projet. La loi a finalement été adoptée sans modifications, en dehors de toute considération démocratique, la droite au pouvoir bénéficiant d’une majorité parlementaire.

Outre son caractère anti-démocratique, ce qui caractérise le plus cette loi est la menace qu’elle représente pour la biodiversité en ignorant les cadres législatifs de protections existants : elle autorise les infrastructures dans des zones protégées Natura 2000, facilite l’appropriation, l’exploitation et l’utilisation de forêts, montagnes, collines, zones humides, cours d’eau, … par des groupes privés, facilite également l’octroi de permis via la privatisation des contrôles des études d’incidence environnementale, autorise l’extraction de matières premières et d’hydrocarbures, et supprime le pouvoir des autorités locales. Elle encourage le développement de l’industrie des énergies renouvelables, notamment éoliennes, de manière disproportionnée et non-écologique. Aussi, elle ignore la Constitution grecque (Article 24), les directives européennes (sur la protection des habitats et des espèces 92/43/CEE, sur la protection des oiseaux sauvages 2009/147/CE, sur les eaux 2000/60, sur la stratégie marine en Méditerranée 2008/59) et les conventions internationales (Convention de Ramsar sur les zones humides, Traité de Barcelone pour la protection de la Méditerranée) [6].

En bref, cette loi constitue l’incarnation de ce que le néolibéralisme fait aux écosystèmes.

La contestation contre la loi anti-environnementale n’a pas tardé à s’organiser. Une première pétition a été lancée au mois d’avril 2020 et a été soutenue à l’échelle internationale. Des mobilisations ont été organisées et ont rassemblé des foules dans les rues de la capitale en plein confinement. La veille du vote, un rassemblement important a eu lieu devant le Parlement grec malgré les strictes mesures imposées par le gouvernement. Il a donné suite à une occupation d’une centaine de personnes qui a duré 62 nuits. Ce mouvement d’occupation, « Oi Agripnoi » (Les Éveillé·es) [7], n’a pas échappé à la répression policière.

 L’exploitation du gaz fossile pourrait mené à un conflit armé

Pendant que le gouvernement grec participe activement au massacre écologique en cours, que les crises sanitaire, économique et sociale s’approfondissent, le coût de la vie augmente de manière phénoménale, notamment avec les hausses du prix de l’énergie et du gaz de ces derniers mois. Le prix du fioul a augmenté de 46 % par rapport à l’année précédente en Grèce, celui du gaz de 48,5 %. Malgré des aides octroyées à la population, les politiques néolibérales se poursuivent dans le secteur de l’énergie avec notamment la privatisation de la compagnie d’électricité DEI [8]. Elle suit celles de Helllenic Petroleum et DESFA (Hellenic Gas Transmission Operator). Ces privatisations ont évidemment été décidées lors des mémorandums précédents [9] et n’ont depuis pas été remises en cause malgré la situation.

En parallèle Mitsotakis et ses ministres prévoient l’augmentation des dépenses militaires et du budget alloué à la police. Macron et Mitsotakis ont signé des accords pour l’achat d’équipement militaire lourd, le plus récent étant celui concernant des frégates françaises d’une valeur de 5 milliards d’euros, soit l’équivalent de 2/3 du budget alloué à la Grèce par le plan de Relance de l’UE ! Il a été signé en septembre dernier. Il y a quelques mois, Mitsotakis avait annoncé 11,3 milliards d’euros de budget pour le renforcement de l’armée sur les trois prochaines années, faisant du pays le premier sur la liste des pays de l’OTAN en dépenses militaires par rapport au PIB. Les priorités politiques, à l’heure où nous traversons une crise multidimensionnelle profonde, ne pouvaient pas être plus à l’opposé de l’intérêt commun. Pour les éviter, il aurait fallu renoncer à l’extraction de gaz fossile en méditerranée orientale.

En effet, ces dépenses sont justifiées par le conflit pour l’instant froid qui oppose la Grèce et Chypre à la Turquie voisine et contribuent à l’augmentation de la dette illégitime du pays. En mer Égée et Ionienne, la Grèce regorge de ressources gazières ce qui n’est pas sans intéresser de nombreuses compagnies étrangères telles que Total, ENI, Exxon Mobil, Energean, Repsol et bien d’autres qui ont déjà signé des accords d’exploitation. Durant l’été 2020, le gouvernement d’Erdogan, très en colère de ne pas profiter des ressources gazières, annonçait sa volonté de remettre en question ses frontières maritimes avec la Grèce en passant un accord avec la Lybie, alors que la Grèce passait elle des accords avec Chypre, l’Égypte et dans un autre cadre Israël.

Les compagnies étrangères seront les premières bénéficiaires de ces exploitations au détriment des peuples grecs, turcs et chypriotes qui en subiront tous les coûts et dans le pire scénario, un conflit armé qui pourrait émerger de cette bataille pour les hydrocarbures. Plusieurs plateformes militantes se sont ainsi constituées ou exprimées contre ces projets. On peut citer notamment une initiative tri-communautaire qui réunit turc·ques, grec·ques et chypriotes sous le nom « Don’t dig » (Μας σκάβουν τον λάκκο – Kazma Birak) [10], ou encore « Save Greek seas » qui avait lancé une pétition en 2020 contre l’exploitation d’hydrocarbures en mer Ionienne [11].

Ces mouvements de contestation n’ont malheureusement pas encore de moyens suffisants pour faire face à la colonisation par la dette qui se déploie à vive allure dans les pays du Sud-Est de l’UE. Ces pays s’endettent pour rembourser leurs créanciers et implanter des infrastructures qui servent les bénéfices d’entreprises étrangères provenant des pays de ces mêmes créanciers. C’est pour cette raison que l’audit des dettes publiques par les peuples, l’annulation des dettes illégitimes et la redéfinition radicale des priorités politiques est une condition sine qua non au ralentissement de l’aggravation des multiples crises et en particulier des crises climatique et sociale en cours.

Extractivisme minier : Eldorado Gold a repris ses activités minières en Grèce 

Le 4 février 2021, le parlement grec approuvait la relance des activités de la mine d’or de Skouries initié par Hellas Gold, une filiale locale de l’entreprise canadienne Eldorado Gold, dans la région de Chalcidique au Nord du pays, en annonçant la signature d’un contrat d’exploitation. Cela a ravivé les souvenirs d’un mouvement d’opposant·es qui s’était constitué il y a quelques années et qui avait gagné une bataille importante lorsque Syriza avait décidé de stopper le projet minier en 2015 à cause de ses effets néfastes sur l’environnement, l’extraction aurifère étant particulièrement polluante et toxique.

L’annonce de la reprise marquée par la signature du fameux contrat entre les principaux intéressés (le gouvernement grec et Hellas Gold), a suscité l’enthousiasme des ambassades du Canada et des États-Unis qui n’ont pas manqué de saluer la nouvelle avec un communiqué commun [12]. Mitsotakis a bien tenu ses promesses puisqu’avant son élection, il s’était engagé à relancer l’activité minière de Skouries tout en exigeant que certaines « garanties » environnementales soient respectées. Après le vote de la loi anti-environnementale, Eldorado Gold et sa filiale grecque ont pu facilement offrir ces « garanties ».

En réalité le contrat signé entre le gouvernement et Hellas Gold, qui en constitue la base, représente une grave violation des lois et des dispositions européennes. Les dispositions de la Constitution grecque ont également été ignorées [13]. En réponse à ces accusations, l’actuel ministre de l’Environnement, M. Skrekas, successeur de K. Hatzidakis, a insisté sur l’augmentation des recettes publiques et des emplois pour défendre sa position, tout comme l’avaient fait les ambassades du Canada et des États-Unis dans leur communiqué commun. Le 18 mars dernier, la loi a finalement été votée, le parti Nouvelle Démocratie bénéficiant toujours d’une large majorité.

Les autorités locales et les mouvements sociaux ont de leur côté exprimé leur vive opposition au projet extractiviste du gouvernement et de l’entreprise Hellas Gold. Ils ont déclaré que le nouveau contrat ne les satisfaisait pas puisqu’il était largement en faveur de l’entreprise et contre l’intérêt public et ceux de la région. Ils ont annoncé également leur volonté de résister au projet en rappelant que les descentes de police, les menaces, les poursuites et les tribunaux n’avaient pas découragé la contestation il y a quelques années. Cela démontre que sur le terrain, la mémoire reste vive.

 L’hypocrisie à son comble à la COP26

À l’occasion de la COP26, le Premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis a annoncé, avec fierté, la poursuite du développement massif et autoritaire de l’industrie des énergies renouvelables, notamment éolienne, qui permettrait au pays de dépasser selon lui les objectifs de l’UE pour 2030 en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il n’a pas évoqué les contestations de la population, les répressions auxquelles elle fait face, les nombreuses magouilles législatives mises en œuvre par son gouvernement pour contourner les réglementations européennes en matière de protection de l’environnement, ni les destructions environnementales qui accompagnent les projets en cours d’installation. Il n’a pas évoqué non plus les gisements de gaz.

Mitsotakis a également annoncé, avec la même fierté, que l’énergie éolienne serait développée en mer jusqu’à ce que la production énergétique totale atteigne 2 gigawatts en 2030, ce qui est énorme ! Les accords que le gouvernement grec a passé avec l’Égypte pour que la région devienne un « hub » de l’énergie renouvelable pour l’Union européenne ont été présentées, ainsi que les négociations en cours avec l’Arabie Saoudite (premier exportateur mondial de pétrole qui investit maintenant dans le renouvelable).

Ces déclarations sont extrêmement inquiétantes. Le développement soi-disant « vert » de la production énergétique en Grèce, mais aussi chez les voisin·nes chypriotes et turc·ques [14], cache une nouvelle forme d’industrialisation masquée sous une panoplie d’adjectifs qui font désormais partie du jargon bien connu du greenwashing. Il est important de combattre toute logique productiviste, quelle que soit le nom qu’on lui donne, et de révéler l’hypocrisie profonde des discours des personnes à la tête de nos gouvernements. Il est également impératif de stopper toute forme d’extraction des gaz fossiles en méditerranée qui pourrait mener à une guerre. Les pays créanciers, et en particulier la France et l’Allemagne, ont d’énormes responsabilités vis-à-vis des peuples grec, turc et chypriote. Mitsotakis et son gouvernement ne font qu’enfoncer le pays dans la voie d’un nouvel ordre colonial peint en vert.


Merci à Marina Kontara, Camille Bruneau, Mats Lucia Bayer et Jérémie Cravatte pour leurs commentaires et suggestions.

Notes

[3Ce budget servira à l’implantation des infrastructures nécessaires à la production d’énergie renouvelable et à sa distribution, ainsi qu’au développement du transport « smart » et électrique, à l’éclairage des routes et à la rénovation des bâtiments.

[4Le taux d’endettement public a été gonflé afin de justifier l’intervention de la Troïka en Grèce.

[5Le chômage a dépassé les 15 % en mai 2021, les femmes sont particulièrement touchées, et la Grèce détient le record de l’Union Européenne pour le chômage des jeunes avec environ 38,2 % de jeunes sans emploi en mai 2021.

[8DEI devrait achever un plan d’augmentation de son capital privé d’une valeur d’environ 750 millions d’euros d’ici début novembre, suite à une décision prise par son conseil d’administration et approuvée par les actionnaires en octobre.

[9La privatisation de la compagnie grecque d’électricité a été décidée lors des deuxième et troisième mémorandum : 17 % lors du 2nd (Samaras) et 34 % lors du 3e (Tsipras).

[11Petition · Non au projet de prospections et d’extractions d’hydrocarbure en Grèce · Change.org

[14La Banque mondiale, la France et l’Allemagne ont passé des accords avec la Turquie pour le développement de l’industrie renouvelable en échange de prêts d’une valeur de 3,2 milliards de dollars US.

Manifestation du 18 décembre l’Appel de la campagne Antiracisme et solidarité

Appel de la campagne Antiracisme et solidarité

D’où que l’on vienne, où que l’on soit né·e, notre pays s’appelle Solidarité

« Nous n’allons pas combattre le racisme par le racisme, mais grâce à la solidarité. » (Fred Hampton, Black Panthers Party – mai 1969)

 

Notre pays construit des ponts pas des murs. D’où que l’on vienne, où que l’on soit né·e, notre pays existe. Il s’appelle Solidarité.

Notre pays n’a ni carte, ni limites. Il ne fait pas la guerre si ce n’est au fascisme, au colonialisme, au racisme, à l’injustice et aux inégalités.

Notre pays n’existe pas isolé, atomisé, soumis. Il existe dans tout ce qui relie, regroupe, donne confiance et lutte.

Notre pays est en grand danger. Il doit sortir, se montrer, se lever. Vivre.

Car notre pays brûle. Il s’appelle Avenir.

Car notre pays est étouffé. Il s’appelle Liberté.

Car notre pays se meurt. Il s’appelle
Égalité.

Car notre pays est opprimé. Il s’appelle Dignité.

Notre pays est en danger. Nous appelons à la mobilisation générale.

Pour l’avenir. Si la planète brûle, cela n’a rien à voir avec les migrations, nos couleurs de peau, nos origines, nos religions. Le monde n’attend qu’une étincelle pour exploser et certain.e.s nourrissent l’incendie qui nous menace.

Nous dénonçons toutes les formes de racisme dont l’islamophobie, l’antisémitisme, l’anti-tziganisme, la négrophobie et le racisme anti-asiatique. Nous exigeons notamment la fin des contrôles au faciès, l’abrogation de la loi dite « séparatisme », le respect du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, la fin des dominations économiques, militaires et politiques, en particulier la Françafrique.

Pour la liberté. Nous voyons que lorsqu’on commence à limiter la liberté pour certain·e·s, c’est la liberté de tou·te·s qui recule. C’est ainsi que se mettent en place des pouvoirs de plus en plus autoritaires.

Nous exigeons la liberté de circuler et de manifester et notamment l’abrogation de la loi dite « sécurité globale », la fin des violences et des crimes policiers et pénitentiaires, la suppression des mesures de répression contre les migrant·e·s (OQTF*, IRTF*, …) et la fermeture des Centres de Rétention Administrative. Nous exigeons la destruction des murs qui s’érigent partout dans le monde pour séparer et contrôler les peuples.

Pour l’égalité des droits. Les arguments utilisés contre l’immigration sont faux économiquement et ne servent qu’à justifier les mesures qui amplifient monstrueusement le racisme et les inégalités sociales. L’oppression et la surexploitation des migrant·e·s aggravent les conditions de tou·te·s les salarié·e·s.

Nous revendiquons l’égalité des droits pour tou·te·s, le renforcement et l’accès réel à la santé, à l’éducation, à des revenus décents, au logement et l’arrêt des expulsions dans les foyers de travailleurs/euses migrant-es. Nous exigeons notamment la régularisation des sans-papiers.

Pour la Dignité. Nous refusons la banalisation de l’insoutenable. Nous dénonçons les politiques anti-migratoires et de non-accueil des migrant·e·s. Nous refusons l’instrumentalisation des femmes à des fins racistes. Nous réclamons vérité et justice pour les victimes de violences policières et pénitentiaires. Nous exigeons le respect des convictions et croyances de tou·te·s. Debout, nous redevenons dignes.

Pour la Solidarité. Nous appelons toutes et tous à se lever, se rassembler, s’organiser. À faire vivre notre pays partout où il existe. Dans les quartiers, les villages, les ronds-points, les écoles, les lieux de travail. Autour d’un hôpital menacé, d’une mosquée ou d’une synagogue fermée ou attaquée, d’une église où l’on fait une grève de la faim pour les migrant·e·s, des associations antiracistes dissoutes ou menacées de l’être, d’un théâtre qui avait été occupé, d’un piquet de grève, d’un immeuble menacé d’expulsion, d’une frontière. A partir d’un local associatif ou syndical, d’un lieu culturel et solidaire…

Nous appelons notre pays à se lever en masse, s’organiser et lutter pour la solidarité et contre le racisme.

  • en multipliant les initiatives de toutes sortes,
  • dans toutes les villes et les villages en manifestant ensemble le même jour le samedi 18 décembre à l’occasion de la Journée internationale des migrant·e·s, (à Paris 15h Concorde)
  • à Paris pour une manifestation nationale au mois de mars à l’occasion de la Journée internationale contre le racisme.

Notre pays existe. Il s’appelle Solidarité.

Organisations signataires (205) :

20e Solidaire avec tou.te.s les migrant.e.s, Accueil Information de tous les Etrangers, Aix-en-Provence, Accueil Réfugiés Bruz (35), Accueil Réfugiés Talence Solidarité (ARTS), Acor Association Contre le Racisme (Suisse-France), Act For Ref (Action d’aide aux réfugiés), Action Antifasciste Paris-Banlieue (AFA), AHSETI (Association Havraise de Solidarité et d’Échanges avec Tous les Immigrés), ALCIR (Association de lutte contre l’islamophobie et les racismes), ALIFS (Association du Lien Interculturel Familial et Social), Alternatiba Caen, Alternatiba Nevers, AMI Pays de Pouzauges, AMI Pays des Herbiers, Amoureux au Ban Public Lyon, ANC, APICED (Association militant pour la promotion et l’émancipation individuelle et collective des populations précarisées franciliennes), ASIAD – Soutien et Information pour l’Accès aux Droits, Association AGATE Neuhof (67), Association Antifasciste 77, Association DeMoS, Association des Marocains en France (AMF), Association des sans papiers 87, Association des Travailleurs Maghrébins de France (ATMF), Association ELKARTASUNA LARRUN – Solidarité migrants autour de la Rhune (dep. 64), Association l’Aubière, Association Montagne Accueil Solidarité, Association Roya citoyenne, Association Voies Libres Drôme, ASTI Petit Quevilly, ASTIR (Romans sur Isère), Attac 31, Attac 33, Attac 74 Annecy, Attac Flandre, Attac France, Attac Paris Centre, Avec Toits, Bi-No-Stress Team, Bienvenue aux migrants en Vallespir, BRIF Strasbourg (Bloc Révolutionnaire Insurrectionnel Féministe), Brigade Antisexiste, Campagne Unitaire pour la Libération de Georges Abdallah, CANVA Construire & Alerter par la Non-Violence Active, CAPJPO-Europalestine, CARDAV (Plateforme pour l’Accueil des Réfugié.es en Drôme Ardèche Vaucluse), CEDETIM (Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale), Cent pour un toit Oise, CGT IFPEN Rueil, CGT Société de Restauration du Musée du Louvre, CGT Énergie Paris, Ciam, Cimade, Cimade Figeac, Cimade Ile-de-France, Cimade Landes, Cimade Montpellier, CISEM 38, CIVCR (Collectif Ivryen de Vigilance Contre le Racisme), CNT 07, CNT 66, CNT-STE 75, CNT-STE 94, Collectif antiraciste – ASTI d’Elbeuf, Collectif Chabatz d’entrar de la Haute-Vienne (aide aux migrant-es et sans papiers), collectif chalon solidarité migrants, collectif Collages Judéités Queer, Collectif de Sans Papiers de Montpellier (CSP34), Collectif de soutien aux réfugiés en Ariège, Collectif de soutien aux sans papier du Trégor (22), Collectif de soutien aux sans papiers du val d’oise (CSP95), Collectif Fontenay diversité, Collectif Justice & Libertés (67), Collectif Migrant.es Bienvenue 34, Collectif poitevin D’ailleurs Nous Sommes d’Ici (DNSI86), Collectif pour l’égalité des droits, Collectif pour une autre politique migratoire (AL 67), Collectif Réfugiés du Vaucluse, Collectif Sans-Papiers 59 (CSP59), Collectif Sans-Papiers Alsace 67 (CSPA67), Collectif Sans-Papiers Montreuil, Collectif Sans-Papiers Paris 20e (CSP20), Collectif Vigilance pour les droits des étrangers Paris 12ème, Collectif “Faim aux frontières”, collectif “Les outils du soin”, Comité Montreuil Palestine, Comité Vérité et Justice pour Lamine Dieng, Coordination Féministe Antifasciste, Coordination nationale Pas sans Nous, Coordination Sans-Papiers 75 (CSP75), COPAF – Collectif pour l’avenir des foyers, CRID, CSMG Paimpol – Collectif de soutien aux migrants du Goëlo, Culture et solidarité, D’ailleurs Nous Sommes d’Ici 67, DAL (Droit Au Logement), DAL 63, Droits Devant !!, Emancipation tendance intersyndicale, Emmaüs international, Ensemble et Solidaires – UNRPA de Paris, FASTI (Fédération des Associations de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s), Femmes Egalité, Fondation Eboko, Fondation Frantz Fanon, France Amérique Latine, Front contre l’islamophobie et pour l’égalité entre toutes et tous, Front Uni des Immigrations et des Quartiers Populaires (FUIQP), FSU (Fédération Syndicale Unitaire), Fédération Sud PTT, Gilets Jaunes de Montreuil, Gilets Jaunes du Jarnisy, Gilets Jaunes Saillans, GISTI (Groupe d’information et de soutien des immigrés), Groupe Accueil Migrants Beaupréau en Mauges, Groupe d’Action Féministe Rouen, Ici et Ailleurs, Intercollectif Pdl Marseille – Katia Yakoubi, IPAM, Jai Jagat, Jeune Garde Antifasciste, L’AMDH Paris/IDF, L’Assemblée Citoyenne des Originaires de Turquie – L’ACORT, LDH 33, LDH 66, LDH Bagnères-Tarbes, Lycée Theodore MONOD, le Rheu, Mama Road, Marche des Solidarités, MFPF 93, Migraction59, Migrants Solidarité Choletaise, Mouvement National Lycéen (MNL), MRAP 19/20, MRAP 31, MRAP 84, MRAP 89, MRAP Fédération Paris, Mémoire de l’Espagne Républicaine de Tarn et Garonne (MER82), NOGOZON, Paris d’Exil, PIANO-TERRA, Planning Familial 35, Projet Shanti, REGAR (Réseau Expérimental Gersois d’Aide et de Réinsertion), RESF (Réseau Education Sans Frontières), RESF 03, RESF 11, RESF 31, RESF 65, RESF 82, RESF Vienne-Roussillon 38, Revue Études Décoloniales, Réseau d’Actions contre l’Antisémitisme et tous les Racismes (RAAR), Réseau Euro-Maghrébin Citoyenneté et Culture (REMCC), SNPES-PJJ/FSU (Syndicat National des Personnels de l’Educatif et du Social à la Protection Judiciaire de la Jeunesse), Solidaires 35, Solidaires 56, Solidaires 74, Solidaires 82, Solidaires 84, Solidaires 89, Solidaires 94, Solidaires Étudiant·e·s Syndicats de Lutte, Solidarité et Langages (Valence), Solidarité migrant Wilson, Solidarités Asie-France, Sud Collectivités Territoriales 93, Sud CT 93 Mairie de Saint-Denis, Sud CT 93 Mairie de Stains, Sud Rural Territoires 35, SUD éducation, SUD éducation 35, SUD éducation 56, Survie, Survie Midi-Pyrénées, Syndicat de la Médecine Générale (SMG), Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT), Toulouse Anti CRA, Tous Migrants, UJFP (Union juive française pour la paix), UL CGT Paris 18e, Un toit un droit Rennes, Union des Femmes Africaines pour la Paix, Union Syndicale Solidaires, United Migrants, VISA (Vigilance et Initiatives Syndicales Antifascistes), Zone de Solidarité Populaire (ZSP18), États généraux des migrations (EGM).

Avec le soutien de :

Akira, Comité Génération.s du Marsan, EELV le Havre Pointe de Caux, ENSEMBLE ! (Mouvement pour une alternative de gauche écologiste et solidaire), Fédération Anarchiste, Mouvement des Progressistes, NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), NPA 34, NPA 74, NPA 82, Parti Communiste des Ouvriers de France, PEPS Pour une Écologie Populaire et Sociale, RIPOSTE antifasciste Comités contre Le Pen, UCL (Union communiste libertaire), UCL Grand Paris Sud, UCL Saint-Denis.

 

Les signatures individuelles sont consultables sur le site : https://www.antiracisme-solidarite.org

Signatures ouvertes et détails des manifestations sur le site : https://www.antiracisme-solidarite.org

Contact Presse :

campagne-solidarite-antiraciste@riseup.net +33.6.89.05.83.08
g.sezerino@crid.asso.fr +33.6.99.02.49.04

Mail de contact : campagne-solidarite-antiraciste@riseup.net

Site internet : https://www.antiracisme-solidarite.org

Facebook : https://www.facebook.com/CampagneSolidarite

INSTAGRAM : https://www.instagram.com/campagne_solidarite/

TWITTER :  https://twitter.com/CampSolidarite

Pour diffuser l’appel Appel solidarité

Demandeurs d’asile détenus illégalement en Grèce

Grèce. Des demandeurs·euses d’asile sont détenus illégalement dans un nouveau camp financé par l’UE

Les demandeuses et demandeurs d’asile hébergés dans le nouveau camp de réfugiés financé par l’Union européenne (UE) sur l’île de Samos sont détenus illégalement par les autorités grecques en application d’une décision du ministre grec des Migrations et de l’Asile qui n’a pas encore été publiée, d’après les informations reçues par Amnesty International.

Conformément à cette décision, depuis le 17 novembre, les personnes qui n’ont pas de documents d’identité valides délivrés par le gouvernement (cartes d’asile) ne sont pas autorisées à quitter le camp, et ce pour une durée indéterminée. Cette décision s’applique aux personnes à qui on a retiré leur carte du fait du rejet de leur demande d’asile ou aux nouveaux arrivants qui n’ont pas encore reçu la leur. Selon des estimations non officielles, sur environ 450 personnes habitant dans le camp, une centaine s’est vu interdire de quitter ce site aux airs de prison depuis plus de deux semaines, en violation de leur droit à la liberté.

Ce camp ressemble davantage à une prison qu’à un lieu d’hébergement pour des personnes en quête de sécurité. Il illustre la mauvaise utilisation des fonds de l’UE et constitue une violation flagrante des droits des personnes qui y séjournent

Adriana Tidona, chercheuse sur les questions migratoires à Amnesty International

Le nouveau « centre fermé à l’accès contrôlé » (KEDN) de Samos, financé par l’UE, a été bâti sur un site isolé, à 6 km de la ville principale, Vathi. Il peut accueillir jusqu’à 3 000 personnes et est équipé d’un système strict de confinement et de surveillance, notamment d’une double clôture barbelée, d’un système de vidéosurveillance couvrant tout le camp et de la présence sept jours sur sept et 24 heures sur 24 de patrouilles de policiers et d’agents de sécurité privés.

Les déplacements des résident·e·s à l’intérieur et à l’extérieur du camp ne sont autorisés qu’entre 8 heures et 20 heures et sont soumis à des contrôles de sécurité par le biais de portes magnétiques.

Les personnes et les familles touchées par la décision du 17 novembre ne peuvent pas quitter le camp pour vaquer à leurs tâches quotidiennes, assister à des cours ou à des activités organisés par l’ONG locale Alpha land située non loin, ni pour se rendre dans le centre-ville.

A., un Afghan originaire de Kaboul qui réside dans le camp avec sa femme et ses enfants, est arrivé en Grèce en janvier 2020. Sa demande d’asile a été rejetée à de multiples reprises et sa carte d’asile retirée, ce qui l’empêche de quitter le camp. Avant d’être transféré au « centre fermé à l’accès contrôlé », il vivait avec sa famille dans la « jungle », un campement sauvage autour de l’ancien camp de Samos, tristement célèbre pour ses terribles conditions de vie.

Depuis le conteneur où il vit avec sa famille, il a déclaré à Amnesty International que la sécurité est bien meilleure dans le nouveau camp, tout en regrettant : « Ils nous traitent comme des prisonniers… On devient vraiment fou dans cet endroit. On ne peut pas revenir en arrière. Ni avancer. J’ai du mal à dormir… Notre vie n’a pas de but, nous vivons dans l’angoisse permanente. » Depuis cinq jours, seuls ses enfants sont autorisés à sortir du camp pour aller à l’école.

Un autre Afghan, H., en Grèce depuis février 2020, a vu sa demande d’asile rejetée à deux reprises et n’a pas quitté le camp depuis cinq jours. Avant la décision du 17 novembre, il était actif à l’extérieur du camp : « J’étudiais l’anglais et je faisais du bénévolat. Depuis cinq jours, j’ai l’impression d’être un prisonnier. Dans l’ancien camp, au moins, j’étais libre. »

Amnesty International a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations au sujet du remplacement par la Grèce des camps ouverts par ces « centres fermés à l’accès contrôlé », s’interrogeant sur la possibilité de concilier cette politique avec les normes relatives aux droits humains en matière de privation de liberté. En vertu du droit international et du droit européen, les demandeurs·euses d’asile ne doivent être placés en détention qu’en dernier ressort, après un examen détaillé de leur situation personnelle, pour une durée aussi brève que possible et dans le cadre d’une procédure prévue par la loi qui leur permet de contester la décision.

Or, à Samos, ils sont systématiquement et massivement privés de leur liberté pour une durée indéterminée, sur la base de motifs juridiques non transparents ou illégitimes, sans possibilité de contester leur enfermement.

« Comme nous le craignions, les autorités grecques se cachent derrière le concept juridiquement ambigu des centres dits fermés et surveillés pour priver illégalement les demandeurs·euses d’asile de leur liberté. Nous invitons la Grèce à lever cette décision sans attendre, ainsi que les restrictions imposées aux personnes qui vivent dans le camp de Samos. Enfin, la Commission européenne doit veiller au respect des droits fondamentaux dans les structures financées par l’UE », a déclaré Adriana Tidona.

Complément d’information

Une délégation d’Amnesty International s’est rendue sur le site du « centre fermé à l’accès contrôlé » de Samos (en grec Κλειστή Ελεγχόμενη Δομή Νήσων, KEDN) le 22 novembre 2021, le 5e jour des restrictions, et a rencontré des personnes concernées.

Ce centre a été bâti sur l’île de Samos avec la contribution des 276 millions d’euros alloués par la Commission européenne à la construction de nouvelles structures d’accueil pour les demandeurs·euses d’asile sur les îles de la mer Égée, dans le but de remplacer les camps ouverts gérés par le gouvernement.

Le 27 novembre, les autorités grecques ont inauguré des centres fermés à l’accès contrôlé sur les îles de Leros et Kos. D’autres suivront à Lesbos et Chios.

Outre les restrictions imposées aux déplacements à Samos, les demandeurs·euses d’asile en Grèce n’ont pas reçu d’aide financière depuis deux mois, les aides perçues s’étant brutalement arrêtées lorsque la gestion du programme d’allocations en espèces financé par l’UE a été transférée du HCR aux autorités grecques. Selon des ONG en Grèce, quelque 34 000 demandeurs·euses d’asile sont actuellement concernés.

Selon certaines ONG, depuis octobre 2021, les autorités grecques ont également cessé de fournir de la nourriture et de l’eau aux réfugiés reconnus en tant que tels et aux demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée.

Source https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2021/12/greece-asylum-seekers-being-illegally-detained-in-new-eu-funded-camp/

Grèce Résistances féministes

Grèce : Le nouveau mouvement féministe jeune et radical, à l’avant-garde des résistances populaires !

7 décembre par Sonia Mitralias  


Manifestations à Athènes contre la garde parentale conjointe obligatoire

Ce qui s’est passé ces deux dernières années en Grèce mérite attention : Jamais auparavant dans l’histoire du pays, la question des droits des femmes n’avait fait autant de bruit dans la presse, n’a été sujet de débats publics passionnels et n’a occupé les devants de la scène politique !

Tout a commencé quand le gouvernement Mitsotakis a tenté de s’aligner sur les forces néolibérales les plus réactionnaires et obscurantistes de la planète, en lançant une attaque frontale aux droits fondamentaux des femmes.

Heureusement, c’était sans compter avec le renouveau du mouvement féministe, qui a relevé le défi ! Et voilà, comment cela s’est passé !

  Sommaire
  • L’affaire de « l’enfant à naître »
  • Le retour de la loi du père
  • L’irruption du #MeToo grec et le réveil des consciences
  • Le renouveau du mouvement féministe…

 L’affaire de « l’enfant à naître »

Encouragé par la victoire de la « Nouvelle Démocratie » aux élections législatives de l’année de 2019, le Saint-Synode de l’Église Orthodoxe Grecque a inventé, le premier dimanche après Noël, une journée dédiée à « l’enfant à naître » ! Selon ses dires, sa décision aurait été prise dans le but de protéger la vie de l’enfant avant la naissance et… de résoudre le problème démographique de la nation grecque !

36 années après de la légalisation de l’avortement en Grèce – grâce à une loi très progressiste, obtenue en 1986 après une lutte assidue de près de 10 ans du mouvement féministe– l’Église Orthodoxe Grecque donna ainsi le signal d’une attaque frontale contre ce droit si durement acquis.

Quelques jours avant le nouvel an de 2020 et de la journée dédiée à « l’enfant à naître », la première page d’une revue sportive (!) provoqua un tsunami d’indignation dans les médias sociaux ! En effet, sur sa couverture, figurait une grande main, tenant un tout petit fœtus dans sa paume et en dessous il était écrit en lettres grasses et majuscules, la phrase : « LAISSEZ-MOI VIVRE ».

Malgré les réactions des médias sociaux, le ministre du Développement-raciste notoire et ancien néofasciste- Adonis Georgiadis s’empressa de féliciter la revue, affirmant qu’en Grèce le fait d’avoir le double de nombres d’avortements (300.000 par an, selon ses dires exagérés) par rapport aux naissances, causerait au pays un manque de près d’un million d’enfants, et poserait problème à la survie de la Nation.

Quelques jours plus tard, des affiches géantes faisaient leur apparition dans le métro d’Athènes avec le même message et le même fœtus qui pleurniche : « Laissez-moi vivre » ! Et la paternité de cette campagne anti-avortement était revendiquée par une longue liste d’associations chrétiennes orthodoxes fondamentalistes…

Mais l’Église Orthodoxe rétrograde et obscurantiste n’agissait pas seule ; elle bénéficiait du soutien de nombreux ministres et de hauts fonctionnaires du gouvernement. Après un nouveau tollé de l’opinion publique, le ministère des Transports ordonna rapidement le retrait des affiches. Mais, ces attaques contre le droit pour l’avortement n’étaient que le prélude de ce qui allait suivre !

Influencé par des régimes comme celui d’Orban en Hongrie, le gouvernement Mitsotakis fit un premier pas pour se donner un profil nataliste et décida de rebaptiser le « Secrétariat Général pour l’Égalité entre les sexes » – une institution née elle aussi née du mouvement féministe de la deuxième vague- en « Secrétaire générale de la politique démographique et familiale et de l’égalité des sexes ».

Le retour de la loi du père

Mais, d’autres attaques allaient suivre ! Le gouvernement de la Nouvelle Démocratie annonça clairement la couleur en adoptant en mai 2021 une loi relative à l’Autorité parentale conjointe, qui réformait des articles clés du Code civil en matière de droit familial.

C’était vraiment un moment crucial pour les femmes et les enfants, victimes de violence domestique. Ce projet de loi vit le jour après avoir été revendiqué depuis longtemps par le très masculiniste et agressif lobby des pères néolibéraux, violents et vulgaires. Celui-ci s’allia avec le gouvernement de la N.D. sur la base de leurs intérêts communs et autour d’un discours familialiste.

Ainsi le gouvernement révisa ce qui constituait la quintessence du droit de la famille très progressiste encore aujourd’hui, obtenu en 1983. Car cette loi était une vraie révolution anti-patriarcale parce qu’elle remplaçait le droit du père- géniteur – (la puissance paternelle) par l’autorité parentale.

Désormais, après la dissolution du mariage, contrairement à la loi de 1983, la nouvelle loi impose la garde parentale conjointe obligatoire, c’est-à-dire que l’enfant est forcé de passer 1/3 de son temps avec le parent avec lequel, d’habitude, ne vit pas, même s’il ne le désire pas. Même quand le père est violent, ses désirs ne sont pas pris en compte. Pourquoi cela ? Mais, parce que pour retirer la communication à un parent violent, il faut un jugement définitif. Cela peut durer des années ou ne jamais avoir lieu, parce qu’aller aux tribunaux en Grèce c’est difficile, cela coûte de l’argent, beaucoup de stress et les femmes des familles monoparentales sont fragilisées, vulnérables, pauvres et démunies, étant dans une situation de détresse incroyable, accentuée encore par les politiques d’austérités imposées au nom de la dette et de la pandémie. Tout cela signifie donc de fait qu’un père violent peut harceler, violenter et disposer de l’enfant à sa guise, mais aussi utiliser la loi pour faire du chantage, inculper, peut-être même criminaliser les mères qui veulent simplement protéger leurs enfants et qui pour cela risquent leur sécurité et leur vie !

Le projet de loi a été sévèrement critiqué par les juristes grecs à la fois pour sa faiblesse juridique, la violation des droits de l’homme et la convention d’Istanbul qu’elle impliquait. Il était aussi également rejeté par toutes les organisations de femmes et le mouvement féministe lequel devait affronter une campagne de haine menée par le lobby des pères déchaînés et misogynes, soutenu par presque tous les grands médias du pays.

Lorsque la loi a été voté par la majorité – contre la plupart des partis d’opposition du Parlement grec- les fanatiques du lobby des pères ont fait la fête sur les réseaux sociaux et n’ont pas manqué de lancer des menaces physiques contre les juges et les procureurs du pays pour les contraindre à appliquer la loi en faveur des pères : Par exemple, le groupe « Égalité des droits parentaux » a écrit : Nous orientons l’artillerie lourde contre la MAGISTRATURE, nous chargeons, nous amorçons et nous attendons ! Que ceux de nos membres qui divulguent ce qui se passe dans notre groupe, informent le Syndicat des Juges et des Procureurs qu’ils sont désormais dans notre viseur ».

En somme ces groupes masculinistes deviennent très dangereux : Leur antiféminisme, leur culture de la virilité, la reconstruction d’une masculinité hégémonique constituent des passerelles idéologiques vers la droite la plus extrême et tôt ou tard ils passeront de plus en plus à l’action violente, pas seulement dans leur couple mais aussi dans la société.

L’irruption du #MeToo grec et le réveil des consciences

Le tableau est sombre, mais voilà qu’à la mi-janvier 2021, en pleine pandémie, plus de trois ans après l’apparition du mouvement #Metoo aux États-Unis, le #MeToo grec a fait une irruption fracassante sur les devants de la scène sociale et politique du pays.

Le #Metoo grec fut déclenché par les révélations de Sofia Bekatorou, 43 ans, double médaillée (or et bronze) olympique de voile, qui déclara publiquement avoir été violée à l’âge de 21 ans par un haut responsable de la Fédération grecque de voile. S’adressant à toutes les femmes qui ont subi des agressions sexuelles, elle a lancé le message : « Brisez le silence, parlez ! »

Cette année aussi, l’éclosion du #MeToo grec a contribué à faire mûrir la conscience féministe face à la forme la plus atroce des violences de genre, le féminicide. Le meurtre de Eleni Topaloudi- en novembre 2018 à Rhodes- une étudiante de 21 ans, violée, torturée par deux jeunes hommes, jetée dans la mer alors qu’elle était encore vivante, a contribué à introduire le terme « féminicide » dans le langage de tous les jours.

Mais, c’est aussi cette année-ci – surtout cet été-, que dans tout le pays, d’Athènes à Thessaloniki, de Crète aux îles des Cyclades, les meurtres de femmes par leurs compagnons se succédaient à la chaîne. Cependant, cette fois, la différence avec le passé même récent crevait les yeux : Les médias en parlaient plutôt abondamment, les langues se déliaient, les partis politique sortaient de leur silence habituel, et surtout, les femmes descendaient dans les rues, féministes en tête, pour crier leur colère et appeler à la solidarité !

Le renouveau du mouvement féministe…

Voilà encore un exemple du renouveau du féminisme : En juin passé, un spot publicitaire demande aux femmes… de procréer, s’adressant en particulier à celles ayant « pris de l’âge » et qui seraient trop préoccupées par leur carrière et négligeaient ainsi l’intérêt pour leur fertilité. Il s’agissait d’une publicité pour la « 1re Conférence panhellénique sur la fertilité » qui était soutenu par l’église, des entreprises de procréation assistée, par le « Secrétaire générale de la politique démographique et familiale et de l’égalité des sexes », la radiotélévision publique (ERT) et … par la Présidente de la République hellénique elle-même. Mais, après un nouveau tollé général, la Présidente Mme Katerina Sakellaropoulou était contrainte de retirer son soutien à la Conférence et la quasi-totalité des participants officiels faisant de même… la conférence était annulée. C’était le fiasco total !

Finalement, le gouvernement Mitsotakis a pu faire voter -de justesse- son projet de loi sur l’autorité parentale conjointe, mais même les médias pro-gouvernementaux ont admis qu’il s’agissait d’une victoire à la Pyrrhus ! En effet, la résistance des féministes a semé le trouble même à l’intérieur du conseil des ministres et a provoqué des dissensions même dans le groupe parlementaire de Nouvelle Démocratie ! C’était la première fois depuis sa formation en 2019, que le gouvernement de droite traversait une crise et, de l’aveu commun, le responsable de cette nouveauté absolue était… le mouvement féministe !

La conclusion n’est pas difficile : L’année 2021 a vu la naissance en Grèce d’un renouveau du mouvement féministe, jeune, radicale mais aussi unitaire, qui occupe déjà les avants postes des luttes populaires contre la Sainte Alliance de la réaction néolibérale et de l’obscurantisme nationaliste et orthodoxe. L’événement est de taille, presque historique, dans une société grecque conservatrice et déboussolée, qui est toujours à la recherche d’une gauche digne de son nom.

La suite des événements promet d’être passionnante…

Traduire / Μεταφράστε